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Je vois que vos réactions au sujet d'Abby et Ducky sont diverses et variées mais dans l'ensemble, vous avez apprécié que je les remette à leur place. Je voulais qu'au moins une fois, ces deux-là soient également mis à l'index.

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Certaines répliques dans la série et certains de leurs comportements (Abby et son sticker, Ducky et son commentaire sur le narcissisme supposé de Tony) m'ont toujours hérissée. Aussi, je me devais de les admonester par fic interposée sur leurs attitudes.

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Dans ce chapitre également, un clin d'œil à une autre de mes séries préférées. Je vous laisse découvrir. Et j'en reparlerai plus tard.

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Chapitre 16 : Effet thérapeutique

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Après le départ de McGee et David pour leur formation, Tony avait espéré que l'attitude de Gibbs s'améliorerait mais l'agent était borné et ne semblait finalement pas vouloir changer et surtout, ne pas paraître moins que l'homme qu'il était avant l'accident. L'italien avait compris que son patron ne supportait pas de ne pas être en total contrôle et tentait, par tous les moyens, de faire croire qu'il maîtrisait la situation.

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A vrai dire, Tony se disait qu'il perdait pied mais ne voulait laisser personne le savoir. Gibbs ne savait plus comment diriger son équipe, du moins une partie d'elle. Si l'ancien Marine ne parvenait plus à 'lire' son second, il pouvait considérer qu'il perdait une partie de son pouvoir et que cela minait son autorité et son statut de 'bâtard'. C'était la déduction logique que l'italien avait faite.

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Après avoir assisté à la discussion entre le légiste et l'ancien Marine, il avait eu de quoi réfléchir. Et soudain, une autre révélation se fit jour pour lui. Peu avant de se rendre dans leur espace de travail, il avait failli croiser Abby qui sortait de l'ascenseur en pleurs et l'avait évitée de peu. Il se demandait si elle aussi n'avait pas eu droit à quelques vérités bien senties de la part de son cher Silverfox.

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Il n'y avait que l'ancien Marine qui aurait pu la mettre dans cet état si elle avait tenté de le mettre dans sa poche et qu'il avait choisi – pour une fois – de lui mettre les points sur les I. C'était si rare que Gibbs rabroue Abby qu'elle devait en avoir pris plein son grade et en être suffisamment choquée et blessée qu'elle en avait pleuré. Mais il n'allait pas la plaindre.

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Tony en avait assez de ruminer toutes ses pensées négatives et il avait besoin d'un dérivatif et de quelques conseils. Il ne voyait que deux personnes susceptibles de l'aider dans ce domaine. Aussi, il invita Tobias et Jimmy pour un dîner impromptu le vendredi soir. Emily dormait chez une amie et Brenna rendait visite à ses parents, Jimmy s'était empressé de décliner l'invitation sous prétexte d'un précédent engagement.

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Les trois hommes se retrouvèrent donc chez l'italien et ensemble, comme trois célibataires qu'ils étaient ou avaient été, ils s'employèrent à préparer le repas tout en discutant de l'enquête sur le tueur en série que le NCIS avait permis d'arrêter. Tobias voulait de plus amples détails sur le processus qui avait conduit Tony à découvrir que leur suspect pour le meurtre de leur Marine pouvait être un récidiviste.

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« Alors, dis-moi, dans l'affaire Jefferson, comment as-tu songé qu'il pouvait s'agir d'autre chose que d'un meurtre isolé ? »

« Je l'ignorais, en fait » commença Tony.

« Oh, là, stop une minute » le coupa Fornell. « Ne me dis pas que tu as découvert ça par hasard ? »

« A vrai dire, j'ai simplement fait ce que je fais régulièrement » expliqua l'italien. « J'ai cherché si des crimes similaires n'avaient pas été commis durant les derniers mois puis les dernières années. Depuis que je suis flic, je procède toujours ainsi parce que le nombre de tueurs en série a connu un boum durant les deux dernières décennies. Pour quelles raisons, je l'ignore mais mon instinct me souffle souvent de faire une vérification systématique. »

« Tu fais ça à chaque enquête ? » s'étonna Jimmy.

« Pas forcément mais lorsque je sens que quelque chose cloche, je préfère m'assurer que l'affaire qui nous occupe est un cas unique et non la résultante d'une série. »

« Bon sang, tu dois avoir un sacré palmarès à ton actif » s'exclama Tobias.

« Pas vraiment » déclara modestement Tony. « Ce n'est que le troisième que j'épingle. »

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Tobias s'étouffa avec la gorgée de bière qu'il venait de prendre et Jimmy lui tapota le dos pour l'aider.

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« Est-ce que Gibbs est au courant ? » s'enquit l'agent du FBI.

« Je ne pense pas que mes exploits en tant que flic lui soient connus, Toby » dit Tony en haussant les épaules. « Il aurait fallu qu'il remonte à mon premier poste et je pense qu'il a dû surtout se concentrer sur celui que j'occupais à Baltimore. Et je n'ai pas été mis en avant lors des arrestations pour préserver mon anonymat pour mes futures missions sous couverture. Donc, techniquement, personne ne sait que j'ai contribué à mettre deux autres tueurs en série sous les verrous. »

« C'est bien dommage, certains en prendraient de la graine de connaître cette information » grogna Jimmy.

« Sans doute mais je ne pense pas que ça changerait grand-chose, Jimbo » soupira Tony. « Ils ont leur opinion et ils ne sont pas prêts d'en changer. »

« Je crois surtout qu'ils sont jaloux et que c'est leur façon de dénier que tu es meilleur qu'eux. »

« Jaloux de quoi, Jim ? » s'étonna Tony.

« De ta relation exclusive avec Gibbs, de ta facilité à comprendre ton patron, de ton incroyable flair, de ton succès auprès des femmes… Que sais-je ? Il y a tant de choses qu'ils pourraient envier à ton sujet. »

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L'italien regarda son ami comme s'il était un alien. Et son expression stupéfaite était si comique qu'elle fit rire les deux autres hommes.

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« Voyons, ne me dis pas que tu n'as jamais envisagé cette idée, Tone » supplia presque Jimmy.

« A vrai dire, jamais je n'aurais cru que ces deux-là pouvaient me jalouser à ce point » argua l'italien.

« Il a raison, Tonio » approuva Tobias. « Déjà du temps de Todd, il y avait cette jalousie sous-jacente de sa part. Elle était profileuse mais elle ne comprenait pas Gibbs et cette complicité que tu avais avec lui, cette manière de communiquer sans rien dire l'a toujours agacée. McGee ne sait jamais comment se comporter avec Gibbs, il tente de copier ton attitude mais il ne sera jamais aussi bon que toi pour lire en lui. David manifestement partage un secret avec Jethro et pense qu'elle peut l'influencer ou l'épauler quand bon lui semble. Elle recourra à un chantage si besoin est. »

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Cette fois, ce furent Tony et Jimmy qui observèrent l'autre homme avec stupéfaction.

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« Waouh, j'ignorais que tu avais un tel pouvoir de déduction, Toby » nota Tony en souriant.

« A vrai dire, tout ce fatras n'est pas de moi » avoua l'agent. « C'est l'opinion d'un profileur de mes amis à qui j'ai dressé un portrait peu flatteur de Gibbs, il faut l'avouer. Je cherchais à le comprendre un peu mieux et je lui ai décrit son attitude envers son équipe. Dans la foulée, j'ai également parlé de ses agents. »

« Et c'est ce qu'il en est ressorti » conclut Tony. « Je suis impatient de savoir ce qu'il pense de moi. »

« Que tu es un masochiste de travailler pour un homme qui ne te comprend pas et te dénie le moindre compliment, qui ne sait pas faire respecter la chaîne de commandement dans sa propre équipe et donc entraîne un manque de respect pour toi en particulier. Il pense que tu es du genre à souffrir en silence, à ne jamais demander d'aide si tu peux t'en passer. Selon lui, tu as appris très jeune à analyser l'attitude des adultes et à accorder ton attitude en conséquence. C'est ce qui fait qu'aujourd'hui, tu es le meilleur spécialiste sous couverture que nous ayons depuis quelques années. Que tu devrais prendre ton envol loin de Gibbs et t'émanciper de son autorité et de son influence. »

« Est-ce réellement ce que Hotch pense ? »

« Qui te dit que c'est de lui dont je parlais ? » railla Tobias.

« Allons, tu ne connais que l'équipe de profileurs du BAU assez bien pour te permettre de leur poser ce genre de questions » se moqua gentiment l'italien.

« Peut-être ou peut-être pas » dit Fornell en haussant les épaules.

« Qu'importe ce que tu peux dire, j'interrogerai Aaron à la première opportunité » renvoya l'italien.

« N'empêche que Gibbs a beau être mon ami, je ne peux m'empêcher de me rendre compte que son attitude est néfaste et qu'il est un parfait bâtard envers toi pour des raisons que je ne m'explique pas. »

« Gibbs sait à quoi s'en tenir avec McGee et David mais pas avec moi » statua Tony. « C'est la principale raison pour laquelle son attitude envers moi est aussi la plus virulente. Il ignore ce que je pense et ce que je vais faire la plupart du temps. Ne sachant pas comment je vais réagir, il ne peut anticiper et il attaque pour se prémunir. »

« Il est tellement borné qu'il ne veut pas non plus se sentir faible. Il ne posera aucune question s'il ne connaît pas la réponse auparavant » déclara Jimmy.

« Ouais, il ne se proclame pas être un bâtard pour rien » souligna Tobias. « Cependant, il lui faudra bien, à un moment ou un autre, prendre la décision de se positionner pour un camp ou l'autre. »

« Allons, Toby, il ne peut définitivement pas opter pour l'un ou l'autre » le contredit l'italien. « En faisant ça, ce serait comme s'il commettait un suicide, il torpillerait sa propre autorité. Jamais il ne se positionnera entre nous, il préférera voir son équipe dissoute que d'admettre son propre manque de discernement. »

« Où il ne le réalisera que lorsque tu auras compris qu'il est temps de voler de tes propres ailes et que tu quitteras son ombre » suggéra Jimmy. « Tu sais, je crois qu'il faudra un sacré choc pour qu'il admette être dans son tort ou qu'il est en partie la cause du problème. Autrement, il niera toujours les faits et te rendra responsable des difficultés rencontrées par l'équipe. »

« Miner son autorité ne résoudra rien pour autant, Jimmy » souligna Tony. « Il y a longtemps que j'ai appris que si Gibbs perd le contrôle, il devient furieux. Je l'ai assez constaté lors de nos enquêtes, dès qu'il est confronté à plus fort que lui et qu'il doit lâcher prise, il est aussi enragé qu'un chien à qui on a retiré son os. Il cherchera par tous les moyens à regagner ce qu'il a perdu. »

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Sur ces derniers mots, il se leva et gagna la cuisine où il contrôla la cuisson de leur repas.

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« Il est temps de dresser la table, les gars sinon la viande sera immangeable » déclara-t-il.

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Aussitôt, il entendit les deux hommes s'affairer à mettre les couverts. Il secoua la tête en souriant parce que chaque fois que ces deux-là venaient partager un repas avec lui, ils se conduisaient comme s'ils étaient deux affamés à qui on avait promis un repas exceptionnel.

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Il est vrai que la cuisine de l'italien valait le détour et ce n'était pas vantardise de sa part. Il aimait cuisiner pour ceux qui savaient apprécier ce qu'il préparait. C'était la raison pour laquelle il n'avait jamais invité un membre de l'équipe à sa table.

Même Abby n'avait jamais goûté à sa cuisine, elle pensait qu'il ne pouvait pas mettre chauffer de l'eau pour cuire des œufs sans provoquer une catastrophe. Et Kate avait également sous-entendu, à plusieurs reprises, qu'en tant que célibataire, il ne savait pas cuisiner et se nourrissait exclusivement de plats à emporter.

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Juanita, leur cuisinière espagnole, lui avait enseigné les rudiments de la cuisine lorsqu'il était enfant et qu'il passait des heures avec elle. C'est ainsi qu'il avait commencé à apprécier les bons petits plats qu'elle préparait amoureusement pour la famille avant et après le décès de sa mère.

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Tobias et Jimmy le rejoignirent et vinrent l'aider à déposer les plats et autres ingrédients sur la table. Tony leur fit l'honneur de les servir et bientôt, tous droits se régalèrent.

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« Tu sais, si un jour, tu tiens à changer de métier, tu peux te reconvertir en cuisinier » nota soudain Jimmy. « Tu pourrais faire fortune sans problème. »

« Il a raison, Tonio » approuva Tobias. « Chaque fois que je mange ici, non seulement, tu fais l'effort de nous faire un plat différent mais je ne peux m'empêcher de me resservir. Et ce n'est définitivement pas quelque chose que je fais habituellement. »

« Que serait un hôte qui offre toujours à ses invités le même plat ? » objecta Tony. « J'aime faire plaisir à mes convives et aiguiser leur palais en leur préparant des mets inhabituels. »

« Pour ça, tu y réussis parfaitement, Tonio. J'avoue que depuis que tu nous as enrôlés comme aide cuisiniers et que j'ai suivi tes cours, Emily apprécie la diversité de nos repas. »

« Brenna est également heureuse que je puisse préparer quelques plats, elle est fière de dire à ses parents et à son père en particulier que je peux la seconder à la cuisine » ajouta Jimmy.

« Si je vous ai permis de vous aider dans ce domaine, alors, je suis heureux d'avoir insisté pour vous engager comme second de cuisine » déclara Tony en riant.

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Le reste du repas se passa agréablement avant que tous trois travaillent encore en groupe pour débarrasser la table, mettre la vaisselle dans la machine, préparer le café et le dessert. Jimmy posa le tout dans le salon où Tobias avait déjà disposé les cartes pour leur soirée. Durant les deux heures suivantes, ils gagnèrent et perdirent à tour de rôle et toujours dans la bonne humeur.

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Ce fut vers minuit que les deux invités songèrent à prendre congé de leur charmant hôte qu'ils remercièrent chaleureusement. Tobias serra affectueusement le jeune agent avant de lui tapoter l'épaule, il enfila son manteau le temps pour Jimmy de faire de même. Le jeune assistant légiste étreignit l'italien qui, pour une fois, lui rendit l'accolade. Puis Palmer se redressa et déposa un baiser sur la joue de son ami avant de se reculer précipitamment.

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Tony le regarda, l'air étonné avant de secouer la tête avec un petit sourire. Tobias rit doucement, il aimait les facéties des deux jeunes hommes, il se sentait plus jeune en leur présence et fier d'être leur ami. Il était particulièrement heureux que Tony se soit enfin ouvert à l'amitié que Palmer et lui avaient offerte sans contrepartie, même si l'italien avait pris son temps pour l'accepter.

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Désormais, il savait – sans l'ombre d'un doute – que si jamais il avait besoin de lui, l'italien serait le premier à venir le secourir. Une fois qu'il accordait son amitié et sa confiance, il fallait des circonstances graves pour qu'il vous les retire. Comme avec Gibbs… mais ceci était une autre affaire qu'il ne voudrait pas aborder sous peine d'être banni de la liste des rares personnes auxquelles Tony tenait.

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Les dernières salutations terminées, ils laissèrent Tony refermer la porte sur eux. Ils s'engagèrent tous deux dans l'allée pour gagner leur véhicule respectif.

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« Tony était plus détendu après le repas » constata Jimmy.

« Oui, notre présence lui a fait du bien ainsi que notre discussion aussi, je pense » approuva Tobias.

« Espérons que la situation au travail trouvera bientôt une solution ou nous risquons une autre explosion » soupira le jeune légiste. « Et je parle figurativement mais il se pourrait que les dégâts soient aussi dévastateurs. »

« Si ça devait arriver, je le traîne d'office au Département du Personnel du FBI pour remplir un dossier de candidature et je ne lâche pas jusqu'à ce qu'il soit rempli, daté et signé » rugit l'agent fédéral.

« Prions pour que tout s'arrange alors. »

« Serait-ce un mal s'il venait à quitter le NCIS pour le FBI, Jimmy ? »

« Sans doute pas mais il a d'autres amis que ceux de sa soi-disant 'équipe', des amis sur qui il peut compter. Certes, avec sa facilité de contact, il s'en fera aussi au FBI mais je doute que ce soit la même chose » avoua finalement le médecin. « Il a une dent contre votre agence, Tobias et ce depuis des années. J'ignore s'il réussirait à passer outre le préjudice subi à cause de certains d'entre vous. »

« Oui, il vaudrait sans doute mieux qu'il redevienne flic ou qu'il soit assez indulgent pour nous pardonner et nous donner une chance de réparer nos torts. »

« Si vous êtes suffisamment persuasif, il se pourrait qu'il soit assez magnanime pour ça, Tobias surtout si vous êtes celui qui arrive à le convaincre. Tony n'est pas le plus rancunier des gars, il a plutôt tendance à pardonner trop vite et trop souvent. Cette fois, cependant, certains sont allés trop loin pour le voir adopter cette attitude. J'espère simplement qu'il tiendra bon et que le pardon sera la dernière chose qui leur sera octroyé de sa part. »

« Croisons les doigts que notre discussion lui aura ouvert les yeux sur les défauts de ses collègues » soupira Tobias.

« Sinon nous serons bons pour recommencer, encore et encore jusqu'à ce qu'il comprenne » plaisanta Jimmy. « Bonsoir, Tobias, à bientôt » dit finalement Palmer en ouvrant sa portière.

« A bientôt, Jimmy » renvoya l'agent avant de se diriger lui aussi vers sa voiture.

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Deux minutes plus tard, les deux véhicules quittaient la propriété et s'engageaient dans la circulation fluide de la nuit.

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La soirée passée avec Tobias et Jimmy avait eu l'effet escompté, Tony avait réussi à passer une nuit reposante, sans cauchemars et avait donc dormi d'une traite pour s'éveiller vers 8 heures. Il se leva, passa dans la salle de bains puis dans la cuisine où il se servit un verre de jus d'orange avant de programmer la cafetière.

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Il chaussa ensuite ses baskets et se munit de son téléphone et de ses clefs avant de franchir la porte pour son jogging matinal. Il traversa prudemment la chaussée pour rejoindre le parc qui se trouvait à quelques blocs de sa résidence. Courir avait toujours été pour Tony une manière de contourner le système strict des séances chez le psy. Le jogging était pour lui une sorte de thérapie qu'il utilisait à des fins diverses : garder la forme bien sûr mais aussi se détendre, réfléchir, se vider l'esprit.

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Plongé au cœur de ses pensées chaotiques était un exercice qu'il réservait lorsque la situation était indéniablement compliquée. Ce qui était le cas en ce moment et ce fait durait depuis le départ de Gibbs. Il avait évité soigneusement de pratiquer la méthode parce qu'il savait qu'il n'en ressortirait pas forcément tout blanc. Lui aussi avait des torts dans l'histoire.

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Le tort de n'avoir pas réprimandé McGee et David publiquement devant leurs pairs. Une humiliation publique comme celle que Gibbs avait pratiquée aurait sans doute rabaissé leur arrogance même si, à la lumière des faits, il doutait que ce fut le cas.

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Le tort de n'avoir pas réprimandé Abby pour sa manière de le traiter et pour oser apposer ce sticker honni qui disait 'apprenti' sur son costume chaque fois qu'il pénétrait dans son laboratoire et qu'elle était ensuite venue lui coller lorsqu'il était à son bureau.

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Le tort de n'avoir pas demandé à Ducky de cesser de déverser la colère qu'il avait envers Gibbs dans son giron chaque fois qu'il descendait à la morgue. Le légiste avait fini par l'exaspérer de le prendre à témoin pour des faits dont il était un simple spectateur, tout comme le reste de l'équipe.

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Le tort d'avoir voulu préserver l'unité de l'équipe alors que celle-ci cherchait désespérément quelque chose à quoi se raccrocher sans l'avouer ouvertement. Chacun avait pris ce qu'il offrait mais personne n'avait songé à lui retourner la faveur.

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Le retour de Gibbs avait entraîné un retour presque à la normale mais des différences subsistaient que McGee et David n'employaient que lorsque Gibbs n'était pas dans les parages. Leur insubordination n'était dirigée que contre lui et se manifestait sur le terrain parce qu'elle y passait plus inaperçue.

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Au bureau, les remarques sournoises de David et celles sarcastiques de McGee ne soulevaient aucune réaction de la part de l'ancien Marine. En fait, l'attitude de Gibbs était calquée par les deux autres sans distinction et sans retenue dès que le chef d'équipe tournait les talons.

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Abby n'avait pas tenté de modifier son comportement. Certes, le sticker avait disparu maintenant qu'il n'était plus le chef mais la gothique était toujours froide envers lui. Elle le rendait responsable, illogiquement, du départ de Gibbs et surtout de son absence prolongée.

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La conversation surprise entre Ducky et Gibbs lui avait apprise que la laborantine détenait le moyen de communiquer avec Gibbs et qu'elle s'était gardée de l'en informer. Par contre, elle avait bien communiqué l'information à l'israélienne et ce, d'après les propos du légiste, sur les conseils de l'écossais.

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Comment pouvait-il juger que Tony ne pourrait aider un membre de son équipe sans même lui exposer le problème ? Lui, le sage et expérimenté psychologue qu'il était censé être, avait été mystifié et berné par deux amateurs sans qu'il ne soulève la moindre objection ! Difficile à croire de la part d'un homme comme Ducky. Il devait y avoir autre chose qui justifiait son manque de clairvoyance.

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Et malgré son désir de donner une chance au légiste de lui expliquer ses raisons, Tony ne souhaitait pas les connaître. Comment, après toutes ses années, ne pouvait-il vouloir laisser une chance au médecin de lui exposer les motifs de son absence de confiance en lui ? C'était justement là le problème, Ducky avait manqué de confiance en lui, Tony et c'était la goutte de trop qui faisait déborder le vase.

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Depuis son enfance, Tony savait qu'il ne pardonnait pas facilement, trop de gens lui avaient fait des promesses non tenues à commencer par sa propre mère, son père puis des amis qui l'avaient trahi de manière hideuse. Sa vie était jalonnée de ces vœux révoqués, de ces serments foulés aux pieds par des personnes de haute moralité qui lui avaient assuré honorer leur parole.

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Ces six dernières années sonnaient le glas de la plus longue période durant laquelle il s'était senti en sécurité parmi des inconnus qui étaient vite devenus des amis. Trop vite, sans doute. Il avait accordé sa confiance trop tôt et trop facilement et elle venait de lui être renvoyée en pleine figure comme si elle ne valait rien.

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Après le trio infernal, voilà que la liste s'allongeait avec le nom du médecin. En ajoutant celui de Gibbs, qui ne semblait pas vouloir lui non plus accorder sa confiance à l'italien, il était évident qu'il n'avait plus grand monde qui méritait sa loyauté et son amitié. Tous ceux qui avaient compté pour lui dans cette agence lui tournaient le dos sans le moindre remords.

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Aucun d'eux ne valait la peine qu'il fasse encore l'effort de sauver ce qui pourrait encore l'être, une amitié bafouée et foulée aux pieds était tout ce qui restait de ces années à travailler ensemble, à suer ensemble, à pleurer ensemble. Il ne fallait pas tenter de préserver à tout prix ce qui ne pouvait l'être.

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A un moment donné, il fallait reconnaitre qu'il était inutile de vouloir forcer les choses, que les êtres humains avaient parfois envie de détruire ce qu'ils avaient de plus beau et de plus précieux, juste parce qu'ils pouvaient le faire ou voulaient le faire.

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Avoir pensé qu'une famille qu'on avait choisie serait plus loyale qu'une famille de naissance était définitivement une chimère, un rêve qui volait en éclats lorsque la pression était trop forte. Tony avait voulu que ce rêve soit éternel et il n'avait été qu'éphémère ! Chaque fois qu'il pensait parvenir à conserver ce qu'il avait bâti, un rouage sautait et tout déraillait.

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Cette fois encore, il allait devoir reconstruire mais en aurait-il encore la force ? Là était toute la question et il n'avait pas la moindre réponse à y apporter. Mais, par le passé, il avait trouvé la force d'esprit de le faire à trois reprises, il pouvait raisonnablement supposer qu'il en serait de même encore aujourd'hui.

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Et il avait aussi un autre groupe de supporteurs, des hommes et femmes qui n'attendaient rien de lui que ce qu'il voulait bien leur accorder. Ces inconnus d'un jour qui étaient devenus des connaissances avant de devenir des amis. Des agents pour la plupart et surtout, des profileurs. Lui qui normalement fuyait tous ceux qui pouvaient lire en lui les avait laissés l'approcher parce qu'ils n'avaient pas cherché à le psychanalyser, du moins en sa présence.

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Et, fait le plus étrange et le plus incroyable pour lui, des gamins étaient venus spontanément vers lui, l'avaient entrainé avec eux comme si c'était la chose la plus naturelle. Il s'était retrouvé à partager avec eux des activités qu'il n'avait jamais pratiquées qu'en solitaire ou en secret telles que sa pratique du piano et de la guitare. Il enseignait même à ses nouveaux compagnons ces deux disciplines ainsi que le football et le basketball.

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Il pratiquait parfois ces deux sports avec parents et enfants, Vance lui avait même avoué que les séances avec Jared et Tony l'avaient convaincu de reprendre une activité sportive avec son fils et que père et fils s'entrainaient désormais ensemble. Tobias venait parfois le rejoindre pour un jogging, maintenir une certaine capacité physique pour continuer de travailler sur le terrain étant indispensable.

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Puis, il y avait Derek et Aaron qui étaient devenus des compagnons de jogging occasionnels également. Travailler parfois avec eux avait permis à l'italien de se détendre suffisamment parmi l'équipe pour s'ouvrir un peu et il avait parlé de la façon pour lui de résoudre ses dilemmes… par la pratique de la course.

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La méthode avait étonné Derek qui s'était joint à lui à plusieurs reprises. Les deux hommes avaient couru sans échanger un seul mot mais en agréable compagnie. Ils avaient renouvelé l'expérience même si le profileur n'était pas aussi performant que l'italien qui courait depuis son plus jeune âge.

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Enfin, Aaron l'avait un jour sollicité pour lui servir de compagnon d'entrainement en prévision de sa participation à un marathon. Totalement bluffé, Tony avait failli refuser mais Derek avait intercédé en précisant qu'il était parfaitement capable de suivre – et même précéder - son chef et qu'il serait un parfait coach.

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Et de fil en aiguille, l'italien était devenu un familier parmi des agents qu'il n'aurait sans doute jamais approchés sans l'insistance de Tobias pour qu'il participe à la résolution d'une de leurs enquêtes. Cette première affaire avait entrainé Tony à les aider occasionnellement. Une collaboration épisodique était née sans que quiconque au NCIS n'en soit conscient.

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Tony n'avait eu qu'une seule exigence, que sa participation soit tenue secrète. Non pas qu'il soit honteux de travailler avec eux mais au contraire, il tenait à ce que sa collaboration ne soit pas dénigrée ou dévaluée par sa propre équipe. Il ne se faisait aucune illusion à ce sujet, ses deux collègues auraient tenté de le discréditer aux yeux des agents du FBI, ça ne faisait aucun doute dans son esprit.

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C'était grâce à eux qu'il avait également fait la connaissance d'une personne extraordinaire, Miss Pénélope Garcia. L'exubérante informaticienne avait pratiquement exigé de lui donner des cours particuliers en informatique en échange de quelques séances de cinéma. Sa manière d'enseigner avait grandement réconcilié Tony avec l'informatique et, par voie de conséquence, avait amélioré ses performances en la matière.

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Mais c'était le jeune docteur Spencer Reed qui avait le plus impressionné Tony. Sa vive intelligence, sa mémoire phénoménale, sa capacité de déduction avaient été des facteurs qui l'avaient conduit à tenir une certaine distance entre eux.

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Ce fut au cours d'un barbecue dominical organisé par l'Agent Rossi que la glace s'était rompue entre eux. Et la simple préparation d'un repas italien pour l'ensemble des invités qui avait requis la participation de chacun sur les instructions de Tony avait permis à Reed de comprendre que l'agent du NCIS était plus que ce qu'il laissait paraitre.

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Les deux italiens qu'étaient Rossi et DiNozzo s'étaient exprimés dans leur langue paternelle sans même s'en rendre compte et au grand amusement ou étonnement du reste des invités. Voir Tony rire librement et sans retenue pour la première fois depuis leur rencontre avait permis au génie de réaliser que l'agent était un être complexe, prudent et secret.

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Les divers sujets de discussion qui suivirent et agrémentèrent le diner puis le reste de la soirée révélèrent la grande érudition de DiNozzo qui s'immisça dans chaque conversation sans forcer mais au contraire en douceur. C'était le tact de l'agent que Reed apprécia tout particulièrement, comme s'il savait ce que c'était que de se voir rejeter.

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Ce fut au cours d'une réunion informelle au FBI que Reed l'approcha et lui fit part de ses réflexions à son sujet. L'embarras du jeune agent fit sourire Tony qui l'assura qu'il n'était pas le premier, et sans doute pas le dernier non plus, à être pris en défaut par son attitude. Il expliqua qu'elle lui permettait de faire son travail de manière plus efficace dans certaines situations.

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S'en suivit une intense discussion sur les avantages et les inconvénients de ce type de comportement. Et c'est ainsi que le jeune génie réalisa que l'agent du NCIS ne s'ouvrait qu'à ceux qui le méritaient. Et qu'il était chanceux de compter parmi le petit cercle d'heureux élus parce que l'homme était fascinant, si complexe et si simple à la fois mais si secret aussi.

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C'était aussi la relation qui existait entre les membres de l'équipe du BAU qui fit comprendre à Tony que celle de l'équipe du NCIS était devenue toxique et ne serait plus jamais potable. Il se demandait d'ailleurs combien de temps il serait encore capable de supporter l'ambiance avant de décider qu'il était temps de briser les chaines et de traverser le pont vers de nouveaux horizons.

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Sans doute, un jour, cessera-t-il de vouloir l'inatteignable et se contentera-t-il de l'atteignable, aussi imparfait qu'il puisse être.

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Et ce jour-là, il sera devenu enfin raisonnable et plus avisé, sinon plus sage.

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Voilà, un petit clin d'œil que vous apprécierez, j'espère.

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A bientôt

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Chtimi