.
.
.
Vous semblez bien intriguées par ce nouvel agent introduit dans l'équipe. Pour savoir le rôle qu'il y jouera, suivez donc ce chapitre qui vous en donnera un avant-goût. Spéculez également sur la relation qu'il aura avec nos deux agents Gibbs et DiNozzo.
.
J'attends avec toujours autant d'impatience vos commentaires. Donc, n'hésitez pas, donnez votre avis et votre impression.
.
.
.*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*.
.
.
Chapitre 18 : Adaptation forcée
.
Tony en tête, suivi de Giordano et Gibbs, sortit d'un pas tranquille et fit son chemin jusqu'à son bureau devant lequel il resta un moment debout. Il évalua l'espace et prit une décision rapide qui, il le savait, n'emporterait pas l'accord de Gibbs et surtout pas celui de McGee mais servirait mieux son travail de formateur.
.
« Gibbs, je vais transférer le bureau de McGee et l'installer à celui situé à ta gauche, Giordano prendra celui du 'Bleu', ce sera plus pratique pour nous » décréta-t-il soudain d'un ton sans appel.
« Tu crois que c'est une bonne idée, DiNozzo, de faire ce changement dans le dos de McGee » le questionna l'ancien Marine d'un ton septique.
« Il serait temps que McGee accepte le fait que JE suis également son supérieur et que je peux prendre des décisions sans lui en référer » répliqua son second en soutenant le regard de Gibbs. « De plus, le directeur m'a donné carte blanche » ajouta-t-il pour faire bonne mesure.
.
Gibbs fit le tour du bullpen du regard à plusieurs reprises puis finit par opiner donnant implicitement son accord à l'italien.
.
Et durant les deux heures qui suivirent, Tony aidé de Giordano organisèrent les bureaux comme l'italien le voulait. Tony fit venir un technicien informatique à qui il demanda d'intervertir les deux ordinateurs de façon que McGee conserve son poste avec tous ses paramètres personnels. L'italien savait qu'au moins ainsi, la pilule passerait sans doute un peu mieux tout en sachant que l'informaticien râlerait et protesterait de la décision uniquement parce que Tony l'aurait prise.
.
Ensuite, les deux hommes discutèrent du parcours de formation de Giordano au FLECT et de ce que Tony lui enseignerait. Gibbs, sous couverture de relire les rapports des dernières enquêtes, observa le nouvel agent. L'ancien Seal semblait attentif à ce que son second lui disait, il écoutait, prenait des notes, posait quelques questions.
.
Vers la fin de la journée, Tony s'enquit de savoir si Grant avait un logement et un moyen de locomotion. Gibbs secoua la tête, lui-même n'aurait jamais songé à poser la question, Giordano était un adulte qui pouvait certainement se prendre en charge sans qu'on lui tienne la main. Tony, par contre, savait s'inquiéter de ce genre de détails ayant changé souvent de poste et donc d'appartement.
.
Il regarda les deux hommes quitter leur espace après lui avoir souhaité une bonne soirée. Ils pénétrèrent ensemble dans l'ascenseur et Gibbs sourit. Ces deux-là allaient certainement devenir des amis sans difficulté, leur origine commune étant déjà un atout. Restait à savoir comment Giordano serait accepté par McGee et David et si son adjonction à l'équipe serait plus un problème qu'une solution.
.
Il allait lui aussi partir lorsque Vance apparut soudain devant son bureau.
.
« Comment s'est passé le reste de la journée, Gibbs ? » s'enquit-il.
« Plutôt bien, Léon. DiNozzo vous a pris au mot au sujet de la 'carte blanche', il a réorganisé les bureaux » l'informa son subordonné. « Attendez-vous à recevoir une plainte en bonne et due forme de la part de McGee. »
« Et qu'a donc fait DiNozzo qui risque d'irriter votre agent ? »
« Il a relégué notre bleu à ce bureau » dit Gibbs en le lui montrant d'un geste de la main. « DiNozzo pense qu'il sera plus pratique que Giordano et lui soient côte à côte. »
« Il a raison, ça tombe sous le sens » approuva le directeur.
« Espérons que McGee le comprendra aussi » soupira l'ancien Marine.
.
Le directeur balaya l'objection d'un geste de la main avant de poursuivre.
.
« Si ça pose un problème, je lui indiquerai que j'en ai fait un ordre. Et à part ça, pensez-vous que leur collaboration sera efficace ? »
« Sans le moindre doute, Giordano a écouté DiNozzo tout l'après-midi, il est décidé à apprendre tout ce que notre italien lui enseignera et religieusement en plus. »
« Bien, si mon idée peut améliorer les relations de l'équipe d'une quelconque façon, ce ne sera pas un mal, n'est-ce pas ? »
« Léon, ne vous réjouissez pas trop vite » l'avertit Gibbs. « Il se peut tout aussi bien que cette décision mette le feu aux poudres ou éteigne l'incendie. Qui peut prédire dans quel sens la balance penchera ? »
« Il faut bien crever l'abcès, Gibbs » dit Vance. « Je ne peux laisser plus longtemps les choses aller plus loin, il faut que mon équipe première soit à nouveau opérationnelle à 100%. J'ai besoin de chaque membre de votre équipe et DiNozzo en est un maillon important, vous le savez parfaitement bien. »
« Vous espérez vraiment que laisser DiNozzo jouer les formateurs pourra arranger les choses ? »
« Gibbs, j'ai adhéré à la demande de Giordano parce que je sais qu'en tant qu'agent en probation, qui plus est plus âgé que DiNozzo, il suivra les ordres et respectera l'homme. Je souhaite que McGee et David voient ce dont votre second est capable et qu'il peut parfaitement être respecté. »
« Je les entends d'ici dire qu'en tant qu'ancien Seal, il sait ce que suivre les ordres veut dire » objecta Gibbs.
« Nous verrons bien, Gibbs » soupira Vance. « Il sera peut-être un challenge pour eux… »
« Ou un autre moyen de dénigrer DiNozzo. »
« Ou un exemple à suivre… » le contra le directeur.
« Vous croyez vraiment qu'ils suivraient un disciple de DiNozzo ? Là, vous rêvez et les yeux grand ouverts encore » ironisa l'ancien Marine.
« Oui, sans doute » admit l'homme noir. « Bon, ne spéculons pas, laissons venir et observons » conclut-il. « Bonne soirée, Gibbs. »
« A vous aussi, Léon » répondit Jethro.
.
Les deux hommes se séparèrent lorsque l'ascenseur les déposa au parking, chacun s'en fut vers son véhicule. Tandis qu'il faisait route vers son domicile, Gibbs ne put s'empêcher de songer que la semaine prochaine risquait d'être dure, ses deux agents revenus de leur pénitence voudraient certainement prendre revanche sur l'italien même si leurs propres actions étaient à l'origine de leur disgrâce et qu'ils le savaient parfaitement. Mais c'était toujours gratifiant d'avoir un bouc émissaire sur qui déverser sa colère.
.
.
.*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*.
.
Le reste de la semaine se passa sans difficulté majeure. L'équipe réduite travailla sur deux affaires d'importance mineure et elles permirent à Gibbs de se faire une opinion non seulement sur la valeur de leur recrue mais aussi sur l'enseignement avisé dispensé par DiNozzo, ce pour lequel il n'avait aucun doute. Il suffisait de voir comment McGee avait évolué de simple informaticien à agent presque expérimenté.
Et l'ancien Marine dut vite reconnaître que le professeur n'était pas mauvais parce que l'élève suivait les instructions sans rechigner mais posait des questions pertinentes et recevait des réponses avisées et surtout suffisamment complètes et précises, ce qui ne nécessitait pas d'explications supplémentaires.
.
Les deux hommes travaillaient en parfaite synchronisation, faisant songer qu'ils devaient bosser ensemble depuis des années alors qu'ils le faisaient depuis seulement quelques jours. Giordano, comme Gibbs l'avait supposé, apprenait vite et retenait bien. Rarement son mentor devait lui montrer les tâches plusieurs fois et si Tony supervisait, il n'avait pas besoin de contrôler obligatoirement.
.
Ducky avait souri lorsqu'il avait rencontré Giordano pour la première fois en compagnie de Tony déclarant que, pour deux hommes ayant une origine commune, ils étaient comme le jour et la nuit. DiNozzo était brun avec une peau par le soleil alors que Giordano était blond avec une peau laiteuse qui devait plutôt craindre l'astre solaire.
Les deux agents avaient souri au légiste et l'avaient assuré, dans un bel ensemble parfaitement coordonné, que leur différence venait du côté maternel. Leur réponse spontanée et similaire les fit éclater de rire avant qu'ils ne se tapent la main comme deux gamins.
.
L'écossais sourit de plus belle tout en songeant que l'ancien Marine se préparait de sacrés challenges avec ces deux-là. Il attendait avec impatience de voir également de quelle façon les agents juniors allaient accueillir un autre collègue, même temporairement, qui soit presque une copie de Tony. Sûrement que des étincelles risquaient de jaillir plus souvent que quiconque ne puisse l'imaginer.
Le médecin présageait que l'entente au sein de l'équipe ne serait pas prête de revenir à son état antérieur au départ de Jethro, si jamais elle l'avait été. Il spéculait qu'elle allait plutôt s'aggraver encore un peu plus que de s'améliorer.
.
.
.*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*.
.
Le lundi matin, jour de retour de McGee et David, arriva trop vite au goût de Gibbs qui avait apprécié de collaborer avec les deux demi-italiens. Entendre rire de nouveau Tony avait éveillé comme un écho dans l'esprit de l'ancien Marine, un rappel de quelque chose qui lui échappait encore et toujours même s'il tentait de se souvenir de toutes ses forces.
.
Et comme toujours dans ces cas-là, la frustration était très grande de savoir et la tentation de poser les questions qui se précipitaient sur ses lèvres était presque insupportable. Pourtant, il se retenait de questionner sans vraiment comprendre pour quelle raison.
.
Ce fut donc avec une certaine irritation qu'il franchit l'entrée du building, salua brièvement le garde de la sécurité avant de passer le détecteur pour se diriger vers l'ascenseur et gagner l'étage. Il s'installa tranquillement à son bureau et attendit l'arrivée de toute son équipe avec une certaine inquiétude qu'il tentait de cacher.
.
Tony et Grant furent les premiers à venir le rejoindre, il les accueillit d'un simple geste de la main avant de les laisser s'installer tandis qu'il se plongeait dans le rapport de leur dernière affaire rédigé par Giordano dont il apprécia la rédaction. Il nota avec satisfaction que l'ancien Seal avait copié le style de DiNozzo, ce qui rendait le document aisé à lire.
.
Tous trois étaient déjà au travail depuis une bonne heure lorsque les deux autres membres de l'équipe arrivèrent enfin. Ils vinrent saluer Gibbs courtoisement sans même prendre la peine de faire de même envers Tony ou l'inconnu qu'ils avaient repéré aussitôt.
.
Comme prédit par Gibbs, lorsque McGee constata que son bureau avait été réquisitionné sans son consentement, il fut hors de lui. Il fit savoir son hostilité sans ambages et dans des termes pour le moins cru lorsqu'il sut que Tony en était à l'origine.
.
L'informaticien était arrivé avec presque une heure de retard sur son horaire habituel, en compagnie de Ziva, avait salué Gibbs mais ignoré ostensiblement Tony. Il darda un regard furieux sur celui qui occupait son bureau. Il attaqua aussitôt sans chercher à connaître les raisons de la situation.
.
« Agent McGee » se présenta-t-il quand même. « J'ignore qui vous êtes et qui a autorisé à vous installer là mais c'est mon bureau. Aussi, je vous saurais gré de bien vouloir le libérer et de vous en trouver un autre. Merci » ajouta-t-il après quelques secondes.
.
Giordano leva les yeux, dévisagea l'informaticien mais ne fit aucun geste pour se déplacer. Il se contenta d'échanger un regard avec Tony, de hausser les épaules avant de reporter son attention sur son travail. McGee patienta deux minutes avant de se tourner vers Gibbs qui le regardait, un air moqueur sur le visage et un demi-sourire ironique. McGee fronça les sourcils et attendit que quelqu'un lui explique la situation. Il ne s'attendait pas à ce qui lui fut répondu.
.
« Agent McGee, l'Agent Giordano est notre nouvel agent en formation sous ma responsabilité et directement sous mes ordres. Votre bureau est désormais celui situé à gauche de Gibbs » l'informa DiNozzo d'une voix tranquille. « Votre ordinateur y a été déplacé par le service informatique, vous ne perdrez ainsi aucune modification que vous y avez installée. »
« Pourquoi est-ce que je prendrais ce bureau ? » questionna-t-il d'une voix nettement hostile. « J'occupe celui-là depuis mon arrivée dans l'équipe, je ne vois pas pourquoi je serais celui qui doit déménager. »
« Parce que je l'ai décidé » affirma Tony d'un ton ferme.
« Et qui crois-tu être pour prendre cette décision ? Tu n'es pas le chef d'équipe, il me semble » attaqua aussitôt l'informaticien. « Tu n'as aucun droit de prendre ce genre de décision sans me demander mon avis et je refuse de m'installer là où tu le souhaites. Aussi, je te conseille de remettre les choses en ordre et de me rendre ma place dans les plus brefs délais » ordonna-t-il d'un ton furieux.
.
Tony le regarda calmement avant d'échanger un regard rapide avec Gibbs. L'ancien Marine fit juste un signe discret de la tête l'invitant à agir comme il l'entendait. Il savait que l'italien n'abuserait pas de sa position mais qu'il devait affirmer son autorité. Il vit Tony se lever nonchalamment, faire les quelques pas qui le conduisirent directement devant McGee qui, prudemment, se recula comme s'il craignait quelque chose.
.
« Qui je crois être, Agent McGee ? » débuta-t-il calmement. « Je suis le second de Gibbs, ce qui implique que je suis également votre supérieur hiérarchique, que ceci vous plaise ou non. Et les décisions que je prends ne sont pas discutables. Vous n'avez aucun ordre à me donner et encore moins à discuter ceux que je donne comme vous le faites trop souvent. A toutes fins utiles, je vous rappelle que vous n'êtes encore qu'un agent junior et non un agent confirmé. Si vous jugez être opprimé par ma décision, vous avez le choix d'en référer à l'Agent Gibbs ou directement au Directeur Adjoint Vance. Mais sachez qu'en aucun cas, je ne changerais ce qui est fait. Et je n'ai aucune justification à vous donner à ce sujet. En conséquence, le sujet est clos et vous vous installez à votre nouveau bureau sans plus discuter. Ah, autre chose également, Agent McGee, désormais, vous vous adresserez à moi en utilisant mon grade et mon nom et en me vouvoyant et ceci ne souffre aucune discussion possible. »
.
Puis, pour montrer que ce dernier ordre était destiné à être respecté par les deux agents, il se tourna vers David.
.
« Ceci est valable également pour vous, Officier David » ajouta-t-il à l'intention de l'israélienne qui avait suivi la mise au point sans rien dire. « Si l'un de vous pense ne pas pouvoir respecter cet ordre, j'attends votre demande de transfert sur mon bureau avant la fin de la journée. »
.
Sans attendre une réponse plausible de la part de ses collègues, Tony pivota et regagna son bureau où il se replongea dans le dossier qu'il étudiait avant l'esclandre. Ziva comprit qu'il valait mieux ne pas envenimer les choses le premier jour de son retour et se tint coi.
.
Par contre, McGee regarda Tony, bouche bée, avant finalement d'aller déposer ses affaires sur son nouveau bureau. Il respira profondément avant de s'acheminer vers les escaliers menant au bureau directorial, la tête haute mais la colère irradiant de tout son corps.
.
Tony le suivit des yeux et sourit largement tout en secouant la tête. Il allait recevoir la plus belle réprimande qui soit et reviendrait sûrement la queue entre les jambes. L'informaticien espérait sans doute avoir le soutien du directeur ou du moins pouvoir déposer une plainte contre lui mais il allait devoir déchanter. Vance lui avait donné carte blanche et même McGee ne pouvait rien contre ça.
.
« Il n'apprendra donc jamais » marmonna-t-il en soupirant.
.
Dix minutes plus tard, la prédiction de l'italien se révéla exacte. McGee redescendit, les épaules voûtées et la tête basse. Il dévala les escaliers rapidement, sans prêter attention à son entourage. Il échangea juste un regard rapide avec David en passant devant son bureau, grimaça et poursuivit avant de s'asseoir devant ce qui serait désormais son bureau.
.
Les regards de Gibbs et Tony se croisèrent avant de se poser sur l'informaticien un bref instant. L'italien esquissa un sourire moqueur et secoua la tête à nouveau. Gibbs comprit le message et laissa son agent junior digérer la réprimande que Vance lui avait très certainement servie. Il se demandait quand le jeune homme apprendrait à réfléchir avant de laisser son tempérament le conduire à se comporter de façon irrévérencieuse.
.
Le conflit entre ses trois agents ne semblait pas prêt de se calmer et Gibbs songea que son supérieur avait sous-estimé le problème. Il lui paraissait impossible que les choses s'arrangent et il était certain que, tôt ou tard, il aurait une ou plusieurs demandes de transfert sur son bureau. Il espérait sincèrement que Tony ne serait pas l'un de ceux qui en déposerait une ou pire encore, sa lettre de démission.
.
Si tel devait être le cas, il ignorait s'il serait capable de continuer à travailler sans que le jeune homme ne soit à ses côtés. Si l'italien demandait un transfert, peut-être que le choc serait moindre, surtout s'il occupait un poste dans une autre équipe du bureau.
.
Dans le cas d'une démission, Gibbs savait qu'il aurait du mal à se faire à l'idée que l'italien ne soit plus là. Sans doute arriverait-il à faire illusion ou s'adapterait-il à la situation. Il n'était pas encore prêt à partir en retraite comme l'avait prouvé son retour.
.
Seul le temps lui permettrait de savoir de quel côté pencherait la balance !
.
.
.*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*.
.
Il ne fallut qu'une petite semaine pour que les agents juniors prennent le pouls de la situation et comprennent que DiNozzo avait été promu formateur et que Giordano et lui formaient désormais un tandem à part entière. L'un n'était jamais loin de l'autre, il était évident que l'ancien Seal était l'ombre de l'ex-détective. Il assurait les arrières de l'italien comme si DiNozzo était son seul collègue.
.
McGee, selon le plan élaboré avec Ziva, s'engagea le premier dans la bataille lorsque Gibbs tourna les talons pour un raid au Starbucks du coin pour son sempiternel café et que DiNozzo s'était absenté pour il ne savait quelle raison. Il se leva, s'approcha du bureau… de son ancien bureau et s'adossa négligemment contre, les bras croisés dans une pause qu'il voulait décontractée et non menaçante. Il s'éclaircit la gorge et se lança.
.
« Alors, c'est comment de travailler avec DiNozzo ? Pas trop dur de prendre des ordres d'un homme plus jeune que vous et qui plus est un civil ? »
.
Giordano leva la tête, le scruta un instant et comprit rapidement que l'informaticien cherchait à le tester et à créer un conflit entre lui et son mentor. Il réfléchit rapidement et décida qu'il ne laisserait pas ces deux agents le monter contre celui qu'il considérait comme un partenaire de confiance. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour comprendre que ces deux-là ne portaient pas DiNozzo dans leur cœur et qu'ils trouveraient tous les prétextes pour le dénigrer.
.
« Agent McGee, je mesure chaque jour la chance que j'ai, en tant qu'agent en probation, d'avoir un formateur de la valeur de l'Agent DiNozzo, un agent expérimenté qui connaît son job et qui sait rester modeste malgré tout » répliqua enfin le 'bleu'.
.
La sincérité qui perçait nettement dans la voix de Giordano stupéfia grandement l'Agent McGee. Il resta une minute sans rien dire, digérant le choc que la réponse lui avait fait. Il ne s'attendait pas à recevoir une telle déclaration même s'il avait remarqué la franche et évidente camaraderie que les deux hommes semblaient partager.
.
« Waouh, vous êtes un de ces nouveaux qui est aveuglé par la poudre aux yeux qu'il jette, ma parole » s'exclama le geek en ricanant.
.
Au lieu de se lancer dans une polémique inutile avec l'informaticien, Giordano décida de passer à l'attaque plutôt que de rester dans l'offensive. Il savait que le jeune Agent serait certainement désarçonné et c'était ce qu'il recherchait.
.
« Pardonnez ma question mais que cherchez-vous exactement, Agent McGee ? Que je dénigre mon supérieur ou que je devienne un délateur dans votre genre ? Ce n'est pas dans ma nature, désolé de vous décevoir. Et à l'avenir, je vous suggère d'éviter de vouloir me mêler au conflit que vous et l'Officier David avaient avec mon mentor. Je ne saurais trop vous conseiller de me considérer comme partie neutre, je ne désire pas me retrouver dans l'obligation de faire un rapport sur votre inqualifiable tentative de subversion. Pourtant, si je dois réagir, ce ne sera certainement pas en votre faveur. Ceci est mon seul et ultime avertissement sur le sujet. J'espère donc que vous ne tenterez plus de me rallier à vos plans tordus pour discréditer l'Agent DiNozzo. Sur ce, j'ai du travail que je souhaite reprendre. »
.
Sur cette tirade parfaitement envoyée, Grant reprit effectivement le travail qu'il avait délaissé quelques minutes plus tôt pour répondre à son collègue temporaire.
.
McGee le regarda, les yeux ronds et un air totalement hébété peint sur le visage. Comment cet agent, un bleu qui plus est, pouvait avoir deviné ce qu'il cherchait. DiNozzo avait déjà, semble-t-il, acquis la loyauté de ce nouvel agent. Comment l'homme, ce gamin qui n'avait jamais grandi, pouvait-il inspirer pareille confiance après seulement quelques jours ? C'était incompréhensible.
.
Et se voir ainsi percé à jour aussi vite démontrait clairement qu'il ne savait toujours pas cacher ses sentiments et était bien incapable de rivaliser avec l'italien à ce sujet. Les missions sous couverture ne seraient sans doute pas pour lui dans un avenir proche malgré son ardent désir de prouver qu'il valait bien son collègue !
.
La situation était bien différente de celle que Ziva et lui avaient envisagée. Il pensait que le bleu serait trop content de déverser ses doléances dans leurs mains et de se plaindre de l'intolérance de l'italien, de son immaturité, de son attitude désinvolte, de ses gamineries, de ses farces ridicules. Et voilà que c'était tout le contraire qui se passait. L'homme semblait particulièrement ravi de travailler en tandem avec l'italien. Etait-ce parce que tous deux partageaient une partie de leurs origines ? Ou y avait-il autre chose que Ziva ou lui n'avaient pas détecté ?
.
Il jeta un regard à l'israélienne qui haussa les épaules et lui fit un discret signe l'invitant à regagner son bureau. Une nouvelle stratégie devrait être mise au point sans tarder pour remédier à la situation qui dégénérait de semaine en semaine. Les deux jeunes gens souhaitaient voir DiNozzo hors de leurs jambes et définitivement hors de l'équipe de Gibbs. Mais comment y parvenir si leur nouvelle addition ne jouait pas le jeu ?
.
McGee soupira et finalement, choisit de regagner son bureau comme le conseillait sa collègue silencieusement. Il allait lancer son programme de messagerie instantanée pour converser avec elle lorsque Gibbs refit son apparition. Deux minutes plus tard, DiNozzo sortait du MTAC et reprenait place à son bureau sans dire un mot sur la raison de son absence.
.
Les fréquentes demandes de consultation des autres équipes et les incessants allers et retours au MTAC de l'italien générait un surcroît de travail pour David et McGee qui lui en tenaient rigueur. Leur mécontentement augmentait lorsque l'homme parvenait à découvrir un indice ou à émettre une théorie valable sur leur affaire en cours après juste une heure à étudier le dossier de l'enquête que le reste de l'équipe s'échinait à résoudre.
.
Le plus frustrant était que Gibbs ne disait rien, il ne faisait aucun reproche à DiNozzo sur ses absences comme s'il était parfaitement au courant de la situation et s'en était accommodé. McGee ricana intérieurement, bien sûr que l'ancien Marine savait, après tout, il était le chef de l'équipe et Vance avait dû le consulter pour obtenir son accord. Mais quels étaient les termes exacts de cet accord était un mystère que les deux Agents ne parvenaient pas à décrypter.
.
La jalousie et la colère dominaient les sentiments de McGee envers l'italien et il ne faisait aucun geste pour les cacher. Pour quelle raison devrait-il être honteux de ressentir cela envers un agent qui ne devrait même pas travailler pour une agence fédérale ?
.
Il savait que sa partenaire éprouvait des sentiments bien différents des siens envers l'italien. L'envie, l'incompréhension et une hostilité latente étaient ceux que l'Officier du Mossad expérimentait. Elle cachait mieux ses émotions que le jeune informaticien mais elles transparaissaient parfois nettement dans ses gestes ou ses paroles malgré elle.
.
Sans l'environnement strict de son entraînement, elle perdait le contrôle d'une attitude neutre et dévoilait donc plus souvent ses réactions. Et McGee avait beau ne pas être aussi perspicace qu'il faudrait, il était bien conscient que l'israélienne était aussi désireuse que lui de se débarrasser de DiNozzo. Sans doute pas pour les mêmes raisons mais avec autant de force que lui.
.
La prudence était toutefois désormais une composante dont il leur faudrait tenir compte. Ils étaient tous deux sur la sellette et le moindre faux pas pourrait leur coûter plus cher qu'une simple mise à pied ou une nouvelle remise à niveau des procédures et protocoles. Réfléchir avant d'agir serait leur meilleur allié sous peine de perdre leur poste au NCIS définitivement et certainement une place dans n'importe quelle autre agence.
.
Définir une stratégie pour saborder la nouvelle confiance que Gibbs semblait avoir retrouvée en DiNozzo ne serait pas facile et serait certainement plus compliquée sans la participation de Giordano. Ils avaient déduit, à tort, que le Seal serait trop heureux de les aider dans cette entreprise sans connaitre son opinion au sujet de son formateur. Mal leur en a pris de ne pas tenir compte de ce 'léger' détail.
.
Et la réprimande récente que Vance lui avait personnellement servie ajoutée aux mesures disciplinaires et humiliantes qu'ils avaient tous deux subies tendait à démontrer que le directeur adjoint avait à cœur de soutenir l'italien.
.
Non seulement il était évident qu'il appréciait leur collègue mais il lui confiait la formation d'un agent en probation, rôle qui aurait dû être dévolu à lui, McGee, un agent confirmé et suffisamment expérimenté pour le faire. Après tout, il ne pouvait faire pire que DiNozzo n'avait fait avec lui, n'est-ce pas ?
.
Le coup d'œil que lui lança soudain Gibbs le renvoya rapidement à son travail avant qu'il ne soit réprimandé ouvertement et publiquement pour son manque d'ardeur. Il ne souhaitait pas mécontenté son patron plus qu'il ne l'avait fait durant les quelques semaines précédant son absence.
.
Regagner l'estime et la confiance de Gibbs était l'objectif majeur qu'il s'était fixé afin de démontrer qu'il pouvait faire mieux que DiNozzo et prétendre ainsi à remplacer dès l'éviction de l'italien de leur équipe. Il devait non seulement en convaincre Gibbs mais également Vance quitte à se désolidariser de Ziva si nécessaire pour assurer son avenir au sein de l'agence.
.
C'était sans doute la meilleure RESOLUTION qu'il avait prise durant sa formation après bien des réflexions sur l'attitude à adopter pour tenter de faire oublier son comportement passé.
.
.
.*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*.
.
.
.
