Chapitre 7 : Oncle

Knuckle était occupé à amuser les trois plus jeunes enfants de la maison quand vint l'appel téléphonique.

Tapotant la tête de Takeshi, il se leva et s'éloigna pour que les petits ne puissent pas l'entendre.

Prenant son portable, il dit, « Pronto ? »

Il y eut un silence incertain à l'autre bout du fil, comme si son interlocuteur ne savait pas quoi faire, puis une voix lui répondit, « Konnichiwa. »

Knuckle fronça légèrement les sourcils, vérifiant à nouveau le numéro. Il s'agissait d'un appel longue distance et il se demanda qui pouvait l'appeler du Japon.

« Oui, bonjour. » dit-il, cette fois en japonais.

Il décela un léger soulagement dans la voix de son correspondant alors qu'il poursuivait, « Je m'adresse bien à Knuckle-san, le demi-frère aîné de Sasagawa Hidemoto-san ? »

Les yeux du gardien se plissèrent. « Oui, c'est moi. Est-il arrivé quelque chose à mon frère ? »

"Bonjour Knuckle-san. Je suis Ichikawa Ukita, de l'Hôpital général de Namimori au Japon. Je suis sincèrement désolé monsieur, mais hier, Sasagawa-san et sa famille ont été impliqués dans un accident de voiture. Votre frère et sa femme ne s'en sont pas sortis. »

Le choc fut tel que Knuckle faillit en lâcher le téléphone. « Quoi ? » fit-il. « Hide-chan est décédé ? »

Une courte pause se fit entendre de l'autre côté, puis Ichikawa répéta, « Je suis désolé, Knuckle-san. »

« Et.. et les enfants ? » demanda-t-il. « Est-ce que Ryohei et Kyoko vont bien? »

« Sasagawa Ryohei a une clavicule fracturée, et quelques autres blessures mineures mais à part cela il va bien et a déjà repris connaissance. Sasagawa Kyoko en revanche, est tombée dans le coma. »

Knuckle acquiesça, bien qu'il sache que le docteur ne pouvait pas le voir. « Quelqu'un s'est-il déjà occupé des funérailles et de la veillée ? »

« Non monsieur. Vous êtes la première personne que nous avons appelée. » dit respectueusement Ichikawa.

« Bien. » dit Knuckle. « Pouvez-vous informer les autres membres de la famille que je prendrai en charge l'enterrement et la veillée ? Je serai là dès demain pour voir les enfants. »

« Bien sûr. » répondit le médecin.

« Merci beaucoup. » fit le gardien. « Au revoir, Ichikawa-san. »

« Au revoir Knuckle-san. »

Après avoir raccroché, Knuckle se tourna vers les enfants qui jouaient tranquillement. Toutes ses émotions étaient sens dessus dessous; l'idée que son petit frère était mort lui paraissait encore surréaliste.

Remarquant le regard de Knuckle, Tsuna arrêta de jouer avec les autres et s'approcha de lui.

« Quelque chose ne va pas, oncle Knuckle? » demanda-t-il, levant ses grands yeux bruns vers le gardien.

Brusquement, Knuckle eut l'impression qu'il pourrait éclater en sanglots à tout instant.

Se forçant à sourire, il dit, « Rien petit, rien du tout. »

Tsuna n'avait que six ans, mais il vit clairement à travers son jeu et ses sourcils se froncèrent. Il entoura des ses bras les jambes de Knuckle, et le regarda droit dans les yeux. « Tu as mal ? » demanda-t-il. « Tu peux pleurer tu sais. »

« Haha, tu n'as pas besoin de te forcer, oncle Knuckle! Pleurer te fera du bien ! » dit Takeshi en s'approchant avec Hayato.

« Che, si ça ne va pas, tu peux nous le dire tu sais. » dit Hayato d'un air revêche, ne voulant pas paraître trop inquiet.

Leur innocence enfantine était touchante et Knuckle parvint à sourire, cette fois sincèrement. Il leur caressa la tête et dit, « Désolé vous trois, mais je vais devoir m'occuper d'affaires importantes. Pourquoi n'allez-vous pas chercher un de vos pères, hm ? »

« D'accord ! » s'écrièrent-ils avant de partir en courant pour trouver un autre compagnon de jeu.

Knuckle les regarda partir jusqu'à ce qu'ils aient disparus à l'intérieur, puis il tourna les talons et se dirigea vers sa chambre.

Une fois arrivé dans son sanctuaire, il ferma la porte à double tour derrière lui. S'effondrant à terre, il laissa la tête retomber sur ses bras et peu après, des larmes se mirent à couler le long de ses joues.

O-o-O-o-O-o-O

Giotto était dans son bureau, en train de finir sa paperasse quotidienne lorsque la porte s'ouvrit en grinçant. Levant la tête, le blond sourit en voyant son jeune fils passer la tête à travers l'entrebâillement.

Posant son stylo, il lui fit signe d'entrer. Tsuna poussa la porte et s'avança dans la pièce, suivit de près par Hayato et Takeshi. Accourant vers son père, il sauta sur ses genoux et l'enlaça.

Lui rendant son étreinte, Giotto dit, « Qu'est-ce que vous faites les enfants ? »

S'écartant un peu pour pouvoir lui faire face, Tsuna le regarda d'un air troublé. « Quelque chose est arrivé à oncle Knuckle. » avoua-t-il.

« Que veux-tu dire ? »

Cette fois, ce fut Takeshi qui répondit. « Il était en train de jouer avec nous dans la cour, mais il a reçu un appel de quelqu'un. »

« Quand il a raccroché, il avait l'air vraiment triste. » continua Hayato. « On aurait dit qu'il était sur le point de pleurer. »

« Vraiment ? » demanda Giotto qui était maintenant plus qu'inquiet.

« Oui ! » fit Tsuna, hochant frénétiquement la tête. « Et puis après, il nous dit qu'il devait s'occuper d'affaires importantes et qu'il ne pouvait plus jouer avec nous. »

Se levant, Giotto reposa Tsuna par terre et fit sortir les trois enfants de son bureau.

« Je vais aller voir comment va Knuckle. Pendant ce temps, pourquoi n'iriez-vous pas chercher votre oncle Lampo ? »

« D'accord ! » répondirent docilement les enfants, soulagés de voir que Giotto aller s'occuper de Knuckle.

Tandis qu'ils partaient en quête du plus jeune gardien, le blond se dirigea dans la direction opposée, vers la chambre de son ami.

Une fois arrivé, Giotto frappa vivement à la porte mais aucune réponse ne lui vint.

« Knuckle ? » appela-t-il. « Tu es là ? Les enfants s'inquiètent pour toi! Qu'est-ce qu'il t'arrive? »

D'abord, le silence. Puis Giotto entendit un bruissement et peu après, Knuckle ouvrit la porte, les yeux rougis.

Alarmé par l'état dans lequel se trouvait son ami, Giotto s'avança dans la pièce puis ferma la porte à clé derrière lui.

Conduisant le gardien du soleil vers son lit, Giotto le fit asseoir puis demanda, « Que s'est-il passé ? »

« Mon petit frère, Hidemoto, et sa femme ont été rappelés auprès de Dieu. » dit le prêtre d'une voix exténuée.

Les yeux de Giotto s'écarquillèrent en entendant cette nouvelle. « Quoi ? Comment est-ce arrivé ? »

Knuckle haussa les épaules. « J'ai reçu l'appel d'un hôpital au Japon. Ils m'ont que Hidemoto et sa femme avaient été tués dans un accident de voiture. Leurs deux enfants sont vivants mais Kyoko est dans le coma. »

Giotto avait fait face à la mort de nombreuses fois auparavant, mais aujourd'hui encore, elle lui brisait le cœur à chaque fois. Il n'avait guère connu Hidemoto, mais ils avaient parfois traîné ensemble étant plus jeunes, et il en gardait de bons souvenirs.

« Qui s'occupera des enfants ? » demanda Giotto, lançant un regard inquiet vers son ami. Malgré sa tristesse, le bien-être et la sécurité des enfants maintenant orphelins passait avant tout.

Secouant la tête, Knuckle dit, « Je ne sais pas. Je suis le seul parent de Hidemoto encore vivant, tous ceux du côté de sa femme ont déjà leurs propres enfants, ils ne peuvent pas en prendre en charge deux de plus. »

« Alors pourquoi ne les prenons-nous pas ? » fit Giotto sans aucune hésitation.

Fixant son ami avec émerveillement, Knuckle dit, « Tu serais d'accord ? » Depuis l'instant où il avait appris la mort de son frère, il avait eu l'intention de s'occuper des enfants et il s'était demandé comment l'annoncer à Giotto.

« Bien sûr ! » s'écria le blond, choqué que son ami ait pu penser qu'il refuserait. « Ces enfants sont seuls au monde, ils ont besoin que quelqu'un s'occupe d'eux. Nous avons bien assez d'argent pour leur offrir une vie aisée. Et de toute façon, nous avons déjà six enfants ici. »

« Mais Kyoko et Ryohei ne sont pas les miens. » dit Knuckle avec une légère appréhension.

« Peu importe ! » lâcha Giotto d'un air exaspéré. « Tu es leur oncle, ils ont besoin d'une maison et nous en avons une ! C'est tout ce qui compte ! »

Un petit sourire encore hésitant fit son chemin jusqu'aux lèvres de Knuckle et il dit, « Merci Giotto. »

« Aucun problème ! » dit son boss lui retournant son sourire. « Alors ! Quand partons-nous pour le Japon ? »

« Nous ? » répéta le gardien du soleil, confus.

« Oui, nous ! Nous, les sept gardiens, Elena et les enfants. Nous connaissions aussi Hidemoto, rappelle toi. Il a vécu en Italie autrefois. Nous ne pouvons pas ne pas aller à son enterrement. »

Le sourire de Knuckle s'élargit davantage, Giotto était bien trop généreux.

« Eh bien, » commença-t-il. « Je dois partir dans quelques heures pour aller voir les enfants et m'occuper des funérailles. Mais vous pouvez venir un peu plus- »

Giotto le coupa. « Quelques heures suffiront. Par chance, tout le monde est au manoir en ce moment et personne n'a de mission prévue dans l'immédiat. Nous pouvons tous partir avec le jet privé dans quelques heures, si tu peux attendre aussi longtemps? »

Encore sous le choc, Knuckle ne put que contempler son ami avec ébahissement. « Vous n'êtes pas tous obligés de venir, tu sais. »

« Oh mais si. » répliqua Giotto, un air espiègle apparaissant sur son visage. « Il est hors de question que nous te laissions traverser cette épreuve tout seul. Quoi qu'il en soit, lève toi et fait tes bagages, fainéant ! Je vais aller prévenir les autres ! »

Le jeune don des Vongola était sur le point de sortir de la chambre lorsqu'une main sur son épaule l'arrêta. Se retournant, il regarda son gardien du soleil d'un air confus. Serein, Knuckle sourit à son ami et dit, « Merci. »

« Ne t'en fait pas ! » fit Giotto avec un grand sourire. « C'est à ça que sert la famille ! »

Sur ces mots, le blond se détourna et quitta la pièce, sortant déjà son portable pour appeler ses gardiens et les prévenir de leur départ impromptu pour le Japon.

O-o-O-o-O-o-O

« Sasagawa-san ? » fit une voix depuis la porte de la chambre de Ryohei.

Le garçon leva des yeux rougis par les larmes vers le docteur. « Hai, Ichikawa-sensei ? »

L'homme sourit et dit, « Ton oncle Knuckle viendra ici pour te voir demain. »

« Mon oncle ? » demanda Ryohei, un air confus apparaissant sur son visage. Après un instant de réflexion, il comprit soudainement à qui le docteur faisait allusion. Knuckle était le frère aîné de son père. Regardant le médecin avec étonnement, il dit, « Mais je croyais qu'il vivait en Italie ? »

Le docteur sourit à nouveau. « En effet. Mais il m'a dit qu'il viendrait au Japon dès que possible et qu'il serait là demain pour vous voir toi et ta sœur. »

Cette nouvelle soulagea incroyablement Ryohei. Quand l'infirmière lui avait dit que ses parents étaient morts, il s'était senti terriblement seul. Il avait eu peur, car il n'y avait plus personne au monde pour s'occuper de lui et de sa sœur à présent, et il était seul pour la protéger. Savoir qu'il restait quelqu'un qui parcourait la moitié du monde juste pour être que sûr que lui et sa sœur allaient bien, lui procurait un indescriptible sentiment de sécurité.

Il y avait aussi le fait qu'il s'était toujours sentit proche de son oncle. Il n'était âgé que de quatre ans lors de la dernière visite de Knuckle, mais un lien fort s'était déjà établi entre eux.

Se rasseyant, Ryohei laissa un petit sourire apparaître sur son visage, son premier vrai sourire depuis l'accident.