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Merci à toi, Josy pour tes coms si analytiques. Je sais que l'attitude de Gibbs est plutôt étonnante mais il a déjà échangé des indices dans une précédente affaire (j'ai oublié dans quel épisode mais il l'a fait pour protéger un marine qui avait donné son rein pour sauver son ami).
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Après tout, Gibbs est humain et capable de commettre des erreurs ou d'avoir un comportement irrationnel de temps en temps comme il l'a déjà prouvé. Et puis, c'est une fiction où nos personnages peuvent avoir des attitudes particulières, n'est-ce pas ?
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J'espère donc que le chapitre qui suit ne vous semblera pas inimaginable. J'attends vos coms pour le savoir. Bonne lecture.
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Chapitre 21 : Médiation inévitable
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Gibbs soupira lourdement en sortant de l'ascenseur, il venait de recevoir le traitement qu'il réservait parfois à l'italien, celui de se faire sermonner alors qu'il pensait être dans son bon droit. Il expérimentait à l'instant la sensation que son agent devait ressentir lorsqu'il l'enguirlandait, sauf que l'ancien Marine ne se gênait pas pour le faire en public afin d'humilier un peu plus l'homme.
Il fit son chemin vers le bureau directorial, la mort dans l'âme, Il venait de tenter de couvrir une tentative de meurtre déguisée, à son avis. Une opportunité qui s'était présentée et elle avait sauté dessus à pieds joints. Quoi de plus banal comme accident qu'un ricochet qui causait la mort d'un agent ? Personne n'aurait soupçonné la tentative délibérée de vouloir nuire à DiNozzo.
Mais DiNozzo avait raison sur un point, son expérience des armes était un indice qui serait en sa défaveur. Elle ne pourrait pas prétendre ignorer les effets de son environnement sur la trajectoire de sa balle dans la mesure où c'était la seconde fois qu'elle y avait recours. Le rapport sur l'enquête de la fausse monnaie démontrerait sans l'ombre d'un doute qu'elle avait déjà utilisé cette tactique sans succès.
Et il réalisa soudain qu'il s'était mis dans une situation périlleuse pour une espionne-assassin qui avait sans doute une mission à accomplir et qui se servait de lui pour parvenir à ses fins. DiNozzo avait certainement eu raison de se méfier de l'israélienne dès le début, elle ne jouait pas franc jeu et utilisait ses pires faiblesses pour obtenir sa coopération. Il s'était laissé berner sans la moindre difficulté dès l'instant où elle avait versé quelques larmes.
Il pourrait parier sans problème qu'il allait perdre son job et peut-être faire face à une peine de prison. Ou Vance et le SecNav tenteraient de minimiser l'affaire mais avec l'appui que Léon semblait accorder à DiNozzo ces derniers temps, il courrait le risque d'être licencier. Au mieux, il pourrait toujours proposer de prendre sa retraite et cette fois, définitivement.
Il demanda à la secrétaire du directeur d'annoncer sa visite. Elle décrocha son téléphone et conserva quelques instants avec son patron avant d'informer l'Agent qu'il pouvait accéder au bureau directorial. Il frappa, attendit l'accord de Vance avant de pénétrer dans la pièce. L'inhabituelle politesse surprit le directeur qui scruta l'ancien Marine avant de soupirer intérieurement. Les ennuis allaient encore venir le taquiner.
Gibbs s'avança jusqu'au bureau et attendit debout sans rien dire que Vance veuille bien lui accorder son attention. Lorsque le directeur comprit que Gibbs n'engagerait pas la conversation le premier, il posa son stylo et s'adossa à son siège.
« Que puis-je pour vous, Agent Gibbs ? » demanda-t-il tranquillement.
« Je demande à être suspendu pour faute professionnelle » indiqua Gibbs sans fléchir.
Vance se redressa brusquement sur son siège et fixa un regard incrédule sur l'ancien Marine.
« Vous allez devoir m'expliquer pour quelle raison je devrais accéder à votre étrange requête, Gibbs » déclara Léon le plus calmement qu'il put malgré sa curiosité.
Et Gibbs relata les faits qui s'étaient déroulés durant les heures précédentes, les premières constatations d'après les témoignages de Giordano et DiNozzo, son scepticisme quant à la culpabilité de Ziva, sa décision de dérober une pièce à conviction compromettante afin d'épargner la jeune femme, ses raisons pour la protéger et enfin sa conversation avec son second et sa tentative de corruption.
Vance se leva, fit quelques pas dans son bureau avant de se diriger vers le mini bar et de se verser un verre d'alcool qu'il avala d'un trait. Il se retrouvait face à un véritable dilemme cornélien : traiter Gibbs comme n'importe quel agent dans une situation identique ou tenter de négocier avec les différentes parties pour apaiser les tensions. Il ne pouvait pas perdre son meilleur chef d'équipe en sachant qu'il risquait en même temps de perdre DiNozzo dans la foulée.
« Bon sang, Gibbs ! » s'exclama-t-il enfin en se tournant à nouveau vers son agent. « Qu'est-ce qui vous est passé par la tête ? Je pensais que vos règles étaient là pour limiter les dégâts et voilà que vous êtes celui qui les brise allégrement et tout ça pour quoi ? Pour éviter une sanction disciplinaire à un membre de votre équipe, sanction qui aurait pu aplanir la situation. Vous savez très bien que DiNozzo n'est pas du genre vindicatif, il l'a pleinement montré durant votre 'siesta mexicaine' en ignorant l'attitude de ses subordonnés. »
« Je suis prêt à accepter toute décision que vous prendrez, Directeur » concéda simplement l'ancien Marine sans chercher à se défendre.
« Heureux de vous l'entendre dire, Gibbs et je ne crois pas que je vous laisserais le choix en la matière. Je vais transférer votre enquête à une autre équipe, ensuite je suspends l'Officier David, encore une fois » décréta le directeur. « Je vais me faire une opinion globale de la situation en lisant les rapports de tous les protagonistes présents sur les lieux de la fusillade ainsi qu'à l'hôpital. Je vais également demander une reconstitution par informatique de la fusillade avec la position de chacun au moment des faits. Une fois établi le schéma, je m'entretiendrais avec le SecNav parce que cette affaire risque de soulever bien des problèmes et d'engendrer des précédents. J'aimerais que vous preniez quelques jours de congés le temps de démêler tout ça et de savoir quelle sera notre position vis-à-vis de votre… appelons-le pour le moment 'erreur d'appréciation'. »
« Je ferais comme vous voulez, Directeur » répliqua docilement Gibbs.
« Et pas un mot à quiconque, surtout. Pas avant d'avoir tous les faits en main et en avoir discuté avec les autres parties concernée, en tous cas. Compris, Gibbs ? »
« Oui, Monsieur » approuva l'ancien Marine sans même discuter.
« Je pense sincèrement que votre équipe n'avait pas besoin d'une histoire pareille » soupira Vance. « Franchement, les choses ne sont pas aussi brillantes qu'elles devraient l'être mais la tension s'apaisait doucement entre vos agents. Je priais pour que l'adjonction de Giordano permette d'assainir la situation et durant un temps, ce fut le cas. Et voilà que soudain, venu d'on ne sait où, un grain de sable vient perturber l'harmonie. Avouez que votre équipe m'en fera voir de toutes les couleurs, Agent Gibbs ! »
« J'ai des agents qui ont tous une personnalité particulière et la cohésion entre eux ne pouvait se passer aussi simplement qu'on l'aurait souhaité » souligna Gibbs.
« Bel euphémisme que vous énoncez là ! Surtout quand un maillon soit disant faible se rebelle contre toute attente, n'est-ce-pas ? Que le clown montre soudain de quel bois il se chauffe n'a pas été apprécié par son équipe qui aurait préféré le cantonner dans son rôle de faire-valoir ! »
« DiNozzo a toujours fait montre d'une nature outrageusement généreuse en accordant trop facilement son pardon. Personne ne s'attendait à ce qu'il se révolte ainsi » nota l'Agent senior.
« À mon humble avis, il était temps qu'il se réveille et se rebelle » affirma Vance avec un sourire satisfait. « Vos agents vont devoir apprendre à compter avec un nouveau DiNozzo, un agent qui ne va plus se laisser marcher sur les pieds par deux subordonnés qui devraient lui être reconnaissant de jouer les tampons entre vous et eux. »
Vance reprit place dans son fauteuil et scruta quelques instants son agent. Il allait devoir agir avec doigté et compter, une fois de plus, sur la facilité de l'italien à accorder son pardon pour désamorcer une situation qui risquerait de devenir explosive si elle était traitée à la légère.
« Mais quelle lubie vous a pris d'agir de la sorte, Gibbs ? Vous deviez bien vous douter que l'expertise balistique à elle seule démontrerait que la balle provenait d'une arme en particulier. Ou pensiez-vous éventuellement corrompre Miss Sciuto pour falsifier son rapport ? »
Il leva la main pour interrompre la réponse que Gibbs semblait vouloir faire à cette assertion.
« Ne dites rien, je ne veux pas savoir ce que vous aviez l'intention de faire. De cette manière, je n'aurais pas à prendre de sanctions supplémentaires à ce sujet. »
Il repoussa son fauteuil et se leva pour reprendre un va-et-vient pensif. Que devait-il faire pour retrouver son équipe première au top niveau ? Il apparaissait que toutes les tentatives qui avaient été tentées avaient avortées de façon spectaculaire par le seul fait que deux membres de ladite équipe soient tellement egocentriques qu'ils en devenaient sourds et aveugles à ce qui leur était démontré.
Il ignorait comment Shepard avait pu penser qu'imposer l'agent du Mossad à Gibbs soit une bonne idée. Pour lui, la jeune femme n'avait aucune raison de faire partie de l'agence, même en tant qu'agent de liaison. Une espionne-assassin n'avait que faire au NCIS, elle aurait dû être intégrée à la CIA mais certainement pas dans son agence !
Il était évident qu'elle serait un élément perturbateur, elle ne savait pas ce que le travail en équipe signifiait étant habituée à bosser en solo. Il en savait quelque chose, c'est ainsi qu'il avait commencé sa carrière au sein de l'agence, après tout. Avoir été envoyé sous couverture sans renfort dans l'évidente intention de servir de bouc-émissaire vous ouvrait les yeux sur votre importance pour vos supérieurs.
Il stoppa soudain ses allées et venues, se planta face à Gibbs qu'il observa durant quelques minutes.
« DiNozzo a définitivement toute ma reconnaissance pour avoir réussi à travailler à vos côtés durant toutes ses années et endurer tout ce qu'il a subi non seulement de votre part mais aussi de celle de votre équipe » déclara-t-il avec un brin d'admiration évident dans sa voix. « Et je ne parle pas seulement de McGee et David. Il semblerait que certains faits soient à reprocher aussi à la regrettée Agent Todd selon les propos que Tom Morrow m'a aimablement servis juste avant ma prise de fonction. »
Il sourit en voyant la grimace que Gibbs ne put cacher. L'ancien Marine semblait avoir un instinct protecteur immense envers les femmes qui travaillaient directement avec lui et il n'aimait pas entendre de critiques à leur sujet. Pourtant, aucune n'avait vraiment une loyauté infaillible à son égard comme DiNozzo en avait une. Il fallait que son mentor ait commis une faute impardonnable à ses yeux pour que l'italien soit moins indulgent à son endroit. Pour lui, Gibbs était… ou avait été un agent irréprochable.
« Bien, disposez, Gibbs et prenez ces quelques jours pour réfléchir sérieusement » conseilla son supérieur.
Vance le regarda sortir sans qu'il n'ajoute un mot après ses derniers propos. Quant à lui, il allait devoir jouer serrer. Il passa un appel à DiNozzo pour avoir son rapport rapidement ainsi que celui de Giordano et David. Il transféra ensuite l'enquête à une autre équipe disponible et demanda à son chef d'équipe de prévoir une reconstitution rapide des faits qui s'étaient déroulés lors de l'échange de tirs. Il recommanda de ne pas utiliser les services de Miss Sciuto ou de l'Agent McGee.
Balboa l'assura qu'il ferait appel à un membre du service informatique qui les avait déjà aidés pour d'autres reconstitutions. De même, il allait de ce pas interroger les suspects appréhendés sur les lieux du crime et peut-être aussi demander aux Agents DiNozzo et Giordano leurs versions de l'affaire. Vance lui apprit le rôle de Gibbs à l'hôpital et son absence pour quelques jours avant que son statut ne soit défini avec précision.
Le directeur indiqua également que le SecNav serait partie prenante dans la décision qui serait prise au sujet de l'Agent senior et que toutes les pièces du dossier devraient être prêtes à lui être transmis aux fins d'examen complémentaire. Enfin, il l'informa de la suspension de l'Officier David dans l'attente de l'examen du dossier par les Affaires Internes.
Il raccrocha satisfait que son agent lui assure que l'affaire serait traitée avec tout le doigté possible non seulement dû à la personnalité du contrevenant mais également pour ne pas mettre en péril la carrière d'un agent honorable tel que Gibbs. De même, Balboa ne voulait pas que Tony pâtisse des actions de l'Officier David, il avait déjà suffisamment subi de malveillances de la part de ses subordonnés temporaires.
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Il prit ensuite quelques minutes pour analyser la situation et préparer son discours pour son supérieur. Il entreprit enfin de passer un appel prioritaire au SecNav. Il savait que l'homme, visant une place plus importante ou un poste politique, ne verrait pas d'un œil bienveillant le geste de Gibbs. Cependant, l'ancien Marine avait des atouts qui pèseraient sans doute dans la balance et si DiNozzo voulait qu'il soit jugé pour son acte, il serait peut-être débouté purement et simplement.
L'appel prit Davenport par surprise et le contenu de la conversation fut difficile. Le SecNav annonça d'emblée la couleur.
« Léon, il est hors de question de licencier Gibbs non seulement parce qu'il était le récipiendaire de la Médaille d'Honneur mais parce que ses services seront requis dans quelque temps pour une mission importante touchant à la Sécurité Nationale. En tant que directeur, vous devrez convaincre l'Agent DiNozzo de laisser tomber toute action envers lui et ce, à n'importe quel prix. J'espère que je suis bien clair » expliqua l'homme.
« Monsieur, je suis persuadé que cela ne poserait pas de problème majeur, DiNozzo a surtout voulu faire comprendre à Gibbs qu'il n'était pas au-dessus des autres et qu'il devait faire face aux conséquences de ses actes » affirma le directeur adjoint.
« Que cette affaire ne s'ébruite pas surtout » recommanda fermement le SecNav. « Il va sans dire que les actions de l'Officier du Mossad devront faire l'objet d'une enquête et qu'elle sera suspendue sans solde durant un mois, pour l'instant » annonça Davenport.
« J'avais déjà pris cette mesure moi-même, Monsieur » indiqua Léon.
« Bien. Dans ce cas, vous ajoutez cette durée à celle précédemment notifiée » décida le supérieur hiérarchique.
« Je l'en informerai personnellement » indiqua le directeur adjoint.
« Et si elle pose un seul problème, vous pouvez la menacer de la renvoyer d'où elle vient. De même, je vous recommande de veiller à ce que son niveau d'autorisation soit revu à la baisse. Avec un frère félon, je ne serais pas étonné qu'elle ait été placée dans l'équipe de Gibbs pour autre chose que ce que Shepard a bien voulu nous dire » ordonna-t-il.
« Ce sera fait dans l'heure qui suit » confirma Léon.
« Quant à DiNozzo, je vous laisse le champ libre pour négocier avec lui. Bien entendu, j'entends qu'il ne soit en aucun cas tenu pour responsable de quoi que ce soit. Il mériterait définitivement de recevoir une médaille pour avoir supporté tout ce que son équipe lui a fait subir depuis son arrivée au NCIS. D'autres agents se seraient empressés de demander un transfert mais lui a préféré persévérer et ce sans jamais se plaindre. C'est assurément des agents de sa trempe qui devraient travailler avec cette tête de mule de Gibbs, nous n'aurions pas tant de problème de cette sorte si c'était le cas. Je compte sur vous pour faire au mieux, Léon » conclut-il avant de couper la communication sans cérémonie.
« Il a pris des leçons d'étiquette auprès de Gibbs, ma parole » bougonna Léon en coupant la liaison.
Il allait devoir marcher sur des œufs s'il voulait faire accepter à DiNozzo le fait que Gibbs ne serait pas inquiéter outre mesure. Il savait que l'italien pouvait être aussi têtu et borné que l'ancien Marine lorsqu'il estimait qu'il avait raison. Cependant, il savait aussi qu'il était par trop indulgent et pardonnait bien trop facilement.
Il soupira en se passant la main sur le cou, signe évident qu'il était non seulement perplexe quant à sa résolution d'obéir au SecNav mais aussi nerveux de confronter DiNozzo. L'Agent avait une bonne raison de vouloir rapporter les faits évoqués par l'ancien Marine, d'autant que l'officier du Mossad perpétrait la même erreur pour la seconde fois et encore au détriment de l'italien. A croire qu'elle souhaitait qu'il soit écarté de son chemin d'une manière ou d'une autre.
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Il se décida enfin à appeler son subordonné afin d'en finir au plus vite avec cette déplaisante affaire. Il demanda à sa secrétaire de prier son Agent de le rejoindre sans tarder. Deux minutes plus tard, DiNozzo frappait à sa porte et pénétra dans la pièce après en avoir été prié.
« Agent DiNozzo, asseyez-vous » dit-il en accompagnant sa requête d'un geste de la main.
Tony hésita puis finit par s'installer sur l'un des sièges et attendit patiemment que le directeur engage la conversation même s'il se doutait de la raison qui la motivait.
« Gibbs vient de me rapporter les faits qui se sont déroulés il y a quelques heures » débuta Léon. « J'ai eu du mal à le croire mais les informations recueillies depuis m'ont convaincu qu'il avait agi comme il l'a indiqué. »
Ici, il fit une pause, il avait bien du mal à poursuivre et pourtant, les instructions du SecNav étaient claires et devaient être délivrées.
Voyant son hésitation et devinant que les propos à venir ne seraient pas ceux qu'il voulait entendre mais devaient être dits, Tony décida d'intervenir.
« Je sais que le geste de Gibbs a été dicté plus par souci de payer une dette qu'autre chose et je suis enclin à passer l'éponge s'il est réprimandé ne serait-ce que verbalement » indiqua-t-il. « Gibbs a voulu protéger David parce qu'il lui est redevable pour un geste qu'il estime lui avoir coûté beaucoup. »
« Ce n'est pas une raison pour l'absoudre totalement, Tony » le coupa Léon. « J'admets qu'il est étonnant qu'il se soit conduit de cette manière mais il doit faire face aux conséquences de son geste comme tout autre agent pris sur le fait de jouer avec les indices d'une enquête. Gibbs et David sont suspendus le temps de l'enquête interne avec retenue sur salaire et notification dans leurs dossiers respectifs. »
Là, le directeur soupira. La discussion qu'il allait devoir engager allait être plus délicate. Il fallait convaincre un excellent Agent qu'un de ses collègues ne pouvait être viré pour faute grave et qu'une autre ne pourrait l'être pour des raisons politiques. Il se leva pour se servir un verre, en proposa un à Tony qui refusa d'un signe de tête puis revint prendre place dans son fauteuil. Il sirota l'alcool cherchant comment délivrer les ordres.
Tony comprit vite à l'attitude embarrassée de Vance qu'il avait une mauvaise nouvelle à lui annoncer. Le directeur était visiblement gêné et avait des difficultés à lui en faire part. A nouveau, il décida de lui faciliter les choses.
« J'imagine que votre conversation avec le SecNav n'a pas dû être facile » déclara-t-il finalement. « Gibbs n'est pas n'importe quel agent et ses compétences en tant que sniper et officier de réserve pour les missions spéciales sont un atout pour l'agence. Je pense qu'il est hors de question de se priver de ses services dans l'immédiat… surtout au vu des attaques terroristes qui se multiplient depuis quelque temps. »
« Vous avez parfaitement deviné, Tony » approuva Vance, toujours stupéfait de constater que son agent était perspicace. « Il va sans dire que je n'étais pas du même avis que le SecNav mais pour des raisons de Sécurité Nationale, il doit rester au sein de l'agence encore quelques années. »
« Gibbs n'est pas au courant qu'il sera prochainement sollicité pour une opération spéciale, je présume » nota le jeune homme en souriant.
« Non et ceci doit rester confidentiel bien que j'ai toute confiance en votre discrétion » spécifia le directeur. »
« Mes lèvres sont scellées, Monsieur » confirma Tony.
« Vous savez, je suis toujours aussi étonné des rapides déductions que vous pouvez faire à partir de quelques propos généraux et de tirer les conclusions qui s'imposent » déclara soudain Vance. « Je suis certain que vous feriez merveille ailleurs qu'ici, sans doute pas à la CIA mais la Sécurité du Territoire serait sans doute mieux approprié que notre agence. »
« C'est votre opinion, Monsieur mais j'ai en horreur tous les jeux d'espion et les machinations à des fins politiques. Je suis bien mieux dans le rôle que je connais le mieux, celui de flic » résuma-t-il. « Qu'en est-il de votre décision au sujet de l'Officier David ? » demanda-t-il pour détourner la conversation.
« Pour ce qui est de l'Officier David, nos relations avec Israël sont tendues pour le moment et il ne semble pas opportun de mettre de l'huile sur le feu » poursuivit Léon.
« Du moment qu'elle reçoit une réprimande officielle et en paie les conséquences, je serais satisfait parce que je savais avant même d'obliger Gibbs à avouer son geste qu'il y avait peu de chances que tous deux soient plus que réprimandés » déclara l'italien sans animosité.
« En tant que directeur, je dois gérer non seulement des agents mais aussi des situations particulières qui m'obligent parfois à prendre des décisions contraires à celles que je souhaiterais adopter à cause de raisons politiques qui prévalent sur des raisons objectives » expliqua Vance.
« Je comprends parfaitement, Monsieur » lui affirma Tony. « Je n'envie pas votre position, qui vous oblige à faire des compromis lorsque vous souhaiteriez faire des exemples. Je ne suis qu'un simple agent tandis que Gibbs et David sont des atouts de plus grande valeur. »
« Ça ne veut pas dire que je sous-estime votre importance au sein de l'agence, Tony et je n'hésiterais pas à le rappeler lorsque l'occasion se présentera. Mais dans les circonstances présentes, je n'ai pas voix au chapitre et je le déplore profondément. Une telle injustice me révolte mais je dois aussi suivre les ordres reçus de mes supérieurs. »
« Aucune raison de vous en excuser, Monsieur » réitéra encore Tony. « Chacun de nous a des obligations auxquelles il ne peut se soustraire et plus la position est élevée, plus elles sont importantes. »
« Parfaitement résumé, Tony » approuva Léon. « Ceci dit, je me réserve le droit de vous soutenir dans toute la mesure du possible si vos collègues tentent quelque chose contre vous. »
« Merci, Monsieur » dit simplement Tony en se levant, jugeant l'entretien terminé.
« Je serais toujours juste dans mes décisions mais je ne laisserais pas ces deux-là vous mettre à terre » affirma fermement le directeur en serrant la main de son agent.
Une entente venait de s'instaurer entre les deux hommes et l'agent savait que son supérieur ne le laisserait pas tomber si d'autres problèmes venaient à surgir.
Vance décida de préserver la bonne disposition de son agent et de tout faire pour le soustraire à la vindicte de ceux qui cherchaient à le persuader qu'il ne valait rien et qu'il ferait mieux de démissionner. Il sourit parce qu'il avait une autre idée en tête et l'une de celles qui prouverait à tous et toutes que DiNozzo était bien plus que ce que ses collègues assuraient à son sujet.
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Ensuite, ce fut le tour de l'israélienne d'être convoquée dans le bureau directorial. Elle jeta un regard amusé en passant près de Tony comme si elle savait qu'elle ne risquait rien. Gibbs avait dû se porter garant pour elle et Vance ne pouvait, pour des raisons politiques, se débarrasser d'elle.
Elle frappa doucement sur le battant et poussa la porte lorsque Vance l'invita à entrer. Elle le vit debout derrière son bureau et le verre posé sur le meuble attira aussitôt son attention. Il démontrait que le directeur était sous tension et qu'il ne se montrerait sans doute pas aussi indulgent qu'elle l'avait pensé.
Sans même la prier de s'asseoir, Léon décida d'entrer dans le vif du sujet sans chercher à prendre de gants. Il fallait que la jeune femme comprenne qu'elle ne pouvait impunément se comporter comme elle en avait envie.
« Officier David, au vu des faits qui m'ont été rapportés et en attendant les conclusions officielles de l'enquête interne sur la fusillade qui s'est déroulée ce jour et au cours de laquelle l'Agent DiNozzo a été blessé, vous êtes suspendue pour une durée de deux mois sans paie » annonça-t-il tout de go. « Cette décision est autant la mienne que celle du SecNav. Et avant que vous n'en veniez à maudire le mauvais collègue, c'est Gibbs lui-même qui m'a fait part de l'incident. »
La surprise qui se peignit sur le visage de l'israélienne était plaisant à voir, elle ne s'attendait visiblement pas à ce que ce soit celui qu'elle avait réussi à circonvenir qui la dénoncerait. Elle avait plutôt parié sur l'italien, ce couard qui ne savait pas encaisser sans se plaindre.
« Je ne comprends pas, Monsieur » dit-elle néanmoins. « Pour quelle raison suis-je suspendue exactement ? Je n'ai fait que participer à une opération pour capturer un ou plusieurs suspects. »
« Dans la mesure où vos actions démontrent votre volonté de nuire à un agent, et ce fait est corroboré par différents témoins, je ne peux en toute conscience passer l'incident sous silence » lança Léon, un tantinet agacé par l'outrecuidance de l'officier. « Et afin d'être parfaitement clair, un autre problème de ce genre et vous serez renvoyée en Israël. »
« Mon père ne laissera personne lui imposer cette décision arbitraire » cracha-t-elle avec hargne.
« Ne pensez pas que votre statut ou celui de votre père vous protège de toutes représailles, Miss David » scanda Vance, outré par l'attitude de la jeune femme. « Vous êtes en Amérique ici mais ça ne veut pas dire que vous pouvez tout vous permettre. Vous n'êtes qu'une invitée ici et encore… pas la mienne, ni celle du SecNav. Comprenez bien ceci, Miss : vous pouvez être prié de quitter le pays sans sommation et plus vite que vous ne pensez. Votre attitude insolente et provocatrice, vos propos diffamatoires et vos insultes ont tout intérêt à cesser immédiatement. »
Il la laissa digérer ses paroles avant de s'autoriser à poursuivre.
« Et pour être certain que vous resterez à votre place et sur ordre du SecNav, je restreins les privilèges, droits et autorisations qui vous ont été accordés par Jenny Shepard. Vous n'auriez d'ailleurs jamais dû accéder à un tel niveau d'autorisation pour un poste d'officier de liaison. Sachez également que vous serez étroitement surveillée si vous êtes autorisée à reprendre votre place au sein de l'équipe de Gibbs. Maintenant, disposez, videz votre bureau et laissez votre arme et votre badge à l'Agent de sécurité qui vous escortera vers la sortie. »
Vance la congédia d'un geste de la main avant de s'asseoir dans son fauteuil. Il entendit la porte se refermer et soudain, pris d'une impulsion, il se releva, sortit de son bureau et se posta sur le balcon. Ostensiblement, il prit position dans la ligne de vue directe de l'Officier du Mossad qui nota sa présence sans difficulté.
Il voulait éviter qu'elle ne s'en prenne à l'italien si l'envie la prenait de trouver un coupable autre qu'elle-même. Il remarqua avec soulagement que DiNozzo et Giordano avaient tous deux déserté l'étage mais il resta et surveilla les faits et gestes de l'israélienne. Elle vida son bureau de ses effets personnels, ignora avec dédain la question de McGee avant de laisser les objets demandés à l'Agent de sécurité.
McGee comprit alors que la jeune femme était à nouveau suspendue et il reprit place derrière son bureau sans tenter autre chose. Vance le félicita intérieurement de ne pas chercher à s'immiscer dans le conflit. Il fallait également que l'informaticien comprenne qu'il devait s'émanciper de l'influence néfaste de David s'il voulait éviter de subir, comme elle, les retombées négatives que ses actions engendreraient inévitablement.
Ces deux-là s'étaient ligués pour réduire la valeur du bras droit de Gibbs à celle d'un simple 'bleu', ce qu'il n'était évidemment pas. Malgré son intelligence, le jeune homme se laissait manipuler sans vergogne par une experte et sans qu'il ne se rebelle le moins du monde. Sans doute n'avait-il même pas conscience qu'il rentrait dans le jeu de l'espionne en l'autorisant à se servir de lui comme d'un complice éventuel.
Léon allait devoir sérieusement revoir certaines choses au sein de l'agence, il semblerait que Shepard ait permis certaines infractions qui n'auraient jamais dues être transgressées. Il lui appartenait désormais de remettre les choses en ordre et de limiter les dégâts avant qu'une catastrophe majeure ne vienne lui tomber dessus. Il n'avait certes pas accueilli la proposition de remplacer sa collègue avec joie mais maintenant, il voulait faire de son mieux pour redresser la barre.
Il se jura qu'il ferait tout son possible pour que les agents, femmes et hommes, qui travaillaient sous ses ordres, se sentent soutenus par leur directeur quelles que soient les circonstances qui surviennent.
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Ce n'est peut-être pas les réactions et décisions que vous attendiez mais j'ai besoin de mes personnages pour la suite donc… je suis obligée de les garder.
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A bientôt pour la suite…
