Chapitre 19: Tourner la page

Après le départ de Bianca, Flavio s'était rendormi sur le sofa.

Lorsque la sonnette d'entrée le réveilla le lendemain matin, la sévère gueule de bois qui le tint ne fit rien pour arranger son humeur.

Pendant un moment, il ne bougea pas, pesant que Bianca allait leur ouvrir avant de se rendre compte qu'elle n'était pas là. Jurant et marmonnant, il se leva et ouvrit la porte à toute volée, grognant, « Qu'est-ce que vous m'voulez? »

Quand il aperçut les trois personnes en costume noir sur son perron, il se figea. Il essaya de se souvenir s'il y avait une quelconque raison qui aurait poussé ces gens visiblement dangereux à venir ici.

Comme rien ne lui venait à l'esprit, il se décida à leur demander, « Est-ce que je peux vous aider? » dit-il d'un ton qui était loin d'être amical.

Le chef, un homme aux cheveux oranges coupés courts et aux yeux bruns, sourit d'un air forcé. « Bonjour, monsieur Flavio. Mon nom est Alfeo Aiello, et voici mes collègues, Elario et Isabella. » dit-il, désignant tout d'abord un homme dont les longs cheveux violets étaient attachés en une tresse serrée et dont le visage rieur n'avait rien d'amical à ce moment. Puis Alfeo montra une femme avec de courts cheveux bordeaux qui lui arrivaient sous le menton. « Nous avons été envoyés ici au nom de notre boss, Giotto Taru. Nous sommes ici pour récupérer les affaires de Mademoiselle Bianca, qui séjournera au manoir pour une durée indéterminée. »

« Séjourner.. au manoir? Et, si je peux me permettre, pourquoi? »

Isabelle eut un sourire en coin et dit d'une voix sarcastique, « Oh, je ne sais pas, peut-être parce que son fiancé était assez stupide pour la chasser de chez elle alors qu'elle n'avait rien fait? »

Flavio serra les dents de frustration. Il savait qu'il pouvait avoir un sale caractère quand il était saoul mais il n'aurait jamais imaginé qu'il lèverait réellement la main sur la femme qu'il aimait. Il savait bien qu'il avait fait une erreur et les sarcasmes de cette femme n'arrangeaient rien à l'affaire.

« Pourquoi n'est-elle pas venue elle-même? » demanda-t-il, pas vraiment sûr de vouloir entendre la réponse.

« Cela me paraît évident. » dit alors Elario. « Elle ne voulait pas vous voir. »

Une expression haineuse tordit les traits du visage de Flavio. « Et si je ne vous laissait pas entrer? »

« Nous serions alors obligés de forcer la porte. » répondit Alfeo avec un sourire de prédateur.

« Et vous savez que c'est interdit par la loi et que je pourrai appeler les flics? » fit Flavio d'une voix incrédule.

Le sourire d'Alfeo ne fit que s'élargir, et sur le même ton que Flavio, il répliqua, « Et vous savez que vous venons d'une des Famiglia les plus puissantes de la mafia italienne et que personne ne pourrait nous garder en prison? » Devenant soudainement sérieux, il continua, « Ce n'est pas une tâche très importante, mais nous ne décevrons pas Primo, aussi je vous suggère de nous laisser passer avant que nous ne soyons obligés de vous faire du mal. »

Pendant un instant, Flavio pensa à se battre mais il y renonça bien vite. Il ne pourrait en aucun cas leur faire face. Serrant les dents, il recula à contrecœur pour laisser les deux hommes et la femme passer.

Les trois mafiosos exécutèrent rapidement leur travail et peu après, il ne resta plus aucun des vêtements de Bianca dans toute la maison.

Flavio fixa l'espace vide dans l'armoire et se sentit un peu seul.

« Nous vous laissons à présent. » dit Isabella, tirant le jeune homme hors de ses réflexions. Elle se détourna et allait partir quand elle s'arrêta, semblant soudain se rappeler de quelque chose. Le regardant droit dans les yeux, elle eut un petit sourire en coin et dit, « Une dernière chose, monsieur Flavio. Mademoiselle Bianca nous a demandé de vous transmettre ce message: 'Nos fiançailles sont annulées' »

Si Flavio avait tenu quoi ce que soit dans ses mains, il l'aurait subitement lâché en entendant cela. « Q-quoi? »

La femme rousse haussa les épaules. « J'imagine qu'elle en a eu assez de vivre avec un abruti sexiste qui ne savait pas l'apprécier. » Elle fit une pause, puis son rictus se transforma en un sourire sincère. « Mais il semblait que maître Asari se soit prit d'affection pour elle. Ce serait merveilleux s'ils finissaient ensemble. » dit-elle d'une voix douce avant de jeter un regard noir à Flavio. « Vous feriez mieux de rester en dehors de cela. » Tournant les talons, elle suivit ses compagnons au-dehors, ajoutant au passage, « Primo enverra d'autres gens chercher le reste des affaires de Mademoiselle Bianca. Faites en sorte d'être chez vous. » Disant cela, ils sortirent.

L'air hagard, Flavio marcha jusqu'à la porte et la referma avant de s'y adosser, ne sachant plus quoi faire.

Finalement, il poussa un cri de frustration et donna un coup de pied dans le mur, manquant tout juste de se casser les doigts de pied.

O-o-O-o-O-o-O-o-O

Après avoir quitté la maison de son (ex) fiancé, Bianca accepta à contrecœur l'offre de Giotto qui lui proposait de rester au manoir jusqu'à ce qu'elle ait trouvé un autre appartement. Elle s'était promis que cela ne durerait que quelques jours, mais ces jours se transformèrent lentement en semaines, et avant qu'elle ne s'en rende compte, trois mois s'étaient déjà écoulés. Bianca s'était encore d'avantage liée d'amitié et d'affection pour ses maître et ses jeunes maîtres, particulièrement Takeshi et Asari.

Un jour, la jeune femme de chambre était sur le point de sortir faire les courses et chatonnait tranquillement, sans entendre Asari arriver derrière elle.

« Bonjour Bianca. » dit-il soudainement, la faisant sursauter.

« Maître Asari! » s'écria-t-elle en l'apercevant. « Je vous en prie, ne me faites pas peur comme ça! »

Il lui offrit son habituel sourire mais eut tout de même la grâce de paraître contrit. « Gomen. » dit-il en japonais pour s'excuser.

Bianca sentit une rougeur lui monter aux joues. Dernièrement, lorsqu'elle parlait au gardien de la pluie, elle sentait son cœur s'emballer et elle devenait nerveuse. Ce sentiment qu'elle ne pouvait nommer lui donnait l'impression d'être redevenue une lycéenne en mal... d'amour. Secouant la tête pour se débarrasser de ces pensées, Bianca sourit au gardien japonais et lui demanda, « Y a-t-il autre chose que je puisse faire pour vous, maître Asari? »

A ces mots, les joues d'Asari prirent une légère teinte rose et il dit, « Eh bien, je me demandais si tu avais déjà trouvé un appartement? »

Bianca se raidit en entendant cela. En vérité, elle avait déjà repéré quelques endroits et avait prévu de les visiter mais cela ne l'enchantait pas. Elle avait l'impression que si elle le faisait maintenant, cela rendrait son départ plus... officiel. Bianca avait adoré son séjour au manoir et aurait voulu le prolonger le plus longtemps possible.

« J'ai trouvé quelques appartements. » répondit-elle en se retenant tout juste de bafouiller. « J'avais l'intention de les visiter prochainement. Pourquoi me demandez-vous cela? »

S'approchant d'elle jusqu'à n'être plus qu'à quelques centimètres, Asari dit dans un murmure, « Je me demandais si tu ne voudrais pas vivre ici. De façon permanente. »

Ses joues s'enflammèrent et Bianca tenta de ne pas détourner le regard. « V-vous voulez dire en t-tant que femme de chambre à domicile? » Même avant d'avoir fini de parler, Bianca avait compris que ce n'était pas ce qu'il voulait dire mais elle voulait confirmer ses soupçons.

Asari secoua la tête, sans ajouter un mot. Puis il se pencha et déposa un chaste baiser sur ses lèvres, une main tenant sa taille et l'autre posée sur sa joue.

Le baiser dura quelques secondes et juste quand Bianca s'apprêtait à le lui rendre, il recula. Le regard d'Asari était encore fixé sur elle mais il ne pouvait s'empêcher de rougir et d'hésiter. « Je veux dire, comme mon épouse. » souffla-t-il.

Reculant un peu, Bianca fit de son mieux pour ne pas se laisser tomber à terre. « J-je dois y réfléchir. » répondit-elle sans détourner les yeux.

Asari hocha la tête, souriant toujours d'un air timide.

Tournant les talons, Bianca partit d'une démarche qu'elle espérait être normale.

Arrivée devant la porte d'entrée, elle s'apprêtait à sortir quand elle fut à nouveau arrêté. « Bianca! Attends! » la retint une voix qui s'avéra être celle de Takeshi.

Forçant un sourire, elle répondit, « Oui, Takeshi? »

« Tu vas en ville? » fit-il d'un ton excité.

Bianca acquiesça, puis demanda. « Veux-tu venir avec moi? »

« Hai! » s'exclama-t-il. « Ça ne te gêne pas? »

Bianca secoua la tête. « Bien sûr que non, Takeshi. J'aimerai beaucoup que tu m'accompagnes. »

Souriant, le garçon mit ses chaussures puis attrapa la main de Bianca, surprenant la jeune femme. Tournant la tête vers le salon, il s'écria. « Je sors avec Bianca! »

Une seconde plus tard, G passa la tête par l'entrebâillement de la porte et sourit en apercevant Bianca. « Revenez vite! »

O-o-O-o-O-o-O

Une très jolie femme italienne, à la peau mate et aux yeux d'émeraude tourna vivement la tête de chaque côté, faisant voler ses longs cheveux bruns. Elle poussa alors un long soupir.

Cette femme se nommait Gisella, et elle était désespérément perdue. Cela faisait huit ans qu'elle n'était pas revenue à Milan et elle ne se rappelait absolument pas de la configuration de la ville.

Pourquoi était-elle là me demandez-vous?

Pour voir le fils et l'amant qu'elle avait abandonné autrefois sur l'ordre de son père. Durant les huit dernières années, elle avait regretté sa décision et s'était souvent demandé comment son fils avait grandi, ou si elle serait capable de le reconnaître à présent. En fin de compte, elle n'avait pas pu résister et avait décidé que même si son père la reniait, elle reverrait son fils au moins une fois et lui demanderait pardon à lui ainsi qu'à son père.

Mais à présent qu'elle était dans la ville, elle n'avait aucune idée du chemin à prendre pour rejoindre le manoir.

S'accordant une petite pause, Gisella s'assit sur un banc et ferma les yeux. Elle était dans un endroit assez calme et il n'y avait personne aux alentours. Mais peu après, elle entendit des voix, portées par l'air tiède du printemps.

« … penserais-tu si ton père se remariait? » fit une voix de femme, probablement du même âge que Gisella.

« Mariait? » répéta alors un jeune garçon.

« Tu aurais une nouvelle maman. »

Gisella sentit un sourire se former sur ses lèvres. Elle avait compris ce qu'il se passait. La jeune femme était en train d'annoncer au garçon que son père l'avait demandée en mariage. C'était charmant.

« Si elle est comme Bianca, alors je serais vraiment vraiment content! » répondit l'enfant d'une voix enthousiaste et le sourire de Gisella s'élargit. Bianca était sans doute le nom de la jeune femme et visiblement, elle était déjà acceptée.

La femme, Bianca, rit doucement et dit, « Tu voudrais bien partager ton père avec moi alors? »

« Oh oui! » répondit le jeune garçon. « Parce que Bianca va être la meilleure maman du monde! »

Les voix se rapprochaient à présent et quand Gisella ouvrit les yeux pour voir l'enfant, son sourire disparut aussitôt.

Le garçon qui parlait à la jeune femme appelée Bianca (une vrai beauté soit dit en passant) était une copie conforme d'Asari. It lui fallut quelques secondes pour comprendre de qu'il s'agissait et elle sentit alors son cœur se briser en mille morceaux.

Bianca remarqua ses regards appuyés et tint le garçon, qua Gisella savait maintenant qu'il était son propre fils Takeshi, plus près d'elle tout en la regardant d'un air soupçonneux. Tandis qu'ils passaient devant elle, Takeshi lui offrit un sourire poli, le même qu'il aurait adressé à une personne inconnue, puis se détourna et recommença à bavarder gaiement avec Bianca.

Gisella les observa jusqu'à ce qu'ils aient disparus de son champ de vision, ne prenant même pas la peine de se lever. Lorsqu'ils furent partis, elle ferma les yeux et laissa sa tête retomber dans ses mains, pleurant à chaudes larmes. Elle s'était fait des illusions, pensant qu'elle aurait pu regagner ce qu'elle avait perdu -contre sa volonté- tant d'années auparavant. Asari avait déjà tourné la page, et elle était la seule à s'accrocher à un passé qui n'existait déjà plus.

O-o-O-o-O-o-O

TN: Je ne sais pas vous, mais moi je trouve ça un peu triste pour la pauvre Gisella.
Enfin, ce n'est pas moi qui écris l'histoire.

Allez, a+

Joyeux Noël à tous !