Bêta correctrice : Nanola.
NDA : Bonjour, un chapitre qui reprend, comme dit en NDA de 1er chapitre, plusieurs passages des « Arches », mais ne vous inquiétez pas, plus la fiction va avancer, plus ces passages se feront rares, car bien que le fil conducteur entre mes deux fictions soit le même, il y aura aussi des différences, dont la plus importante est que ce n'est pas du tout le même univers. Toutefois et pour me faire pardonner, le troisième chapitre devrait arriver plus rapidement... enfin, normalement ^^'
Chapitre 2
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Extraits d'enfance
Quand les Sylphes arrivèrent sur le monde, leurs ailes déployées leur permettant de voler dans l'Élément qui les avait créés, les autres espèces en furent stupéfaites.
Bien vite, cependant, le cœur des autres espèces supérieures se remplit de jalousie face à ces êtres trop beaux, trop purs, plein de connaissance. Ils les jugèrent hautains, imbus d'eux-mêmes et de leur savoir.
Si les Nymphes les ignorèrent rapidement, ainsi que les créatures du Feu qui ne possèdent pas beaucoup d'intelligence, et les Lechi, trop placides, ce ne fut pas le cas des Hommes. La Terre avait créé beaucoup d'enfants, ils étaient forts, courageux et nombreux. La suprématie des Sylphes leur déplaisait, bien que, dans le même temps, leur beauté les emplissait de désir.
Aussi, quand il apparut que les Sylphes, malgré le fait qu'ils possédaient en eux les deux sexes réunis dans un seul corps, ne pouvaient concevoir de descendance par eux-mêmes et que leur race s'éteignait, les Hommes sourirent à la vengeance qui s'annonçait.
Livre de Thadd – Verset 8
... ... ...
« Draco ! Draco ! » cria Caroline Bones. « Mais où est-il encore passé ? » murmura-t-elle ensuite pour elle-même.
C'était à chaque fois pareil, dès que le dimanche arrivait, cet enfant devenait plus glissant qu'une anguille.
« Laura, va me chercher ton frère, » décida finalement la mère de famille en se tournant vers sa fille aînée.
Cette dernière soupira avec mauvaise humeur alors qu'elle finissait de tresser ses lourds cheveux de jais encore humides.
« Pourquoi toujours moi ? » protesta-t-elle.
« Parce que tu vois bien que je n'ai pas encore fini avec Édith ! » s'exclama Caroline en montrant la petite fille d'une dizaine d'année qui faisait ses ablutions dans un grand bac en bois posé dans la cour interne de leur maison. « Et puis tu es l'aînée, » termina Caroline, répétant une nouvelle fois cette phrase qui sonnait désormais de plus en plus comme une sentence aux oreilles de Laura.
« C'est toujours pareil, dès qu'il s'agit de se laver, il s'enfuit ! Pourquoi tu ne le ligotes pas sur une chaise en attendant que ce soit son tour ! » se plaignit la jeune fille de treize ans.
« Laura, ne dis pas de bêtises, s'il te plaît, comme si j'allais ligoter ton frère, c'est ridicule ! » répondit la mère de famille en frottant avec énergie les cheveux noirs de son autre fille.
« Aïe, maman, tu me fais mal ! »
« Pardon, ma chérie. Laura, fais ce que je te demande. Il ne doit pas être très loin. Sans doute à ramasser des œufs dans le poulailler ou des cerises. »
« Oui ou alors, il a encore une fois fait le mur ! » se moqua Susan qui se séchait dans une large serviette. « Papa est de quart, à tous les coups il est parti à Chourave pour l'apercevoir ou pour traîner avec des gamins des rues. Il fait toujours ce qu'on lui dit de ne pas faire !
« Susan ! Mais enfin, je peux savoir pourquoi vous êtes aussi médisantes, mes filles ? » soupira Caroline en versant un seau sur la tête d'Édith qui se mit à rire.
« Pff, de toute façon, tu ne lui dis jamais rien à ton bébé chéri, » répliqua avec effronterie Susan.
« Susan ! Cesse tes enfantillages ! Laura, s'il te plaît, va chercher ton frère ! » s'énerva Caroline.
La jeune fille soupira une nouvelle fois mais consentit à sortir de la cour et passa rapidement la barrière qui délimitait leur maison. Elle se retrouva sur une petite rue de terre, en plein soleil. Il n'y avait pas beaucoup d'autres maisons aux alentours, c'était surtout des champs et un peu plus loin, la forêt. Pomona était le plus petit village au Sud de Chourave, l'école où les enfants se rendait était plus à l'Ouest.
Laura donna du pied sur un cailloux qui avait eu la mauvaise idée de se trouver devant elle alors qu'elle réfléchissait à l'endroit où pouvait bien se cacher son idiot de petit frère adoré.
« Salut, Laura. Tu as pris ton bain ? »
« Salut, Hannah, » répondit l'adolescente à une autre jeune fille d'environ son âge. « Oui, mais je dois chercher Draco. Tu ne l'aurais pas vu ? »
Hannah secoua ses tresses blondes.
« Non, désolée. »
Les deux filles commencèrent à marcher ensemble tout en discutant de leurs leçons et des fils Cornfoot. Steven avait deux ans de plus qu'elles et était le plus beau garçon de leur classe. Malheureusement, l'adolescent parlait de plus en plus d'intégrer l'école de l'armée, à Helga. Soudain, le clocher de la grande ville sonna de façon incongrue. Elles se regardèrent et s'exclamèrent en même temps.
« La Présentation ! »
Elles se mirent à rire et dévalèrent le sentier en direction de la grande ville, à la fois si proche et si éloignée de leur petit village appelé par les gens du canton, Quartier Sud. Ce n'était pas très original, sachant qu'effectivement, il était situé au Sud de la ville.
Les jeunes filles dépassèrent la dernière maison de Pomona. À bout de souffle, elles s'arrêtèrent de courir pour marcher d'un bon pas sur le chemin qui grimpait légèrement. Les remparts de la ville se voyaient depuis le village mais ils paraissaient de plus en plus imposants alors qu'elles se rapprochaient de Chourave, perchée sur la colline qui les surplombait.
« Qu'est-ce que je suis bête, » fit Laura en riant de toute ses dents alors qu'elles passaient enfin sous l'arcade, ouverture dans le rempart de ville. « C'est sûr qu'il doit être là-bas ! »
Les deux jeunes filles continuèrent à rire tout en se tenant par la main. Draco ne ratait jamais une Présentation depuis que leur père l'avait emmené en voir une, quand il n'avait que cinq ans. C'était une véritable obsession pour lui, obsession que sa sœur avait de plus en plus de mal à comprendre.
Le clocher sonna une nouvelle fois, prévenant les derniers habitants du canton que la Présentation débuterait dans les dizaines prochaines minutes. Laura et Hannah parcoururent la grande rue, passant une à une les trois portes cochères de surveillance, alors qu'elles montaient encore jusqu'à atteindre le centre de la ville.
« Tu crois que ton père est là ? » demanda Hannah.
« Non, il était de réserve au rempart nord pour sa garde. De toute façon, ce n'est pas ça qui aurait empêché Draco de passer. Je ne sais pas comment il fait pour toujours réussir à se faufiler entre les mailles du filet. »
« Ton père ne veut pas qu'il assiste à la Présentation ? »
« Non, dans l'absolu il n'a rien contre, mais il refuse que Draco se promène tout seul. Et comme maman a horreur des Présentations... » Laura ne finit pas sa phrase, se contentant de hausser les épaules.
« C'est étrange que ton père ne soit pas resté à Helga. Mes parents disent qu'il avait un très bon poste et ta mère aussi. Même s'il est capitaine de la garde à Chourave, c'est quand même moins prestigieux que d'être officier à Helga. Pourquoi ils sont partis pour venir ici, en plus à Pomona ? »
« Je ne sais pas, » répondit Laura, sincère.
Elle se souvenait parfaitement de leur départ de la capitale. Elle en avait suffisamment pleuré, ne voulant pas quitter ses amies de leur quartier. Sa mère non plus n'avait pas été enchantée de partir, d'autant qu'elle se remettait à peine de la naissance de Draco qui avait été si difficile. Ni elle, ni sa maman dont elle avait toujours été très proche, n'avaient compris la décision irrévocable de leur père.
Peter avait toujours été un soldat, pas un fermier. Alors venir ici, non pas à Chourave comme elles l'avaient tout d'abord cru mais à Pomona, dans une ferme, cela avait été un choc ! D'accord, la maison était belle, mais elle restait une ferme. D'ailleurs, il n'avait pas fallu longtemps avant que Peter ne prenne contact avec la Garde Royale basée à Chourave pour reprendre un poste. Il était évident que son ancienne vie lui manquait beaucoup. Il passait de longues heures à écrire des lettres à ses anciennes connaissances de Helga et passait tout autant de temps à lire leurs réponses, enfermé à double tour dans son bureau.
Elles arrivèrent enfin sur la grande place où de nombreuses personnes s'agglutinaient devant l'estrade installée la veille au soir. Les deux amies soupirèrent de concert devant la foule. Bien, elles allaient devoir être attentives pour dénicher Draco, d'autant que le morveux avait le chic pour passer inaperçu comme l'avait si bien dit Laura.
« Il doit être devant, tu ne penses pas ? »
« Si, sûrement » acquiesça Laura.
Elles se faufilèrent tandis qu'un énorme gong retentissait. Levant la tête, Laura vit qu'un homme, revêtu d'une toge d'un rouge carmin qui recouvrait aussi sa tête, venait de frapper dans un lourd tambour en or. Elle ne put s'empêcher de s'arrêter pour regarder, les yeux grands ouverts, comme tous les autres habitants de la ville. Cela faisait depuis l'hiver qu'une Présentation n'avait pas eu lieu à Chourave et elle n'avait pas assisté aux deux dernières, trouvant ce spectacle sans grand intérêt. Après tout, elle serait bientôt une femme et les Monoïques n'étaient pas pour elles.
Le silence se fit dans la foule, un silence respectueux alors que deux jeunes hommes sortaient de la tente à la couleur sang posée sur l'estrade, chacun accompagné par une autre forme vêtue de carmin.
Laura sentit son souffle se couper. Ainsi qu'un sentiment doux-amer dans son cœur. Les deux Monoïques présentés étaient beaux. Ils étaient toujours beaux, et si inaccessibles. L'un avait la peau aussi pâle que la lune et des lourdes boucles d'or. Le second était plus hâlé et ses cheveux d'un brun chaud. Tous deux avaient un visage aux traits fins, presque androgynes, comme leur corps svelte et musclé de façon longiligne. Ils arborait la tunique courte propre aux Monoïques, c'est à dire laissant voir leurs jambes jusqu'en haut des cuisses. Laura eut un reniflement dédaigneux. Pour eux, cette chose s'appelait tunique, alors que pour elle, simple femme, c'était une jupe. Et si par malheur elle en avait portées d'aussi courtes, sa mère lui aurait arraché les cheveux ! Le tissu était blanc, semblait doux, fait dans le meilleur des cotons ou même de la soie.
Son regard se posa ensuite sur le ventre nu des Monoïques. Car bien sûr, ils le dévoilaient, comme à chaque fois, montrant ainsi le tatouage en forme de calice, ou de fleur, elle ne savait pas trop, qui entourait leur nombril et descendait ensuite plus bas, sous la tunique. L'hiver, les Monoïques avaient le droit de mettre un pantalon et une chemise, mais leur ventre, lui, devait toujours rester visible. Aujourd'hui il faisait chaud, ainsi les deux garçons étaient simplement torse nu. Leurs cheveux mi-longs retombaient avec grâce sur leurs épaules dénudées, ils étaient laissée lâches, en dehors des deux fines tresses qui prenaient naissance sur leurs tempes.
Oui, ils étaient beaux. Plus que beaux, magnifiques. Et Laura reconnut cette fois sans peine le sentiment qui l'envahissait : la jalousie.
« Ils sont trop beaux, » s'extasia comme en écho Hannah à ses côtés.
« Oui, mais ils ne sont pas pour nous, » répondit Laura, acide. « Ils sont pour eux, » continua-t-elle en désignant de la tête plusieurs hommes, de tous âges, installés dans un box sur le devant de la scène. « Regarde-les, ils en bavent presque. Quand je pense que certains ont plus du double, voir le triple de l'âge de ces garçons, ça me dégoûte ! »
Hannah se contenta de hausser les épaules.
« Bah, ils sont riches. Les Monoïques seront à l'abri du besoin et aimés ! Que peut-on souhaiter de mieux ? »
« Ne pas être considéré comme de la viande qu'on expose ? » fit Laura de façon sarcastique.
Hannah se contenta de rire, alors que sur l'estrade, les deux Monoïques étaient présentés à la foule, un de leur bras maintenu levé par l'un de leur gardien qui les faisant tourner sur eux-mêmes, afin que chacun puisse les voir, de face, de dos et de profil.
« Il faudra vraiment que tu m'expliques pourquoi ta mère et toi vous n'aimez pas les Monoïques. Beaucoup aimeraient être à leur place ! Tu crois que c'est un Dryade, là-bas parmi les prétendants ? J'en ai vu une fois, quand j'étais plus jeune. Il était plus beau encore que les Monoïques ! Et il en a gagné un. »
« Je n'ai rien contre les Monoïques ! » s'exclama Laura, furieuse autant que vexée. « Ma mère non plus ! Bien au contraire ! C'est justement pour cela que je trouve cette façon de faire immonde ! »
« N'importe quoi. Ton frère, lui, il a l'air d'aimer, » rétorqua Hannah en montrant un jeune garçon, assis par terre, qui regardait la scène le visage extasié et la bouche ouverte.
Laura pinça les lèvres, soucieuse.
Elles jouèrent un peu des coudes, jusqu'à se retrouver à côté de l'enfant.
« Draco ! Qu'est ce que tu fiches là ! » lança Laura en attrapant son frère par le coude.
L'enfant sursauta mais retourna bien vite au spectacle sous ses yeux. Plusieurs hommes avaient été autorisés à grimper sur l'estrade et parlaient avec les gardiens tout en étudiant de plus près les Monoïques.
« Je regarde ! » s'écria le garçon, comme une évidence. « Il paraît qu'il y a un Elfe chez les prétendants ! »
« Les Elfes n'existent pas, Draco, tu le sais très bien ! » Elfes ou Ange, c'étaient les anciens noms que donnaient les Nymphes et les Hommes aux Sylphes. « Je te rappelle qu'ils ont disparu depuis des siècles. Et toi, maman te cherche partout, tu devais prendre ton bain ce matin ! »
« M'en fiche du bain, c'est mieux d'être là. »
La jeune file soupira alors que son frère repartait dans sa contemplation.
« Draco, pourquoi tu aimes tant les regarder ? »
« Ils sont beaux et sont très cultivés. Ils vont êtres aimés, riches. Ils sont les descendants des Sylphes. C'est Angus et papa qui me l'ont expliqué. »
Laura émit un petit bruit de bouche dédaigneux.
« Oui, il sont beaux et cultivés, et alors ? Il n'y a pas qu'eux qui le sont ! »
« Ils peuvent avoir des bébés ! » fit Draco, écarquillant ses grands yeux d'un joli gris bleuté sous le soleil du printemps.
« Les femmes aussi ! »
L'enfant secoua ses cheveux d'or blanc.
« Tu comprends rien... »
Les deux jeunes filles se regardèrent mais Hannah se mit à rire.
« Ne compte pas sur moi, Laura. Je suis d'accord avec ton frère. »
Elle désigna l'estrade où le Monoïque blond s'éclipsait sous la tente en compagnie d'un grand et bel homme brun.
« Ils ne sont pas vendus comme des esclaves, Laura, ils peuvent choisir ! Ils ont des années pour choisir leur époux parmi les plus beaux et les plus riches hommes de notre Royaume mais aussi de tous ceux du Monde Libre ! Ils peuvent être l'époux d'Hommes mais aussi de Mages, ou de toutes les Nymphes, à part les Sirènes ! Et ils seront aimés, quoi que tu en penses. »
« Tu n'en sais rien, Hannah. C'est ce que l'on dit mais qu'est-ce que l'on en sait ? Rien. Les secrets de Monoïques sont plus nombreux que l'on n'imagine et ça, c'est mon père que me l'a dit ! Il les voyait quand il était à Helga, leur Temple est juste à côté de l'école des officiers. En plus, je te rappelle que certains tuent encore leurs enfants s'ils naissent Monoïques, surtout les Mages de Serpentard. Quant aux prétendants, des Werwulfs sont parfois présents, je ne suis pas sûr que j'aimerais être avec eux ! D'ailleurs, toi non plus, Hannah ! Et ils n'ont pas des années comme tu le dis, ils ne peuvent choisir qu'entre leur seizième et leur vingtième anniversaire, sinon, ils sont vendus au plus offrant, purement et simplement, comme des esclaves ! Et puis, s'ils n'aiment pas les hommes, hein ? »
Hannah secoua ses tresses, dépitée.
« Laura, tu exagères tout. Les Mages respectent les Monoïques, eux aussi, ils ne les tuent pas. Quant aux Werwulfs, certains sont aussi riches et puissants que les Hommes. Et nous non plus, si tu vas par là, nous n'avons pas le choix ! Nous sommes des femmes, destinées à épouser un mâle et à lui donner une descendance, point... Je pense simplement que tu es jalouse. »
« Je ne suis pas jalouse ! » riposta Laura, les joues rouges.
Devant l'air entendu de son amie, elle préféra se détourner, boudeuse. Ses yeux sombres tombèrent sur son jeune frère, toujours en admiration devant le dernier Monoïque qui rougissait adorablement devant un homme qui lui souriait. Le Monoïque hocha la tête et tous deux disparurent à leur tour sous la tente, faisant pousser des soupirs de dépit à la foule.
« Bon, la foire est finie, on s'en va, » décréta Laura en prenant d'autorité la main de son frère.
Alors qu'ils retournaient vers la première porte, Laura ne cessait de regarder Draco. Une vague de malaise et une peur sourde l'envahissaient. C'était vrai, Hannah avait raison, elle était jalouse des Monoïques. Mais ce n'était pas pour cela qu'elle ne voulait plus voir les Présentations. Son regard dévia une nouvelle fois sur son jeune frère qui gambadait en babillant avec Hannah, insouciant. Sans savoir pourquoi et comment, Laura craignait que son malaise face à eux n'ait quelque chose à voir avec Draco.
Elle passa sa main dans les mèches douces de son frère, si claires par rapport à ses cheveux ou ceux de sa mère et d'Édith. L'enfant releva ses yeux gris et lui sourit, creusant ses fossettes sur ses joues enfantines.
« Laura, regarde ce que j'ai gagné tout à l'heure ! »
Le gamin fouilla dans ses poches et en sortit plusieurs pièces ainsi qu'une petite brioche dorée.
« Draco ! Mais qu'est-ce que tu as encore fabriqué ! D'où viennent ces pièces ? » le gronda Laura.
Le gamin haussa les épaules, peu impressionné par sa grande sœur et deuxième maman.
« J'ai chipé des cerises dans le verger, hier. Ce matin, je me suis levé dès le chant du coq pour venir les vendre sur le marché. Il est juste à moi, cet argent. Comme ça, je pourrai t'acheter un joli cadeau pour ton anniversaire et aussi pour celui de maman. Et puis la brioche, une dame me l'a donnée, parce qu'elle a dit que j'étais trop mignon, » finit-il en battant des cils.
Hannah se mit à rire devant l'air angélique de l'enfant.
« Tu as de la chance de ne pas te faire attraper, Draco, sinon, tu auras mal aux fesses, crois-moi ! Tout le monde ne te pardonnera pas tes bêtises grâce à ta petite bouille d'ange ! »
Elle se tut un instant avant de reprendre tout en dévisageant cette fois Laura.
« D'ailleurs, il est très beau lui aussi, ton frère, avec ses cheveux si blonds et ses grands yeux. Il a les traits vraiment fins... Tu es sûr qu'il a bien été examiné quand il est né ? »
Un frisson glacé courut le dos de Laura.
« Évidemment ! Draco est né comme Susan, Édith et moi, dans notre maison à Helga, et le Mage médecin l'a examiné, comme nous tous ! »
« C'est bon, c'est bon, ne t'énerve pas, » fit Hannah en levant ses paumes en signe de paix. « C'est juste qu'il a les traits très fins et qu'il ne vous ressemble pas vraiment en plus. »
Laura se retourna vers son amie, dans une colère noire.
« Et alors ? Il tient de la grand-mère de papa, c'est tout ! Et arrête avec tes idées stupides ! »
« Pardon, pardon, » s'empressa d'ajouter Hannah, confuse et ne sachant pas de quelles idées exactement son amie l'accusait.
Les deux jeunes filles ne dirent plus grand chose alors qu'elles franchissaient le mur d'enceinte de la ville et se dirigeaient sur le sentier de terre, jusqu'à Pomona. L'une parce qu'elle était triste d'avoir blessé son amie, l'autre parce qu'un nœud d'angoisse lui enserrait la poitrine.
C'était ce que leur père disait toujours, que Draco ressemblait à sa grand-mère. Alors pourquoi est-ce qu'elle se sentait parfois si mal à l'aise avec tout ça ? Pourquoi est-ce que sa famille avait quitté Helga si vite après la naissance de Draco ?
Serrant la main de son frère un peu plus fortement dans la sienne, Laura accéléra le pas. Peu importait.
... ... ...
L'enfant tendit ses mains, une fois encore, vers le parterre fleuri. Aussitôt, une nuée de papillons aux ailes vertes et aux reflets dorés s'envolèrent. Le petit garçon se mit à rire, les bras en l'air, entouré par les papillons qui virevoltaient.
Les yeux gris de l'enfant ne savait pas où se poser, ils volaient, eux aussi, en compagnie de ces papillons si extraordinaires.
Son papa, qui savait toujours tout parce que de toute façon son papa était le plus fort au monde, lui avait dit qu'ils ne vivaient qu'ici, dans cette région de Poufsouffle et nulle part ailleurs. Et plus que tout, ils semblaient adorer ce petit coin de jardin fait de fleurs de sa tendre maman.
Draco regarda le ciel, où s'envolaient toujours les gracieux insectes. Puis il cessa tout mouvement, permettant aux papillons de, peu à peu, reprendre leur place parmi les fleurs et les plantes de Caroline.
« J'aime tellement le vert, » murmura l'enfant, extasié.
Il se baissa lentement afin d'admirer l'un des papillons dont les ailes battaient paresseusement alors qu'il se délectait du nectar de la fleur grâce à sa longue trompe. Cette fois, le petit tendit un simple doigt, pâle et délicat, le plus lentement possible. Pourtant, cela suffit pour déranger le papillon qui s'envola de nouveau, entraînant avec lui quelques un de ses congénères.
« Et je vous aime tellement, jolis papillons, » fit encore l'enfant de sa voix douce.
… … …
Une bonne odeur de pomme cuite flottait dans l'air. Draco s'approcha de la cuisinière en inspirant profondément par le nez.
« Attention à ne pas te brûler, » lui lança Édith, toujours prudente.
Le petit garçon lui tira la langue alors que sa sœur retournait à son tricot, sans le voir.
« Rabat-joie, » murmura-t-il tout en s'approchant un peu plus de la vieille dame en fonte.
Draco adorait cette cuisinière, c'était elle qui leur permettait de cuire leur repas mais aussi de réchauffer leur maison pendant les mauvais jours, en complément de la grande cheminée du salon. Comme aujourd'hui où le blizzard soufflait à l'extérieur.
Alors qu'il se penchait, sa chaîne sortit de sa chemise en toile épaisse. L'enfant la prit et tourna le médaillon entre ses doigts.
Draco n'avait jamais compris pourquoi il possédait un tel bijou en or. Après tout, il était un homme, il n'avait pas besoin de bijou, contrairement à ses sœurs. Laura aurait bientôt quinze ans, c'était elle qui aurait besoin d'un collier ou d'un bracelet. Or, aucune d'entre elles n'en avait reçu à leur naissance.
Caroline Bones avait toujours refusé qu'il s'en défasse. Elle disait que c'était un cadeau de son père, bien que lui-même ne portait aucun ornement. Quant à ses filles, Caroline et Peter avaient décrété qu'elles n'avaient pas besoin de bijoux avant leur entrée au Lycée de jeunes filles, à quinze ans justement. Laura avait avoué qu'elle aussi aimerait un collier en or avec un médaillon, comme Draco.
« Ça sent bon, mon chéri ? » demanda sa mère, le sortant de ses pensées.
« Oui, j'adore la tarte aux pommes mais... »
« Mais tu préfères celle aux abricots, » termina la femme à la place de son enfant. « Quand les bons jours reviendront, tu pourras en cueillir avec tes sœurs. »
« Maman, j'ai sans doute passé l'âge de grimper aux arbres, » lui fit remarquer Laura, installée sur le canapé aux côtés de Susan dans le salon.
Caroline sourit avec indulgence à sa fille aînée.
« Je sais, ma fille, tu es presque une femme. Quand je pense que tu vas rentrer au Lycée de jeunes filles, je n'en reviens pas. Tu es bien sûr de toi, Laura ? Tu n'es pas obligée de continuer tes études, partir à Helga, en pensionnat... je n'aime pas penser que tu ne seras plus là à la prochaine rentrée.
« Oui, j'ai bien réfléchi. Mademoiselle Smith nous a dit que seule Agatha et moi avions le niveau. Je serai avec elle, et Bobby Cornfoot intègre l'école militaire, comme son frère. Steven est déjà à Helga, je ne serai pas toute seule. Peut-être même que je retrouverai mes anciennes amies ? Ne t'inquiète pas, maman, tout se passera bien et puis je reviendrai pour les vacances. »
« Je l'espère, » soupira la mère.
« Moi, c'est hors de question que j'y aille ! Rien que le fait de devoir aller à l'École Principale de Chourave me barbe ! J'aurais voulu arrêter dès la fin de l'École Première, » déclara Susan en lançant un regard noir à sa mère
Caroline pinça les lèvres.
« C'était non négociable, Susan. Mes filles ne sont pas des sauvageonnes incultes ! Vous avez la chance de pouvoir continuer à étudier après l'École Première, alors vous irez, tous. »
Draco, assis par terre, regarda sa mère et ses sœurs, Édith sagement installée sur un fauteuil, le nez toujours sur son tricot.
« Moi aussi ? » demanda-t-il.
Les quatre enfants avaient suivi les leçons de leur mère, institutrice à l'École Première qui regroupait les trois villages du sud de Chourave. Mais à onze ans, les enfants qui avaient le niveau pouvaient continuer à s'instruire à l'École Principale, à Chourave même.
« Oui, toi aussi, Draco. »
Le garçon tira le nez. À l'École Première, il était dans la classe de sa maman. Les filles et les garçons étaient mélangés, ainsi, il n'avait jamais été seul puisque ses sœurs étaient avec lui. Si les petites filles avaient eu de nombreuses amies, ce n'était pas son cas. Il avait bien quelques copains mais jouait plutôt avec Édith, Susan et leurs copines quand elles étaient encore là. Les autres garçons n'étaient pas très intéressants, selon lui.
Depuis la nouvelle rentrée, en octobre, Édith et Susan avaient intégré l'école de Chourave. Elles avaient douze et treize ans mais étaient de fin d'année, ce qui expliquait cette ''année de retard'', leur mère ayant décidé que les deux petites ne commenceraient leur Première qu'une fois leurs six ans acquis. Beaucoup de parents faisaient de même.
S'il devait partir à Chourave à onze ans, il serait sans doute l'un des rares garçons de Pomona à le faire. Il serait aussi obligé de déjeuner seul car, malheur des malheurs, filles et garçons étaient séparés là-bas. Il ne rejoindrait donc pas ses sœurs.
« Ça te fera le plus grand bien de quitter les jupes de maman et les nôtres ! » se moqua Édith comme si elle devinait ses pensées.
« De quoi je me mêle ? » rétorqua aussitôt Draco.
« Bouh, pauvre petit bébé à sa maman, avec qui vas-tu jouer, hein ? Peu de garçons seront d'accord pour jouer à tes jeux préférés ! Déjà cette année, Morag m'a dit que tu étais toujours dans ton coin. C'est son petit frère qui le lui a dit. Tu ne joues qu'avec les touts petits, comme le gros bébé que tu es, » continua Édith.
« Les autres garçons sont stupides, » s'énerva Draco, les joues rouges. « Les seules choses qui les intéressent, c'est d'embêter les filles ou les plus petits ! Dempsey en tête, c'est le roi des crétins celui-là ! Alors oui, je préfère lire dans mon coin ou défendre les petits, moi ! » se défendit Draco avec hargne.
« C'est très bien, Draco. C'est tout à ton honneur de défendre les plus faibles. Mais tu devrais quand même essayer de te faire un ou deux vrais amis, tu ne penses pas ? » fit Susan. « Les autres pensent que tu les prends de haut, que tu te sens supérieur à eux. Un jour, tu seras vraiment tout seul si tu ne fais pas d'efforts. »
Le petit blond grogna tout en retournant à la contemplation de la cuisinière.
« Je ne me sens pas supérieur, » bougonna-t-il. « Juste... différent. »
... ... ...
Les plus hautes branches de l'arbre croulaient sous les fruits orange et mûrs à point. À son pied, une jeune fille ne cessait de regarder en l'air avant de jeter des regards inquiets tout autour d'elle.
« Draco, bon sang dépêche-toi ! Le vieux Gradew nous étripera s'il nous voit encore en train de chiper ses abricots ! »
Seul un rire cristallin lui répondit du sommet de l'arbre.
« Il n'est pas là, Édith ! Ce que tu peux être poltronne ! »
« Non, je ne suis pas poltronne, je suis prudente, nuance, » protesta la jeune fille brune.
« À ce point-là, ce n'est plus de la prudence ! » rétorqua l'enfant. « Tiens, attrape ! »
Édith leva les bras et attrapa au vol un sac en toile de jute, rempli des fruits dorés.
« Allez, descends maintenant ! »
« Non, attends, il y a une branche, tout là-haut, avec encore beaucoup d'abricots et mon second sac n'est pas plein ! »
« Draco, c'est de la folie ! Redescends ! C'est bien trop haut et nous sommes là depuis bien trop longtemps ! Maman va se faire du souci ! »
« Mais quelle rabat-joie ! »
Édith releva les yeux, inquiète. Son acrobate de jeune frère se hissait encore plus haut. Pendant un instant, elle en fut admirative. Le garçon ressemblait à un funambule ou un oiseau tant il semblait sauter, voler d'une branche à une autre. Draco était doué, elle était obligée de l'admettre.
Il atteignit enfin son but, tendit son bras et commença à cueillir les fruits tant convoités. Soudain, un crac retentit, l'une des fines branches céda et l'enfant chuta, disparaissant de la vue de sa sœur pour s'écraser sur le sol.
« Draco ! » cria Édith, affolée, en contournant le tronc en direction de son jeune frère.
« C'est bon, j'ai rien ! » lança le garnement, debout et miraculeusement sain et sauf.
La jeune fille le dévisagea, cette fois ahurie.
« Mais... Comment... »
Elle s'arrêta, mal à l'aise alors que Draco riait, ses yeux clairs brillant de bonheur pendant qu'il passait sa main dans ses cheveux fous. Elle ne comprendrait jamais comment faisait son frère. Il arrivait parfois à accomplir des choses que nul autre que lui ne pourrait. Ces étranges aptitudes lui laissaient de plus en plus un sentiment déplaisant dans la poitrine, au fur et à mesure qu'elle grandissait. Draco semblait parfois... anormal.
« Viens, rentrons, » dit-elle en prenant le garçon par la main.
« Oulà, oui, il y a au loin des gens qui semblent forts mécontents ! » répondit Draco en lui montrant du doigt deux à trois silhouettes qui s'avançaient vers eux.
« Vite ! » cria Édith.
Les deux adolescents se mirent à courir, chacun avec un sac passé en bandoulière. Ils se digèrent vers la forêt et, sautant par dessus les branches, glissant sur les feuilles mortes, remontèrent en direction de Pomona, s'éloignant des protestations furieuses des propriétaires de l'arbre. Après une longue course folle, Édith cria grâce et s'adossa contre un grand sapin. Draco s'arrêta à son tour et se rapprocha de sa sœur, un sourire franc sur les lèvres.
« On les a semés, » déclara-t-il en lui faisant un clin d'œil moqueur et en récupérant la charge pleine de fruits de sa sœur.
La jeune fille éclata de rire, vite rejoint par son cadet. Une fois leur fou-rire passé, ils reprirent leur marche, s'avançant cette fois lentement vers chez eux.
Le garçon ouvrit l'un des sacs et tendit un fruit juteux Édith qui mordit dedans avec plaisir.
« J'aime la belle saison, » déclara soudain Draco. « Avec tous ces fruits et ces champs bien pleins, le soleil qui brille et tout ça, la chaleur. J'aime quand il fait beau et chaud, pas toi ? »
« Oui, » fit l'aînée, soudainement soucieuse.
« Édith ? Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Rien... » soupira la jeune fille avant de se reprendre. « Draco... tu devrais être plus prudent. »
L'enfant regarda sa sœur, étonné.
« Pourquoi dis-tu cela ? Je suis toujours prudent ! »
« Non, tu ne l'es pas ! Regarde aujourd'hui avec cet arbre, tu a voulu prendre ces abricots alors que nous n'en avons pas besoin à la maison et tu as fait n'importe quoi, tu es tombé, tu aurais pu te blesser ! »
« Mais quelle rabat-joie ! J'aime grimper aux arbres, c'est tout ! Et puis maman a dit hier qu'elle n'avait pas pu faire autant de confiture que l'année dernière à cause d'un des arbres qui est mort. Elle pourra en faire ce soir. »
« Draco, c'est du vol pur et simple. Papa sera furieux s'il l'apprend. Et moi... moi je ne serais pas toujours là pour surveiller tes arrières. »
Les yeux gris s'écarquillèrent de stupeur.
« Pourquoi !? »
« Je ne resterai pas encore très longtemps à la maison. Laura se mariera un jour et moi aussi. Elle a eu dix-sept ans et moi j'en aurai bientôt quatorze. Quant à Susan, je ne pense pas qu'elle se mariera, mais elle partira malgré tout de la maison et si elle ne le fait pas, alors c'est toi qui le fera, tu n'es pas né pour être fermier. Draco, c'est normal, nous grandissons, tous, cela fait partie de la vie, » continua-t-elle face au regard perplexe de son jeune frère.
« Non, c'est pas obligé ! »
« Si et tu le sais. Je suis déjà partie en ville, montrer quelques ouvrages que j'avais faits. Madame Finch-Fletchey m'a dit de revenir quand j'aurai seize ans pour commencer mon apprentissage en temps que couturière. »
Draco la regarda, la gorge serrée. D'un côté, il était heureux pour sa sœur, il devait être heureux pour elle. La maison Finch-Fletchey était connue à Chourave, c'était la meilleure maison de couture. Les plus riches familles se servaient chez elle. Qu'Édith puisse avoir un apprentissage dans cette maison, c'était l'assurance pour elle d'avoir un travail bien payé et convoité. Peut-être même la porte ouverte pour partir à Helga en tant que couturière de la famille royale. À moins qu'elle ne trouve un bon parti qui l'emmènerait de toute façon loin de lui, comme elle le lui avait dit.
« Félicitations, » réussit-il à croasser. « Tu vas devenir une vraie bourgeoise de la grande ville, » termina-t-il, tentant de faire un peu d'humour afin de faire reculer sa tristesse.
Il n'avait pas le droit d'être triste, ni égoïste. Édith était une bonne travailleuse, elle était calme et douce. Elle réussirait à se faire une bonne place, à trouver un gentil garçon et à vivre une belle vie. Elle le méritait.
« Draco... ne sois pas si triste, je reviendrai tous les soirs quand je serai en apprentissage, je ne vous abandonnerai pas... »
Pas comme Laura, pensèrent les deux enfants en même temps, sans le savoir. Ils n'arrivaient cependant pas à en vouloir réellement à leur aînée. Elle avait passé sa vie à aider leur mère, à s'occuper d'eux. Depuis un an, ils ne la voyaient quasiment plus, leur sœur préférant rester à Helga durant les vacances. Susan leur avait avoué que Laura avait un petit ami depuis l'hiver, Steven Cornfoot. Quand Laura terminerait ses études supérieures, elle se marierait certainement et suivrait Steven là où il serait nommé.
« Je sais, » souffla-t-il. « Je suis content pour toi, sincèrement. »
Édith regarda son jeune frère morose.
« Draco, je sais que c'est dur pour toi en ce moment. Tu as onze ans, l'année prochaine tu rentres au Principale, tu seras le seul garçon de ta classe à pouvoir y aller. Mais tu te feras des nouveaux amis, j'en suis sûre. Papa et Susan ont raison, tu dois vraiment quitter les jupons de maman.
« Mais je ne suis plus sous ses jupes depuis longtemps ! » protesta Draco. « Ce n'est pas parce que je ne suis pas le fils que papa avait rêvé que cela veut dire que je suis une poule mouillée ! Au contraire, il faudrait un peu savoir ce que vous voulez, tous ! Un coup, je suis un bébé, une fillette, un coup, je suis un vaurien qui ne pense qu'à faire des bêtises ! »
Le garçon serra les poings, les joues rouges. Bien qu'Édith se soit montrée beaucoup plus sympathique avec lui depuis le départ de Laura, sa grande sœur lui manquait comme jamais en cet instant.
« Ce n'est pas ça, » tenta de le rassurer Édith. « Je sais bien que papa est beaucoup sur ton dos en ce moment, mais c'est parce qu'il voudrait simplement que tu sois plus sûr de toi, que tu te fasses des amis, que tu joues avec les autres gars, au lieu de rester tout seul à rêvasser. Je sais que ce n'est pas ce qui t'intéresse et que tu es doué pour des tas d'autres choses. Tu es bien plus savant que Susan ou moi par exemple. Tu aimes étudier et en cela, tu ressembles à Laura ou maman. Papa regrette juste que tu ne fasses pas plus de choses... d'homme. »
« Comme Susan, » se moqua Draco avec amertume.
« Susan est un garçon manqué, elle l'a toujours été. Mais ce n'est pas un homme. Qu'elle ne veuille pas se marier, c'est son choix, malgré tout, je ne pense pas qu'elle pourra reprendre la ferme des parents. Certains ouvriers ne voudront jamais obéir à une femme, » déclara Édith avec tout autant d'amertume dans sa voix.
Draco baissa le nez.
« La vie est mal faite. Susan aurait dû naître garçon, comme ça tout le monde aurait été content. »
« Non, » le contra Édith. « Car si Susan avait été un garçon, toi, tu ne serais pas là et je ne veux pas imaginer ma vie sans toi, » termina-t-elle avec un grand sourire.
Draco lui sourit en retour, heureux de cette subite déclaration d'amour fraternel.
« Courage, des tas d'hommes sont des érudits. Papa le comprendra bien un jour. Tu n'es pas né pour être soldat, c'est évident ! Tu seras un savant, un magnifique savant ou un docteur, et toutes les filles voudront se marier avec toi ! »
Draco éclata de rire, sa bonne humeur de retour dans son cœur.
« Eh bien, j'ai hâte de voir ça, parce que les jeunes filles, j'ai surtout l'impression qu'elles veulent jouer à la poupée avec moi. C'est vexant ! »
« Tu es une poupée, c'est pour cela. Regarde-toi, tu es petit, un joli teint de porcelaine, des yeux si clairs que l'on dirait du verre et tes cheveux ! C'est des mèches de soie ! Bien sûr qu'elles veulent jouer avec toi ! »
« Hé ! » protesta l'enfant, vexé malgré les compliments.
« Pour l'instant les jeunes filles de ton âge ne sont pas prêtes et celles plus âgées te voient comme un enfant. Mais cela va vite changer, crois-moi, » continua Édith, plus sérieusement.
Les deux adolescents arrivèrent bientôt devant les maisons de Pomona. Autour du puits, deux autres jeunes filles discutaient et leur firent signe en les voyant.
« Lisa ! Morag ! » s'écria Édith en courant vers ses amies, Lisa Turpin, une petite blonde à l'aspect frêle et maladif, et Morag MacDougal, une jolie rousse au visage constellé de taches de rousseur.
Draco leur fit simplement signe de la main, ne souhaitant pas accompagner Édith. Pas qu'il n'aimait pas Lisa et Morag mais elles faisaient justement partie de ces jeunes filles qui le regardaient en lui pinçant les joues, comme un bébé.
« Je rentre à la maison, » cria-t-il simplement à sa sœur qui se retourna vers lui pour acquiescer en souriant, faisant voler sa longue natte noire par la même occasion.
Draco n'alla cependant pas chez lui. Il courut encore sur le chemin qui menait à Chourave. Au détour d'un virage, près d'un buisson, l'attendaient deux enfants en haillons. Il leur sourit et tendit l'un des deux sacs gorgés de fruits, le plus gros.
« Tenez, voici de quoi marchander à la ville et pour vous aussi si vous avez faim. »
« Merci, Draco, » répondit la petite fille en se saisissant du sac. « Les Dieux te le rendront ! » Elle prit son jeune frère par la main et s'enfuit en direction des remparts.
Le jeune garçon, quant à lui, retourna en direction de sa maison, le cœur léger. Il n'avait pas beaucoup d'amis, son père avait raison. Du moins, pas dans les villages du sud. Mais il avait noué certains liens avec les gamins des rues de la ville ou des villages du Nord. Il chapardait pour eux ce qu'il trouvait dans les hameaux du Sud et leurs champs, bien plus riches que ceux du Quartier Nord. Il leur donnait aussi parfois quelques pièces.
Il était peut-être hautain avec les crétins bagarreurs et sans cervelle de son école et de son village qui jouaient à la guerre ou tiraient sur les nattes des petites filles, mais c'était surtout parce qu'il savait qu'il valait bien mieux qu'eux !
Alors qu'il passait le portillon de sa cour, la voix de son père résonna.
« On peut savoir ce que tu fichais ? Et c'est quoi, dans ce sac ? »
« Des abricots, » répondit Draco.
« Des abricots ? Tu les as attrapés où ? Nos arbres ont déjà donné ! » s'étonna Peter.
« Je les ai trouvés par là-bas, » répondit le gamin en montrant une vague direction de la main. « Il y a un arbre qui avait encore des fruits et maman voulait faire de la confiture. »
Peter fronça les sourcils, mécontent, se doutant que son garçon ne lui disait pas toute la vérité.
« Si j'apprends que tu as encore chapardé dans les vergers des voisins, je te jure que ça va chauffer pour tes fesses ! Au lieu de musarder, tu ferais bien mieux de t'intéresser de plus près à nos propres travaux ! Va voir Angus, tu as des corvées à faire ! »
Le garçon baissa la tête, donna son sac à son père et s'en fut en courant vers la remise.
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À suivre
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NDA : pause pub : Puisque vous êtes dans les UA, je vous conseille vivement celui en cours de parution de Havirnyrce Vince, nommé « La petite vie précieuse de Harry Potter » car non seulement ce mec est un amour (si, si, on ne le dira jamais assez) mais en plus cette fiction est un vrai bonheur !
