Bêta correctrice : Nanola

NDA : je reprécise que tous les personnages OC et les Monoïques© en particulier sont issus de ma petite cervelle. Pour ces derniers, considérez qu'ils sont une marque déposée.

Informations : à partir de maintenant je vais essayer (je dis bien essayer) de tenir un rythme de publication plus régulier, à savoir un dimanche par quinzaine. À termes, je devrais reprendre mon rythme habituel, c'est à dire tous les dimanches. Merci de vos encouragements et bonne lecture :)


Chapitre 3

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La fin d'une époque


Quand les Sylphes s'aperçurent qu'ils ne pouvaient concevoir de descendance, ils surent que la fin de leur race était annoncée.

Les Nymphes, qui comptent les Dryades, Naïades et les Ondines, prirent pitié d'eux. Leurs mâles, comme leurs femelles, n'étaient pas indifférents à la beauté des Sylphes, si bien que certains parmi eux décidèrent de s'accoupler avec les Sylphes. À la surprise de tous, mâles comme femelles Nymphes pouvaient offrir une descendance aux Sylphes. Leurs enfants, hybrides des deux races, avaient perdu leurs ailes et prirent les caractéristiques des Nymphes de chaque espèce, mais les Sylphes leur offrirent une certaine magie, qu'ils possèdent toujours. Les Sylphes qui choisirent les Nymphes furent heureux et s'éteignirent dans la joie, les bénissant, eux et leur descendance.

Les Hommes, quant à eux, n'éprouvèrent ni pitié ni amour. Quand ils virent que les Sylphes restants étaient si peu nombreux, ils ne leur proposèrent rien, ils se contentèrent de les traquer comme des animaux, choisirent les plus beaux spécimens et les gardèrent enfermés dans des cages, les utilisant uniquement pour leur bon plaisir. Les Hommes s'étonnèrent toutefois que leurs esclaves sexuels Sylphes ne protestaient pas et les accueillaient à chaque fois dans leur couche avec douceur, malgré le comportement dominateur des Hommes.

Car les Sylphes ne portaient aucune violence en eux, préférant la soumission à la rébellion.

Ce ne fut pas le cas de la descendance qui naquit des accouplements entre les Sylphes et les Hommes, ni de l'Air, horrifié du destin tragique des enfants qu'il avait créés.

Livre de Thadd – Verset 9

... ... ...

Draco râlait devant le bac rempli d'eau mousseuse devant lui.

« J'ai déjà pris mon bain avant la célébration, jeudi ! Pourquoi je dois le reprendre dimanche ? »

« Draco, ne fais pas l'enfant. Tu es sale, nous allons en ville, tu prends ton bain, » le sermonna Caroline.

Draco soupira, les yeux au ciel.

« Bien, alors tu me laisses seul. »

Caroline fronça les sourcils, surprise.

« Maman, j'ai plus de quatorze ans ! Je suis un homme ! Je refuse que des femmes me voient nu ! »

Derrière Caroline, Peter explosa d'un rire sonore, il entra dans la salle de bains et posa ses mains avec fierté sur les épaules de son fils.

« Bien parlé, mon garçon ! Tu as raison, les femmes n'ont pas à voir un homme qui n'est pas leur époux quand il est nu ! Allez, ouste ! »

Peter ferma la porte tout en poussant Caroline dans le couloir, puis se dirigea vers le lavabo.

« Euh... papa... Tu restes ? » demanda Draco.

« Oui. J'ai un brin de toilette à faire et puisque nous sommes des hommes, cela ne doit pas te gêner. Tu sais, quand j'étais à l'école militaire, nous prenions tous notre douche ensemble ! Encore aujourd'hui quand nous faisons des exercices avec la garde, je me lave en compagnie de mes hommes ! »

Draco soupira intérieurement alors que son père repartait dans ses discours enflammés d'armée, de soldats et d'école d'officiers. Il se déshabilla, mal à l'aise, et se jeta dans le bain alors que son père se rasait tout en lui jetant lui-aussi des petits coups d'œil.

Le garçon se mouilla aussitôt les cheveux et entreprit de se laver, voulant rapidement achever la corvée. Il ne remarqua pas que les regards que son père portait sur sa jeune personne se faisaient plus inquisiteurs.

« Draco, tu en es où de ta puberté ? » demanda soudainement l'homme en se tournant vers lui, les bras croisés.

L'adolescent le regarda, stupéfait.

« Ma quoi ? »

« Ta puberté ! Bon sang, ne me fais pas croire que ta mère ne t'a rien dit à ce sujet, ni que tu ne sais pas de quoi je parle alors que tu passes la moitié de ton temps le nez plongé dans tes fichus bouquins ! »

Draco se tassa un peu plus dans son bain. Son père s'énervait facilement contre lui depuis qu'il était à l'École Principale. Draco était bon élève, ce n'était pas le problème. Au contraire.

Son caractère doux, gentil, sa douce rêverie ne l'avaient jamais abandonné. Au plus grand désarroi de Peter, ces traits de sa personnalité semblaient même vouloir s'accentuer alors que le garçon mûrissait. Les professeurs étaient contents de son fils mais ce dernier ne voulait pas entendre parler d'une carrière d'officier. Pire, le gamin voulait bien rejoindre Laura à Helga, mais pour intégrer le Lycée.

Peter continua son inspection. Draco restait plutôt petit et mince pour son âge. Il s'approcha de lui et, le prenant pas le bras, l'obligea à se redresser. Il n'avait pas encore beaucoup de poils sur le pubis, à peine du duvet jugea Peter. Rien ailleurs

« Papa ! » protesta Draco, une main sur son entre-jambe, pas très développée elle non plus.

« Ne fais pas ta mijaurée, bons Dieux ! Je regarde, c'est tout, histoire d'être sûr que tu grandis comme il faut. »

Draco rougit, plus que honteux.

« Tu bandes parfois ? »

Cette fois, le garçon manqua s'étrangler.

« Je... euh, oui, ça m'arrive, » avoua-t-il devant le regard noir de son père.

Il était mal à l'aise au possible mais nul doute que s'il protestait, son père allait encore le gronder, le traiter de mauviette et lui dire que l'armée saurait le dresser pour en faire un homme. Un vrai. Néanmoins, cette réponse sembla satisfaire Peter puisqu'il le relâcha.

« Bon, finis de te laver et dépêche-toi. Ta mère et tes sœurs nous attendent. »

Draco se rinça donc bien vite avant de se sécher les cheveux. Ils étaient plutôt longs, Draco les aimait ainsi, bas dans son cou et peignés en arrière. Par contre, son père n'aimait pas, trouvant que cela lui donnait un air ''précieux'' pour ne pas dire efféminé. Il estimait que les hommes, les durs, les soldats, se devaient d'avoir les cheveux courts !

Draco trouvait le comportement de son père de plus en plus injuste. Il était toujours à lui reprocher mille et une petites choses, mais ne disait rien à Susan qui, à dix-huit ans, portait souvent des pantalons, avait ses cheveux châtains mi-longs détachés sur les épaules ou noués en une simple queue de cheval... Comme certains soldats, n'en déplaise à Peter.

Si Laura leur avait officiellement annoncé ses fiançailles avec Steven lors du solstice d'hiver, Susan, elle, avait réaffirmé sa volonté de ne pas se marier. Elle travaillait avec son père et aidait Angus quand Peter était de réserve à la garde. Draco sourit. Si lui était le désespoir de son père, Susan, elle, était celui de sa mère ! Quant à Édith, elle ne pensait qu'à son apprentissage. Elle s'était spécialisée dans la broderie fine. Madame Finch-Fletchey ne jurait que par elle. Elle voulait qu'Édith parte pour Helga, elle aussi, pour être au service directe de la famille royale.

Le jeune garçon finit de s'habiller, sortit de la salle de bains et descendit dans le salon où sa famille l'attendait. Le temps pour lui de prendre son manteau et de mettre ses chaussures qu'enfin, Caroline montait à l'avant de la carriole, Peter à ses côtés, les rênes à la main, tandis que leurs enfants grimpaient à l'arrière.

Alors que le cheval les emmenait d'un pas tranquille vers la ville, Draco admirait le paysage, tout en rêvassant. De la buée blanche se formait à chacune de ses respirations dans l'air frais de cette fin de février. Le canton de Chourave ne connaissait pas vraiment la neige, au contraire des habitants du Royaume qui vivaient plus au nord, au pied des Grandes Rocheuses, pour ne pas dire dans le cas de certains villages, au sein même des montagnes. Parfois, quand le ciel était très clair, on pouvait les apercevoir au loin, formes floues et blanchâtres qui se confondaient avec le ciel.

Le garçon frissonna et remonta le col de sa veste. Le soleil se levait à peine, le vent était glacial et ses cheveux encore un peu humides. Sa mère parlait doucement avec son père. Elle semblait plus pâle encore dans les faibles rayons du soleil d'hiver. Les sourcils de Draco se froncèrent.

À l'automne dernier encore, ils allaient à la célébration qui se tenait à la cathédrale de Chourave chaque premier jeudi du mois à pieds, et au marché du dimanche de la même façon. Mais depuis le soliste d'hiver, ils prenaient dorénavant la carriole.

Lui allait chaque jour à Chourave à pieds. Tous les matins, il partait en courant, mangeait au mess de l'École Principale pour garçons, et toutes les après-midi après la classe, il courait encore quand il revenait à la maison. Bien que Peter le jugeait trop frêle, Draco se savait doué pour la course. Il n'était pas comme ce lourdaud de Balick ou comme les frères Cauldwell, Owen en tête. Lui avait les muscles fins, allongés. Cela ne signifiait nullement qu'il n'en avait pas ! Simplement qu'ils étaient faits pour courir ou grimper. Voire aussi pour danser, comme il l'avait découvert à l'École. Il était un très bon danseur, pourtant c'était une chose qu'il n'avait pas encore osé avouer à son père. Ce dernier en aurait fait une jaunisse, à n'en pas douter.

Édith ne revenait que les week-end et une fois de temps en temps dans la semaine, préférant le reste du temps dormir chez les Finch-Fletchey. Susan, elle, ne quittait jamais la maison. Mais Édith revenait de plus en plus souvent depuis quelque temps. Draco, loin d'être stupide, avait parfaitement compris que cela avait tout à voir avec l'état de santé de sa mère, dont on ne voulait rien lui dire.

Ils arrivèrent aux remparts, laissèrent la carriole avec d'autres de ses congénères et grimpèrent au sommet de la ville, à pas lents. Draco se tenait près de sa mère, dont le souffle se faisait court. Elle lui sourit et lui caressa la joue alors que le garçon s'inquiétait une nouvelle fois.

La famille Bones fit les quelques achats qui les avaient motivés à se lever si tôt ce matin. Cependant, Draco n'était pas concentré à ce qu'ils faisaient. Tous ses sens en alerte, il patientait, avec une fébrilité de plus en plus grande, pour le spectacle que tous les badauds espéraient.

Le clocher se mit soudain à résonner, le faisant sursauter bien qu'il attendait ce moment depuis plus de trois jours.

« Vite, vite, il faut aller sur la place ! » s'exclama-t-il, excité au possible.

« Draco, tu tiens vraiment à assister encore à la Présentation ? » soupira Caroline.

« Oui ! Bien sûr ! »

« Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, » continua la mère.

« Pourquoi tu ne veux pas que j'y aille ? » demanda Draco.

« Parce que... Parce que... Ce sont des êtres humains, pas des animaux ! Je trouve ce spectacle de plus en plus malsain ! »

« Malsain ? Mais il n'y rien de malsain chez les Monoïques ! » contesta Édith qui partageait l'enthousiasme de son jeune frère.

« Chez les Monoïques, non, par contre, chez leurs prétendants qui les regardent avec la bave aux lèvres, ça, rien n'est moins sûr, » déclara à son tour Susan.

« Tu dis ça uniquement parce que tu es une femme et que tu crèves d'envie d'être un homme pour pouvoir en avoir un ! » grommela Draco suffisamment fort pour que tout le monde l'entende.

« N'importe quoi ! » protesta Susan, les joues pourtant rouges.

« Menteuse ! » ricana Édith qui se tenait près de Draco. « Tu les trouves beaux, avoue ! Avec leur physique androgyne, leur visage venant des anges. Tu rêverais de pouvoir en avoir un rien que pour toi dans ton lit, avoue ! »

« Vous n'êtes que des petits crétins, » s'énerva Susan en serrant les poings.

« Il n'y a pas de honte à admettre que les Monoïques sont beaux. Ils comptent même parmi les plus belles créatures du Monde Libre. C'est bien pour cette raison que tant de gens assistent aux Présentations alors même qu'ils ne peuvent pas concourir pour en posséder un, » déclara à son tour Peter, d'un air un peu trop rêveur.

« Peter ! Non mais vous vous écoutez ? Les Monoïques sont des êtres humains, pas des morceaux de viande ou des prostitués ! »

« Mais je n'ai jamais dit le contraire, » fit dans un petit sourire Peter en passant son bras autour de la taille de sa femme. « Et bien que je reconnaisse leur beauté, je n'ai jamais rêvé avoir un Monoïque comme compagnon ou matrice pour mes enfants. Je n'aime que le corps d'une femme dans mon lit, je ne voudrais pas d'un époux qui partage les mêmes attributs que moi. Et puis, les Monoïques sont bien trop fragiles, ils demandent trop d'efforts, alors que toi, ma femme, tu n'as pas peur de te salir les mains. »

Caroline sourit, elle posa sa tête sur l'épaule forte et rassurante de son époux.

« Bien, puisque la majorité l'a décidé, allons voir la Présentation, » abdiqua-t-elle.

Édith et Draco poussèrent des cris de joie et se mirent à courir. Ils déboulèrent bientôt sur la place centrale de la ville où l'estrade était montée. Les prétendants étaient déjà parqués dans le box qui leur était réservé. En les voyant, Draco se retint de ricaner. Au final, pour le moment c'était bien eux qui ressemblaient à des animaux !

Il suivit Édith qui avait continué d'avancer. Elle s'était placée juste à côté des prétendants et grimpait sur les gradins qui avaient été installés en même temps que l'estrade. Draco sourit au soldat placé juste en bas. En raison du statut de leur père, ils avaient le droit d'accéder à ces quelques marches, faites pour les privilégiés de la ville. Ils s'assirent cependant sur les premiers rangs. Leur père était un officier, certes, mais ce n'était pas suffisant pour qu'ils puissent grimper plus haut !

Peter, Caroline et Susan les rejoignirent enfin et se placèrent à leurs côtés. Édith à sa droite et son père à sa gauche, Draco s'impatientait. Il avait si hâte de voir ces jeunes hommes qu'il admirait depuis son âge le plus tendre.

Enfin le tambour résonna, bientôt suivi de la sortie de trois Monoïques accompagnés des ombres en rouge. Draco en reconnut deux qui étaient déjà présents lors des dernières Présentations. Le troisième était tout jeune, cela devait être l'une des premières fois où il était présenté. Peut-être même la première. Draco savait pertinemment que le Temple où vivaient les garçons était situé à la capitale. Ils faisaient la majorité des Présentations là-bas, ne venant à Chourave ou dans les autres villes du Royaume et du Monde Libre qu'une à trois fois par an.

Les Monoïques étaient habillés d'un pantalon large et long, d'un blanc crème. Une longue chemise de la même couleur recouvrait leurs bras et leur torse, bien qu'elle soit ouverte sur leur ventre. Draco ne put détourner son regard des délicats tatouages qu'arboraient chaque Monoïque. Les pleins et déliés du calice qui entourait le nombril, la ligne décorée plus ou moins sombrement qui s'étirait jusque sous leur pantalon et qu'ils ne montreraient pleinement qu'à leur amant, quand ce dernier les déshabillerait et les allongerait sur une couche.

À cette pensée, Draco sentit avec stupéfaction son sexe réagir sous son pantalon. Ben mince, alors ! De plus en plus excité, cette fois d'une façon tout autre que précédemment, l'adolescent laissa ses yeux dévorer les corps devant lui. Il regretta amèrement d'être en hiver, ne pouvant de ce fait admirer les torses finement musclés et imberbes qu'il savait être cachés sous le coton chaud.

Son regard s'attarda un peu plus sur le Monoïque du milieu, un brun aux cheveux épais et à la peau hâlée. Cette fois, son sexe s'érigea pleinement. Draco poussa un petit soupir. Et son père qui lui avait demandé le matin même s'il bandait ! Eh bien, si son paternel avait la subite idée de poser sa main sur son bas-ventre, il n'aurait aucun doute sur le fait que son fils avait bel et bien entamé sa puberté, oh que oui !

Soudain, Draco remarqua que les corps qui tournaient lentement étaient un peu tremblants. En raison du froid pour deux des Monoïques, mais plus de peur sans aucun doute pour le troisième. En effet, les deux plus âgés semblaient assez blasés, tandis que leur gardien les faisait tourner sur eux-mêmes. Le plus jeune, lui, avait l'air effrayé. Draco eut soudain un élan de pitié envers ce garçon, se rappelant les réflexions précédentes de sa mère sur les Monoïques.

Il devait avoir à peu près son âge, les Monoïques n'étant présentés de toutes façons que vers quinze ou seize ans. Ses cheveux, d'un joli châtain mâtiné d'or, bouclaient délicieusement, en dehors des deux tresses caractéristiques sur ses tempes. Mais les yeux clairs semblaient de plus en plus humides, la bouche aux lèvres pulpeuses tremblotantes.

Un rapide coup d'œil aux deux autres, ainsi qu'aux prétendants qui attendaient dans le box à côté, jeta la confusion dans l'esprit de Draco. Certains prétendants étaient certainement libidineux, mais au vue de sa propre érection, il ne pouvait pas leur jeter la pierre ! Pourtant, Draco savait que la sélection des prétendants était stricte. Les Monoïques étaient proches du sacré dans l'Empire, surtout dans leur Royaume paisible. On ne pouvait les blesser, les forcer, ils étaient couverts d'or, d'attention et d'amour. Leur corps comme leur existence étaient faits pour l'amour, lui avait souvent répété Angus.

Les Monoïques étaient chanceux, décréta l'adolescent tandis que cinq hommes étaient autorisés à monter pour regarder de plus près les Monoïques. L'un se dirigea vers le premier, à la peau d'une douce couleur de miel, ils se sourirent et se prirent immédiatement la main, comme complices. Ce ne devait pas être la première fois qu'ils se rencontraient, songea Draco, alors qu'ils se dirigeaient vers la tente carmine. Deux autres hommes tournèrent autour du deuxième et les deux restants autour du plus jeune et plus petit par la taille. Le cœur de Draco fit un étrange bond alors qu'une larme coulait sur sa joue pâle. L'un des prétendants l'essuya du pouce, lui parla doucement à l'oreille. Le Monoïque rougit légèrement, leva des yeux mouillés et timides vers lui. Il finit par sourire peu à peu, alors que l'homme lui parlait toujours. Draco sourit, lui aussi, son sexe toujours tendu dans son pantalon. Il ne savait pas si cela signifiait qu'il aurait aimé être à la place du prétendant, voire même du Monoïque, et s'en moquait éperdument.

Alors que le jeune Monoïque tendait finalement de lui-même la main vers le prétendant, Draco sentit soudain un regard lourd sur sa nuque. Il se retourna, ses yeux gris bleuté tombant directement dans ceux, d'un vert pur, d'un jeune homme installé dans le box, un peu plus haut que sa sœur. Le grand brun le dévisageait fixement, ce qui étonna l'enfant.

La beauté du prétendant n'avait rien à envier à celle des Monoïques, pensa Draco. Ces derniers avaient décidément bien de la chance. Il était sûr que ce jeune homme, à peine plus âgé que le plus vieux des Monoïques, aurait beaucoup de succès. Surtout si sa bourse était bien remplie.

Néanmoins, les yeux verts le fixaient toujours, mettant Draco peu à peu mal à l'aise, puis son nez se plissa, comme s'il humait l'air autour de lui, tandis qu'un plis d'incrédulité se formait sur son front.

Draco eut brusquement le sentiment d'être glacé, et cela n'avait rien à voir avec le léger vent de cette matinée d'hiver qui lui mettait ses mèches blondes devant les yeux. C'était comme si cet homme le... sentait, ce qui était du plus haut ridicule.

Le yeux verts ne cessaient de le regarder. Draco avait l'impression de se noyer en eux, comme hypnotisé. La chaleur dans son ventre enfla soudain et se battit contre son malaise, ses joues rougirent de nouveau. L'homme était beau, il semblait... fort, à défaut d'autre mot, séduisant, il réveillait en lui des désirs inavoués. Draco avait la sensation que tout son être l'appelait à lui.

Aussi brusquement qu'il avait commencé, le jeune brun cessa de le regarder, délivrant ainsi Draco de son étrange emprise visuelle. Il se leva et s'approcha d'un des gardiens en rouge. Il lui parla à l'oreille, ou du moins là où devait se trouver cette dernière étant donné que le voile carmin recouvrait le visage et la tête des gardiens. Malgré cela, Draco frissonna quand les yeux du prétendant et du gardien se posèrent sur lui.

« Papa, papa... » murmura Draco, sentant cette fois une peur diffuse le saisir.

« Oui, quoi ? » répondit son père alors qu'il se levait. « La Présentation est finie, laissons les prétendants, ils n'y a plus qu'eux qui pourront revoir les garçons, on rentre, votre mère a froid. »

« Papa ! » s'exclama Draco en se serrant contre lui. « Ils me regardent, j'ai peur ! »

Peter fronça ses sourcils. Avisant le gardien et le prétendant qui les dévisageaient et s'avançaient vers eux, une peur sourde, bien différente de celle de son fils, l'étreignit. Il posa sa main sur l'épaule de Draco et le poussa derrière lui, le cachant à la vue des hommes grâce à son corps massif.

« Caroline, les filles, prenez Draco et partez, tout de suite, » ordonna-t-il durement.

« Peter, qu'est-ce qui se passe ? » demanda Caroline, surprise.

« Maintenant ! »

Draco sentit son père qui le poussait, le faisant à moitié chuter de la marche. Sa mère lui prit la main, ainsi que Susan, alors que la voix du gardien s'échappait de son voile couleur de sang.

« Attendez, ce prétendant demande à voir votre fils. Je veux l'examiner. »

« Vous ne poserez pas vos mains sur mon enfant, gardien ! »

« Papa, » gémit Draco.

Son père se retourna et le fusilla du regard.

« Rentre à la maison, maintenant ! » cria Peter.

Il se retourna vers les deux hommes, furieux.

« Je suis un officier de la Garde ! De quel droit importunez-vous ma famille ?! »

Draco n'entendit pas la suite car ses sœurs l'entraînaient au loin.

La journée s'écoula avec un goût amer pour le garçon. Le vent glacial n'avait cessé de hurler à leurs fenêtres tandis que Draco avait le nez à quelques centimètre à peine de la vitre. Ses sœurs et lui avaient aidé leur mère à préparer le repas, qu'ils avaient mangé en l'absence de leur père. L'après-midi était passée, sans que Peter Bones ne refasse surface. Ce ne fut qu'après le souper, alors que la nuit était tombée depuis longtemps, qu'enfin le patriarche entra dans sa demeure.

« Peter, » s'exclama Caroline en se levant, laissant transparaître toute son inquiétude dans sa voix. « Enfin, tu es de retour. Que s'est-il passé ? Pourquoi as-tu mis tant de temps ? »

« J'ai dû régler quelques problèmes avec les gardiens des Monoïques et la Garde, puis ensuite, j'ai envoyé plusieurs courriers urgents, » répondit Peter, laconique.

Son regard tomba sur Draco qui frémit. Son père s'avança vers lui et sans savoir pourquoi, le garçon plaça son bras en protection, sûr que son père allait le frapper. Peter ricana, un rire désabusé, alors qu'il prenait fermement le bras de son fils pour l'abaisser.

« Toi ! qu'as-tu fait avec ce prétendant ? » l'accusa-t-il aussitôt.

« Moi ? » fit Draco, surpris. « Rien du tout ! »

« Tu as sûrement fait quelque chose, pourtant ! » cria soudainement Peter, créant la stupeur chez sa femme et ses enfants, ainsi que la peur chez Draco.

Ce dernier regardait son père, de plus en plus terrifié. La dernière fois qu'il avait vu Peter aussi furieux, il avait cinq ans et son dos avait ensuite été lacéré sous les coups de ceinture.

« Non ! Non, je n'ai rien fait ! »

« Menteur ! » scanda durement Peter en le secouant. « Il assure que tu l'as attiré ! Qu'as-tu fait, stupide gamin ?! »

« Mais rien du tout ! » cria Draco, les larmes perlant à ses yeux.

Peter perdit un peu plus contenance à leur vue.

« Je sais que tu as fait quelque chose ! Tu l'as excité, c'est ça ? Tu l'as aguiché ? Pour qui te prends-tu ? Tu es mon fils, pas une catin prête à se faire baiser par un prétendant ! »

Draco rougit et eut un hoquet de stupéfaction face aux paroles crues de son père.

« J'ai rien fait, je te promets ! »

La gifle sonore retentit dans la pièce. Draco posa sa main sur sa joue brûlante alors que les larmes faisaient leur chemin.

« Et arrête de chialer comme un bébé ! Cette fois, c'est assez ! Je ne céderai plus, ni devant tes pleurs de fillette, ni devant les plaintes de ta mère ! Je refuse que tu ne deviennes un je ne sais quoi ! Tu vas cesser de me faire honte, devant mes hommes en plus ! Tu seras un soldat, un officier, comme je l'ai été ! Et tu n'as pas d'autre choix ! Dès que tu auras quinze ans, tu partiras à Helga, tout est déjà arrangé ! Tu ne reviendras que lorsque tu auras dignement gagné tes gallons ! »

Draco dévisagea son père, brisé par ses paroles.

« Quoi ?! » cria Caroline. « Non, c'est hors de question, Draco ne veut pas être soldat, il... »

« Silence, femme ! Il fera ce que j'ai décidé ! Tout est organisé ! J'ai déjà informé ma hiérarchie et envoyé les papiers à mes supérieurs de Helga ! Le 6 juin, j'emmènerai Draco avec moi à Helga ! »

« Tu ne peux pas m'arracher mon fils ! » pleura Caroline. « Pas maintenant, Peter ! Pourquoi veux-tu l'éloigner de moi, pourquoi... »

« Parce que je veux qu'il devienne un homme ! » cria Peter.

« Tu n'as pas le droit de lui interdire de revenir durant les vacances ! » s'offusqua Susan, prenant la défense de son frère. « Maman a besoin de lui, papa, ne fais pas ça ! »

« Papa, Draco était à côté de moi, et de toi ! Il n'a rien fait avec ce prétendant, il ment ! » s'écria à son tour Édith.

« Un Werwulf ne ment pas ! » lança Peter, mauvais. « C'est en tout cas ce que m'ont affirmé les gardiens du Temple. Écoute-moi bien, Draco Bones, je t'interdis de sortir de ta chambre, jusqu'à nouvel ordre ! »

« Mais... » protesta faiblement Draco, encore trop abasourdi par tout ce qu'il venait d'entendre. « Et l'école ? »

« Es-tu sourd ?! L'école, c'est fini pour toi ! J'exige et ordonne que Draco reste dans sa chambre jusqu'à ce qu'il fête ses quinze ans ! Une fois fait, je l'emmènerai personnellement à Helga, à l'école militaire, et tu n'en sortiras pas tant que tu ne seras pas au moins sergent ! Mes ordres sont clairs et seront suivis à la lettre ! »

« Sergent ? » pleura Caroline. « Peter, non, ne fais pas ça, tu ne peux pas me priver de mon enfant pendant si longtemps ! »

« Papa, papa, s'il te plaît, » gémit Draco.

« Tu m'obéiras ! Demain, je pars en réserve pour une semaine. Quand je reviendrai, je te raserai la tête, comme le soldat que tu seras bientôt. Je veillerais moi-même à t'accompagner dans tes tâches et contrôlerai seul ton éducation jusqu'à ce que tu partes d'ici.

« Papa... » plaida une nouvelle fois l'adolescent.

Mais le garçon ne put plus rien dire car son père le traîna avec force dans les escaliers, le jeta dans sa chambre qu'il ferma à clef. Draco resta stupidement debout, entendant au loin les bruits des voix furieuses de son père, sa mère et ses sœurs.

Il se tint ainsi un long moment avant de s'asseoir sur son lit, en silence et le cœur brisé.

Le lendemain matin, sa mère entra dans sa chambre avec un plateau de petit-déjeuner entre les mains qu'elle posa sur le bureau.

« Maman ! » s'écria Draco en se jetant dans ses bras.

« Draco, mon chéri, » soupira Caroline en le prenant contre lui. « Je suis si désolée... »

« Maman, je t'en prie, je ne veux pas aller à Helga, je ne veux pas devenir un soldat. »

« Je sais, mon cœur, mais ton père... Je ne sais pas ce qui s'est passé. Je le connais, il est furieux mais il a surtout peur. Je ne comprends pas ce qui lui arrive. »

Caroline s'essuya une larme avant de plonger ses yeux de nuit dans ceux si clairs de son enfant.

« Susan va tenter de le faire revenir à la raison. Elle seule en a la capacité désormais. Je... Je pourrais sans doute retarder l'inévitable, Draco, mais ma santé faiblit, je ne serai pas toujours là, je le crains. »

« Maman... »

« Il va falloir que tu sois fort, mon chéri et... »

« Caroline, sors de cette pièce, » les interrompit Peter derrière elle.

Caroline embrassa son fils et sortit, tapotant ses yeux à l'aide d'un mouchoir blanc.

« Maman... » répéta Draco, désemparé.

« Cesse de toujours appeler ta mère et grandis un peu. Comment feras-tu, à l'armée ? Tu pleurnicheras encore des ''maman'' quand tu devras faire ce que ton supérieur t'aura ordonné ? »

« Je ne veux pas être un soldat ! » fit Draco en serrant les poings.

« Tu seras ce que j'ai décidé que tu sois ! C'est clair ? »

« Non, je refuse ! Tu n'as pas le droit ! Laura, Susan et Édith ont pu choisir leur vie, pourquoi moi je ne pourrais pas ! » cria Draco, se rebellant comme jamais il ne l'avait fait auparavant.

« J'ai le droit et je le prends ! Tu iras à Helga, tu seras un officier ! Parce que je l'ai décidé et parce que tu es mon fils ! MON FILS ! ET PERSONNE NE POURRA M'ENLEVER ÇA, PERSONNE ! » hurla Peter.

« JE TE DÉTESTE ! TU M'ENTENDS, JE TE DÉTESTE ! ET J'AURAI AIMÉ N'ÊTRE JAMAIS TON FILS ! » hurla Draco à son tour.

Le visage de Peter blanchit dangereusement. L'homme dévisagea le garçon devant lui et sa voix se fit atone.

« Pourtant, c'est moi ton père. Et je t'aime, quoi que tu en penses. »

Là-dessus il referma la porte à double tour, faisant fi des coups que Draco lançait sur elle en criant.

... ... ...

Peter était parti, laissant sa famille particulièrement désœuvrée. Malgré les commandements de l'homme, Susan avait ouvert à son frère à peine Peter aux frontières de Pomona. Le garçon ne sortait pourtant pas de chez lui, ne voulant pas que l'un des voisins ne l'aperçoive et n'en parle à son père. Angus était venu, lui aussi, tentant de rassurer le garçon.

Mais Draco ne voulait rien savoir.

Il en voulait à Peter. Sa mère était malade, il le savait désormais, et lui n'hésitait pas à l'éloigner d'elle pour des années, l'obligeant à suivre une voie qui le répugnait. Il ne voulait pas combattre. Quand bien même le Royaume était en paix, il ne se sentait pas l'âme d'un soldat. Pourquoi Peter avait toujours refusé d'admettre le côté pacifique de son fils ?

Il ressemblait à sa mère, avait le même caractère doux qu'elle et Édith. Alors pourquoi cet acharnement ?

Quant à ce qui s'était passé avec le prétendant, il était perdu. Il n'avait rien fait, rien dit à l'homme. Édith l'avait bien confirmé à Caroline et Susan. La seule chose que sa sœur ignorait était ce qui s'était produit dans son pantalon et le désir qui lui avait réchauffé les reins. Mais le prétendant n'aurait jamais pu le deviner, lui non plus !

Draco se sentait bien seul alors que sa mère lui faisait faire quelques exercices, pour l'occuper. L'enfant lisait aussi les livres qui s'entassaient sur les étagères de la maisonnée, bien qu'il les avait déjà lus pour la plupart.

« Les bêtes sont nerveuses depuis hier, » fit Susan en entrant dans la pièce, les cheveux encore ébouriffés par le vent du dehors.

« C'est à cause du temps, l'hiver est rude cette année. Ce matin, il y avait de la neige dans la cour, » dit Édith.

Elle avait décidé de rester elle aussi pour la semaine avec sa mère, Susan et Draco, choquée par ce qui s'était passé le dimanche. Draco lui jeta un regard morne. Il y avait eu de la neige, exact, et en raison de la stupide punition de son père, il n'avait pas pu aller la toucher.

« Ce n'est pas que ça, » répliqua Angus qui pénétrait à son tour, juste derrière Susan. « Je ne sais pas exactement pourquoi mais la ville semble nager dans une étrange ébullition depuis ce matin. La peur est présente partout et les gardes patrouillent sur les remparts. »

« Vraiment ? » interrogea Caroline, aussitôt inquiète. « J'espère que ce n'est rien de sérieux. Peter est de garde. »

« Je ne sais pas. D'après Caldwallader, il y aurait d'étranges rumeurs. »

« Lesquelles ? » demanda Susan en finissant d'enlever ses bottes pleines de boue.

« Des hommes disent que des villages, plus au nord, ont été attaqués par des bêtes sauvages et monstrueuses. C'est une rumeur qui court depuis plusieurs mois déjà, mais d'après Caldwallader, ces bêtes se seraient rapprochées de Chourave.

« N'importe quoi, » déclara Susan avec assurance. « Les hommes ne savent pas quoi inventer pour faire peur à leurs femmes et à leurs enfants. »

« Tout de même, je ne suis pas tranquille. »

« Maman, s'il y avait un réel danger, papa nous aurait ordonné de venir à la ville, dans le quartier des familles d'officier. Il ne nous aurait pas laissés ici. »

« Aux dernières nouvelles, ces bêtes ne seraient pas ici, mais plus au Nord-Ouest, » déclara de nouveau Angus, soucieux d'avoir inquiété Caroline.

« Et papa n'aura pas peur de défendre la ville. Ce n'est sans doute qu'une meute de chiens errants ou un loup solitaire un peu hargneux qui a volé une poule à une vieille et voilà, la rumeur a fait le reste, » conclut Susan avec philosophie.

« Quand bien même il y aurait vraiment des bêtes dangereuses, papa n'a qu'à y aller. Comme cela, il aurait de quoi montrer sa vaillance, le héros, » déclara amèrement Draco, créant le silence.

« Draco, » le sermonna Caroline.

« Quoi ? Il est bien prêt à m'envoyer au combat, lui ! » s'énerva Draco en se redressant. « Alors, puisque ça lui plaît tant que ça, il n'a qu'à partir, retourner pour de bon à l'armée, combattre les brigands ou les chiens errants, je m'en fiche ! Il peut même mourir au combat, comme ça il arrêtera de vouloir diriger ma vie. »

« Draco ! » s'écria Caroline, scandalisée cette fois.

« Ne parle pas ainsi de ton père, jeune homme. Peter n'a sans doute pas entièrement raison dans la manière de faire avec toi, mais c'est un homme bon. Il t'aime et pense sincèrement faire ce qu'il y a de mieux pour toi. »

Draco baissa la tête face aux remontrances d'Angus. Il s'en voulait de ses paroles mais en voulait encore plus à son père pour sa décision arbitraire.

Soupirant, le garçon retourna à la contemplation de la nuit qui s'installait au dehors.

La famille Bones venait de finir de dîner. Angus et Jane étaient retournés chez eux, Édith travaillait à une broderie compliquée, Caroline tricotait, Susan lisait. Draco, lui, contemplait les flammes de la cheminée.

L'enfant ne se sentait pas tranquille. Angus et Susan avaient raison, il y avait une étrange atmosphère au dehors. Les chiens des voisins étaient inquiets et n'avaient cessé d'aboyer durant le repas. Le fait qu'ils se soient subitement tus depuis un petit quart d'heure ne le rassurait cependant étrangement pas.

Une nouvelle fois, Draco regretta que Pomona se situe à l'extérieur du solide mur d'enceinte de la ville. Jamais son petit village ne lui avait semblé si éloigné de la forteresse rassurante.

À l'instant même où il pensait cela, un long hurlement déchira le silence de la nuit, faisant sursauter les quatre occupants de la maison. Bientôt suivit par un autre, puis encore un autre.

« Qu'est-ce que c'est ? » cria Édith, affolée.

« On dirait des loups... » répondit Draco.

Pourtant, les cris étaient trop forts, trop puissants... trop proches.

« Habillez-vous, vite ! » ordonna leur mère. « Et courez à la ville, maintenant. »

Les trois enfants Bones ne pensèrent pas à protester, un sentiment d'urgence les englobant tout entier. Sentiment qui se transforma en terreur alors que d'autres cris, humains cette fois et reflétant la douleur et l'épouvante, s'élevèrent dans l'obscurité.

Draco se précipita vers la porte, l'ouvrit et sortit, suivi de sa mère et de ses sœur. Ils restèrent figés devant le pas de leur porte alors que tous les habitants faisaient de même, apeurés. Déjà les premières maisons, celles les plus proches de la forêt, commençaient à s'enflammer. Dans les ombres des flammes, chacun put voir des loups énormes qui s'avançaient, leurs gueules ouvertes dévoilant leurs longs crocs blancs.

Ce ne fut plus que cris et fuites parmi les habitants.

Tout alla vite, si vite, que Draco ne comprit d'abord rien à ce qui arriva.

« Cours, Draco, cours ! » hurla sa mère en le poussant dans la cour.

L'enfant obéit, il commença à courir et sortait dans la rue en terre quand il se retourna pour voir un loup énorme se jeter sur celle qui était sa mère, la projeter à l'intérieur de leur maison où elle s'effondra à même le plancher et où il lui déchiqueta la gorge.

« Édith, protège Draco ! » hurla Susan, encore dans le salon.

Elle prit un tisonnier et se jeta sur la bête immonde qui dévorait leur mère. Le loup dédaigna alors le corps inerte baignant dans le sang de Caroline, préférant sauter sur elle.

« Draco, dépêche-toi ! » fit Édith en lui saisissant le bras et en l'obligeant à courir tandis que le garçon, tétanisé, continuait de hurler sans le savoir le nom de sa mère et de Susan.

« Dépêche-toi ! » cria de nouveau sa sœur, les larmes de peur coulant sur ses joues pâles. « Ce sont des Werwulfs ! »

Draco trébuchait, courait, mais son cœur hurlait de peur et de douleur. Il ne pouvait pas croire ce qu'il avait vu ! Pas ce sang, ces flammes, ces monstres hurlants et sa maman, Susan... non !

Il se retourna de nouveau et son sang se glaça dans ses veines. Un loup, énorme, à quelques mètres de lui le fixait, ses yeux d'ambre reflétant la cruauté et le vice. Ce n'était pas des yeux d'animaux, non, certainement pas ! Sa truffe frémissait, comme si une odeur alléchante le titillait. Un hurlement sortit de la gueule ensanglantée et Draco hurla à son tour, d'une terreur sans nom.

Il courut, courut, en direction des remparts, Édith juste devant lui. Il devait atteindre les enceintes de la ville, les soldats de la garde seraient là, avec leur lances et leurs arcs, pour tuer les monstres qui les poursuivaient.

Son père... Son père serait là pour les protéger !

Soudain, un poids énorme fut sur lui, l'écrasant au sol, lui coupant la respiration. Sans savoir comment, il arriva à se retourner, ses mains entrèrent aussitôt en contact avec un pelage rugueux, puant et humide de sang.

« NON ! » hurla-t-il alors que la créature démoniaque le fixait.

Un autre cri se fit entendre et une lourde branche s'abattit sur le crâne de la bête, le faisant à peine frémir. Draco détourna sa tête, découvrant Édith, revenue sur ses pas, qui défendait son jeune frère.

« ÉDITH ! » cria le gamin, ne sachant s'il devait lui dire de fuir ou de le sauver.

Mais la bête sur lui décida à sa place. Un hurlement s'échappa de sa gueule, un appel, auquel un loup sombre répondit en sautant sur sa sœur, ses crocs se refermant sur sa gorge.

« NON ! » hurla de nouveau le garçon.

Il se débattit, criant, hurlant, pleurant et surtout, ne comprenant pas pourquoi les griffes et les dents du monstre ne le déchiraient pas à son tour. La hideuse créature grogna, la gueule se rapprocha de lui, le faisant éclater en sanglots tandis que son haleine fétide lui emplissait le nez. La truffe humide se nicha dans son cou, une langue râpeuse le lécha avec lenteur, comme si le loup s'enivrait de son odeur et du goût de sa peau.

Draco se débattit en vain une nouvelle fois alors que ses yeux gris rencontraient ceux meurtriers du Werwulf. Un son proche du rire et du grognement sortit de l'animal avant qu'il ne plonge ses crocs dans l'épaule du garçon, le faisant hurler de douleur.

Les canines de la bête étaient plantées dans ses chairs, le clouant sur place. L'enfant pleurait et hurlait sa souffrance, ainsi que sa terreur. Il ne pensait plus survivre, même si son esprit refusait de mourir à l'image de sa mère et de ses sœur avant lui.

La gueule immonde le relâcha pour replonger plus bas, sur sa cuisse. Draco sanglota, réussit à se retourner et tenta de ramper, ses doigts accrochant la terre sous lui. Il voulait croire que les soldats allaient arriver, allaient le sauver, lui et les autres villageois qui hurlaient encore dans la nuit qui était devenue rouge à ses yeux. Rouge comme les flammes qui dévoraient les maisons et les fermes, rouge comme le sang qui coulait à flot, teintant de son carmin le sentier de Pomona.

Le visage contre le sol, Draco essayait désespérément de s'enfuir, loin de ces crocs qui le dévoraient vivant. Si la gueule dédaigna soudain sa jambe, une patte énorme s'abattit sur son dos, des griffes déchiquetèrent la chemise ainsi que la peau pâle du garçon, le faisant s'époumoner d'une nouvelle douleur, insoutenable.

L'enfant ne bougea plus, attendant en pleurant que la bête cesse de jouer avec lui et l'achève enfin. D'autres cris se firent entendre au loin, lui faisant redresser la tête. Il aperçut, au milieu de ses larmes, les formes floues d'hommes qui couraient vers lui. Il sanglota plus fort, comprenant que les soldats venaient enfin à leur rescousse.

« Papa ! PAPA ! » hurla-t-il vers les gardiens de la citadelle, voyant au moins deux hommes montés sur des chevaux. Des officiers.

Il voulait son père, lui dire qu'il regrettait ses paroles, ses pensées, qu'il était toujours le petit garçon éperdu d'admiration envers lui, qu'il l'aimait, de tout son cœur affolé.

Au même instant, le loup enleva la patte de son dos mais Draco se sentit presque aussitôt enlevé de la terre ferme pour atterrir sans douceur sur les épaules et le dos nus d'un homme.

« Toi, tu es à moi, » grogna ce dernier.

Draco hurla à l'aide, tendit ses mains vers les soldats. Il frappa de ses poings le dos de son kidnappeur qui se mit à courir en direction de la forêt. Édith avait raison, ce n'était pas des loups ordinaires, mais bien des Werwulfs ! Il en avait la preuve sous les yeux. Yeux horrifiés qui virent l'un des monstres sauter à la gorge d'un des cavaliers.

« PAPA ! » hurla de nouveau l'enfant terrorisé.

Tout en courant, l'homme se débrouilla pour le maintenir différemment, le faisant de nouveau crier de souffrance alors qu'il appuyait sur ses plaies béantes. Le Werwulf enserra aussitôt son cou et, rapidement, des étoiles apparurent devant les yeux de Draco qui se débattit de plus en plus faiblement tandis qu'il étouffait. Puis il sombra dans les ténèbres.

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À suivre

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