Chapitre 32 : Crois en ton fils

Giotto fixa le canon du bazooka d'un air nerveux. Même s'il savait que cela ne pouvait lui aucun mal, il était difficile de surmonter son instinct.

Inspirant une grande bouffée d'air, il ferma les yeux et appuya sur la gâchette. Aussitôt, un épais nuage rose enveloppa le blond et lorsqu'il rouvrit les yeux, il ne se retrouva non pas dans son bureau comme si s'y était attendu, mais dans un endroit bien pire.

Ses yeux s'écarquillèrent sous l'horreur, et Giotto promena son regard sur les barreaux de la cage dans laquelle il se trouvait. Il était si préoccupé par sa situation qu'il ne remarqua pas les autres personnes présentes avant d'entendre une voix l'appeler, « Giotto ? »

Bien qu'elle soit plus dure et sèche, cette voix lui était parfaitement familière et il l'aurait reconnue entre milles. Faisant volte-face, Giotto aperçu une femme assise à côté de lui et dont la chevelure sombre en désordre ne parvenait pas à masquer sa terrible maigreur. Son visage était sale et ses vêtements étaient en lambeaux, mais ses yeux bleus profond avaient conservé leur force et cette indéniable gentillesse qu'ils avaient toujours possédées.

Giotto ne put réprimer une exclamation de surprise en voyant l'état dans lequel elle se trouvait et il tomba à la renverse, remarquant pour la première fois les menottes qui enserraient ses poignets. Confus, il demanda, « Q-Que se passe-t-il ? Qui m'a attaché ? Où suis-je? »

« Tu as été capturé par les Millefiore. » répondit une autre voix familière et Giotto se tourna alors vers G. La vue de son meilleur ami le choqua encore davantage que ne l'avait faite celle de Bianca. Les longs cheveux rouges de son gardien de la tempête étaient sales et emmêlés. Ili avait affreusement maigri et on aurait cru que le moindre souffle de vent pourrait l'emporter. Mais lorsqu'il leva la tête, il vit avec soulagement que son regard n'avait absolument pas changé, il était toujours aussi intense et brillait de défi et d'intelligence.

« Les… Millefiore ? » répéta Giotto. « Qui sont les Millefiore ? »

« Une Famille de la mafia qui est apparue il y a deux ans. » fit la voix de Knuckle depuis la cage d'en face et Giotto aperçu alors un autre de ses gardiens, battu et brisé, mais toujours aussi déterminé.

« Ils sont rapidement devenus une des Famiglias les plus puissantes d'Italie. » l'interrompit Alaude, qui était à côté de Knuckle.

« Ils sont tout ce que les Vongola ne sont pas. » Asari.

« Ils ont détruit les anneaux des Vongola. » Daemon.

« Nos enfants vont tout faire pour les vaincre… »

Ces derniers mots attirèrent l'attention de Giotto et il se rendit compte avec horreur que c'était Lampo qui les avait prononcés. Son plus jeune gardien semblait tout aussi inquiet mais ses yeux brillaient de la même flamme que les autres.

« Nos… enfants ? » fit Giotto d'une voix tremblante.

G haussa les épaules d'un air dédaigneux. « Tu oublies que tu te trouves dans le futur. Ce ne sont plus des enfants sans défense maintenant. Ils peuvent et ils vont trouver un moyen de nous sortir d'ici. Jusqu'à ce qu'ils arrivent, il faut que nous préservions nos forces pour combattre Byakuran. »

Giotto avait du mal à croire ce qu'il entendait. G, cet homme d'ordinaire si protecteur de son fils et de ses neveux parlait maintenant de dépendre d'eux ? Que lui était-il donc arrivé ? Etait-il encore le même homme ?

« Crois en ton fils, Giotto. » fit la voix d'Elena.

Asari se mit alors à rire et toutes les têtes se tournèrent vers lui. « Vous oubliez qu'il n'est pas notre Giotto. »

Knuckle rit doucement. « Souviens-toi de ce que tu as vu, Giotto et prépare-toi à ce qu'il va arriver dans ton époque. Au fait, tu ne devrais plus utiliser le bazooka si tu ne veux pas te retrouver trop impliqué ici. »

Et sur ces mots d'adieux, Giotto se retrouva à nouveau enveloppé d'un nuage de fumée rose qui le déposa dans son bureau.

Tandis qu'il se dissipait, Giotto promena un regard vide et dénué d'expression sur la pièce et une larme coula le long de sa joue. Baissant les yeux sur la photo du premier anniversaire de Tsuna, Giotto la prit doucement dans ses mains et la tint fermement contre lui, se rappelant de la première fois où il avait pris son fils dans ses bras. Il était encore secoué par ce qu'il venait de se passer, et se promit de ne jamais laisser cela arriver dans son époque.

O-o-o-o-o-o-o-o-O

Un mois après son voyage dans le futur, nous retrouvons Giotto, assoupi sur son bureau alors qu'il venait de veiller durant la plus grande partie de la nuit pour en finir avec sa paperasse.

Tandis qu'il roupillait tranquillement, la porte de son bureau s'ouvrit tout doucement et une tête brune apparut dans l'entrebâillement. Voyant son père endormi, le petit brun sourit d'un air exaspéré et s'approcha silencieusement de lui.

Après un instant d'hésitation, il rit et dit, « Tu vas attraper froid si tu dors ici, papa. »

Giotto se réveilla immédiatement, un peu hébété. « Qu- Quoi ? » Il lui fallut un petit moment mais lorsqu'il aperçut debout à côté de lui, il poussa une exclamation de surprise.

« Tsuna ! » s'écria-t-il en le prenant dans ses bras. « Tu es là ! »

Le petit brun se contenta de rire légèrement. « Alors quoi, tu as oublié qu'on arrivait aujourd'hui ? » demanda-t-il d'un ton amusé.

Giotto hésita une seconde de trop avant de s'exclamer d'une voix choquée. « Bien sûr que non ! »

Tsuna lui sourit d'un air qui se voulait exaspéré et dit d'une voix un peu plus sérieuse. « Mais tu devrais vraiment aller te coucher, papa. »

« Pas question ! » s'insurgea Giotto en se relevant. « You venez juste d'arriver et vous ne serez là que pour trois jours ! Je n'ai pas l'intention de perdre mon temps à dormir ! Et de toute façon, il faut que nous commencions à planifier le banquet. »

Inclinant sa tête sur le côté d'un air confus, Tsuna demanda, « Quel banquet ? »

Giotto eut un sourire en coin, attendant de voir quelle serait la réaction de son fils.

Après une pause dramatique, le blond annonça, « Un banquet en l'honneur de ta nomination officielle de candidat Vongola Secondo ! »

Il y eut un moment de silence, puis Tsuna s'écria, « QUOI ? »

O-o-o-o-o-o-o-o-O

Au même endroit, dix ans plus tard, une toute autre discussion prenait place.

« Tu ne vas pas le faire. » gronda le gardien.

« Pourquoi pas ? » répliqua l'omnivore auquel il s'adressait.

« Parce que c'est trop dangereux ! Est-ce que tu pensais vraiment que j'allais te laisser faire ça, Tsunayoshi ? » rétorqua le jeune homme en levant les yeux au ciel.

Tsuna grimaça à l'emploi de son nom complet. Venant de Kyoya, cela ne signifiait rien de bon. « Allez, Kyoya ! On en a déjà parlé mille fois ! C'est la seule option qu'il nous reste ! »

« Et si quelque chose tourne mal ? » demanda son aîné. « Que se passera-t-il si tu es trahi, ou si cet idiot d'herbivore commet une erreur et que tu en payais le prix fort ? » Comme il parlait, d'infimes traces de larmes montaient à ses yeux. « Si nous venions à te perdre, Tsunayoshi, est-ce que tu crois vraiment que nous pourrions continuer à vivre ? »

Tsuna dû se forcer pour ne pas détourner le regard à la vue des larmes de son grand frère.

« C'est exactement pour ça que je dois le faire. » dit-il doucement. Puis, élevant la voix, il s'expliqua. « Papa et les autres ne peuvent pas s'enfuir puisque Byakuran a détruit leurs anneaux ! Ils comptent sur nous, Kyoya! Est-ce que tu vas les abandonner ? Est-ce que tu es prêt à courir le risque de ne plus jamais les revoir ? »

Kyoya ne répondit pas et se contenta de le fixer en fronçant les sourcils, bien que le reste de son visage n'exprime pas le moindre sentiment. Tsuna le connaissait trop bien et savait qu'il suffirait juste d'un dernier coup de pouce.

« Est-ce que tu es prêt à vivre sans oncle Alaude, Kyoya ? » demanda-t-il. « Parce que je sais que j'ai encore besoin de mon père… »

Un lourd silence s'en suivit et fut finalement brisé par un soupir.

« Fais ce que tu veux, omnivore. »