Chapitre 4 : Magie rouge et magie noire

- Tu n'es pas sérieux ? je dis en regardant Fabian, incrédule.

Sidérée par ce qu'il vient de me dire, j'en laisse ma plume en l'air, à quelques centimètres de mon parchemin et des gouttes d'encre tombent sur mon devoir. J'en oublierai presque que je suis à la bibliothèque.

- Je te jure que c'est vrai.

- Bande de tricheurs !

Je me lève, furieuse et marche à grandes enjambées vers le rayon « Magie rouge » de la bibliothèque. Fabian juge plus sage de rester en arrière avec Mary et Ann.

- Ils n'ont pas le droit de faire ça ! je fulmine.

D'après le sixième année, James et Sirius sont en train de regarder tous les livres du rayon en tentant de trouver de quelle potion je vais me servir pour réussir le pari. Il les aurait entendus dire qu'ils avaient trouvé quel est le titre du livre que j'ai emprunté la semaine dernière.

Arrivant devant les étagères, je découvre effectivement les deux garçons tournant fébrilement les pages d'un livre.

- Surtout ne vous gênez pas ! je m'exclame, les mains sur les hanches.

Surpris, ils lèvent la tête. Après une moue étonnée, Sirius semble perdre de sa superbe, mais pas James :

- Se gêner pour quoi ?

- Vous trichez ! Vous voulez savoir comment je compte faire faire de la Magie rouge aux Serpentard et me mettre des bâtons dans les roues !

- Pardon ? Et comment déduis-tu cela ? répond Black qui a retrouvé son arrogance.

J'ai envie de gifler sa tête d'ange. Les sentiments meurtriers que j'ai à son égard en cet instant me font voir ses ressemblances avec Bellatrix : la même beauté, la même classe, et, moins glorieux, le peu de principes. Le côté… Serpentard. Ce qu'ils font n'est absolument pas Gryffondor !

- Je ne connais que deux raisons susceptibles de vous faire venir à la bibliothèque et dans le rayon « Magie rouge » : soit vous cherchez à savoir comment je vais gagner le pari… soit vous cherchez un moyen pour que Potter attrape Lily ! Et que ça soit la première ou la seconde possibilité, je doute qu'elle soit ravie de l'entendre !

- Tu es complètement parano, ma pauvre folle, fait James, l'air profondément désolé pour moi.

Je m'approche de deux pas de cet imbécile profond, menaçante. Mon neurone de la raison me fait judicieusement remarquer que le gifler serait complètement inutile parce qu'ils sont deux, qu'ils font quinze centimètres de plus que moi et qu'ils sont bien meilleurs au corps à corps comme au duel sorcier. Je l'envoie balader. Je suis une fille, ils n'oseront pas me toucher. Pis sinon, j'irai tout dire à Lily. Et ça, Potter il n'aime pas. Na.

- Euh, Luth, du calme, s'il te plait, intervient Sirius, se plaçant entre moi et son ami. On va se faire attraper par Pince.

- Là, maintenant, tout de suite, je m'en fiche complètement. Vous trichez, c'est… c'est nul. On dirait des Serpentards !

Je sais que ma remarque va les mettre en rogne. Alors, profitant de leur seconde d'hésitation (vont-ils m'endoloriser ou m'étrangler à mains nues ?), je tourne les talons et pars la tête haute.

- Lily saura ! je lance avant de tourner à l'angle du rayonnage.

oOoOo

Et Lily n'a pas aimé. S'associer à un pari, c'était déjà beaucoup pour elle, alors s'associer à des tricheurs, ça ne passe pas. Elle a attrapé James dans un coin de la salle commune, le soir même et elle l'a littéralement incendié. Avec sa chevelure rousse et son air furieux, elle passait pour une sorcière de contes moldus. Voir Potter se liquéfier était jouissif. Ann a fait remarquer que McGonagall serait sûrement ravie de savoir qu'il existait bel et un bien un moyen de le faire tenir en place.

Sirius me fait la tête parce que James s'est fait enguirlander. M'en fiche. Bien fait pour eux. Et puis, ce n'est pas comme si Remus était fâché. D'ailleurs, lui, il a fait la Suisse. Comme toujours.

oOoOo

Cette histoire me rappelle que le temps passe et qu'Halloween ne va plus tarder. Le livre que j'ai emprunté à la bibliothèque, une anthologie des philtres d'amour qui doit dater de l'an 40, s'est avéré complètement assommant à la lecture. Certes moins que le Grand livre des sortilèges traditionnels érythréens, mais pas loin. Après avoir trouvé comment ensorceler l'homme de mes rêves (Remus !) ou me marier avec mon âme sœur (Encore Remus !), après avoir découvert comment passer pour la plus belle femme du monde et comment avoir un enfant sans passer par la case grossesse, j'ai enfin déniché une potion correspondant à peu près à mes attentes : l'Aquamora.

L'Aquamora est une potion méconnue et pourtant fort efficace. Issue d'un parfum agissant sur l'inconscient et inventée au XIIIe siècle, elle a pour effet de provoquer le désir de toute personne connaissant déjà son odeur. Aujourd'hui transformée en philtre d'amour, l'Aquamora prend l'odeur de la personne dont on intègre un morceau dans la potion. Attention cependant, le désir sera orienté vers le porteur du parfum et non vers son fabriquant ou son donneur. Après plus de trois jours d'exposition intensive au parfum, c'est à dire au moins cinq heures par jour, toute personne ressentant l'Aquamora sera prête à tout pour que l'objet de son désir soit sien. Très utile pour attirer un cœur déjà pris, elle a également été utilisée pour faciliter les mariages d'intérêts au Moyen-Âge.

C'est exactement ce qu'il me faut, même si c'est un peu compliqué à réaliser. Je vais fabriquer l'Aquamora avec un bout de Bellatrix et parfumer Rosier. Ainsi BB Black et Lestrange, qui traînent en permanence avec lui, devraient être sous le charme de mon charmant cousin. Et peut-être quelques autres Serpentards de leur bande, qui doivent connaître l'odeur de cette chère Bella. Ainsi, au bout de trois jours, leurs esprits tordus ne penseront plus qu'à sortir avec Rosier et ils mettront en œuvre tous les moyens pour le faire succomber. Il ne fait aucun doute que le philtre d'amour sera la première solution à laquelle ils penseront… C'est une idée géniale ! Je n'ose pas prétendre battre les Maraudeurs sur leur propre terrain, mais je suis fière de moi.

oOoOo

Le soir, je m'attelle à la confection de ma potion. J'ai eu l'autorisation des filles pour la faire dans la salle de bain. Ce n'était pas gagné d'avance. Pour les convaincre, il a fallu que je leur montre la liste des ingrédients, que je leur explique qu'il ne me fallait que deux heures pour la confectionner entièrement et que l'odeur disparaîtrait très vite. Lily, dans son souci de justice, a interdit à tout le monde d'entrer dans la pièce pour m'aider. « Tu dois faire ce pari seule », a-t-elle argumenté. Trop heureuse de m'en tirer à si bon compte, je n'ai pas fait ma Serpentard en disant que ni Sirius, ni Remus n'avaient jamais précisé que toute aide extérieure m'était interdite.

De tous les ingrédients, seules les pétales de rose et la feuille de mandragore ont été faciles à avoir. Le bout de Bellatrix, je l'ai eu au péril de ma vie – et de mon orgueil. Trébucher sans raison devant une classe de trente personnes pour s'étaler sur la fille la plus détestable de Poudlard, ce n'est pas aussi facile à porter que ce qu'on croit ! Quant à l'hydromel de trente ans d'âge, j'ai été obligée de le chiper dans le dortoir des Maraudeurs, qui l'avaient eux-mêmes volé dans les quartiers de Slughorn. Avec toutes nos options différentes, entrer dans leur dortoir sans se faire remarquer n'a pas été une mince affaire. En plus des garçons, il fallait aussi éloigner Mandy qui aurait couru avertir Sirius et Lily qui m'aurait soupçonnée de triche. Allez donc trouver un moment propice avec autant de paramètres ! Mais un mercredi où ils étaient tous en Métamorphose (matière que j'ai abandonnée), j'ai pu monter discrètement dans leur dortoir et j'ai réussi à trouver une bouteille au milieu du bazar environnant. Heureusement que j'étais déjà venue dans leur dortoir sinon j'aurais mis des heures à trouver leur réserve de bouteilles, enfouie dans la valise de James sous un tas d'objets non identifiés, non identifiables et que je ne veux de toute manière pas identifier.

Je trouve que je ne m'en suis pas trop mal tirée. Mis à part que le pilât de pétales de rose a failli se renverser sur mes vêtements, que l'hydromel s'est mis à bouillir tellement violemment qu'il a manqué de m'exploser à la figure et que la feuille de mandragore était trop grande pour entrer à plat dans le chaudron, j'ai réussi ma potion.

C'est pourquoi je sors victorieuse de la salle de bain. Je lève mon flacon en verre bien haut pour que les filles le voient.

- J'ai réussi ! je clame, fière.

Ann me l'arrache des mains. Le liquide rouge translucide l'émerveille.

- Quelle belle couleur ! Comment un truc qui a des morceaux de BB Black peut être aussi joli ?

- Il faudrait comparer la même potion faite avec des cheveux de Sirius, dit Lily très sérieusement.

- Pourquoi ? demande Mary, qui ne fait plus Potions depuis longtemps.

- Parce qu'ils sont de la même famille, leurs cheveux sont sûrement très semblables. Peut-être qu'on aurait une couleur très proche.

- Ou alors la potion serait du vert le plus Serpentard qui existe, je ricane pour me venger de la triche commise par le concerné.

Mandy pousse un soupir agacé. Je claque la langue. C'était de l'humour, mais quand on parle de Sirius, elle ne comprend pas. Évidemment.

oOoOo

Le lendemain, je me réveille réjouie. Je suis en voie de gagner mon pari il faut que je commence sérieusement à envisager le gage de Remus. Tâche ardue : il faut que je trouve quelque chose d'assez habile pour qu'il ne s'aperçoive pas de mon… hum, attirance pour lui. Sachant que Remus n'est pas le premier imbécile venu, ça va être difficile. J'en discute avec Ann en entrant dans la Grande Salle.

- Mais il va tout de…

Les mots meurent sur mes lèvres. J'ai l'impression que la température du réfectoire est dix degrés plus froide que celle du château. Un silence de mort règne et l'ambiance est tendue à un tel point que j'ai l'impression de commettre un crime de lèse-majesté rien qu'en respirant.

Je m'assoie en interrogeant Sirius du regard, qui me désigne ses amis penchés sur La Gazette du Sorcier. Remus est encore plus pâle qu'à l'accoutumée et James se tord frénétiquement les doigts en lisant… une liste ?

Soudain, un cri horrible résonne dans le silence glacé. J'ai juste le temps de voir sortir en courant une deuxième année poursuivie par une de ses amies. Mais ce n'est pas elle qui a hurlé. C'est Cathy Patil, qui tombe de son banc, inconsciente. Une fille plonge la rattraper en appelant Miss Pomfresh.

- Fabian ! Fabian ! Dis quelque chose !

Je me tourne vers Franck Londubat, un sixième année qui secoue désespérément son ami. Celui-ci ne réagit pas. Son regard est vide, son expression hagarde, ses traits tendus en une souffrance incrédule et insupportable.

- Gideon… murmure-t-il, le doigt posé sur un exemplaire du quotidien.

Ces scènes de désespoir, je les ai déjà vues. Je comprends tout de suite leur signification. Immédiatement, je me sens pâlir et devenir fébrile. Ma gorge s'assèche et la peur me prend au ventre. Je cherche frénétiquement un exemplaire de La Gazette. Les Maraudeurs ont fini leur lecture et James semble plus calme.

- Remus, le… le journal, s'il te plait.

Il me le tend sans un mot.

A la une, un gros titre prévient d'une attaque sanglante près du Ministère. Bilan : quinze morts dont quatre Moldus. Sous l'entête s'étale une grande photo, étrangement immobile, qui montre la marque des Ténèbres flottant au-dessus d'un bâtiment en ruines. Au premier plan, une baguette brisée.

Je ne lis même pas l'article. Mon regard accroche immédiatement la liste des victimes.

Tony Wood, 15 ans

Cassandre Oftroy, 19 ans

Gideon Pretwett, 22 ans

Méliandre Smith, 22 ans

Benjamin Fenwick, 27 ans

Shawn Baldwin, 30 ans

Élisabeth Shepherd, née Toothill, 34 ans

John Shepherd, 37 ans

Alicia Patil née Charles, 46 ans

Charles Helm, 50 ans

Jack Anderson, 63 ans

Je m'empêche de pousser un soupir de soulagement en constatant qu'aucun de mes proches ne figure sur cette mortelle nomenclature. C'est tellement égoïste, ce soulagement qui s'empare de vous à chaque fois que vous constatez qu'aucun être cher n'a péri. Que d'autres soient tombés n'apporte qu'une sombre résignation, doublée d'un sourd sentiment de consolation coupable.

Ma petite vie a été épargnée par l'horreur de la guerre encore une fois, mais d'autres ont été frappés. La mère de Cathy Patil est morte. Le frère de Fabian a été tué, ainsi que sa fiancée. Un adolescent de quinze ans s'est sans doute retrouvé sur la route d'un sortilège perdu. Qu'importe qui il était, personne ne mérite cela.

De ce que l'on voit, mourir est terrible, mais rester semble bien pire. Que dire à tous ces gens qui souffrent ? Il n'y a aucun mot. « Je comprends ? » La belle hypocrisie. Qui peut comprendre ? Pas moi, en tout cas. La guerre ne m'a jamais atteinte et j'implore Merlin pour que ça continue. Je n'ose même pas imaginer leur douleur.

Il n'y a pas le moindre courant d'air dans la Grande Salle. Tous les visages sont graves et défaits. Tout comme moi, James baisse les yeux pour cacher son air rassuré. Son père, Auror et sa mère, membre de la Brigade de recherche des criminels magiques, ne sont plus tous jeunes et sont en permanence exposés au danger. Comme mon père. Non, plus encore. Papa est Oubliator, il n'arrive qu'après le carnage pour mener l'enquête. Bien que j'espère toujours que lui et ses collègues trouvent des pistes pour lutter contre Voldemort, j'ai peur que ses recherches lui coûtent la vie. S'il découvrait une information capitale, le Seigneur des Ténèbres ne le laisserait pas vivre.

Sirius a une expression coupable, comme à chaque fois. Il se sent responsable des atrocités commises par les membres, même éloignés, de sa famille. Je ne comprends pas. Rien n'est sa faute, au contraire. Lui a résolument tourné le dos à ces horreurs. Il a osé. Il peut être fier. Remus pense comme moi. Sa main est fermement posée sur le bras de Sirius, ses jointures blanchissant comme s'il essayait de l'empêcher de bouger. Du coin de l'œil, il regarde Fabian, impuissant.

Fabian, qui ne montre rien. Fabian qui mange, le regard dans le vague. Fabian, qui ne réalise sûrement pas.

Peter mange. Il faut qu'il s'occupe les mains pour cacher sa nervosité. Les filles, figées dans leur attitude, sont tout aussi dépassées. Seule Ann bouge un peu, gênée d'être témoin de ces scènes. Ann ne supporte pas le malheur des autres. Ann voudrait vivre dans un monde parfait, avec un prince charmant, de beaux enfants et des petits ragots sans importance à se mettre sous la dent. Moins encore que tout le monde, Ann n'est pas faite pour la guerre. J'ai peur qu'un jour, ce conflit la brise à force de morts et de désespoir. J'ai peur qu'elle ne fasse une grosse bêtise à force de ne rien pouvoir faire. Parce qu'au-delà des horreurs, l'impuissance est le pire.

oOoOo

Groupés et en silence, nous nous rendons en Défense contre les forces du Mal. Les Serpentards y sont déjà. Sur les huit, seuls trois ont le bon goût de paraître affectés par l'horreur. Et si Rogue ne semble pas vouloir s'afficher, ça ne gêne pas les autres affreux qui discutent comme si de rien n'était. Ou presque.

- Tiens donc, voici les courageux Gryffondors qui s'avancent d'un pas conquérant, renifle Lestrange en nous voyant arriver. Eh bien, quelle tête vous faites ! De vraies têtes d'enterrement !

- Voyons, Rodolphus, minaude Bellatrix, je dirais plutôt qu'ils ont l'air de lionceaux qui ont trouvé leur maître !

Il n'en fallait pas plus pour provoquer Sirius.

- Ne te trompe pas de personne, Bellatrix ! Contrairement à toi, personne ne m'ordonnera de faire graver sa marque dans ma chair et de ramper pour embrasser le bas de sa robe.

La cousine éclate de rire en secouant la tête, l'air un peu fou.

- Mais c'est normal, tu es déjà trop bas pour ça…

En un éclair, je vois la main de Remus empêcher Sirius de prendre sa baguette. Juste à temps : le Professeur McKinnon nous fait entrer. Elle a toujours la même expression impassible, comme si rien ne la concernait.

La tension ne diminue pas lorsque nous pénétrons dans la salle, complètement débarrassée de ses tables. Au contraire, elle semble monter d'un cran. Aujourd'hui encore, ce sera duel.

- Bien, attaque la professeure, je crois que vous avez tous acquis un niveau acceptable à l'issue de ces deux premiers mois. Vous maîtrisez tous les sortilèges défensifs de base. Aujourd'hui, nous continuerons l'exercice du cours précédent. Je veux que chacun d'entre vous soit capable d'alterner sortilèges offensifs et défensifs à un rythme acceptable. Nous travaillerons donc l'endurance.

Et elle explique rapidement ce qu'elle attend de nous. Sitôt les explications terminées, nous nous mettons mécaniquement en place. A un détail près : aujourd'hui, Sirius n'affrontera pas James. Il se tient devant Bellatrix, un éclat de haine dans les yeux. Celle-ci semble heureuse de cette provocation et s'empresse d'y répondre, un sourire narquois collé sur le visage. D'abord désemparé, James a vite fait de mettre la main sur Rogue pour ne pas être en reste.

Je ne veux pas les imiter et décide d'entraîner Ann vers l'autre bout de la classe. Mais elle s'est déjà faite attraper par Mary et Peter s'incruste. Je cherche un autre Gryffondor des yeux, mais Mandy a bien évidemment imité les garçons en apostrophant Lestrange. Quant à Lily, c'est Cameron Zabini qui s'occupe d'elle. Remus se retrouve bien malgré lui à défier Mulciber et les deux filles de Serpentard qui restent font bande à part.

- Eh bien, ma chère cousine, on dirait qu'il n'y a plus que moi…

J'inspire profondément avant de me retourner face à Rosier. Pas lui.

- Oh, on a peur ? Le lionceau ne peut plus se cacher derrière les Maraudeurs ? Tss, mais il faudra bien apprendre à faire sans eux, cousine ! Ils risquent de ne pas faire de vieux os tu sais ?

- La ferme ! je siffle, les dents serrées.

La prof donne à ce moment-là le signal de départ. Rosier n'attend pas.

- Stupéfix !

- Protego !

- Impedimenta !

Je riposte avec la formule du Charme d'Annulation, mais cela n'empêche pas Rosier de continuer à faire pleuvoir une pluie de sortilèges offensifs sur moi. Je me défends du mieux que je peux.

- Petrificus Totalus !

- Deverto !

- Eh bien, c'est tout ce que tu sais faire ? Dois-je te rappeler le but de l'exercice ? ricane mon imbécile de cousin.

Je grince des dents sans répondre. Je m'en souviens parfaitement, mais il ne me laisse pas le temps de l'attaquer. « Ca te fait un entrainement en situation réelle », commente mon neurone de la raison. Certes. On peut voir ça comme ça.

- Incarcerem !

- Protego !

Rosier baisse sa baguette, mécontent.

- Allons, tu crois vraiment que c'est comme ça que tu survivras dehors ? Avec un simple Charme du Bouclier ? Tu mourras plus vite que je ne le pensais… Tu serais même incapable de protéger ta traîtresse à son sang de famille !

Mon traître de sang ne fait qu'un tour à ces mots. Il menace mes parents ? Mon frère ? Il ose, en plein milieu d'un cours de Défense contre les forces du Mal? Il se croit donc intouchable ? Je vais lui montrer, moi, ce qu'il vaut !

- Chauve-furie !

Une nuée noire sort de ma baguette pour l'attaquer. C'est à son tour de crier « Protego » de toutes ses forces, mais il ne peut éviter quelques oiseaux qui lui griffent le bras. Je rigole, satisfaite.

- Expelliarmus !

Ma baguette bondit trois mètres plus loin. Par réflexe, je cours la rattraper. J'oublie qu'Ann n'est pas mon adversaire et que ce sale petit Serpentard se fiche bien que je sois désarmée. Alors que je me baisse pour ramasser ma baguette, je me sens soudain devenir dure, très dure et je heurte le sol dans un bruit mat. Aïe ! Mon nez ! J'entends le rire de Rosier.

- Lâche ! hurle une voix masculine.

- Tu veux te battre, Black ?

Etourdie par la douleur, j'entends des maléfices fuser à toute allure. Merlin, mais que se passe-t-il ?

- Finite Incantatem, murmure quelqu'un.

La pression se relâche et je peux de nouveau bouger. Mon sauveur m'aide à me redresser. C'est Remus. Il me tend un mouchoir pour que je le presse sur mon nez d'où le sang coule à flots.

- Berci.

Je suis sonnée, j'ai du mal à rester assise. Remus me soutient et dit qu'il faut que j'aille à l'infirmerie. J'essaie de me lever mais ma tête tourne.

- Bas la beide, je d'y arriverai jabais.

Remus dit qu'il faut demander de l'aide au professeur McKinnon, mais je ne l'écoute pas. Mes yeux viennent de faire le point sur la salle de cours et j'en reste bouche bée. Sirius et James, dos à dos, combattent en même temps Rosier, BB Black et Lestrange. Mandy assomme Rogue pour l'empêcher d'intervenir. Tous les autres se sont arrêtés et contemplent la scène, incrédules. J'ignore l'existence de la moitié des incantations qu'ils prononcent. Mulciber, que Remus avait sans douté sonné le temps de s'occuper de moi, se relève et décide d'aller aide ses camarades.

- Fierivasis ! crie James à son intention.

Ah si, celui-là, je le connais! Qu'est-ce qu'il vient faire là ? La victime tombe à la renverse dans un bruit de ferraille. J'écarquille les yeux. James a réussi à le changer en théière. Comme ça, d'un coup. Un humain. En théière.

- Bien joué, Cornedrue ! le félicite Sirius en déviant le Flambios de Bellatrix comme s'il s'agissait d'une mouche.

Mais je vois qu'il ne plaisante pas. Derrière son ton désinvolte, je perçois sa concentration et son visage est déformé par la colère. Le combat est plus difficile qu'il ne s'y attendait. Sa cousine est plus forte que prévue. D'un geste, Sirius envoie Evan s'écraser contre le mur. Il va la garder pour la fin. Tout d'un coup, Sirius Black paraît fou. Il fait aussi peur que sa folle cousine.

- Bais où est BacKiddon ? Pourquoi de les arrête-t-elle pas ? j'articule difficilement, effarée par toute la violence qui se dégage du combat.

- Sortie, murmure Remus. Bagarre dans le couloir.

Je n'ose penser à sa réaction lorsqu'elle rentrera dans la classe.

- Il faut les arrêter ! Ils vont s'entretuer !

Mais Remus n'esquisse pas un mouvement. J'essaie de me lever.

- Reste là ! m'intime-t-il en me tirant par le bras. Tu ne vois pas que le premier qui s'approche se prend un sort perdu ?

Je tente de répondre à cette question rhétorique, mais brusquement le neurone de la groupie en furie débarque. Je commence à flotter sur un petit nuage, savourant le confort offert par les bras de Remus, lorsqu'un éclair blanc m'aveugle. Un souffle me renverse et mon crâne heurte le sol de pierres. Comme si j'avais en plus besoin de ça. Je vais rester dans cette position, au moins je ne risquerai plus rien. Mais Remus se redresse en me tirant par le bras.

- Ca tourde ! je grogne.

Il me fait signe de me taire. Dans la classe, les combats ont cessé. Tout le monde est par terre, sonné et Miss McKinnon se tient devant la porte, baguette à la main et l'air furieux sur le visage.

- Quelqu'un peut-il m'expliquer ce qu'il se passe ici ?

Seul un grognement lui répond. Sirius a apparemment pris le sortilège de Répulsion en pleine figure. Toujours allongé, il se passe une main sur le visage. Les autres combattants sont dans le même état.

- Miss Evans, allez chercher les professeurs Slughorn et McGonagall, je vous prie.

Tandis que Lily sort précipitamment, un peu chancelante, McKinnon traverse vivement la salle et passe derrière son bureau. Comme personne ne veut lui donner de réponse, elle entame :

- Dois-je vous rappeler que vous êtes dans une école ? Une école, pas un champ de bataille ! Vous étiez censés vous exercer, pas vous lancer dans un règlement de comptes ! Et je ne parle même pas des sortilèges utilisés ! Vous êtes dans un cours de défense, pas à une foire d'empoigne ! Par les Fondateurs, vous vous êtes comportés comme des sauvages ! Vos directeurs de maison seront informés de vos agissements, jeunes gens !

- Ce sont eux qui ont commencé, Madame ! clame James qui a retrouvé ses esprits. Ils…

- SILENCE ! Peu m'importe qui a commencé, vous avez suivi ! J'attends de mes septième année une attitude respectueuse et mature ! Quand on entre dans ma salle, les différends restent dehors !

Son regard parcourt la salle et s'arrête sur moi.

- Miss Selwyn, que vous arrive-t-il ?

Incapable de parler je montre Rosier du doigt.

- Et qui est la théière ?

Les Maraudeurs se dépêchent de cacher leur sourire quand Cameron Zabini identifie la victime… et le coupable.

- Bien. Miss Selwyn, vous devriez aller à l'infirmerie. Miss McDonald, accompagnez-la.

Je quitte Remus à regret et je sors de la salle soutenue par Mary, traçant ma route avec du sang comme le Petit Poucet avec ses cailloux. En chemin, nous croisons les directeurs de maison derrière Lily. McGonagall est livide et Slughorn sue à grosses gouttes.

- Ca va faire mal, prédit Mary.

oOoOo

Et ça a fait mal. Retenue pendant deux semaines pour Sirius, James et les quatre affreux. Trente points de moins par personne, moins encore dix pour Rosier et James à cause des dégâts physiques. Si Miss Pomfresh m'a remise sur pied en dix minutes, elle a eu plus de mal avec Mulciber. C'est McGonagall qui lui a rendu forme humaine, mais il garde quelques séquelles psychologiques. Notamment la forte envie de thé à longueur de journée.

Le cours de Défense contre les forces du Mal a fait le tour de l'école en moins de temps qu'il n'en faut pour dire Quidditch. La tension est à son comble, mais paradoxalement aucun autre incident ne vient perturber la journée. Attaque extérieure et combats intérieurs se mêlent dans les conversations. Un malaise m'envahit à mesure que l'heure tourne. J'ai l'impression que Poudlard et le reste du monde magique se mélangent, qu'une brèche a été ouverte dans le cocon de l'école. Qu'on me jette au beau milieu de la guerre bien plus tôt que prévu.

oOoOo

Le soir arrive, électrique. Comme tout au long de cette journée, les élèves regagnent leur salle commune en groupes, comme si cela pouvait nous protéger. Quand j'arrive dans la tour de Gryffondor, j'étouffe. L'atmosphère n'a jamais été aussi lourde. La salle est bondée, emplie d'élèves assis partout : sur les chaises, les canapés, les tables, les marches d'escalier, le rebord des fenêtres et même par terre. Le tout dans un silence de mort. Le premier que je remarque, c'est Fabian, assis près de la cheminée. Il ne semble pas abattu. Seulement absent, très loin de nous, dans un monde inaccessible.

Je me glisse le plus silencieusement possible vers mes amis qui occupent « nos » canapés. Mais des sixième année ont pris la moitié de la place. Je m'installe sur le sol, le dos posé contre les jambes d'Ann qui est serrée sur un demi-sofa avec Mary. Lily et les garçons occupent celui de droite, à l'exception de Remus, assis en tailleur en face d'eux. Mandy est appuyée contre les jambes de Sirius. Remus me fait un sourire discret que j'ose à peine lui rendre.

Ce qui se passe ce soir me rappelle une attaque de l'année dernière qui a tué trente sorciers d'un coup. Nous connaissions presque tous une victime au moins et comme aujourd'hui, tout Gryffondor s'était retrouvé dans la salle commune. Nous sommes restés presque toute la nuit, complètement silencieux, mais ensemble. Et à chaque attaque meurtrière, nous avons recommencé. Au début, je ne comprenais pas, je trouvais cela stupide, inutile, frustrant. Pourtant, j'ai fini par saisir que ceux qui ont perdu quelqu'un sont touchés par ce geste. Comme si c'était un moyen de montrer que même enfermés dans l'école, nous pouvions faire quelque chose, résister à notre manière. Ne pas nous avouer vaincus. Etre forts, ensemble. Mais tout le monde n'a pas encore saisi. Je ne nommerai personne. (James, Mandy, Sirius).

J'en suis là dans mes réflexions quand James vient appuyer ma pensée :

- T'as raison, Peter. Ca ne sert à rien.

Regard furieux, réprimande de Remus :

- Ce n'est pas parce qu'on ne lance pas des sorts à tort et à travers qu'on ne fait rien, James.

- D'accord, intervient Sirius, il y a peut-être d'autres moyens de lutter, mais , on ne fait vraiment rien. A quoi ça sert de rester assis avec des têtes d'enterrement ?

Je fronce les sourcils devant ce manque de délicatesse flagrant. Plusieurs têtes se sont tournées vers nous.

- Ca sert à… entretenir le moral des troupes, répond Remus.

- Ben voyons, ricane Mandy. Ca a plutôt l'effet inverse ! Tout le monde verse sa déprime sur les autres, c'est tout.

Je réprime l'envie de leur demander ce qu'ils fichent donc ici quand Fabian dit d'une voix blanche :

- Vous n'y comprenez rien ! Vous n'avez perdu personne, n'est-ce pas ?

Les trois répondent par la négative.

- Alors vous ne pouvez pas comprendre.

- Mes parents affrontent des Mangemorts tous les jours ! s'exclame James. Je vis en permanence avec la crainte qu'on m'annonce que je suis orphelin ! Je crois que je peux saisir, ne serait-ce qu'un peu, ce que tu ressens !

- Non ! Gideon se battait aussi, je connais cette angoisse, mais ça n'a rien à avoir quand ça se réalise ! Et que tout le monde se réunisse sans rien dire…

Il réprime un sanglot

- Je… ça me… touche.

James marmonne quelque chose d'incompréhensible et ne répond pas. Lily le regarde d'un drôle d'air, à mi-chemin entre la satisfaction et le reproche.

Mais Sirius, lui, n'en a visiblement pas fini avec cette histoire.

- Désolé de dire ça, Fabian, mais si ma famille pouvait se faire assassiner par Voldemort, au lieu d'une veillée funèbre, j'aimerais qu'on fasse la fête.

Je m'étrangle comme la majeure partie de la Grande Salle. Même moi, qui ne suis pas d'une grande subtilité, je n'aurais pas osé dire une telle horreur.

- T'es complètement cinglé ! je m'exclame. Comment… comment oses-tu dire une chose pareille ? Devant Fabian, en plus ! Et ta propre famille !

- Tu ne peux pas comprendre, Luth !

Décidément, c'est le maître mot de la soirée.

- Tu as une famille de rêve ! J'ai l'exact opposé de la tienne !

- Si la famille Selwyn ne te plait pas, le coupe Lily, prenons l'exemple de la mienne.

Sirius hausse un sourcil, intrigué.

- Tes parents jugent que tous ceux qui ne sont pas Sang-Pur sont des erreurs de la nature. Ma sœur, elle, pense exactement l'inverse : tous les sorciers sont des aberrations qu'il faut éliminer. Autrement dit, il faut m'éliminer. La situation est assez semblable pour toi ?

Vu le ton qu'elle emploie, Sirius hoche obligeamment la tête.

- Je déteste ma sœur depuis mon entrée à Poudlard et je crois savoir que pour ton frère et toi, c'est à peu près pareil.

Nouvelle approbation.

- Pourtant je n'ai pas envie de la tuer. Elle reste quand même ma sœur.

- Mais tu es en position de supériorité vis-à-vis d'elle ! Même si elle voulait te tuer, elle ne pourrait pas, c'est toi la sorcière. Elle n'osera jamais tenter quoi que ce soit puisque tu peux la transformer en fourmi d'un coup de baguette, objecte James.

Je vois Lily faire un effort pour garder son calme. James pourrait dire n'importe quoi, il l'exaspère. D'habitude, il dit effectivement n'importe quoi, donc elle peut lui crier dessus à loisir. Mais cette fois, il faut reconnaître que son objection n'est pas tout à fait bête. Lily prend le temps de réfléchir.

- Si les Moldus venaient à découvrir notre existence et qu'ils souhaitaient nous anéantir, ils en les moyens, finit-elle par dire. Ils ont des armes blanches, des revolvers… Sans parler de l'arme nucléaire ! Il y a des choses contre lesquelles la magie ne peut rien. Si tu te prends une balle en plein cœur, le fait que tu sois sorcier ou non n'a pas beaucoup d'importance.

- Tu imagines, là, grogne Sirius, vexé d'avoir été contré. Ta sœur ne peut rien contre toi.

- Si, me pourrir la vie. Elle me rejette comme ta famille te rejette et j'ai la chance que mes parents aient un peu plus de cervelle qu'elle sinon moi aussi, cet été, je me serais retrouvée à la rue.

James pousse un « oh !» indigné et Sirius se renfrogne encore plus.

- Il n'y a rien de différent, Sirius. Ta famille n'a rien tenté contre toi que ma sœur n'ait tenté contre moi, à sa manière.

- Je ne parlais pas dans ce sens là. Les Moldus ne représentent de danger pour personne ici, pas dans l'immédiat en tout cas. Voldemort, lui, peut nous tuer dès qu'on sort de Poudlard. Il lui suffit de donner un ordre à un Mangemort et c'est fini. Et plus le temps passera, plus ses rangs grossiront. Alors autant éliminer les recrues potentielles tout de suite.

Sur les traits de beaucoup d'élèves se peignent des airs horrifiés.

- Par recrue potentielle, tu parles de ton frère ? demande Mary, choquée.

Il acquiesce sèchement. C'est trop. Je me mets à genoux, position que je trouve plus adaptée à la discussion qui va suivre et je m'exclame :

- Tu ne peux pas souhaiter sa mort ! Regulus est ton frère ! C'est un gamin ! Comment tu peux souhaiter la mort d'un enfant comme… comme Keith !

- Keith n'a pas des idées pourries sur la pureté du sang, que je sache !

Je reste sans voix. Ce gars est stupide et borné. Du coin de l'œil, je vois James l'approuver et Mandy prendre sa main en signe de soutien. Ann m'attrape l'épaule pour m'inciter au calme. Mais vu la tête de Lily, même si je me tais, il y aura des disputes.

Dans la salle, tout le monde nous regarde. Keith s'est approché en entendant son nom et n'a pas l'air ravi d'être pris comme exemple.

- Regulus a été endoctriné depuis sa naissance ! Comment tu veux qu'il pense autrement ?

Sirius renifle avec mépris.

- Et moi, comment je pense autrement ?

- Tout le monde n'a pas ta force de caractère, crétin !

Il a l'air flatté. Je vois, il ne tient pas compte du « crétin ». Ca m'énerve encore plus.

- Ose me dire que si tu n'avais pas ce « courage » dont se vantent les Gryffondor, tu ne penserais pas comme lui ! Si le Choixpeau avait choisi de t'envoyer à Serpentard, tu ferais copain-copain avec Rogue, Rosier et Bellatrix !

- Ca ne va pas la tête ? intervient James, les yeux agrandis de stupeur.

Black, lui, s'est tu et me contemple d'un air choqué. Je pose mes poings sur les hanches et soutiens son regard.

- Tu y vas fort, Luth, dit Mandy.

- Je sais.

La délicatesse n'a jamais fait partie de mon vocabulaire. Le temps que Mandy et Potter interviennent suffit à Black pour se reprendre.

- Si j'avais vraiment l'étoffe d'un futur Mangemort, le Choixpeau ne m'aurait pas envoyé à Gryffondor.

- Je crois qu'en ce moment on oublie un peu trop ce qui décide le Choixpeau à nous repartir, dit un voix calme.

Je tourne la tête en direction de la voix. Remus s'est redressé. Il a l'air tranquille, mais son ton dément son expression.

- Le Choixpeau nous envoie dans une maison parce qu'il juge que c'est celle qui nous aidera le mieux à nous épanouir, ou parce que notre caractère y correspond le mieux. Pas à cause de nos idées, surtout qu'à onze ans, on pense la même chose que nos parents.

Merci Remus. Je t'aime.

- Tu étais peut-être déjà rebelle à onze ans, Sirius, continue-t-il lentement, mais c'est parce que tu es allé à Gryffondor que ta famille t'a rejeté. Et c'est pour cette raison que tu leur as définitivement tourné le dos.

- Tu as rencontré Remus, Peter et James, dit Lily et aussi d'autres gens, comme moi, une née-Moldue, ou Mandy, une Sang-Mêlée, ou encore Luth, une fille de Traitres à leur sang. Ta famille te rejetait et en même temps tu découvrais que tout ce qu'ils t'avaient seriné était complètement faux.

- Comment aurais-tu pu continuer à les approuver dans ces circonstances ? termine Remus.

Je le soutiens d'un hochement de tête. La diplomatie dont Lily fait preuve envers Sirius me surprend. C'aurait été James, elle lui hurlerait dessus depuis un bon moment déjà. Il faut cependant reconnaître que James a eu jusqu'ici l'intelligence de n'ouvrir la bouche que pour formuler un argument assez construit. Dans la salle, un brouhaha s'élève peu à peu, chacun y allant de son petit commentaire.

- Mais quand même, dit Fabian, on voit bien que tous ceux qui sont d'accord avec ces idées d'arriérés sont à Serpentard. Pourquoi Bellatrix n'a-t-elle pas été envoyée à Gryffondor, par exemple ? Avec ses manies à toujours faire ce qu'elle veut quand elle veut, elle aurait été mieux, non ? Les Serpentards ne sont pas censés être subtils ?

Sirius pousse une exclamation de dégoût, imité par la moitié de l'assemblée. J'ai moi-même une moue peu avenante, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que sa réflexion touche une corde sensible. Seul Remus ne réagit pas.

- En ce moment, je dirais plutôt que la caractéristique première des Serpentards, c'est « la fin justifie les moyens ». C'est ce que Bellatrix pense.

- Je pense aussi que le Choixpeau, en période de guerre, préfère envoyer ceux qui sont définitivement bornés à Serpentard, histoire d'éviter que leurs idées pourries ne se propagent.

Ca, c'était James. Pas très subtil, mais clair, net et précis. Litigieux, aussi.

- Et puis, ajoute Lily sans lui prêter attention, seuls ceux qui sont à Serpentard osent l'afficher ouvertement. Il y en a peut-être, ici même, qui les soutiennent. Comme ils ne tiennent pas à se faire lapider parce que notre maison est naturellement opposée à la leur, ils se taisent.

Lily a le chic pour jeter des froids. Tout le monde se regarde d'un air soupçonneux. Mandy fixe sa meilleure amie et lève les yeux au ciel. La rousse lui tire la langue. Tiens, parfois elle n'est pas plus mature que moi.

- Admettons, dit prudemment Franck Londubat, qui s'est joint au cercle. Ceux-là, au moins, ne sont pas complètement stupides. C'est idiot de la part des Serpentards de s'afficher comme ça. Dès qu'ils sortiront de Poudlard, le Ministère va pouvoir les arrêter.

- On n'arrête pas sans preuve, objecte Lily.

- Alors, on les fait suivre et quand on tient une preuve, on les arrête.

- Tu crois vraiment qu'on arrête les gens aussi facilement ? dit James. Mes parents travaillent au Ministère, je sais de quoi je parle.

- Mais en temps de guerre, dit Fabian, ces procédures sont assouplies. Regarde, les Aurors ont même le droit de tuer, maintenant !

- Oui, mais les Mangemorts sont persuadés qu'ils ne risquent rien avec la protection de Vous-Savez-Qui, continue une fille de sixième année.

- Et ils sont partout, fait Frank, amer. Malefoy a un poste important au Ministère. Il s'affiche et pourtant, il le garde, son poste !

- Et si on arrête toute personne suspectée d'être un Mangemort, on n'est pas arrivé. Tes parents, Sirius, ils le soutiennent mais ils ne s'engagent pas. Enfin, d'après ce qu'on sait, termine Remus.

Je suis restée muette longtemps. Tout le monde parle, ça me donne mal à la tête. Pourtant, le débat m'intéresse. Tous ces gens qui donnent leurs points de vue. Remus a exprimé clairement le mien, je n'ai donc pas jugé utile d'en rajouter. Il est bien meilleur orateur que moi.

- N'empêche, dit Mandy, qui ouvre la bouche pour la première fois depuis un moment, c'est quand même pas bien difficile de retrouver un Mangemort. Il suffit de lui remonter la manche et de vérifier s'il a la Marque des Ténèbres.

- Effectivement, vu comme ça… dit Inge Zeller.

Elle n'a pas l'air rassuré.

- Mais est-ce qu'ils sont tous marqués ?

- Et dans ce cas, pourquoi ils ne vérifient pas régulièrement les bras des gens ?

- Même s'ils mettent un sort de Dissimulation dessus, le Ministère doit pouvoir l'enlever !

- Et si tous les Mangemorts ne sont pas marqués, comment on sait qui est un Mangemort ?

La question, lancée par un cinquième année, ramène un calme relatif dans la salle, mais la tension monte d'un cran. En effet, comment savoir ? À qui se fier ? Je réalise à cet instant que Voldemort compte aussi sur ça.

- C'est son but, je dis tout haut. Il veut que personne ne puisse faire confiance à personne. Quand on sera seul chacun dans notre coin et complètement paranoïaque, on deviendra des proies faciles.

- Si on n'en est pas déjà, grommelle Peter.

- Ne parle pas comme ça ! répond Ann, effrayée à cette perspective.

- On a toujours des gens sur qui compter, affirme James en donnant une bourrade à Sirius.

Sirius la lui rend, un peu plus détendu que tout à l'heure.

- C'est bien gentil tout ça, s'entête le cinquième année, mais ça ne nous aide pas ! Comment peut-on lutter contre les Mangemorts ? Ils n'ont aucun scrupule !

- On en revient à ce que je disais tout à l'heure, dit aussitôt Sirius. Il faut les tuer !

Il n'en faut pas plus pour me faire bondir.

- Les tuer, évidemment ! Il y a une autre solution bien plus simple : on les envoie à Azkaban !

Beaucoup frissonnent à l'entente de ce nom.

- Non ! répond le brun. Ils se repaissent des horreurs, les Détraqueurs ne leur feraient aucun effet.

- Ne dis pas n'importe quoi, Sirius, intervient Remus. Les Détraqueurs font de l'effet à tout le monde.

- Mais les Détraqueurs peuvent servir Voldemort, dit James. Il peut leur offrir autre chose que des détenus faméliques et un bout de rocher en pleine mer : toute la population d'Angleterre, Moldus et sorciers confondus !

Un grand silence terrifié suit ses paroles. Je crois que beaucoup vont faire des cauchemars cette nuit. La pire des histoires d'horreur serait rassurante à côté de cette supposition. Les histoires d'horreur, ça n'existe pas. La suggestion de James, elle, peut se réaliser. Mon cœur rate un battement alors que la moitié des élèves se décomposent. Même Remus, si maître de lui-même, devient blanc comme un linge.

- Il faut vraiment que quelqu'un arrête ce fou avant qu'il ne détruise complètement l'Angleterre, dit Sirius, sombre.

- Mais qui ? demande Fabian.

- Dumbledore ! s'exclame un élève.

- Oui, il n'y a bien que lui qui puisse faire quelque chose…

- Alors pourquoi il ne fait rien ? remarque une troisième année.

Un silence suit ces paroles, personne n'ayant l'air de savoir pourquoi. Personne ? Personne sauf les Maraudeurs, évidemment. Aucun élève ne semble avoir remarqué le regard qu'ont échangé James et Sirius, ni l'air confiant de Remus et encore moins la gesticulation soudaine de Peter.

- Vous connaissez Dumbledore, commence Remus sagement. Il est bien plus discret que Voldemort. Ce n'est pas parce qu'on ne le voit pas s'agiter qu'il n'agit pas.

Et voilà que tous ceux qui n'ont jamais entendu les sages paroles du Maraudeur le regardent avec des yeux en forme de soucoupes volantes. Je ne peux m'empêcher de sourire devant la scène. Remus a gagné le statut de Grand sage de Gryffondor, ce soir (s'il ne l'avait pas déjà). Étrange pour un Maraudeur, tout de même. Cela dit, ce qui était déjà étrange, c'est qu'il était un Maraudeur préfet. Ceci dit aussi, les profs étant obligés de choisir un préfet mâle chaque année, ils ont préféré le meilleur des Maraudeurs… ou celui qui cache le mieux son jeu, au choix. Ces pensées m'amènent au fait que Remus ne peut pas, sensément, dire que des choses sages, utiles et réfléchies. Surtout dans une discussion houleuse comme celle-ci. Sa différence avec James et Sirius me frappe. Ses deux amis bouillonnent de se mesurer à des Mangemorts et estiment qu'il faut les éliminer. Lui, il prend le temps d'expliquer son point de vue bien plus sensé (selon moi) avec des arguments imparables.

Et justement, la discussion prend une direction encore plus houleuse. J'ai raté les derniers échanges verbaux, mais apparemment, on est revenu sur le droit de vie et le droit de mort.

- Non, dit Fabian. Avant, j'aurais pu être d'accord. Mais si on me donnait la chance de liquider les ordures qui ont tué Gideon, je le ferais avec joie.

- Tu dis ça maintenant, tempère Frank. Mais si tu te retrouvais vraiment en face d'eux, tu ne peux pas savoir ce que tu ferais. Vivre avec des morts sur la conscience, ça ne te dérangerait pas ?

Le garçon hausse les épaules.

- Eh bien, au pire, je m'assurerais qu'ils se font liquider. C'est tout ce qu'ils méritent.

- Bien dit ! s'exclame James.

James se tourne vers Remus et moi, l'air satisfait sur le visage.

- Vous voyez, on ne peut pas les laisser vivre ! Ce n'est même pas moi qui le dis ! Ils sont dangereux !

- T'es complètement cinglé, je m'écrie. Suppose une minute que tu tues un Mangemort qui a un enfant ! Tu laisserais le petit grandir sans père ?

- Je préfère laisser un gamin grandir sans père plutôt que risquer de laisser ledit père assassiner quinze personnes !

Je grogne. Vu comme ça, évidemment. Mais la Médicomage en herbe que je suis ne peut pas cautionner une telle chose. Un cri choqué retentit derrière moi. Ann non plus ne peut pas cautionner une telle chose, apparemment. Et vu la tête de Lily, elle pas davantage.

- Et le gamin, dit-elle, bouillonnante, tu crois qu'il n'aura pas envie de te tuer toi ?

- Moi ? demande James. Pourquoi ?

- Parce que tu auras tué son père, triple abruti ! Et il te tuera et ton fils à toi ira tuer ton assassin et on n'en sort plus !

- C'est un cercle vicieux, approuve Remus.

Il a encore son air de moine tibétain. Bientôt, il va porter l'habit. Ca serait vraiment dommage pour moi. James ne trouvant rien à répondre pour contrecarrer sa Lily adorée, Sirius prend la relève.

- Mais le gamin deviendra comme son père.

- Alors tu proposes quoi ? je dis, agressive. De le tuer avant qu'il ne devienne adulte ?

Devant mon air, Sirius reste interdit. J'en profite pour continuer.

- Admettons que tout le monde pense comme toi, Sirius. Alors on devrait te tuer, toi, parce que tu es le fils d'un partisan de Voldemort !

Je me suis redressée. Je suis à moitié debout et je tiens en équilibre sur mes genoux. Des visages choqués, j'en ai vus, ce soir, mais l'expression qui se peint sur le visage de Sirius est encore pire. Il a l'air à la fois choqué, peiné et furieux. Il me regarde d'un air glacial et se lève de son siège, la main levée. Je soutiens son regard. Des murmures nous entourent. James semble autant en colère que lui et Mandy a sorti sa baguette. Si les regards pouvaient tuer, je serais raide morte. Je sens la main de Remus qui me saisit l'épaule et me tire doucement en arrière. Sirius baisse la sienne, fait brusquement demi-tour et, bousculant tout le monde, gagne à grandes enjambées l'escalier du dortoir des garçons.

Merlin qu'il m'énerve. J'y suis peut-être allée un peu… d'accord, très fort, mais je ne m'excuserai pas. Je ne dois pas d'excuse à un imbécile borné qui veut tuer tout le monde sous prétexte qu'ils sont les petits cousins par alliance d'un fou furieux encagoulé. Remus me regarde d'un air désolé.

- Tu n'aurais pas dû dire ça à Sirius.

- Non, tu n'aurais pas dû, reprend Mandy, sèchement. Tu es méchante, Luth et gratuitement, en plus.

Arg. Ce n'était pas le moment de me parler comme ça. Je rétorque tout de suite.

- Moi au moins, je n'estime pas que tuer des innocents c'est normal. Et ne viens pas me contredire, Mandy, parce que tu sais parfaitement que le point de vue de Sirius est indéfendable. Si on agit comme les Mangemorts, on ne vaut pas mieux qu'eux. Alors il n'a que ce qu'il mérite.

Je me lève à mon tour et après avoir souhaité bonne nuit à l'assemblée, je me dirige d'un pas rapide vers mon dortoir. Derrière moi, j'entends la conversation qui repart de plus belle. Eh bien, on en aura lancé des polémiques, ce soir.

Je me couche vite, toujours énervée. Je ne sais pas si je m'endors rapidement où si les filles montent très tard, mais quand Morphée m'emporte, je suis encore seule dans le dortoir.


Luth vous demande si vous aussi vous trouvez que Sirius est bête et Remus intelligent. Et ce que vous feriez, dans cette guerre, vous?

Caprice vous pose aussi la seconde question mais affirme que Sirius est bête.

La semaine prochaine, le chapitre 5, intitulé "De divergences en convergences" nous dévoilera les suites de cette discussion animée...