Bêta correctrice : Nanola
Chapitre 5
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Quand la pleine lune se lève
Loin de calmer les ressentiments et la haine entre les deux peuples, l'arrivée des Hybrides les accentuèrent.
Commença alors l'ère sombre.
Les Hommes-loups, chassés par les Hommes, mordirent les Mages et les Hommes capturèrent les Monoïques que les Mages tuaient à la naissance.
Seules les Ténèbres étaient heureuses, car elles fleurissaient, gagnaient les contrées du monde et engendraient de nombreuses créatures.
Face à cette désolation, les Éléments et la Lumière décidèrent d'intervenir de nouveau, donnant le choix aux enfants de la Terre et aux descendants des enfants de l'Air : soit ils s'entendaient, soit ils seraient exterminés.
Alors quatre grands Mages s'élevèrent, chacun sous leur propre bannière, devinrent rois de leur peuple et fédérèrent les espèces, créant le Monde Libre tel qu'il devait exister.
Livre de Thadd, verset 13
L'an 1er du Monde Libre correspond en réalité à l'année qui vit naître l'accord entre les Hommes et les Mages. Il fut décidé que le Monde serait partagé en quatre Royaumes.
Les Mages qui refusaient toute notion de pardon ou de tolérance émigrèrent vers l'Ouest, sous l'égide de leur Roi, Salazar Serpentard. Eux seuls y vivaient. Les trois autres territoires quant à eux furent peuplés par toutes les autres espèces.
Les Hommes paisibles préférèrent suivre la bonne Reine Helga Poufsouffle, Mage au sang mêlé d'Homme et née du sein d'un Monoïque.
Le grand Nord fut choisi par la Reine Rowena Serdaigle et attira en particulier les érudits et les sages parmi les Mages, les Hommes et les Nymphes dont la Reine elle-même était issue.
Le dernier Roi, Godric Gryffondor, posséda la grande terre du Sud, là où lui et ses fidèles chassèrent les plus redoutables créatures des Ténèbres, libérant ainsi le reste du Monde Libre de leur emprise en les confinant au bord du Monde, sur les Terres Arides et les Forêts Maléfiques. Les plus courageux Hommes, Mages et Nymphes le suivirent. On compta parmi eux de nombreux Lycanthropes qui gagnèrent ainsi le droit de posséder des terres et de vivre eux aussi en paix dans ce royaume.
Se posa ensuite la question des Monoïques.
« L'histoire du Monde Libre » - Chapitre 1 – Iason Werner
... ... ...
Draco ne dormait pas. Il n'avait pas pu dormir, impossible. Pourtant, il lui semblait reprendre conscience, comme s'il y avait un trou noir dans les minutes ou les heures, il ne savait même plus, qui venaient de s'écouler.
Mais non, c'était impossible qu'il ait dormi. Comme un être humain pourrait dormir alors qu'une jeune fille qu'il avait côtoyée pendant plus de quatorze ans, une amie de ses sœurs, se faisait violer par trois hommes juste à quelques pas de lui ?
Les mains de Hannah étaient toujours sur sa tête. Elle ne parlait plus. Megan et Morag ne disaient rien, elles non plus. Draco entendait par contre les monstres. Il parlaient fort, criaient, grognaient. C'était des animaux.
Draco redressa son nez. Il était jusqu'à présent bien au chaud entre les seins de Hannah mais il voulait voir la jeune fille dans les yeux. Celle-ci baissa son regard bleu vers celui grisé de l'enfant.
« Où est Lisa ? » souffla-t-il.
Hannah repris ses caresses dans les cheveux emmêlées.
« Elle est morte, Draco, » répondit-elle doucement. « Elle n'a pas souffert, elle ne s'est pas réveillée. »
« Barbatus l'a égorgée, » grelotta Morag.
Draco se redressa un peu plus, découvrant le visage translucide de la jeune fille. Sa longue natte était défaite, des mèches folles de cheveux roux virevoltaient autour d'elle. Son nez ne saignait plus mais elle avait encore de larges traînées de sang sur le menton et les lèvres. La joue qui avait pris le coup de l'Apha était bleue. Elle avait les yeux grands ouverts mais ils semblaient éteints, ternes.
« Barbatus l'a égorgée, » reprit-elle.
« C'est fini, Morag, c'est fini. Repose-toi, » lui dit gentiment Megan.
« Barbatus l'a égorgée. »
« Je sais, ma chérie. Elle ne souffre plus, » lui dit encore Megan en lui caressant les cheveux.
Draco regarda Hannah qui haussa légèrement les épaules, comme en réponse à sa question silencieuse.
« Elle est choquée, elle ne fait rien d'autre que de répéter cette phrase, » expliqua-t-elle.
Draco acquiesça et reposa sa tête contre la poitrine chaude de Hannah. Il n'y avait aucune arrière pensée dans ce geste, c'était celui d'un petit enfant qui ne recherche que le réconfort et la tendresse d'une mère, rien d'autre.
Pourtant, alors que Morag se taisait, il sentit un long frisson sur sa nuque. Les loups ne parlaient plus, eux non plus. Draco commença à trembler. S'ils ne parlaient plus c'était que leur chef devait être en train de faire quelque chose. Et il avait peur de savoir quoi.
Les mains de Hannah qui se crispèrent autour de lui lui donnèrent une réponse, vite confortée par des bruits de pas, puis par une odeur de sueur, de terre, de crasse et de sang.
La main de l'Alpha s'abattit sur son épaule, le faisant crier de peur. Il s'accrocha à Hannah qui ne put retenir les petits doigts tendus vers elle.
Draco garda les yeux ouverts alors que l'Alpha le traînait et le jetait ensuite au centre de leur cercle, à côté du feu de camp. Il réalisa que Brutus avait fait la même chose avec Megan. Ils se terrèrent l'un contre l'autre, terrorisés.
« Daniel, regarde le louveteau, » ordonna dans un grondement Fenrir.
L'homme s'avança vers Draco qui recula, les fesses à terre. Avant de tomber dans le feu, le Lycanthrope l'attrapa et le remit sur ses jambes. Brutus se positionna à côté de lui. Il lui fit un sourire sans joie et de ses mains, déchira la chemise déjà en lambeau du garçon. Daniel, lui, enleva la corde qui retenait le pantalon, faisant tomber ce dernier à terre.
Draco éclata en sanglots, nu comme un ver devant la meute entière. Son corps, frêle, trembla violemment tandis que Daniel l'inspectait de nouveau, très consciencieusement. Il le tâta, regarda les morsures, les griffures, les renifla. Il prit les bras du garçon, les leva par dessus la tête blonde, faisant grimacer le gamin en raison de sa blessure à l'épaule.
Alors que le Loup-garou le faisait tourner sur lui-même, Draco eut un flash de souvenirs. Il bougeait comme les Monoïques qu'il admirait tant. Cette pensée le frigorifia encore plus que le vent glacial. On le montrait, l'inspectait. Des hommes le reluquaient et n'avaient qu'une seule envie : planter leur sexe entre ses fesses. Comment avait-il pu les envier !?
Pourtant, en son for intérieur, il savait que les choses étaient différentes. Les Monoïques étaient aimés, chéris, choyés par un seul homme, leur mari. Lui ne serait que la putain de Werwulfs puants et sanguinaires qui le violenteraient, comme ils l'avaient fait avec Lisa, avant de lui trancher la gorge quand ils ne voudraient plus de lui.
Les larmes coulèrent sur ses joues, sans bruit. Daniel le regarda et redressa son visage, plongeant ses yeux sombres dans les siens.
« Alors ? » fit Greyback. « Ses chances de survie ? »
La peur de Draco devint terreur et panique. Si Daniel le jugeait comme Lisa, mourant ? Ses larmes redoublèrent.
« S'il vous plaît, s'il vous plaît, » murmura-t-il à toute vitesse. « Je veux pas mourir, sauvez-moi, je veux pas... »
L'homme à peau brune lui fit un étrange sourire avant de se retourner vers son chef.
« Il est en voie de guérison. Il devrait survivre sans problème à la lune. Il est plutôt petit, fin, et il faut continuer de le soigner, mais il survivra. »
Greyback grogna, il s'approcha et donna une accolade à Daniel, satisfait.
« Retourne avec les autres, dépêche-toi ! » ordonna-t-il au gamin qui détalla, prenant au passage son pantalon.
Draco se plaqua de nouveau contre la roche qui abritait Hannah et Morag tandis que c'était au tour de Megan de se faire inspecter. Hannah l'aida à remettre son désormais unique vêtement tant ses mains tremblaient. Après Megan, Hannah et Morag elles aussi durent montrer leurs blessures avant de revenir au pied du grand rocher.
Les Loups-garous ne semblèrent plus s'en préoccuper, même si Draco, qui cette fois ne pouvait détacher ses yeux de ces hommes, remarqua qu'il n'en était rien. Hannah avait raison. À tour de rôle, deux loups au moins les surveillaient.
Quand enfin la meute eut fini de manger et que les hommes sortirent des couvertures et des peaux de bête pour s'allonger à même le sol, rouler en boule et en rond autour du feu toujours vivace, l'un d'eux s'approcha des prisonniers, un sac à la main.
« Tenez, mangez un peu et buvez. »
Il leur lança le sac qui s'ouvrit, révélant un morceau de pain, une tranche de viande séchée et une outre d'eau. Sans se concerter, Draco, Morag et Megan laissèrent Hannah s'en saisir et partager leur maigre pitance.
Le Loup-garou les regarda un instant. Il retourna vers le reste de la meute et revint avec une couverture qu'il leur lança également, à leur surprise.
« Il va faire froid, » dit-il sourdement.
« Merci, Dereck, » souffla Megan, créant cette fois la stupéfaction de Hannah.
Morag, elle, semblait toujours dans un autre monde, assez loin d'eux. Quant à Draco, il lui avait semblé reconnaître l'homme que lui avait montré Daniel, quand il lui avait dit qui il pouvait appeler par leur prénom.
« Ne me remercie pas, » grogna cette fois l'homme blond. « C'est juste que si vous mourriez avant la pleine lune, Fenrir serait furieux et toute la meute en subirait les conséquences. De plus... » il se pencha et caressa les cheveux roux de Morag qui frémit. « il serait dommage de ne pas pouvoir jouer un peu avec vous. Le chemin sera long jusqu'au territoire des serpents. Il nous faudra un peu de distraction, si nous ne voulons pas finir par nous entre-tuer. »
Là-dessus il se redressa et retourna vers le campement.
« Je les hais, je les hais tous, » chuchota Hannah.
« Prends garde à tes paroles, Hannah, ils entendent plus que ce qu'ils veulent bien nous faire croire, » répondit Megan, la voix sourde et si faible que Draco l'entendit à peine.
Morag se terra contre la roche, sans rien dire, les bras passés autour de ses genoux pliés.
« Et toi, comment peux-tu les appeler par leur prénom ? Comment peux-tu même savoir qui est qui ? Pour moi, ils sont justes des bêtes sauvages, ce ne sont même plus des humains ! » reprit furieusement Hannah, bien que plus bas que précédemment.
« Tu as eu de la chance, Megan, » souffla à son tour Draco. « Daniel m'a dit que certains Werwulfs n'accepteront pas que nous, nous les appelions par leur prénom. Il aurait pu te faire mal. »
« Je sais, » fit Megan. « Mais je savais aussi qu'avec lui, je pourrais. »
Elle pointa doucement son doigt vers les formes, humaines ou lupines qui s'étaient allongées au sol, près du feu. Draco constata alors qu'au moins trois Werwulfs, tous en loups, n'étaient pas en train de se coucher, mais au contraire, se dirigeaient dans les bois et sur les rochers.
« Les moins brutaux sont Dereck, l'un des blonds, Daniel et Archus, ceux à la peau brune, Berserkir qui a la peau dorée et les yeux bridés, Neuri, le rouquin. Jamais je n'aurais parlé à Fenrir, Brutus ou Barbatus. Ni David. Ils sont cruels. Vircolac, l'autre blond, Epsilon et Heimdall, les bruns, eux sont des solitaires. Ils sont dangereux et nous tueraient sans hésiter. Mais ce ne sont pas des sadiques, ils ne recherchent pas la douleur, juste leur propre satisfaction. Ralph, le dernier brun, est différent. Il reste toujours en retrait et les autres le bousculent souvent. »
« Comment tu peux savoir tout ça ? » demanda Hannah, cette fois presque admirative.
Elle-même ne connaissait pas le nom de tous les loups et encore moins leur caractère, en dehors bien sûr des plus dangereux, à savoir l'Alpha, le Bêta et son frère. Ainsi que Daniel, car c'était lui qui s'occupait de leurs blessures. Megan n'eut cependant pas le temps de répondre que la voix lugubre de Morag s'éleva.
« Et ensuite ? Que crois-tu que cela va t'apporter, Megan ? Tu penses que les ''gentils'' ne vont pas te violer, comme ces brutes ont fait avec Lisa ? Tu penses que si tu les appelles par leur prénom, ils ne t'ouvriront pas la gorge ? » Elle poussa un ricanement grinçant qui choqua le jeune garçon plus que ses paroles. « Celui que tu appelles Dereck vient pourtant de te le dire. Dès que nous serons des Werwulfs, nous aussi, la première chose qu'il fera sera de nous arracher nos robes pour nous prendre, comme tous les autres. » Morag jeta un regard mauvais à Draco qui sursauta. « Sauf pour lui, bien sûr. Lui, il n'en aura qu'un : Fenrir. »
Hannah brisa aussitôt le silence suite à la déclaration presque haineuse de Morag.
« Tu as raison, ils ne lui arracheront pas sa robe, mais son pantalon. Tu cherches quoi, Morag ? À nous faire battre entre nous pour savoir qui aura le plus de malheurs ou au contraire, celui qui aura la meilleure place dans la meute ? Draco est destiné à Greyback et je n'envie pas du tout sa place ! Ni la tienne ou celle de Megan parce que nous avons la même, quoi que tu en penses ! » lança-t-elle avec verve. « Megan, comment sais-tu tout cela ? » reprit-elle plus doucement.
« Je... Je sais pas, » répondit Megan avant de se mettre en pleurer sans bruit. « J'ai toujours aimé regarder les gens, les choses. Ma mère disait que j'étais une rêveuse, c'est sans doute vrai, mais je trouve que l'on apprend tant de choses en simplement regardant. J'aime étudier, comprendre ce qui m'entoure, » Elle étouffa un sanglot. « Et là... si je le fais pas... j'ai l'impression que je vais exploser... J'ai besoin de ça... j'ai besoin de comprendre, de savoir, pour ne pas devenir folle... » Megan fondit en larmes cette fois. « Je sais que cela ne servira à rien, je sais ce qui nous attend, tous les quatre, je sais que cela ne nous sauvera pas... Mais... J'ai besoin de ça... Je veux pas... Je veux pas devenir comme eux... Je veux pas devenir folle... Je veux pas que ça aussi, ils me le prennent... »
Draco se précipita vers elle, se blottit contre sa poitrine et la jeune fille brune l'enserra de ses bras.
« Oh, Draco, ne crois pas ce que vient de dire Morag, elle ne t'en veut pas, elle souffre, c'est tout. »
« Moi non plus je veux pas devenir comme eux ! » pleura Draco contre elle, le nez dans son giron.
« Tu ne seras jamais comme ces hommes, » lui assura Megan à travers ses larmes.
Hannah se colla elle aussi contre les deux autres. Elle posa sa tête blonde sur l'épaule de Megan tout en caressant les cheveux de Draco. Le garçon se rendit alors compte que Megan faisait de même.
« Tu as raison, Megan. Tout ce que nous pouvons apprendre sur eux pourra nous aider un jour. Et si tu as besoin de le faire, alors fais-le. » Elle regarda Morag, restée en retrait et lui tendit la main. « Viens, Morag » l'invita-t-elle.
La jeune fille rousse se précipita alors dans les bras de son aînée.
« Nous resterons qui nous sommes, » affirma Hannah.
Elle se tut et reprit dans un chuchotement difficilement audible. « Nous resterons unis. Notre force sera celle de notre amitié et de notre soutien, les unes envers les autres. Nous resterons ensemble, quoi qu'il advienne. Ils ne gagneront pas. Nous ne changerons pas, jamais nous ne deviendrons comme eux. Nous serons... une meute parmi la meute, » continua-t-elle si bas que Draco l'entendit à peine.
Les autres jeunes gens acquiescèrent. Nul ne dit que dans cette meute, Hannah serait leur chef, c'était une évidence.
« Draco, » murmura à son tour Morag. « Je te demande pardon. Je suis désolée de t'avoir dit toutes ces horreurs. Tu es comme mon frère, désormais. »
« Merci, Morag, » fit Draco. « Toi aussi, maintenant tu es ma sœur. »
Alors que les mains de Hannah et Megan étaient toujours dans ses cheveux, Draco réfléchit. Il était le seul garçon mais aussi le plus jeune. Il ne savait plus à quoi pensaient les jeunes filles en le cajolant. Pensaient-elles à leurs propres jeunes frères ? Aux enfants qu'elles n'auraient sans doute jamais ? Le prenaient-elles pour un bébé et assouvissaient-elle par son biais leur instinct maternel protecteur ? Ou au contraire, le considéraient-elles comme une peluche, un doudou censé faire fuir les monstres ? Ou bien encore attendaient-elles de lui qu'il prenne ses responsabilités d'homme ?
Ces pensées le rattrapèrent plus tard, alors que la nuit était tombée depuis longtemps et qu'il grelottait misérablement.
Les quatre prisonniers s'étaient tapis le plus possible contre le rocher afin de se protéger du vent glacial. Entre l'hiver et l'altitude, ce dernier s'accompagnait de petites chutes de flocons blancs, duveteux mais mortels. Au départ, Morag et lui s'étaient retrouvés allongés entre Megan, la plus proche à la roche, et Hannah, qui exposait son dos au vent. Au bout d'un moment, Draco avait exigé que cette dernière prenne sa place. Elle avait commencé par protester, avant de céder devant l'insistance du garçon.
C'était un homme et un homme bien ! Il était de son devoir de protéger les filles, ses nouvelles sœurs. Même encore maintenant, alors que son dos nu était totalement à découvert, il n'arrivait pas à regretter son geste. Sa chemise avait finie d'être réduite en lambeaux tout à l'heure et la couverture apportée par Dereck était trop courte pour les recouvrir tous les quatre, elle protégeait uniquement les trois jeunes filles.
Néanmoins, l'adolescent finit par admettre que s'il restait comme cela, il ne passerait sans doute pas la nuit. Il n'avait que son pantalon sur lui, résidu de tissu déchiré et souillé par son sang séché. Il grelottait et claquait des dents, ses pieds ainsi que ses mains étaient devenus insensibles.
Ni tenant plus, Draco se mit en position assise en tremblant violemment. Il regarda le feu avec envie. Les loups faisaient des tours de garde mais avant de se transformer sous leur forme lupine, les hommes prenaient des branches qu'ils jetaient dans les flammes, évitant ainsi que leur foyer ne s'éteigne.
Tous les Werwulfs endormis étaient collés les uns contre les autres, certains loups, d'autres hommes. Ils étaient au chaud, protégés par des peaux de bêtes au sol, sous des couvertures ou d'autres peaux et proches du feu. Draco les enviait en tremblant.
Finalement, il se décida à se mettre debout et à avancer avec prudence vers eux. Alors qu'il se rapprochait, il sentit un regard sur lui. Il tourna vivement la tête, sans voir le loup qui, à n'en pas douter, devait surveiller ses faits et gestes. Une boule dans sa gorge se forma. Hannah avait encore raison, il ne pouvait pas s'échapper.
Cependant, ce n'était pas son but ce soir. Indépendamment des loups, s'il partait seul dans les bois, le froid signerait son arrêt de mort. Il continua donc d'avancer vers la meute, de plus en plus tremblant. Il vit les trois plus dangereux, Fenrir, Brutus et Barbatus, les uns contre les autres. Ils avaient les meilleures peaux et étaient les plus proches des flammes. Pour les autres, il n'arrivait pas à les distinguer. La majorité avait les cheveux (ou les poils) noirs ou bruns. Il aurait pu reconnaître Neuri, puisque c'était le seul aux cheveux roux et à la fourrure d'un brun tirant sur le fauve, mais il n'était pas là. Trois loups seulement étaient gris, à savoir Fenrir, mais aussi Vircolac et Dereck, les seuls blonds de la tribu. Un unique loup gris dormait. Draco ne savait pas de qui il s'agissait et il ne voulait pas prendre le risque d'approcher Vircolac s'il pouvait l'éviter.
Il s'accroupit et tenta, à quatre pattes, de se frayer un chemin vers le feu, essayant dans le même temps de reconnaître les cheveux et visages cachés par les couvertures.
« Ralph ? » souffla-t-il très doucement face à une tignasse brune qui dépassait d'une couverture.
Un visage barbu se redressa et deux yeux marron s'entre-ouvrirent, lui faisant claquer des dents plus forts.
« Dégage, louveteau, » grogna Heimdall en se retournant et en remettant sa couverture sur lui, par dessus son crâne.
Draco se poussa un peu, n'osant pas faire un geste de plus. Il tremblait de tous ses membres, ses dents claquaient furieusement les unes contre les autres. Il ne voulait pas commettre une autre erreur mais il avait froid, si froid. Les larmes commencèrent à couler sur ses joues glacées. Il n'était pas un homme, juste un gamin, un adolescent à peine sortit de l'enfance et il était terrifié.
« Petit, » fit un murmure derrière lui, sur sa gauche.
Il tourna vivement la tête, découvrant cette fois-ci celui qu'il avait appelé tout à l'heure. L'homme s'était un peu redressé, il le regarda et ouvrit sa couverture, dans un appel silencieux. Draco ne réfléchit pas plus, il rampa jusqu'au brun dont les yeux bleus se posèrent sur lui tandis qu'il se glissait en grelottant sous la toile.
Ralph referma la couverture par dessus leurs deux têtes, les protégeant du froid, du vent et de la neige. Draco se colla contre lui, faisant fi de sa frayeur. Il savait que son torse nu était contre celui de l'un des monstres, que cet homme avait tué, avait sans doute violé et le ferait bientôt de toute façon, mais il refusait d'y penser. Sinon, il était sûr de se mettre à hurler. Ce qui, il le savait tout autant, était la dernière chose à faire dans sa situation.
Les bras du Loup-garou s'enroulèrent autour de son dos, ses mains se posèrent sur lui et le frictionnèrent doucement pour le réchauffer plus encore. Ce fut le geste de trop pour Draco qui éclata en sanglots, le nez dans les poils sombres de la poitrine du mâle. Celui-ci ne dit rien, laissant l'enfant pleurer contre lui jusqu'à ce qu'il s'endorme enfin.
Draco se réveilla le lendemain matin quand sa couverture lui fit brusquement retirée. La fraîcheur glacée de la matinée le gela sur place, malgré un pâle soleil.
« Debout, » lui ordonna Epsilon en s'étirant.
Le gamin obéit, réalisant avec frayeur qu'il avait aussi dormi à côté de lui.
« Tiens donc, nous avons récupéré un louveteau pendant la nuit ? » se moqua David. « Qui a joué les baby-sitter ? Toi, Eps' ? »
Le grand loup brun grogna en montrant les dents à l'ami de Barbatus, ses yeux verts emplis de hargne. David se mit à rire et désigna Ralph qui mettait une épaisse chemise.
« Non, bien sûr, ça ne peut être que toi, Ralph, » dit-il alors avec mépris.
Le jeune homme brun leva des yeux tranquilles sur son compagnon.
« Oui, c'est moi. Et grâce à moi, notre Alpha aura son Oméga demain soir. Si on avait dû compter sur toi, on aurait découvert un cadavre gelé ce matin. »
Le regard chocolat de David devint meurtrier, un grognement sourd s'éleva de sa gorge. Il s'élança sur le plus jeune, les poings en avant dans l'intention évidente de se battre quand la voix de l'Alpha retentit.
« Stop ! Nous n'avons pas de temps à perdre. »
Il s'avança vers Draco qui se retint avec peine de vider sa vessie sur lui.
« Ainsi tu as eu froid cette nuit, chiot ? »
Draco baissa son regard clair au sol tout en acquiesçant de la tête. La main puissante, énorme de l'Alpha s'abattit sur son épaule, le faisant gémir. L'odeur musquée, pleine de sueur et de terre de l'homme le fit frissonner de dégoût, autant que de peur. La main glissa ensuite le long du bras fin, se posa sur la hanche et remonta lentement le dos nu, les ongles griffus laissant des traces sur la peau pâle du garçon qui ferma les yeux et serra les dents.
« Comme cela aurait été dommage que tu crèves cette nuit, pas vrai ? Alors que je n'ai pas encore eu l'occasion de profiter de ta douceur, de ta jeunesse. »
Draco se retrouva plaqué contre la poitrine aux poils broussailleux et crasseux. L'odeur de l'Alpha se fit plus puissante alors qu'il avait le nez au niveau du sternum et que Fenrir levaient les bras, dévoilant ses aisselles, pour poser cette fois ses deux mains sur les petites fesses fermes.
« Oui, quel dommage. Moi qui rêve de m'enfoncer ici, juste là. Que dis-tu de prendre bientôt ma bite dans ton joli petit cul ? »
Une main franchit la barrière du pantalon, un doigt écarta les fesses et toucha l'intimité du garçon qui cria, tombant contre le corps de l'homme qui le retenait. Draco se mit à pleurer et il sentit un liquide chaud l'inonder.
Fenrir exposa de rire, vite rejoint par les autres hommes de sa meute. Il repoussa le garçon qui tomba au sol.
« Ralph ! Tu auras ta récompense, » aboya alors l'Alpha avant de tourner les talons et se saisir d'un énorme morceau de pain.
Il mordit dedans, arracha un morceau avec ses dents qu'il jeta ensuite aux pieds de l'enfant sanglotant.
« Mange, chiot, mange ce que ton Alpha te donne. »
Draco rampa jusqu'au pain. Il le prit entre ses doigts tremblants et, sous les ricanements de la meute, le porta à sa bouche.
Tous les autres loups se préparèrent, ignorant bientôt le spectacle de Draco, assis sur son pantalon trempé, qui finissait de mâcher son pain, les joues sales et humides. Rapidement, Megan s'approcha de lui, le serrant brièvement dans ses bras avant d'être attrapée par un mâle et emmenée plus loin.
Draco sentit dans le même temps qu'on le soulevait de terre, afin de le mettre debout. Il se retrouva face aux yeux noirs et à la peau brune de Daniel.
« Tu as bien agi, » souffla ce dernier. « Ralph était un bon choix. Quant au pain, finis-le vite, tu n'en auras pas d'autre avant longtemps. »
Draco jeta un rapide coup d'œil aux jeunes filles que l'on ligotait déjà sur des loups.
« Et mes sœurs ? »
Daniel leva un sourcil perplexe.
« Tes sœurs ? Elles n'auront rien, elles n'en ont pas besoin. Si elles survivent à la plein lune, on verra. De toute façon, » il les regarda vivement avant de se retourner vers Draco, « elles ne sont pas destinées à survivre. Ne t'attache pas à elles. »
Draco eut un hoquet de stupeur alors que ses lèvres se mettaient à trembler.
« P-pourquoi ? Et... moi ? »
Daniel le dévisagea tout en tirant de son sac une chemise en toile qu'il passa par-dessus la tête aux mèches blondes.
« Je te l'ai dit, les chiennes ne vivent jamais très longtemps, elles ne sont là que pour nous permettre de nous vider les couilles le temps d'un long voyage. C'est ce que nous allons faire, nous rentrons sur les anciennes terres de notre Alpha. Nous n'aurons pas le temps de trop nous amuser en chemin, elles nous seront donc utiles. Quant à toi, tout va dépendre de toi. Si tu es capable de satisfaire notre Alpha, et si tu es bien sage avec moi, tu pourras sans doute survivre. »
Il se pencha vers le garçon dont les manches de la chemise descendait dix centimètres plus bas que ses doigts.
« C'est la plus petite que j'avais, tu devras t'en contenter. » Ses yeux sombres se fixèrent de nouveau dans ceux de ciel orageux. « Ici, les loups trop faibles ne font jamais de vieux os, même les dominants. Ne l'oublie pas. »
Il porta ensuite le garçon, surpris par ce geste, et l'emmena jusque sur le dos d'un loup à la toison fauve. Neuri. Tout en l'allongeant sur lui, Daniel parla à son compagnon.
« Désolé, Neuri, le chiot s'est vidé, tu vas être un peu humide, » gloussa-t-il tandis que Neuri grognait, ses babines dévoilant des crocs blancs et pointus.
Avant de le ligoter, l'homme brun posa une couverture sur le dos du jeune adolescent. Il le ficela consciencieusement avant de lui ébouriffer les cheveux.
« La route sera longue. »
Il se redressa et se transforma en geignant et grondant en un immense loup au poils et aux yeux noirs comme jais.
« Mes compagnons, » cria soudainement la voix de ténor de Fenrir. « Nous devons traverser la chaîne de ces montagnes. Nous ne nous arrêterons que lorsque nous l'aurons franchie et serons de l'autre côté. Il nous faut courir vite et ainsi... » ses yeux se posèrent sur les quatre formes prisonnières. « nous serons disponibles pour la pleine lune et les délices qu'elle nous promet. »
Sans cesser de les fixer, Fenrir se transforma à son tour en un énorme loup aux poils gris. Il leva sa tête, hurlant à la mort, un bruit vite repris par les autres membres de sa meute. Draco ferma les yeux à défaut de pouvoir se boucher les oreilles. Son cœur battait une chamade affolée tant il était terrorisé, par ces cris qui lui rappelaient ceux de la nuit qui avait vu s'éteindre sa vie d'enfant, et par les paroles de son futur Alpha. Demain soir, la plein lune brillerait dans le ciel. Alors il deviendrait lui aussi un Werwulf et subirait sa première transformation en bête. Et ensuite... ensuite, il serait livré à l'Alpha pour devenir son jouet.
... ... ...
Froid, lenteur, douleur, faim et soif...
La vie de Draco ne semblait être que ça depuis les heures où la meute parcourait le sol désormais aride de la montagne. Il n'y avait plus de forêt depuis longtemps, seules la roche et la terre glacée recouvertes d'un épais tapis de neige.
La traversée de la gorge entre les montagnes des Rocheuses, chemin qu'avait choisi l'Alpha pour les franchir, semblait sans fin. Pourtant, en redressant régulièrement la tête, Draco constatait sans cesse leur lente progression. Bien que lente soit un mot très relatif. Les Werwulfs galopaient malgré leur charge, le vent, la neige et les obstacles. Ils parcouraient sans doute le triple de distance d'un homme en pleine course, et pendant des heures, contrairement aux humains.
Ils ne s'arrêtaient que pour manger un peu, boire, faire leurs besoins naturels. Draco en profita d'ailleurs pour faire les siens, accroupi derrière un rocher tandis que les autres membres de la meute ne se cachaient nullement. Les prisonniers étaient régulièrement changés de dos, passant de l'un à l'autre, afin de ne pas trop fatiguer les porteurs. Draco vit que Hannah ne pouvait retenir une grimace de dégoût alors qu'elle se retrouva ficelée sur le dos du Bêta. Même lui dut en effet faire sa part de travail, ainsi que Daniel, eux qui en avaient été jusque-là exemptés. Ce fut par contre sans surprise que Draco se retrouva sur le dos de ce dernier. C'était toujours ce mâle qui l'attachait aux dos des autres désormais, veillant à ne pas le blesser et à lui recouvrir la tête de la couverture. Ce fut donc lui qui le porta, tandis qu'Archus faisait son travail en posant les cordes sur le corps mince du garçon.
Draco aurait pu en être touché, si son cœur n'était pas plus glacé que le vent sifflant autour de lui. Il savait pertinemment désormais que le Loup-garou n'était pas ''gentil'', tout comme l'avait dit Morag. Il n'était pas cruel, mais il attendait patiemment son heure, celle où il pourrait lui aussi profiter de son corps. Une partie de son esprit l'avait en tout cas bien assimilé, tandis que l'autre luttait farouchement, voulant à tout prix croire que l'homme n'était pas mauvais, qu'il pouvait s'en faire un allié, peut-être un ami, et qu'ensuite, il l'aiderait à s'enfuir. Et quand bien même, s'il éprouvait des sentiments ou du désir particulier à son égard et que Draco devrait utiliser ses fesses pour atteindre ce but, alors il le ferait. Il en était arrivé à cette amère conclusion à la nuit tombée, quand il avait réalisé que de toute façon, ses fesses ne seraient déjà plus à lui depuis longtemps le jour où cela arriverait.
Pourtant, comme à chaque fois que son cerveau désespéré commençait à avoir de telles pensées, il les chassait violemment.
Avec la nuit, Draco supposa que les loups s'arrêteraient, mais il n'en fut rien. Leur course continua toute la nuit, jusqu'à l'aube. Draco ne la vit pas, puisqu'il s'était enfin endormi sur le dos d'un loup, il ne savait plus lequel.
Quand on le détacha, il tomba rudement au sol. Il se sentit soulevé dans les airs et ne montra aucune résistance. Déjà parce qu'il était désormais trop faible, mais surtout parce qu'il avait reconnu les bras forts, musculeux qui le portaient, ainsi que l'odeur qui les empreignait. Il préféra donc faire celui qui n'arrivait pas à se réveiller, ce qui n'était pas totalement faux.
Alors que l'Alpha s'asseyait sur le sol, Draco entre ses cuisses et la tête calée contre sa clavicule répugnante, le jeune garçon ouvrit péniblement un œil. Un frisson le secoua tandis que le froid et le chaud se battaient dans son corps. Il gémit, sans pouvoir s'en empêcher. Est-ce qu'il tombait malade ?
« Comment vont les chiennes ? »
« Elles sont en vie. Deux sont déjà plus vigoureuses que la troisième, » répondit la voix d'Archus au loin. « Faut-il les nourrir ? »
Fenrir ne répondit tout d'abord pas avant d'aboyer, sa voix grave résonnant dans la tête douloureuse de Draco.
« Donne-leur un morceau de pain. Cette nuit, nous chasserons et ferons des réserves de viande. »
Sa main se posa sur les cheveux de Draco, les enlevant de son front moite.
« Ta transformation s'annonce, louveteau. Sens-tu mon venin dans tes veines ? Le sens-tu te parcourir de sa force, de sa chaleur ? »
Le gamin hocha la tête, plus par réflexe que par réelle envie de répondre.
« Tu seras un parfait petit Oméga et je vais bien te dresser. Tu répondras à tous mes désirs, toutes mes envies. Tu devras être à la hauteur de mes espérance, Oméga, et remplir ta fonction jusqu'au bout. As-tu compris, chiot ? »
De nouveau, Draco hocha la tête, sans trop savoir pourquoi. Il ne voulait pas devenir un jouet sans conscience... mais il ne voulait pas souffrir non plus.
« Tu seras un parfait petit docile, entièrement soumis à ton Alpha. Tu ne pourras te soustraire à mon regard, à ma volonté. Tu seras mien. Cette nuit, tu n'existeras plus, chiot, tu ne seras qu'à moi. Réponds ! »
« O-oui... Alpha... » murmura le gamin.
Lui qui avait eu froid jusqu'à présent avait maintenant chaud, trop chaud, alors que son Alpha le retenait plaqué contre lui. Il ne réalisa tout d'abord pas ce qu'il avait dit et écarquilla les yeux quand il comprit.
« C'est bien, c'est très bien, » ronronna Fenrir en passant sa main sous la chemise, caressant le ventre nu.
Draco frissonna, de peur et dégoût mêlés. Puis les ongles crochus se plantèrent dans la chair tendre, le faisant cette fois gémir de douleur. Il sentit le sang qui coulait lentement sur sa peau et ne put retenir un sanglot quand la langue de l'homme lui lécha le cou et la tempe.
« Oh, oui, tu vas tant me plaire, Oméga... Comme j'ai hâte... Je veux te voir te tordre sous moi. Tu vas être si doux, si étroit, si bon, si bon. »
« Avant cela, il faut qu'il survive, » le coupa dans sa lancée lyrique la voix reconnaissable de Daniel.
Greyback gronda, ses yeux se plantèrent dans ceux de l'imprudent qui baissa rapidement la tête.
« Pardon, Alpha, je ne veux pas te manquer de respect, mais l'enfant est jeune. C'est un enfant, justement. Il n'a pas fini sa croissance et ne la finira sans doute jamais au vu... des circonstances. Il n'était déjà pas très épais et la transformation va être éprouvante. Si tu veux que ton projet aboutisse, il faudra en prendre un minimum soin, sinon il ne survivra pas très longtemps. »
« Ne m'interromps plus jamais quand je parle à mon Oméga, loup, ou je t'arrache les griffes une par une, » grogna l'Alpha, des éclairs d'ambre traversant les iris sombres.
Sa main sortit cependant de la chemise du garçon, au plus grand soulagement de ce dernier. Elle se posa sur son menton, l'obligeant à le regarder dans les yeux. Avec satisfaction, il constata que les yeux gris se baissèrent rapidement.
« Parfait, Oméga, parfait, tu as mérité une petite récompense. »
Il se pencha, faisant basculer l'enfant sur l'avant puis se redressa, le tenant toujours contre lui. Il tenait dans sa main un morceau de viande séchée qu'il porta à sa bouche et qu'il mâchonna pendant un instant. Avec un sourire malsain qui dévoilant ses dents jaunes et taillées en pointes, il maintint la tête du garçon en face de lui et lui appuya sur les joues afin de lui faire ouvrir la bouche. Draco parvint à mettre ses mains sur celles de l'homme, sans cependant réussir à le faire lâcher. Il gémit, la bouche ouverte, sans pouvoir faire autrement que de regarder Fenrir s'approcher de lui.
Greyback ouvrit alors la bouche, faisant couler la pâte visqueuse de viande mâchée entre les lèvres pâles du garçon.
Draco ferma les yeux, alors que sa gorge était envahie par la salive et la viande. Il ne put faire autrement qu'avaler, retenant un hoquet et un haut le cœur.
Les autres hommes rirent grassement, tandis que Fenrir relâchait enfin ses joues.
« Eh bien, tu n'as pas faim ? » se moqua-t-il. « Tu as soif peut-être ? »
Draco ne répondit pas, ni ne bougea, il était faible, si faible et brûlant. Malgré l'écœurement de la situation, il sentit son estomac se tordre. Il avait faim et soif, il était épuisé et voulait dormir. Des larmes coulèrent sur ses joues, lui qui n'en avait versé aucune depuis la veille.
Il sentit que l'Alpha le reprenait dans ses bras. Mais ce n'était pas un geste tendre, juste de possession. Draco garda ses yeux clos, sans émettre le moindre son de protestation ni un seul geste.
« Ouvre ta bouche, Oméga, »
Il obéit encore, sans pouvoir, ni vouloir en cet instant, échapper à l'ordre. La bouche de Fenrir se posa sur ses lèvres et un liquide envahit sa bouche, l'étouffant à moitié. Il détourna le visage tout en crachotant. Pourtant, cela faisait du bien. C'était une immondice que de penser que cette bouche puante se posait sur lui, mais il en voulait encore, parce qu'il avait encore soif et qu'il se savait incapable de boire ou de se nourrir seul.
Après encore des éclats de rire, Fenrir reprit ses gestes, alternant nourriture et boisson. Sans qu'il ne s'en rendre réellement compte, Draco ouvrait désormais grand sa bouche, attendant chaque becqué salvatrice. Puis celles-ci se terminèrent tandis que l'enfant s'endormait, épuisé par les transformations qui s'annonçaient.
Draco passa sa journée à alterner moment de sommeil et de semi-réveil. La meute continuait sa route, on le changeait de loup régulièrement, Daniel le portant dorénavant à chaque changement. Il grelottait de chaud et de froid tout à la fois, son corps se couvrant de transpiration.
Le soleil lui semblait trop brûlant, trop blanc, alors qu'il savait en son fort intérieur que ce n'était pas le cas. Les sons lui parvenaient parfois de façon lointaine, parfois au contraire, ils lui déchiraient les tympans par leur puissance. De même les odeurs de la montagne et de la forêt - qu'ils retrouvaient maintenant qu'ils avaient franchi le col et qu'ils redescendaient de l'autre côté de la montagne, lui emplissaient le nez de façon étrange. Les loups autour de lui semblaient eux-aussi désormais porter une odeur distincte. Quant à son cœur, il tapait dans sa poitrine, comme un fou.
C'était comme si un autre ''lui'' prenait peu à peu possession de son corps.
Alors que la lumière du jour déclinait de plus en plus, la meute accéléra le pas, petite troupe longiligne derrière l'Alpha, en tête comme toujours.
Enfin les loups s'arrêtèrent. Deux hommes seulement se retransformèrent en humain. Ils détachèrent les prisonniers qui s'effondrèrent au sol. Draco se traîna vers les jeunes filles, les découvrant aussi fatiguées et brûlantes que lui.
Les hommes, Daniel et Heimdall leur enlevèrent leurs vêtements, les laissant aussi nus que le jour de leur naissance. Mais Draco ne s'en formalisa même plus. Son cœur battait trop vite, sa respiration s'accélérait alors que le venin, lave liquide dans ses veines, achevait son œuvre. Son corps était brillant de sueur et l'enfant se tordit au sol, alors que la douleur affluait en lui. Il ouvrit grand ses yeux, dans l'attente insoutenable de ce qui allait suivre. Il allait la voir, une partie de lui, inconnue jusqu'alors la désirait de tout son être. Ses yeux fixaient la nuit qui s'installait, cherchant celle qui allait désormais gouverner sa vie.
Sans plus se retenir, l'enfant hurla, son corps s'arqua alors que les premiers rayons de la lune perçait le ciel. Il sentit que Daniel le prenait dans ses bras, lui parlait, lui disant de se détendre, d'accepter l'inéluctable transformation.
Puis ses os commencèrent à se briser.
De nouveau, son monde n'était plus que souffrance, des larmes coulèrent sur ses joues. Il voulait mourir.
Pourtant, au milieu de son océan de douleur, il continuait de sentir la présence du dominant dans son dos, de ses paroles, de son... appel.
La douleur commença alors à refluer, à s'atténuer et Draco ouvrit des yeux qu'il n'avait pas eu conscience de fermer.
Il vit ce qu'il n'avait encore jamais vu. La lune, si belle, si pâle dont les rayons d'argent recouvraient la forêt de sapins et de mélèzes. Sa truffe pointa vers le ciel, inspirant toutes les odeurs qu'elle découvrait.
Sa truffe ?
Draco essaya de se mettre debout mais s'effondra, les quatre pattes par terre. Il sentit un petit vent de panique le saisir avant que son autre lui ne lui intime de se calmer. L'enfant referma ses yeux, se concentra sur les battements de son cœur et sur cet être, qui était aussi lui. Compagnon-Loup savait. Il savait des choses qu'il lui faudrait apprendre.
Le gamin rouvrit ses yeux, découvrant avec ses nouvelles pupilles son environnement. Tous les loups de sa meute le regardaient, lui et les trois femelles qui ne s'étaient pas encore redressées. Draco tenta de nouveau de se mettre debout, à quatre pattes cette fois-ci. Il le fit de façon pataude, s'emmêlant ses grosses pattes de louveteau. Il chuta, se redressa encore et tenta de faire trois pas en direction d'un des loups.
Il s'arrêta soudain et choisit plutôt de s'asseoir sur son arrière train, sa truffe frémissante respirant l'air. Il découvrait sa meute d'un œil neuf, ainsi que tous les loups qui la composaient. Tous étaient des dominants puissants, à part Ralph, qui sans être un soumis n'était pas vraiment intimidant. C'était le plus bas dans la hiérarchie de la meute, sans l'ombre d'un doute. Enfin à l'exception des femelles et de lui-même. Pourtant, en y respirant de plus près, Draco s'aperçut que l'une des femelles n'était pas une soumise, mais une dominante, elle aussi. Même si pour le moment, elle n'arrivait toujours pas à se dresser sur ses pattes. Hannah.
En se tournant vers elle, Draco vit que Daniel, magnifique loup noir et imposant le regardait. Il voulut faire de même mais ne put soutenir son regard perçant plus de trois secondes. Il se coucha, les oreilles en arrière en gémissant. C'était un Oméga, le plus bas de tous, il ne pouvait pas soutenir le regard de ce dominant, le troisième dans l'échelle de la meute. Compagnon-Loup frémit et rampa vers lui en poussant des petits jappements suppliants.
Daniel l'avait aidé dans sa transformation, alors il voulait aller le voir et lui démontrer sa reconnaissance.
Le louveteau ne put cependant par aller bien loin avant qu'une puissance, une aura effrayante ne se place entre son but et lui. Il geignit, les oreilles plaquées contre son crâne. L'Alpha était là, dans toute sa force, sa splendeur, son odeur forte et fière. Et l'Alpha avait des projets pour lui.
Draco s'aplatit le plus possible contre le sol, souhaitant disparaître. Ce ne fut bien évidement pas le cas et bientôt, la masse énorme du loup gris tomba sur lui, le mordant de ses crocs, le faisait valser sur le sol d'un seul coup de sa patte gigantesque et griffue.
Le petit loup blanc chouina, couina et, sentant instinctivement ce qu'il devait faire, s'allongea sur le dos, dévoilant à son chef de meute son ventre et sa gorge. L'Alpha lui sauta aussitôt dessus, enserrant cette dernière de ses crocs. Draco ne bougea pas, cessa même de respirer. Et le monstre le relâcha. La truffe humide du loup partit à la découverte de son corps, le humant de partout, sur le ventre, la gorge, les oreilles, mais aussi ses parties génitales qui furent longuement inspectées.
Apparemment satisfait, l'Alpha consentit enfin à le laisser, enlevant sa patte du petit loup. Ce dernier sautant aussitôt sur ses pattes et tenta une nouvelle fois de marcher un peu. Cette fois, il se dirigea vers l'Alpha, impassible. Une fois son but atteint, Compagnon-Loup décida de lui lécher un peu le dessous de la gueule, la truffe, ainsi que les pattes. Puis il se coucha de nouveau devant la bête, dévoilant son ventre.
Compagnon-Loup était aussi heureux que Petit-Homme, lui, était terrifié par ce qu'il faisait. L'Alpha le laissa faire un moment, puis quand il eut assez du louveteau qui avait décidé de lui mordiller les pattes, il lança un grognement sourd d'avertissement et fit claquer sa mâchoire à quelques centimètres de la truffe de l'impudent.
Draco se redressa et détala comme il put, tombant plusieurs fois, avant de se stabiliser et d'aller à la rencontre des autres loups. Certains lui grognèrent après, d'autres lui posèrent la patte sur la tête, pour le faire s'aplatir et quelques uns consentir à lui passer un petit coup de langue sur les oreilles. Compagnon-Loup décida toutefois plus prudent de montrer son ventre à tous, leur permettant à eux aussi de le renifler comme ils le souhaitaient.
Des grognements furieux et des cris de douleurs lui fit s'asseoir. Son cœur eut un énorme pincement en voyant que les femelles se faisaient rudement corriger par l'Alpha, notamment la grande louve grise. Elle était belle, forte, et bien plus imposante que lui-même, petit gringalet blanc, mais elle ne faisait nullement le poids contre l'Alpha. Ni contre aucun autre mâle, à part peut-être Ralph, et encore.
Il émit un bref jappement, aussitôt sanctionné par une morsure sur le flanc de la part d'un loup noir qu'il reconnut à l'odeur : le Bêta. Gémissant, l'Oméga s'aplatit au sol, la tête sur ses pattes, attendant la fin de la sanction des femelles.
Enfin, l'Alpha se redressa, vainqueur.
Il sauta sur un gros rocher qui surplombait la vallée et, la truffe au vent, il leva sa gueule vers la lune afin de pousser un immense hurlement. Celui-ci fut aussitôt repris par l'ensemble de la meute, qui hurlèrent en chœur.
Draco leva lui aussi sa truffe, pour rendre hommage à la lune. Mais il ne sortit de sa propre gueule qu'un jappement ridicule, preuve de sa jeunesse. Une patte s'échoua sur son dos. Il se retourna et vit un loup noir à l'odeur amie. Daniel. Il sauta sur le grand mâle, lui lécha avec application les babines et les oreilles. Daniel le laissa faire, les yeux rieurs.
Compagnon-Loup ne réalisait sans doute pas vraiment ce qu'il faisait, tout tourné qu'il était vers son instinct, mais Petit-Homme lui, était toujours terrifié par ce qu'il osait faire. Lui n'avait pas oublié ce qui allait lui arriver, au sein de la meute. Au bout d'un moment, Daniel gronda, lui lança un regard sévère que Draco soutint à peine trois seconde avant de s'aplatir de nouveau. Le grand loup noir lui posa sa patte sur le cou et gentiment, lui mordilla légèrement l'oreille.
Quand il le libéra, les loups formaient un cercle nerveux, tout n'était que grognements et cris. Draco avisa les femelles et voulut courir pour s'approcher d'elles, mais une nouvelle fois la patte puissante de Daniel se posa sur lui, lui intimant l'ordre silencieux de ne rien en faire. Draco aplatit ses oreilles, obéissant. Petit-Homme compris alors un fait qui allait l'horrifier sans doute pour le reste de son existence : un Oméga ne pouvait se soustraire à un ordre aussi direct, surtout venant d'un dirigeant de sa meute.
Car malgré le dégoût de Draco humain, il n'y avait aucun doute, à la plus grande joie de Draco lupin : il faisait partie intégrante de cette meute et devait obéissance absolue à leur chef, Fenrir.
... ... ...
À suivre
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NDA : Grande nouvelle pour ceux que cela intéresse : Cette fiction est finie ! Oui, enfin, pas avec ce chapitre, hein, on est bien d'accord (je tiens encore à ma vie ^^') mais elle est finie à l'écriture. Reste les nombreuses relectures, les corrections, les ré-écritures et modifs de dernière minute, mais elle est finie. J'ai donc l'honneur (ou pas) de vous informer qu'elle fait 45 chapitres, pour plus de 340 000 mots.
Je profite de cette NDA pour remercier tous ceux qui prennent de précieuses minutes de leur temps pour m'envoyer une review. Vous êtes une grande source de motivation et d'encouragement, sachez-le, alors merci encore ! Je rappelle aussi que je réponds à chaque review, y compris les anonymes sur le forum. Merci également à ceux qui ont mis cette fiction ou son humble auteur en follower ou en favorite :)
