Un chapitre que vous attendiez, je pense, même si vous l'ignoriez. Je n'en dis pas plus et vous souhaite simplement une bonne lecture.

Merci à Tiickel et Loudee pour leurs review.

Ah, si, un tout petit rappel tout de même: n'oubliez pas que c'est Luth et toute sa subjectivité qui racontent l'histoire...


Chapitre 5 : De divergences en convergences

Je me réveille avec un mal de crâne épouvantable et le sentiment que quelque chose cloche. Mais quoi ? Mon mal de tête m'empêche de me concentrer. Je m'habille en vitesse et descends dans la salle commune. Comme mue par des ressorts, Ann saute de son fauteuil dès qu'elle me voit arriver et m'entraîne hors de la salle commune sans me laisser le temps de dire Quidditch. Je savais que quelque chose clochait.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? je lui demande alors qu'elle m'entraîne vers la Grande Salle.

- Je te sauve la vie, Lulu.

A son ton, rien n'est plus évident. Je me laisse tomber sur le banc devant la table en haussant un sourcil.

- Pourquoi ?

- Parce que Sirius n'était pas loin et que si j'étais toi, j'éviterais de l'approcher dans la décennie à venir.

- Il est encore en rogne à cause de ce que j'ai dit hier soir ?

Ann acquiesce. Je soupire tout en mâchonnant un bout de bacon.

- Je le croyais moins rancunier que ça.

Sirius Black est en effet du genre à monter rapidement sur ses grands chevaux mais à avoir tout oublié le lendemain. James et Remus ont la mémoire bien plus longue.

- Il faut reconnaître que tu n'y es pas allée de main morte !

- Lui non plus. Ce qu'il a dit est… inacceptable ! je me défends.

- Je n'ai pas dit que j'étais d'accord avec lui. Simplement… tu devrais peut-être t'excuser ?

- C'est hors de question ! Si tout le monde avait pris la mouche au moindre propos tenu hier soir, aucun Gryffondor ne s'adresserait plus la parole ce matin. J'aurais peut-être dû être plus calme, mais mon argument s'adaptait bien au contexte. En plus, Sirius l'a cherché.

Ann hésite.

- Tu sais bien que Sirius a tourné le dos à tout ça.

- Je suis au courant, mais ça n'a pas l'air de le gêner qu'on tue un enfant avant même de savoir ce qu'il deviendra. Venant de lui, c'est encore plus fort que venant de James !

Que James, borné comme il est, puisse penser qu'un enfant de Mangemort sera Mangemort, soit. Encore que, avec Sirius comme meilleur ami, j'aurais cru qu'il réfléchirait un peu plus. Mais que Sirius, la preuve vivante qu'on ne devient pas forcément comme ses parents, prône ce genre d'idée, ça me dépasse.

- Il faut vraiment que tu sois remontée pour préférer James à Sirius, remarque Ann.

Encore une fois, je hausse les épaules.

oOoOo

L'ambiance est toujours tendue. J'ai vu Fabian quitter l'école à midi. J'aurais aimé lui dire un mot quand je l'ai croisé, mais je n'ai été capable que de poser brièvement ma main sur la sienne. Toute vie semblait l'avoir quitté. J'ai eu mal pour lui.

oOoOo

Lorsque je rentre avec Mary et Ann dans la salle commune ce soir-là, j'aperçois tout de suite les Maraudeurs installés sur leurs canapés préférés. Remus semble sur le point de tomber dans les pommes et Sirius boude, bien évidemment. Il tourne la tête vers moi quand j'entre et m'assassine du regard. Je lève les yeux au ciel et nous rejoignons Lily et Mandy, assises à une table.

- Je viens de mourir pour la cent cinquante-septième fois, je dis en m'affalant sur une chaise.

- Tu es encore plus résistante que James, ma parole ! répond Lily.

Je reste interdite. Lily qui parle volontairement de James ? Mary préfère ne rien dire Ann sourit.

- Pourquoi tu viens de mourir ? demande Mandy, agressive.

Je désigne Sirius de la tête.

- Tu devrais aller t'excuser, dit-elle immédiatement.

- Et pourquoi ?

- Parce que ce que tu lui as dit est horrible, continue la blonde en haussant le ton.

- Ben voyons. Je suis sûre que ses parents lui en ont sorti des pires, il n'est pas en sucre, ton Sirius, je grogne.

Les trois autres filles sont prêtes à contenir une explosion. Je sens le regard des garçons peser sur nous. J'en ai marre qu'on me fasse la morale. Surtout que Mandy est tout sauf objective. Mandy est acquise à la cause de Sirius quoi qu'il fasse. Tout ce que Sirius professe vaut parole d'évangile pour elle. Je me demande parfois s'ils n'ont pas un cerveau pour deux.

- Si même la bonne branche des Selwyn se met à le rejeter, je ne sais pas ce qu'il va devenir.

- Qu'est-ce que tu insinues ? Je ne l'ai pas rejeté, je lui ai montré que son point de vue ne tenait pas la route, alors il est vexé. Et s'il a quelque chose à dire, il est assez grand pour venir le dire tout seul, alors pas la peine de jouer les anges gardiens, c'est clair ?

En disant cela, je me retourne vers Sirius et le fusille du regard. Il ouvre la bouche pour répondre, mais Remus le tire par la manche. Les Maraudeurs se lèvent et sortent de la salle commune.

Chouette, je viens encore de me faire un ennemi. Deux, vu la tête de Mandy.

oOoOo

Le lundi arrive, maussade lui aussi. La première chose que je remarque en descendant dans la Grande Salle, c'est l'absence de Remus qui me met un coup au moral. Il a encore dû rendre visite à sa mère. Youpi, mon seul soutien masculin a disparu. Parce que Sirius et par conséquent James, me font toujours la tête. Donc Peter n'ose pas m'approcher. Enfin, on peut noter une légère amélioration : Môssieur Black a cessé de m'assassiner du regard. Mais ça ne signifie pas qu'il m'adresse la parole. Je songe, un peu coupable, que j'ai dû vraiment le blesser pour qu'il m'en veuille autant. Je persiste cependant à penser que j'ai raison et je n'irai donc pas m'excuser. A moins que l'occasion se présente et encore : il faudrait des circonstances particulières.

Et de toute façon, un événement plus important m'occupe l'esprit : c'est aujourd'hui que je mets en pratique la phase un du plan « Magie rouge ». J'ai glissé dans ma poche un flacon d'Aquamora.

Lassée de subir le regard des garçons, je tire Ann des bras de Phillip avec toute la délicatesse dont je suis capable devant ce genre de scène (c'est-à-dire aucune) et nous pilote vers la classe de Défense contre les forces du Mal. Je redoute ce cours, le premier depuis l'attaque. J'ai eu suffisamment d'écho de la colère des professeurs pour m'attendre au pire. Et encore, là, je ne parle pas du comportement de mes camarades. L'atmosphère du couloir était glacée alors que nous attendions que Miss McKinnon nous fasse entrer. Si personne n'a dit un mot, toutes les mains étaient fermées sur les baguettes magiques.

Pourtant, aujourd'hui, ce sera cours magistral. Les tables ont repris leur place au centre de la salle et la professeure nous ordonne de nous asseoir d'un ton sec.

- Suite aux récents évènements (et son ton indique clairement ce qu'elle en pense), vos professeurs ont estimé qu'une… piqûre de rappel était nécessaire à propos des forces du Mal et des fondements de la magie.

Youpi, on a gagné une heure de cours pour première année. Les autres ont l'air aussi désappointés que moi. Avec ma plume, je commence à griffonner sur mon parchemin, mais Mary m'interrompt d'un coup de coude. La prof attend patiemment que tout le monde la regarde avant de commencer à parler.

- Ce retour en arrière sera d'autant plus nécessaire que nous aborderons bientôt l'étude des magies. S'il en existe plusieurs, qui peut me dire lesquelles ?

Lily lève immédiatement la main. Rogue la regarde, frémit et l'imite d'un geste rageur. McKinnon le désigne.

- La magie blanche et la magie noire.

Le strict minimum, la réponse à la question, pas un mot de plus. Du Rogue tout craché. Réponse juste, évidemment, inutile de le préciser. Mais, à ma grande surprise, McKinnon rétorque un sec:

- Non. Miss Evans?

- La magie blanche, la magie noire et la magie rouge, mais elles sont nommées différemment selon les cultures et leur usage n'est pas toujours encouragé ou condamné.

- Non plus.

Lily ouvre la bouche, surprise et vexée d'avoir elle aussi répondu faux. Rogue hoche la tête d'un air à la fois satisfait et malheureux. Mary me regarde, étonnée et derrière elle je vois James qui fronce les sourcils, l'air de dire « Lily qui se trompe? C'est pas normal, ça! ». Mais notre professeur ne tient pas compte du fait que la classe manque de s'étouffer d'étonnement et poursuit son cours.

- D'un point de vue linguistique, ou disons populaire, vos deux réponses sont justes. L'idée selon laquelle la magie blanche est différente de la magie noire est très répandue. On entend aussi que la magie rouge n'est pas une branche de la magie blanche, mais une magie à part entière. C'est par ailleurs une croyance plus répandue en France qu'en Angleterre. La différenciation vient de l'usage qu'on en fait. La magie blanche peut servir pour une infinité de choses, qui vont de protéger les coffres de Gringotts à remplir la gamelle du chien sans bouger de sa chaise. La magie noire sert à augmenter son propre pouvoir et à satisfaire ses moindres désirs. Quant à la magie rouge, bien qu'elle ait la réputation de provoquer l'amour, ce n'est pas son effet réel. Elle ne fait qu'éveiller l'intérêt d'une personne pour une autre.

En gros, ça agite nos hormones.

- La magie rouge, mal utilisée, peut être dangereuse, parce qu'elle réveille certains de nos instincts et nous pousse à assouvir nos pulsions. Un philtre d'amour mal dosé peut réveiller non pas l'envie sexuelle, mais l'envie de meurtre envers celui ou celle qui l'a fabriqué, chose passablement gênante.

Oui, en effet. McKinnon fait des allers-retours à pas lents sur son estrade.

- Mais en réalité, il n'y a qu'une seule magie, tout comme il n'y a qu'une seule race humaine.

Son regard acéré se pose sur le groupe de Serpentard et je remarque avec satisfaction qu'Evan frémit. Il ne supporte pas le regard accusateur et moralisateur de la prof, dirait-t-on. Celle-ci continue:

- La magie est une essence que seuls certains hommes ont le don de maîtriser, tout comme certains savent dessiner des merveilles alors que d'autres en sont incapables. La seule différence entre les sorciers et les Moldus, c'est ce don que nous avons reçu par hasard. Au temps où les sorciers ont tenté de se mettre au service des Moldus, l'homme n'était pas assez évolué pour accepter cette différence. Et selon moi, il ne le sera jamais. Lorsque l'on n'arrive pas à accepter un Noir, on n'est pas prêt d'accepter un sorcier et inversement lorsque l'on ne tolère pas un Sang-Mêlé, on n'est pas prêt d'accepter un Moldu.

Sa voix s'est légèrement élevée. Elle vibre un peu, comme si elle allait se lancer dans un plaidoyer. Tiens donc, y aurait-il finalement un humain derrière cette carapace impassible ? De nouveau, McKinnon darde les Serpentards de son regard perçant. Même Bellatrix semble perdre de sa superbe et je suis sûre que si ça lui était physiquement possible, Rogue rentrerait encore plus la tête dans ses épaules.

On entend un ricanement mal étouffé de l'autre côté de la salle. La prof, qui s'est figée pour regarder ses élèves, tourne vivement la tête. James baisse la sienne, pris en faute.

- La tolérance, jeunes gens, voilà ce qu'il vous faut apprendre! La peur de l'inconnu nous pousse à rejeter tout ce qui est différent de nous et pire encore, à vouloir le détruire pour éliminer toute menace. La différence est perçue comme une menace, alors que la plupart du temps elle nous est bénéfique. Et quand l'homme ne se sent pas menacé, c'est la jalousie de ne pouvoir acquérir ce bien qu'un autre que lui peut avoir qui le pousse à détruire ledit bien et son possesseur. Pourquoi croyez-vous qu'on chassait les sorciers au Moyen-Âge?

Personne ne répond. J'échange un regard avec Mary. Ce cours est tout sauf un cours de Défense contre les forces du mal. Elle nous moralise, nous met en garde. Certes, ça part d'une bonne intention. Mais je crois qu'elle perd son temps. Les crétins de Serpentard sont bien trop bornés pour écouter quoi que ce soit de son discours et de notre côté, je pense qu'on a déjà eu cette démarche, puisqu'on est contre ceux qui sont contre les Moldus, les né-Moldus, les Sang-Mêlés et compagnie. Non ?

- La chasse aux sorcières a provoqué deux choses. La première, c'est la création d'un monde magique secret, inaccessible aux Moldus. Le Secret magique est aujourd'hui international. Quand cette séparation a débuté, elle n'a pas eu d'impact sur la culture sorcière, qui restait assez proche de la culture moldue. Ce n'est qu'avec les inventions révolutionnaires, comme l'électricité, que le schisme s'est vraiment fait sentir. Sans pouvoir magique, les Moldus prouvaient qu'ils pouvaient avoir eux aussi une puissance bien à part qui peut-être un jour, égalerait la magie. Ceux qui font de l'Étude des Moldus doivent savoir de quoi je parle.

Allons bon, ça partait en histoire de la magie maintenant. Déjà que cette matière m'ennuie profondément, si en plus on m'en rajoute des heures, je ne vais pas survivre.

- C'est à cette période que la deuxième conséquence a commencé à surgir. La rancœur de ne pas être acceptés tels qu'ils étaient a poussé de nombreux sorciers à se venger des Moldus. Tous n'ont pas accepté l'affront que leur avaient fait ceux qu'ils prétendaient aider. Les sorciers déjà belliqueux de nature ont bien entendu profité de cette tendance pour accroître leur recherche du côté obscur de la magie, mais certains de ceux qui avaient au départ de véritables bonnes intentions ont été écœurés par le rejet dont ils étaient l'objet de la part des Moldus. C'est à cette période que la magie « noire » a commencé à exister comme une entité à part entière, différente de la magie blanche.

Ah, nous y voilà enfin. Tout ce blablatage pour finalement nous dire « voilà pourquoi tout le monde se trompe ».

- Bien entendu, depuis l'existence des sorciers, de nombreux mages et enchanteresses avaient déjà fait des... hum… « études » dans cette voie. Mais c'est à partir du moment où le Secret magique fut décrété que les sorciers commencèrent à classer ce qui était acceptable d'un point de vue éthique, car c'est à cette période que le Moyen-Âge prend fin et qu'on assiste à un événement semblable chez les moldus. Ainsi les deux cultures sont liées, qu'on l'admette ou non, car nous vivons sur la même terre qu'eux. Je vous parle ici de l'Angleterre, mais on a vu dans toute l'Europe des situations semblables. Les autres continents n'ont pas tous connu la même histoire, mais aujourd'hui nos cultures tendent à se rapprocher. Cela dit, ce n'est pas à moi de vous expliquer ceci.

Encore une pause. Non, nous n'y étions pas encore, mais on s'en rapproche et je suis bien forcée d'avouer qu'elle a piqué ma curiosité.

- Au Moyen-Âge, certains sorts de « magie noire » existaient déjà. Cependant, ils n'étaient pas qualifiés comme tels et utilisés plus souvent que les sorts de « magie blanche » car plus efficaces.

HEIN?

- Oui, vous avez bien entendu, plus efficaces, répète Miss McKinnon devant l'air ahuri de la moitié de la classe.

Seulement la moitié, évidemment. Les Serpentards ne peuvent se retenir d'arborer un petit air arrogant. Evan me lance une œillade moqueuse. Je hausse les épaules, il ne vaut pas la peine que je réponde.

- La magie dite blanche exige certains détours pratiques dans la mise au point de sorts, dans un souci d'éthique. Si on enlève l'éthique et la morale, on s'évite ces détours. Ainsi les sorciers pouvaient bien sacrifier la vie d'une paysanne pour sauver un seigneur sans avoir de remords sur la conscience. S'ils avaient dû passer par la magie « blanche », le sort aurait demandé plus de puissance et sûrement plus de temps pour agir. N'allez toutefois pas croire que tuer quelqu'un ne demande pas une grande force d'esprit et une maîtrise avancée de la magie!

Et pan, dans les dents des serpents. Qu'ils comprennent donc que tuer n'est pas une sinécure.

- C'est aussi pour cette raison de « détours » que les recherches de magie blanche prennent souvent plus de temps que celles en magie noire. Cependant, depuis toutes ces années, certains mages ont réussi à identifier des schémas magiques qui permettent d'éviter ces détours. Là encore, c'est à mon collègue d'Arithmancie de vous expliquer tout ça.

Effectivement, c'est au programme de cette année. Je sens que je vais avoir du fil à retordre avec cette matière. Dommage qu'il faille avoir un ASPIC en Arithmancie pour pouvoir entrer à l'école de Médicomagie.

McKinnon arrête tout d'un coup ses lents allers-retours sur l'estrade et pose brusquement ses mains sur son bureau.

- Depuis le début de mon discours, j'ai tenté de vous expliquer que la magie noire et la magie blanche ne sont en réalité qu'une seule et même chose et que c'est l'usage qu'on en fait qui détermine de quelle magie on use. C'est en grande partie vrai, mais j'ai volontairement omis un détail. Vous savez qu'on regroupe les sorts en plusieurs catégories: charmes, enchantements, sortilèges et maléfices, pour les plus connues.

Hochement de tête général.

- Pour comprendre ce que je vais vous dire, il faut que vous ayez bien en tête que parfois, voire souvent en ce qui concerne les charmes quotidiens, nous faisons un abus de langage lorsque nous nommons un sort. Ce n'est pas parce que nous parlons dem d'Entrave qu'il appartient à la catégorie des maléfices. Heureusement, sinon vous seriez tous des adeptes de magie noire dans cette classe.

- Il y en a déjà la moitié qui le sont, madame.

- Donc vous ne l'êtes pas tous, Mr. Black.

Wah, chapeau ! Fermer le clapet de Sirius comme ça, ça mérite des applaudissements. Non, je ne suis absolument pas influencée par mes sentiments actuels et négatifs concernant Mr. Black.

- Je disais donc que deux des catégories les plus connues de sorts tendent ou appartiennent à la magie « noire »: les sortilèges et les maléfices. Les sortilèges sont bien souvent à la limite. Les réussir nous apporte une satisfaction proportionnelle à la maîtrise de la magie nécessaire pour les accomplir. C'est-à-dire, bien souvent, trois fois rien, nous ne nous en rendons même pas compte. Après tout, quand vous réussissez le charme du Bouclier, vous êtes contents aussi, n'est-ce pas?

Des réponses inaudibles fusent dans la salle. Je fais pour ma part une moue sceptique. Il n'y a aucune fierté à réussir un sort aussi simple que le charme du Bouclier à notre âge !

- Les maléfices ont un pouvoir bien plus dangereux. Ils excitent nos instincts les plus primaires, des pensées que nous ne sommes parfois même pas conscients d'avoir. À force d'être excités, ces instincts peuvent prendre possession de nous. Le mot instinct n'est à vrai dire pas assez large pour décrire ce qu'un maléfice éveille en nous. L'impact des maléfices sur nos corps et nos âmes est une chose complexe qui n'est abordée plus profondément qu'en troisième année de Médicomagie. J'essaie pour l'instant de vous faire sentir la fragile limite entre les différents sorts. Quelqu'un qui voudrait d'être puissant verra cette envie excitée par des maléfices. Ce désir se transformera en une sorte d'énergie qui facilitera la réussite d'autres maléfices qui viendront alimenter le feu du pouvoir et le faire grandir, tout en allumant d'autres brasiers, comme l'envie de meurtre, de violence... C'est un cercle vicieux.

La prof fait une pause et a un hochement approbateur en direction de Lily qui note à la volée ce qu'elle dit. Je me mords la lèvre. La fin de son discours m'a tellement absorbée que j'en ai oublié de prendre le cours. Bah, tant pis, je copierai sur Lily.

- Cet appel des instincts, évidemment, est lui aussi proportionnel à la puissance du maléfice jeté et ne se fait sentir qu'au bout d'un certain temps, quand le sorcier commence à devenir dépendant. Heureusement pour vous, sinon vous seriez tous addicts au Reparo.

Étonnement général. La totalité de la classe, moi comprise, regarde la prof avec des yeux de poisson rouge. C'est bien la première fois de ma scolarité et sans doute la dernière, que je vois des Serpentards et des Gryffondors réagir comme un seul homme.

oOoOo

- Wahou!

Exclamation de Sirius à la sortie du cours de Défense contre les forces du mal. Bon résumé du sentiment général de ma maison. Nous nous dirigeons vers la classe de Potions, enthousiastes à l'idée du prochain cours : Miss McKinnon nous a appris que nous allions apprendre à distinguer réellement charmes, enchantements, sortilèges et maléfices. Voilà qui promet d'être intéressant, mais ce n'est visiblement pas ça qui réjouit Sirius :

- Comme elle a fermé le clapet des Serpentards !

- Et le tien aussi, répond Ann du tac au tac.

J'étouffe un rire et Sirius fait mine de bouder tout en m'ignorant superbement.

- Méchante Ann, infidèle Gryffondor, adoratrice des vils serpents! marmonne-t-il dans sa barbe.

Mon amie le bouscule amicalement.

- Il faut bien que quelqu'un vous ramène de temps en temps parmi le commun des mortels, Votre Sérénissime Altesse.

- Non! Du haut de mon piédestal, je peux contempler les serpents en toute quiétude et faire régner le juste équilibre sur cette terre!

- C'est ça ! Alors puisque tu es si puissant, Black, pourquoi tu n'es pas déjà allé affronter Voldemort?

La réplique de Lily a jeté un froid. Sirius tourne les talons sans répondre et James marmonne un « quelle rabat-joie, celle-là! ». Tout le monde fixe James, interloqué : critiquer Lily ne lui ressemble pas. Je suis la seule à fixer ladite Lily, qui semble plus peinée que surprise par la remarque de James. J'ouvre la bouche pour lui parler, mais à ce moment-là, le professeur Slughorn nous invite à entrer.

oOoOo

Ce cours s'annonce bien moins drôle que le précédent. Non seulement j'ai le trac à l'idée du déclenchement de la phase un (« mais non, il n'y a pas de raison », tente mon neurone rationnel. « Tu as besoin de deux doses de potion et tu en as même une troisième en réserve ! »), mais en plus, je me retrouve aujourd'hui à préparer ma potion avec… Sirius. Youpi.

Sirius est, en théorie, quelqu'un de bavard. Je dis en théorie parce qu'il n'a pas décroché un mot depuis le début du cours. Et nous en sommes à la moitié. Je commence à en avoir marre. Il me tourne pratiquement le dos, met les ingrédients dans la potion en silence et tire une tronche qui ferait fuir Voldemort. Cela dit, je suis une Gryffondor je n'ai peur de rien, c'est bien connu. Donc, je ne fuirai pas. Mais, car il y a un mais, je déteste être ignorée. C'est pourquoi je l'apostrophe « en douceur » :

- T'as fini de faire la tête, Black ?

- Grmbl.

Je lève un sourcil. Suis-je sensée prendre ça pour une réponse ? On va dire que oui.

- T'es très doué pour les onomatopées, je trouve.

Pas de réponse, mais je le vois essayer de dissimuler un sourire. Comment continuer ? Vite, neurone de l'éloquence, trouve quelque chose !

- Passe-moi l'oignon.

Oui, euh… T'aurais pu trouver mieux, mais bon, on va faire avec. L'homme des cavernes qui me sert de voisin me le donne brusquement. Tout en le pelant, je continue mon monologue.

- C'est dingue ce que tu peux être bête, à moins que tu ne le fasses exprès. J'avoue que je préfère la seconde solution.

Toujours pas de réponse. Il va m'énerver.

- Mais ton comportement me donne à croire qu'en fait, tu es vraiment bête.

Encore pas de réponse. Je m'énerve.

- Faut vraiment être stupide pour croire que je veux te tuer parce que tu es un Black. Je vois quatre objections : la première, c'est que si j'avais voulu te tuer, je l'aurais fait depuis longtemps. En sept ans, ce ne sont pas les occasions qui manquent.

Pas une réaction. Crétin.

- La seconde, c'est que quitte à tuer un Black, autant tuer Bellatrix, ça fera une catastrophe ambulante en moins sur terre.

Rire contenu. On progresse.

- La troisième, c'est que tuer un Gryffondor n'est pas la chose la plus intelligente à faire en ce moment. Mais peut-être que tu me prends pour quelqu'un de stupide.

Il se redresse, la bouche ouverte, prêt à répliquer. Victoire ! Sirius Black réagit. Mais en voyant mon air victorieux et un tantinet supérieur, il referme la bouche et reprend sa tête de psychopathe.

- Et la quatrième, c'est que je me mettrais la moitié des filles de Poudlard à dos parce que j'aurais osé supprimer le grand, le fort, le beau Sirius Black.

Allez, flattons son égo. Ça marche : il rit franchement. Il me regarde même avec l'air flatté.

- Ça va, t'as gagné Luthine.

Je grimace. Je crois que je viens de réussir un exploit.

- Je gagne toujours.

- Pour le pari, ça me semble mal parti.

- Que tu crois !

Il a une moue sceptique. À ce moment-là, Slughorn annonce que c'est l'heure de rendre les potions. Je mets la nôtre dans un flacon, le bouche et… le laisse sur la table. Je pars ensuite vers le bureau du prof avec mon éprouvette d'Aquamora. Sirius me tire par la manche.

- Tu n'oublierais pas un truc ? dit-il en me montrant le flacon.

Je fais un signe de négation.

- Tais-toi et regarde.

Il lève un sourcil.

Je m'arrange pour me retrouver juste derrière Evan, ma fiole devant moi. Comme d'habitude, des sacs traînent partout dans la rangée. Je me prends les pieds dans l'un d'eux, trébuche. Ma potion gicle et Rosier se retrouve complètement aspergé. Oups.

- Sale… commence-t-il. Mais il se reprend en voyant Slughorn accourir.

- Miss Selwyn, voyons ! Vous auriez pu faire attention ! s'exclame le professeur. Heureusement que le philtre de paix est inoffensif s'il n'est pas ingéré ! Rassurez-vous, jeune homme, vous n'aurez pas besoin d'un séjour à l'infirmerie. Quant à vous, Miss Selwyn, que comptez-vous me rendre, maintenant ? Cela va vous valoir un zéro pointé !

Je prends un air embêté. Rosier, de son côté, ricane. Même pas besoin de m'insulter, il est vengé. Mais non, héhé. Il se lance un sort de séchage et je me réjouis intérieurement que cela ne fasse pas disparaître les odeurs.

- Non Monsieur ! dit Sirius en arrivant au pas de course. Je n'avais pas encore rincé le chaudron ! Voilà un nouvel échantillon de notre potion !

Slughorn semble ravi. Rosier déchante et nous lance un regard mauvais. Je lui tire la langue.

- Ah, Mr Black, toujours prévoyant !

Le prof me regarde.

- Allons, allons, Miss Selwyn, ne faites pas cette tête ! Le mal est réparé, voilà l'essentiel. Tâchez d'être plus attentive la prochaine fois !

- Merci, professeur, je dis avec une mimique soulagée.

Je m'empresse de repartir vers ma table en compagnie de Sirius, laissant Rosier en plan.

- Qu'est-ce que tu mijotes ? me demande le Maraudeur.

- Je gagne mon pari.

Il hausse un sourcil.

- Tu sais que ce sont les Serpentards qui doivent faire de la magie rouge, pas toi, hein ?

- Je sais, je sais… D'ailleurs, si j'étais toi, je resterais éloignée de Rosier quelques temps.

Je jette mon sac sur mon épaule.

- Pourquoi ?

- Tu ne penses quand même pas que je vais te le dire ? je m'exclame avec un grand sourire.

oOoOo

Le lendemain matin, quand je descends prendre mon petit déjeuner, je remarque un attroupement inhabituel autour du panneau d'affichage. Curieuse, je m'approche, mais il y a trop de monde pour que je puisse distinguer quoi que ce soit. Alors que je commence à désespérer, j'aperçois les garçons qui remontent la mêlée à contre-courant. Je les apostrophe :

- Hé, qu'est-ce qu'il se passe ?

- Sortie à Pré-au-Lard dans deux semaines ! s'écrie Peter, réjoui à cette idée.

- On va enfin pouvoir sortir !

Ann m'a rejointe et s'extasie à son tour. Je contemple mes amis, songeuse, en me demandant comment la sortie d'Halloween peut être maintenue après l'attaque de la semaine dernière. Personne d'autre n'a l'air d'y penser. Mon regard s'arrête brusquement sur James. Il y a quelque chose d'inhabituel, mais quoi ? Ah, trouvé.

- James, c'est quoi ce que tu as dans le cou ? je dis en désignant la longue estafilade qui se termine sur sa joue.

- Hein ? Oh, ça… Je croyais l'avoir mieux cachée !

Il sort sa baguette et marmonne une formule de dissimulation. Sa peau retrouve son aspect normal.

- Morgane mais qu'est-ce que vous avez encore inventé ? s'écrie Ann. Un jour, vous allez trouver plus fort que vous et vous aurez de gros ennuis !

- Mais non, voyons, ils ont un préfet avec eux, fait une voix dans mon dos.

- Remus ! je m'écrie en me retournant.

« Saute-lui au cou et embrasse-le pour lui montrer combien tu es heureuse de le retrouver », susurre mon neurone de la groupie en furie. Ah, j'avoue que c'est tentant. Mais, si c'est tout à fait du style d'Ann, ce n'est absolument pas du mien. Ce serait suspect, comme comportement. « Suspect ? Limpide comme du Veritaserum, tu veux dire ». Oui, bon… Je me comprends.

- Ca va ? s'enquiert Ann alors que mes neurones se livrent à un duel acharné pour décider du comportement à adopter.

Surprise par la question, je laisse mes neurones vaquer à leurs occupations et détaille le Maraudeur. Il semble davantage épuisé qu'à l'accoutumée. Ses épaules sont voûtées et son teint grisâtre fait apparaître d'énormes cernes sous ses yeux. Le pauvre, il a l'air si fragile que j'ai envie de le prendre dans mes bras (pour le soutenir, évidemment). Ou de le mettre au lit.

- Lunard ! s'écrie Sirius en se précipitant vers son ami au risque de l'envoyer rouler par terre. Tu nous as manqué ! Combien as-tu donné à Pomfresh pour qu'elle te laisse sortir de si bon matin ?

- Qu'est-ce que tu faisais à l'infirmerie ? demande Ann, fouineuse comme toujours.

Sirius a l'air de celui qui s'est fait prendre la main dans le sac, mais c'est Remus qui répond de sa voix calme et fatiguée :

- Je pense que la tête que je fais explique une nuit à l'infirmerie… Une allergie, selon Miss Pomfresh. Rien de grave, mais extrêmement fatiguant.

- Encore l'armoise ? je questionne.

Je me souviens d'un incident semblable, l'année dernière, qui l'avait aussi conduit à l'infirmerie.

- Sûrement ces fichus Serpentards, gronde Peter, pas très rassuré.

- Oh, regardez ! Fabian est rentré ! s'exclame James en désignant le hall.

Tout le monde se tourne dans la direction indiquée. Fabian se tient là, pâle et tout de noir vêtu, un sac de voyage à la main. Il foudroie son capitaine du regard, furieux d'être le point de mire de tous les élèves. Ses amis se précipitent vers lui et certains autres les imitent. C'est révulsant, ce voyeurisme. Je me contente de lui adresser un signe en passant devant lui, accompagné d'un sourire incertain. Il me le rend en passant une main lasse sur son visage.

Les garçons nous précèdent dans la Grande Salle. C'est le moment que choisit le neurone de la groupie en furie, qui a visiblement gagné la bataille, pour se rappeler à mon bon souvenir : « Eh bien, Remus revient et c'est tout ce que tu trouves à faire ? Alors qu'il est affaibli et vulnérable ? Merlin, Luth, quel mauvais stratège tu fais ! C'est le moment de frapper, voyons ! ». Et pour une fois, je trouve qu'il a bien raison. Prise d'une soudaine impulsion, je me faufile entre lui et Sirius sur le banc des Gryffondors. Avec un sourire, je lui dis :

- Je suis contente que tu sois revenu.

« Bien. Maintenant, on va pouvoir passer à la phase deux », commente mon neurone satisfait.

oOoOo

Trois jours plus tard, assise à table, je contemple mon frère et sa copine se disputer pour des broutilles avec un sourire goguenard. Il a encore frimé en disant que Sirius Black l'avait « presque qualifié de Maraudeur » et elle en a eu marre. Pour une fois que ce n'est pas moi qui râle !

- Tu crois qu'on peut porter plainte contre un prof pour esclavagisme ? me demande soudain Mary qui fait grise mine.

- Euh… Ca dépend de ce que tu qualifies d'esclavagisme.

- Deux cent centimètres de parchemin à rendre sur la troisième révolte des gobelins, ça passe ?

- Ah oui, largement, je pense. Malheureusement on ne peut pas grand-chose contre les fantômes… Même Azkaban ne doit pas être efficace…

Mary gémit de découragement.

- Je vais y passer mes nuits !

Je ne peux que lui tapoter le bras en guise d'encouragement et me réjouir intérieurement d'avoir arrêté l'Histoire de la magie.

- Eh, regardez ! s'exclame Mandy, pliée de rire, en désignant la table des Serpentards.

Bellatrix et Rodolphus sont assis chacun d'un côté de Rosier et se lancent des regards mauvais. La première a déboutonné le haut de son chemisier et tente de lui donner la becquée, ce que mon cher cousin ne semble pas apprécier.

Je me retiens de rire. Cela fait maintenant trois jours que j'ai renversé la potion et deux que les effets sont visibles. Et qu'est-ce qu'on s'amuse ! De l'amour à la haine, il n'y a qu'un pas que BB Black et Lestrange ont aisément franchi. Ils se battent constamment pour Rosier qui ne comprend pas ce qu'il se passe. Par exemple, en cours de Défense contre les forces du mal, Bellatrix a presque jeté Rodolphus de sa chaise pour pouvoir s'asseoir à côté de Rosier. Il a sorti sa baguette et ils se seraient battus si McKinnon n'était pas intervenue pour enlever trente points à Serpentard et les envoyer chacun à une extrémité de la classe.

Contemplant mon œuvre, je me dis que mon neurone de la groupie en furie a bien raison. On va pouvoir passer à la phase deux.

oOoOo

Le soir, je recopie deux philtres d'amour basiques souvent utilisés pour la Saint-Valentin, que je leur glisserai discrètement au prochain cours de Potions. Sous influence de la potion, ils ne devraient pas se poser trop de questions pour connaître l'origine de la recette et elle devrait leur donner la petite impulsion nécessaire à l'usage de la Magie rouge.

oOoOo

- Dis-moi, Luth, tu es sûre que tu sais ce que tu fais ? me demande Ann, le lendemain, en contemplant le joyeux désordre qui règne chez les Serpentards.

Son manque de confiance pourrait me vexer, mais il faut dire à sa décharge que l'effervescence qui agite la table verte est plus que surprenante. La moitié de la maison tourne autour d'un Rosier complètement dépassé en tentant d'attirer son attention. Lestrange pointe sa baguette sur trois élèves et Bellatrix chasse un sixième année en posant une main possessive sur Evan. Au total, une quinzaine d'élèves gravitent autour de lui, sous les yeux atterrés de leurs camarades.

Brusquement, Rosier s'extirpe de la foule et pointe sa baguette sur ceux qui tentent de le rattraper.

- J'EN AI MARRE !

Et il sort en courant de la Grande Salle.

Les Maraudeurs sont pliés de rire… jusqu'à ce que leur regard se pose sur la table des professeurs où Minerva McGonagall les fixe, furieuse. Oups. Pour une fois qu'ils ne sont pas coupables… Je sens soudain Remus et Sirius me considérer d'un œil soupçonneux.

- J'ai rien fait ! je dis en levant les mains.

Enfin, presque…

Car Ann a raison, je ne suis pas sûre d'avoir encore le contrôle des évènements. Je n'avais pas prévu que la potion serait si puissante. J'aurais dû penser que les copines de dortoir de BB Black connaissaient son odeur à elle, de même que les autres garçons qu'elle fréquente dans leur salle commune. Toute la bande de Rosier a subi les effets de l'Aquamora et quelques sixième et cinquième années sont également sous le charme. Au départ un peu paniquée par l'ampleur des choses, j'efface vite mes scrupules. Mon pari n'en sera que plus réussi. Sirius aura sa journée de silence et Remus le gage parfait que je lui ai trouvé… Héhé. C'est le neurone de la groupie en furie qui va être content.

oOoOo

Durant la semaine, des scènes hilarantes ont lieu dès que Rosier se trouve à proximité d'un élève touché par l'Aquamora. Peter me félicite James qui n'irait pas jusque-là, m'a adressé un regard admiratif. Remus et Sirius ne peuvent être heureux de la tournure des évènements, car ils sont en train de perdre leur pari à vitesse grand V. Cela dit, ça ne les empêche pas de s'amuser comme des fous. Rogue et Bellatrix se sont battus à coup de sortilèges dans un couloir, chacun tentant d'empêcher l'autre d'approcher leur bien-aimé Evan. BB Black a fini avec un groin de cochon à la place du nez et Rogue avec des cheveux qui lui tombaient jusqu'aux pieds. Pas franchement ragoûtant.

oOoOo

- C'est aujourd'hui le grand jour ! je dis aux garçons en sortant de cours le lundi suivant.

J'ai vu Rodolphus caresser un flacon caché dans sa poche en fixant Rosier et Ann m'a rapporté que Cameron Zabini en serrait un dans sa main en rentrant dans la Grande Salle. Je les désigne à Remus.

- Surveille-les et prépare-toi à perdre !

- Tu crois que Sirius va te laisser t'en tirer comme ça ? rit le Maraudeur.

- Qu'est-ce que tu veux qu'il fasse ?

Prise d'un doute, je tourne la tête vers Sirius qui parle à… Lily !

- Le tricheur ! Il n'a pas le droit de l'influencer ! SIRIUS ! Arrête ça tout de suite !

Black se retourne et me tire la langue. Mais Lily, qui m'a entendue, me fait signe de ne pas m'inquiéter.

- Tu sais bien que je suis impartiale, Luth ! Même si cette histoire de pari n'est pas très réglementaire… ajoute-elle pour elle-même.

James intervient :

- J'ai vérifié dans le règlement. Personne n'a parié d'argent ou un quelconque objet de valeur, dit-il. On n'enfreint aucune règle.

Lily reste bouche bée un instant et je dois dire qu'elle n'est pas la seule. Depuis quand James vérifie que ses blagues sont conformes au règlement ? Notre Préfète-en-chef se laisse tomber sur le banc de la table de Gryffondor.

- Waouh, chuchote Mary, mais c'est qu'il a réussi à la faire taire !

On dirait qu'elle vient de voir Merlin en personne. James est très fier de lui (je veux dire, plus que d'habitude). Les autres se sont remis du choc et regardent attentivement la table des Serpentards.

Evan est évidemment au centre de toutes les attentions. Cameron Zabini verse quelque chose dans son verre, elle va gagner le jackpot ! Ah non, Mesdames et Messieurs, intervention de Severus Rogue, plus rapide que l'éclair, qui renverse l'objet d'un geste rageur. Elle est disqualifiée !

- Ma journée de silence que ce sera Rogue qui arrivera à se taper Rosier, me glisse Sirius à l'oreille.

Je sursaute. Concentrée comme je l'étais, je ne l'ai pas entendu s'installer à mes côtés. Qu'est-ce que Remus m'avait dit, déjà ? Ah oui, que Sirius ne me laisserait pas m'en tirer comme ça.

- Tu as peur de perdre, pour parier ça ? je réponds, en souriant.

Il secoue la tête avec un air fier, mais je ne suis pas sûre de la façon dont je dois interpréter ce geste.

- Alors, tu acceptes, oui ou non ?

- Un pari à l'intérieur d'un pari, ça me semble louche… Mais comme je suis sûre de gagner, je parie que ça ne sera pas Rogue.

Et je tape discrètement dans sa main. Remus, assis en face de nous, fronce les sourcils.

- Tu veux parier aussi, Remus ? propose Sirius.

- Non, lui, c'est un bon joueur, je le coupe avant qu'il n'ait le temps de répondre.

Pas question de risquer de perdre ce pari et de ne plus pouvoir donner son gage à Remus. J'ai ferré ma proie, je ne la lâche plus.

- Merci, Luth, j'apprécie, dit Remus en narguant Sirius avec sa fourchette.

Sirius se met à bouder. Sans quitter les Serpentards des yeux, évidemment.

Mais le repas est étrangement calme. On va dire que c'est la mi-temps. Chaque camp (et il y en a beaucoup) rassemble ses forces pour mieux attaquer ! Alors que le flux des élèves sort de la Grande Salle, nous nous arrangeons pour nous trouver près de nos ennemis de toujours. Tenez, voilà que l'heure de la reprise a sonné : les Serpentards ensorcelés repassent à l'action ! La vedette du moment s'arrête, elle semble perdue. Ses admirateurs s'affolent !

- Evan ? Ça va ?

- Non ! s'exclame-t-il en reprenant ses esprits.

- Oooooh ! gémit Bellatrix en tentant de reprendre l'avantage. Je peux t'aider ?

- Rodolphus ! Où est Rodolphus ?

Rosier ne se contrôle pas… Il cherche frénétiquement Lestrange, des gouttes de sueur perlent sur son front… Mais où est passé Rodolphus ? Se ferait-il désirer ? Non, le voilà qui arrive !

- Je suis là, Evan ! beugle le petit ami de Bellatrix en se frayant un chemin à travers la foule.

Bellatrix a un air extrêmement déçu sur le visage. Son « petit ami » l'écarte sans ménagement de Rosier et elle se ramasse sur Rogue, qui passe sur Cameron qui s'étale par terre... Quelle formidable partie de dominos ! Mais Evan n'attend pas et serre à l'étouffer un Lestrange extatique.

- Rodolphus, je… Je dois te dire quelque chose…

Evan le repousse et le regarde dans les yeux. Son air sérieux laisse à penser qu'il va lui annoncer une nouvelle grave, du genre « J'ai appris que tu vas mourir dans deux heures » (quoique ça serait plutôt une bonne nouvelle pour l'humanité), ou « Le Choixpeau veut t'envoyer à Gryffondor ». (Là pour le coup, ça serait vraiment grave. Le QI de ma maison baisserait d'au moins 140%.)

- Rodolphus, je ne peux pas vivre sans toi !

Quelle belle déclaration, comme c'est émouvant ! Comment ne pas réagir à un discours si touchant ? Mais l'information ne semble pas remonter au cerveau de l'heureux élu, alors que ses camarades ont compris tout de suite. Les ensorcelés trépignent de dépit alors que les autres arborent un air choqué. Quel beau spectacle ! Bellatrix manque de s'étouffer et devient donc bleue. Oui, bleue. Ah non, verte. De déception, sans doute. Ah, elle change encore ! Rouge, maintenant ! Rouge, ce n'est pas la rage, ça ? Oh tiens, jaune ! Violet ! Rose ! À mes côtés, Sirius et Remus sont morts de rire. Eux aussi, ils vont finir tous bleus s'ils ne font pas attention.

- Je… Je t'aime ! hésite Evan, décontenancé par l'absence de réaction de son cher et tendre. Je te veux pour moi seul !

Regard assassin à l'intention de Bellatrix. C'est le moment que choisit Rodolphus pour réagir.

- Moi… Au…siii ! hurle-t-il en se jetant de tout son poids sur son nouveau chéri.

Et ledit poids étant relativement imposant, Rosier se retrouve plaqué contre le mur, à deux doigts de l'asphyxie certes, mais un sourire radieux aux lèvres. C'est Noël en avance, dirait-on. Et pour se prouver leur amour, les tourtereaux s'embrassent avec passion devant la moitié de l'école.

À l'intérieur de ma tête, les neurones de l'autosatisfaction et du fou rire incontrôlable sautillent de partout en criant « Victoire ! Victoire ! Victoire ! C'est qui qui a gagné ? C'est Luth ! C'est elle la plus forte ! Victouaaareuuh ! ».

- Beuark ! fait quelqu'un non loin de moi.

J'aperçois James et Lily qui regardent les deux Serpentards d'un air choqué. Il faut dire que le tableau n'est pas très ragoûtant. Autant Evan est quelqu'un de banal, autant la silhouette de Rodolphus fait penser à un Grapcorn qui vient de rencontrer un Magyar à pointes. Même moi, je n'ai pas pu retenir une grimace de dégoût.

Les Serpentards ensorcelés ont des mines furieuses ou dépitées (je vous laisse imaginer la tête de Bellatrix) et les élèves qui ne sont pas horrifiés par la scène sont à bout de souffle. Sirius a même des larmes qui perlent au coin de ses yeux.

- J'ai… mal… aux… abdos ! souffle Remus, plié en deux au sens le plus littéral du terme.

Il chancelle et s'appuie sur moi pour ne pas tomber.

Le neurone de la groupie en furie rejoint ceux de l'autosatisfaction et du fou rire incontrôlable pour danser un rock endiablé. « Victoire ! Victoire ! Double Victoire ! Hiiiiiiiii ! Victoire ! Luth est la meilleure ! »

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? tonne tout à coup une voix que je ne connais que trop.

McGonagall traverse la foule d'élèves et reste un instant sans voix devant la scène qui s'offre à elle. Il faut dire que nos charmants amis de Serpentard n'en sont pas restés au baiser standard, genre Ann et Phillip au banquet de début d'année. Ils s'agrippent l'un à l'autre comme s'ils avaient peur de tomber et cherchent fébrilement à dénouer leur cravate. Beurk. Pas ici, s'il vous plait. Tout d'un coup, le tremblement de mon épaule cesse. Je tourne la tête vers Remus, qui y est toujours appuyé. Il a relevé la tête et son fou rire s'est calmé. Il fait à peu près la même tête que McGonagall, maintenant. Celle-ci explose :

- Mr Rosier et Mr Lestrange ! Qu'est-ce que ce comportement ? Arrêtez immédiatement !

Mais les amoureux s'en fichent et continuent à se bécoter à qui mieux mieux. Les menaces de retenues à perpétuité ou d'exclusion n'ont d'effet sur eux. Notre directrice sort alors sa baguette et leur jette un Separo qui installe une distance d'un mètre entre eux.

- Non ! Evan ! halète Rodolphus en tendant les mains.

Rosier agit de la même façon, ils sont pathétiques (je veux dire, encore plus que d'habitude), c'est trop comique. McGonagall semble avoir compris qu'ils ne sont pas dans leur état normal, mais ne sait pas trop quoi faire. Toutes ses tentatives pour attirer leur attention restent vaines. C'est alors que Slughorn arrive à son tour, plus curieux qu'autre chose.

- Eh bien, pourquoi cet attroupement ? Quelqu…

Il s'étrangle, comme McGonagall en découvrant la scène.

- Ah, Horace, vous tombez bien. J'ai comme l'impression que ces deux-là ne sont pas dans leur état normal ! s'exclame notre directrice.

- Vous l'avez dit, Minerva !

Le professeur de Potions tourne autour du couple d'un air intéressé.

- Philtre d'amour, évidemment… diagnostique-t-il immédiatement. Il vaut mieux les emmener à l'infirmerie, Minerva. Permettez que je m'en occupe ?

- Avec joie ! répond l'intéressée d'un ton las.

Mais à peine Slughorn s'est-il éloigné qu'elle s'adresse à l'assemblée.

- Si je trouve le coupable, je veillerai personnellement à ce qu'il écope de la plus belle punition de sa vie ! Je peux vous assurer que toutes les créatures de la forêt interdite lui paraîtront sympathiques après ce que je lui aurai infligé ! Et maintenant, circulez !

Comme par hasard, ses yeux se posent sur les Maraudeurs et surtout sur Sirius, peut-être le plus turbulent des quatre. Il croise son regard et hoche la tête négativement, sans même prendre un air d'innocent. Évidemment, McGonagall ne semble pas convaincue. James me regarde d'un air scandalisé. À peine la prof partie, je lui lance :

- Eh, c'est vous les habitués des mauvais coups !

- Je te jure que si c'est nous qui prenons pour toi, la punition de McGonagall sera une partie de plaisir comparé à ce que je te ferai subir !

- Com…

- Ça suffit tous les deux ! intervient Remus en poussant James loin de moi.

Je suis furieuse. Comment ce fils de… Non, comment cet abruti… cet hypocrite… ce… ose-t-il me parler comme ça ? Ça ne le regarde même pas ! Vu la tête de Lily, juste derrière James, elle est du même avis que moi. Ça me rassure.

- James, tu n'agresses pas Luth comme ça ! dit mon Maraudeur préféré. Tu sais très bien que si c'est nous qu'on soupçonne, c'est qu'on n'a pas le profil de la bonne sœur qui suit le règlement à la lettre !

- Et puis, on a déjà fait bien pire, ajoute Sirius.

Il soutient le regard de James. J'ai comme l'impression qu'il y a quelque chose de très important en jeu que je ne peux pas saisir. On sent soudain comme une certaine tension dans l'air. Le temps semble s'arrêter pendant que les deux presque frères communiquent par télépathie.

- Ah… Hum, en tout cas, Luth, fait Remus, bizarrement gêné, bien joué ! Je dirais presque que je ne regrette pas d'avoir perdu !

Il a haussé le ton sur la dernière phrase en levant les pouces. Je m'apprête à répondre, flattée, mais Sirius a aussitôt tourné la tête.

- Moi, je regrette franchement d'avoir perdu, j'aurais bien aimé t'avoir rien qu'à moi toute une journée !

- Va falloir réprimer ton fantasme, Black !

- Ce n'est que partie remise, Luthine !

- On en reparlera après ta journée de silence, OK ?

Et, sur ces sages paroles, je commence à m'éloigner. Hormis quelques Serpentards sonnés, le Hall est presque vide.

- Au fait, Luth ! crie Sirius.

Je me retourne.

- Joli coup, j'accepte ma défaite !

Victorieuse, j'éclate de rire. Pas longtemps. Derrière mes amis, je vois le visage mauvais de Rogue et Bellatrix. Visiblement, ils ont tout entendu. Oups.


Luth dit que vous avez intérêts à être fiers d'elle, parce que c'était difficile à mettre en oeuvre, comme pari. Et que grâce à la super discrétion de Sirius elle risque de se faire trucider très vite. Elle vous demande si vous avez une idée de comment elle pourrait se protéger, se débrouiller pour survivre?

Caprice sait comment Luth va se débrouiller - ou pas - mais bien évidemment elle préfère vous laisser faire de jolies suppositions qu'elle s'amusera à lire. Elle vous dit à bientôt pour "Les déclarations", titre qui devrait vous mettre la puce à l'oreille. Elle vous prévient cependant que le chapitre n'arrivera peut-être que mardi car elle part une petite semaine en vacances. Et elle en profite pour vous dire qu'après ce sixième chapitre elle aura le regret de vous laisser deux longues semaines sans chapitre car elle repart en vacances. Mais promis, après, elle sera toute à vous.