Bonjour à tous!

Avec un jour de retard, voici ce sixième chapitre. Son titre est équivoque mais saurez-vous retrouver toutes les déclarations qui s'y trouvent? La chasse est ouverte.

Par ailleurs, je risque de devoir ralentir un peu mon rythme de publication car une bêta m'a lâché, il faut donc le temps que j'en trouve une autre et que nous nous mettions à jour ensemble.

Bonne lecture!


Chapitre 6 : Les déclarations

Après m'avoir écoutée attentivement expliquer mon plan, Lily m'a déclarée « gagnante légale ». Pourtant, ma victoire a failli m'échapper. J'avais soigneusement dissimulé mon entrée dans le dortoir des Maraudeurs, mais j'ai été découverte. Dès que Remus a lu les ingrédients qui entraient dans la constitution de l'Aquamora, il a levé les yeux vers moi et a éclaté de rire. « Alors, la bouteille d'hydromel en moins, c'était toi ? ». J'ai manqué de m'étouffer. Vu la quantité de bouteilles dans leurs valises, j'avais pensé qu'ils ne s'en rendraient pas compte. « Ah, il manquait une bouteille d'hydromel ? » a demandé Sirius, surpris. J'ai poussé un soupir intérieur. Non, ils n'avaient rien remarqué, sauf Remus. Extérieurement, j'ai fait celle qui était gênée de s'être fait prendre. Mais Remus n'avait pas l'air de m'en vouloir beaucoup et s'était contenté de dire que la prochaine fois, ils fermeraient leur porte à clé. Sirius, lui, avait plutôt l'air estomaqué : « Luth, je ne te croyais vraiment pas du genre à aller fouiller dans notre dortoir ! Tu te dévergondes ! ». Si mes autres amis avaient ri aussi en voyant la scène (excepté Lily, un peu choquée par mon audace, mais pas totalement désapprobatrice), il n'en avait pas été ainsi pour James. Le capitaine de l'équipe de Quidditch avait protesté contre mon intrusion à corps et à cris, utilisant les mots « voleuse » et « déloyale » à tour de bras. Mais sa chère et tendre Préfète-en-chef lui avait cloué le bec en disant que si les garçons avaient la possibilité d'entrer dans les dortoirs des filles, elle le connaissait assez bien pour savoir qu'il s'y serait précipité dans notre dos. James a fermé son caquet, m'a assassiné du regard et Lily m'a déclaré gagnante. Na !

oOoOo

Je m'accorde le luxe de ne pas travailler de la soirée pour fêter l'événement. Je n'aurais jamais pensé que les garçons seraient impressionnés par mon idée. Après tout, ce sont eux les rois des manigances. Et si, comme d'habitude, James ne l'avouera jamais, je prends les compliments des trois autres comme la reconnaissance du groupe au complet. Et surtout celle de Remus qui n'en sait plus quoi dire. A moins que ça ne soit Lily riant à une blague de James qui lui en bouche un coin.

- Tu crois qu'il va recommencer à l'embêter maintenant que le pari est fini ? je lui demande, autant pour le commérage que pour le rapprochement stratégique.

- Ca serait vraiment dommage, ils s'entendent mieux que jamais depuis qu'il lui fiche la paix.

Hum, visiblement nous n'avons pas la même conception de l'amélioration des relations entre Lily et James.

- Tu rigoles ? Elle ne l'a jamais autant voué aux gémonies !

- Ah, mais c'est un problème tout à fait différent, ma chère. Il y a deux mois, tu ne l'imaginais pas rire devant « Potter le pitre » !

- Certes… Mais ça n'explique pas les tendances psychopathes.

- Tu sais, les habitudes ont la vie dure !

Je l'observe, surprise par son ton moqueur. Je ne vois pas ce qui est drôle, surtout que si ce genre d'explication suffit parfaitement à Sirius ou James, elle ne ressemble pas à Remus. Donc…

- Toi, tu caches encore quelque chose.

- Encore ? Tu exagères. La raison pour laquelle Lily vitupère sans cesse contre James est plus claire que du Veritaserum.

- Et c'est…?

- Je ne te le dirai pas, pour la simple et bonne raison que je n'ai pas envie que tu ailles abreuver Lily de conseils superflus.

- Hé, ce n'est pas mon genre !

- Non, mais c'est celui d'Ann. Et comme je sais que tu iras tout lui répéter, ce qui n'a rien d'anormal, je préfère garder le silence.

- Doux Merlin tu as un don pour agacer les gens ! je m'exclame en le poussant du coude. C'est la deuxième fois que tu me dis « je sais, mais je ne le dirai pas » ! Pourquoi ne peux-tu pas te taire, tout simplement ?

Il a un petit sourire suffisant (oh my, James déteint sur lui !), mais ne répond rien. Dois-je le torturer encore une fois ? J'imagine furtivement ses beaux yeux, éclairés par le feu de la cheminée, lever sur moi un regard suppliant. Huhu.

- Je sais à quoi tu penses !

- Sauf que ce ne serait pas discret. Non seulement les trois autres Maraudeurs sont dans les parages, mais tu ne voudrais pas te mettre la moitié des filles de Poudlard à dos également ?

J'ouvre une bouche stupéfaite. Je croirais entendre James, là ! Ce n'est pas Remus du tout. Pourquoi dit-il cela ? En plus, cette phrase me dit quelque chose… Oh ! La moitié des filles de Poudlard à dos parce que j'ai tué Remus ?*

- Sirius t'a répété ça ! je crie après un temps de réflexion. Je vais le tuer !*

Et je bondis du canapé pour aller dire ses quatre vérités à Black. C'est seulement lorsque j'entends le rire de Remus derrière moi que je prends conscience qu'il m'a manipulée en beauté. Je vais les tuer. Et commencer par Remus. Je fais demi-tour et lui jette un coussin à la figure.

« Phase 2 amorcée ».

oOoOo

Le lendemain, Peter et Mary partent à la bibliothèque pour commencer leur exposé d'Histoire de la magie (que Binns va-t-il seulement écouter ?) et je me décide soudainement à les accompagner. Non, je ne suis pas d'une grandeur d'âme sans égale. Et je n'ai pas non plus un besoin impératif de me rendre dans la pièce tamisée et étouffante qu'est l'antre de Miss Pince. Ma raison de les suivre est beaucoup plus intéressée.

Accaparée par l'attaque, puis par le pari, j'en ai un peu oublié le Garçon Mystère. Grave négligence. Car si ce garçon existe, la supposition d'Ann peut se révéler exacte, c'est-à-dire que c'est peut-être Remus. Dans ce cas, une fois l'information confirmée, je n'aurai plus qu'à lui sauter dessus comme une groupie en furie. Et si ce n'est pas lui… eh bien, j'essaierai de ne pas me comporter bizarrement avec le malheureux élu. Et s'il n'existe carrément pas, aucun problème ne se posera.

Forte de ce résonnement optimiste, j'ai décidé sur un coup de tête de commencer mon enquête par Peter. Les proches de Remus doivent être au courant et constitueront une source sûre. Je sais d'avance que James ne me dira rien – à moins que j'aie des informations intéressantes sur Lily en échange, mais ce n'est pas le cas – et que je ne tirerai rien de plus de Remus. Et il va sans dire qu'il est plus facile d'interroger Peter que Sirius. Si Peter ne dit rien, alors je proposerai à Sirius d'annuler sa journée de silence en échange de l'information, ça devrait être assez tentant !

J'ouvre un livre d'Arithmancie, déjà découragée par les longues formules qui s'alignent devant moi. McKinnon avait raison : l'étude des schémas magiques d'éthique est au programme. Et c'est indigeste. De toute façon je n'ai pas la tête à ça et que le neurone studieux ne vienne pas me dire qu'il y a un certain relâchement dans mon travail. On ne peut pas toujours penser qu'aux ASPICs, il faut bien se détendre ! Et puis ma vie future dépend aussi de mon bien-être sentimental. Bref.

Mes deux amis discutent à voix basse, penchés sur un énorme volume poussiéreux. Que dire pour attirer leur attention et entamer innocemment la conversation ? Je vais devoir me creuser la cervelle toute seule – aucun neurone ne semble volontaire pour la ramener cette fois-ci.

Je mâchonne distraitement ma plume à la recherche d'une idée. Il me faut une idée. Et ça m'énerve de ne pas trouver. J'ai besoin d'une idée, là, maintenant, tout de suite, pour savoir qui est le Garçon Mystère. Et des idées, je n'en trouve pas. Ca prouve que je n'aurai jamais pu être à Serpentard. Une vraie Serpentard aurait ourdi un plan des jours à l'avance et aurait exactement su quoi dire le moment venu. Ou alors, très douée, je posséderais un sens de l'improvisation et de la comédie remarquable. Pas du tout moi, quoi. En brave et digne Gryffondor, j'ai foncé au combat sur une impulsion et ne sais plus quoi faire au moment de l'affrontement. Voyons, comment se bat un Gryffondor ? Ah oui, de front.

- Dites, vous ne me connaîtriez pas un admirateur secret, par hasard ? je lance aux historiens en herbe.

Deux têtes en forme de points d'interrogation me font face. La subtilité n'est définitivement pas mon fort.

- Pourquoi tu demandes ça ? fait Mary, bouche bée.

J'ai parfaitement compris le sens de la question, mais je choisis de l'ignorer. Je ne vais quand même pas expliquer devant Peter que je n'ai trouvé aucune technique pour l'interroger discrètement. J'adresse simplement un regard lourd de sens à mon amie.

- Parce que j'ai ouïe dire qu'un tel garçon existait. Et que le célibat n'étant pas seyant, j'ai décidé de voir si sa candidature pouvait être retenue.

Peter ressemble à un poisson hors de l'eau. Faut dire que chercher un amoureux pour un entretien d'embauche, on a vu mieux.

- Mais j'ai pour cela besoin de son identité. Comme mes recherches n'ont rien donné et que mon pauvre cerveau n'arrive pas à faire le tri, je fais appel aux vôtres. Alors ?

Je croise les bras, attendant une réponse.

- Un garçon qui serait amoureux de toi ?

Peter semble perplexe. Il fronce les sourcils.

- Non, vraiment… Je ne vois pas… marmonne-t-il, plus pour lui-même que pour nous.

- C'est donc tellement inimaginable que tu ne trouves rien à répondre ? je dis, prenant une moue vexée pour le taquiner.

- Non, non, au contraire !

- Oh, oh, serait-ce toi ce garçon ? intervient Mary, malicieuse.

- Quoi ? Bien sûr que non ! Euh, je veux dire… pas que je ne t'aime pas, Luth, mais… enfin… il y a d'autres filles qui… Euh…

Devant ses excuses qui l'enfoncent de plus en plus, je n'arrive pas à me retenir d'éclater de rire. C'est un manque de tact flagrant, mais c'est tellement drôle ! Mary, qui se retient et peine à cacher un sourire, tapote l'épaule d'un Peter décomposé. J'essaie de reprendre contenance.

- Ne t'inquiète pas, je ne t'en veux pas ! Je ne suis absolument pas vexée…

Enfin, un tout petit peu. Mais je suis surtout soulagée : Peter n'a pas l'air d'être le Garçon Mystère.

- Je comprends parfaitement que tu puisses trouver des beautés surpassant la mienne et même si cela détruit l'image dorée que j'avais de moi-même, je ne t'en tiendrai pas rigueur. Après tout, comment résister à Bertha Jorkins ?

Et Peter de s'empourprer davantage, si cela est possible, avant d'ouvrir de grands yeux horrifiés.

oOoOo

Après une heure d'Arithmancie, je fais une overdose et abandonne mes amis à leurs recherches infructueuses. En sortant de la bibliothèque, je croise la bande de Serpentard au grand complet. Rosier et Lestrange se tiennent à bonne distance l'un de l'autre, ils ont même collé Bellatrix, Mulciber et Rogue entre eux. Je crois bien que je les ai traumatisés.

Quand j'arrive à leur hauteur, ils m'adressent un regard mauvais. Très mauvais d'ailleurs, encore plus qu'à l'accoutumée. Un regard à faire trembler James. Je vois une baguette jaillir de la poche de Rosier. Oups. Ils sont quatre, je suis seule et le couloir est presque désert. Ce ne sont pas les deux troisièmes années qui trainent par là qui vont les empêcher de faire quoi que ce soit. Seule solution, prendre mes jambes à mon cou. Sauf que mon orgueil, qualité légendaire des Gryffondors, refuse cette lâche solution. Donc… je fais quoi ?

- Mr Rosier, la magie est interdite dans les couloirs !

Bénie soit Minerva McGonagall. Elle vient de me sauver la vie. Dépité, le cousin range son instrument et j'en profite pour filer sans demander mon reste, façon « non, je n'ai rien vu et je ne me sens absolument pas concernée par l'hostilité hautement inhabituelle que les affreux ont manifesté à mon égard ».

Intérieurement, mon cœur bat la chamade. Je vais tuer Sirius. A cause de lui, sortir de la salle commune va désormais relever du suicide. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire ?

oOoOo

Je rejoins le dortoir à toute allure. Une fois arrivée, je me jette sur mon lit, tout essoufflée.

- Bah ? fait Ann en me voyant. Tu avais un troll aux trousses ?

- Pire qu'un troll ! La bande d'affreux !

- Oh, Pomfresh les a déjà remis sur pied ? Quel dommage, un peu de calme nous aurait fait le plus grand bien.

- Tu l'as dit. Je ne dois ma survie qu'à McGonagall.

- Je compatis. Ils sont si remontés ?

- Tellement que je ne vais plus pouvoir me balader toute seule ils vont m'assassiner à la première occasion !

Ann me regarde, un sourire malicieux aux lèvres.

- Eh bien, c'est le moment de te trouver un chevalier servant !

- Quoi ? je m'étrangle. Je te parle de ma vie et toi tu penses au prince charmant ?

- Merlin, Luth, dès qu'on parle de cœur tu es vraiment stupide.

J'ajoute Ann dans la liste des personnes à éliminer d'urgence.

- Si tu te trouves un chéri, n'importe qui…

- Au cas où tu n'aurais pas remarqué, je suis particulièrement difficile et « n'importe qui » ne fait pas l'affaire…

Elle élude d'un geste de main.

- Trouve t'en un et tu sais de qui je parle, ou je m'en charge moi-même.

- Dans ces conditions, je vais aller me jeter sur Remus tout de suite…

- Quoi, tu n'as pas confiance en mon jugement ?

Je prends une moue sceptique et elle fait mine d'être vexée.

- Tss ! Et ça se dit ma meilleure amie… Puisque c'est comme ça, je ne te ferai pas part de mon idée de génie qui incluait amour et survie !

Elle se lève, le nez en l'air et part se laver. Je la suis du regard avec un sourire amusé avant de me figer. Un « O » de compréhension se forme sur mes lèvres. Je raye immédiatement Ann de la liste des personnes à éliminer d'urgence. Elle est géniale.

CHBAM ! Ah, tiens, Lily vient d'ouvrir la porte du dortoir avec une extrême délicatesse. Elle entre dans la pièce d'un pas rageur et jette ses livres sur son lit. Mandy la suit, hilare.

- Lily, voyons, pas la peine de te mettre dans cet état-là pour…

- NON, MANDY !

Je fais mine de me boucher les oreilles (mais qu'est-ce qu'elle peut crier fort !), car mon lit est juste à côté du sien. Elle ne le remarque même pas et entame une diatribe contre le stupide, méchant et abruti James Potter. On dirait que la trêve du pari est déjà terminée. Pourtant, hier soir encore, tout allait pour le mieux !

Ann sort de la salle de bain en chantonnant.

- Arrête, Ann, ce n'est pas le moment! râle Lily.

- Ça fait sept ans que ce n'est pas le moment, soupire ma meilleure amie en attrapant sa brosse à cheveux. Transforme James en hibou, qu'on en parle plus!

- Au moins il servira à quelque chose ! siffle notre préfète adorée.

- Hey! Il sert à quelque chose! fait Mandy. Il est capitaine de l'équipe de Quidditch !

- Oh Dieu, qu'on me sauve ! La seule utilité de son poste, c'est de continuer à faire enfler sa tête ! Ca ne s'arrête tellement jamais que je me demande si ce n'est pas moi qui aie des hallucinations !

- Des hallucinations à propos de quoi? demande Mary, qui vient d'ouvrir la porte du dortoir et y entre, les bras chargés de livres.

- De rien qui ne te concerne! réplique la rousse.

Mary laisse tomber ses livres sur son lit avec un soupir désabusé

- Ah, d'accord. Moi aussi je croyais avoir des hallucinations : encore un peu et je te prenais pour une personne aimable. C'est trop gentil à toi de m'avoir détrompée.

Lily ouvre la bouche sans rien dire. Ann la fixe d'un air mauvais, car elle a encore provoqué Mary qui n'a rien fait.

- Maintenant, puisque tout est clair entre nous, je vais me laver, annonce Mary en attrapant ses affaires.

Elle entre dans la salle de bain en claquant la porte.

- Non mais... Non mais... Pour qui elle se prend? fait la préfète, le souffle coupé. Moi, pas aimable? Et elle alors, avec ses horoscopes et ses grands airs de prophétesse, elle se croit mieux? Mais je rêve! Entre Potter et elle, je ne suis pas sortie de la taverne!

- La ferme, Lily.

J'ai parlé calmement et sans même la regarder pour éviter qu'Ann ne se lance à grands cris dans la défense de Mary. Je déteste jouer les médiatrices. La négociation, ce n'est pas mon truc. D'autant plus qu'il n'y a rien à négocier ici. J'aime bien Lily, mais il y a des limites.

- Tu parleras quand tu seras calmée. Mary a raison, parfois tu exagères. Je ne sais pas ce que James a dit pour te mettre dans un état pareil – quoiqu'il n'a peut-être pas eu le temps de dire quelque chose – mais elle n'y est pour rien, alors arrête d'agresser tout le monde!

Je me glisse sous ma couette, un livre à la main. Un regard de Mandy empêche Lily de répondre et elle fait de même en grommelant dans sa barbe. Je remercie la blonde du regard.

Une heure plus tard, alors que nous avons éteint, je fixe le noir, pensive. Le comportement de Lily m'étonne. Pourquoi réagit-elle si violemment face à James ? Bon, d'accord, elle l'a toujours rembarré proprement. Sauf que la colère était proportionnelle à l'énervement. Là, ça serai plutôt inversement proportionnel. Moins il lui parle, plus elle lui crie dessus. Je veux bien croire qu'elle soit stressée par un tas de choses : les ASPICs, ses problèmes avec sa sœur, la guerre… Mais ça n'explique pas tout.

Les mots de Remus me reviennent en mémoire. Il ne veut pas que j'aille abreuver Lily de conseils superflus. Sa théorie à lui est donc que c'est directement James qui exaspère notre Préfète-en-chef et qu'il n'y a pas d'intermédiaire. Hum… Serait-ce le fait que James ait tenu parole depuis le pari et lui ait fichu la paix qui la mette en rogne ? Oui, ce serait possible. C'est admettre qu'elle ait un faible pour lui ou tout du moins qu'elle aimait malgré tout l'attention qu'il lui portait puisqu'elle cherche, en le provoquant, à la regagner. Ce qui n'a rien d'extravagant. Donc, James manque à Lily. Très intéressant. Vraiment très intéressant.

Je souris dans le noir. Ma théorie me plaît, quelle que soit celle de ce cher Remus. Ce n'est pas comme s'il détenait non plus le savoir universel. Je suis sûre qu'elle plairait beaucoup à James aussi. C'est vrai qu'il faudrait expliquer à Lily qu'hurler sur quelqu'un n'est pas la meilleure des méthodes de séduction. Sauf que celui ou celle qui oserait lui faire remarquer se prendrait un maléfice bien placé.

Je me demande si Potter va revenir l'embêter maintenant que le pari est terminé ? Ca ne serait pas fin, mais il en est capable. J'espère que Remus ne le laissera pas faire. Ce serait dommage de gâcher les minces chances qu'il a obtenu après sept ans d'efforts acharnés !

oOoOo

- Luth !

Je viens de terminer mon petit déjeuner et m'apprête à sortir de la Grande Salle lorsque mon frère me rattrape.

- Papa et Maman ont écrit, grogne-t-il en me tendant un parchemin.

- Ca n'a pas l'air de te réjouir.

- Lis, tu comprendras.

Surprise et un peu inquiète de son attitude, je me dépêche de lire la missive. Je sursaute à la troisième ligne.

- Quoi ? Ils ont perdu la tête ? Pourquoi veulent-ils qu'on reste à l'école pour Noël ? Ils ont posé leurs congés !

- Ben voyons, tu ne devines pas ? La sacro-sainte sécurité de leurs enfants chéris… On n'est plus des bébés !

Je réprime un soupir. Keith est en pleine crise d'adolescence. On est au beau milieu d'une guerre et il voit ça comme une bête sanction parentale. Mais je ne peux pas lui donner tord : je ne suis plus un bébé.

- Laisse-moi leur répondre, d'accord ?

Il marmonne quelque chose du genre « de toute façon je ne vois pas quoi répondre à ça » avant de rejoindre ses copains. C'est tout juste s'il ne tape pas du pied.

oOoOo

- J'en ai marre de cet exposé ! grogne Mary après encore trois heures passées à écrire sur son devoir. Mais pourquoi Binns nous a-t-il donné un truc aussi stupide à faire ? Comme si ça pouvait l'intéresser, voire changer sa vie ! Qu'importe qu'on réussisse nos ASPICs, personne n'ira le virer, un fantôme c'est un prof gratuit !

Une fois n'est pas coutume, nous nous sommes installées toutes les cinq à la même table pour travailler.

- Si tu le dis, répond Ann, penchée sur des cartes d'astronomie.

- Merci pour ton soutien !

- Mais de rien.

- Au moins tu auras une bonne note, j'essaie de la consoler.

- Faudrait déjà qu'il le lise…

Je réprime un « fallait pas choisir Histoire de la magie » un peu sec. Pour devenir botaniste, elle a besoin d'un ASPIC dans cette matière – il faudra qu'on m'explique pourquoi, je ne vois pas le lien. Et apparemment cet exposé est sensé les entraîner à l'oral de l'examen. Un oral d'histoire, non mais vous imaginez ça ?

- Vu l'âge des examinateurs, ils l'ont vécue eux-mêmes, l'Histoire, plaisante Ann en tentant de dérider notre amie.

Mais rien n'y fait, Mary est du genre stressée.

- On l'a… échappé… belle ! crie soudain une voix essoufflée près du tableau d'entrée.

- Tu l'as… dit !

Je me retourne pour voir James et Sirius, baguettes en main, pliés en deux dans une tentative de respirer correctement. Sirius tient un bout de parchemin et James une cape de sorcier.

- Qu'est-ce que vous avez encore fait ? demande Ann, sévère.

Elle va se transformer en Lily bis, si elle continue. James se contente d'un sourire malicieux, mais Sirius a l'obligeance de répondre, tout fier :

- On voulait préparer la table des Serpentards pour demain matin, Peter a eu une idée formidable… Hein, Peter ?

Il se tourne face au tableau, s'attendant visiblement à ce que son ami enchaîne, mais il s'adresse au vide. Les deux garçons perdent immédiatement leur sourire.

- Oh non, ne me dis pas qu'ils se sont fait prendre ! gémit James.

- Je vous avais dit que ça vous attirerait des ennuis ! lance Ann, satisfaite.

Dans un bel ensemble, les deux Maraudeurs et Mandy la fusillent du regard.

- Des retenues, on a l'habitude !

- Il faut aller les chercher !

- Si vous passez cette porte, j'enlève autant de points à chacun de vous que Peter et Remus en auront perdu, intervient Lily, un rien méprisante.

Je réprime un soupir. Elle ne va pas encore mettre le feu aux poudres ?

- Et de quel droit, Evans ? menace James.

Tiens, il est retourné au « Evans » rapidement.

- Parce que si vous allez chercher Peter et Remus, c'est la somme que McGonagall vous enlèvera. Alors autant vous épargner le déplacement.

Ah oui. Quand même. Tout le monde regarde Lily, sidéré. Ca non plus, ce n'est pas dans ses habitudes. Avant, elle aurait hurlé à James que sa bêtise nous perdrait tous ou quelque chose comme ça. Sirius siffle, visiblement impressionné. Je suis sûre qu'il réprime quelque chose du genre « y'a du progrès ». Il faut dire qu'elle a touché une corde sensible et sans hurler. Elle n'a même pas condamné leur escapade.

James reste un instant la bouche ouverte, l'air parfaitement idiot sans rien savoir quoi dire. Voyons voir, il va plutôt bénir son intelligence ou lui demander de l'épouser ?

- Pas besoin de nous dire les choses aussi méchamment, Evans.

Ah ben si je m'attendais à ça. Il a changé de tactique d'approche, dirait-on. C'est presque la même que Lily, sauf qu'il n'hurle pas. Je me fais la réflexion qu'ils sont aussi nuls l'un que l'autre en la matière. On comprend que Remus ait du travail !

Je ne suis pas la seule surprise par le comportement de James qui est allé s'asseoir sur son canapé fétiche sans un mot. Tout le monde le suit des yeux, Lily la première. Mary a un petit sourire satisfait aux lèvres, du style « bien fait pour toi ». Rancunière pour hier soir ? Sans aucun doute !

- Luth, ce n'est pas pour toi, le hibou long courrier à la fenêtre ? demande Mandy.

- Hmm ? Oh, si, ça doit être Audrey !

Comme mue par des ressorts, je saute de ma chaise et vais ouvrir à la chouette qui me tend la patte d'un air las. A peine délivrée de son fardeau, elle repart, sans doute se reposer à la poste de Pré-au-Lard.

Compte rendu détaillé du 2 octobre 1976

Par Audrey Montgomery à destination de Luth Selwyn

Il semblerait en effet que le prince charmant soit australien. Au vu des dernières informations collectées sur le terrain, il appartiendrait au dortoir rose (Amhem) et serait actuellement en huitième année. Né d'un père sorcier et d'une mère moldue, le suspect fait 1m80 et aime autant le « foutballe » américain (?) que le Quidditch. Il occupe le poste de batteur dans l'équipe de sa maison et se distingue par de nombreux dreadlocks blonds. Il répond au nom d'Anton Faucett et a d'ores et déjà invité votre humble enquêtrice chez lui pendant les vacances de… Noël ? D'été ?

Ha, avoue, tu ne t'y attendais pas ! Tu as demandé un compte rendu détaillé, tu l'as ! Je suis sûre que tu ne m'imaginais pas avec un géant qui porte des dreadlocks. Mais c'est que tu ne connais fichtre rien aux Australiens, ma chère. Ils sont à croquer et Anton tout particulièrement. Tu avais raison, le prince charmant est australien ! Je pourrais t'en dire plus pour le moment mais, je ne vais pas te priver du plaisir de me poser milles et une questions dans ta réponse. Eh oui, ainsi j'aurai droit à un courrier de quarante rouleaux de parchemin !

Histoires de cœur comprises, tout va bien ici. Je n'imaginais pas les Australiens si accueillants. Outre Anton, j'ai sympathisé avec une dizaine d'autres élèves qui font tout pour que je m'intègre au mieux. Il faut dire qu'une fois le choc des cultures passé, le soleil et l'hospitalité font le reste. Ah, le soleil… C'est ce qu'il manque à l'Angleterre.

Cesse donc de te moquer, vilaine, car nous avons effectivement un cours de Communion avec la Nature et que c'est très intéressant (je refuse d'entendre le sempiternel argument selon quoi les Serdaigles aiment tous les cours !). Il s'agit en réalité d'une branche peu connue de la Botanique qui consiste à étudier les parallèles magiques entre les plantes et nous-mêmes afin de ressentir les soins adaptés à un végétal souffrant. Si cela ne te parle pas, imagine de l'Arithmancie dans une serre et tâche de ne pas partir en courant.

Puisque nous avons étudié mon cas, penchons-nous sur le tien. Un Garçon Mystère, dis-tu, avec lequel, selon le Maître des Manigances, tu ne pourrais aller mieux ? Hm, hm… Je vois deux possibilités. La première, c'est le Maître lui-même. Qu'il essaie de tâter le terrain en lançant un hameçon sans appât ne me surprendrait pas. C'est, après tout, une éminence grise et qui dit grise dit tordue !

Quant à la seconde, la Serdaigle que je suis laissera parler la logique :

Procédons par élimination : je suppose que tous les élèves en dessous de la cinquième année ne font toujours pas partie de tes fréquentations, et les quelques exceptions me paraissent un peu jeunes. Nous pouvons ensuite écarter les Serpentards : les rares que tu connais ne t'apprécient pas et encore, c'est un euphémisme. Je crois également savoir que tu n'as jamais eu l'occasion de lier connaissance avec un Poufsouffle de notre année. En revanche, quelques Serdaigles de mes amis feraient peut-être l'affaire : John Goldstein ou Kevin Smith – je ne pense pas que Bell soit ton genre et réciproquement. Malgré ces quelques pistes et parce que tu n'es pas du genre à fraterniser avec tout Poudlard, je privilégierais un Gryffondor de ton année ou de l'équipe de Quidditch car Ann t'a trainée à de nombreux entrainements. Bien évidemment, James est hors concours.

Il resterait donc en lice : Remus, Sirius, Peter et les quatre gars de votre équipe. A toi de faire le tri là-dedans. J'ai raisonné par logique, mais il ne faut pas oublier que c'est d'une idée du Maître des Manigances dont nous parlons : celui-là sachant tout sur tout, nous sommes peut-être aux antipodes de la solution. Sans vouloir te décourager, bien sûr ! Que pensent cette chère Ann et son flair, exceptionnel pour ce genre d'affaire, de mes suppositions ? (Je lui retourne d'ailleurs son bonjour ou bonsoir, selon l'heure).

Ne voulant pas ternir la gaieté qui se dégage de mon magnifique texte, je me contenterai de réitérer mon invitation à Sydney cet été. Pense-y !

Mille bonnes chances

Audrey, l'unique

La lettre de mon amie me laisse partagée. D'un côté, je suis contente qu'elle s'adapte aussi bien – même si je suis frustrée qu'elle ne m'en dise pas plus à propos de son petit ami. De l'autre, elle semble tellement bien là-bas que je suis… Jalouse ? Désemparée ? Je ne sais pas trop. Ca me fait une drôle de boule au milieu de l'estomac.

- Oh, une lettre de Miss Montgomery ! s'exclame Ann en m'arrachant le feuillet des mains. Voyons voir ce qu'elle raconte…

Je la laisse faire, il n'y a rien de confidentiel… Quoique. Audrey parle du Garçon Mystère. Je suis cuite pour la soirée.

- Pas touche à Phillip ! Tu ne lui as pas dit pour nous ? … Oh, mais elle est perspicace, Audrey ! Quel raisonnement implacable, digne d'une Serdaigle. Si même elle le dit, tu peux être sûre que c'est un de ces… six garçons-là.

Je gémis. Six garçons ?

- Ah non, continue Ann sans même me regarder. Franck est déjà pris. Et Jenkins est un peu jeune, quand même. Donc ça ne fait plus que quatre.

Je m'avoue vaincue. Le choix entre Fabian, Sirius, Peter ou Remus semble définitif. Bon, on va dire qu'on peut considérer ça comme un progrès dans l'enquête. Mais comment démasquer définitivement le petit cachottier, maintenant ? Songeuse, je vois Peter et Remus rentrer, penauds. J'ai l'impression d'avoir coupé le son pour mieux faire fonctionner mes neurones. J'entends à peine James et Sirius s'indigner à grands cris contre McGonagall qui les a mis en colle une semaine et privés de sortie à Pré-au-Lard.

Fabian ou Sirius ?

Peter ou Remus ?

Bon. Admettons que Peter ait dit la vérité hier à la bibliothèque. C'est-à-dire qu'il n'est pas amoureux de moi. S'il n'est au courant de rien non plus, c'est que Remus ne lui a rien dit. Donc ce serait quelque chose que Remus a remarqué et non pas une affaire de Maraudeurs. Ce qui nous laisse Fabian.

A moins à Remus soit cachottier et timide au point de cacher même à ses amis ses histoires de cœur. Donc ce serait lui.

On peut, bien sûr, considérer que Peter a menti. Donc qu'il soit amoureux de moi – non, ça n'irait pas jamais Remus n'aurait dit que j'irais très bien avec lui. Quoique, c'est son ami, il veut son bonheur, il ne serait pas objectif.

Et si Peter n'est effectivement pas le Garçon Mystère mais qu'il est quand même au courant de quelque chose ? Ca ferait pencher la balance en faveur d'un des deux autres Maraudeurs. Ou même vers Fabian, si Remus a confié ses observations à ses amis.

Fabian ou Sirius ?

Peter ou Remus ?

Grah !

oOoOo

Le lendemain matin arrive que je n'ai toujours pas trouvé la solution. Mes rêves ont été peuplés de petits Remus sautant dans tous les sens, bousculés épisodiquement par trois autres silhouettes hystériques qui hurlaient « Moi ! Moi ! Moi ! ». Autant dire que je n'ai pas très bien dormi.

Je descends dans la Grande Salle avec Ann, mais Phillip l'intercepte dès qu'il l'aperçoit. Avec un signe de main, je la laisse et continue mon chemin. Elle revient toute excitée dix minutes plus tard.

- Phillip m'a invitée à passer la journée à Pré-au-Lard avec lui !

- Oh, cool, je grogne.

- Je suis sûre qu'on va aller chez Mrs Pieddodu.

Beurk. Je déteste cet endroit. Je n'ai pas besoin d'angelots déversant des brassées de cœurs pour passer un bon moment en amoureux, moi. Et Ann de disserter sur tout ce qu'ils vont pouvoir faire de cette merveilleuse journée, bientôt rejointe par Mandy qui lui conseille les meilleurs coins à explorer en amoureux.

J'essaie de ne pas écouter. Avec qui je vais bien pouvoir aller à Pré-au-Lard, moi ? Mandy et Ann iront avec leur chéri respectif, Mary avec Agatha Timms, son amie d'enfance, comme toujours et Lily… Est-ce que Lily va seulement y aller ? Je commence à me demander si je ne ferais pas mieux de rester au château – au moins, il y aura Remus – quand la Préfète-en-chef se penche vers moi :

- Rassure-moi, tu vas à Pré-au-Lard, hein ?

Ah, visiblement, ses pensées ont suivi le même cours que les miennes. Ca me remonte le moral.

- Tu cherches de la compagnie ? je plaisante.

- A ton avis ? Les filles désertent toutes…

- Rien que pour passer la journée à me lamenter sur notre célibat forcé, je t'accompagnerai, je lui promets.

- Ouf !

Tiens, finalement, la journée sera peut-être intéressante. Très intéressante, même.

Pensive, je touille mon thé en écoutant Sirius et James déblatérer idioties sur idioties. Merlin, ne peuvent-ils pas se taire ? Oh ! En parlant de silence ! Je n'ai toujours pas annoncé leurs gages aux deux perdants du week-end. Je vais combler immédiatement cette lacune.

- Hum hum…

Tous les regards se tournent vers moi.

- Il est temps pour moi d'annoncer la sentence à mes adversaires vaincus !

Immédiatement, mes amis se taisent. Remus et Sirius échangent un regard inquiet.

- Si vous croyez que je n'ai pas remarqué avec quel soin vous avez évité le sujet, vous deux, vous vous fourrez la baguette dans l'œil jusqu'au coude !

- On n'allait quand même pas venir réclamer les coups de bâton ! s'indigne Sirius.

C'est pas faux.

- Peu importe, vous les aurez, vos « coups de bâton ». D'ailleurs, mon cher, je préfère garder ta journée de silence sous le coude. Je la déclencherai un jour où cela m'arrangera particulièrement. C'est une occasion tellement rare que je m'en voudrais de la gaspiller sur un simple coup de tête.

- Je n'aime pas, grommelle l'intéressé. Ce n'était pas dans le contrat…

- Le contrat ne prévoyait aucune contrainte quant à l'application de la sanction, Sirius, corrige Lily.

J'aime Lily.

- Je n'aime vraiment pas ça, pas du tout !

- Je m'en fiche complètement. Et ne cherche pas à obtenir une réduction de peine, je sais parfaitement que si j'avais perdu tu ne m'en aurais jamais accordée une !

- Mensonge ! Je ne suis pas sans cœur, moi !

Et Sirius de se lamenter sur son triste sort à grands renforts de gestes théâtraux. Il devrait faire comédien, il a tout pour : il est beau et bon acteur. Mais comme je ne veux pas faire enfler ses chevilles, je vais me taire et me tourner vers Remus.

- Je t'ai trouvé un gage sur mesure, je dis avec un grand sourire qui ne doit pas le rassurer.

Soudain, huit paires d'yeux me fixent avec attention.

- Ce n'est pas mon idée originelle. Je suis d'ailleurs très déçue de ne pas pouvoir l'appliquer, mais la légendaire discrétion de Sirius m'oblige à m'en détourner.

- Comment ça, ma légendaire discrétion ?

- Tu te souviens, vendredi, quand tu m'as félicitée dans le hall ?

Hochement de tête affirmatif.

- Tu t'es fait un plaisir de le crier à travers la salle qui était occupée. Ta très chère cousine et ce très respecté Servilus ont eu le plaisir de tout entendre !

Exclamations indignées de mes camarades. Sirius a le bon goût de se mordre la lèvre de surprise et de paraître désolé.

- Oh, je ne voulais pas… C'était fair-play !

- Je sais. De toute façon, ce qui est fait est fait et comme cela partait d'une bonne intention – Sirius Black qui reconnaît une défaite, rien que ça – je ne t'en veux pas.

Enfin, c'est surtout parce que l'idée qu'Ann m'a soufflée est bien meilleure que mon idée de base et que je vais avoir Remus pour moi toute seule que je suis aussi magnanime.

- Mais le fait est que par la faute de Sirius, je crains pour ma vie ou tout du moins pour mon intégrité physique. Je me dois de penser à ma sécurité. Aussi, j'ai décidé d'engager Remus comme garde du corps. Vous comprenez bien que sortir sans protection relève maintenant du suicide pour moi.

Tandis que chacun y va de son petit commentaire, ma victime fronce les sourcils.

- Mais, c'est un gage à vie !

- Ah ?

Je n'avais pas vu ça comme ça. Mais s'il insiste, on peut s'arranger.

- Admettons que j'empêche la bande de Rogue de se venger une fois. Ils recommenceront une deuxième fois. Et une troisième si nécessaire. Ils ne sont pas du genre à renoncer.

Ah, si, j'avais pensé à ça. Mais pour moi, cela durait au maximum jusqu'à la fin de l'année scolaire je vois mal les Mangemorts en herbe me pourchasser des années durant pour une blague de collégien. M'est d'avis que leur Maître leur donnera d'autres chats à fouetter.

- Dans ce cas, trouve un moyen de les faire renoncer ! Mais si tu y arrives, j'exige des preuves tangibles de ta réussite.

- Ca devrait pouvoir s'arranger, il murmure, pensif. Je vais engager quelques collaborateurs…

- Hors de question, je le menace de ma fourchette. Tu ne vas pas te défiler.

- Hé, tu ne m'as rien interdit du tout !

- Il a raison, Luth, intervient de nouveau Lily.

Brusquement, je ne l'aime plus du tout.

- Et puis c'est une tâche difficile ! Je ne peux pas t'accompagner dans tous tes déplacements, de toute façon : nous ne suivons pas toujours les mêmes cours. En plus, cette semaine, je suis en retenue tous les soirs et je ne peux pas aller à Pré-au-Lard samedi.

Le neurone de la groupie en furie est dépité. Le gage s'annonce mal parti.

- Bon… je concède. Disons que tu peux choisir un remplaçant (je ravale un « fiable » pour ne pas vexer Peter) si tu n'es pas en mesure de m'aider – mais la flemme n'est PAS une excuse valable.

- Et si tu n'abuses pas ! s'exclame Sirius.

- Pardon ?

- Eh bien tu pourrais, par exemple, multiplier les allers-retours aux quatre coins du château, ce…

- Sirius, soupire Remus. Tu es vraiment irrattrapable.

- Et tu me prends pour qui ? je m'indigne.

Autant parce qu'il m'a vexée que percée à jour. Bon, je n'aurais pas vraiment abusé de mon pouvoir. Juste… profité ?

- Au point où nous en sommes, je serai juge en cas de problème, soupire Lily pour éviter à Black de répliquer.

James siffle, approbateur et impressionné. C'est vrai qu'on dirait presque que ce rôle plait à Lily. Remus reprend, fataliste :

- De toute façon, je n'ai pas le choix.

- D'autant que ça ne devrait pas être trop dur, ajoute Ann, intervenant pour la première fois. Tu occupes déjà cette fonction à mi-temps, il me semble.

J'ouvre des yeux ronds. Où est-ce qu'elle est allée chercher ça ?

- Ben oui ! Regarde, qui t'a remise sur pied pendant le Cours de Défense contre les forces du Mal qui a dégénéré ? Remus ! Qui a supporté avec toi les beuglements de Sirius pendant les sélections de Quidditch ? Remus ! Qui t'a fait ta dissertation de Runes quand tu as aidé Peter en botanique ? Remus ! Qui…

- Ca va, on a compris l'idée, dit Peter pour couper Ann sur sa lancée.

Je le remercie du regard. Elle aurait pu continuer comme ça encore longtemps. Merlin, mais il n'y a pas que Black qui ait besoin de cours en matière de discrétion ! Je boue intérieurement pendant que tout le monde médite ses paroles. Je vais la tuer.

- Ben quoi, me fait-elle en sortant de la Grande Salle. Un petit coup de pouce ne fait pas de mal !

- Je crois que nous n'avons pas la même définition du coup de pouce.


*Alors peut-être que cette blague ne vous rappelle rien. Je vous renvoie donc au chapitre 5 quand Luth se réconcilie avec Sirius : elle lui dit qu'elle ne veut pas se mettre « la moitié des filles de Poudlard à dos » parce que elle aurait « osé supprimer le grand, le fort, le beau Sirius Black. » Or, chacun sait que l'autre moitié des filles est dévouée à Remus !

Luth vous demande si vous avez désormais une idée plus précise de qui peut bien être ce fameux garçon. Oh, et si vous saviez comment faire mourir Ann dans les pires souffrances, parce que franchement, niveau discrétion, elle n'est pas au top.

Caprice, elle se contente de vous signaler qu'elle s'absente pour deux semaines, voire trois selon sa motivation à publier. Vous devrez donc patienter pour pouvoir lire un chapitre dans lequel "Sirius parle beaucoup, mais ne dit pas tout".