Bêta correctrice : Nanola, qui doit se bouger un peu, espèce de feignasse ! Non, je plaisante, elle fait un boulot d'enfer. Je t'aime ma bichette d'amour :)


Chapitre 6

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Les leçons de l'Alpha


Les Hommes-loups, comme on les appelait à l'origine, choisirent pour la plupart de rester à Gryffondor au début de notre ère. Cette décision avait pour origine, d'après les historiens, leur implication parmi les soldats de Godric contre les créatures maléfiques.

Cela fut l'occasion pour les autres espèces de comprendre un peu plus le fonctionnement des Lycanthropes, même si rares sont les ouvrages qui traitent de leur espèce.

Il s'avère que l'on peut dégrouper les Loups-garous en plusieurs branches hiérarchiques : les dominants et les soumis en sont les principales. À noter d'ailleurs que les femelles peuvent être dominantes et les mâles soumis, bien que ce ne soit pas la majorité des cas. Une femelle s'accouplera toujours avec un mâle, bien qu'une dominante n'acceptera pas de mâle soumis comme compagnon. À l'inverse, un mâle soumis peut être le compagnon tant d'une femelle soumise que d'un mâle dominant, bien que dans ce dernier cas, aucune progéniture ne verra évidemment le jour.

Le plus puissant des dominants au sein d'une meute se nomme l'Alpha, son second, le Bêta. Suivent ensuite d'autres dominants, selon un ordre précis jusqu'au cinquième membre dans les meutes les plus nombreuses.

Car les Lycanthropes, comme leurs frères loups, vivent le plus souvent en meute. Certaines se limitent à une meute familiale, d'autres comptent plusieurs familles et membres distincts. À la différences des loups communs, dans ces meutes, chaque couple peut concevoir des enfants.

Il va de soi que nous ne parlons là que des meutes dites « saines », et non pas des meutes maudites, faîtes d'assassins ou de fous, à qui nous devons les mythes les plus noirs sur les Loups-garous.

« Les différences espèces du Monde Libre » - Chapitre 12 ''Les Loups-garous '' - Basile Beasth

... ... ...

Draco regardait avec étonnement une feuille morte. Comment ne s'était-il pas rendu compte avant à quel point une feuille morte pouvait être drôle et odorante ? C'était incroyable. Il sauta à côté de celle qu'il s'était choisie, mordorée et rougeâtre, tout en jappant joyeusement. Ses pattes en avant, il remua de la queue avant de se rendre compte de ce qu'il faisait. Il tourna la tête vers son derrière, surpris.

Ça alors ! C'était encore bien plus drôle qu'une feuille. Il aboya de nouveau, enfin, poussa un cri plutôt étrange en fait, et sautilla sur le côté, pour l'attraper.

Un grognement le stoppa net dans sa course folle, le faisant s'aplatir. L'un des dominants le regardait, l'air clairement exaspéré. Draco couina et se traîna entre les pattes du loups gris. Une fois installé là, il avança une de ses pattes pour qu'elle se rapproche de celle du loup, impassible et concentré sur ce qui se passait dans la meute.

Draco, lui, ne s'y intéressait pas vraiment. Compagnon-Loup se trouvait bien trop jeune et bien trop insignifiant pour ne serait-ce qu'écouter les différents grognements ou étudier la démarches des autres mâles.

Les femelles avaient été emmenées un peu plus loin, à grand renfort de coups de dents et de pattes. Draco s'était rendu compte alors qu'il y avait des troncs et des branches d'arbres disposés étrangement, appuyés contre des rochers. En fait, il y avait, pas très loin de là où la meute s'était arrêtée, comme des abris de fortune, des tentes de bois et de branchages. Le jeune loup avait voulu rejoindre ses compagnes mais avait été arrêté dans sa course par l'Alpha lui-même, sa gueule emprisonnant la nuque fragile. Draco avait gémi de douleur, du sang avait perlé et il s'était collé contre le sol, sans bouger. Le mâle l'avait ensuite incité, avec la truffe, à se placer plus loin, seul.

Depuis, Draco jouait avec son corps et son environnement, si neufs pour lui.

Retournant à ce qu'il avait devant ses yeux, l'enfant posa sa patte sur celle du mâle. S'il l'avait pu, il aurait poussé un petit cri de surprise, mais ce ne fut qu'un léger couinement qui sortit de sa gueule. Incroyable comme celle du mâle était plus large, plus épaisse. Il leva son arrière train tout en remuant une nouvelle fois de la queue, c'était si drôle de pouvoir le faire.

Le mâle souleva sa patte, la retirant de sous celle du gamin. Ce dernier se plaça à côté de lui, pour comparer leur corps. Une fois encore, la différence lui sauta aux yeux. L'autre était bien plus grand, plus massif et plus... adulte. Compagnon-Loup réalisa que son corps semblait encore plus jeune, plus enfantin, si ce terme pouvait s'appliquait à un loup, que ne l'était celui de Petit Homme avec les humains.

Le lycan s'assit, ressentant cette fois les émotions de son humain. Il était effrayé par ce qui se passait, ne comprenait pas ses propres réactions qui, tout en parvenant à le faire sourire, n'arrivait pas à effacer sa terreur de ce qui allait arriver plus tard. Draco gémit, luttant contre ses deux instincts, l'un qui l'encourageait à continuer à jouer, comme le louveteau qu'il était, l'autre à se faire discret, invisible et surtout, à ne pas contrarier les autres mâles.

Un bruit derrière lui le détourna de ses pensées. Il bondit sur ses quatre pattes, la truffe au sol. Une odeur appétissante lui mit la bave aux babines. Il avait très faim et juste là, sous les branches, un animal venait de se cacher. Il aboya tout en sautant en avant, les pattes dans les feuilles. Arrivé devant la branche, il se mit à gratter en gémissant, ses griffes fourrageant le sol, retirant de la terre et des feuilles pourrissantes.

Il sursautant quand soudain, un jeune lapin bondit devant sa truffe. Une fois sa surprise passée, le louveteau lui courut après, dans un boucan d'enfer. Il dérapa sur le sol, toujours en coursant l'animal affolé et réussit finalement à planter ses crocs dans le cou de la petite créature.

Le sang coula aussitôt dans sa gueule, le faisait frémir de contentement. C'était doux et chaud, onctueux, savoureux.

Ses dents se plantèrent un peu plus, sa mâchoire se referma et le lapin mourut, la nuque brisée. Draco ne s'en formalisa pas. Il arracha la peau du cou gracile avant de s'attaquer au flanc du petit animal. Il déchiqueta la chair chaude et avala goulûment une gorgée.

Néanmoins, alors qu'il allait recommencer, un grognement féroce lui fit lâcher sa prise.

Il se retourna, les oreilles plaquées contre son crâne.

L'Alpha se tenait devant lui, apparemment mécontent. L'Oméga gémit, se traîna au sol devant son chef et lui montra son ventre et sa gorge. La sanction ne se fit pas attendre. L'Alpha bondit sur lui, le mordant férocement, le griffant, grogna, gronda alors que le malheureux jeune loup couinait de douleur et de peur.

Enfin, avisant que la leçon était comprise, Fenrir délaissa le petit mâle. Il ramassa le lapin dans sa gueule pour le déposer plus loin, au milieux des sacs humains. Il hurla de nouveau, son rauque, puissant, avant de retourner devant son Oméga qui ne comprenait pas pourquoi il avait été puni aussi durement. Le louveteau se mit à geindre tout en rampant devant le mâle, attendant sans doute une nouvelle raclée de sa part.

L'Alpha n'en fit rien, il grogna, jappa et se mit à courir dans le bois, la moitié de la meute à sa suite. Draco ne savait pas quoi faire. Il aurait voulu courir avec son Alpha mais craignait que cela ne soit pas accepté. Alors qu'il hésitait, Daniel se posta dernière lui, le poussant du museau vers l'avant.

Draco comprit qu'il était autorisé à suivre, sous surveillance du mâle. Il courut donc à la poursuite de la meute. Seuls quatre loups restèrent au campement, surveillant les femelles et les sacs.

Tandis qu'il courrait, gueule ouverte et langue pendante, Draco se demandait pourquoi il avait eu envie de poursuivre les mâles. C'était ridicule et dangereux. Mais au moins, il était avec Daniel. Il éprouvait un sentiment de sécurité plus puissant envers lui sous sa forme lupine qu'humaine, sans savoir pourquoi.

Cependant, au bout de plusieurs minutes, le louveteau stoppa sa course, épuisé. Il n'arrivait pas à courir aussi vite que ses aînés, d'autant qu'il n'avait que peu mangé depuis sa capture et que sa première transformation l'avait affaibli. Il se coucha au sol en gémissant, vite rejoint par le grand mâle noir. Ce dernier le laissa se reposer un instant, puis l'encouragea à se relever de sa truffe. Il prit ensuite la tête de la poursuite, laissant le gamin trottiner derrière lui. Draco découvrit la forêt, la nuit, d'une façon totalement nouvelle pour lui. Il était émerveillé par ce qu'il découvrait. Il se sentait bien dans sa peau de loup, lui qui aurait dû la haïr.

L'odeur métallique du sang frais titilla soudainement ses papilles. Il accéléra la marche, la truffe presque dans la queue du dominant devant lui. Ils déboulèrent d'un coup dans une petite clairière. Les loups étaient en train de dévorer une proie qu'ils venaient d'abattre, un énorme sanglier. Draco sentit de nouveau son estomac gargouiller mais ne bougea pas. Daniel lui jeta un regard sombre, gronda, lui faisant comprendre qu'il devait bien se tenir et descendit vers les loups. Ceux-ci firent une place au troisième, le laissant dévorer l'une des meilleures pièces de la bête morte.

Draco attendit, encore et encore, sagement assis sur son derrière, la queue rabattue sur ses pattes.

Enfin, tandis que chaque loup finissait son repas et entreprenait de faire une rapide toilette, le garçon avança.

Il jeta des regards furtifs aux dominants, notamment l'Alpha qui le regardait faire, sans broncher. Les oreilles basses, le dos rond, Draco continua sa marche jusqu'au sanglier. Arrivé à quelques pas de lui, il sauta sur un os délaissé où subsistait encore un peu de muscles et de tendons. Il s'empara de son butin entre ses crocs et partit rapidement en reculant. Satisfait et voyant que personne n'allait lui hurler dessus ou pire, il redressa sa tête et sa queue, fier de lui, avant de s'installer au pied d'un immense conifère sombre. L'os fermement tenu entre ses pattes de devant, il entreprit de le ronger avec appétit. Des grognements qui ressemblaient à s'y méprendre à des ricanements fusèrent autour de lui, provenant de loups qui le regardaient, visiblement amusés.

Une fois son os bien nettoyé, il leva la tête vers l'ombre qui se tenait devant lui. Sans surprise, il vit que c'était Daniel, accompagné visiblement de Ralph, à l'odeur. Il se redressa, se mettant rapidement sur ses quatre pattes. Il aurait aimé pouvoir sourire au loup, tant il était content de ses rapides progrès. Il ne le pouvait bien évidement pas.

Des hurlements le firent se retourner. La meute se remettait en branle, derrière l'Alpha. Une nouvelle chasse s'annonçait.

Draco leva ses yeux vers Daniel, constatant que cette-fois, il pouvait le regarder. Du moins, plus longtemps que trois secondes. Le Loup-garou secoua sa tête et grogna après Draco, lui indiquant de la gueule l'endroit par lequel ils étaient arrivés. Draco compris sans peine que la récréation était terminée et qu'il était temps pour lui de retourner au campement.

Le retour lui sembla bien plus long que l'allée. Ce fut un louveteau exténué qui s'effondra à côté des sacs de la meute. Il allait fermer les yeux quand Daniel le secoua de nouveau et gronda férocement. Draco se redressa, flageolant sur ses pattes. Il gémit, pleurnicha alors que le troisième l'obligeait à se remettre en marche, gravissant des roches et des gravats, plusieurs mètres au-dessus du campement des hommes. Une fois arrivés au pied d'un escarpement rocheux, sur un replat, Draco découvrit pourquoi le loup l'avait entraîné là. Une petite grotte naturelle lui faisait face, creusée dans la roche. Il s'avança prudemment, circonspect. À l'entrée de la grotte, il renifla les restes d'un ancien foyer humain. La truffe en avant, il avança ses pattes dans la grotte sombre. L'odeur de son Alpha lui sauta aux cellules olfactives. Elle était ancienne mais pourtant présente.

Il renifla encore, indécis. Daniel, lui, commença à rebrousser chemin et Draco voulut le suivre. Mais le loup noir ne l'entendit pas de cette oreille. Il grogna, montra les crocs pour au final mettre une rouste au jeune loup qui refusait de comprendre.

Vaincu, Draco retourna dans la grotte, la tête basse tout en gémissant. Il s'enroula sur lui-même au sol, la tête sur ses pattes avant, sa queue touffue par dessus sa truffe.

L'Oméga en lui pleurait. Il n'aimait pas être seul, sans la présence rassurante de la meute. Le louveteau en lui pleurait, parce qu'il ne voulait pas être seul, à la merci de dangers potentiels sans mâles adultes pour le protéger. Petit-Homme, lui, se mit à sangloter. Il avait compris ce que sa part lupine refusait de croire depuis le début de sa transformation. Ils étaient dans l'ancien campement de la meute, quand celle-ci avait traversé pour la première fois les montagnes en direction du royaume de Poufsouffle. Et ici était l'ancienne tanière réservée à l'Alpha, là où l'homme reviendrait au petit matin pour faire ce qu'il avait dit qu'il ferait.

Malgré sa terreur, le jeune loup finit par s'endormir. Il était à l'abri du froid dans cet endroit, son ventre était plus plein qu'il ne l'avait été depuis longtemps et il était si fatigué. Ce ne fut que bien plus tard qu'il se réveilla, surpris dans son sommeil par un grognement sourd.

Il se redressa en gémissant, terrifié. À l'entrée de la grotte, se tenait Fenrir.

Même Compagnon-Loup sentit le danger, malgré son refus de croire que son Alpha, celui qui était censé le protéger, lui voudrait sciemment du mal. Le loup était puissant, violent, vindicatif. Autre chose aussi était en lui, mais le petit Oméga, bien trop jeune, ne comprenait pas de quoi il s'agissait, quand bien même Petit-Homme lui hurlait que c'était du désir sexuel. Cela était inconcevable pour Compagnon-Loup. Il n'était qu'un louveteau ! Les dominants ne s'intéressaient pas à des chiots comme lui. Ils attendaient qu'ils soient adultes et prêts à l'accouplement. Quel loup, quel Alpha ferait une telle chose à un Oméga aussi jeune ? Il ne savait même pas en quoi consistait exactement l'accouplement mais la terreur de l'humain commença à le faire paniquer, lui aussi.

Alors qu'il se reculait en couinant, les oreilles basses. Fenrir commença sa transformation. Ses os craquèrent, son corps se redressa, ses poils disparurent peu à peu. La lune était encore là pourtant, le soleil commençait à peine à se lever.

Le petit Werwulf regardait son Alpha, maintenant debout sur deux seules pattes. Son corps musculeux, sale, taché de terre et de sang, luisait de sueur. Même sous sa forme humaine, l'homme gardait sa part de sauvagerie intacte. Ses cheveux gris étaient en bataille, masse épaisse qui retombait sur ses épaules. De larges favoris lui mangeaient les joues et rejoignaient une barbe naissante. Étrangement, de toute la meute, seuls quatre loups arboraient une véritable barbe, Heimdall, Neuri, Dereck et Archus. Les autres n'avaient qu'une toison de plusieurs jours qu'ils rasaient régulièrement à l'aide d'un couteau particulièrement aiguisé.

L'homme n'avait pas émis un seul son témoignant d'une quelconque souffrance durant sa transformation et ce fut d'un pas décidé qu'il s'avança vers le louveteau terrifié. Il se pencha vers la forme tremblotante à l'instant même où les premiers rayons du soleil transperçaient le ciel.

Le jeune loup se mit à hurler, son corps se contorsionnant en tout sens. Il ne sentit pas les mains de l'Alpha se poser sur lui, bien que ses paroles arrivaient à franchir la brume de sa souffrance.

Les cris lupins mutèrent peu à peu, se transformant en cris humains. Plus bas, d'autres cris s'élevaient du campement, féminins cette fois.

Draco se tenait désormais là où quelques minutes auparavant se tortillait un loup. Il haletait, sa peau perlée de sueur. Ses muscles frissonnèrent encore un instant, le temps pour lui de reprendre son souffle et de calmer les battements effrénés de son cœur.

Alors que ce dernier reprenait une allure plus sereine, Draco se figea, ses yeux s'écarquillèrent d'horreur. La main de l'Alpha était dans ses cheveux, retenant fermement les mèches blondes.

« C'est bien, petit Oméga. Je suis fier de toi. Première nuit, première chasse, première soumission. Maintenant, il me semble qu'une nouvelle leçon t'attend. »

Il tira sur les mèches emmêlées, révélant le visage pâle et effrayé de l'enfant.

« Non, s'il vous plaît, non, j'ai que quatorze ans, je suis trop petit, trop petit, » pleura Draco, terrorisé.

« Justement, chiot, tu es si innocent, si pur. Je vais tout t'apprendre, » Fenrir sourit, montra ses dents où s'accrochaient encore des restes de chair de son repas de la nuit. « Première leçon, être un bon soumis qui montre son petit cul ferme afin que je puisse m'enfoncer en lui. Je vais te marquer, Oméga, jusqu'au plus profond de ton corps, te marquer comme étant de cette meute et mien. Je vais le faire, encore et encore, jusqu'à ce que cette leçon soit bien apprise. »

Draco se débattit en hurlant et pleurant tout à la fois, refusant de subir ce qu'il entendait. Les mains de Fenrir s'abattirent sur lui, il le frappa violemment, le faisant s'écrouler contre la pierre et lui ouvrant le front. Le sang se déversa sur lui, colorant son monde une nouvelle fois en rouge. Puis le gamin sentit l'homme, nu, qui s'allongeait sur lui, son membre dur frottant contre ses fesses.

Des hurlements s'échappèrent bientôt de la grotte, faisant frémir les plus tendres des loups en contrebas. Cependant, rapidement les cris et les appels de l'enfant trouvèrent un écho identique en ceux des trois jeunes filles, alors que les mâles fondaient sur elles.

... ... ...

Draco resta prisonnier de la grotte toute la journée suivant la pleine lune, toute la nuit et jusqu'à ce que le soleil soit à son zénith le jour suivant.

Un dominant venait de temps en temps, à l'entrée de la grotte, sans mettre un seul orteil ou une griffe à l'intérieur, juste pour venir déposer des peaux de bêtes, une couverture, de la nourriture et rallumer l'ancien foyer. Tous savaient que pénétrer dans cette tanière alors que l'Alpha revendiquait l'Oméga serait une condamnation à mort, quel qu'il soit. Une mort lente et particulièrement douloureuse, à l'image de ce que devait vivre l'enfant dans sa prison de pierre si on se fiait aux cris, pleurs et hurlements qui en sortaient à intervalles régulières.

Fenrir sortait parfois sur le replat, jetait un œil inquisiteur sur ce qui se passait en bas, vérifiant de loin que ses loups refaisaient le plein de provision, dépeçaient le cerf qu'ils avaient abattu et ne passaient pas leur temps à uniquement s'amuser avec les femelles.

Lui seul, en tant qu'Alpha, avait le droit de ne s'occuper que de son bon plaisir avec l'Oméga. Et à en juger son corps en sueur taché de sang et de sperme, ses cheveux plus en bataille que jamais et le sourire sadique qu'il arborait, nul doute qu'il prenait beaucoup de plaisir à dresser le garçon pour en faire un parfait soumis selon ses propres critères.

Lorsqu'enfin le soleil brilla haut dans le ciel, montrant que le printemps n'allait pas tarder et que la descente vers la plaine annonçait des jours meilleurs, Fenrir se décida à rejoindre sa meute. L'Alpha tourna son visage vers le soleil, profitant de ses rayons. Totalement nu, il passa une main sur son torse, puis sur son pénis et ses bourses en grognant de satisfaction.

Comme prévu, celles-ci lui semblaient vides, sa queue humaine était épuisée, presque douloureuse, et il ne bandait plus assez fort à son goût à force d'avoir besogné sans relâche le petit corps du louveteau.

Il grogna de contentement et de fierté. Son Oméga avait été facile à dresser. Dès les premières heures, il ne protestait plus et avait abandonné toute idée même de lutte. L'enfant se contentait de hurler sa souffrance, sa terreur, sans même le supplier de cesser. Fenrir s'était pourtant encore acharné, afin de détruire tout ce qui était l'ancien humain.

Maintenant, le gamin ne disait plus rien, sa gorge et ses cordes vocales ayant sans doute rendu l'âme en cours de route. Il ne faisait pas plus de bruit qu'une souris en pleurant, et encore, il n'avait presque pas pleuré la dernière fois qu'ils s'étaient accouplés, il y avait de ça une demi-heure.

Greyback sourit.

L'homme rentra dans sa grotte et s'avança vers la forme roulée en boule et ensanglantée de son Oméga. Le gamin, en l'entendant, se mit à gémir et se recroquevilla un peu plus sur lui-même. C'était tout ce qu'il faisait désormais, rien d'autre, même quand l'Alpha le touchait, gardant ses beaux yeux gris ombrés de bleu cachés derrière ses paupières closes.

Fenrir l'avait nourri, à l'aube, comme il l'avait fait la dernière fois, en faisant couler dans la bouche qu'il lui avait maintenue ouverte une pâte visqueuse qu'il avait consciencieusement mâchée, faite de pain, de viande crue provenant du cerf tué lors de leur chasse et de pomme. Puis il lui avait donné à boire, de la même façon.

L'Oméga trembla tandis que l'Alpha passait ses bras sous son corps. Il ne pensa pas une seule seconde à le faire se lever, sachant pertinemment que le garçon en était incapable. L'Oméga gémit un peu plus, ses lèvres gercées à peine entre-ouvertes, son corps fut pris de tremblements plus puissants et une larme unique coula sur sa joue pâle.

Fenrir se mit à rire en le voyant faire.

« Calme, chiot, je ne vais pas te prendre, plus avant la nuit. Je te ramène au campement. »

Là-dessus il le jeta sur une épaule et descendit les roches en direction de sa meute qui le regardait arriver.

« Bonjour, Alpha, » fit aussitôt Brutus en s'approchant de lui avec révérence.

Toute la meute resta prudemment sur ses gardes, laissant le Bêta faire le premier pas vers le chef. Bien qu'ils n'aient que peu de doute sur le temps passé entre lui et l'Oméga, ils espéraient que ce dernier ait donné pleinement satisfaction à Greyback. Dans le cas contraire, celui-ci serait de mauvaise humeur. Or, s'il était de mauvaise humeur, des morts pouvaient arriver ou au minimum, quelques estropiés.

Les mâles se détendirent dès qu'ils virent que leur chef adressait un grand sourire en réponse à Brutus. Il continua d'avancer vers l'endroit où il sentait que ses loups avaient parqué les femelles, à savoir sous l'un des abris de branches.

Il fit tomber le garçon devant, sans un regard pour le corps du gamin qui s'écrasa dans les feuilles avec un bruit sourd.

« Comment se sont comportées les femelles ? Les avez-vous domptées, surtout la dominante ? »

« Je me suis personnellement occupée d'elle, Alpha, » répondit Brutus. « Elles ont compris qu'elle était leur place, toutes. »

« Parfait. »

« Fenrir, quand reprenons-nous la route ? »

« Je pense demain, si nos provisions sont faites. Mais pour cela, il faut que les femelles et l'Oméga puissent suivre. Daniel ! » appela Greyback. « Occupe-toi d'eux. Brutus, montre-moi où vous en êtes dans les préparatifs. Ensuite, nous mangerons et ferons une autre chasse si nécessaire. »

Sans se préoccuper davantage des louves et de l'Oméga, Fenrir s'éloigna de l'abri pour se rendre au centre du campement.

Draco n'ouvrit cependant toujours pas les yeux, attendant il ne savait quoi. Il ne savait plus rien de toute façon, à part que son corps entier n'était que douleur. Il avait cru connaître la souffrance avec les morsures et le début de sa captivité, avait cru savoir ce qu'était la douleur des os brisés avec sa première transformation, ce qu'était la peur en compagnie de la meute.

Il n'en était rien.

Tout cela, il l'avait appris avec Fenrir pendant que le mâle le détruisait en s'enfonçant entre ses reins.

Une main se posa sur lui, le faisant sursauter.

« C'est moi, Oméga, Daniel. Je vais te soigner et ensuite, tu pourras t'allonger avec les femelles. »

Le gamin ne répondit pas, se contentant de reprendre ses plaintes à peine audibles. Il laissa le mâle le tourner, le regarder, puis l'allonger sur le ventre, puisque c'était cette partie de son corps la moins abîmée. Fenrir ne l'avait pris que par derrière, comme en démontrait les traces de griffures et de morsures sur son dos lacéré, ses épaules et ses hanches.

« Dominante, viens m'aider ! » ordonna Daniel.

Aussitôt, la haute silhouette de Hannah sortit de l'ombre de l'abri, là où se cachaient encore Megan et Morag. Ses cheveux blonds étaient retenus en une seule natte désordonnée, retenue par une liane. Sa robe était en lambeau, mais la jeune fille se tenait droite, malgré ses visibles douleurs. Son visage était bleu par endroit et sa lèvre fendue, témoins de la lutte qu'elle avait eue avec le Bêta. Cependant, quand elle vit Draco, elle s'effondra.

« Oh par les Dieux ! Draco ! Non, C'est impossible ! »

« Silence, femelle ! Tu veux que Greyback vienne te donner une leçon, lui aussi ? »

La jeune fille secoua frénétiquement la tête en s'agenouillant à côté de celle de l'enfant. Elle ne put retenir ses larmes tout en lui caressa les cheveux.

« Oh par les Dieux... » répéta-t-elle dans un murmure.

« Tes jérémiades ne vont pas l'aider. Tiens, prend ce pot de baume et commence à lui en étaler sur les épaules et le dos. Moi je m'occupe de son cul et de ses jambes. »

Hannah lui jeta un regard haineux à l'entende de ces mots. Daniel haussa un sourcil, sarcastique.

« Je vais soigner son cul, imbécile. Si je m'avise de vouloir le prendre, Fenrir me décapite, dans le meilleur des cas. Et contrairement à ce que tu penses, baiser le gosse dans cet état ne m'intéresse pas. »

Hannah ne dit rien, se contentant de le fusiller du regard avant de se saisir du pot rempli de pâte verdâtre. Daniel la regarda un instant, alors qu'elle l'étalait sur les épaules du garçon qui frémit.

La louve avait du caractère, c'était indéniable. C'était d'ailleurs la première fois que la meute avait une femelle dominante parmi ses rangs. Dommage, pensa-t-il. S'ils étaient une meute classique, elle aurait fait une louve remarquable et, sans aucun doute, aurait été la compagne d'un Alpha ou d'un Bêta, au vu de sa beauté et de son mental. Au minimum, celle d'un dominant haut placé dans la hiérarchie. D'ailleurs, Daniel avait bien remarqué que Brutus semblait de son avis.

Oui, vraiment dommage. Mais avec un Alpha comme Fenrir et au sein d'une meute comme la leur, c'était inenvisageable. Greyback avait décidé de prendre l'Oméga, s'enorgueillant d'en posséder un dans la meute, comme toute meute importante le faisait selon lui. Plus encore, il le voulait comme compagnon... enfin, selon sa vision très personnelle du compagnon, évidemment, puisque Draco serait un jour donné à la meute entière quand il aurait accompli sa mission et que Fenrir se lasserait de lui. La dominante, elle, avait été choisie pour être pire qu'une putain, alors elle le serait. Et mourrait ainsi.

Se détournant de la femelle et de ses pensées, Daniel plongea ses doigts dans le second pot de baume. Il écarta les fesses meurtries et ne put retenir une grimace devant le spectacle désolant qu'elles cachaient. Bien, le baume et la nature lycanthrope du gosse ne suffiraient pas pour lui permettre de marcher d'ici le lendemain. Il commença néanmoins à tartiner l'orifice et à faire pénétrer l'un de ses doigts pour lui mettre de la crème. Le louveteau se mit aussitôt à pleurer.

« C'est rien, petit, c'est rien. Juste pour te soigner, » murmura-t-il, à l'étonnement de Hannah.

Ils continuèrent les soins et Daniel se leva.

« Reste avec lui, je vais chercher Epsilon. »

« Pourquoi ? Qu'est-ce que vous allez lui faire ? »

Daniel montra les dents en grognant.

« Ne parle pas sur ce ton, idiote ! Tu vas devoir apprendre à contrôler ta nature lupine où je te garantie que tu ne vivras pas plus de quelques jours ! Tu n'es rien dans cette meute, ne l'oublie pas. »

« Je ne l'oublie pas. C'est vous qui n'êtes rien pour moi. Vous n'êtes pas ma meute. Et toi, Daniel, tu me dégoûtes ! Tu nous soignes, consoles Draco, fais comme si tu voulais devenir son ami, et en même temps, tu t'es jeté sur nous comme l'animal que tu es ! Combien de fois nous as-tu baisées ? Combien de temps vas-tu te retenir le jour où Greyback vous autorisera à prendre Draco ? Hein ? Vous n'êtes pas une meute, juste une bande de mercenaires dégénérés, avides de sang, et j'espère que vous crèverez tous ! »

Le poing de Daniel s'abattit sur sa joue, la projetant en arrière sur le sol.

« Silence, femelle. Je prends mon plaisir là où il est, c'est ainsi que je vis, que nous vivons tous. Et ce n'est pas toi, toute dominante que tu es, qui va me dire quoi que ce soit ! Regarde-toi, et regarde le gosse. Il a plus souffert que vous trois réunies alors qu'il n'a eu qu'un seul mâle sur le dos. Veux-tu sa place ? Veux-tu que je me comporte, que nous nous comportions tous, comme notre Alpha ? Non ? Alors ferme-là ou effectivement, je me dispenserais de tes soins. Nous survivons dans cette meute ! Ceux qui ne rentrent pas dans le rang meurent vite. Je survis au sein de cette meute, et toi, pauvre idiote, tu crèveras avant moi. »

Leurs yeux furieux menèrent une lutte silencieuse que gagna le mâle quand Hannah, vaincue, baissa finalement son regard. Elle entendit le dominant partir et se rapprocha de Draco, prenant délicatement la tête du garçon pour la poser sur ses genoux sans lui faire mal.

Daniel revint moins d'une minute plus tard, Epsilon à sa suite. Hannah ne dit rien tandis qu'ils s'accroupissaient au niveau du corps de Draco.

« Alors ? »

« Je m'en occupe. »

Joignant le geste à la parole, le Loup-garou brun sortit sa baguette, faisant pousser un petit cri de surprise à Hannah.

« Tu n'as jamais vu de baguette magique, louve ? » se gaussa Daniel.

« Tu es un Mage ? » demanda Hannah.

L'homme brun darda ses yeux verts dans ceux de la dominante et consentit finalement à répondre.

« Oui, maintenant la ferme et laisse-moi finir de soigner le chiot. »

Il pointa sa baguette sur le corps ravagé du garçon, marmonnant des incantations alors qu'un filet de lumière orange en sortait. Epsilon continua pendant plusieurs minutes, changea les incantations et la couleur de ses sorts, demanda à Daniel et Hannah de tourner Draco afin de pouvoir aussi le soigner sur le ventre.

Hannah caressa les cheveux blonds emmêlés, ne pouvant se retenir de pleurer de nouveau à la vu de ce corps, si petit, si frêle et aussi abîmé. Les deux mâles ne firent aucun commentaire, gardant leur visage fermé.

« C'est bon, j'ai fini, » fit Epsilon en rangeant sa baguette.

« Tu vas en parler à Fenrir ? Il pourra suivre demain ? »

Epsilon regarda Draco, dubitatif.

« Sans doute un peu, mais pas aussi longtemps que le voulait l'Alpha. Surtout s'il veut le baiser encore cette nuit. »

Hannah tressaillit.

« Vous êtes des monstres, » murmura-t-elle.

Epsilon ricana.

« Ce n'est pas moi qui lui ai fait ça, femelle. »

« Non, tu étais trop occupé à violer Morag, » fit Hannah, acide.

« Jalouse, beauté ? T'inquiète pas, ce soir je m'occuperai de toi, » fit l'homme en lui adressant un clin d'œil.

Il éclata d'un rire grave et donna une accolade sur l'épaule de Daniel avant de partir rejoindre les autres Werwulfs. Daniel les dévisagea puis se baissa et prit Draco dans ses bras. Le gamin consentit à ouvrir un peu les yeux, voulant savoir qui le portait ainsi.

« Daniel ? » souffla-t-il.

« Oui, louveteau. Je vais te poser avec les femelles, tu vas te reposer un peu. Tout à l'heure, je viendrai t'apporter de la nourriture. Tu te sens mieux ? »

Le visage de l'enfant se fissura et il éclata en sanglots. Sans réfléchir, il se cramponna au cou de l'homme.

« Non, je veux plus de ça, je t'en supplie, Daniel, sauve-moi. »

Sa voix se perdit au milieux de ses larmes alors que le loup se baissait et le déposait sur le tapis de feuilles, sans tenir compte des deux autres soumises qui se terraient un peu plus au fond de l'abri.

« Je peux pas, gamin. Je peux juste essayer de faire en sorte que tu souffres moins, c'est tout. »

Il lui ébouriffa les cheveux et sortit des branchages. Une fois qu'il eut disparu, les trois jeunes filles se précipitèrent autour de la forme tremblante.

Draco ne s'en rendit pas compte. Il pleurait, sanglotait, laissant libre cour à tout ce qu'il avait sur le cœur, sa terreur, sa souffrance. Il s'étouffait à moitié dans ses larmes, les poings crispés.

La douleur atroce qui l'avait englobé, véritable nid dans lequel il vivait depuis la veille s'était éloignée. Déjà grâce aux soins apportés par Daniel et Hannah, mais surtout depuis qu'Epsilon lui avait jeté les sorts. Bien que son corps ne soit plus une seule plaie béante, que les os fêlés avaient été ressoudés, l'enfant restait brisé dans son âme.

Peu à peu, il prit conscience de son environnement, des louves qui l'entouraient et le berçaient, de leurs propres larmes. Morag se pencha vers lui et gentiment, lui lécha les joues.

« Je suis si désolée, Draco, si désolée. »

« C'est pas ta faute, Morag, » murmura Draco avant de refermer ses yeux, épuisé.

Les quatre jeunes gens se serrèrent un peu plus les uns contre les autres. Draco soupira, s'endormant afin d'échapper à ce qui était maintenant sa vie.

... ... ...

La première chose qu'il sentit en se réveillant fut justement les odeurs. Il y avait l'odeur de la forêt, des feuilles, du printemps qui revenait. Mais ces odeurs, si agréables, si emprunt de liberté, de douceur étaient lointaines, si lointaines... Ce qui lui emplissait le nez était celles de la sueur, du sang, de ses sœurs qui avaient peur et qui avaient mal, l'odeur des mâles sur elles, l'odeur du sexe. Lui-même puait désormais, la transpiration, le sang et partout sur lui l'odeur du sperme de son Alpha. Il fronça les sourcils et ouvrit les yeux.

Il était allongé, le torse plaqué contre la poitrine de Hannah. Morag était d'un côté, Megan de l'autre, chacune un bras sur le garçon.

« Comment tu te sens, Draco ? » demanda doucement Hannah.

« J'ai envie de mourir, » répondit faiblement l'Oméga.

Il réalisa alors qu'il était nu, contrairement aux jeunes filles qui étaient revêtues de haillons de robes. Toutefois, cette constatation ne lui fit ni chaud ni froid. Il s'en moquait, il y avait pire dans la vie que de se retrouver nu devant ses sœurs louves, bien pire.

« J'espère qu'ils mourront, tous, » déclara Morag d'une voix enrouée. « Aucun ne mérite de vivre. »

Draco leva son visage vers elle.

« Est-ce qu'ils vous ont... tous ? » demanda timidement le garçon, une boule dans la gorge.

Morag baissa les yeux, sans répondre.

« Rien ne pourra être pire que ce qu'il t'a fait, lui, » dit-elle sourdement, la tête basse.

Draco savait parfaitement à quoi elle pensait, et qu'elle s'en sentait honteuse. Mais il n'avait pas le courage de parler de tout ça, non. Il voulait oublier Fenrir pendant les quelques heures où il serait avec elles. Et puis, il voulait savoir...

« Morag, personne ne t'en veut, tu sais, » dit alors la dominante.

« S'il vous plaît, répondez-moi, est-ce qu'ils ont tous ? » reprit Draco.

Un silence lui répondit tout d'abord.

« Le seul qui ne nous a pas touchées, c'est Ralph, » répondit alors Megan dans son dos.

Draco cacha son nez dans le cou de Hannah, une pointe acérée dans le cœur.

« Draco, Daniel n'est pas un homme bon. Je sais qu'il est... gentil, avec toi, mais il fait parti de cette meute à part entière, c'est le troisième dans la hiérarchie. »

« Je pensais... Je pensais que peut-être... »

Draco se mit à pleurer en silence, à peine une larme ou deux.

« Tu es sûre pour Ralph ? » fit Morag.

« Oui. »

Personne ne chercha à contredire Megan. Si elle le disait, c'était qu'une d'une façon ou d'une autre, la louve l'avait constaté.

« Tu as froid ? » souffla Hannah dans l'oreille de Draco.

« Un peu... »

Aussitôt Morag prit une couverture et la posa sur le corps martyrisé du garçon. Elle passa lentement ses doigts sur une parcelle de peau qui était indemne, faisant frissonner l'Oméga.

« C'est en train de cicatriser. Epsilon aussi t'a soigné, c'est un Mage. »

Le jeune loup sortit du giron de Hannah, surpris.

« Des Mages ? Les Werwulfs sont des Mages ? Mais nous, on ne l'est pas ! »

« Tous les Werwulfs ne le sont pas non plus. Megan, sais-tu qui l'est, dans la meute ? » interrogea Hannah en passant une main dans les cheveux emmêlées de Draco, l'incitant à se recaler contre sa poitrine.

« L'Alpha, Epsilon, David, Vircolac et Ralph, » récita Megan.

À la simple mention de l'Alpha, la respiration de Draco s'accéléra sous la panique.

« Chut, chut, calme-toi, c'est fini... » lui dit Hannah en accentuant ses caresses.

« Non, non, c'est pas fini. Ça vient juste de commencer, au contraire... »

Draco se redressa, se mettant en position assise en se mordant les lèvres sous la douleur. Il allait ouvrir la bouche quand un craquement se fit entendre. Les deux soumises se mirent à gémir et se cramponnèrent à Hannah, tandis que Draco, lui, ne bougeait pas d'un pouce. Il avait reconnu l'odeur du mâle qui approchait et savait qu'il ne lui ferait rien. De toute manière, aucun mâle, en dehors de l'Alpha, ne pouvait le revendiquer.

Une nausée lui monta à la gorge quand il réalisa que Compagnon-Loup semblait... heureux de ce fait. Malgré les tortures que lui avait fait subir Fenrir, sa partie lupine ne voulait toujours pas croire que l'Alpha n'était qu'un monstre, qu'il ne le protégerait ni ne l'aimerait jamais. Pire, que l'accouplement avec Fenrir ne voulait rien signifier d'autre que l'homme aimait le sexe, la violence et que cet acte ne représentait nullement un engagement pour lui, contrairement à ce qu'un mâle dominant aurait dû faire avec un Oméga. Et encore moins avec un si jeune Oméga, nullement prêt à être accouplé.

Daniel se baissa et avança dans la tente de branches, ignorant les femelles.

« Montre tes blessures, » ordonna-t-il.

Draco s'avança docilement. Il ne pouvait faire autrement et n'avait pas envie de résister à Daniel. C'était stupide. La résistance n'apportait que souffrance. Il était un Oméga, un soumis, le dernier parmi les dociles, il ne pouvait dire non. Baissant la tête, il rampa jusque devant l'homme à la peau brune et se coucha en gémissant de douleur sur le dos, dévoilant son ventre et sa gorge.

« Brave petit, » le flatta le Werwulf.

Il se pencha et, délicatement, posa ses dents contre la gorge du gamin, sans le mordre.

« Remets-toi sur le ventre, louveteau, ton dos n'est pas assez cicatrisé. Et si tu veux t'asseoir quand je serai parti, met-toi à genoux. Tiens, je t'ai apporté un pantalon, si tu peux le mettre. »

Il sortit de son sac le vêtement en question qu'il posa au sol. L'odeur de nourriture qui était présente dans la besace fit saliver les soumis, affamés.

« Fenrir a décidé de vous nourrir, en prévision du voyage de demain, » fit Daniel en sortant deux morceaux de viande cuite et quatre pommes. « Oméga, je vais t'examiner, l'Alpha veux savoir si demain tu pourras marcher avec nous. »

Les mains de l'homme parcoururent le dos, les jambes du garçon. Elles se posèrent sur les fesses et les écartèrent, comme quelques heures auparavant.

« Mouais, pas terrible, » conclut Daniel avant de remettre du baume sur les lésions et les plaies de Draco. « Ce soir, quand la meute aura mangé, tu retourneras avec l'Alpha. »

À ces mots, le garçon explosa en sanglots, face contre le sol.

« Pitié, non... »

« Écoute, gamin, Fenrir sera moins violent avec toi cette nuit. Il veut que nous partions, demain. Notre excursion n'a que trop duré et l'un de nos commanditaires veut nous revoir pour une mission. Ensuite, tu peux faire en sorte de moins souffrir pendant l'acte. »

Draco tourna son visage, ses yeux gris humides se fixant pendant un instant dans les noirs.

« Comment ? » demanda-t-il à voix basse.

« Avec ta salive. Sers-toi de ta salive. Crache dans ta main et ensuite mouille-toi. Essaye de faire pareil avec la queue de l'Alpha. En plus, si tu le fais directement avec ta bouche et ta langue, Greyback ne sera que satisfait, crois-moi ! »

« Tu en sais quelque chose, ordure, » gronda Hannah.

Daniel se retourna, vif comme l'éclair, et lui administra une gifle retentissante.

« Tu n'as toujours pas compris, dominante ? Brutus a encore du travail à faire avec toi. Et je m'occuperai de ton cas personnellement, cette nuit. »

Hannah grogna mais baissa les yeux.

« Oméga, fais ce que je te dis, tu verras. Et prend ça, aussi. Je te laisse ce sac, il y a du baume dedans. Tu peux t'en mettre avant et après qu'il te baise. Logiquement, Fenrir ne devrait pas t'en empêcher. »

« Et pour le reste ? »

Le murmure de l'enfant était presque inaudible.

Daniel regarda les traces multiples de coups, morsures et griffures qui parcouraient le corps pâle du garçon.

« Pour ça... Je ne peux rien, à part te soigner quand il a en terminé. »

L'homme se redressa à moitié, en raison des branches qui formaient le semblant de toit, calées contre le rocher. Il se tourna et jeta un regard à Hannah qui fit frémir Draco en raison de la luxure qui faisait briller les iris noirs.

« À ce soir, louve. »

Une fois que les pas de Daniel ne se firent plus entendre, Draco retourna se caler contre Hannah, tremblant. Ils ne dirent rien mais immanquablement, la lueur du jour décrût et l'obscurité envahit l'abri de fortune.

Draco commença à claquer des dents, la peur le submergeant.

« Je préfère mourir, » dit-il une nouvelle fois. « Je ne suis plus rien, il m'a déjà tué de toute façon. Je suis rien, juste un Oméga, une pute sans nom, à peine bon à écarter les fesses en silence et me mettre à genoux pendant qu'il... qu'il... »

Morag se mit à pleurer de concert avec lui, prenant sa main dans la sienne.

« Non ! » s'écria alors Hannah. « Non ! Nous valons mieux que ça ! Nous sommes des êtres humains, même si nous sommes devenus des Werwulfs, et nous valons bien mieux que ces êtres abjects ! »

Elle prit Draco par les épaules, le regardant, mais le garçon baissa aussitôt les yeux.

« Regarde-moi, Draco ! Regarde-moi ! »

Péniblement, l'enfant leva ses perles grises afin de les fixer dans celles, bleues, de la jeune fille.

« Tu es Draco. Draco Bones, et je t'interdis de mourir ! » scanda-t-elle, les larmes commençant à couler sur ses joues malgré la fermeté de sa voix.

Elle ferma brièvement les yeux, s'essuya rageusement avant de reprendre durement.

« Ils n'enlèveront pas qui je suis ! Je suis plus qu'une simple louve ou une dominante et je ne serai, jamais, jamais leur catin, peu importe ce qu'ils font ! Je sais qui je suis et ce que je vaux... Je suis Hannah Abbot, j'ai vingt ans et je suis encore vivante ce soir, n'en déplaise à ces ordures ! »

Elle regarda ses compagnes et son petit frère de peine, leur prit les mains, les regroupant une à une, de façon que chacun puisse sentir la main des autres, au centre de leur cercle de fortune. Elle inspira lentement, s'obligeant au calme, malgré la terreur qui l'envahissait, elle aussi.

« Et toi, qui es-tu ? » demanda-t-elle en se tournant vers Megan.

« Je... Je suis... » bafouilla Megan, le cœur battant tandis que plus loin, les voix des loups se faisaient plus fortes, plus paillardes.

« Qui es-tu ! »

« Je suis... Megan, Megan Jones, dix-huit ans... et je suis encore vivante ce soir... » fit enfin Megan tout en se mettant à pleurer, elle aussi.

« Et toi ? Et toi, Morag ! »

« Moi... Morag MacDougal... dix-sept ans... je suis encore vivante ce soir, » sanglota Morag, ses mains tremblant violemment entre celles des autres soumis.

« À toi, maintenant, » ordonna Hannah en regardant Draco en face d'elle.

Les mains du garçon se crispèrent. Les hommes riaient dehors, ils devaient manger et bientôt, très bientôt, réclameraient leur dû.

« Non... Je suis... Oméga... »

« Non ! Tu es Draco ! Draco ! Dis-le ! Dis qui tu es ! Ne nous abandonne pas, Draco ! » cria Hannah.

Draco éclata en larmes, regardant tour à tour les visages suppliants de ses sœurs.

« Moi... Moi, Draco... Draco Bones... Je suis Draco Bones, Draco Bones ! Draco Bones, quatorze ans, encore vivant ce soir ! »

Ils s'effondrèrent, se serrant dans leurs bras, se consolant et partageant leur frayeur.

« On va s'aider, on va s'en sortir, on va survivre, il faut qu'on survive, » répéta Hannah, comme une litanie.

Puis la voix de l'Alpha s'éleva, appelant à lui son Oméga.

… … …

à suivre

… … …


NDA : Suite à une review qui s'interrogeait sur la composition de la meute, je me suis dit que cela intéresserait peut-être aussi d'autres personnes ici.

Je me suis inspirée de la hiérarchie existante dans beaucoup de meutes de canidés, même si c'est le plus souvent un couple d'Alpha qui dirige. La meute de Fenrir Greyback est donc composé d'un Alpha (Greyback) d'un Bêta (Brutus) et d'un Troisième (Daniel). Viennent ensuite sur le même rang le frère du Bêta (Barbatus) et du Troisième (Archus) et Epsilon. Ensuite, nous avons Heimdall, David et Dereck, puis sur le rang suivant Vircolac, Neuri et Berserkir. Enfin en dernier, Ralph. Vient se rajouter à cette hiérarchie de dominants Draco, l'Oméga. L'Oméga est dans une véritable meute le souffre-douleur des autres mais, étrangement, a aussi un rôle important pour la cohésion du groupe. Dans cette histoire, comme vous le verrez par la suite, les Omégas dans une meute de Loups-garous saine ne sont pas des souffres-douleurs. Dans celle de Greyback, par contre... Toujours dans la meute de Greyback, les louves ne sont pas considérées par les autres comme appartenant réellement à la meute, elles n'ont donc pas de place ou même d'existence propre.

En ce qui concerne le lien qui existe entre cette fiction et « les Arches », ce chapitre reprenait pour beaucoup la partie 2, j'en suis très consciente et m'en excuse pour ceux qui la connaissaient déjà, mais c'était aussi nécessaire. Le chapitre 7 aura encore des passages identiques ou presque. J'espère que vous avez aussi noté les passages inédits et les différences depuis le début de l'histoire, sinon ben... tant pis ^^' Par contre, à compter du 8, ce sera essentiellement de l'inédit, puis ensuite que de l'inédit. Pour me faire pardonner, j'ai posté ce chapitre plus tôt et j'essayerai de poster également le chapitre 7 plus rapidement, enfin, si ça vous dit bien sûr !