Chapitre dédié à DDC et à Shaman. Merci aux reviewers et à mon équipe de correction!
Bonne lecture,
Chapitre 8 : A l'extérieur
- Je vais tuer ce triple imbécile, gronde Mandy en donnant un coup de poing dans un coussin.
- Eh bien, voilà qui a le mérite d'être clair, lui répond Lily.
- Arrête de te moquer de moi ! Tu te rends compte de ce qu'il a fait ?
- Je me rends surtout compte que vous n'avez plus grand chose à faire ensemble si vous n'êtes plus capables d'avoir une conversation normale.
- Mais je l'aime !
- Bien entendu. Tu l'aimes tellement que la chose la plus agréable que j'aie entendu depuis longtemps à son sujet, c'est « même le Calmar géant n'en voudrait pas ». Alors arrête de te voiler la face.
- Je ne me voile pas la face !
- Bien sûr, excuse-moi, où avais-je la tête ? l'amour est une chose qui ressemble beaucoup à la haine !
- Tu penses que je suis à côté de la plaque ?
- Parfaitement.
Eh bien. On peut dire ce qu'on voudra de mon manque de tact ou de ma franchise, je n'égalerai jamais Lily. Je ne me permettrai jamais de parler comme ça à Ann. Du moins pas aussi calmement, ni aussi sérieusement. D'ailleurs, si je lui parlais comme ça, elle aurait vite fait de m'envoyer paître. Il faudra que je demande à Lily comment elle fait pour rester aussi stoïque demain.
Le week-end s'annonce bien : sortie à Pré-au-Lard, banquet d'Halloween… Que de la détente en perspective, ça va me faire du bien. Pour une fois, Ann n'est pas sortie voir Phillip avant le couvre-feu. Je suis flattée qu'elle préfère plancher sur mon Garçon Mystère ! J'essaye de ne plus écouter la conversation entre Lily et Mandy pour me concentrer sur mon cas.
- La réaction de Sirius prouve qu'on peut exclure Fabian, dit Ann. Je ne pense pas qu'il aurait eu des scrupules à le « trahir » pour échapper à sa journée de silence. Conclusion : c'est forcément un des Maraudeurs.
- Prions pour que ça soit le bon, je maugrée, frustrée.
C'est vrai, à la fin, tous les Maraudeurs le savent et aucun ne me dira rien ! Parce que Peter doit être meilleur comédien que ce que je croyais. Il est forcément au courant puisque le (mal)heureux élu est un des garçons. Peut-être lui-même.
Pas Fabian, mais Sirius ?
Mais Peter ou Remus ?
- Je me demande s'il se dénoncerait si je leur faisais part de nos conclusions ? je me demande. Savoir qu'on a que trois suspects…
- Moi, je ne le ferais pas, à leur place, intervient Mary. Imagine : le garçon pour lequel tu en pinces arrive et te dit qu'il croit que tu es amoureuse de lui, mais tu n'as aucune idée de ses sentiments. Comment tu réagirais ?
- Bah, je lui dirais qu'il a raison et s'il réagit mal, je lui dirais que je plaisantais.
- Tu rêves, Luth. Tu sais très bien que tu ne le ferais jamais !
Ann me regarde, sévère.
- Sans compter le fait qu'il ne réagirait peut-être pas au début, surpris, mais que finalement il dirait oui… Si tu plaisantes, bonjour les malentendus !
Je gémis. On ne s'en sortira jamais.
- Je laisserais tomber, à ta place, me conseille Mary.
- Mais j'ai besoin de savoir !
- Ah oui et pourquoi ? Tu sais de qui tu es amoureuse. Tu ne ferais que du mal, à toi comme à lui, si ce n'était pas celui que tu attends.
- Mais si c'est lui…
- Comporte-toi comme si tu n'avais jamais entendu parler du Garçon Mystère. Si c'est lui, ça finira par payer.
- C'est horrible ce que tu dis ! s'exclame Ann. Rester comme ça dans l'expectative ! Surtout que Luth n'est pas très… offensive, dirons-nous.
- En effet…
Et mes amies de me fixer d'un air sévère dans un bel ensemble.
oOoOo
Papa, Maman,
Oui, nous allons bien. J'ai eu un O en Sortilèges, dernièrement. Ca s'annonce bien pour les ASPICs, mais que de travail ! En revanche, je ne peux rien vous dire sur Keith. Depuis que nous avons reçu votre lettre, il est furieux. Et je dois avouer n'être pas très heureuse non plus. Vraiment, nous laisser à Poudlard pour Noël ! D'accord, l'école est l'endroit le plus sécurisé du pays. Oui, dehors, c'est dangereux. Mais la maison est protégée – vous avez dressé les défenses vous-mêmes, et vous avez pris vos vacances. Je sais qu'il est possible que vous soyez appelés en urgence, mais il y a peu de chances pour que vous soyez réquisitionnés en même temps : vous n'avez pas le même domaine de compétence. De plus, en cas d'urgence, nous pourrons nous arranger avec les Johnson. Ils seront ravis de nous accueillir quelques jours si nécessaire.
Et puis c'est Noël ! Ne nous laissez pas passer les Fêtes loin de vous. La guerre ne doit pas nous éloigner, nous nous voyons déjà si peu ! S'il doit arriver quelque chose, que nous soyons présents ou pas n'y changera rien. Autant profiter de ce qui nous est offert.
Je vous aime – et Keith aussi, bien sûr.
Luth
C'est la lettre la plus diplomate que je suis arrivée à produire après quatre brouillons. J'espère que c'est assez argumenté. Sinon, il faudra être un peu plus… hum, insistante. Et j'ai de nombreux arguments en réserve.
oOoOo
Le lendemain, Ann nous réveille aux aurores. Il paraît qu'il faut qu'on se fasse belles pour sortir.
Après le petit déjeuner, je rejoins Lily dans le hall – les autres sont déjà parties rejoindre leurs amis respectifs. Je salue Agatha Timms, une amie d'enfance de Mary.
- Alors, tu as apporté tes mouchoirs ? je demande à ma camarade alors que nous franchissons le portail, faisant allusion à notre statut de célibataires abandonnées.
- Non, je savoure une journée de liberté. Sans cours, sans travail, sans James…
Je ris sous cape. Quelle mauvaise foi alors que jeudi soir elle a presque couru à l'entrainement de Quidditch – soi-disant pour voir Mandy.
- Sans James, vraiment ? je lui demande en apercevant une tête brune bien connue à quelques mètres de nous. EH, JAMES ! je crie en accélérant le pas.
Lily me promet les pires supplices qui puissent exister.
- Ce n'est pas parce que tu veux voir Sirius que je suis obligée de subir James !
- Ecoutez-moi ça, je réponds sans relever le sous-entendu, subir James. L'autre soir, ça n'avait pas l'air trop difficile !
Elle n'a pas le temps de répliquer car nous arrivons à la hauteur des garçons. Ils nous saluent, apparemment ravis. Je leur réplique que sortir de Poudlard sans garde du corps n'est pour le moment pas à l'ordre du jour. James m'approuve avec enthousiasme. Je crois bien qu'il n'a jamais été aussi heureux de m'avoir sur le dos.
oOoOo
Eh bien, heureusement que j'ai eu la brillante idée de m'accrocher aux garçons. Nous avons croisé plusieurs Serpentards en rogne dans le village. J'ai même vu la bande à Rosier entrer à la Tête de Sanglier. Ca fait froid dans le dos, au sens propre comme au figuré d'ailleurs. Pré-au-Lard semble mort. Je sais que le froid n'incite pas à sortir, mais le peu d'habitants ou de visiteurs que nous croisons est effrayant. La plupart des adultes sont des professeurs ou des Aurors – j'en reconnais certains pour les avoir croisés au Ministère.
Miss Rosmerta semble déprimée. Son pub est bien moins plein qu'à l'accoutumée. Elle nous sert, heureuse de voir du monde et nous raconte que la sortie de Poudlard a fait fuir les habitués. Lorsque nous lui demandons pourquoi, elle fait un geste d'ignorance.
- Super rassurant, grommelle James lorsque nous sortons. Bon, Honeydukes, ça vous dit ?
Globalement, la journée se passe bien. James et Lily se chamaillent bien un peu – on ne refait pas le monde en un jour – mais ils passent toute la matinée à se parler. Sirius et moi les regardons, amusés. Quand nous croisons d'autres élèves, ils ont du mal à en croire leurs yeux. J'ai même vu quelques filles verdir de jalousie. Ann est restée un instant bloquée sur la scène – avant que Phillip ne l'embrasse. J'ai l'impression qu'ils ne font pas grand-chose d'autre, ces deux-là. C'est peut-être ça, le secret d'une relation qui dure ? Si oui, j'ai bien peur de finir célibataire.
- Oh, des plumes en sucre ! je m'exclame en entrant dans la boutique. J'adore ça !
- Ca tombe bien, moi aussi, répond Sirius en sortant sa bourse. J'en prends pour nous deux !
- Oh… C'est vraiment gentil !
Je tape dans mes mains comme une gamine.
- Prends-en pour trois, Patmol, dit soudain quelqu'un derrière moi.
« Hiiiiii » hurle le neurone de la groupie en furie avant même que le reste de mon cerveau comprenne ce qu'il se passe. Cette voix, je la connais. Je l'adore, je l'adule, je l'aime. Mais surtout… Cette voix n'a rien à faire ici. Je me retourne lentement.
- Remus ? Peter ?
Qu'est-ce qu'ils peuvent bien ficher là ?
- On dirait que tu as vu un fantôme, Luth, plaisante Remus en me tapotant l'épaule.
- Tu n'es pas contente de nous voir ? demande Peter, faussement vexé.
- Si… non… Mais enfin…
- Qu'est-ce que vous fichez là ?
Ah, Lily, tu m'arraches les mots de la bouche. James se ratatine. Remus répond comme si c'était évident :
- Nous achetons des sucreries ! Au fait, Sirius, tiens, pour les plumes en sucre.
Il lui lance quelques Noises.
- Vous vous payez de ma tête ? Vous n'avez rien à faire ici ! Comment êtes-vous venus ?
Elle croise les bras, en attente d'explications.
- Euh… Lily ? tente James. Franchement, laisse tomber.
- Laisse tomber ? s'insurge notre douce, tendre et compréhensive préfète-en-chef.
Sirius m'attrape par un bras et m'entraine dehors avec Peter, tandis que Remus et James tentent de piloter discrètement une Lily furieuse et révoltée vers la sortie.
- On va éviter le scandale devant tout le monde, veux-tu ? dit fermement Remus une fois que nous sommes sortis de la boutique.
Les garçons nous entrainent dans une ruelle, loin des regards et oreilles indiscrètes.
- Eviter le scandale ? Et comment comptes-tu éviter le scandale, Remus ? Alors que vous êtes sortis de l'école sans permission !
Spectatrice silencieuse de la scène, j'ai bien envie de me taper la tête contre les murs. D'un côté, le neurone de la curiosité réclame une explication à cet événement. De l'autre, le neurone de la raison argumente que les garçons ne lâcheront jamais le morceau. Les tanner ne ferait que les énerver. « Et tu ne veux pas te disputer avec Remus, hein ? ». Certes non. Qu'importe comment ils sont venus ? C'est qu'ils soient là qui compte ! Je vais pouvoir passer le reste de l'après-midi avec Remus ! J'en gambaderais de joie, mais notre chère préfète tient à jouer son rôle même hors de l'enceinte.
- En quoi ça te concerne, qu'ils soient venus sans permission ? siffle James.
Ah, sa résistance aux colères de Lily augmente de jour en jour. C'est très bien.
- Mais c'est dangereux par les temps qui courent !
Je crois avoir mal entendu. Pardon, elle nous parle de danger là ? Moi qui m'attendais à un discours sur la nécessité d'obéir aux règles de la société pour éviter le chaos destructeur – Lily aurait été très forte dans une école moldue de littérature.
- Allons, Lily, continue son soupirant, agréablement surpris, que veux-tu qu'ils risquent ? Tu as vu tous les Aurors et les professeurs dans le village ? Et tu connais le niveau de Remus en Défense contre les forces du Mal ? Et le nôtre ? Sans vouloir me vanter, ajoute-t-il précipitamment pour contrer toute attaque.
Si Lily n'avait pas l'air d'avoir avalé de la potion Pimentine, je serais morte de rire.
- Vous êtes trop sûrs de vous ! Il faut arrêter de se ficher du règlement, ou vos « farces » vont se retourner contre vous ! Rentrez ! termine-t-elle, péremptoire, en se retournant vers les intrus.
- Non, répond tranquillement Remus.
- Non, ajoute Peter, un brin impressionné mais fermement campé sur ses jambes.
- Je n'ai absolument aucune envie de vous dénoncer, mais si vous ne rentrez pas tout de suite, je dis tout à un professeur !
- Et tu crois qu'ils vont te croire ? fait James, clairement moqueur.
Euh, moi, je crois que oui. Ce n'est pas que Lily aie une meilleure image de marque que les Maraudeurs, mais en fait… Si. Sirius, appuyé nonchalamment contre un mur, joue avec sa baguette et semble très amusé par la scène. Je ne comprends pas pourquoi ils sont si sûrs d'eux.
- Ils vous connaissent, argumente Lily. Et ils savent que je n'ai pas l'habitude d'affabuler !
- Oh, mais le professeur McGonagall ne punit jamais sans preuve, chère Lily, intervient Remus. Et la parole, comme tu le répètes souvent, n'est pas une preuve suffisante.
Ses yeux brillent d'amusement, même s'il semble très calme. Suis-je donc vraiment la seule à ne rien saisir du comique de la situation ? Je me sens parfaitement bête et inutile. Lily reste un instant désarmée, cherchant la petite bête.
- Ils pourront au moins vous empêcher de recommencer !
- Ah oui ! Et comment ? Ils ne savent pas comment ils ont fait pour franchir la sécurité de l'école, remarque James.
- Tiens, c'est une chose que j'aimerais bien savoir d'ailleurs, reprend mon amie, piquée au vif.
James éclate de rire.
- Secret de maraude, ma chère !
Mais ça ne calme pas Lily, au contraire. Sentant que cette conversation risque de s'éterniser, j'interviens timidement :
- Lily, pourquoi tu t'acharnes ? Tu sais bien qu'ils sont têtus comme des centaures et qu'ils ne lâcheront rien ! En plus, ils sont quatre ! Alors… Si tu ne veux vraiment rien avoir à voir avec ça, on peut partir de notre côté, mais on peut aussi faire abstraction… Et puis la journée avait bien commencé, ce serait dommage de la gâcher… non ? Tu n'es pas responsable d'eux, personne ne te reprochera leurs bêtises ! Ils ne risquent pas grand-chose de toute façon.
Woah, tant de mots devant une Lily en colère. Niveau courage, j'ai fait de beaux progrès.
- Et puis dans le pire des cas, je suis sûre que James te couvrira !
Je m'autorise un sourire taquin. Lily marmonne quelque chose qui ressemble à « bon d'accord… ». Les garçons m'adressent un regard de remerciement intense.
- Bon, on se retrouve à Scribenpenne ? propose le préfet.
- Et comment vous comptez y aller sans vous faire prendre ? repart aussitôt Lily.
- C'est notre problème, ça !
Petit clin d'œil aux autres garçons. James et Sirius nous entrainent vers la route principale.
- Luth, je crois qu'on te doit une fière chandelle, me souffle Sirius comme Lily et James prennent de l'avance.
- Tu n'auras qu'à me bâtir un autel au milieu de la Grande Salle !
- Tu ne voudrais pas plutôt m'épargner cette journée de silence ?
Je ris.
- Je t'ai déjà proposé un marché que tu as refusé. Mais il tient encore…
- Ca ira, merci.
Et le voilà qui s'enferme dans un silence boudeur.
Nous arrivons à Scribenpenne. A ma grande surprise, Remus et Peter entrent le plus naturellement du monde juste après nous. Je commence à me demander si Lily et Ann n'ont pas raison de se méfier de la propension des garçons à défier les règles. Comment font-ils pour être toujours où ils veulent si impunément ? Enfin, nous avons pris la voie la plus rapide et je n'ai entendu aucun bruit de transplanage. S'ils avaient fait des détours, ils auraient mis plus de temps à arriver, ce qui signifie… qu'ils nous ont suivis par la rue principale. Sans se faire attraper ? Il y a vraiment quelque chose qui m'échappe. Le Garçon Mystère, l'arrivée à Pré-au-Lard, les escapades nocturnes et cette manie de toujours tout savoir… Les Maraudeurs ont plus de secrets qu'il n'y paraît. Plus que ce n'est bon pour la santé de tout le monde, tant physique que mentale.
oOoOo
- Oh, oh, s'exclame soudain James en regardant sa montre.
Après avoir vérifié l'heure, Sirius pousse une exclamation comique.
- Merlin ! Luth, Lily, vite, rentrez au château !
- Pourquoi ? je m'étonne.
- Il est dix-huit heures ! Le banquet est dans moins d'une heure, il faut que vous vous prépariez !
- Quelle façon subtile de nous dire de partir, ironise Lily.
- Voilà comment la galanterie est récompensée, grogne Sirius. Nous prenons soin de vous laisser le temps de vous faire belles et vous nous prenez pour des goujats !
Un peu vexée de me faire éjecter de cette manière, je décide de continuer la conversation :
- Mais vous êtes des goujats !
- Sorcière !
- Je prends ça comme un compliment.
Lily m'attrape le bras avant que j'en rajoute et nous éloigne du groupe, faisant mine d'être vexée. Je me retourne aux garçons pour leur lancer :
- J'en veux pour preuve de votre galanterie que vous nous attendiez dans la salle commune avant de venir manger !
- Compte sur nous ! me répond Remus avec un signe de main, visiblement soulagé que nous partions sans faire d'histoire.
Enfin, n'aurait été de Lily, je serais encore en train de les embêter. Leur façon de nous virer est quelque peu cavalière. Ils ont de la chance que j'aie passé une bonne journée.
Repensant à tous les évènements récents, je m'étonne que Lily soit partie sans se faire prier. Je décide de tâter le terrain :
- Encore des cachotteries ! Je me demande ce qu'ils vont faire…
- Crois-moi, tu ne veux pas savoir ce que font quatre garçons tous seuls.
Ah oui.
- Pourtant, ce matin, c'est toi qui voulais savoir !
- Et toi qui t'en fichais, réplique-t-elle, acerbe.
- Un partout, Souafle au centre.
Voyant qu'elle n'est pas de méchante humeur, je continue :
- Mais je ne m'en fichais pas. C'est juste que je sais bien qu'à deux contre quatre, nous n'avions aucune chance de savoir.
- Tu as raison… (Elle pousse un soupir). Ce n'était tellement pas discret, cette arrivée, que parfois je me demande s'ils ne cherchent pas à se vanter de toutes leurs connaissances… hum, extrascolaires.
- Ils ne pouvaient pas faire discrètement… Je pense qu'ils n'avaient pas prévu de passer la journée avec nous !
- Ils n'avaient qu'à nous dire de partir, comme maintenant.
J'éclate de rire devant cette supposition.
- James n'allait pas se priver de passer une journée entière avec toi !
- Oh mon Dieu…
Je crois qu'elle cherche quelque chose à dire, mais sa litanie habituelle ne sort pas. Elle referme la bouche. J'enfonce le clou :
- Surtout que tu étais volontaire et consentante !
- Luth Selwyn, continuez comme ça et vous allez mourir dans d'atroces souffrances !
Hilare devant son air indigné, j'évite de justesse un Rictusempra bien senti.
- Reconnais au moins qu'il y a un an, tu n'aurais jamais accepté de passer près de dix heures d'affilées avec lui.
- Je refuse de répondre à d'aussi basses insinuations.
Ne voulant pas pousser le bouchon de Bierraubeurre trop loin, je reste silencieuse un moment. Nous marchons tranquillement vers le château. La nuit commence à tomber. Je n'aime pas ce silence et relance donc la conversation sur un sujet anodin.
- Ca fait quand même du bien une journée hors de l'école. Ca… détend !
Lily acquiesce.
- Oh oui, une journée sans travail… mon rêve le plus cher ! Je ne tiendrai pas jusqu'à la fin de l'année à ce rythme !
- C'est encore pire que pour les BUSEs !
Elle pousse un soupir fataliste.
- Pourtant, il va falloir s'y faire… Tu veux bien devenir Médicomage, non ?
- J'ai bien peur de n'avoir aucune chance si je dois passer l'entretien d'entrée ! Il faudrait que j'aie « Effort Exceptionnel » à tous mes ASPICs pour être admise d'office, je grimace.
- Aïe, ça va être difficile en effet. Mais je suis sûre qu'en entretien tu as une chance. Il suffit de sourire à la dame !
- On verra bien… Et toi, toujours partante pour être Botaniste ?
- Non, je… Elle hésite. Je vais plutôt suivre une formation en Potions.
Elle a encore changé d'avis ? Je lui fais part de mon étonnement.
- Je pense que ça sera plus utile par les temps qui courent.
La seule allusion à ce qu'il se passe dehors me fait frissonner. On ne peut pas éviter le sujet ? je prie mentalement. Mais Lily n'étant pas télépathe, elle continue sur sa lancée :
- Il faut bien des gens qui luttent. James m'a parlé de l'état du Ministère. Ca fait froid dans le dos.
- Je ne te le fais pas dire.
Mes parents travaillent au Ministère. Malgré leur mutisme absolu sur le sujet – encore leur idée fixe selon laquelle je suis trop jeune pour savoir quoi que ce soit – j'ai cerné la situation globale. Et parfois même, grâce aux portes mal fermées, certaines choses que je n'aurais jamais apprises par la rumeur populaire.
- Je sais qu'il faut se battre.
Sa résolution me laisse sans voix.
- Je n'ai pas le choix, continue ma camarade, le regard perdu loin devant elle. Je suis tout ce qu'ils pourchassent : née-Moldue, Gryffondor ! Et puis je suis incapable de rester les bras croisés devant toutes ces horreurs. Je dois me battre. Il le faut ! Mais…
Ses paroles me glacent. Je n'avais jamais réalisé la situation de Lily. En sursis. Et le calme avec lequel elle l'énonce ! Sa maîtrise d'elle-même. J'aimerais avoir sa force. Je me sens perdre mes couleurs. Je voudrais ne serait-ce qu'un dixième de son courage. Je serais incapable de vivre ce qu'elle vit. La guerre peut m'épargner, je ne suis pas une cible. Pas une cible directe, du moins. Je peux choisir de vivre tant que je peux si je ne provoque pas le destin. Elle n'a pas ce choix. Sa situation est dix fois plus terrifiante que la mienne, et pourtant c'est moi qui suis sujette à une peur profonde et irrationnelle, une peur panique qui me noue les entrailles et m'empêche d'envisager l'après. Oh ! Comme je voudrais avoir les mêmes certitudes que Lily ! Où est le courage de ma maison ?
Les paroles de Lily résonnent dans ma tête, mais les dernières me frappent de plein fouet.
- Je sais tout ça, Luth ! Je le sais ! Mais… j'ai si… peur !
Elle s'arrête soudainement et me fixe. Je ne l'ai jamais vue si sérieuse. Je devine ses peurs et ses doutes. Ce sont les miens. Peur que nos ASPICs ne servent à rien. Peur de survivre et non de vivre. Incertitude de ce que sera demain. Je connais la peur. Je la connais bien trop.
Lily serre les poings à s'en faire blanchir les jointures.
- Dis-moi que tu comprends, toi ! elle crie presque.
- Qu… quoi ?
- Est-ce que tu comprends ?
Son ton est presque suppliant.
- Mandy ne comprend pas ! Elle est comme Sirius et James. Elle pense pouvoir sauver le monde ! Elle n'a aucun contact avec la réalité ! Elle ne conçoit pas que je puisse avoir peur ! Que je n'aie pas le choix ! Mais toi, Luth… Tu n'es pas comme ça ! Tu comprends, hein ?
Sa voix se brise et quelques larmes perlent de ses yeux. Je reste, un instant, bête à l'entente de sa diatribe. La première chose que je me demande c'est pourquoi ses nerfs lâchent après une si bonne journée. C'est complètement irrationnel. Comme ta peur, me souffle un neurone inidentifiable.
Je réagis enfin :
- Je… euh… oui, je comprends, je finis par murmurer, toujours figée à quelques mètres de Lily.
- C'est vrai ?
Non. Je saisis ta situation, Lily. Je vois l'ampleur du problème. Mais je ne comprends pas ton courage, ou ta folie. Il y a tant d'espoir dans tes yeux que je ne te dirai cependant que ce que tu veux entendre.
- Oui.
Un sourire éclaire son visage. Elle sèche la trainée humide sur sa joue et se rapproche de moi. Nous reprenons la marche.
- Merci. C'est rassurant d'avoir quelqu'un à qui parler.
Euh…
- C'est impossible de discuter avec Mandy. Si tu savais comme ça me pèse. Mais peut-être que tu comprends ça aussi ?
La vérité, c'est que je comprends parfaitement. Inutile de parler de la guerre à Ann. Elle fera la sourde oreille. Devant ma propre réticence, je ne peux lui reprocher. Mais pas question d'avouer cela.
- Ca ne m'a jamais posé problème, je réponds donc d'un ton neutre.
Silence.
Nous entrons dans le château. Silence. Jusqu'à ce qu'elle ose à nouveau :
- Excuse-moi d'avoir gâché ta journée… Je ne voulais pas… C'est sorti tout seul…
- Pas de soucis, Lily.
Il serait bien d'ajouter « viens me parler quand tu veux », mais je ne me sens pas apte à assumer un tel rôle.
- Si tu as besoin d'en parler, toi aussi... Je serai là.
- Merci, je réponds.
Mais je n'ai pas besoin d'en parler. Pas même d'y penser.
- James pense comme moi, tu sais. On en a parlé quand tu es montée avec Sirius, l'autre soir.
C'est le moment de changer de sujet.
- Oh, vous avez parlé ? Sans y être obligés ?
Lily m'adresse un regard de reproche, mais mon expression parle pour moi. Ne plus parler de ça.
- Il fallait bien meubler le silence.
- J'admire ta façon de meubler !
Je donne le mot de passe à la Grosse Dame, un sourire un peu forcé sur le visage.
- D'abord la discussion l'autre soir, puis l'entrainement de Quidditch, et enfin toute la journée d'aujourd'hui ! Je me demande bien ce qui t'arrive pour que tu recherches tant sa compagnie !
Je m'attends à une réponse bien sentie, mais elle dit simplement :
- Il a changé ?
Tout à fait d'accord. Ses chevilles ne passent plus les portes.
- C'est-à-dire ? je demande en gardant pour moi ma mesquinerie.
- Il est plus mature ! Et puis il ne me harcèle plus. Ca le rend… sympathique !
Sympathique n'est pas le mot que j'aurais donné pour définir James Potter, mais que Lily en fasse usage est révélateur.
- Oui, vraiment…
Lily s'interrompt devant mon air victorieux.
- Yahaaaaah ! je crie en entrant dans le dortoir vide. J'ai un scoop !
- Luth !
- Je vais faire la une de Poudlard Potin ! « Lily Evans succombe enfin au charme de James Potter ! »
- Luth ! Je vais te…
- Le capitaine de l'équipe de Quidditch a vaincu !
Je m'écroule sur mon lit, secouée de rire. Lily semble à mi-chemin entre la colère et l'exaspération. Elle se jette sur son lit et donne un coup de poing dedans.
- Non, sérieusement, Lily, c'est vrai ? je demande lorsque mon fou rire se calme.
Silence.
- Je prends ça pour un oui ?
- J'sais pas !
- C'est un bon début…
Soupir.
- Il me plait. Et il m'énerve.
- Ca, ce n'est pas nouveau. Qu'il t'énerve, je rajoute précipitamment.
- C'est que cette année, il est plus sérieux. Plus adulte. Mais en même temps, qu'est-ce qu'il est agaçant à continuer ses blagues stupides ! Rien ne les retient !
Je soupire. Je vais devoir prendre la défense de James. Il lui faudrait un meilleur avocat.
- Tu n'as pas remarqué que leurs blagues sont de meilleur goût, cette année ?
Grognement.
- C'est peut-être l'influence de Remus.
Ah, tiens, je n'y avais pas pensé. C'est vrai que Remus est une personne censée et responsable. Hum. Je ravale une réplique qui me trahirait.
- Malgré tout, j'aime bien passer du temps avec eux. Surtout maintenant que James n'est plus si immature !
Je hausse un sourcil.
- Qu'est-ce que tu attends pour lui sauter dessus, en fait ?
Cri d'indignation étouffé. Je rigole.
- Je jure que je ne dirai rien à personne de ta toute récente attirance pour notre capitaine préféré !
- Tu as intérêt ! Sinon je te jure que je hurlerai ton attirance encore plus fort !
- Pardon ? je m'exclame
Ne me dites pas qu'elle se doute de quelque chose… pitié !
- Ne fais pas l'innocente ! Si tu crois que je n'ai pas vu votre petit manège à Sirius et toi… Tout Poudlard l'a remarqué !
Je laisse échapper un nouveau rire, soulagée. Moi et Sirius ! C'est la chose la plus drôle que j'ai jamais entendue. Si elle savait à quel point elle se trompe de marchand de baguettes !
- Moi et… Sirius ?
- Luth, vous êtes restés combien de temps dans le dortoir, l'autre soir ?
Ne me dites pas qu'elle n'a pas compris qu'on les laissait seuls tous les deux ! Franchement, Lily, tu es plus intelligente que ça ! Je m'éclaircis la gorge.
- Hum, je te signale que pendant ce temps, James et toi vous étiez en tête à tête aussi.
- Oui, mais on n'était pas dans un dortoir…
Oh, la voilà qui se met aux allusions grivoises.
- Pour ta gouverne, ma chère Lily, on a fait une bataille d'oreiller.
Réflexion faite, ce n'était peut-être pas la chose à dire.
- Ah, tu avoues ! Technique basique de rapprochement physique entre deux personnes !
Non, ce n'était vraiment pas la chose à dire !
- Tu devrais essayer avec James !
En guise de réponse, je reçois un polochon dans la figure.
- Oh, un oreiller ! Tu veux qu'on se rapproche physiquement ? je suggère en me redressant.
Lily reste un instant bouche ouverte avant d'entrer dans mon jeu.
- Je suis découverte !
- Désolée, Lily jolie, mais je tiens à la vie ! Je n'irai pas provoquer la jalousie de James !
Seule une exclamation étouffée me répond. J'ai gagné !
oOoOo
Après encore un moment passé à nous chamailler, Lily et moi entreprenons de ranger nos emplettes du jour et de nous préparer pour le banquet. Pas besoin de tenue de soirée, mais comme dit Ann, se sentir belle fait toujours plaisir. Je sors tout juste de la salle de bain lorsque la porte du dortoir claque furieusement. Une chevelure blonde passe en trombe devant moi et se jette sur un lit en sanglotant.
- Mandy ! Qu'est-ce qu'il se passe ? demande Lily en s'approchant de sa meilleure amie.
La nouvelle venue tente de répondre, mais elle est étranglée par ses larmes. La rousse fait un essai :
- Jethro ?
Hochement frénétique de tête. Mandy se redresse pour faire face à Lily. Son expression est plus furieuse que triste.
- Quel crétin ! hurle-t-elle. Je vais le tuer ! Il a prétendu que je le trompais ! Je te parie que c'est lui qui…
Hum. Je crois que je vais sortir. Je suis incapable de gérer Mandy – cette fille est une vraie tornade. Et Lily se débrouille très bien. Je sors discrètement du dortoir.
Arrivée dans la salle commune, je m'assois près du feu pour patienter. La tour de Gryffondor commence à se remplir : tous les élèves reviennent pour le banquet. Je hèle Mary et Ann lorsqu'elles arrivent.
- Si j'étais vous, j'attendrais un moment avant de monter. Mandy vient de quitter Jethro, elle est dans tous ses états.
Mary grimace et s'installe. Ca n'a pas l'air d'atteindre Ann, mais elle reste avec nous quand même. Ses yeux brillent d'excitation et c'est tout juste si son sourire n'a rien d'extatique. Ca lui donne un air un peu… idiot. « Tu es d'une mauvaise foi inadmissible, Luth ! » me morigène le neurone de la groupie en furie. « Tu n'aimerais pas que Remus provoque ces petites étoiles dans tes yeux ? ». Le traître me prend par les sentiments ! Ann pose ses sacs à ses pieds. Je m'apprête à subir le récit de sa longue journée en amoureux et dont je me passerais bien des détails (« Jalouse ! » me tance le neurone), mais Mary la devance :
- Alors comme ça, tu sors avec Sirius ?
J'avale de travers. Mais qu'est-ce qu'ils ont tous ?
- Ah bon ? Je n'étais pas au courant !
- Tu nous as caché ça ! s'exclame Ann, malicieuse.
- Mais… Mais qui vous a raconté une bêtise pareille ?
- Phillip, pour ma part.
Euh, Phillip Bell colporte des ragots ? Je comprends pourquoi Ann l'aime tant !
- Agatha pour la mienne, répond Mary.
Ca, en revanche et de ce que j'en sais, ce n'est pas le genre d'Agatha.
- Et d'où tiennent-ils leurs informations ?
Elles se regardent, d'un regard de connivence qui ne me plait pas du tout.
- De votre comportement… commence Mary en se cachant derrière ses boucles brunes.
- Hein ? Mais on n'a rien fait qui pourrait faire croire que…
Ann se fait un plaisir de me détromper :
- Oh non, absolument rien. Ce n'est pas comme si vous vous étiez retrouvés tous seuls dans un dortoir avant d'en faire une sortie spectaculaire ! Ni comme si vous aviez passé toute la journée ensemble… Entre autre.
Je vais tuer les commères de Poudlard. Je vais les tuer.
- Luth ! Mon amour !
Je vais tuer Sirius aussi. Alors que plusieurs neurones m'alertent de l'augmentation inquiétante de mes pulsions meurtrières, ma cible descend de son dortoir et se jette à mes pieds.
- Il parait que nous sommes fiancés !
- Et tu trouves ça drôle ?
- Tout est drôle depuis que tu illumines mes jours !
- C'est précisément pour éviter ce genre de déclarations que je suis célibataire ! Alors arrête ça ou…
Les Maraudeurs restants arrivent à notre hauteur, tout aussi goguenards que leur très cher copain. Je cherche une trace de jalousie sur le visage de Remus, mais il en est dépourvu à mon grand regret. Je trouve la plaisanterie encore moins drôle.
- Ou quoi ? Tu me quittes ? me nargue Sirius.
- Précisément.
Je me lève, un peu théâtrale pour masquer mon agacement, et j'attrape Remus par le bras.
- C'est l'heure du banquet, je crois. Et les Serpentards rôdent toujours.
Je l'entraine d'un pas vif vers la sortie. Il se laisse faire, un peu surpris.
- Non, Luth ! crie Sirius derrière moi. Ne me quitte pas ! Je ferai tout ce que tu voudras !
Exaspérée par son manège, je me retourne au moment de sortir de la salle commune :
- Tout ? Alors fiche-moi la paix !
Avant de refermer le portrait, j'ai le temps de voir les visages ébahis des occupants de la salle commune. Bien que je n'aie rien prémédité, leur mine me réjouit : plus personne ne croira que nous sommes ensemble, maintenant.
oOoOo
Je traîne Remus jusqu'à la Grande Salle, où il me suit en silence.
- C'est un peu violent comme réaction pour une simple rumeur, finit-il par risquer lorsque nous nous asseyons.
- C'était de la comédie !
- Vraiment ?
Il me fixe de ses yeux clairs, dubitatif. De ce regard auquel je ne sais pas résister.
- Bon, d'accord, je concède, j'ai un peu exagéré. Mais c'est Sirius qui a commencé !
Là, Remus se permet de rire.
- Quelle excuse ! Un enfant de huit ans trouverait mieux !
Je n'aime pas quand il me prend pour une quiche. Pas du tout. Alors je me sens obligée de me justifier :
- Mais ! Je suis fatiguée, j'apprends à peine la nouvelle qu'il me saute dessus devant toute la salle commune, histoire d'en rajouter une couche !
- Tout le monde connaît la propension de Sirius à l'exagération, Luth. Je ne crois pas qu'aucun Gryffondor l'ait pris au sérieux. Jusqu'à ta sortie…
- Quoi, ma sortie ? Elle aura plutôt démenti qu'autre chose !
- Je ne pense pas, non, énonce-t-il lentement. Je ne suis pas expert en la matière, mais je suis sûr qu'Ann interprétera les choses de la même manière. Tu n'as qu'à attendre qu'elle arrive pour lui demander.
oOoOo
Remus a le temps de m'expliquer en long, en large et en travers qu'il était normal que quelques filles me regardent d'un air méchant (après tout, j'étais la première à avoir remarqué que la moitié de Poudlard se disputait ses faveurs) avant que nos amis n'arrivent enfin. Lily, Ann et James viennent directement nous rejoindre, parlant avec animation. A leurs propos, je comprends que Remus avait raison encore une fois.
- Tout le monde croit que vous vous êtes disputés ! s'exclame ma meilleure amie. Il y en a même qui prennent des paris sur le temps que vous mettrez à vous réconcilier.
- Personne n'a compris que c'était faux ? je réponds, atterrée. Pourtant Sirius était mort de rire !
- Hum… Après ton départ, il était plus vexé qu'autre chose.
- Oh non, pas encore ! Que Merlin me vienne en aide !
La tête dans les mains, je gémis. Cette fois, je vais devoir faire des excuses à Sirius. Pas que j'en aie envie – il faudrait qu'il arrête de se vexer pour rien – mais ce sera le meilleur moyen de faire taire les bruits de couloir. Si nous nous entendons bien mais sans plus, comme d'habitude au final, l'affaire devrait se tasser. Enfin, j'espère…
Je guette l'arrivée du Maraudeur concerné, mais je ne vois que Peter qui discute avec Agatha, une amie de Mary. Quelques autres personnes me jettent un coup d'œil curieux – ainsi qu'à Lily. Le fait que celle-ci soit aussi touchée par la rumeur me console un peu.
Sirius finit par arriver. On peut dire qu'il se sera fait attendre : le banquet vient juste de commencer. Il entre en tenant une Mandy aux yeux rouges par les épaules. Ann me souffle qu'elle s'est presque jetée devant lui pour qu'il la prenne dans ses bras. Devant les regards qui vont et viennent du couple à moi, je me permets un sourire. Voilà qui devrait brouiller les pistes.
Ils s'installent en face de moi. Mandy tente de cacher sa tristesse derrière des mèches de cheveux blonds. Sirius garde une expression neutre. Quant à nous… eh bien, personne n'ose dire un mot, pour diverses raisons, je suppose. Personnellement, je suis un peu embarrassée.
Fort heureusement, les garçons s'y entendent pour dégeler l'atmosphère, et l'entrée est à peine terminée que déjà les éclats de rire ont regagné la table des Gryffondors. James dote un saucisson de petites pattes et promet sa part de gâteau à celui qui l'attrapera. La charcuterie file à toute vitesse d'un bout à l'autre de la table, effrayant quelques premières années. Presque chaque Gryffondor tente sa chance, mais la course se termine par un duel acharné entre Lily et Peter. Bon joueur, celui-ci la laisse gagner. Lorsqu'elle réclame sa part de gâteau à James, toute la table entonne un « ouh ! » plein de sous-entendus. Dans la confusion générale, je ne trouve pas le temps de parler à Sirius.
oOoOo
Le lendemain, alors que je travaille à la bibliothèque avec Ann, j'ai la surprise de voir mon frère s'installer face à moi.
- Salut !
- Salut, je réponds, circonspecte.
Pourquoi vient-il me trouver ? Ce n'est pas que nous nous évitons avec soin tout le long de l'année scolaire, mais généralement on se parle quand on se croise, dans la salle commune, par exemple. Venir me chercher à la bibliothèque est louche.
- Ca va ?
- Mmh… il répond. Dis, tu as écris à Papa et Maman ?
Ah, c'était donc ça. Je devance sa question suivante :
- Oui et non, ils n'ont pas encore répondu.
- Oh… Tu me tiens au courant ?
- Bien sûr, pour qui tu me prends ?
Il hausse les épaules et amorce un geste pour se lever. Amorce seulement. Il reste un moment à regarder dans le vide. Ann m'interroge du regard, mais je n'ai aucune idée de ce qu'il mijote. Au bout d'un moment, il se jette à l'eau :
- Dis, c'est vrai ce qu'on raconte ?
- Qu'est-ce qu'on raconte ? je demande, bien que j'en aie une petite idée.
- Ben, t'sais… Que tu sortais avec Sirius.
- Ah, sortais seulement ?
Mis mal à l'aise par mon ton caustique, Keith continue tout de même :
- Ben oui… Tu ne l'as pas laissé tomber hier parce qu'il t'a trompée avec Mandy ? Il paraît que c'est parce qu'il les a surpris ensemble que son copain l'a quittée.
Je reste bouche bée devant cette théorie fumeuse.
- Qui est-ce qui t'as raconté un truc pareil ?
- Oh, t'sais, la rumeur… fait-il en agitant la main dans le vide. Bon, j'te laisse !
Et il déguerpit sans demander son reste. Je le suis du regard.
- Ah oui… Quand même ! s'exclame Ann, abasourdie par la nouvelle. Même moi, je n'irais pas inventer un truc aussi tordu ! Je me demande bien qui a autant d'imagination !
- Oh, moi, je sais. Et je crois que je vais avoir une petite conversation avec la rumeur.
A la sortie de la bibliothèque, je viens d'apercevoir une silhouette féminine sauter au cou de mon adorable frangin.
Hum, cette fois, Luth ne sait pas trop quoi vous demander. Elle est heureuse d'avoir eu raison pour Lily, frustrée de la rumeur qui la met avec Sirius, a des envies meurtrières envers la "silhouette féminine"... Tenez, d'ailleurs, vous la remettez, cette silhouette?
Caprice, elle, veut simplement savoir si vous avez aimé son chapitre, parce qu'il paraît qu'il est très bien, héhé. Elle vous retrouve la semaine prochaine avec le chapitre 9 qui fait "du bruit dans les couloirs" et qui est la suite logique de celui-ci... Qu'espérez-vous y trouver?
