Chapitre 38: Comment suis-je arrivé là ?
« Hayato ? »
Et l'illusion fut brisée. Ce visage était trop jeune et ces yeux trop innocents pour appartenir à son Tsuna. La petite lueur d'espoir qui s'était éveillée en lui disparut aussi rapidement qu'elle était venue. Il s'agissait du Tsuna du passé, et il retournerait bientôt à sa propre époque.
« Quelque chose ne va pas ? » demanda le petit brun, l'air inquiet. « Que s'est-il passé, Hayato ? » Il était si inquiet pour son grand frère qu'il ne sembla même pas se rendre compte de l'endroit où il se trouvait.
Sentant les larmes lui brûler les yeux, Hayato courut vers lui et le prit dans ses bras. « Je suis désolé, Tsuna, je suis vraiment désolé ! »
Lorsque Hayato le serra dans une étreinte à lui briser les os, Tsuna se rendit compte que son frère était beaucoup plus grand à présent. Quelque chose clochait.
« Hayato ? » appela Tsuna. « Que se passe-t-il ? Pourquoi es-tu si… grand? »
Hayato le relâcha, sans cesser de le fixer d'un air déterminé. Son Tsuna était peut-être mort, mais cela ne voulait pas dire que celui-ci devrait subir le même sort. Hayato savait que même s'il prévenait ce Tsuna à propos des Millefiore et que le garçon parvenait à les vaincre dans son monde, cela ne changerait absolument rien pour lui. Mais il n'en avait que faire. Ce garçon était aussi Tsuna, et Hayato ferait tout pour qu'il survive.
Fouillant ses poches, il finit par trouver ce qu'il cherchait et montra quelque chose à Tsuna. Il s'agissait d'une photo. On y voyait un jeune homme, probablement du même âge qu'Hayato. Il avait des cheveux bruns tirant sur le roux et une paire de lunettes encadrait ses yeux marron, dont l'air solennel contrastait avec l'expression indifférente de son visage.
Curieux, Tsuna prit la photo pour l'étudier puis leva à nouveau les yeux vers Hayato qui le regardait intensément.
« Ecoute-moi Tsuna. Tu as été touché par le bazooka-de-dix-ans, c'est une arme qui te permet de prendre ta place, dix ans dans le futur. Lorsque cinq minutes se seront écoulées, tu retourneras à ton époque et quand ça arrivera, tu devras absolument trouver l'homme de cette photo, Shouichi Irie, et le tuer ! » s'exclama Hayato en essayant de retenir ses larmes. Sa voix se brisa sur ces derniers mots mais il poursuivit, « Il est trop tard pour toi dans ce monde, mais tu as encore une chance dans ta propre époque. Tu dois l'arrêter avant que ça ne se mette en marche. Et il y a encore une autre personne, mis à part Shouichi. C'est l'espion attitré de Byakuran, je crois que j'ai une photo… »
Il recommença à fouiller dans ses poches mais Tsuna l'arrêta et le prit dans ses bras. « Shh, calme-toi Hayato. Respire profondément et laisse-toi aller. »
Hayato se figea, et demeura immobile pendant un moment. Il savait qu'il aurait probablement dû lui parler de l'espion, mais il se sentait en sécurité dans ses bras, et il ne pouvait s'y résoudre. Ce Tsuna avait beau avoir dix ans de moins que lui, il possédait déjà cette présence rassurante.
Après un instant d'hésitation, Hayato posa sa tête contre la poitrine de son petit frère, sans plus retenir toute l'angoisse et la tristesse qu'il avait accumulées ces derniers jours.
Tsuna ne comprenait pas vraiment ce qu'il se passait, mais il ne dit rien. Il savait que la seule chose dont Hayato avait besoin pour le moment était le réconfort, aussi pour la première fois de sa vie endossa-t-il le rôle du grand frère.
Tsuna caressait distraitement les cheveux argentés de son aîné, lorsqu'un nuage de fumée rose apparut soudainement et il se retrouva alors face à un Hayato âgé de quatorze ans.
Celui-ci se dégagea rapidement de son étreinte et observa les alentours d'un air soupçonneux.
« Hayato ? » fit Tsuna d'un ton confus, et le garçon se tourna vers lui.
Un soulagement évident se dessina sur les traits de Hayato tandis qu'il se jetait au cou de Tsuna. « Dieu merci j'ai retrouvé, nidaime ! On était tous vraiment inquiets quand tu n'es pas venu pour le déjeuner, tu n'étais nulle part ! »
« Hayato ? » répéta à nouveau Tsuna. « Comment es-tu arrivé là ? »
La question sembla troubler le jeune gardien de la tempête. « … Je ne sais pas. » finit-il par avouer. « Je suis sorti de la maison pour aller te chercher mais d'un coup tout est devenu rose et je suis arrivé ici… où est-ce qu'on est au fait ? »
Tsuna haussa les épaules. « Ça ne ressemble pas au Japon… peut-être qu'on est en Italie. Le vieux Hayato ne me l'a pas dit… »
« Le vieux Hayato ? » demanda le garçon d'un air perdu.
Laissant échapper un petit rire, Tsuna s'expliqua. « Apparemment, on a été touchés par le bazooka-de-dix-ans ou quelque chose dans le genre. Ça nous permet de prendre la place de… nous, enfin notre place dix ans dans le futur. » Tsuna s'interrompit et son sourire figea pour laisser place à une mine inquiète. « Seulement… je suis sûr que ça fait plus de cinq minutes que je suis là. Qu'est-ce que tu en penses Hayato ? »
Mais le garçon aux cheveux argentés n'écoutait plus. Son visage avait terriblement pâli et il fixait l'endroit où Tsuna se trouvait d'un air horrifié.
Baissant les yeux, le petit brun vit alors ce qui avait attiré l'attention de Hayato. Le cercueil.
O-o-o-o-o-o-o-o-O
Dans un manoir loin de l'endroit où se trouvaient nos deux frères, une toute autre situation avait pris place.
Knuckle était à genoux, ses mains closes en signe de prière et des traces de larmes étaient encore visibles sur ses joues. Il n'avait pas bougé depuis que Byakuran leur avait annoncé cette terrible nouvelle, il y avait presque une heure de cela. Ses lèvres bougeaient en une prière silencieuse mais il n'était pas aussi dévoué qu'à l'ordinaire. Ses pensées demeuraient agitées, et il ne savait plus quoi croire.
O mon Dieu, si vous êtes si bon et juste, pourquoi avez-vous ôté la vie à notre cher Tsunayoshi ? Il était encore si jeune, il avait toute la vie devant lui ! Pitié, je ferais n'importe quoi… mais donnez-moi juste une chance de tout changer. Donnez-moi une chance que tout redevienne comme avant !
Peut-être que c'était une réponse à ses prières, ou alors juste une énorme coïncidence, mais à cet instant, un nuage de fumée de rose apparut et Knuckle releva la tête.
Là où un homme terriblement maigre était assis, quelques secondes auparavant, se trouvait maintenant une même version de lui, dix ans plus jeune. Son visage était toujours aussi beau mais ses yeux semblaient teintés de confusion.
« Que- Comment suis-je arrivé là ? » demanda le jeune Giotto. Une fois qu'il les eut tous observés, il s'exclama, « Vous avez l'air d'aller encore plus mal qu'avant ! Que s'est-il passé ? »
« … mort… » dit une voix douce et Giotto se tourna vers son gardien de la pluie, assis près de Bianca.
« Quoi ? » fit-il, n'ayant visiblement pas entendu son ami.
« Tsuna ne viendra pas nous sauver, Giotto. »
« Hein ? Mais tu avais dit- »
« Ils l'ont tué. »
