Bêta : Nanola
NDA : Un chapitre qui comporte deux passages issus des ''Arches'', c'est le dernier. Un chapitre aussi qui mettra sans doute fin à certaines questions que vous vous posez. Enfin, c'est un chapitre dur et dérangeant, vous êtes prévenus.
Chapitre 9
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Avoir quinze ans
En dehors des meutes dites « classiques » ou « saines », certains Loups-garous choisissent de vivre en solitaire. Ce fait, assez courant chez les loups simples, notamment quand un jeune mâle quitte sa meute de naissance, est au contraire assez peu pratiqué chez les Lycanthropes.
En effet, les adolescents et jeunes adultes n'ont aucune obligation de quitter leur meute d'origine. Pour éviter la consanguinité, beaucoup de meutes se côtoient et pratiquent des échanges de jeunes lors de fêtes, dont celles des solstices et d'autres plus propres à leur espèce. De nombreuses meutes de par le Monde Libre sont également des marchands et parcourent les différents territoires, leur permettant ainsi de lier connaissance avec d'autres Loups-garous, mais aussi avec les autres races dont les Hommes, Mages et Nymphes.
S'il est très rare de voir un couple Lycanthrope-Nymphe, cela est une pratique bien plus courante avec un Homme ou un Mage, apportant ainsi du sang neuf à sa meute. Dans ce cas, le futur conjoint doit être contaminé par le venin lycanthrope. Nul ne sait exactement comme cette cérémonie d'introduction se pratique, sans doute parce que chaque meute a ses propres coutumes ou façon de faire, mais surtout parce que personne ne transmet cette connaissance aux non-Lycanthropes.
Toujours est-il que les solitaires, notamment les plus âgés, sont en général considérés comme des marginaux. Fait intéressant, seul un dominant peut être solitaire. Les soumis en sont tout simplement incapables. Il apparaît que la meute est un élément important dans la vie d'un Lycanthrope, bien plus que ne l'est une simple structure ou organisation sociale chez les autres espèces. Les louveteaux, les jeunes et les soumis sont aussi étroitement surveillés et protégés. L'entraide est une valeur prédominante dans une meute.
C'est entre autre pour cette raison qu'un soumis ou jeune laissé seul dépérirait rapidement sans meute, quand bien même il serait bien traité. Et c'est aussi pour cette raison que, entre toutes les espèces, les Lycanthropes sont ceux les plus intraitables et sévères envers les meutes « dégénérées ». Celles-ci sont haïes par les autres Lycanthropes, en raison du tort qu'elles ont causé à leur espèce, d'une part, mais surtout en raison du traitement pire qu'animal que vivent les membres les plus faibles dans ces meutes, traditionnellement mercenaires.
Depuis la création de l'Empire, nous avons compté pas moins de 78 meutes de ce genre, dont celles du redoutable Garwalf, Tyr le Maudit, Geri et Freki les jumeaux diaboliques ou encore Wier le Terrible.
« Les différences espèces du Monde Libre » - Chapitre 12 ''Les Loups-garous '' - Basile Beasth
Note de l'éditeur : suite à la réédition de l'ouvrage en l'an 1587, nous pouvons aujourd'hui dénombrer en réalité 123 meutes atypiques connues, dont la dernière en date à été créée par Fenrir Greyback, dit le Sanguinaire, jeune Mage mordu en 1556 à l'âge de douze ans par un Loup-garou solitaire devenu fou.
... ... ...
Le jeune garçon inspira l'air profondément. C'était certain, un nid était installé dans cet arbre, et d'après ce qu'il entendait, les petits n'étaient pas encore nés. C'était exactement ce qu'il recherchait : de bons œufs bien frais.
Depuis qu'ils étaient devenus des Werwulfs, Morag n'avait cessé de décroître, surtout après une pleine lune. Elle ne se transformait qu'à cette occasion ou si la nécessité l'y forçait, comme quand la meute devait voyager.
Morag haïssait sa partie canine. Elle haïssait la meute.
Morag était en train d'abandonner leur lutte.
Morag mourrait à petit feu devant leurs yeux impuissants.
Elle était la plus jeune et plus petite louve. Contrairement à Draco, elle n'était pas protégée par la meute. Car bien que Megan et Hannah aient du mal à l'admettre, le fait d'être l'Oméga de Fenrir avait aidé Draco à survivre. Les autres loups lui avaient donné à manger, plus qu'à Morag, l'avaient porté, plus que Morag, et l'avaient soigné, bien plus qu'elle. Oh, il ne fallait pas s'y tromper, les dominants n'étaient ni gentils ni tendres avec lui, mais ils mordaient moins fort, frappaient moins souvent que ce qu'ils ne faisaient avec les autres femelles. Ils le toléraient parmi eux, chose qu'ils n'avaient jamais fait avec leur prisonnier, allant même jusqu'à partager leur nourriture avec lui. Il savait pertinemment que sans l'aide de la meute et celle de Daniel en particulier, il n'aurait même pas survécu à sa première lune. Greyback l'avait bien trop massacré.
Comme à chaque fois qu'il repensait à ce qui s'était passé dans cette grotte, Draco fut pris d'un frisson et de nausées. Non, il fallait oublier, juste oublier. Et se concentrer sur ce nid d'épervier au sommet du grand frêne.
L'enfant sauta pour attraper une branche et se hissa à la force de ses bras. Il était certes petit et frêle mais restait un Lycanthrope. Sa force l'aidait. Ça et la vieille habitude de grimper aux arbres. Il allait sourire en repensant à toutes ses anciennes voltiges dans les fruitiers, cependant ce dernier n'atteignit pas ses lèvres. Il avait du mal à sourire. Et penser aux arbres regorgeant de fruits de Poufsouffle lui rappelait ses parents et ses sœurs. De quoi lui enlever toute envie de sourire.
Il continua de grimper, sans se soucier de rien d'autre qu'au nid qui l'attendait plus haut. Quand il y parvint, la femelle épervier se mit à crier, des sons aigus parfaitement atroces pour ses oreilles sensibles.
« La ferme, stupide volatile ! » gronda le garçon.
L'oiseau tournoya autour de lui, vite rejoint par le mâle. Ils cherchaient à le lacérer et à lui crever les yeux. Draco les frappait à l'aide de ses poings, cherchant pour sa part à leur tordre le cou. Comme si de simples éperviers pouvaient l'impressionner, lui qui partageait la couche de Fenrir Greyback !
Effectivement, l'un des oiseaux se trouva emprisonné dans la poigne de l'enfant qui lui enserra le cou et d'un coup de dent, lui arracha à moitié la tête avant de faire tomber le cadavre au sol.
La bouche et la main pleines de sang, Draco se dépêcha de prendre les œufs alors que l'autre rapace le griffait toujours. Une fois son butin dans les poches de son pantalon, il descendit rapidement, sauta au sol et s'enfuit après avoir ramassé la dépouille encore chaude de l'animal.
Le gamin courut jusqu'au camp, jeta l'oiseau là où la meute dépeçait les proies et où attendaient déjà trois lapins. Il poursuivit son chemin jusqu'à un abri de fortune, fait de branches, de terre et d'une toile grossière. Morag était allongée sur un tapis de feuille et était recouverte d'une mince couverture.
Draco gémit en la voyant. Son état avait encore empiré.
Hannah était près d'elle mais Megan était introuvable. Cela étonna l'Oméga, les louves étant bien plus épiées que lui. Tous savaient qu'il lui était impossible, de part sa nature, de s'échapper. Lui le premier. Il l'aurait peut-être pu, accompagné d'un dominant, sûrement même, mais le seul dominant qui prendrait ce risque s'appelait Hannah et tous les mâles la surveillaient pire qu'une cuisinière sa casserole de lait sur le feu.
« Morag, regarde ce que j'ai trouvé pour toi, » fit Draco en se faufilant jusqu'à elle.
Il sortit de sa poche cinq petits œufs bleu clair recouvert de mouchetures brunâtres.
« Ils vont te faire du bien, tu vas voir, tu vas te sentir vite mieux ! Maman disait toujours que quand on ne se sent pas bien, on prend un œuf et ça va mieux. Elle avait raison, tu sais, » babilla le garçon, une boule dans la gorge.
Morag le dévisagea, ses yeux bruns comme éteints. Puis elle leva une main si fine, si fragile, que Draco ne put s'empêcher de déglutir. Elle se posa sur ses cheveux blonds qui atteignaient désormais ses épaules et les caressa longuement.
« Tu es si gentil, Draco. J'aurais tellement aimé avoir un fils comme toi. »
« Tu... tu en auras un, Morag. »
Le visage constellé de taches de rousseur de Morag se plissa tandis qu'elle retenait ses larmes.
« Non, je n'aurai pas d'enfants. Nous le savons. »
« Morag, tout espoir n'est pas perdu, tu dois te battre, » fit Hannah d'une voix douce en enlevant une longue mèche rousse du front de la jeune fille pâle.
Morag ferma les yeux avant de soupirer lentement.
« Il n'est plus temps pour moi de me battre. J'ai atteint le maximum de ce que je pouvais faire. »
« Non, Morag, tu vas voir, tu vas manger les œufs et après tu iras mieux. »
Draco perça une coquille avec ses dents et porta l'œuf à la bouche aux lèvres sèches de la jeune fille. Hannah l'aida à se mettre en position assise pour qu'elle puisse gober l'œuf. Draco les tendit, les uns après les autres, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus.
« Alors, tu te sens mieux ? » demanda-t-il en faisant une grimace.
C'était ce qui se rapprochait le plus à un sourire pour lui désormais.
« Oui, beaucoup mieux, merci Draco, » répondit Morag dans un souffle.
Hannah la rallongea, en silence.
Quand la nuit tomba sur le campement, les trois louves et l'Oméga se terrèrent dans leur abri. Megan était revenue, peu avant la tombée de la nuit, accompagnée par Ralph. Ils avaient mangé et les autres loups-garous étaient encore autour de feu, à plaisanter grassement et à boire de l'alcool.
Les prisonniers savaient qu'ils vivaient un court moment de paix. Après cela, certains dominants viendraient réclamer leur corps. Depuis la première fois qu'il l'avait fait avec Vircolac, l'Alpha leur accordait parfois la récompense de la bouche de son Oméga, selon son humeur et ce que l'un ou l'autre de ses hommes avait accompli lors d'une mission commandée par un mécène ou lors d'un raid de plaisir sur un petit village. Rien d'autre. L'important était que ses fesses, pour le moment, lui reviennent exclusivement. Quand Fenrir était absent, les Werwulfs ne se gênaient cependant pas pour s'auto-récompenser à loisir. L'Oméga n'avait pas vraiment les moyens de rapporter ses plaintes au dominant.
Heureusement, ils n'étaient pas très nombreux au campement cette nuit-là, à peine cinq. Et Greyback n'était pas parmi eux.
Draco caressa les cheveux humides de transpiration de Morag. La fièvre l'avait prise désormais.
« Ne t'inquiète pas, Morag, ils ne te toucheront pas cette nuit. Hannah, Megan et moi, on va les occuper, tu vas pouvoir te reposer et demain tu iras bien mieux, » dit-il d'une voix chevrotante.
La jeune fille lui offrit un pâle sourire avant de tendre difficilement ses mains devant elle. Draco en prit une, Megan l'autre, et chacun offrit celle restante à Hannah. Ils étaient en cercle, comme ils le faisaient chaque soir, prêts pour ce rituel qui était l'un des moyens pour eux de se souvenir, de ne pas se perdre. De tenir.
« Moi, Hannah Abott, vingt ans, encore vivante ce soir, » déclara la dominante doucement.
« Moi, Megan Jones, dix-huit ans, encore vivante ce soir. »
« Moi, Draco Bones, quatorze ans, encore vivant ce soir. »
Les trois autres se tournèrent vers Morag, toujours allongée. La jeune fille avait fermé les yeux et sa voix faible s'éleva lentement.
« Moi... Morag MacDougal, dix-sept ans... encore vivante ce soir. » Elle déglutit péniblement et son visage se crispa alors qu'elle poursuivait. « Encore vivante ce soir... pour la dernière fois... »
« Morag, non... » pleura Megan.
« Je ne peux plus... il est temps pour moi de vous laisser, » poursuivit Morag dans un souffle si faible que seule leur nature lupine leur permit de l'entendre. « Je suis désolée de vous abandonner. Essayez... essayez de survivre... »
Quand le jour se leva le lendemain, Morag était encore tenue dans les bras de ses amis, morte.
... ... ...
Après le décès de Morag, les louves et Draco pleurèrent leur compagne disparue durant plusieurs jours, surtout le soir, alors qu'ils formaient leur cercle devenu restreint. Ils souffraient de l'absence de Morag, bien qu'ils se consolèrent en se disant qu'elle avait trouvé la paix, comme Lisa.
Gérer les mâles étaient par contre plus difficile. Draco s'en voulait parfois de regretter que Morag ne soit plus là pour les partager avec eux. Penser à elle de cette façon lui était atroce, il se donnait le sentiment de n'être qu'un monstre. Il sut cependant qu'il n'était pas le seul, ni à penser à cela, ni à s'en vouloir de le faire, quand il surprit Megan en train de pleurer, un soir, après que Brutus et David l'aient utilisée. La louve brune émit le bref instant le souhait que Fenrir prenne une nouvelle louve pour remplacer Morag, mais à peine les mots eurent-ils franchit ses lèvres gercées que ses yeux s'écarquillèrent d'horreur. Elle fut inconsolable durant plusieurs minutes.
Pour Draco, le plus dur était sans doute sa nature Oméga. La seule concession que Fenrir avait daigné accorder à sa meute suite à la mort de Morag était l'utilisation du garçon sans condition de récompense. Utilisation purement buccale, évidement. Pourtant, rien que faire cela à d'autres mâles que son dominant attitré le torturait.
Ce n'était pas sain, pas normal. Déjà la façon dont se comportait Fenrir était anormal. Il le blessait, l'avait possédé bien trop tôt, le rejetait, bref, c'était un dominant abominable. Une étape supplémentaire avait été néanmoins franchie quand il avait ordonné à l'Oméga de donner du plaisir à tous les mâles de sa meute.
Seuls deux hommes n'avaient pas voulu de lui. Ralph et Daniel. Si cela n'avait étonné personne de la part de Ralph, ce n'avait pas été le cas de Daniel, en dehors de Draco lui-même. Il se plaisait à croire que l'homme le protégeait vraiment, remplissait son rôle de dominant et ne le blesserait pas. Hannah le regardait d'un air désolé à chaque fois qu'il tenait ce genre de discours, bien qu'elle ne dise plus rien.
La meute continuait ses incessants voyages, parcourait les différents territoires. Fenrir accomplissait ses missions, ses raids, selon son bon plaisir. Parfois il partait plusieurs jours, laissant les femelles et son Oméga à la surveillance d'une partie de sa meute. Draco guettait ses excursions et surtout le retour de Fenrir avec angoisse puisqu'il le laissait à chaque retour incapable de bouger pendant une demi-journée, l'homme le possédant pendant des heures.
Le printemps était passé et ne tarderait pas à laisser sa place à l'été. C'était Megan qui l'avait fait réaliser à Draco en lui souhaitant un bon anniversaire. L'adolescent était resté coi. Il ne savait pas quel mois il était, ne savait plus grand chose sur rien lui semblait-il. Il ne savait parfois même plus son propre nom. Pourtant, une fois encore, lui et Hannah avaient fait confiance à la jeune fille brune.
Alors qu'il regardait son reflet dans l'eau, Draco réfléchissait à cela.
La meute s'était installée aux pieds de montagnes, plantant leur campement aux abords d'une rivière vive et profonde. Greyback était parti vers un lointain village, tuer un homme qui n'avait pas payé ses dettes à un autres, bien plus riche, qui avait pu se payer les services du Loup-garou. Hannah était avec un mâle, Megan avec un autre. La chaleur de ce mois de juin les rendait plus prompts à avoir des relations à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.
Daniel lui avait montré une plante qui moussait et permettait de remplacer le savon, enfin, un tant soit peu. Bien qu'il n'aimait pas particulièrement les bains dans son jeune temps, Draco s'était baigné, enlevant la crasse qu'il avait accumulé depuis des semaines. Au moins, il puerait moins. Il ne savait pas nager, ayant toujours eu un peu peur de l'eau. Encore une source de déception pour son père. Il avait donc choisi un endroit plus plat, moins profond, où l'eau stagnait entre plusieurs gros cailloux polis par l'eau. Après avoir pataugé dans l'eau froide, il s'était assis sur une pierre plate. C'était alors que le reflet de son propre regard l'avait choqué. Ses yeux gris, si gais et pleins de vie autrefois, quand il n'était qu'un humain, étaient maintenant vides, ternes.
L'enfant se redressa, s'étudiant sans complaisance. Il était plus que fin, à la limite de la maigreur. Il avait peut-être grandi un peu, bien que comme le lui avaient dit Daniel et Epsilon, les deux guérisseurs de la meute, il ne grandirait presque plus, sa nature d'Oméga ayant été activée avant la fin de sa puberté. Une fois encore, Draco avait voulu savoir de quoi il s'agissait mais personne ne lui avait répondu.
Le garçon eut une grimace désappointée en réalisant à quel point sa peau était marquée par les trop nombreuses cicatrices, hématomes ou plaies. Il en avait de toute sorte, de toute taille. Certaines cicatrices étaient pâles et fines, d'autres boursouflées et rougeoyantes. Et encore, il ne s'agissait que de celles qu'il pouvait voir, son dos, l'arrière de ses cuisses en avaient beaucoup d'autres. Il avait été transformé en monstre de bien des façons.
Son regard gris embrumé tomba enfin sur son sexe qui reposait sur un petit nid de boucles blondes. Son pénis s'était épaissi, ses bourses semblaient plus lourdes. Il avait plus de poils à cet endroit particulier depuis qu'il avait été kidnappé, ainsi que sous les bras et un peu sur ses jambes. Son torse et son ventre en étaient par contre totalement dépourvu et il n'avait pas le moindre brin de barbe. Son père avait voulu savoir où il en était de sa puberté, autrefois, dans une autre vie. Avant qu'il ne soit pris de cette étrange folie et qu'il n'exige qu'il s'en aille faire ses classes pour apprendre à devenir un homme.
La tristesse envahit l'adolescent qui s'accroupit, ne regardant plus que son visage trouble dans l'eau claire. Si la meute n'avait pas attaqué son village, serait-il parti à Helga, comme promis ? Ou sa mère et ses sœurs auraient réussi à faire changer d'avis Peter ? Draco pensa à sa maman, Susan, Édith et Laura. Et à son papa. Peter voulait qu'il s'endurcisse, qu'il grandisse. S'il avait pu sourire, Draco l'aurait fait. Sauf qu'il ne savait plus sourire. Et quand bien même, le sourire qui aurait franchi ses lèvres aurait été amer. Quel garçon stupide il avait été.
Il s'était emporté contre son père pour une simple histoire d'école militaire. Cela lui semblait si lointain et dérisoire. Il avait craint la dureté de la vie de soldat, alors que cette dernière lui serait bien douce aujourd'hui, comparé à ce qu'il vivait. Que penserait Peter ? Trouverait-il que son garçon s'était suffisamment endurci s'il le voyait aujourd'hui ? Comment le jugerait Peter en le voyant avec Fenrir ou la meute ? Assurément, ce n'était pas ainsi qu'il s'imaginait le faire devenir un homme.
Les larmes firent leur chemin sur les joues creuses.
Son père serait-il fier de savoir son fils toujours vivant au sein de cette meute, ou dégoûté de ce qu'il était devenu ?
Draco décida que Peter Bones ne le saurait jamais, même si un jour, par miracle, il serait sauvé. Parce que lui avait trop honte de ce qu'il était devenu. Un Werwulf dans une meute sauvage, un Oméga, le dernier des derniers, le plus soumis qui existait. Son père avait raison, il ne devait pas avoir beaucoup de personnalité, de courage ou quoi que ce soit de bon en lui pour avoir été relégué à la place la plus basse.
Homme ou Werwulf, il n'était qu'un bon à rien.
« Papa, » gémit le garçon en fondant en larmes entre ses mains. « Je te demande pardon, j'aurais dû mourir avec maman et les filles, c'est Susan qui aurait dû survivre, pas moi. C'est elle qui devait être sauvée. J'espère que tu es vivant, que Laura est avec toi. Pardon de ne pas avoir été le garçon que tu aurais voulu avoir, pardon de ne pas avoir pu sauver mes sœurs... »
Il sanglota, la tête sur ses genoux osseux.
Il avait quinze ans. Quinze ans à peine. Il n'était pas encore un homme, plus tout à fait un enfant, et surtout, il n'était plus rien. Sa vie n'était plus rien, elle ne lui appartenait plus. Il allait mourir, comme Morag. À quoi sa vie avait-elle servi, à quoi bon naître pour exister ainsi ?
« Encore en train de chialer, Oméga ? Tu n'es décidément bon qu'à ça ! Une femelle est morte et Fenrir est tellement obnubilé par ses missions ou par tes fesses, qu'il ne pense à rien d'autre ! » retentit soudain la voix haineuse de Barbatus au-dessus de lui.
Draco sursauta, tant de surprise que de peur. Perdu dans sa peine, il commit alors l'erreur de répondre.
« Ce n'est pas ma faute si Morag est morte, mais la vôtre ! »
Le Werwulf se jeta sur lui et le tabassa comme jamais, jouant de ses poings et de ses dents, malgré sa forme humaine.
Les cris de détresse de Draco retentirent dans l'air, avant que Barbatus, exaspéré, ne décide de le plonger dans l'eau. L'adolescent paniqua, les mains cramponnées à celles de l'homme qui le tenait par les cheveux. Ses poumons étaient en feu, l'air lui manquait et il crut qu'il allait mourir ainsi. Alors qu'il ouvrait la bouche dans un réflexe absurde et prenait une goulée d'eau au lieu de l'oxygène qui lui faisait défaut, la pression sur sa tête se relâcha soudain.
Des bras l'attrapèrent et le sortirent de la rivière tandis qu'il crachait et vomissait de l'eau. L'enfant se cramponna à son sauveur, ignorant qui il était tant il était choqué. Barbatus avait essayé de le tuer, uniquement parce qu'il pleurait !
Il avait dû s'évanouir car quand il prit de nouveau conscience de son environnement, il était allongé sous une peau de bête. Il grelottait et avait encore du mal à respirer.
« Draco ? » chuchota Megan.
L'enfant se mit à pleurer sans bruit, des pleurs secs, plus des hoquets qu'autre chose. Barbatus ne voulait plus qu'il pleure, il avait tenté de le noyer à cause de ses larmes. Il n'était même plus libre de ça.
« Calme-toi, bébé, calme-toi. Tu ne risques plus rien, Daniel et Archus le surveillent. Et Heimdall est parti avertir Fenrir.
« Non, oh non, » avait gémi Draco.
Si Fenrir revenait, son enfer allait recommencer. Sans compter que Fenrir se vengerait sur tous les membres de la meute pour ce qui s'était passé en son absence, comme après l'attaque des maricopas.
« Il le fallait. Archus et Ralph ont entendu tes cris, ils ont accouru, pensant que tu étais attaqué, ils se sont battus avec Barbatus. »
« Fenrir va me tuer, » murmura Draco. « J'aurais dû mourir dans cette flotte, au moins, ce serait terminé, comme pour Morag. »
« Non, Draco, ne dis pas ça. »
Le garçon ferma les yeux alors que les doigts de Megan parcouraient sa chevelure trempée.
« Je vais mourir, Megan. Peut-être que vous, vous arriverez un jour à vous sauver, mais pas moi. »
« On se sauvera tous les trois. »
Draco eut un rire sans joie.
« Non, c'est impossible. Je vous retarderais, Hannah et toi. Je suis condamné et tu le sais. »
La jeune fille ne dit d'abord rien, continuant simplement ses caresses.
« Peut-être... Peut-être qu'un jour, on viendra nous sauver. Si l'Alpha est tué pendant une mission ou que des villageois ou des soldats nous trouvent. »
« Si Greyback est tué ou capturé, Brutus prendra sa suite, ça ne changera rien. Et si des hommes nous trouvent, ce sont eux qui mourront. »
« Alors peut-être qu'un jour les autres vont se révolter, la meute éclatera et nous, on en profitera. »
Draco haussa les épaules, peu convaincu.
Puis l'attente commença.
Fenrir arriva au petit matin. Tous entendirent son arrivée en raison des hurlements de Barbatus. Draco couina et se colla contre Hannah, tremblant de frayeur. Les cris de l'homme ne cessèrent que bien plus tard et furent suivis par ceux d'autres hommes. Fenrir était furieux et le faisait savoir.
Quand il pénétra sous la petite tente, Draco cria à sa simple vue.
« J'ai rien fait, Alpha, rien, je te promets ! »
Le loup l'attrapa par une cheville pour le traîner jusque devant le feu. Toute la meute était attroupée, non pas en cercle mais d'un seul côté, les hommes se touchant tous. Draco s'agrippait à la terre sous lui, plantant ses ongles au sol, comme pour reculer l'inévitable. L'Alpha le lâcha enfin, lui permettant de s'asseoir. Le gamin se recroquevilla en claquant lamentablement des dents. Plusieurs hommes étaient blessés. Tous ceux qui étaient en poste au campement. Barbatus gisait, inconscient, dans un coin, à côté de son frère qui arborait quant à lui plusieurs bleus et un coquard. Le regard de pure haine qu'il lui jeta fit de nouveau trembler plus fort l'adolescent terrorisé.
« Mes hommes m'ont dit que Barbatus avait essayé de te noyer. Est-ce vrai ? » aboya Fenrir.
« Je... oui... je crois, mais Archus et Ralph m'ont sauvé, » bredouilla l'Oméga.
Fenrir avança vers lui et lui lança une gifle retentissante qui le flaqua à terre.
« Pourquoi aurait-il fait ça, hein ? »
« Parce que... peut-être parce que je pleurais... je sais pas, » pleurnicha Draco.
Fenrir l'attrapa par le cou, le souleva de terre, les pieds de l'enfant ne touchant plus le sol. Draco se contenta d'attraper les mains de l'homme tout en suffocant.
« Quand vas-tu te décider à me donner satisfaction ?! Je m'impatiente, Oméga ! Et mes hommes aussi ! Oserais-tu refuser ce que je veux ? Veux-tu m'empêcher de prouver ma puissance ? » tonna-t-il en le jetant au sol.
« Non, non, » gémit Draco, ne comprenant plus rien. « Tu es fort, Alpha, et je ferai tout ce que tu veux, tu le sais. »
Il ne put continuer car alors l'Alpha se jeta sur lui, le griffa, le mordit tout en lui assénant des coups de poing. Quand le garçon ne bougea plus, il lui arracha son pantalon et le tourna face contre terre. Puis il le renifla avec application.
« Si je n'ai pas ce que je veux d'ici la fin de ce mois, tu le regretteras. »
« Je... oui, Alpha. »
Il se saisit du corps meurtri, plaquant son dos contre son torse velu.
« Alors montre à cette meute à qui tu appartiens, » ordonna Fenrir.
Draco déglutit péniblement. Il ne l'avait jamais fait ainsi, jamais alors que tous les dévisageaient en silence. Les larmes aux yeux mais refusant de pleurer encore, il cracha dans sa paume et se saisit du sexe sous lui. Après plusieurs va-et-vient dessus, il recommença. Le dernier jet de salive fut pour lui afin de se préparer.
Les yeux fermés, Draco prit ensuite appui sur les cuisses de Fenrir pour abaisser son bassin qu'il fit bouger sans attendre. Fenrir n'aimait effectivement pas l'attente.
Greyback se saisit de sa taille et le colla totalement contre lui. Puis il lui souleva les jambes et lança lui même ses hanches en avant.
« Regarde la meute, Oméga ! »
Draco obéit encore, la honte et la douleur l'englobant.
Les hommes le dévisageaient et regardaient leur chef en train de le posséder pendant plusieurs minutes, sans détourner leur regard.
Draco gémit, sa tête en sueur se cala contre la clavicule de Fenrir alors qu'il attendait que l'homme jouisse enfin en lui. L'Alpha fit courir ses griffes sur le torse imberbe et frêle, traçant des sillons sanglants dans la peau.
« Il est à moi ! » cria Greyback tout en haletant, puis dans un dernier mouvement qui arracha un cri à l'enfant, il grogna son orgasme.
Une fois fait, il arracha Draco de son corps et le jeta au sol. Le garçon hoquetait toujours, entre sanglots et gémissements. Ne plus pleurer, ne plus pleurer se répétait-il en boucle, bien que vainement.
Il rampa, trouvant bientôt le réconfort dans les bras de Hannah.
« C'est fini, bébé, c'est fini, » murmura-t-elle lentement.
Draco la laissa le bercer, les yeux clos.
« Epsilon, » gronda Fenrir dans le silence de la clairière. « Est-ce que ce maudit Oméga peut me satisfaire ou n'était-il bon qu'à être rempli ? »
L'homme-loup désigné s'approcha du gamin, le tira des bras de la louve pour l'allonger au sol, sur le dos. Il sortit sa baguette, jeta un sort ou deux, pour enfin finir par renifler le garçon, y compris ses parties intimes.
« Je pense simplement qu'il était trop jeune, Alpha, pas assez mûr quand tu l'as possédé pour la première fois, comme Daniel te l'avait dit. Il a grandi un peu, nous l'avons constaté avec Daniel. Il devrait pouvoir te donner ce que tu souhaites. Laisse-lui simplement un peu de temps, il n'est pas encore tout à fait prêt. »
« Je ne veux pas attendre ! » hurla l'Alpha.
« Peut-être en le nourrissant mieux ? » suggéra Daniel. « En t'accouplant moins longtemps, moins violemment, bien que chaque jour ? »
Fenrir grogna en dévisageant l'homme à peau brune.
« Pourquoi ne pas lui faire des câlins, tant que tu y es ? » gronda-t-il.
« En fait, » déclara Epsilon prudemment. « Il le faudrait peut-être. Les Omégas sont fragiles, Alpha. Il ont besoin plus que les autres soumis de réconfort, de protection et celui-ci est si jeune, ses besoins sont exacerbés. »
« Vous plaisantez ? » cria Fenrir.
« Alpha, essaye simplement d'être moins brutal durant les rapports. Je m'occuperai, si tu le souhaites, de combler le désir de protection du gamin, Ralph pourra s'occuper du côté tendresse. Laisse-le aussi plus souvent avec les femelles. Elles sont plus âgées, totalement matures, leur contact pourrait aider à accélérer le processus de maturation de l'Oméga, » fit précautionneusement Daniel.
« Ou alors, accouple-toi directement avec l'une d'elle, » déclara haineusement Brutus.
Un grognement féroce s'échappa de la gorge de l'Alpha.
« Bêta, je te déconseille de me donner le moindre avis sur ce point... »
Brutus gronda sourdement, cependant, il joua de prudence et retourna à lécher les plaies de son frère.
... ... ...
Suite à ce qu'il considérait comme une tentative de meurtre, la vie de Draco devint légèrement plus calme. Daniel le surveillait de près, ne le quittant que rarement. Il veillait à le rassurer en asseyant une domination douce sur le garçon quand ce dernier commençait à paniquer si certains mâles s'approchaient trop de lui, notamment Brutus et Barbatus. Il s'attachait aussi à lui garder un peu plus de nourriture. Draco était libre de passer plus de temps avec les louves qui le câlinaient beaucoup. Si elles ne le pouvaient pas, Draco allait s'asseoir en compagnie de Ralph qui le cajolait à son tour. Le jeune mâle, qui lui avait sauvé la vie par trois fois, ne semblait plus être le souffre-douleur des autres dominants. Ou du moins, ces derniers se retenaient. Ils ne pouvaient plus se moquer du maternage que Ralph prodiguait à l'Oméga puisqu'il agissait sur ordre direct de l'Alpha.
Surtout, les autres mâles ne le réclamaient plus du tout. Draco en avait été heureux, jusqu'à ce qu'il découvre les lourds cernes sous les yeux de ses sœurs de cœur.
Fenrir le baisait toujours une fois par jour quand il était présent au camp mais il n'était plus aussi violent. Malheureusement, il se vengeait sur Hannah et Megan, qui eurent le désagréable privilège de bénéficier de ses bons soins pour la première fois depuis leur captivité.
Les autres mâles n'étaient pas aussi cruels que Fenrir. Même Brutus, Barbatus et David, qui jusqu'à présent étaient les mâles les plus détestés des jeunes filles, n'atteignaient pas son degré de perversité et d'inhumanité. Quant aux autres mâles, après les premières fois où ils avaient assis leur dominance sur elles, ils se contentaient depuis de posséder les femelles, certes pour leur propre plaisir mais sans vouloir rechercher leur douleur.
Si Hannah en sortit plus haineuse et vindicative que jamais, Megan s'effondra. La jeune fille brune pleura pendant plusieurs heures, roulée en boule contre Draco, lui même dans les bras de Ralph à ce moment-là.
« Comment peux-tu résister ainsi, Draco ? » sanglota Megan. « Comment survis-tu entre ses bras ? »
« Je sais pas, » gémit Draco, le cœur brisé. « Je n'ai pas le choix, c'est mon dominant, mon mâle, je dois m'accoupler avec lui, c'est tout. »
La chaleur de l'été s'était réellement installée dans les bois. Et avec elle, la peur de Draco grandissait. Il ne quittait plus Daniel, cherchant souvent la main rassurante du mâle sur lui. Mâle dont l'aura de puissance, comme son odeur, était de plus en plus forte.
Le mois de juillet était arrivé, et donc l'ultimatum de Greyback. Draco ne savait toujours pas ce que le mâle attendait de lui, ce qu'il n'ignorait pas, en revanche, était que s'il échouait, la punition serait exemplaire.
« Calme, Oméga, » fit Daniel en lui tenant la nuque. « Tu paniques. »
« J'ai peur, Daniel. Que veux l'Alpha que je n'arrive pas à lui donner ? »
« Tu y arriveras, rassure-toi, Epsilon et moi y veillons. »
Pourtant, alors que Fenrir s'approchait de lui, le cœur de Draco se mit à tambouriner plus fort dans sa poitrine. Le mâle avait un air cruel qui était de mauvais augure, d'autant que l'homme ne s'était pas encore accouplé de la journée avec lui.
« Je vais m'absenter durant dix jours, » annonça Greyback à Daniel. « J'emmène Brutus et Barbatus avec moi. Je te nomme responsable de la meute et de mon Oméga pendant mon absence. »
« Bien, Alpha. »
« Et toi, tu as intérêt à me donner satisfaction à mon retour, » grogna-t-il en regardant cette fois Draco qui se mit à trembler.
« Oui, Alpha. »
Une main sale et griffue lui attrapa le menton.
« Il est l'heure de prendre ma semence, louveteau... »
« Oui, Alpha, » bredouilla Draco en baissant son pantalon.
Ce dernier n'était plus qu'un haillon qui tenait sur ses maigres hanches par un bout de ficelle fait en liane. Nu, Draco attendit que son mâle le retourne et le mette à genoux contre le sol. Pourtant, rien ne vint.
« Je crois, » fit Fenrir d'une voix rauque, « que j'ai envie de m'amuser un peu, cette fois. »
Le pantalon de l'homme tomba lui aussi à terre.
« Que penses-tu d'une chasse, Oméga ? Tu es souvent là à chouiner que je devrais passer un peu plus de temps avec toi, pas vrai ? Alors, nous allons chasser ensemble... »
Draco frissonna au ton clairement moqueur. Ce d'autant plus qu'il sentit sans peine Daniel, à ses côtés, se tendre également.
« Par contre, je change de gibier... Je suis le grand méchant loup, et toi, le tendre petit agneau... »
Draco gémit sourdement.
« Cours ! » cria l'Alpha, le sortant de sa torpeur.
Sans le regarder, Draco se retourna et courut dans le bois, s'enfonça sous les arbres les plus épais et les buissons. Il courait, de toute la force de ses jambes. Il était plus petit que l'homme, aussi, il en profita pour se glisser dans des endroits qu'il pensait moins accessibles pour lui.
Pourtant, bientôt il entendit le souffle de Fenrir derrière lui, le bruit de ses pattes martelant le sol. L'odeur lupine était forte, bien trop pour un homme. Les yeux gris s'écarquillèrent d'horreur en comprenant que Greyback s'était transformé. Draco commit l'erreur de se retourner, découvrant l'énorme loup gris qui le rattrapait. Il cria sa terreur, se souvenant de la première fois où le Loup-garou l'avait chassé, à Pomona. Bien sûr, ses pieds rencontrèrent une branche d'arbre qu'il n'avait pas vue, le regard tourné vers l'arrière. Il s'effondra lamentablement au sol au moment où la bête se jetait sur lui.
Les pattes griffues se plantèrent dans sa peau, ainsi que les crocs. Draco hurla, petite brindille fragile pour le monstre sur lui. Il se retrouva face contre le sol et tenta de ramper afin de se glisser sous un tronc d'arbre mort, un peu plus loin. Peine perdu, le Loup-garou s'allongea de tout son poids sur lui.
Cette fois, une terreur sans nom engloba le garçon. Car dans son dos, il sentit pleinement le sexe dur du loup. Il cria plus fort, son cerveau refusant de croire ce qui lui arrivait. Petit-Homme et Compagnon-Loup étaient aussi paniqués que lui. Terrifiés. Fenrir allait s'accoupler sous sa forme lupine. Compagnon-Loup hurlait plus encore que ses autres entités tant ce que faisait le mâle était contraire à ses plus bas instincts lupins. Les Hommes-loups ne s'accouplaient jamais sous leur forme animal, c'était un tabou notamment en raison de la douleur de l'acte. Pire encore, Draco, lui, était toujours sous sa forme humaine !
Le garçon sentit que son esprit éclatait, la folie le possédant alors que le membre turgescent s'insinuait entre ses fesses. Dans un éclair désespéré, il amorça sa propre transformation. Jamais son corps humain ne pourrait supporter un accouplement avec un Loup-garou sous sa forme lupine, c'était une certitude connaissant Greyback. La douleur de la transformation s'accompagna bientôt de celle, atroce, de la pénétration.
Ce fut un hurlement de loup qui sortit de sa gorge alors que le pénis enflé, tenu par l'os pénien, s'enfonçait jusqu'à la garde dans le derrière du louveteau.
Compagnon-Loup hurlait sa douleur, sa peine, l'immonde parjure. Petit-Homme s'était terré dans un coin de son esprit, refusant d'être témoin de l'horreur que le corps de Draco vivait. L'os pénien lui faisant mal mais plus encore, il sentait le sexe qui grossissait encore et encore, le possédant au rythme des mouvements brutaux du Loup-garou. Compagnon-Loup hurlait sans s'arrêter. Les griffes du mâles plantées dans son dos le maintenaient parfaitement immobile, ainsi que le lourd corps sur lui qui l'écrasait tout en faisant des va-et-vient puissants. Il hurla tout le temps de la saillie.
Après un instant, le mâle dominant hurla à son tour alors qu'il était terrassé par l'orgasme. Draco, lui, gémit et couina. Le mâle ne se retira pas, ne le pouvait de toute façon pas. Il descendit du dos du louveteau tremblant et se retourna, finissant de bloquer son sexe en lui. Postérieur contre postérieur, la longue attente, semblable à une agonie pour Draco commença. Son ventre était secoué de spasmes dus à la douleur et à la masse toujours en lui. Au bout de plusieurs minutes, Fenrir grogna d'un nouveau plaisir tandis que Draco sentait une autre éjaculation se déverser dans son corps.
Le petit loup blanc couina, gémit, la tête basse. Il était fatigué, choqué par ce que le mâle lui avait fait. Comme il était plus petit et que le dominant ne faisant aucun effort pour se baisser, son arrière train était douloureusement surélevé. Il jappa de douleur, se tortilla, essaya d'amadouer l'Alpha, en vain.
Tout son être était traumatisé par cet accouplement. C'était la chose la plus malsaine qu'il pouvait envisager. Aucun mâle ne faisait ça, les rapports sexuels devant être une source de plaisir, ce n'était donc que sous leur forme humaine que les Lycanthropes s'accouplaient. Mais pas Fenrir.
Enfin, après une demi-heure d'attente, la verge dégonfla suffisamment pour que Fenrir se retire. Une fois débloqué, il se transforma aussitôt un homme, regardant avec satisfaction le louveteau blanc effondré à ses pieds.
« Tu as été très satisfaisant, Oméga, » ricana-t-il.
Le louveteau se contenta de trembler et de gémir, la tête sur ses pattes avant.
« Transforme-toi, gamin, » ordonna l'Alpha sèchement, son aura de domination écrasant le jeune loup.
Avec des craquements sinistres, l'Oméga obéit en geignant. Il resta prostré en boule, les yeux clos.
« Eh bien, tu n'as pas aimé ? Pourtant, c'était vraiment bon... » Il éclata de rire, se baissa et porta le gamin sur l'une de ses épaules.
Draco n'ouvrit pas ses yeux tout le temps du trajet retour, ni quand l'homme le jeta au sol, aux pieds des louves qui aussitôt le câlinèrent, le léchèrent, tout en gémissant. Draco ne bougea pas plus, se contentant de couiner, de sangloter sans larmes. Daniel s'approcha de lui, sentant sans doute sa détresse. Il l'inspecta de toute part avant de se retourner vers l'Alpha.
« Fenrir, tu l'as vraiment baisé en tant que loup ? » demanda-t-il d'une voix blanche.
« Oui, et je peux te dire que j'ai hâte de recommencer ! » aboya Fenrir en riant.
Un silence pesant lui répondit, tous les autres Werwulfs les dévisageant, lui et le garçon, des expressions choquées ou dégoûtées sur la plupart des visages.
« Alpha, avec tout le respect que je te dois, je ne pense pas que cela soit une bonne idée, » dit lentement Daniel en s'inclinant avec prudence devant Fenrir.
Face au grognement menaçant qui lui fit face, il se dépêcha de poursuivre.
« Je ne doute pas que ton plaisir ait été immense, Alpha, mais le corps du garçon en souffrira de trop, cela va nuire à ton projet, c'est certain. »
Un autre long silence s'installa, que brisa Fenrir en reniflant.
« Nous verrons cela. Bien, il est temps pour moi de partir. Compagnons, en route ! »
La meute se divisa en deux, d'un côté ceux qui restaient au campement, de l'autre, ceux qui suivaient l'Alpha. Une fois ces derniers disparus, Daniel s'agenouilla près de l'enfant, inquiet.
« Oméga, comment vas-tu ? »
Draco ne répondit pas, se contentant de se cramponner un peu plus à Hannah.
« Bébé, tu as mal ? Tu souffres ? Réponds, mon cœur, » murmura la jeune fille en le berçant.
« Il est en état de choc, inutile de lui parler, il ne répondra pas, » intervint Neuri qui s'était avancé lui aussi.
« Eps' est avec Fenrir. Je ne sais pas quoi faire, je ne suis pas Mage et mes connaissances médicales sont moins étendus que lui, malgré tout, » demanda Daniel, visiblement amer.
« Je ne sais pas trop quoi faire non plus, » avoua Archus. « Neuri ? Vic' ? »
« Je ne sais pas non plus, » grogna Neuri, rageur.
À la surprise des jeunes filles, tous les mâles présents semblaient écœurés par ce qui s'était passé et regardaient l'Oméga avec un mélange de dégoût et d'indignation.
« Je veux bien essayer de lui jeter un sort pour l'endormir, comme ça tu pourras l'examiner correctement, » déclara Vircolac, le seul sorcier resté au campement, Ralph étant parti lui aussi.
Daniel hocha la tête, laissant le blond sortir sa baguette qu'il pointa sur le garçon. Un jet de lumière fusa, atteignant le corps tremblant. Hannah le sentit aussitôt se faire lourd et inconscient entre ses bras.
« Pourquoi vous faites ça, bande de monstres ? » grogna-t-elle en montrant les dents. « Vous me dégoûtez, vous êtes là, comme si vous vous souciez de lui, vous voulez le soigner, alors que vous n'êtes que des violeurs et des assassins. »
« Silence, femelle. Ton avis ne nous intéresse pas, » aboya Archus.
« Malgré ce que tu penses de nous, nous lui sauvons la vie, » maugréa Vircolac en rangeant sa baguette.
« Non, vous essayez surtout de sauver la vôtre, » déclara d'une voix douce Megan, les surprenant tous.
Elle regarda autour d'elle, plongeant ses yeux noisette dans ceux des mâles avant de reprendre.
« Vous êtes tous du même clan. J'ai vu les alliances qui se forment depuis quelques temps. Même Draco l'a remarqué aussi, à cause de l'odeur de Daniel qui change selon lui. Il ne sait pas ce que cela signifie et nous, nous ne la sentons pas car son odorat est plus développé que le nôtre, mais il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre. Vous voulez détrôner Brutus et mettre Daniel à sa place. C'est pour cela qu'il s'occupe de Draco, pas vrai ? »
« Tu es un peu trop bavarde à mon goût, louve, » fit Neuri, menaçant.
« Je ne dirai rien. Je préfère Daniel à Brutus, » dit Megan précipitamment.
« Il n'y a pas que ça, » intervint à son tour Daniel. « Ce qu'à fait Greyback aujourd'hui est impardonnable. »
Hannah se mit à rire, un rire sans joie.
« Oh, parce que vous êtes des modèles de vertu, bien sûr ? C'est pour cela que vous nous baisez comme des objets, que vous nous frappez, que vous pillez et saccagez les villages que nous traversons ? Vous n'êtes que des êtres abjects. »
Une claque retentissante la fit taire.
« Nous vous baisons, femelle, car vous n'êtes pas destinées à vivre, contrairement à lui ! Il fait partie de la meute alors que vous n'êtes que des catins de passage, » gronda Archus en se baissant vers elle.
« Draco non plus n'est pas destiné à vivre, » murmura Megan en caressant le garçon endormi. « Il doit simplement porter l'enfant de Fenrir. Ensuite, il le tuera, comme nous. Ou Draco mourra en couches, ce qui revient au même. Hannah a raison, vous êtes des monstres. Vous l'aidez à survivre pour que le projet de Fenrir aboutisse, mais quand il vous le donnera, vous vous accouplerez avec lui, tous. Toi y compris, Daniel. »
Hannah regarda la jeune fille, stupéfaite.
« Qu'est-ce que tu racontes, Megan ? Draco ne peut pas porter l'enfant de Fenrir ! C'est un mâle ! »
« Non, c'est un Oméga, » la contredit la jeune fille brune.
Hannah regarda à son tour les mâles, qui ne protestèrent pas suite aux propos de Megan. La louve blonde explosa de colère.
« Vous êtes moins que des monstres ! Vous ne méritez pas de vivre ! Comment pouvez-vous laisser Fenrir faire ça ?! Vous hurlez au scandale parce qu'il l'a pris sous sa forme lupine, mais vous le laissez l'engrosser ? Il va mourir ! Et le bébé aussi ! »
« La ferme, la ferme ! » hurla Vircolac à son tour, étrangement proche de l'hystérie. « Nous n'avons pas le choix, idiote ! Crois-tu vraiment que nous avons le choix ? Non ! Le seul choix que nous avons c'est d'obéir à l'Alpha ou mourir ! Et si ça nous plaît de vous baiser, c'est notre droit, femelles inutiles, notre seule façon de survivre ! Oui, nous sommes des solitaires, des profiteurs, des assassins ! Et alors ? Tu penses vraiment pouvoir te mesurer à nous ? »
« Ce que tu ignores, stupide louve, c'est que prendre un humain quand nous sommes transformés, c'est le condamner à mort. Nous sommes trop gros, trop puissants, l'accouplement trop long et douloureux, il dure parfois plus d'une heure. Le gamin a pu survivre, parce que c'est un Werwulf mais il a été atrocement amoché. Il aurait perdu le bébé s'il était enceint. Et encore, il a été pris alors qu'il était un loup, lui aussi, s'il ne s'était pas transformé, il n'aurait sans doute pas survécu. Son loup intérieur sait que ce qu'à fait Fenrir est tabou. Si ce tabou existe, ce n'est pas pour rien. Même nous, malgré toute la violence et la cruauté dont tu nous affubles, nous ne le faisons pas. C'est... » Neuri frissonna. « C'est impensable. Mon propre Loup est horrifié d'entendre ça. Écoute ta nature lupine, louve, écoute ce qu'elle te dit à l'idée que l'un de nous s'accouple avec toi sous notre forme de loup. »
Hannah cligna des yeux. Sa première idée fut que ce que disait Neuri n'avait pas de sens, un viol restait un viol. Et puis... elle réalisa qu'elle-même haïssait plus certains loups que d'autres, en raison de la façon dont ils abusaient d'elle. Fenrir étant en tête dans la cruauté et le vice. Elle tenta d'imaginer l'un des hommes, parmi les plus doux, en loup. La louve en elle se mit aussitôt à hurler à la mort, la faisant trembler d'horreur. Non, c'était inimaginable.
« C'est le premier tabou de notre race, » chuchota Megan, les yeux clos.
« Oui. Je n'avais encore jamais entendu dire qu'un seul Homme-loup l'ait brisé, » conclut Daniel. « Fenrir devient fou... » marmonna-t-il comme pour lui-même.
Il s'accroupit, palpa Draco dans tous les sens.
« Neuri, passe-moi le baume de soins. Vircolac, vérifie régulièrement son ventre, il saigne. Tu connais le sort s'il fait une hémorragie ? »
« Oui, je pense, » répondit le Werwulf blond, bien que peu convaincu.
« Bon, il n'y a rien à faire de plus, à part espérer qu'il s'en remettra. En attendant, il faut qu'une louve reste constamment avec lui, à le toucher. Il a besoin du contact d'un membre de la meute. Soumise, tu t'en occupes. Vic', si tu es d'accord, reste aussi avec lui c'est plus prudent. » Daniel regarda Hannah. « Tu te trompes. L'Oméga fait partie de ma meute, il n'est pas condamné à mourir, pas si je peux l'empêcher. Et toi, dominante, je pense qu'une petite leçon ne te ferait pas de mal, » termina l'homme en s'avançant vers elle.
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À suivre
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