Bêta : Ma licorne à paillettes préférée, Nanola.

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Chapitre 11

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Les pertes de trop


L'an 1580, 5 juin,

Sous la pluie battante du matin, le manoir semblait sinistre. Les Elfes de maison se terraient dans la cuisines, les oreilles basses. Ce temps orageux, froid et maussade n'était pas normal pour le début du mois de juin, d'autant qu'il durait depuis bien trop longtemps. Même dans les terres nordiques et humides du royaume de Serpentard, la fin du printemps était douce. Les Elfes y voyaient un mauvais présage.

Les cris perçants et emplis de douleur de leur maîtresse, dans sa chambre, n'étaient pas faits pour les rassurer non plus. Pas que leur maîtresse soit une femme très attachante et qu'ils craignaient pour sa vie, mais si leurs maîtres souffraient d'une quelconque façon, eux vivraient cette douleur au centuple sous les coups de canne vengeurs du Lord.

Deux étages plus hauts, la femme aux cheveux blonds et lisses s'accrochait aux draps de son lit.

« Narcissa, mon aimée, la délivrance est proche, » l'encouragea Lord Malfoy en prenant la main de son épouse dans les siennes.

« Lady Malfoy, poussez, poussez ! » l'exhorta le Médicomage placée entre les jambes ouvertes de la parturiente.

Avec des cris rauques, Narcissa Malfoy se crispa, poussant peu à peu le nourrisson hors de son corps.

Les cris de douleurs firent bientôt place aux cris de joie alors que le bébé faisait entendre son premier vagissement.

Son père prit l'enfant dans ses bras, heureux d'avoir un héritier en bonne santé, un héritier mâle qui plus est. Lucius Malfoy souleva le garçon, toujours retenu au ventre de sa mère par le cordon ombilical, en riant.

« Un fils ! Un fils ! Ma douce, quel cadeau magnifique vous nous avez accordé ! »

Le Médicomage, vieux et sage, sourit avec indulgence à l'heureux père alors qu'il prodiguait les soins à l'épouse en sueur, veillant à ce que la dernière délivrance se passe bien. D'un geste de baguette, l'infirmière qui l'accompagnait coupa enfin le cordon, enroula le nouveau-né dans un petit linge pour l'essuyer rapidement avant de le poser entre les deux seins gonflés de sa mère.

Puis il fut confié au Médicomage qui l'examina et jeta plusieurs sorts sur l'enfant. Et ce fut là que le verdict tomba, ainsi que la sanction.

« Mes enfants, je ne sais comment vous annoncer cette nouvelle, » dit-il plus pâle que la lune.

« Quelle nouvelle ? » s'inquiéta aussitôt Lucius. « Alphonsus, vous êtes le Médicomage de la noble famille Malfoy depuis plus loin que ma naissance, dites-nous sans ambages ce qui se trame ! »

« Votre fils... » commença le Mage.

« Il n'est pas malade ? Il ne va pas mourir ? » s'écria Narcissa en serrant son fils contre son cœur.

« Non, Ma Dame. Le garçon... c'est un Monoïque. »

« Comment ? C'est impossible ! Recommencez ! » s'exclama Lord Malfoy.

« Mon Lord, je suis désolé mais j'ai vérifié deux fois déjà. »

« Et moi je vous dis que c'est impossible ! Il n'y a jamais eu de naissance monoïque dans mon sang ! » hurla Lucius en frappant de son poing la coiffeuse de son épouse.

« Lucius, je suis sincèrement navré. Les naissances Monoïques sont rares et elles se produisent principalement dans les familles de Mage, comme vous le savez. Votre noble et majestueuse famille est de Sang-Pur depuis la création du Monde Libre, depuis la naissance du premier Mage sur notre douce terre ! La venue d'un Monoïque en son sein n'est donc pas chose inconcevable, loin de là. Dans beaucoup de familles, c'est même un grand honneur, » tenta de plaider le Médicomage.

Pas qu'il avait réellement espoir que sa cause et celle du nourrisson soient entendues. Pas dans cette famille, il le savait parfaitement.

« Pas dans la mienne ! » cria Lucius, confirma les pensées d'Alphonsus. « Ni sur nos terres ! C'est une honte, un déshonneur ! Il n'a pas plus de magie qu'un misérable Sans-pouvoir ! »

Le grand homme se pencha sur les bras de son épouse où dormait paisiblement l'enfant, il le dévisagea un instant avant de déclarer d'une voix froide.

« Cette chose n'est pas mon fils. Tuez-le. »

Puis il tourna les talons sans un regard pour celui qui fut son enfant, ni pour son épouse qui poussa un cri d'effroi. La jeune mère en larmes berça son bébé, l'embrassa, le plaqua contre son cœur tout en regardant avec désespoir le Médicomage.

« Non, non, je refuse que mon enfant soit tué, » pleura-t-elle, au bord de l'hystérie.

Mais le Mage se contenta de prendre le parchemin des naissances, qu'il se devait de remplir.

« Anabel, je n'ai plus besoin de vos services. Inutile de m'attendre, vous pouvez rentrez chez vous. Prenez la calèche et dites aux Elfes d'aller en quérir une autre pour moi, » dit-il sèchement à l'infirmière.

« Mais, docteur, et le bébé ? » commença la jeune femme.

« Quel bébé ? Vous n'avez pas entendu Lord Malfoy ? Il n'y a aucun bébé dans cette pièce qui nécessite votre présence ou vos soins. »

L'infirmière pâlit, mais après une demi-seconde de réflexion elle acquiesça et sortit sous les cris de douleur, morale cette fois, de la jeune maman. Une fois que l'infirmière fut partie, Alphonsus posa plume et parchemin et se dirigea vers le lit où Narcissa, elle le voyant faire, se recula, tentant de protéger son enfant.

« Ne me prenez pas mon bébé, ne le tuez pas ! « gémit-elle, affolée.

« Dame Narcissa, j'ai peut-être une solution, » chuchota alors le vieux Mage en se rapprochant d'elle, les mains levées en signe d'apaisement.

« Pa...pardon ? » balbutia-t-elle.

« Je n'ai pas la moindre intention de faire du mal à ce bébé. Je suis un Médicomage, pas un assassin, et encore moins un tueur d'innocents. Quoi qu'en pense votre époux, je considère les Monoïques comme sacrés, comme la plupart des citoyens de notre Empire. Ils méritent notre respect, notre amour et notre protection, nullement que nous les exterminions. »

Narcissa posa une main sur sa bouche, pleurant des larmes de soulagement.

« Je vous supplie, Alphonsus, aidez-moi, sauvez-le... »

« Votre enfant n'a aucune chance de survie ici. Et quand bien même vous le confierez à une servante ou un Elfe, un enfant monoïque n'a pas sa place au Royaume de Serpentard. Ni ailleurs, au vu des circonstances. Sa seule place est au Temple des Monoïques, à Helga, dans le Royaume de Poufsouffle. Je peux envoyer votre fils dans ce royaume, je l'ai déjà fait, pour d'autres avant lui, » avoua-t-il d'une voix sourde.

Narcissa pencha son doux visage vers celui de son fils qui ouvrait ses yeux clairs. Ceux de la jeune maman se remplirent de nouveau de larmes. Elle prit l'enfant et le nicha dans son cou, l'entourant de ses cheveux constellés de reflet d'or.

« Je ne te reverrai sans doute jamais, mon petit cœur. » Sa voix se brisa alors qu'elle éclatait en sanglots. « Mais sache que je t'aime, je t'aime plus que ma vie. »

Elle embrassa son nourrisson, le posa avec amour sur son lit, à côté d'elle. Elle ouvrit ensuite le tiroir de sa table de chevet pour se saisir d'un petit coffret fait d'or et de topazes.

« J'avais prévu ceci pour toi, » murmura-t-elle en prenant une chaîne en or.

Attaché au fin collier, un pendentif du même métal resplendissait, révélant le prénom de l'enfant. Elle l'attacha au cou du nourrisson et se passa autour du sien le jumeau exact de celui de son fils.

« Alphonsus, je vous confie mon enfant. Sauvez-le. Quant à moi et aux yeux de notre société, il sera un enfant mort-né. »

Alphonsus acquiesça. Aussi rapidement que possible, il remplit le parchemin de naissance, indiquant que Draco Lucius Malfoy, né le 5 juin 1580 à 9h45 était né sans vie.

Il laissa Narcissa câliner son petit, l'embrasser, puis, le temps passant et l'urgence se faisant sentir, il l'exhorta à lui donner l'enfant.

Elle embrassa le bébé une dernière fois avant de le tendre au Mage qui le prit dans ses bras. Le vieillard l'emmitoufla dans la petite couverture qui se trouvait dans le berceau puis le cacha sous sa large cape sombre.

« Je ferai ce que je peux, soyez-en assurée, Ma Dame. »

Il s'enfuit de la pièce, longeant les murs afin de ne pas être vu et s'engouffra avec bonheur sur le chemin du domaine qui menait à la sortie. Dès qu'il passa le portail de la propriété Malfoy, le Mage grimpa dans la calèche qui l'attendait, demandant au cocher de le ramener au plus vite dans sa demeure. Après un long trajet, l'homme pénétra avec soulagement dans son salon, éclairé par une cheminée à la lueur faiblarde.

Il souleva la couverture, admirant le nouveau-né. Il était beau comme le jour avec ses traits fins, ses cheveux aussi pâles qu'un clair de lune. Sa peau était toute douce, rose et veloutée.

« Oh, petit ange, si tu n'avais pas cette tare qui t'a condamné aux yeux de ton père, je t'aurais bien gardé avec moi. Mais c'est impossible. Avec tes cheveux et ton petit nez pointu, nul doute que quiconque te verra saura qui est ta famille. Mais tu seras encore plus beau que Lucius et Narcissa. Tu seras la plus belle créature que le Monde Libre n'ait portée. »

Le vieil homme gâgatisa encore un instant, berça l'enfançon, le rinça rapidement dans une petite bassine remplie d'eau chaude et enfin, alors que la nuit avançait, il se décida à l'envoyer vers son destin. Le bébé commençait, semble-t-il, à avoir faim et il n'avait rien à lui donner.

« Je suppose qu'au Temple, ils auront tout ce qu'il faut pour toi. Tu ne seras pas le premier à être déposé devant leur porte, ni le dernier, » soupira l'ancien Mage.

Il replaça l'enfant dans sa couverture pour l'emmailloter ensuite avec application.

« Toky ! » cria-t-il une fois sa tâche accomplie.

Un Elfe de maison s'avança, courbé au sol.

« Oui, Maître ? »

« Prends cet enfant. Emmène-le à Helga, au pied du Temple des Monoïques. »

« À vos ordres, Maître, » fit l'Elfe d'une voix grinçante.

Il se saisit du nouveau-né et disparut à son tour. Toky étant un Elfe, il obéissait sans savoir exactement où il devait aller. Bien sûr, il l'avait déjà fait puisque que son maître ne savait pas transplaner et quand bien même il l'aurait su, lui n'avait jamais mis les pieds à Helga.

Le voyage prit du temps, la distance entre la demeure du Médicomage, dans le Royaume de Serpentard, jusqu'à la capitale de celui de Poufsouffle étant grande. Toky dû faire plusieurs escales, de plus en plus fatigué par l'effort que cela lui demandait.

Il finit par atterrir en douceur, devant le grand Temple aux colonnes de marbre blanc. C'était là, après avoir gravi les nombreuses marches qui menaient aux doubles lourdes portes en bois, qu'il déposait les bébés que son maître lui donnait depuis maintenant des décennies. Malheureusement, ce fut à cet instant que l'enfançon décida de se faire entendre.

« Vas-tu te taire, stupide créature ? » grogna l'Elfe en le secouant, ce qui bien sûr, eut pour effet de faire hurler le nouveau-né un peu plus fort.

« Lâche-le ! Lâche-le ! Démon ! » cria une voix semblant sortir de l'ombre.

L'Elfe se retourna pour faire face à un homme menaçant, grand et brun, qui sortait d'une ruelle voisine.

Toky sentit la peur l'envahir, les Elfes de maison n'étaient pas très connus à Poufsouffle, il le savait. Ici vivaient surtout des Hommes, les Mages étaient rares, de même que leurs esclaves magiques. Plus encore, il ne devait pas être vu, sa vie, ainsi que celle de son maître dépendait de sa discrétion. Il posa l'enfant à terre, se recula de trois pas, effrayé.

L'homme se précipita vers la couverture, d'un bleu nuit, et l'ouvrit pour découvrir ce qui se cachait à l'intérieur. Sans hésiter, il se saisit du nouveau-né qui pleurait et se recula à son tour.

L'Homme et l'Elfe se regardèrent un instant, sans savoir quoi faire. Puis, la petite créature claqua des doigts et disparut dans un craquement sourd de branches brisées sans demander son reste. Après tout, il avait rempli sa mission et c'était ce qu'il dirait à son maître : l'enfant était à Helga. Ce qui lui arriverait par la suite n'était pas de son ressort.

... ... ...

Draco voyait le soleil décroître, avec angoisse. La pleine lune s'était levée il y avait de ça sept nuits. Dans quelques jours, la période d'exclusivité de Megan se terminerait. Sauf que Hannah et lui savaient que la jeune fille et Ralph ne le verraient pas.

Pendant tout ce temps, les quatre Lycanthropes avaient volé des réserves de nourriture, deux couvertures et trois outres. Puis ils les avaient cachés dans un arbre creux, loin de la meute. Draco n'avait eu de cesse de trembler qu'un mâle ne découvre la réserve.

Personne n'avait rien remarqué, à part Daniel qui s'inquiétait de sa nervosité. Draco angoissait, c'était vrai, mais il y avait autre chose qui le perturbait. Son odeur avait changé, il ne se sentait pas bien, mal dans sa peau et son ventre était souvent douloureux. Le jeune mâle se demandait s'il n'était pas en train de tomber malade ou si les accouplements forcés qu'il subissait depuis des mois n'avaient pas fini par l'abîmer de façon plus profonde.

Ce soir, cependant, le louveteau avait bien du mal à se retenir de claquer des dents.

Fenrir et les cinq mâles qu'il avait choisis la veille allaient bientôt revenir de leur chasse. Au cours de la pleine lune, la meute avait senti que plusieurs hardes de sangliers vivaient plus au sud. Greyback avait décidé de les chasser, afin de faire sécher leur viande pour l'hiver. Depuis, chaque jour des loups partaient le matin pour ne revenir que le soir, les bêtes mortes et dépecées sur le dos.

Hannah et Ralph avaient attendu le bon moment, le bon groupe. D'un seul regard le matin, ils avaient compris que le jour tant espéré par le couple était arrivé.

Greyback, Brutus, Barbatus, David, Epsilon et Dereck étaient partis à la chasse. Heimdall, Neuri et Archus étaient chargés d'aller à la rivière pour ramener de l'eau. Ils avaient annoncé qu'ils y passeraient une partie de la journée pour pêcher et laver les peaux. Hannah avait décidé de les accompagner. Pour les mâles, c'était normal que les louves et l'Oméga participent aux tâches de la vie quotidienne, ce depuis leur arrivée dans la meute. Cela n'avait donc étonné personne quand la jeune fille blonde s'était proposée. Mais Megan, Ralph et Draco savaient que son rôle serait d'inciter les mâles à rester le plus longtemps possible loin du campement. Par tous les moyens possibles, y compris en les aguichant de façon innocente grâce à son corps trempé.

Draco devait donc se charger de la même façon des mâles restant au campement, à savoir, Berserkir, Vircolac et Daniel. L'important était de les occuper afin que personne ne réalise vraiment que Ralph et Megan n'étaient plus là.

Le jeune garçon avait parfaitement réussi sa mission. D'abord, il s'était plaint à Daniel d'être fatigué, d'avoir mal au ventre. À chaque fois qu'il le faisait, le Lycanthrope à peau brune l'auscultait consciencieusement. Cette fois-ci n'avait pas dérogé à la règle. C'était le signal qu'attendaient Ralph et Megan pour partir discrètement, au prétexte donné à Berserkir quelque temps plus tôt qu'ils iraient dans la journée chercher du bois pour le feu. Ainsi, il ne s'étonnerait pas s'il s'apercevait de leur absence. Cela n'avait même pas été le cas, Berserkir ne s'était rendu compte de rien.

Draco avait profité que Daniel s'occupait de lui pour se coller contre l'homme, à la recherche de câlins. Il savait parfaitement qu'en agissant ainsi et en l'absence de Fenrir, il ne faudrait pas longtemps au Loup-garou pour avoir envie de le prendre. Et que le voir excité inciteraient les autres à vouloir faire de même. Et normalement, Daniel le reprendrait encore une fois après eux, il aimait être le dernier à s'accoupler avec Draco. Pour être sûr que cela se passe ainsi, l'Oméga avait caressé le torse du mâle, lentement, puis après un petit regard timidement caché sous ses cils, il s'était docilement allongé sur le ventre. Daniel avait semblé surpris mais aussi parfaitement heureux de l'invitation implicite.

Le jeune homme avait serré les dents, ne demandant pas ainsi aux dominants de faire vite. Contrairement aux louves, Daniel veillait toujours à ce que les accouplements ne s'éternisent pas si Draco gémissait bruyamment ou montrait un signe trop évident de douleur.

Puis Hannah et les autres étaient rentrés de la rivière. Les hommes avaient fini par s'étonner que ni Ralph ni Megan ne soient présents. Quand Berserkir avait mentionné le fait qu'ils lui avaient dit qu'ils partiraient chercher du bois, la louve leur avait affirmé avec aplomb qu'ils étaient partis au moment où eux-même étaient revenus au camp.

Fenrir était arrivé à son tour. L'effervescence que son retour avait engendrée avait fait oublier le reste à tout le monde.

Sauf à Hannah et Draco.

Le soir était arrivé, la meute n'allait pas tarder à s'asseoir autour du feu pour manger. Et là, l'Alpha noterait sans faute que deux membres de sa meute étaient absents.

Hannah se posa près de Draco, adossé à un rocher.

« Ça va, bébé ? »

« J'ai peur, Hannah. »

« Je sais, mon cœur. Écoute, nous avons fais ce que nous devions. À l'heure qu'il est, ils sont loin. »

« Oui, j'espère. Hannah, tu crois qu'ils y arriveront ? »

L'enfant leva ses yeux clairs apeurés vers ceux de la jeune femme.

« J'espère qu'ils y arriveront, oui. Ralph a dit qu'il montait vers le Nord, il connaît les lieux. Ils passeront l'hiver dans un endroit sûr, c'est ce qu'il m'a dit. Ensuite, ils reprendront la route, mais leur trace sera si vieille que jamais Fenrir ne les retrouvera. »

« Et pour le reste ? » fit Draco, les lèvres tremblantes.

Hannah le dévisagea, sachant à quoi il faisait allusion. Ralph et Megan leur avaient promis de tenter d'approcher des Hommes ou des Mages afin de les alerter sur leur cas, prévenir les villages alentour que la meute n'était pas loin et que dans ses rangs, deux prisonniers attendaient leur libération.

« Je ne sais pas, Draco, » avoua Hannah.

Le garçon sentit le peu d'espoir qu'il avait dans le cœur s'enfuir.

« Bébé, je veux que tu me promettes d'être fort, d'accord ? »

« Oui, Hannah. »

« Je veux que tu te battes pour survivre. Ne baisse pas les bras, mon cœur, jamais. Rappelle-toi ta promesse. Je veux que tu vives, Draco. Je ne veux pas que tu meurs, mon bébé. Tu as été mon rayon de soleil pendant tout ce temps, le bonheur qui m'aidait à me lever chaque matin. Je t'aime, mon bébé. »

Hannah se mit à pleurer, à la stupeur du garçon.

« Hannah, pourquoi tu dis tout cela ? »

« Tu sais que je n'aime pas Daniel, mais il faudra que tu restes toujours avec lui, d'accord ? Ne le quitte pas, jamais, » poursuivit Hannah d'une voix qu'elle voulait plus assurée tout en séchant rapidement ses larmes de sa main.

« Hannah ? » gémit Draco, perdu au milieu des explications de la dominante.

« Daniel sera sans doute l'aide dont tu as besoin, ton salut viendra de lui et du clan qui se forme à ses côtés. Même si ce n'est pas la vie que tu mériterais, au moins lui, il prendra mieux soin de toi que ce bâtard de Fenrir. Si tout se passe bien, il sera ton compagnon un jour. Donne-moi ta main. »

Draco obéit, abasourdi par les paroles de Hannah alors que plus loin, des éclats de voix s'élevaient soudain.

« Hannah, j'ai peur, j'ai peur, » pleura Draco en claquant des dents.

« Vas-y, mon cœur, commence. »

« Moi... Draco Bones... quinze ans... encore... encore vivant ce soir... » balbutia Draco alors que les voix devenaient cris.

« Moi, Hannah Abbot, vingt et un ans, encore vivante ce soir... pour la dernière fois, » fit Hannah avec un pauvre sourire désolé.

« Hannah, non ! » s'écria Draco.

« Pardon, pardon de t'abandonner. C'est ce qui me fait le plus de peine, la seule douleur que j'emporterai de cette terre. Ne plus être là pour te protéger et te consoler. »

Hannah prit le garçon qui pleurait et claquait des dents contre son cœur, embrassa les cheveux blonds avec ferveur.

« Je t'aime, Draco, vis pour moi, mon bébé, vis pour moi. »

« Hannah ! »

Puis la louve lui fut brutalement arraché des bras par Fenrir, enragé.

« Où sont-ils, louve ? Où sont ceux que tu as aidé à faire fuir ? » hurla-t-il.

« Loin d'ici, misérable ordure, » déclara Hannah en crachant au visage de l'Alpha.

Le Werwulf hurla de nouveau, cri à moitié animal. Il la jeta au sol, la roua de coups de pieds et de poings.

« Tu vas mourir, louve ! »

« HANNAH ! HANNAH, NON ! » hurla à son tour Draco.

Il voulut rejoindre sa sœur de cœur, la prendre contre lui, mais des bras forts le maintinrent en arrière. La main puissante de l'Alpha s'abattit sur lui, son regard haineux plongeant dans les yeux clairs terrifiés qui s'abaissèrent aussitôt.

« Et toi, quel rôle as-tu joué dans tout cela ? »

« Rien, Draco n'a rien fait. Ce n'est qu'un enfant innocent, » déclara Hannah au sol, la bouche en sang.

« Emmenez-moi cette chienne près du feu ! » cria Fenrir.

Il se retourna ensuite vers l'Oméga tremblant et pleurant.

« Tu as voulu t'enfuir, toi aussi, louveteau ? »

« Non, non, Alpha, » couina Draco.

« Mais tu savais qu'ils allaient s'enfuir, pas vrai ? »

« Non, je savais pas. »

« Menteur, » susurra l'homme d'une voix mauvaise.

Il poussa le garçon au sol, le faisant s'effondrer à ses pieds.

« Tu vas le payer, Oméga, et je vais faire en sorte que tu ne puisses pas t'échapper. Tenez-le ! »

Draco sanglota alors que Brutus et Barbatus, ravis, lui tenaient les bras et les jambes. Fenrir s'approcha, regarda le garçon d'un œil dément. Il sourit, d'un sourire terrifiant, dévoilant ses dents jaunes et pointues. Puis il abaissa son pied, brisant net le radius et le cubitus droit du garçon qui hurla.

« Comment comptes-tu t'enfuir, maintenant ? Sur trois pattes ? Non, je ne penses pas... » poursuivi l'homme en se déplaçant lentement, tel le fauve qu'il était autour de sa malheureuse proie.

Il arriva à la gauche du garçon, faisant subir le même sort à son autre bras.

Draco hurlait sans s'arrêter. La douleur de la transformation n'était rien, comparée à celle-ci. Il s'étouffait au milieux de ses larmes, sans s'apercevoir que Greyback s'était cette fois emparé d'un lourd morceau de bois, faisant office de gourdin. Quand l'os de sa jambe se brisa à son tour, l'enfant pria pour mourir ou au moins s'évanouir. Malheureusement pour lui, cela n'arriva pas tandis que Fenrir brisait le tibia de son autre jambe.

Perdu dans son océan de douleur, il n'entendait plus les paroles du monstre. Ce fut Compagnon-Loup qui lui, perçut la voix affolée de Daniel qui suppliait leur chef de reprendre raison.

« Alpha, par pitié, tu vas tuer l'enfant ! Ce n'est pas l'Oméga le responsable, arrête de le massacrer ou de le faire souffrir, son cœur ne le supportera pas ! Alpha ! »

Puis ce furent d'autres cris, d'autres hurlements, de mâles, de Hannah. Draco pleurait, s'étranglait, le corps brisé. Il ne pouvait plus bouger et resta allongé sur le sol, ses yeux baignés de larmes perdus dans les étoiles.

« Tuez-moi, tuez-moi, tuez-moi... » sanglota-t-il.

Mais il était seul.

Puis l'adolescent sombra enfin dans l'inconscience pendant que d'autres perdaient la vie.

... ... ...

Daniel se glissa vers le corps évanoui du garçon. L'Alpha était fou, totalement fou. Il l'avait déjà vu furieux, ivre de colère, mais jamais à ce point. Entre sa crise de démence actuelle et le fait qu'il ait violé le garçon sous sa forme lupine, la conclusion s'imposait d'elle-même. Greyback était réellement fou.

Certes, il avait toujours été brutal, sournois, cruel, dangereux et donc, par certains côtés ''fou'', mais ce n'était plus de cela dont il s'agissait. L'homme était devenu totalement dément. Certains parmi eux s'en étaient rendu compte. Certains parmi eux ne voulaient plus de cet être enragé pour chef. Et cette nuit, il espérait que d'autres rejoindraient son camp, notamment Heimdall qui était celui qu'il lui manquait pour parfaire son plan.

Il passa sa main dans les cheveux moites du garçon. Il respirait toujours, bien que son cœur battait une chamade affolée.

« Oméga ? » souffla-t-il.

Daniel étudia rapidement le corps du gamin, de plus en plus inquiet.

« Eps' ! Epsilon ! » grogna-t-il, suffisamment fort pour que le Werwulf brun l'entende, sans alerter Greyback qui poursuivait sa séance de punition.

Le Loup-garou se retourna et se dirigea vers lui en boitant.

« Quoi ? »

« Aide-moi. Il lui a brisé les quatre membres, il faut que l'on réduise les fractures sinon il ne pourra plus jamais remarcher correctement. »

« Bordel, Daniel, tu ne penses pas qu'il y a plus important ? Fenrir vient d'arracher la tête de Berserkir et toi, tu t'inquiètes de savoir si le louveteau pourra remarcher correctement ? »

« Tu sais très bien ce que je veux ! » gronda Daniel. « Eps', aide-moi. »

Epsilon râla tout en se baissant vers l'homme à peau brune.

« Tu es fou, Daniel, totalement fou. Si Greyback nous voit, on est mort. »

« Non, Fenrir est le fou. Tu le sais aussi bien que moi... Le bébé est encore vivant ? »

Epsilon sortit sa baguette afin de lancer un sort sur le ventre du gamin.

« Il va mal mais s'accroche encore. Mais si le gosse subit une nouvelle séance de ce type, il le perdra, c'est certain. »

« Qu'est-ce que vous faites ? » souffla Neuri en se rapprochant d'eux.

« On essaye de sauver ce qui reste de ce maudit louveteau, » maugréa Epsilon. « Allez, ça va demander un peu de temps mais on peut le faire. Neuri, puisque tu es là, place-toi devant nous et quand tu le pourras, demande à Archus de faire de même. »

Draco souffrait. Le martyr. Il s'était déjà à plusieurs reprises plus ou moins réveillé, par intermittence, mais la douleur était telle qu'il re-sombrait aussitôt. Cette fois-là fut différente, il gémit, couina, papillonna des yeux, sans s'évanouir de nouveau. Les odeurs autour de lui lui confirmèrent ce qu'il avait cru comprendre auparavant.

Des mâles étaient avec lui. Mais ils n'étaient pas menaçants. Au contraire. Des larmes coulèrent sur ses joues alors qu'il se sentait pour la première fois à sa véritable place de louveteau et d'Oméga parmi eux. Des dominants l'aidaient, le protégeaient. Ceux de sa meute s'affairaient autour de lui pour empêcher qu'il ne sombre.

Cependant, à peine ces pensées réconfortantes furent dans sa tête, qu'une douleur éclata dans son cœur. Si les mâles le soignaient, c'était parce que Greyback l'avait puni d'une façon atroce. Il se souvint des cris qui avaient envahi ses moments de lucidité, de l'odeur du sang.

« Hannah, » souffla-t-il.

« La louve est morte, Oméga, » murmura Archus à ses côtés en lui prenant la main.

Draco pleura doucement. Il voulut bouger, sans succès.

« Ne fais pas de bruit, louveteau, n'essaye pas de bouger. Eps' et Vic' t'ont placé des atèles magiques sur le corps. »

« Daniel ? » reprit Draco.

« Il est avec l'Alpha et Brutus. »

« Archus... » pleura Draco en le regardant aux milieux de ses larmes.

« Calme-toi, gamin. Tu vas vite guérir, tu es un Loup-garou et Epsilon est un bon guérisseur. »

Pourtant l'enfant continua de pleurer, en tentant de faire le moins de bruit possible. L'homme passa son autre main dans les cheveux pâles pour les caresser, tout en continuant de parler.

« Mon frère va bien s'occuper de toi, Oméga, ne t'inquiète pas. Dors, petit, dors. »

... ... ...

Les jours suivants, Draco resta allongé. D'abord parce qu'il ne pouvait pas faire autrement. Ensuite, parce qu'il n'en avait pas l'envie. Il restait prostré, sans bouger, sans parler. Les mâles se relayaient à ses côtés, lui donnant à boire ou manger en lui donnait la becquée comme l'avait fait Fenrir, puisqu'ils pouvaient à peine le soulever. De toute façon, l'enfant n'acceptait de manger que ce que les dominants lui donnaient avec leur bouche ou lui présentaient dans le creux de leur paume.

Fenrir aussi vint le voir, il s'accroupit et lui raconta dans le détail les tortures qu'il avait infligées à Hannah avant qu'elle ne meurt. Draco ne montra rien, trop choqué pour pleurer ou faire quoi que ce soit d'autre que claquer des dents.

Il était seul. Totalement seul. Sans ses amies. Seul pour affronter la meute.

Néanmoins, il avait réalisé que les mâles avaient, dans l'ensemble, changé leur comportement vis à vis de lui. Du moins certains. Seuls Brutus, Barbatus, David et étrangement bien que dans une moindre mesure, Dereck, n'avaient pas évolué de façon positive. Pour les trois premiers, cela ne le surprenait pas. Ils étaient foncièrement mauvais et auraient sans doute suivi Fenrir jusqu'en enfer. Dereck était plus calme (le terme doux pouvant difficilement être appliqué aux dominants restants de la meute), mais son amitié avec David était très profonde.

La haine grandissante de Brutus et Barbatus envers lui avait étonné le garçon. Heimdall lui avait expliqué que le Bêta et son frère n'approuvaient pas la décision de Fenrir de le prendre, lui, comme pseudo compagnon. Ils trouvaient qu'une femelle dominante de la trempe de Hannah était bien plus valorisante. Et Barbatus aurait voulu être le seul mâle de Hannah. Draco n'avait pas bronché quand Heimdall lui avait fait ces confidences. Après tout, Heimdall avait été très ami avec Berserkir, les deux Loups-garous avaient été proches pour ne pas dire inséparables, ceci expliquait sans doute cela dans l'esprit du garçon.

Le changement des autres mâles s'était accompagné de la nouvelle modification de l'odeur de Daniel et aussi d'Epsilon. Draco ne voulait pas comprendre ce qui se passait dans la meute, bien qu'il soit désormais évident pour tous que le Troisième briguait la place de Bêta, et du coup, Epsilon celle de Troisième. Ils avaient le soutien de tous les mâles à l'exception du trio soutenant le Bêta actuel et de Dereck qui restait neutre.

La crise de rage destructrice de Greyback avait accentué la scission. Berserkir était mort, Greyback l'ayant jugé sans doute plus responsable que les autres puisque c'était à lui que Ralph avait dit qu'ils partaient avec Megan dans les bois. À moins que le Loup-garou n'ait été présent au mauvais endroit au mauvais moment. Les autres dominants avaient tous souffert de la colère de leur chef, tous arboraient plaies, contusions ou fractures.

Draco avait compris que cela, beaucoup l'avaient en travers de la gorge.

Dès que l'ensemble de la meute en fut capable, Draco fut ligoté sur un dos et les Werwulfs suivirent l'Alpha dans sa course. L'enfant blond agrippé aux poils rêches priait. Il priait pour que Ralph et Megan soient loin, que le repos forcé de la meute leur ait permis de s'enfuir hors de porté du flair de Fenrir.

Car Draco savait que le Loup-garou, dans sa folle soif de vengeance, était à la poursuite des fuyards. Chaque soir, Fenrir râlait, criait, cherchait un homme à frapper pour évacuer la rage qui ne l'avait pas quitté. Seuls Brutus et Daniel parvenaient à le calmer. Même si Daniel ne manquait jamais de lui rappeler que si la meute avait été dans l'incapacité de se déplacer pendant trois jours, c'était entièrement de sa faute.

L'Oméga, en général allongé entre les cuisses protectrices de Neuri, Archus ou Epsilon à ces moments-là, ne pouvait s'empêcher d'admirer l'homme à peau brune. Il avait aussi compris que ces quatre mâles en particulier l'avaient défendu, tant durant la nuit meurtrière de Greyback qu'ensuite. Plus personne ne le touchait de façon sexuelle, pas même l'Alpha. Ils faisaient comme si le moindre choc, la moindre blessure pouvait lui être fatale.

Ce que Draco ignorait, c'était que cela n'était pas totalement faux.

Au bout de deux semaines, Draco put marcher seul et se transformer. Mais il ne courrait toujours pas avec la meute durant leur chasse. Ils allaient au Nord, toujours au Nord. Draco ne savait pas si c'était parce que Fenrir avait flairé la piste des échappés, ou si c'était parce que Hannah avait finalement cédé à la torture et divulgué ce qu'elle savait.

Greyback avait fini par se calmer, même s'il était encore à fleur de peau. Ce jour, il avait décidé de séparer la meute en trois, le vent et la pluie ayant a priori brouillé les pistes. Il partit dans un sens, d'autres ailleurs, tandis que le troisième groupe restait au campement.

Draco avait peur.

Daniel n'était pas là. Compagnon-Loup craignait d'être loin du mâle. Pire encore, Barbatus était resté au campement et n'avait cessé de lui jeter des regards meurtriers. Draco s'était recroquevillé dans un coin, cherchant à se faire le plus petit possible. Peine perdue, le mâle finit par s'approcher de lui, profitant que les deux autres Loups-garous restés également au campement s'étaient un peu éloignés.

« Tu te caches, petite merde ? »

« Non, » souffla Draco, terrorisé.

« Oh, si, tu te caches, car tu as peur du grand méchant loup. Tu as raison, Oméga. »

Il l'attrapa par le cou, le soulevant du sol comme s'il ne pesait rien.

« À cause de toi, la meute se divise, Ralph s'est enfui et mon frère risque sa place. Tout ça c'est de ta faute. À toi et à ton petit cul qui a tourné la tête de notre Alpha ! »

« Je... je n'ai rien fait, » couina Draco qui se débattait tout en se mettant sur la pointe des pieds.

« Si, c'est de ta faute ! Toi et ton odeur douceâtre d'Oméga ! Tout ça parce que Greyback pense que ce qui sortira de ton ventre sera plus honorifique que s'il sortait de celui d'une louve ! Mais il se trompe ! Ton chiot ne sera jamais rien qu'une merde, tout comme toi ! »

Draco écarquilla les yeux, ne comprenant pas un mot de ce qui disait l'homme. Ou plutôt, ne voulant pas comprendre.

« Lâche-moi, Barbatus ! » gémit-il.

« De quel droit dis-tu mon nom ! » hurla l'homme en colère qui perdit tout contrôle.

Il jeta Draco par terre, le rouant de coup. L'adolescent se mit à crier, les mains sur la tête. Un coup de pieds le toucha au ventre, qui éclata d'une douleur atroce. Les coups s'arrêtèrent tandis qu'un loup gris se jetait sur Barbatus.

Draco se tordait sur le sol, gémissant. Est-ce que c'était Fenrir ? Fenrir était revenu et l'avait enfin protégé ? Des hurlements lupins résonnèrent de toutes parts. La meute appelait tous ses membres à l'aide. L'adolescent tenta de se redresser, afin de voir qui était le mâle au loin qui se battait toujours avec Barbatus.

Les yeux noyés par les larmes, Draco découvrit que ce n'était pas Fenrir mais Vircolac. Soudain il poussa un cri aigu alors que quelque chose se déchirait en lui.

« Oméga ! Ça va ? » s'exclama Neuri en accourant vers lui.

« Non, non, j'ai mal... Neuri... »

Draco tremblait, de peur, de douleur.

Il porta sa main sur son ventre, puis plus bas, entre ses jambes, alors que son pantalon devenait humide et poisseux. En la relevant devant ses yeux, il hurla en découvrant qu'elle était pleine de sang.

« Merde, merde ! » cria Neuri.

« Oh non, non ! » hurlait Draco.

Tout ce qu'il avait voulu enterrer, ignorer, rejeter avec force lui revenait en pleine figure. Impossible de continuer à se voiler la face, d'autant que Compagnon-Loup, lui, hurlait à la mort dans son esprit. Parce que c'était la mort qui s'écoulait entre ses cuisses. La mort du louveteau qu'il portait en son sein.

Draco ne sut pas combien de temps se passa entre le moment où Vircolac avait sauté à la gorge de Barbatus, et celui où la meute entière arriva au campement. Il tremblait, grelottait, dans les bras de Neuri. Il avait le sentiment d'être pris de fièvre et de délirer.

Epsilon fut à ses côtés, ainsi que Daniel. Pas Fenrir.

Les deux mâles autoproclamés guérisseurs par la meute lui arrachèrent ses haillons, le palpèrent, puis Epsilon lui jeta un sort de sa baguette.

« C'est fini, » déclara-t-il rapidement à Daniel. Ce dernier ne put cacher au Werwulf brun un discret sourire de satisfaction en réponse.

Ce fut à ce moment-là que Fenrir apparut dans le champs de vision de l'Oméga qui tendit une main vers son Alpha, le père de son enfant.

« Tu es sûr ? » demanda Greyback en ignorant totalement le garçon.

« Oui, Alpha. Le bébé est mort. L'Oméga fait une fausse couche. C'était sans aucun doute le coup de trop. »

« Alpha, » pleura Draco.

L'homme lui jeta un bref regard, les poings serrés.

« Alpha, » recommença Draco, la main levée.

Mais le mâle se détourna de lui et s'en fut loin de sa vue.

« Non ! Non ! Me laisse pas ! Alpha ! » cria Draco en pleurs.

Compagnon-Loup ne pouvait pas croire à cette ultime trahison, cet abandon total alors qu'il perdait leur louveteau.

Des bras le saisirent, Neuri se décala, laissant la place à Daniel qui le plaqua dos contre son torse. Neuri lui souleva une jambe, Archus l'autre, alors qu'Epsilon se plaçait entre les cuisses ouvertes et ensanglantées.

« Vas-y, Eps', fais ce que tu dois faire pour sauver la vie de l'Oméga. »

« Je ne sais pas si je vais pouvoir, Daniel, il fait une hémorragie... » fit Epsilon en déglutissant.

« Fais de ton mieux, j'ai confiance en toi. »

« Daniel, » sanglota Draco. « Me laisse pas, je t'en supplie. Me laisse pas ou tue-moi. Pourquoi vous ne voulez pas me tuer ? »

« Je ne te laisserai pas et je ne te tuerai pas. Parce que nous te voulons vivant, Oméga. Je te veux vivant, » répondit l'homme en plaçant sa main sur le front du gamin, calant ainsi la tête blonde contre sa clavicule.

Puis Draco recommença à hurler alors que des spasmes douloureux envahissaient son ventre et que ce qui était en lui sortait de ses entrailles. Epsilon s'affairait sur lui, jouant de sa baguette tandis que Neuri et Archus maintenaient ses jambes ouvertes et que Daniel lui parlait à l'oreille, l'encourageait.

Enfin, le calvaire prit fin, Epsilon banda ses fesses, ses cuisses, Neuri et Archus le lâchèrent. Draco pleurait sans bruit, sans cri. Il pleurait sans trop savoir pourquoi il pleurait. La mort de son enfant, dont il ignorait l'existence ? L'absence de l'Alpha à ses côtés ? La mort de Hannah ? De Morag ? Il pleurait sur sa vie, sur sa douleur, sur ce qu'il était et ne serait plus jamais.

Daniel le porta, l'allongea sur une couverture près du feu de camp et en posa une autre sur son corps maigre. Draco n'ouvrit pas les yeux, écoutant le silence autour de lui. Les autres ne parlaient pas, même s'il pouvait sentir leur présence. Y compris celle de Fenrir.

« Comment va-t-il ? » voulut justement savoir l'Alpha, s'adressant à Epsilon.

« Pas bien. J'ai pu nettoyer la poche monoïquale et arrêter l'hémorragie. Mais il est très faible et choqué. Il faudra bien le nourrir. Je m'occuperai des soins avec Daniel. Il a aussi besoin de repos. »

Greyback grogna, mécontent.

« La meute devra repartir demain. Est-ce qu'il sera capable de tenir ? »

« Non, » répliqua froidement Epsilon.

L'Alpha s'avança vers le garçon qui, en sentant l'odeur du mâle, se mit à geindre doucement.

« Putain... nous venions de retrouver une piste. »

« À toi de voir ta priorité, Fenrir. Ta vengeance ou ta descendance ? » lança Daniel tout aussi froidement.

« En parlant de ça, pourra-t-il de nouveau porter un enfant ? » demanda Fenrir.

Un silence s'installa, Epsilon jeta un rapide coup d'œil à Daniel avant de répondre.

« Oui, si sa guérison se fait dans de bonnes conditions. »

Une larme coula sur la joue creuse de Draco. Epsilon venait à l'instant de lui sauver la vie, il le savait. Mais en voulait-il encore ?

« Et quand pourrais-je de nouveau le féconder ? »

Une nouvelle fois, Epsilon prit son temps avant de répondre. Daniel se tendit. Pour la première fois, Draco se demanda comment Fenrir faisait pour ne pas se rendre compte que les deux mâles étaient répugnés par ce qu'il disait, faisait et qu'ils s'étaient ligués contre lui. Contre Fenrir ou pour lui, Draco ? L'adolescent ne savait pas.

« Je ne sais pas, Alpha. Tout dépendra de sa guérison, là aussi. »

Fenrir se baissa plus encore, prit le visage du garçon dans ses mains.

« Regarde-moi, Oméga... J'ai dit, regarde-moi, Oméga. »

« Il est trop faible, » intervint Daniel.

« J'ai besoin de savoir ce qui s'est passé, » gronda l'homme.

« Je te l'ai dit. Neuri et moi on était parti chercher du bois quand les cris du garçon nous ont alertés. Barbatus le frappait en lui donnant des coups de pieds, » intervint Vircolac.

« Oméga, regarde-moi, » reprit Fenrir.

Draco frissonna. Il n'avait pas envie de répondre. L'homme était son Alpha, certes, mais il ne voulait pas. Malgré tout, peu à peu, ses paupières papillonnèrent et ses perles grises apparurent.

« Bien, chiot. As-tu provoqué Barbatus ? Que lui as-tu dis ? »

Draco se rendit compte que les hommes attendaient ses réponses, dans le même silence de plomb dans lequel ils étaient plongés depuis le début. Il sentit aussi toute la désapprobation de la meute autour de lui, dirigée non pas contre sa personne mais contre celles de l'Alpha et des deux absents autour du feu : Barbatus et son frère. Leur odeur n'était pas présente parmi eux. Où étaient-ils ?

L'enfant avala péniblement sa salive, puisant dans ses dernières forces pour répondre.

« Rien fait, Alpha... J'avais... peur... »

« Peur de Barbatus ? »

Draco hocha la tête.

« Pourquoi ? »

« Me hait, » souffla l'enfant épuisé avant de fermer de nouveau les yeux.

Fenrir lâcha la tête blonde qui retomba lourdement sur la couverture. Il se redressa, toisa sa meute.

« J'avais prévenu qu'il ne fallait plus toucher au gosse. Barbatus en payera le prix. Ou vous aurez un nouvel Alpha cette nuit, ou il mourra. »

Puis l'homme se dirigea plus loin, vers un arbre où une forme était ligotée avec une autre à ses côtés. Barbatus fut délivré, les mâles entourèrent les combattants qui se transformèrent en loup sous les cris et les sifflets.

Draco entendait tout cela de loin, sans rien voir, la tête dans du coton. Il était toujours dans les bras de Daniel allongé à ses côtés. Le garçon se retourna, frotta son nez dans le cou du mâle. Il reconnut l'odeur de Daniel, bien sûr, mais elle avait encore changé, prenant le parfum du Bêta de la meute.

« Bêta... » chuchota-t-il, la voix cassée.

« Oui, » répondit Daniel en passant sa main dans les cheveux sales. « Ne t'inquiète pas, Oméga. J'ai promis de prendre soin de toi, je le ferai. Si notre Alpha sort vainqueur, ce dont je ne doute pas, à part Fenrir, les autres mâles ne te toucheront plus jamais. Si la chance sourit à Barbatus et que la meute hérite d'un nouvel Alpha... alors il ne le restera pas longtemps, la meute éclatera, » gronda l'homme.

Compagnon-Loup émit une douce plainte, qui sortit de la gorge du garçon. Daniel était un bon mâle, décida-t-il, en tout cas, c'était l'un des moins mauvais de la meute. Il ferait sans doute un compagnon acceptable. Draco se pelotonna encore plus contre lui, acceptant les caresses que lui prodiguait l'homme. Elles faisaient du bien à son cœur et à son corps blessés, rassuraient sa partie lupine si faible et fragile.

... ... ...

À suivre

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NDA : Non, ce n'est pas une blague, cette fiction est bien finie à l'écriture et elle fait bien 45 chapitres. Du coup, certains m'ont demandé de poster plus vite. Si je pouvais je posterais tous les jours. Sauf que je ne peux pas. Je n'y arriverais jamais ne serait-ce parce que je relie chaque chapitre X fois, qu'ils sont corrigés 2 fois par Nanola et que ce rythme nous mettrait sur les rotules. Je m'en excuse, vraiment, mais je veux aussi garder un certain plaisir à poster ces chapitres, ne pas en être dégoûtée en tenant un rythme impossible.

En attendant le prochain chapitre (avec la délivrance de Draco !) je vous remercie du fond du cœur, chers lecteurs, de votre soutien, vos encouragements et aussi de votre impatience qui témoigne de votre envie d'en savoir plus sur mes modestes écris. Ça me touche. Merci :)