Amis du soir bonsoir!

Je poste ce chapitre-ci un peu en catastrophe et les yeux à moitié fermés, mais je le poste! J'espère donc que sa lecture vous plaira. Je suis désolée mais ce chapitre-ci, les RAR devront attendre un peu car se profilent devant moi deux grosses semaines, mais je vais essayer de les faire le plus rapidement possible. Je tiens à remercier Selminia, qui vient de découvrir l'histoire, Melody, Mystical, Idiote et Gaef qui suivent et review à chaque chapitre, ainsi que les quelques personnes qui m'ont ajoutée en favoris. Vos reviews m'ont bien motivée ce chapitre puisque j'ai enfin réussi à écrire le début du chapitre 16 après deux mois de blocage total. Alors un grand merci à vous tous.

J'aimerai vous donner une petite information, tant pour moi quand je lis vos reviews que pour vous: l'identité du Garçon Mystère n'est pas, à mes yeux, le plus important. Cherchez plutôt le pourquoi du comment, pourquoi Luth lui plait, par exemple, examinez les personnages et non pas l'inconnu et vous trouverez bien plus facilement. Dans cette histoire, tout a une explication logique, même si elle est tordue. L'énigme du Garçon Mystère fait partie des plus simples ;)

Enfin, je me permets un petit hors sujet car le forum que Madelline, Damedecoeur et moi avons créé ouvre ses portes. Je vous invite donc à nous rejoindre sur Aresto Momentum, forum de Jeu de Rôle dans l'univers de notre sorcier à lunette préféré!

Je ne vous garantis pas de chapitre pour la semaine prochaine car (j'ai honte) je viens de m'apercevoir que j'ai oublié de corriger une grosse partie de ce chapitre, mais ce sera au pire pour la semaine d'après. Après ce long discours, je vous laisse au plaisir de la lecture et espère vous retrouver dans les commentaires!


Chapitre 11 : … puis appliquez

Tu as gagné, ma fille, vous rentrez tous les deux. Mais le ton sur lequel tu nous écris est inacceptable, aussi sensés que soient tes arguments. Toute majeure que tu sois, nous restons tes parents. Tu as intérêt à nous présenter une défense aussi solide que les murs de l'école.

Ta mère.

- Wow, siffle Keith en découvrant les quelques lignes. Qu'est-ce que t'as bien pu dire pour la mettre dans cet état ?

- Juste la vérité, je grimace.

- Ah ?

Je hausse les épaules, n'ayant pas franchement envie de confier à mon petit frère que je le considérais encore comme incapable de se défendre.

- Ben quoique ce soit, je m'entraînerais au charme du Bouclier, à ta place.

- Et à la tienne, je m'entraînerais au charme d'Insonorisation !

Il sourit.

- T'es suicidaire, mais franchement t'es super !

- Je suis une Gryffondor, prête à me sacrifier pour une idée, je rétorque en lui donnant un coup de coude.

- En parlant de sacrifice…

Il affiche un air gêné.

- Euh… je voulais m'excuser pour l'autre jour.

- Quel jour ?

- Bah… tu sais, avec Sirius…

Ah, ce jour ! Ce jour maudit qui vit mourir ma tranquillité, le jour où j'aurais dû laisser Sirius souffrir tout seul dans ce vieux couloir sombre et m'enfuir vivre mon idylle avec Remus. Comment ai-je pu oublier ?

- Je voulais dire… enfin, pour Judith, faut pas lui en vouloir. Elle est un peu… euh… curieuse ! Mais elle te veut pas de mal !

- Un peu curieuse ? Une vraie fouineuse, tu veux dire ! J'espère au moins que tu lui as dit de fermer son clapet.

- J'ai essayé…

Il soupire, pas convaincu du résultat.

- Je prends note. Si elle ne tient pas sa langue, j'irai lui en parler directement au lieu de t'incendier !

Mon frère pâlit.

- Euh… J'sais pas quelle option je préfère !

- Je te jure que je ne serai pas méchante. Sinon, je lui enverrai Sirius, puisqu'elle a l'air de tant l'apprécier !

Je lui donne une dernière bourrade et m'éloigne sur ces mots.

oOoOo

J'esquive un sortilège du Jambencoton presque sans m'en apercevoir. Encore un peu et je dirais que je suis blasée par l'habitude. Quand je parlais de la mort de ma tranquillité, je n'exagérais pas. Depuis que Sirius est sorti de l'infirmerie, les Serpentards s'en prennent plein la figure. Et comme les Serpentards ne sont pas du genre à se laisser faire, ils répliquent. Et comme ils répliquent… je vous laisse deviner ce que ça donne.

J'ai du mal à comprendre pourquoi les garçons s'acharnent tellement pour une simple vengeance. Comme me l'a si bien fait remarquer James, la vengeance était logique et attendue. Qu'elle soit de mauvais goût n'a rien de surprenant, c'est une vengeance de Serpentard. Ils n'allaient quand même pas essayer de m'envoyer au pays des Bisounours. Donc, je repose la question : pourquoi les garçons prennent-ils ça comme une insulte personnelle ? Quand j'ai demandé à Remus, il a haussé les épaules avec fatalisme. Et quand j'ai demandé à Sirius, il a répondu qu'il « fallait pas pousser ». Mais encore ?

Enfin, cet échange sans fin d'amabilités et de sortilèges ne me dérangerait pas plus qu'à l'accoutumée si je n'étais pas une cible. Bon sang, d'accord, ces fichus apprentis Mangemorts ont raté leur coup, mais moi je ne me venge pas à nouveau ! J'aurais volontiers envoyé moi-même Bellatrix à l'infirmerie hier, mais c'est James qui l'a fait. Pourtant, c'est moi qui me suis retrouvée avec un sac plein de vipères. Faudra qu'on m'explique.

- Désolé, Luth, c'est qu'ils ont une sale manie de s'attaquer aux plus faibles, m'a dit James quand il s'est aperçu de la chose.

Je l'ai foudroyé du regard.

- Enfin, euh… je voulais dire… rectifie-t-il rapidement.

A mes côtés, Lily étouffe un gloussement devant son malaise.

- On va dire que j'ai compris, je soupire, fataliste. Alors, monsieur l'être supérieur, si vous pouviez faire disparaître ça, j'accepterais peut-être d'oublier cet affront.

oOoOo

Je me réfugie dans la salle commune tôt le soir, tant pour être à l'abri que pour m'attaquer à la pile exponentielle de devoirs qui m'attend. Je m'installe à côté de Lily qui lit un livre au coin du feu. Ann est partie avec Phillip. Je ne sais pas où est passée Mary. En revanche, je mettrais ma main à couper que Mandy est encore à courir après Sirius. Si ce dernier daignait ouvrir les yeux et lui déclarer un amour éternel et sincère, il nous rendrait un fameux service. Non seulement Mademoiselle arrêterait enfin de pleurnicher en permanence, mais elle serait aussi plus aimable avec moi. Combien de fois vais-je devoir lui répéter que je ne suis pas responsable des rumeurs qui courent sur nous ?

Parce qu'au fil des jours, je suis de plus en plus encline à penser que Judith Carmichael est incapable de tenir sa langue. J'ai surpris des regards sur ma petite personne dans les couloirs, des regards curieux ou indignés. J'ai bien vu qu'on surveille le moindre de mes gestes dès que je m'approche de Sirius. C'est fatigant. Je me demande ce que savent les gens de cette histoire ? Judith est-elle allée cafarder ou est-ce un simple regain d'intérêt pour lui dû à son passage à l'infirmerie ? Je ne sais pas et je n'ai pas envie de savoir. Mais ça m'énerve quand même. Je trouve très désagréable de me faire traiter de « greluche » par une cinquième année maquillée comme un chaudron volé.

J'en suis là dans mes réflexions, ayant énormément avancé mon devoir d'Arithmancie, lorsque les garçons débarquent bruyamment dans la salle commune. Et paf ! Dans le mile : Mandy est avec eux. Ils doivent en avoir marre, les pauvres.

- Mandy ! appelle Lily en faisant signe à sa meilleure amie. Je me demandais où tu étais passée !

- J'étais avec les garçons, répond l'intéressée avec une fausse nonchalance. On parlait Quidditch.

- Ca, c'est de la conversation.

Hum, pas très diplomate, ma remarque. Mais tant pis, elle n'est pas gentille, je ne vais pas l'être non plus.

- C'est plus abordable que… (James se tord par-dessus mon épaule pour lire mon devoir) les schémas arithmantiques de calcul des charmes protecteurs.

- Et c'est aussi moins utile.

Non mais.

- Dix partout, Souafle au centre ! s'exclame Sirius en se jetant sur le canapé entre Lily et moi.

Quelle délicatesse… Enfin. Mandy veut se faire une place, mais je l'envoie balader. Et, en bonne fille méchante, je tire Sirius vers moi pour permettre à James de s'asseoir à côté de notre préfète préférée.

- Qu'est-ce que tu lis ? demande celui-ci très naturellement.

Avec un sourire, elle lève son livre et nous montre le titre : « Le vol du dragon* ». Je profite qu'elle ait les yeux levés pour lui adresser un regard entendu. Elle va perdre ! Elle m'ignore royalement pour répondre à James qui demande ce que c'est.

- Un livre moldu.

- Les moldus connaissent les dragons ?

- Non, c'est de la science-fiction.

- C'est quoi la science-fiction ? questionne Sirius avec un froncement de sourcil.

- Toi et moi, par exemple, je réponds du tac au tac.

Je suis très fière de ma répartie, mais personne ne semble comprendre – sauf Lily qui lève les yeux au ciel.

- Quelque chose qui n'existe pas et n'existera jamais, je précise.

- C'est méchant, ça ! s'exclame mon voisin, vexé.

- Et faux, en plus, renchérit Lily.

Je vais la jeter du haut de la tour d'Astronomie. Elle me fait les gros yeux et développe :

- La science-fiction est un genre qui raconte un futur possible.

- Ah, je préfère déjà ça !

Intervention très utile d'un Sirius hilare. Tandis qu'il argue que c'est même plus que possible grâce à son charme légendaire auquel aucune fille ne résiste, je ne peux m'empêcher de jeter un coup d'œil à Mandy pour voir comment elle prend la chose. Elle est un peu verte. Un peu. Bien fait. Au moins, elle ne pourra pas dire que je ne mets pas de la bonne volonté à démentir les rumeurs. C'est lui qui les confirme ! Le neurone de la groupie proteste : « Mais s'il les confirme, y'a pas un problème ? Ca veut dire que Lily a raison ! ». Ah non, hein, il ne va pas s'y mettre aussi !

oOoOo

Le lendemain, c'est une Ann très sérieuse qui s'installe à côté de moi à la fin du repas.

- Je n'aime vraiment pas quand on me cache des choses, tu le sais ça ?

Je la regarde, assise à califourchon sur son banc. Ma cuiller revient lentement dans mon yaourt.

- Euh… oui, pourquoi ?

- Alors si tu le sais, pourquoi tu le fais ?

Je fronce les sourcils, ne comprenant pas à quoi elle fait référence. Je lui fais part de mon ignorance, mais elle ne répond pas. Surprise, je scrute son visage. Ses yeux, surtout. Ils pétillent. Elle plaisante ! Ouf ! Bon, elle plaisante à moitié. Sinon elle aurait déjà éclaté de rire. Voyons… qu'est-ce qui peut la faire rire, mais pas trop ? Décidément, je ne vois pas. Je lève un sourcil interrogateur.

- Tu pourrais être plus explicite ?

Grand soupir mélodramatique.

- Tu n'aurais pas, par le plus grand des hasards, omis un petit détail en nous racontant ta grande aventure de l'autre jour ? Tu sais, celle qui a manqué de transformer notre pauvre Sirius en Fléreur ?

Je lève mon deuxième sourcil interrogateur.

- Ben non, je vous ai tout dit, pourquoi ?

- Tu es sûre ?

- Ben oui…

- Vraiment ?

Perplexe, je me repasse mentalement la séquence dans ma tête. Oh… En effet, j'ai « oublié » un détail. Qu'Ann ignore que Remus m'a plaquée contre un mur était vital. Qu'elle l'ait appris est donc mortel. Mais…

- Comment tu sais ça ?

Elle rit et j'ai immédiatement la réponse à ma question : Judith ! Je vais tuer cette gamine, je vais l'étrangler avec ses petites tresses dorées !

- La rumeur, tu sais… Enfin, peu importe.

- Ah, si, ça importe ! Je veux savoir ce que la rumeur dit à mon sujet !

Ann inspire puis regarde autour de nous. Les garçons ne sont pas loin, ainsi que d'autres oreilles indiscrètes.

- On en parle plus tard, d'accord ? Viens me chercher tout à l'heure après le cours d'Astronomie, en bas de la tour.

Elle se lève et attrape son sac, cherchant déjà son amoureux dans la foule.

- Et ne tue personne dans l'intervalle !

Ca va être difficile.

oOoOo

- Alors ? je lance à Ann dès qu'elle pose le pied sur la dernière marche de l'escalier.

- Pas une seconde de répit, hein ?

En temps normal, je lui répondrais qu'avec elle, j'ai de l'entraînement. Mais nous sommes en situation critique : j'ai besoin de savoir ce qu'elle a entendu, par qui, où, quand et comment ! Parce que pour que ce genre de détail ait filtré, il faut vraiment que Judith ait tout raconté à tout le monde ! Bon, en même temps, c'est vrai que si je ne m'étais pas retrouvée collée entre Remus et le mur, la situation n'aurait eu aucun intérêt pour les commères de Poudlard. Je presse Ann de me répondre.

- Eh bien figure-toi que Phillip est venu me trouver, scandalisé que je puisse être amie avec une fille comme toi.

- Ca, c'est pas nouveau…

Regard noir, excuse rapide, suite du récit.

- Sa source est le grand frère de la petite Carmichael…

- On peut donc dire qu'il a des informations de première main, je grogne, me demandant ce qu'elle a pu inventer.

- Ca, c'est à toi de me le dire. J'avoue que je serais très désappointée si tu me confirmais que tu trompes Sirius avec Remus et que c'est « à cause » ou « pour » toi qu'ils se sont battus dans le couloir l'autre jour…

Ah ouais. Quand même. Je crois que c'est le moment où je suis censée me taper la tête contre les murs. Que répondre à ça ? Même le neurone de la groupie en furie est estomaqué, c'est dire.

- Euh… Ils m'ont pris pour une princesse Disney ou quoi ?

- C'est quoi une princesse Dix Nez ?

- Un truc que ma mère me faisait regarder quand j'étais petite.

Et que visiblement Judith regarde trop. Bon, essayons d'être plus sérieuse. Je fais quoi, moi, maintenant ? Je la crucifie sur la porte de la Grande Salle avec marqué « voilà ce qui arrive à ceux qui embêtent Luth Selwyn » ? Mouais, voir ça avant de manger, c'est pas top.

Ann semble comprendre mon problème. Elle me tapote l'épaule avec un grand sourire optimiste :

- Voyons, Luth, ne sois pas si déprimée. Ce qu'il faut faire, c'est tirer parti de cette rumeur.

En tirer parti ? Je ne vois pas comment et lui fais part de mon pessimisme.

- Eh bien avant tu n'étais pas contente parce que les gens disaient que tu sortais avec Sirius. Maintenant, au moins, ils ne sauront plus quoi penser et tu auras l'excuse rêvée pour te rapprocher de lui !

Sa phrase résonne dans le couloir vide, comme autant de fois dans ma tête. Je ne comprends toujours pas où elle veut en venir.

- Qu'est-ce que tu peux être bête quand tu t'y mets ! Voyons, si tu changes un peu de comportement avec lui, il va se dire que c'est normal parce que tu es gênée par cette rumeur !

- C'est du grand n'importe quoi ! C'est plutôt ce que toi tu penserais si ça t'arrivait, mais je te rappelle que c'est un garçon, donc qu'il ne poussera certainement pas la réflexion aussi loin !

Soudain, un bruit résonne dans le couloir. Ding. Dong. Ding…

- Oh, il faut qu'on se dépêche, murmure Ann, oubliant son rôle de marieuse. On va dépasser le couvre-feu !

Je profite de l'occasion pour changer de sujet :

- Ose me dire que ça te dérange !

Mon sourire entendu ne laisse pas place au doute. Ann rougit et moi, je ris, bêtement heureuse de l'avoir piégée à mon tour. Non, mais c'est qu'il n'y a pas qu'elle qui a le droit de jouer au gendarme avec la vie amoureuse des autres ! Elle ne croyait quand même pas que je m'étais endormie à l'heure des poules ? Que je n'avais pas remarqué qu'elle avait mis un temps extrêmement long pour rentrer de son cours d'Astronomie de mercredi dernier ?

- Allez, ne fais pas cette tête, je m'exclame en lui donnant un coup d'épaule. J'espère seulement que le jeu en valait la chandelle !

Ma meilleure amie retrouve tout de suite sa langue :

- Bien sûr ! Phillip est un garçon… Elle termine sa phrase par un soupir lascif.

Hum, je ne suis pas sûre de vouloir les détails. Pas franchement envie d'imaginer Ann et Phillip Bell… Beurk ! Comment ça, je fais preuve d'une mauvaise foi impressionnante ? Le neurone de la groupie n'est carrément pas content. Le voilà qui me fait la morale, disant que si je ne veux pas entendre parler de Bell, c'est parce que je n'ai pas de petit ami. Non mais et puis quoi encore ? C'est simplement que je ne peux pas encadrer ce gars. Pas ma faute.

- Enfin, reprend Ann sans se soucier du débat interne auquel est soumis mon cerveau, je te fais grâce des détails…

Ah, je ne savais pas qu'elle était Légilimens. En tout cas, ça me facilite bien la vie.

- … Je ne voudrais pas te rendre jalouse !

« Et pan ! » jubile le neurone de la groupie en furie. « Même Ann le dit ! ». Je manque de m'étrangler. C'est un complot, un complot, je vous dis ! Je vais ruser pour m'en sortir vivante. J'adopte un air dégagé et innocent (pas trop, ça paraitrait suspect) avant de répondre :

- Aucun risque ! Tu sais, les beaux gosses, moi, ça me fait fuir !

Et les deux traîtres de partir d'un fou rire incontrôlable que je ne comprends pas. Le neurone enquiquinant (Merlin que ce nom lui va bien) m'explique : « C'est pas bien de mentir ! ». Je ne mens pas ! Remus n'est pas ce qu'on appelle un « beau gosse » que je sache ! « Certes, concède le neurone. C'est pour ça que tu aimes lui faire croire qu'il a la moitié des filles de Poudlard à ses pieds ! » C'est pour lui donner confiance en lui, voyons ! Le pauvre, il doit être complexé, à toujours être dans l'ombre de Sirius (et James). D'ailleurs, ça se voit, il reste toujours un peu derrière eux, il parle moins fort (« tu veux dire qu'il ne hurle pas ») et il évite de se faire remarquer. Il doit se prendre pour quelqu'un d'insignifiant. « Et pourquoi tu ne fais pas la même chose avec Peter, hein ? » Fort heureusement, Ann parvient à reprendre son souffle à ce moment-là, m'épargnant l'exercice difficile de trouver une réponse acceptable.

Décoiffée et rouge de rire, elle me regarde, narquoise :

- C'est fou ce que Mary a raison : tu te vantes d'être une fine psychologue (ce qui n'est pas faux), mais parfois un Magyar à pointes te passerait devant le nez que tu ne t'en apercevrais pas !

- Qu'est-ce que ça signifie?

Je ne vois aucun lien avec ce que je viens de dire (à voix haute, j'entends). Qu'est-ce qui me passe sous le nez ? Ou plutôt qui ? Y'a un beau gosse que je suis censée avoir remarqué ? Mais la voilà qui rit à nouveau en me faisant signe d'oublier son affirmation. J'en ai marre des gens qui ne disent les choses qu'à moitié ! C'est de la torture pure et simple !

Nous restons un moment silencieuses, nous hâtant vers la tour de Gryffondor. Quand Ann parvient de nouveau à ne plus rigoler toute seule, elle revient à l'attaque :

- Il n'empêche que si tu étais un peu plus entreprenante, tu ne serais pas là à te lamenter !

Je pousse un soupir à fendre l'âme. Elle n'abandonnera donc jamais ?

- Enfin, Luth, elle continue, insensible à mon exaspération, je t'ai connue moins timide et réservée ! On dirait une première année qui découvre que les garçons existent !

Hé, elle va me vexer !

- Mais c'est parce que ce n'est pas le genre de gars que je vais arriver à approcher en lui faisant du rentre-dedans ! Il faut y aller en douceur !

- A trop y aller en douceur, tu vas finir par ne plus avancer. En fait, je dirais même que tu recules. Bouge-toi un peu, voyons !

- Mais tout le monde me met des bâtons dans les roues ! Entre les rumeurs, son caractère sauvage et ses trois copains qui le collent tout le temps, il est presque difficile à approcher !

- Luth, dit Ann doctement, si tu es si désespérée, baisse les bras et cherche ailleurs ! Ce n'est pas le seul garçon sur cette terre !

Quoi, abandonner ? Et puis quoi encore !

- Hors de question ! Non mais tu m'imagines avec…

- Peter ?

Même pas en rêve. Le regard que je lui adresse suffit à comprendre mes pensées.

- James ?

- Non seulement je me taperais la tête contre les murs au bout de dix minutes, mais en plus je me mettrais Lily à dos.

- Sirius ?

- Pitié ! je crie presque. Il…

- Je sais, il bouge trop, il prend trop de place, il parle tout le temps ! Et tu n'es pas une groupie. Fabian, alors ?

- Hm… trop jeune ?

- Ca, c'est de l'argument. Peut-être qu'il te plait ?

- L'idée ne m'ayant jamais effleurée, j'en doute fortement.

Elle grommelle quelque chose que je ne comprends pas. Ce que je comprends, en revanche, c'est qu'elle va revenir à la charge :

- Ecoute, c'est un bon copain, d'accord ? Quelqu'un que je croise tous les jours, que je suis obligée de croiser tous les jours, avec qui j'aime parler et partager. Et je n'ai pas envie qu'à cause de ma bêtise, je ne puisse plus le regarder en face.

- Hé, je suis sortie avec Sirius et ça n'a pas entaché nos rapports ! C'est même qu'on s'entendrait mieux depuis !

- Mais vous avez rompu d'un commun accord, c'est différent ! Si Remus ne partage pas mes sentiments…

- Tu ne vivras jamais rien si tu ne prends aucun risque, Luth, professe mon amie d'un ton doctoral. De toute manière, il ne reste qu'une année ! Après, tu ne le verras plus et tu le regretteras toute ta vie !

- Fort bien dit, Miss, fait soudain une voix masculine derrière nous.

Après un sursaut de frayeur, nous nous retrouvons face à Nick Quasi-Sans-Tête qui nous fixe d'un air bienveillant.

- Vous nous avez fait peur ! je lui reproche vertement.

J'espère qu'il n'a pas entendu grand-chose de notre conversation. Etant donné qu'il a encore la moitié du corps dans le mur, mes espérances sont peut-être fondées.

- Ce n'était pas mon intention, croyez-moi. Je passais simplement. Je ne peux que vous conseiller de rentrer, j'ai aperçu Miss Teigne à deux couloirs d'ici.

Nous le remercions rapidement et courons presque jusqu'à la salle commune. L'information nous a donné des ailes. Ann donne vite le mot de passe à la Grosse Dame et nous nous laissons tomber, essoufflées, sur les canapés près du feu.

- Je déteste quand ils font ça, dis-je. Ce n'est pas parce qu'ils sont morts qu'ils doivent s'employer à nous faire avoir une attaque!

Ann se moque:

- Alors, courageuse mais pas téméraire, hein? Les Gryffondors ne sont plus ce qu'ils étaient...

Je lui lance un coussin à la figure.

oOoOo

A cette heure, la salle commune est presque vide. J'aperçois les filles de notre dortoir assises à une table, sûrement en train de bûcher. Mary nous adresse un signe de la main.

- Eh, regarde, Mary est assise à côté de Lily et elles ne se tapent pas dessus ! On n'arrête pas le progrès !

- Et après c'est moi qu'on traite de commère, raille Ann, presque vexée.

- Ce n'est pas du commérage, c'est de l'information. Quand on voit qu'elle accepte d'être à côté de Mary et de parler correctement à James, on est forcé de remarquer que Lily est beaucoup plus sociable cette année.

- Lily a toujours été sociable.

- C'est vrai, c'est plutôt Mary qui ne l'est pas. Quant à James…

- Parle moins fort, souffle mon amie. Il arrive !

Je me retourne discrètement (ou pas) vers l'entrée de la salle commune. Les quatre garçons viennent en effet d'entrer. Dire qu'ils marchent rapidement est un euphémisme, c'est tout juste s'ils ne courent pas. Sirius et Remus, en tête, discutent à grand renfort de gestes et les deux autres peinent à les suivre.

Arrivé au milieu de la salle commune, Sirius se retourne brusquement vers Remus et… je crois bien qu'il vient d'essayer de lui mettre un coup de poing.

- Oh la vache ! murmure Ann dans un langage qui ne lui ressemble pas.

James se précipite vers Sirius et le tire en arrière. Le ton monte on peut même entendre ce qu'ils se disent :

- Mais t'es complètement fou, Patmol ! Remus n'a rien fait !

Black se dégage violemment en criant « faux frère ! » à l'adresse de James et file à toute vitesse vers son dortoir. Je crois même l'entendre crier quelque chose comme « mais qu'est-ce que vous avez tous contre moi » avant qu'il disparaisse. Je le suis du regard, estomaquée par son comportement, puis reviens aux autres garçons.

Remus se passe une main fatiguée sur le visage, James est complètement paralysé de stupeur et Peter parle à toute vitesse. J'observe le premier, constatant un changement rapide de sa physionomie : ses traits se durcissent, il redresse les épaules et après avoir murmuré quelque chose à ses amis, se dirige à son tour vers les escaliers. Potter le suit prestement.

Seul Peter reste. J'échange un regard avec Ann et nous nous approchons de lui d'un même mouvement. Les filles, de l'autre côté de la salle, le fixent avec intensité. Nous voyant approcher, il blêmit, fait un signe d'ignorance des épaules et fuit à son tour vers son dortoir. Les filles et moi échangeons un regard éloquent. Elles ramassent leurs affaires. Je sens que les commérages vont aller bon train…

oOoOo

Qu'est-ce que je disais ? Voici à peine vingt minutes que nous sommes réunies en formation « conseil de guerre » dans notre dortoir. Nous nous sommes changées en un temps record et discutons maintenant de la scène à laquelle nous avons assisté.

- Remus m'a presque fait peur quand il est parti vers le dortoir, nous confie Lily. Je ne l'avais jamais vu avec des traits aussi durs, il avait l'air furieux !

- Y'a de quoi, je commente. Je n'aurais pas apprécié qu'un de mes meilleurs amis essaye de m'allonger devant toute la salle commune !

- Elle était presque vide !

Ca, c'est Mandy qui monte immédiatement au créneau pour défendre son âme sœur. Ne voulant pas déclencher la polémique, je me contente de hausser les épaules. Lily et Mary ayant décidé de ne pas se prendre le bec, je ne déclencherai moi non plus aucune hostilité.

- En tout cas, je n'ai vu Remus dans cet état qu'une seule fois, remarque Ann en saisissant sa brosse à cheveux.

Elle est assise en tailleur sur mon lit à mes côtés, bien que je sois dans une posture bien moins élégante, affalée sur le ventre en travers. La tête dans les mains, j'essaye vaguement de lire à l'envers le magazine de Mary, qui elle est par terre, adossée au mur entre mon lit et celui de Lily.

- C'était en cinquième année, je crois. Vous savez, quand ils ne se sont pas parlé pendant plusieurs semaines !

- C'était horrible, comme ambiance, grimace Mary qui écoute malgré tout ce que nous disons. Les approcher relevait du suicide, il n'y a que Peter qui nous adressait la parole.

- Je crois bien que l'école n'avait pas été aussi calme depuis leur entrée à Poudlard, acquiesce Lily.

Je me dis mentalement que c'est quand même fou que nous nous souvenions de toutes leurs disputes. Je suis sûre qu'eux ont oublié chacune des nôtres ! Bon, il faut avouer que les garçons ne se disputent pas souvent. Et quand c'est le cas… ça se voit. Disons qu'ils ont une manière très… hum, virile de régler le problème. Un jour il faudra qu'on m'explique cette étrange capacité qu'ils ont à se mettre des coups de poing pour se taper dans le dos la seconde d'après.

- Mais lors de cette dispute, intervient Ann, la mémoire de notre groupe, c'était Remus qui était furieux contre Sirius. Là j'ai l'impression que c'est plutôt le contraire.

- C'est parce que tu ne les as pas vus de près ! grogne Mandy. Comme dit Lily, Monsieur le grand et calme préfet était effrayant.

- Mais c'est Sirius qui a essayé de lui mettre une droite !

- Tu as déjà vu Remus essayer de frapper quelqu'un ? se moque Lily.

- Non, c'est vrai qu'il n'en a pas besoin.

Je fronce le nez pour accompagner ma remarque. Remus n'a jamais besoin de crier où d'élever la voix. Il a un visage suffisamment expressif comme ça.

- Je me demande vraiment ce qu'il s'est passé, soupire Mary en tournant une page. C'était bizarre comme scène, mais je ne sais pas pourquoi.

Assise contre son lit, face à moi, les jambes croisées, Lily répond :

- Je vais te dire pourquoi, moi : parce que James a défendu Remus contre Sirius.

Ah ah, je le savais ! Je savais que Lily allait nous coincer James dans la conversation. Le neurone de la groupie en furie commente sévèrement : « Parce que tu n'aurais pas essayé de caser Remus ? » Traître.

- Je ne pensais pas vivre assez vieille pour voir ça, je lance à ma camarade avec un sourire qui veut tout dire.

Elle m'adresse un regard furieux, mais ne répond pas. Ce pari, c'est notre petit secret, et il y a des raisons à ça. J'imagine bien la tête de Mandy si elle savait que sa grande copine veut caser son idole avec quelqu'un d'autre, tiens !

- Moi non plus, continue Ann, inconsciente du double sens de ma phrase. Mais pour que James ne soit pas d'accord avec Sirius, ça veut dire que notre très cher Mr Black s'est monté le bourrichon.

- Ou qu'il n'a pas toutes les cartes en main, corrige Mandy.

Il faut au moins reconnaître qu'elle est loyale jusqu'au bout des ongles, celle-là. Ou têtue comme une mule. Ou les deux. « Tu n'as pas fini de lui trouver tous les défauts du monde ? » Nan. Je ne vais pas excuser quelqu'un qui m'en veut pour quelque chose que je n'ai pas fait ! Ann continue dans son raisonnement :

- Ca me semble vraiment violent pour un simple malentendu. Je sais bien que Sirius décolle au quart de tour, mais… comment dire ?

- Il laisse souvent passer énormément de choses venant de ses amis ? je termine.

Lily en profite pour me lancer une pique :

- Luth la psychologue est de retour ! Alors, si tu nous prédisais la suite des évènements ?

- Désolée, j'ai arrêté la divination, mon troisième œil est trop pragmatique, paraît-il. Mais, je continue d'une voix sentencieuse, je gage que soit c'est un malentendu et que les murs de leur dortoir vont trembler ce soir pour voir le soleil se lever demain… soit c'est un sujet vraiment grave et Sirius fera l'impasse.

- Un sujet vraiment grave pour Sirius Black ?

Ann est dubitative.

- Sa famille ? propose Mandy.

Eh, mais c'est qu'elle ne le connaîtrait pas si mal que ça, au final. « Tu vois, tu es d'une mauvaise foi navrante. Elle a quand même eu trois Optimal aux BUSEs, elle ne peut pas être si bête ! » Et alors ? Etre scolairement intelligent ne signifie pas qu'on est rationnel dans ses relations amoureuses ! « Et un peu d'irrationalité ne fait de mal à personne, te dirait Ann. » Oh, Merlin, ne me dites pas que le neurone de la groupie en furie est en fait une réincarnation de l'esprit de ma meilleure amie !

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J +1

Le réveil est difficile le lendemain matin. Très difficile. Nous avons passé une bonne partie de la nuit à imaginer des explications toutes plus invraisemblables les unes que les autres au sujet de cette fameuse scène. Mandy a même suggéré en riant que Sirius avait déclaré sa flamme à Remus qui n'avait pas répondu favorablement. Faut-il que je précise que le neurone de la commère en furie est revenu militer pour la cause de blondie ? Une chose que je ne comprends pas.

Lorsque nous descendons manger, nous remarquons que Sirius n'est pas avec ses amis. Ces derniers mangent en silence, remarquant à peine notre entrée. James semble soucieux et comme il ne répond à Lily que par un grognement, il doit être très soucieux. Le visage de Remus est fermé quant à Peter, on dirait qu'il n'a jamais rien vu de plus passionnant que son assiette. Une pensée artistique m'envahit, me soufflant qu'ils illustrent très bien le temps qu'il fait dehors en cette période de l'année.

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J+2

- Luth !

Fabian m'interpelle dans un couloir. Je m'arrête, étonnée, me demandant ce qu'il me veut. Je ne suis pas spécialement de bonne humeur. « Arrête de râler ! Il veut peut-être te parler du garçon mystère… » Oh toi, laisse-moi tranquille, ce n'est pas le moment.

- Qu'est-ce qu'il se passe avec James ? me demande le sixième année en arrivant à ma hauteur.

- Ah, toi aussi tu t'es aperçu qu'il y avait un problème ?

- Difficile de l'ignorer. Il nous a massacrés hier soir, à l'entraînement. Je ne l'avais jamais vu hurler comme ça.

- Je n'ai aucune idée du problème, j'avoue. Mais si j'ai des échos, je te tiens au courant. Et réciproquement !

- Evidemment ! il me lance avec un clin d'œil.

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J +3

Je ne pensais pas que les garçons occupaient une si grande place dans nos vies. Je ne pensais pas qu'une simple dispute entre eux pouvait nous affecter à ce point. Je ne réalisais pas. Et j'aimerais franchement retourner en arrière pour ne rien réaliser ! Nous n'avons pas été dans cet état d'hébétude la dernière fois qu'ils se sont déclaré la guerre ! On évitait simplement d'être en leur présence. C'était gênant, délicat, pas drôle et tout ce que vous voudrez, mais ce n'était pas ça. Ils ne nous évitaient pas et s'ils riaient moins, ils essayaient de faire bonne figure devant nous, avec nous.

Quand ont-ils pris une si grande place dans nos vies ? Quand se sont-ils incrustés sans qu'on s'en rende compte ? Pourquoi les voir se détester a tant effet sur nous ? Ils ont toujours été un groupe à part. On ne sait pas grand-chose d'eux, au final, à part ce qu'ils veulent bien montrer. Ils sont toujours en vadrouille à préparer des mauvais coups, nous servant un sourire quand on pose une question indiscrète, ils sont... pardon, ils étaient.

Aujourd'hui, c'est le néant. Remus nous évite. J'ai clairement cette impression. En cours de Runes, il ne m'adresse la parole que si nous devons faire un exercice. Son regard est fuyant et il tripote sans cesse quelque chose. Si nous le croisons dans un couloir, il part en courant. Il devient de plus en plus pâle, se lève de plus en plus tard et sursaute dès que quelqu'un l'approche – James et Peter exceptés.

Peter se réfugie souvent avec Agatha et Mary. Quant à James, c'est peut-être le seul qui ne s'en tire pas trop mal : une Lily inquiète le couve sans cesse du regard et s'installe à ses côtés dès qu'elle peut. J'ai toujours su qu'elle était un peu profiteuse sur les bords !

- Dites, je lui demande après trois jours de ce climat insupportable, James n'aurait pas lâché une info au sujet de la situation actuelle ?

- La seule chose que j'ai pu tirer de lui, c'est que parfois Sirius se conduisait comme un crétin. Ce qui est déjà une idée considérable en soi venant de lui.

- Certes, il n'a jamais dit quelque chose d'aussi intelligent.

Parce que je ne vous ai pas encore parlé de Sirius. Sirius qui n'apparaît à la sonnerie que pour mieux disparaître à la fin du cours. Sirius le martyr, le mal aimé Sirius Black l'incompris, le renégat Sirius que personne n'aime et qui n'aime personne. Black le blessé, le trahi, abandonné par James et par le reste du monde. Black le sauvage, quoi. Il s'assoit tout seul au fond de la classe et passe des heures sans décrocher un mot. Il assassine du regard toute personne qui a le malheur de l'approcher. Ca fait plusieurs fois qu'il bouscule volontairement Ann en la croisant dans un couloir. La seule fois où il est resté dans la salle commune, il a passé la soirée à casser puis à réparer un vase. Quand Lily en a eu marre et qu'elle lui a dit de s'occuper à des choses plus « enrichissantes pour l'esprit », il lui a rétorqué d'aller « peloter James et de foutre la paix aux pauvres mortels qui n'avaient pas la chance d'avoir trouvé leur âme sœur ». Charmant. Notre préfète, personne si calme, si douce et maîtresse d'elle-même, lui a balancé le vase sur la tête.

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J +5

Mandy n'est plus que l'ombre d'elle-même. Elle manque de fondre en larmes à chaque fois qu'elle croise Jethro ou Sirius, qui l'ignorent dédaigneusement. Lily tente comme elle peut de lui remonter le moral, mais sans Sirius, son faire-valoir, sa rupture reprend le dessus sur tout. Je trouve ça excessif, mais pour une fois je suis forcée de reconnaître ma mauvaise foi : je ne suis jamais restée trois ans avec un garçon.

Ann déteste ce climat et ne le cache pas. Elle refuse désormais de parler aux garçons et se met souvent volontairement sur le chemin de Sirius, histoire de le faire céder. Mais il la bouscule sans ménagement et continue sa route. Mary a lâché l'affaire, pas très intéressée par l'idée de se faire pourrir la vie par des « abrutis sans cervelle ». Et moi je reste seule au milieu de tout ça.

Les cours ne m'ont jamais paru si silencieux et ennuyeux. Les professeurs ont sûrement la même impression quand ils voient les visages fermés, les baguettes rangées et les Serpentards en un seul morceau à la fin de leurs cours.

Les Serpentards qui en profitent un maximum, provoquant les garçons l'un après l'autre. Si James ne fait même pas mine de répondre, Sirius fonce tête baissée et collectionne les heures de retenue. Et moi, je m'en prends plein la tête maintenant qu'ils ont compris que je n'ai plus de protecteurs. Je n'ai jamais eu tant besoin de self-control et de la salle commune comme refuge.

Et je commence à en avoir marre. La vapeur monte et plus le temps passe plus je me dis que je vais aller expliquer ma façon de penser à ces bêtes mâles bourrés d'orgueil, leur montrer leur puérilité et leur égoïsme, leur montrer qu'ils nous pourrissent la vie et que non, nous ne sommes pas responsables de leur dispute alors qu'ils pourraient éviter de nous en faire pâtir. Je n'ai aucune idée de ce qui peut être assez grave pour les séparer ainsi, mais je suis certaine que nous n'y sommes pour rien. Du moins, je n'y suis pour rien.

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J+6

- Dis, tu ne trouves pas que Remus est énervé contre moi ? me demande Ann en contemplant le dos dudit personnage.

Nous sommes en cours de Sortilèges, occupées à recopier la formule du charme d'Insomnie.

- Bof, contre tout le monde je crois. J'ai plus l'impression qu'il a peur qu'autre chose, vu la façon dont il évite tout le monde.

C'est quand même bizarre d'avoir peur des filles.

- Bon, on n'a peut-être pas la même définition de la peur alors.

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J +7

Lily déprime un peu parce que James a lui aussi disparu de la circulation. On l'aperçoit tantôt avec Remus, tantôt avec Sirius, mais il ne vient plus manger non plus. Il semble complètement démoralisé et je crois bien l'avoir entendu se… disputer ? Expliquer ? Battre ? avec son grand copain. Ca devait être spectaculaire !

Je crois que Mary a raison : il vaut mieux en rire qu'en pleurer. On finit par s'y faire, de toute façon. On ne mange plus avec eux, on ne les regarde plus et on reprend notre petite vie tranquille. On discute avec l'équipe de Quidditch qui s'en prend plein la tête pendant les entraînements. On découvre un Fabian révolté par une « chose insignifiante qui prend des proportions grotesques », on discute de tout et de rien. On s'amuse comme on peut avec des avions de parchemin et des histoires. On trouve d'autres gens pour affronter les Serpentards. Finalement, le monde n'est pas si petit.

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J +8

Et puis on reprend l'enquête, parce que bon, nous sommes des filles quand même : la curiosité est notre vilain défaut. Petit résumé du cours de Sortilèges (parchemin gracieusement fourni par Ann) :

Résumons la situation :

a) Sirius accuse Remus. (Luth)

b) Sirius nie les faits – mais quels faits ?

c) Fait exceptionnel, James donne raison à Remus. (Lily)

d) Sirius ne parle plus à Peter.

e) Sirius veut la mort d'Ann. (Mary)

f) Sirius souhaite plutôt la mort de tout être vivant croisant sa route. (Luth)

g) Remus nous évite. (Ann)

h) Remus veut également la mort d'Ann. (Mary)

i) Ann ignore pourquoi tant de haine ! (Ann)

Sirius ne parlant plus à Peter, on peut supposer que celui-ci a pris parti pour Remus aussi. Dans ce cas, d'après a) b) c) et d), Sirius a tort. (Lily)

Mais dans ce cas, Sirius n'a aucune « bonne » raison de vouloir la mort d'Ann. (Luth)

Sauf que d'après g), Remus, qui n'est pas d'accord avec Sirius, souhaite aussi la mort d'Ann. Conclusion : Remus et Sirius sont d'accord… (Mary)

Dans ce cas la dispute n'a pas lieu d'être (Lily)

Problème : elle a lieu quand même. Et-je-n'y-suis-pour-rien ! (Ann)

Solution : supposons que Sirius incluse Ann dans « tout être vivant qui croise sa route (ce qui est probable vu que tu lui as dit clairement que son comportement « digne de mon neveu de trois ans » t'insupportait). Qu'obtient-on ? (Lily)

Que seul Remus veut la mort d'Ann. Donc qu'Ann est à l'origine de l'histoire ! (Luth)

Mais j'y suis pour rien, moi ! C'est la donnée i) ! (Ann)

On sait, ne t'inquiète pas. (Mary)

Pourtant c'est toi qui soutient que Remus t'en veux particulièrement… (Luth)

Une simple constatation. Une hypothèse farfelue si tu veux, à rayer de la liste ! (Ann)

Le problème c'est que si on élimine les données de concernant, Ann, on se retrouve au point de départ, c'est-à-dire avec zéro piste à suivre… (Lily)

Ben la piste Ann n'est pas concluante non plus, c'est même sûrement une fausse piste. Remus n'a été très agréable avec personne depuis l'événement. (Luth)

C'est pas faux. (Mary)

C'est même complètement vrai. (Lily)

Toute cette histoire est paradoxale. (Ann)

Et Mandy qui refuse d'utiliser son cerveau pour nous aider ! (Luth)

Pfff… (Lily)

Te décourage pas, Sherlock, James te reviendra dès cette énigme élucidée ! Ca devrait te motiver ! (Luth)

Sherlock ? (Ann)

Un Auror moldu. Luth, les plumes à papote sont interdites dans l'enceinte de l'école. (Lily).

Quelle information utile… (Luth)

Eh, les filles, pour en revenir à nos dragons… (Mary)

Non seulement on dit « pour en revenir à nos moutons », mais en plus, ce sont des garçons, Mary. (Lily)

C'est le côté sorcier de l'expression, Lily-jolie ! (Luth)

Jeneferaiaucuncommentaire. (Lily)

Bon, les enfants, la récréation est terminée et la parole est à Mary ! (Ann)

Merci, Ann. J'allais résumer la situation en une question importante : qui a tué la Dame Grise, avec quelle baguette et dans quelle salle du château ?

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- Autant chercher une aiguille dans un nid de Doxy, commente Ann en sortant de cours.

- Ton côté commère aimerait bien de la rumeur fraiche à se mettre sous la dent, hein ? je la taquine gentiment.

- Eh, tu es aussi curieuse que moi !

- C'est simplement que je n'aime pas leur comportement vis-à-vis de nous. On n'a pas à subir leurs humeurs !

Ann, qui tient le parchemin à la main, y jette un rapide coup d'œil tandis que nous nous rendons au cours suivant. Je me dis que si nous avions des cours d'enquête policière, notre dissertation nous aurait sûrement valu un O. Ou pas.

- Dis, fait soudain mon amie, et si c'était une histoire de fille ?

- Une histoire de fille ?

- Oui, Remus nous évite, Sirius est méchant avec nous…

Je suis plutôt dubitative face à cette théorie.

- Les Maraudeurs, se disputer pour une fille ? C'est surfait, ils sont tellement soudés !

- La jalousie est un poison puissant, professe-t-elle.

- Mouais.

Mais Ann ne démord pas de son idée. Son regard va du parchemin au garçon qui marche devant nous. C'est à peine si elle regarde où elle met les pieds. Je suis obligée de la guider un peu pour qu'elle ne rentre dans personne. Soudain, elle hurle :

- SIRIUS BLACK ! ESPECE D'IMBÉCILE PATENTÉ !

Et, se dégageant brusquement de mon étreinte, elle fonce sur lui. Je reste un instant bouche bée, trop surprise pour réagir. Lily, qui marchait à quelques pas derrière nous, arrive à ma hauteur :

- Eh bien, qu'est-ce qu'il lui prend ? Elle est suicidaire, tout d'un coup ?

- Cette chère Johnson a trouvé le qualificatif parfait pour ce crétin ! ricane une voix que je ne connais que trop bien, m'empêchant de répondre. Ca montre bien son handicap mental avancé, tiens !

Je me retourne brusquement vers Bellatrix et lui lance sèchement :

- Oui, il paraît que c'est de famille !

Et sans attendre de réplique, j'attrape Lily par le bras et l'entraîne en direction d'Ann et Sirius. Mais j'ai beau chercher dans la foule, ils sont introuvables.

* Le vol du dragon, de Anne McCaffrey, est le premier livre de la saga de La Ballade de Pern (que je conseille à tous). Il est paru en 1968, c'est pour cela que je me suis permise de le glisser ici.


Luth se demande vraiment ce qu'il s'est passé dans la tête d'Ann, ainsi que dans celles de Sirius et de Remus. Remus qui l'agace prodigieusement, pour une fois. Si, si, plus que Sirius car Sirius a le dont d'être toujours agaçant, elle est habituée. Mais Remus, lui, est toujours parfait alors chaque défaut est amplifié par mille!

Caprice sait ce qu'il se passe dans la tête de tout le monde, évidemment, mais contrairement à son habitude, elle vous donnera un indice: tout est dans le chapitre, absolument tout. Elle vous dit à bientôt car dans la suite, "Le silence est d'or (ou pas)". Oui, elle est sûre que vous avez bien compris le sens de ce titre et elle espère vraiment que ça va vous plaire car elle en a vraiment, totalement et définitivement bavé pour l'écrire, ce passage!