Chapitre 12 : Le silence est d'or (ou pas)

- Je me demande vraiment ce qui lui a pris, s'interroge tout haut Lily alors que nous arrivons en cours de Soins aux créatures magiques.

Oui, moi aussi, je me le demande. Et songer que je n'aurai pas de réponse avant le repas me torture. Ann a abandonné cette matière et ce n'est pas Sirius qui nous donnera des informations à ce sujet ! D'ailleurs, il est où, le Sirius ? Je ne le vois nulle part autour de moi. J'échange un regard plein de sous-entendus avec Lily.

Le cours commence. Nous allons terminer aujourd'hui l'étude des phénix irlandais, les Augureys. Le professeur Brûlopot a réussi à s'en procurer plusieurs pour ce cours. Je les trouve particulièrement moches, avec leurs ailes vertes et ternes. Surtout comparés au phénix du professeur Dumbledore que j'ai eu l'occasion d'apercevoir une fois où je me suis retrouvée dans son bureau. Je tiens à préciser que je n'avais commis aucun crime. C'était mon frère !

Comme à l'accoutumée, je travaille avec Lily. Je remarque que James est, pour une fois, avec Peter. Sirius ne montre pas le bout de son nez. Je me demande ce qu'ils ont tant à se dire, Ann et lui. Peut-être vont-ils se remettre ensemble ? Je préfère nettement Sirius à Phillip. Mais je n'aimerais pas qu'Ann se remette avec Sirius, en fait. Ils sont tous deux beaucoup trop exubérants. Je pense que Sirius a besoin de quelqu'un de plus posé. Histoire de… comment dire ? « Modérer son tempérament fougueux ? » propose un neurone bien connu. Oui, c'est exactement ça !

Soudain, Lily m'indique une silhouette qui traverse le parc en courant. Lorsqu'elle est assez proche, je reconnais Black. Essoufflé, il s'excuse auprès du professeur. Brûlopot est trop gentil. Si j'étais lui, je ne l'accepterais pas. Après un instant d'hésitation, il se dirige vers ses amis. A mesure qu'il approche, son pas se fait moins rapide, moins assuré. Ah, monsieur Black a peur ? Qu'est-ce que je donnerais pour voir ça de plus près !

- Cesse de le dévorer des yeux et travaille ! me souffle Lily.

Je jette un rapide coup d'œil à notre Augurey, immobile et somnolent sur son perchoir (chouette, au moins il ne va pas pleuvoir), puis au parchemin de ma camarade, aussi vierge que le mien. Mauvaise foi quand tu nous tiens ! Le regard que je lui adresse la fait rougir. Et après, c'est moi qui suis amoureuse ?

Lily et moi regardons donc les garçons, activité fort passionnante – plus en tout cas que ce fichu Augurey endormi. On voit clairement que Peter ne sait pas trop quoi faire. Il regarde alternativement ses deux amis. James ignore superbement Sirius. Je pensais que Sirius ferait de même, mais je le vois chuchoter à toute vitesse. Il a troqué son air grognon contre une expression nerveuse.

- Alors, ton James va-t-il céder ?

- Impossible. Ton Sirius l'a bien trop énervé.

Grmbl. Le neurone de la groupie se moque ouvertement de ma tête : « c'est sûr que 'ton Remus', ça sonne mieux ». Parfaitement.

En tout cas, le James de Lily continue à ne pas écouter Sirius. Jusqu'à ce qu'il relève subitement la tête. Et que le monologue de base devienne un dialogue.

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A la fin du cours, on dirait bien que les deux troubles-fêtes sont redevenus inséparables. Peter semble immensément soulagé, mais un peu dépassé. Lily et moi les suivons à distance. Ils parlent avec animation et ô miracle, lorsque Sirius tourne la tête, il sourit ! C'est extraordinaire, incroyable ! Merlin est intervenu en personne. Sirius Black sourit ! Je ne l'en croyais plus capable ! Va vraiment falloir qu'Ann me raconte.

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Mais Ann n'a rien raconté. Son apparition au repas… eh bien, a été une apparition. Arrivée en dernier, repartie en premier dans les bras de Phillip, elle s'est coincée intentionnellement entre Mandy et Mary et a parlé de Quidditch sans discontinuer de tout le repas. Sans quasiment m'adresser un regard. Je vais juste la tuer. Parce que je connais ce comportement. Vous pouvez être sûr qu'à chaque fois qu'Ann Johnson parle beaucoup (enfin… plus que d'habitude), c'est qu'elle veut vous éviter. Super. Franchement. Ann parle à Sirius et ne m'adresse plus la parole ensuite. J'adore. Elle ne paie rien pour attendre.

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Cette chère Ann n'a en effet pas bien choisi son jour pour faire des cachotteries. Juste après le repas, tous nos amis partent en Métamorphose. Excepté Mary, elle et moi. Et je sais que Phillip a cours également. Nous allons donc pouvoir la coincer dans un coin et la faire avouer. « Hin, hin, hin… » ricane le neurone de la commère en furie (frère jumeau de celui de la groupie).

Je sais très bien où elle va aller pour nous éviter, aussi je conduis Mary à la bibliothèque. Ann est là, plongée dans un livre de Divination. Nous nous asseyons face à elle. Mary ne parle pas et garde un air réservé, mais ses yeux brillent de curiosité. Notre victime ne lève pas la tête. J'attends. Une seconde. Une minute. Une minute une. Une minute deux. Bon, j'en ai marre.

- Alors ?

Elle lève les yeux. Si elle me répond « alors quoi » je…

- Alors quoi ?

« Tu… ? » demande le neurone de la commère en furie, impatient que le sang coule. J'en sais rien. Alors je me contente de la fixer de mon regard le plus inexpressif possible. Elle déteste ça. Une seconde. Deux secondes. Trois. Quatre…

- On s'est disputé, finit-elle par murmurer.

Ah. Ben si je m'attendais à ça.

- Ce n'est pas surprenant, commente Mary, vu l'état de Sirius ces derniers jours. Je parie que tu y es allée franchement, non ?

Ann baisse les yeux. Notre amie continue d'une voix douce :

- Qu'est-ce que tu lui as dit ?

- C'était… une conversation qu'on avait eue il y a quelques temps… Un truc en rapport avec le fait qu'on soit sorti ensemble… Il m'a toujours dit qu'il ne supporterait pas qu'un de ses amis sorte avec moi parce que j'étais son ex…

Ah oui, je m'en souviens. Elle était rentrée furieuse et je n'ai compris qu'à moitié pourquoi. Après tout, Ann n'a jamais montré le moindre intérêt pour un autre des Maraudeurs – à part peut-être James mais c'était une cause perdue d'avance. Et la position de Sirius m'est tout à fait compréhensible : j'imagine bien ma tête si Ann sortait avec McLaggen. Quoiqu'en l'occurrence ça n'aurait pas grand-chose à voir avec le fait qu'il soit mon ex, mais avec celui qu'il soit McLaggen. Bon, mauvais exemple. Enfin, je suppose que c'est que Sirius lui demande expressément de ne pas s'approcher de ses amis qui l'a vexée. Mais quel rapport avec la dispute ?

- Comme Remus et lui semblaient m'en vouloir, continue Ann, j'ai pensé que… enfin…

« Trahison ! » hurle le neurone de la groupie en furie.

- Tu as… pensé que Remus avait un faible pour toi ? je bredouille en tentant d'étouffer mes pulsions meurtrières.

Vive les chevilles ! « Jalouse ! » me glisse le même neurone pour exciter ma haine. Oh, qu'il se rendorme, comme si ce n'était déjà pas assez compliqué comme ça. Charmante Ann, vraiment. M'annoncer comme ça que l'homme de mes rêves a des vues sur elle. « Ah non, elle n'a pas dit ça ! » intervient le neurone de la raison. « Elle a dit qu'elle pensait que Remus avait des vues sur elle. D'ailleurs, littéralement parlant, elle ne l'a pas dit, simplement suggéré, ce qui laisse une place importante à l'interprétat… » Oh, la ferme, hein.

Face à moi, Ann rougit mais ne détourne pas le regard.

- Je suis désolée, Luth, mais c'était la seule explication qui m'est venue à l'esprit…

- Oui, oui… je réponds d'une voix absente.

D'un côté, ça explique qu'elle n'ait pas voulu m'en parler. « En effet, rien que voir la tête que tu fais en ce moment doit faire peur » susurre le neurone de la groupie en furie. « Et elle a raison d'avoir peur. Trahison ! Vengeance ! »

- Hum, Luth ? demande la voix douce de Mary.

Je tourne la tête vers elle et elle fronce les sourcils, réprobatrice.

- Tu ne veux pas savoir la suite ?

- Ah, si, oui, pardon, je marmonne, tentant de rassembler mes pensées.

Ou en étions nous ? Ah oui, Ann disait qu'elle avait dit à Sirius qu'elle croyait qu'ils se battaient pour elle. Non mais vous parlez d'un ego !

- Et Sirius s'est mis dans une colère terrible. Il a dit que je me prenais pour le centre du monde, que j'étais sortie de sa vie depuis longtemps, que je n'avais qu'à retourner avec mon « abruti de bellâtre » et qu'il n'était pas stupide au point de se battre avec Remus pour une simple histoire de fille.

- Charmant, commence Mary en pinçant les lèvres.

- Du Sirius, quoi, je complète.

Ann se mord les lèvres en me regardant. Elle semble vraiment perturbée. C'est vrai qu'affronter un Sirius Black en colère ne doit pas être facile, surtout pour Ann qui est une personne pacifique, contrairement à moi. Je lui serre la main qu'elle a posée sur la table en signe de soutien.

- Allez, faut pas te mettre dans cet état-là pour Black !

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- Alors, Ann t'a parlé ? me demande une Lily à brûle-pourpoint dès qu'elle peut me parler loin des oreilles indiscrètes.

Je hausse les épaules et lui raconte vaguement de quoi il était question, lui enjoignant de ne pas le répéter. Surtout à Mandy. Notre préfète-en-chef acquiesce en grognant. Elle m'adresse un regard appuyé avant de partir rejoindre une Mandy en meilleure forme. J'ai bien saisi qu'il y a un sous-entendu, mais lequel ? « Ann avait raison finalement : toi et les Magyars à pointes, ça fait deux » constate le neurone de la commère. Ou de la groupie, je ne sais pas trop. Ils se ressemblent tellement !

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Le lendemain matin, je m'aperçois que Sirius plaisante avec James et Peter au petit déjeuner. Chouette, ça annonce une ambiance plus légère. Peut-être s'est-il également réconcilié avec Remus ? Mais quand celui-ci arrive dans la Grande Salle, Sirius saute de sa chaise comme mu par des ressorts. Il adresse un vague « à tout à l'heure » à ses amis avant de s'éloigner. Je constate qu'il n'adresse même pas un regard de défi à Remus. Etrange. En revanche, quand il passe devant nous, ses yeux assassins vrillent Ann tandis qu'il sert le poing. Poings recouverts de griffures, d'ailleurs. Il ne va quand même pas nous faire le coup du martyr qui se scarifie ! Si ?

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Quelques minutes plus tard, je rejoins le cours de Runes en me demandant quelle va être la réaction de Remus à notre égard, puisque la situation au sein des Maraudeurs semble avoir évolué. Va-t-il encore nous fuir comme des pestiférées ? Aussi, lorsque j'arrive en Runes et l'y trouve déjà assis, j'hésite à prendre ma place habituelle. Il lève un regard fatigué vers moi et me sourit :

- Je ne vais pas te manger, tu sais.

- Non, je ne sais pas, je réponds un peu sèchement.

Mais prenant sa réplique comme un signe encourageant, je m'assois. Il m'adresse un regard désolé, mais ne fait pas mine de s'excuser, ce qui me surprend. J'aurai pensé qu'il se serait rendu compte de son comportement envers nous ces derniers jours. Mais apparemment non. Cette dispute est donc si grave que ça pour que Remus oublie le reste du monde ?

- Ca va mieux, se contente-t-il de murmurer avec un étrange sourire.

Ah. N'ayant étrangement pas envie d'en savoir plus et surtout pas envie d'en remettre une couche alors que l'horizon semble s'éclaircir, je ne réponds pas et me contente d'ouvrir mon livre à la page indiquée. Je suis tellement optimiste que j'accepte même de recopier moi-même notre version pour le cours suivant.

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Les propos d'Ann me sont quand même restés dans la tête. J'y pense sans arrêt depuis hier. Ils me dérangent pour plein de raisons.

La première, c'est cette supposition qu'elle a faite. Que Remus puisse avoir un faible pour elle. La jalousie me pince le ventre et je ne comprends pas pourquoi j'en veux à ma meilleure amie. Après tout, elle n'a rien fait pour lui plaire, elle a un petit ami ! Ou… Ou bien a-t-elle fait quelque chose ? Juste pour se prouver qu'elle peut le séduire ? Pour contrarier Sirius ? Aurait-elle fait ça ? Je secoue la tête. Je ne vois vraiment pas pourquoi elle l'aurait fait. Remus n'a jamais été son genre. Pas assez brillant, pas assez assuré pour elle. Et Ann ne m'aurait jamais planté ce couteau dans le dos. Je ne peux pas y croire. Mais quand même…

J'en suis là dans mes réflexions quand je m'aperçois que tout ça part du principe que les garçons se sont bel et bien disputés à cause d'une fille, d'Ann, ce que Sirius a énergiquement démenti. Vraiment ? Qu'est-ce qui nous assure que Sirius a dit la vérité ? Qu'Ann me l'a dit ? Peut-être cache-t-elle quelque chose ? Après tout, s'il y a Remus dans l'histoire, peut-être préfère-t-elle taire la véritable raison de leur conversation ? Peut-être qu'elle a deviné juste et que c'est bien une histoire de fille. Une histoire de fille entre Sirius et Remus. Une histoire qui la concerne elle et dont elle ne veut pas me parler. Plus j'y pense et plus je me sens mal à l'aise. Peut-être a-t-elle appris que Remus en pinçait pour elle. Ou pour une autre. Qu'elle ne veuille pas me le dire pour ne pas me blesser.

Arg ! Je n'arrive pas à croire que j'en viens à douter de ma meilleure amie parce que les garçons se disputent. Et puis, elle a été honnête, non ? Le comportement de Sirius à son égard prouve qu'ils se sont disputés. C'est tout à fait possible que ça ait à voir avec leur ancienne amourette. Certes, cela fait plus de deux ans que c'est terminé et ça n'a pas duré longtemps. On n'a jamais trop eu d'explications quant au pourquoi du comment et s'ils s'entendent bien, je sais qu'une relation « de couple » laisse toujours des traces. Connaissant le côté totalement « fille compliquée » de ma meilleure amie et le caractère enflammé de Sirius, il a suffi qu'elle fasse une allusion pour qu'il démarre au quart de tour. Si ça se trouve, la conversation a complètement dévié de son objectif initial et Sirius a simplement profité de l'occasion pour évacuer toute la colère qu'il contient plus ou moins (et plutôt moins que plus) ces derniers jours sur la première personne qui lui est tombée sous la main.

Quant à sa gêne et sa fuite après leur conversation, elle est normale. J'aurais sans doute fait pareil à sa place. Elle savait que je le prendrais mal. Je grimace. Quelle belle image je donne de moi ! Oui, Ann a eu raison, je décide. Ou du moins, j'essaye de décider.

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Sirius n'adresse donc toujours pas la parole à Remus. Le pauvre. J'ai bien envie de le consoler… Mais il n'accepterait évidemment pas. « Ce que tu peux être pessimiste ! » La ferme. Il faut cependant noter une amélioration notable : Sirius n'assassine plus Remus. Il l'ignore simplement. Hum, en fait, ce n'est peut-être pas une amélioration.

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Le soir, je retrouve Lily dans la salle commune. Ann est encore partie avec son cher et tendre et je crois que Mary travaille à la bibliothèque avec Agatha et Peter. C'est fou ce qu'il reste avec elles, ces temps-ci. Je me demande si c'est par plaisir ou par ras-le-bol des disputes de ses très chers amis.

Quoi qu'il en soit, je me retrouve à passer de plus en plus de temps avec Lily Evans. Elle n'est pas aussi barbante que je le croyais. Passées les barrières agressives de sa franchise, je dirais même qu'elle est vraiment sympa. Un peu trop vive pour moi, elle a toujours cette manière agaçante de savoir répondre du tac au tac… Influence Potterienne, je vous le dis.

Je sens, à mesure que nous nous apprivoisons, que je peux parler de beaucoup de choses avec elle. Plus qu'avec mon exubérante Ann qui a tendance à oublier tout ce qui ne va pas. Plus qu'avec la secrète Mary qui ne partage pas. Non, Lily est pleine et entière c'est un bloc, un roc, une protection. Contrairement à ce que certains disent, je lui ressemble si peu. Oui, nous disons toutes les deux ce que nous pensons. Mais Lily va jusqu'au bout. Pas moi.

Lily est immensément juste au fond d'elle. Je suis la mauvaise foi faite femme.

Lily est volontaire. Je rechigne au moindre pas en avant.

Lily est courageuse. Lily est Gryffondor. Je ne cesse de me demander ce que j'y fiche. Elle affronte l'avenir, les difficultés, les certitudes et l'horreur sans broncher. Et comme Ann, je préfère oublier. Si glisser vers Lily est enrichissant, c'est aussi effrayant. Avec elle, dehors est toujours plus proche. Plus dangereux. J'en frisonne.

Oh ! Et Lily aime James. Je n'aime pas Sirius.

C'est forte de cette enrichissante conviction que je me laisse tomber à ses côtés sur notre divan favori. Elle laisse choir son parchemin sur ses genoux et je lui trouve un drôle d'air.

- Un problème ?

- Mandy m'épuise, avoue-t-elle sans se faire prier. Elle a décidé qu'elle déprimerait tant que Sirius ne la regarderait pas à nouveau. C'est d'un puéril…

- Elle est amoureuse, je tente, me faisant l'avocat du diable.

- Je ne sais pas… Je pense qu'elle essaye plus de sauver son honneur. Elle ne veut pas admettre que sa rupture avec Jethro soit douloureuse, elle ne veut pas lui montrer et surtout, elle ne veut pas croire que c'est normal. Ce n'est pas de l'amour ce qu'elle éprouve pour Sirius, c'est plutôt… une espèce d'admiration insensée et malsaine. Je n'ose pas imaginer son état quand il aura une petite amie !

- Et si Mandy lui plaisait ?

Lily m'adresse un regard éloquent avant de marteler :

- Elle-ne-lui-plait-pas. Tu le sais bien.

Je n'ai pas envie de relancer le débat encore une fois. Il est possible que ça ne soit pas réciproque, c'est vrai. Dans ce cas, je n'ose rien imaginer non plus. Si Lily dit vrai et que notre camarade est plus accro qu'amoureuse, je plains la future Mrs Black. Sincèrement. « Et si tu t'occupais de devenir Mrs Lupin ? » susurre le neurone de la groupie en furie. Pas facile par les temps qui courent, je rétorque. « Mais si ! Regarde, il est tout seul à sa table de travail. Pourquoi ne vas-tu pas lui tenir compagnie ? En plus il a l'air de galérer : ça fait trois fois qu'il retourne son sac dans tous les sens ! »

- Salut les filles ! clame une voix enjouée derrière nous.

Nous sursautons. James et Sirius sont penchés sur le canapé, visiblement très fiers de nous avoir fait peur. Gamins. Se réconcilier avec son presque frère fait du bien à Black. Enfin, je ne dirais pas qu'il a l'air avenant, mais il fait moins peur qu'avant. Il y a du progrès !

- Je vous trouve bien seules, reprend James en contournant le sofa pour s'asseoir à côté de sa dulcinée.

Ladite dulcinée ne cache pas son sourire.

- On le serait moins si tu ne tuais pas tes joueurs à l'entraînement ! Mandy ne tient plus debout !

- Il faut travailler dur pour obtenir la victoire !

Et c'est parti dans les phrases grandiloquentes. Lily 0 / James moins 1.

- Et puis Ann tient parfaitement debout, il me semble, plaisante Sirius.

Oh, il a même retrouvé le sens de l'humour ! Bon, on va arrêter de râler. « Excellente idée ! » hurlent tous mes neurones en chœur. Et ça fait beaucoup de voix de neurones. J'ignorais que j'en avais tant !

- Faut dire qu'elle a un stimulant, lance un James grivois.

- Oh, continue l'autre Maraudeur, en réalité elle ne tient pas debout ! Elle s'abandonne lascivement contre son preux chevalier !

- Pitié, je gémis.

- Jalouse ?

- D'Ann ? Avec Bell ? Eurk !

- Voilà qui a le mérite d'être clair, plaisante Lily, se rangeant du côté de James.

Traîtresse. Pas surprenant non plus qu'elle préfère son preux chevalier à moi. « En parlant de preux chevalier… » Je lève la tête. Remus vient vers nous. Son visage est impassible. Sirius, toujours accoudé au dossier du canapé, le remarque et se tait.

- Luth ? me demande un Remus incertain.

- Oui ? je réponds, feignant de ne pas avoir remarqué la chute brutale de la température.

Je ne vais pas m'empêcher de parler à Remus pour les yeux d'un Black immature. Non mais. Rassuré par mon sourire, l'homme de mes pensées ignore son euh… camarade de classe et continue :

- Tu voudrais bien me prêter notre version de Runes, s'il te plaît ? C'est toi qui as gardé le parch…

- Dégage, Remus.

La voix de Sirius claque, froide et dure. L'interpellé ne fait que relever la tête, surpris. Du coin de l'œil, je vois James se frapper le front avec le plat de la main. Je sens un mouvement dans mon dos. Voyant que Remus ne bouge pas, Sirius s'est redressé. Je lève le regard vers lui, derrière moi, puis me tourne vers Remus, devant. Ce dernier reste impassible. Je sens l'orage gronder au-dessus de ma tête. Je n'avais jamais pensé que cette expression pouvait être interprétée aussi littéralement. Le tonnerre fait son apparition :

- Je t'ai dit de dégager !

Non mais, pour qui il se prend lui ? Et cet idiot de Remus qui ne répond rien ! Je me décide à intervenir (sans trop réfléchir, évidemment) :

- C'est à moi que Remus parlait, alors si tu n'es pas capable de supporter sa présence, c'est toi qui dégages, Sirius !

« Et pan ! » lance le neurone de la commère en furie, ravi de la situation. « Dans ses jolies petites dents ! ». Malheureusement, ma victime ne se formalise pas de mes paroles. Je dirais même qu'il n'en a strictement rien à faire. Je vois son bras passer au-dessus de moi en un geste de rejet. Remus ne bronche toujours pas. Il attend quoi, que Mimi Geignarde arrête de pleurer ? Le tonnerre reprend :

- Pour qui tu te prends ? Tu crois vraiment que je vais oublier ça comme ça, juste à cause de l'autre soir ? J'aurais dû te laisser te (le neurone raisonnable censure la suite de ses paroles Black déblatère quelques autres idioties qui font revenir mes pulsions meurtrières à une vitesse effrayante), espèce de petit m…

- LA FERME, SIRIUS !

J'ai hurlé. Je me redresse promptement, sautant d'un bond du canapé pour me retrouver debout aux côtés de Remus.

- Toi, occupe-toi de ton chaudron !

Je le giflerais. « Vas-y ! » m'exhorte le neurone de la commère en furie. Mais j'ai d'autres choses à dire en priorité :

- Mais tu es dans mon chaudron, grand crétin ! J'en ai ras-le-bol, j'en ai marre, marre, marre de subir tes humeurs et tes états d'âme ! Je ne sais pas pourquoi vous vous détestez et je n'en ai strictement rien à foutre !

« Quelle vulgarité ! »

- Et j'en ai marre que vous nous fassiez payer les baguettes cassées de vos petites embrouilles stupides ! Nous n'y sommes pour rien, tu entends, pour rien ! Faites la guerre dans votre dortoir si ça vous chante, mais fichez-nous la paix ! Je me fiche complètement que vous ne puissiez plus vous voir en peinture ! Quand tu es avec nous, comporte-toi comme quelqu'un de civilisé ! Remus sait très bien faire ça, tu dois bien en être capable ! On a le droit de vivre sans supporter tes sautes d'humeur de gosse de riche, sans supporter vos disputes ! On ne vous a jamais embêtés avec les nôtres, alors ne venez pas mettre le niffleur au milieu de la bijouterie !

Sirius s'est légèrement reculé devant ma tirade. Je suis essoufflée. Mais cet imbécile ouvre encore la bouche :

- Mais…

- J'ai dit : la ferme ! Je ne veux plus t'entendre, Sirius, c'est compris ? Jusqu'à ce que tu aies fait fonctionner ta cervelle, je ne veux plus t'entendre, je ne veux plus que tu m'approches ! On en reparlera quand tu seras capable d'être présent pour autre chose que nous pourrir la vie !

- Ca te va bien à toi de dire ça, il répond immédiatement, c'est toi qui…

- LA FERME ! Tu me dois une journée de silence, Sirius. Eh bien tu sais quoi ? Tu vas la commencer maintenant, à grand renfort de Silencio s'il le faut et en profiter pour explorer le vide qui te sert de cerveau et réfléchir un peu à ton comportement ! Et je te garantis que si tu recommences à geindre après, je me charge de te faire taire pour bien plus longtemps que ça !

Wow, je ne me connaissais pas une capacité respiratoire aussi importante ! Je suis tout essoufflée. Maintenant que j'ai vidé mon sac, j'ai une folle envie de tourner les talons et de partir en claquant la porte. Je résiste. Ce n'est pas à moi de partir. C'est à lui de céder. Et il cédera.

Ne pas détourner le regard. Rester droite et figée. Poings serrés. Garder son air furieux. Ca, je n'ai pas de mal. Le simple fait de le voir me fixer de cet air mi-incrédule, mi-mauvais suffit à me faire sortir de mes gonds. J'ai presque l'impression qu'il calcule ce qu'il a à gagner ou à perdre. Comme le soir de l'attaque des Mangemorts, je le sens prêt à me frapper. Et comme ce même soir, il se détourne et part vers son dortoir. Ouf !

A peine a-t-il disparu que mes nerfs se relâchent et que je m'effondre dans le canapé. C'est fatigant de se mettre en colère.

- Wow, se contente de dire James.

- En sept ans, je ne t'avais jamais vue dans cet état, renchérit Lily. C'était…

- Explosif !

- Oui, ben je vous conseille d'aller lui exploser à la figure pendant que lui ne peut plus le faire. Surtout toi, Remus. Ce n'est pas parce que tu es gentil que tu te comportes correctement. Alors tu as intérêt à filer tout de suite lui parler sinon je te jure que ça ne va pas être rose pour toi non plus !

Le concerné se racle la gorge de gêne et recule prudemment d'un pas. Fermement, je lui indique le dortoir.

- C'est du suicide, Luth, murmure Lily.

- Mieux vaut eux que moi.

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Quand Ann a été mise au courant de mon coup d'éclat, elle m'a fait un long sermon sur la diplomatie, le tact et la séduction. Et l'amitié, également. Il paraît que quand on a des amis, il faut savoir les ménager quand ils ont des problèmes entre eux. Oui, mais les Maraudeurs sont-ils seulement mes amis ? Difficile de trancher. Est-ce que manger tous les jours à leur table, aller dans les mêmes cours, partager nos devoirs, passer certaines soirées ensemble et rire des mêmes choses suffisent de faire de nous des amis ? Qu'est-ce qui fait un ami, d'ailleurs ? Le premier mot qui me vient à l'esprit, c'est « confiance ». Oui, je crois que la confiance est un élément décisif. Je ne pourrais vraiment pas être amie avec quelqu'un en qui je ne crois pas. Il n'y a rien de pire que la trahison, que de perdre cette confiance.

Ai-je confiance en eux ? Oui, sûrement. Parce que je les apprécie. Pourtant je ne sais rien d'eux. Du moins, pas grand-chose, excepté ce que tout le monde sait. Remus a des problèmes avec sa mère, Sirius avec toute sa famille, James est bon au Quidditch et Peter a une mémoire impressionnante. Remus est un grand timide, Sirius a un charme exceptionnel, James une tête qui ne passe plus les portes et Peter est un grand complexé. Remus ignore sans doute le concept même de « fille », Sirius leur plait plus que de raison, James n'a d'yeux que pour Lily Evans et Peter reste très discret à ce sujet. Oh et ils ont sûrement battu tous les records du monde de temps passé en retenue.

Et eux, que savent-ils de moi, excepté ce que tout le monde sait ? Sans doute pas grand-chose quand on pense que James n'est pas fichu capable de retenir le métier de mes parents. Sirius a peut-être retenu que mon grand-père a été un jour dans la même situation que lui. Peter apprécie sans doute le temps que nous passons à discuter botanique. Quant à Remus… Mis à part que j'ai mauvais caractère, sait-il quelque chose de moi ?

Mes neurones s'indignent soudainement contre ces pensées tortueuses. Il paraît que ça n'a rien à voir avec le sujet originel. C'est faux. S'ils sont mes amis, je dois tenir compte des propos d'Ann. Et s'ils ne le sont pas ? Ils ont quand même une place importante dans ma vie. Mais ce n'est pas forcément pour me plaire. Ils s'imposent à leur entourage, ça peut être franchement agaçant. Et plaisant aussi. Compliqué, tout ça.

Je finis par décider d'oublier les leçons de morales de Miss Johnson. S'ils sont mes amis, alors j'ai été honnête. Eux aussi doivent savoir ménager leur entourage. Et s'ils ne le sont pas, raison de plus pour me ficher complètement de leurs états d'âme.

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Le lendemain matin, au petit déjeuner, je prends soin de m'asseoir loin des garçons. La colère de la veille est retombée, mes réflexions tumultueuses aussi et les paroles d'Ann ont terminé d'entrer dans ma petite cervelle. Je crois qu'au final, j'ai fait une belle bêtise. James va m'en vouloir d'avoir été méchante avec Sirius et ce dernier va faire encore plus la tête (et à mon endroit, désormais). Peter ne m'approchera plus parce qu'il n'a pas envie de déchirer ses amis plus qu'ils ne le sont déjà et Remus… Je n'ose même pas y penser. En fait, j'ai des tendances suicidaires. Ou pas, sinon je serais allée m'installer tranquillement à côté d'eux pour que la foudre tombe plus vite.

Depuis ma place, je leur jette un coup d'œil et remarque une chose étrange. Ann aussi a vu ce qui cloche.

- Merlin, ils se sont battus ?

Sirius et Remus affichent chacun des marques de coups et de griffures. « Depuis quand les garçons se griffent ? » s'interroge le neurone de la commère en furie. « Ca ne fait pas très viril ! ». Et le voilà qui rigole tout seul en pensant à toutes les rumeurs qui vont circuler. Et moi de grogner.

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Je passe le cours de Runes à ruminer de sombres pensées. Je n'ose pas parler à Remus qui ne fait pas mine de m'adresser la parole non plus. Arg, voilà, il m'en veut. Je suis définitivement une quiche en relations humaines. Comme si avoir Môsieur Black à dos ne suffisait pas ! C'est à peine si je me rappelle comment tout ça a commencé. Et le pire c'est qu'on ne sait toujours rien du pourquoi et du comment.

A force de penser à Black, je me retrouve à me repasser le film du déjeuner de ce matin. Quelque chose m'intrigue: Sirius n'a pas prononcé un mot… Ne me dites pas qu'il m'a prise au sérieux? « Fallait réfléchir avant de parler, ma cocotte », s'amuse le neurone de la commère en furie. « Maintenant, tu ne vas même pas pouvoir profiter de son gage, quel gâchis ! » « A défaut elle pourrait tout reporter sur Remus, qu'en dis-tu ? » propose celui de la groupie. Mes deux neurones commencent à faire des plans machiavéliques sans me demander mon avis. Mais où va le monde ?

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Je cours presque en Enchantements à la fin de ces deux interminables heures. Il faut que je sache ! Je m'assois, essoufflée aux côtés d'Ann. Sirius est déjà là, la tête dans les mains, l'air furieux.

- James le fait tourner en bourrique depuis qu'il est levé, m'informe obligeamment Ann.

- Et que répond Sirius ?

- Rien, évidemment, il ne peut pas! James s'amuse tellement qu'il te signalerait le moindre son qui franchirait ses lèvres.

Je gémis.

- Ce crétin de Black m'a prise au sérieux ! Pitié, non !

- Fallait réfléchir avant de parler, Lulu, répond ma meilleure amie d'un ton docte. Je t'avais dit qu'il ne fallait pas lui parler comme ça, tu ne peux pas lui reprocher d'en tirer avantage.

- Quel avantage il en tire ?

- Il t'embête.

Nouveau grognement.

Le cours commence. Flitwick nous enseigne aujourd'hui un nouveau sortilège. Perché sur son bureau, il nous rappelle que l'année dernière nous nous étions entraînés à manipuler les deux éléments les plus stables des quatre : l'eau avec notamment l'Aguamenti et la terre (ce sortilège avait d'ailleurs connu un grand succès, James s'étant amusé toute la journée à faire sortir des fleurs des oreilles de tout le monde).

- Cette année, nous aborderons les deux derniers : le feu et l'air, dit-il de sa petite voix fluette. L'air est le plus complexe à manipuler, mais le feu est le plus dangereux. C'est pour cela que nous commencerons par l'air. Quel est l'intérêt à manipuler l'air ? Quelqu'un a une idée ?

Pas moi, en tout cas. A part peut-être aérer une pièce sans ouvrir la fenêtre ? Et si tout le monde semble avoir une petite idée de ce qu'on peut faire en jouant avec le feu, l'air ne suscite aucune vocation.

- Vraiment personne ? Monsieur Black, peut-être ?

L'intéressé sursaute. Même muet, il reste incapable d'écouter un cours : James et lui étaient en train de métamorphoser leurs plumes. Il regarde le professeur de son habituel air sûr de lui, presque insolent. Il est désolant, oui. Je regarde la scène avec délectation, attendant de voir le directeur des Serdaigles démolir la « fierté » des Gryffondors. Sans pouvoir parler, il n'a aucune chance de s'en sortir.

oOoOo

Je sors d'Enchantements très frustrée. Il s'en est sorti, l'imbécile, il s'en est sorti ! Je donne un coup de pied rageur dans le vide. Sirius me bouscule en me dépassant et m'adresse un regard narquois.

- Je t'aurai, toi, je t'aurai ! je grommelle.

- Et comment comptes-tu l'avoir ? me demande Ann, malicieuse.

- Si j'étais toi, je profiterais de ce qu'il ne peut rien faire pour l'embrasser, jette innocemment Lily qui marche à mes côtés.

Lily Evans, laissez-moi vous dire que si vous continuez comme ça, vous ne ferez pas de vieux os. Ann s'étouffe devant tant d'audace et me jette un regard incrédule. Visiblement, elle pense la même chose que moi.

- Ca ne t'apporterait que des avantages. Tu soutiens que je me trompe, mais si c'est le cas il ne pourra pas te lancer de sortilège pour laver l'affront, ni te hurler dessus. Et dans le cas fort probable où j'ai raison, non seulement vous profiterez un maximum de l'instant, mais en plus il arrêtera de t'en vouloir.

- Et Mandy te haïra à tout jamais d'avoir poussé l'homme qu'elle aime dans les bras d'une autre.

Amen. Si Lily est le diable, Ann est Merlin en personne.

oOoOo

Je m'assois loin de Lily et de ses idées bizarres pour le repas de midi. Enfin, loin… Je n'ai pas envie non plus de jouer l'asociale et d'aller me cacher derrière les premières années à l'autre bout de la table. Les garçons s'asseyent en devisant gaiement, chose qui n'était pas arrivée depuis des lustres. Enfin, Sirius se tait toujours et n'a pas vraiment l'air gai, mais c'est une autre histoire.

Je discute de tout et de rien avec mes amies, évitant soigneusement les sujets sensibles et veillant à ne pas me faire trop remarquer. Je suis dans mes petits souliers, comme disent les moldus. James amuse tout le monde en racontant comment Sirius a eu deux heures de retenue infligées par McGonagall : contrairement à Flitwick qui s'est contenté d'approuver quand Sirius a réussi à exécuter le sortilège sans parler, le professeur de Métamorphose a très mal pris qu'il ne réponde pas à sa question. Sirius rigole avec les autres de sa déconfiture, ce qui me surprend. Absorbée par le récit, je ne vois pas le temps passer et le dessert arrive vite : fondant au chocolat.

- Voilà qui devrait remettre le roi de la bouderie de bonne humeur, susurre Ann devant le dessert préféré dudit roi de la bouderie.

Je ne commente pas car je tiens à la vie et que j'ai la bouche pleine. Moi aussi, j'aime le fondant au chocolat. Ca réchauffe, par les temps pluvieux qui courent.

- Quelqu'un veut la dernière part ? demande Remus tout fort.

Je vois Sirius, dans son dos, s'agiter pour dire oui. Remus nous regarde tous un à un, très lentement, puis ignorant délibérément son ami, reprend :

- Bon, eh bien puis que personne ne se manifeste haut et fort, je le prends !

Et il chipe le dernier gâteau en prenant bien soin de le passer sous le nez de Sirius. Devant la tête dépitée de celui-ci, j'essaye de ne pas éclater de rire mais les autres ne se donnent pas ce mal. Et à mon grand étonnement, Sirius se contente de pousser Remus de l'épaule, avec un sourire qui semble dire « rira bien qui rira le dernier ».

oOoOo

- Ce que je ne comprends pas, je dis à Ann, c'est que depuis qu'il fait la tête, aucune fille n'ait tenté de le « consoler ». Pourtant il est l'incarnation même du prince charmant en détresse, ça devrait attirer toutes les groupies et toutes les romantiques d'Ecosse!

Quoique "groupie" et "romantique" étant synonymes...

- Tu étais la première à dire qu'il faisait peur, Luth, intervient Mary.

- Et seules les filles de Gryffondor sont susceptibles d'avoir assez de courage pour l'affronter, hm? est la réponse distraite d'Ann.

Je soupire de déception.

- C'est dommage, j'aurai a-do-ré voir toute une horde de filles se jeter sur lui alors qu'il ne pouvait pas se défendre!

- Mais c'est une idée géniale, Luth!

Je sursaute en entendant la voix de James si proche derrière moi. Il a un grand sourire machiavélique et ses yeux pétillent déjà à l'idée de jouer un tour à Sirius. Si j'avais un meilleur ami aussi sadique, j'aurais peur, moi. Déjà, James se tourne vers Peter et Remus pour récolter leur approbation. Remus se contente de secouer la tête en souriant, Peter semble hésiter à se mettre Sirius à dos, mais ne veut pas aller à l'encontre de James. Celui-ci lui demande déjà fébrilement:

- Alors, qui?

- Voyons, on va exclure les Poufsouffles, marmonne Peter qui semble plongé dans une profonde réflexion. Mary ne me le pardonnerait jamais et Agatha non plus… surtout Agatha. Les Gryffondors nous connaissent trop bien… quoique Emmeline Vance… mais bon, elle est gentille… alors… Chez les Serpentards, Piala Harper marcherait sûrement, mais…

La grimace qu'il fait me convient tout à fait. Pas de Serpentard dans l'histoire, quelle qu'elle soit.

- Bon et chez les Serdaigles ? s'impatiente James.

- On a le choix entre Caroline Edgecombe ou Aurora Sinistra.

- Caroline, elle est plus naïve.

- Hors de question, je m'interpose en songeant à combien m'en voudrait Audrey si je laissais les Maraudeurs s'en prendre à sa meilleure amie. Bon, elle ne le saurait pas, mais moi si. Et de toute façon, une blague de Maraudeurs, ça ne finit jamais bien.

- Bon, alors va pour Sinistra.

D'abord perplexe, je comprends petit à petit où les garçons veulent en venir. Eh eh, c'est Sirius qui va pas être content...

- Moi, je refuse d'être assimilée à ça! lance très sèchement Mary qui est visiblement parvenue à la même conclusion que moi.

Les garçons la regardent, étonnés, mais elle se contente de tourner les talons. Je grimace. Mary n'aime pas qu'on se moque des gens qui n'ont rien demandé. Elle en a été victime à cause de ses kilos en trop et l'a très mal vécu. Mais elle n'ira pas faire la morale aux autres comme Lily, ni les dénoncer - quoique cela, Lily a arrêté de le faire depuis un moment.

Je hausse les épaules, un peu gênée tout de même. Je n'aime pas trop qu'on se moque des gens, mais Sirius l'a bien cherché non? Après tout, ce n'est pas comme si lui était blanc comme une licorne.

Mais Aurora Sinistra n'a rien fait, elle... Du moins, elle ne m'a rien fait à moi. Il est de notoriété publique qu'elle a un faible pour Sirius et qu'elle est du genre active en séduction, ce que Mandy ne doit pas trop aimer. Mais qui irait reprocher à une fille amoureuse de tenter sa chance quand la favorite est trop bête pour sauter sur toutes les occasions qui se présentent? « Elle est quand même un peu vache, Sinistra. Elle ne le connaît même pas, Sirius » soulève le neurone de la commère en furie. Et alors, le coup de foudre, ça existe, non? « Tu ne serais pas la première à dire que tu n'y crois pas? » Roh, ben ça peut très bien exister pour les autres.

Tiens, quand on pense au Sinistros, il sort du bois. Aurora passe devant nous avec ses copines sans nous prêter attention. C'était sans compter James qui prend une grande inspiration...

« Si tu veux te dédouaner, c'est le moment ou jamais! »

... L'attrape par le bras...

« Tu le fais ou tu ne le fais pas? »

... Et lui dit « Aurora, il faut que je te parle! »

- James, non! je grogne plus que je ne crie.

Il se retourne, me lance un regard étonné, mais je ne dis rien de plus. Au moins, j'aurais essayé. « Tu parles! » Bah, de toute façon s'ils avaient décidé de le faire, ce n'est pas moi qui les en aurais empêché. « Pff... »

James attire Aurora un peu à l'écart, mais nous pouvons encore entendre ce qu'ils se disent. Remus et Peter font mine d'attendre leur ami tout en écoutant autant qu'Ann et moi. Ma meilleure amie semble tellement réjouie par la farce qu'elle ne remarque même pas son petit copain qui passe à ce moment-là.

- Écoute, Aurora, je ne sais pas si tu as remarqué, mais... enfin, on ne s'entend plus trop avec Sirius depuis quelques jours.

A l'énoncé du prénom tant aimé, la jeune fille se fait soudain beaucoup plus attentive.

- En fait... c'est un peu gênant à expliquer...

- Je vais faire de mon mieux pour comprendre.

Ça, on s'en doute.

- Eh bien voilà... Sirius nous a fait une confession à propos de ses histoires de coeur et nous... hum...

Quel talent de comédien, ce James. Pile l'hésitation qu'il faut, ni trop, ni trop peu.

- Nous ne l'avons pas crû et nous nous sommes même franchement moqués de lui, alors il l'a très mal pris, ce qui est normal...

Aurora commence à jouer avec ses cheveux. Signe de nervosité ou d'impatience?

- Voilà, nous pensions qu'il allait vraiment bien avec Luth...

EH ! Mais de quel droit il me met dans l'histoire, lui! Je m'apprête à faire un pas en avant mais Remus et Ann me retiennent d'un même mouvement. Tous mes neurones s'indignent. Le goujat! C'est la dernière fois que je reste pacifiquement à proximité de James Potter et tant pis si Lily est une veuve éplorée avant l'heure! Je n'ai rien demandé, moi! « Hum, tu aurais dû faire comme Mary... » La ferme, toi.

- Selwyn? renifle Sinistra, presque méprisante.

Non mais, pour qui elle se prend? C'est mon jour! J'adresse un regard furieux à Remus qui me retient discrètement et se contente de me répondre par un sourire moqueur.

- Hum, oui. Sauf qu'il préfère visiblement quelqu'un d'autre... et euh... c'est toi.

Bouche ouverte, yeux de Pitiponk, rougeur sur les joues. Elle est bien embobinée, la Serdaigle! Moi, si j'étais elle, je trouverais ça suspect. Rien de ce que dit James Potter ne doit être pris au sérieux « Oui, parce que s'il venait t'annoncer que Remus veut t'épouser, tu irais chercher plus loin, peut-être? » pointe le neurone de la groupie en furie. Ben oui, voyons. C'est de Potter dont on parle.

Toute à mes pensées fort constructives, je rate les derniers échanges qui doivent être un horrible condensé de guimauve du genre « c'est... c'est vrai? Oh, James... Je suis si heureuse! Et tu crois que... si j'y vais maintenant?... Oh, merci, merci! »

Sinistra quitte James et, passant devant nous, interprète mon air furieux de travers:

- Fais pas la tête, Selwyn, ce n'est pas de ma faute si tu as été incapable de le garder!

Et dire que penser qu'elle pouvait se faire humilier m'a posé des problèmes de conscience! J'espère que Sirius va la transformer en Strangulot.

James revient, tout guilleret et surtout fier comme un paon.

- Si j'étais nous, je ne quitterais pas Sirius d'une semelle à présent...

Je le fusille du regard mais ça n'a pas l'air de le traumatiser. Tous aussi impatients, ses amis lui emboîtent le pas. Ann, très fière d'avoir été mise dans le secret d'une blague de Maraudeur (il faudra que je songe à lui rappeler combien leurs petits secrets l'énervaient au début de l'année) me dit:

- Je sens qu'on va bien rigoler.

Oh, oui, j'espère. Puis de toute façon, même si ça rate, cette histoire aura au moins servi à quelque chose: plus jamais personne ne croira que je sors avec Sirius désormais. « "Tu vois que James Potter est un gentil garçon, finalement! » Oui, non, je n'irais pas jusque-là.

oOoOo

Il faut attendre encore deux longues heures de cours avant que quelque chose ne se passe. Heures pendant lesquelles James a tout raconté à Lily qui - à mon grand étonnement - a trouvé ça très drôle. Même Mandy a eu l'air intéressée, ce qui est encore plus suspect.

- Peut-être parce qu'elle pense que ça va décrédibiliser Sinistra, spécule Ann. Ce serait logique : c'est une fine groupie, comme tu dirais.

- Si elle était fine, elle n'aurait pas cru James.

- Et pourquoi? C'est un bon comédien et il est un informateur de première main dans un contexte politico-sentimental tendu.

- Ben justement, c'est le contexte "tendu" qui le rend suspect!

- Chacun son point de vue et tout le monde ne trouve pas James antipathique.

- Je ne le trouve pas antipathique, je grommelle. Juste...

Et je grogne, ce qui est décidément ma meilleure façon d'exprimer ma plus profonde désapprobation.

oOoOo

Alors que nous nous rejoignons tous pour aller manger, Aurora Sinistra apparaît dans mon champ de vision.

- Sirius, dit-elle avec une grande assurance, je peux te parler?

Sirius fronce les sourcils et fait un signe de négation, mais cela semble conforter la Serdaigle dans son idée.

- C'est important, insiste-t-elle.

Le garçon soupire et la suit un peu à l'écart, sans doute pas autant qu'elle voudrait. James et les autres veillent à se placer dos à Aurora. Il vaudrait mieux parce que Potter a déjà du mal à retenir son sourire.

- James m'a parlé, lance Sinistra tout de go.

A ces mots, Sirius blêmit. Eh eh, c'est qu'il comprend vite, le bougre. James a pris soin de se cacher derrière nous pour que son presque frère ne voit pas son fou rire silencieux. Mais évidemment, Sinistra interprète mal son expression:

- Oh, il a bien fait, ne t'inquiète pas... Bien que je ne comprenne pas pourquoi tu n'es pas venu m'en parler. Le fait que hum... enfin, que tu me plaises n'est pas un secret pour toi.

Le pauvre Don Juan malgré lui ouvre la bouche, tel le Pitiponk dans son état naturel. La jeune fille en face de lui semble attendre une réponse et c'est là que je comprends tout le machiavélisme de James. Elle va s'énerver parce qu'il ne répond pas et soit Sirius va devoir subir en silence, soit il va craquer et...

- Oh, James Potter, je t'aime!

Euh... pourquoi ils me regardent tous comme ça? « Je crois que tu as parlé à voix haute » m'informe le neurone de la commère, visiblement très heureux de ma bévue. Je crois que l'air interloqué de Remus va me hanter pendant longtemps. « C'est dingue comme tu t'emploies à ruiner tes chances » renchérit le neurone de la groupie en furie.

- Euh... répond James, toute éloquence perdue.

- Ben heureusement que Lily n'a pas entendu, ricane Mary.

- Zut, je bafouille. J'espérais la faire réagir.

Mais le concerné continue à me regarder d'un air soupçonneux.

- Non, mais ta tête est grosse à ce point pour que tu prennes ce que je dis au pied de la lettre? je m'énerve, franchement gênée.

Si au moins Remus n'avait pas entendu...

- On ne m'y reprendra plus à te faire des compliments!

- Ben, Luth, tu as une drôle de manière de faire des compliments, répond Remus.

Ah non, s'il te plaît, ne t'en mêle pas, toi! « Quel autoritarisme, ce n'est pas comme ça que tu vas le séduire! ». Eh, cette fois, je n'ai pas parlé à haute voix!

- Chut! Lance Peter qui n'a pas perdu une miette de la scène qui se déroule sous nos yeux.

Sacré Peter, va, d'une curiosité insatiable. Au moins, il pourra nous raconter ce que James, avec son ego surdimensionné, nous a fait rater.

Sinistra est toujours en face de Sirius. Je regrette qu'elle soit de dos car je ne peux pas voir sa tête, mais celle de son vis-à-vis est très drôle. Il doit trop connaître James car il ne semble pas surpris, plutôt ennuyé. Il a les bras croisés et lance de temps à autre un regard furieux vers nous. Plus les secondes passent, plus Sinistra s'énerve.

- Mais enfin, Sirius, réponds! À quoi tu joues?

Il se contente de hausser les épaules en signe d'impuissance et baisse les yeux, mimant le désespoir. C'n'est pas qu'il en fait un peu trop... mais si.

Je ne peux qu'admirer le calme et le contrôle dont Sinistra fait preuve. Son arrivée aussi ne manquait pas de panache, elle était plus digne que ridicule. En fait, son seul tort dans l'histoire, c'est d'être assez naïve pour croire quelque chose qui sort de la bouche de James Potter. « Et d'être méchante avec toi ». Aussi. Enfin, puisque ça me débarrasse de cette fichue rumeur... « Mais non, ça ne t'en débarrasse pas, tu passes juste pour une groupie qui n'a pas su garder le gars dont elle est amoureuse ». Super... « Tu pourrais peut-être faire une annonce dans la Grande Salle pour démentir tout ça? » Ben voyons. « Ou sortir avec quelqu'un d'autre, ça serait encore plus efficace ». Oh oui, bonne idée. Alors, comment demander ça à Remus? « J'en tombe à la renverse » s'étrangle le neurone de la groupie en furie. « Il y a encore trois semaines, tu m'aurais répondu que Remus étant inaccessible, cette option était inenvisageable ». Oh ça va, hein, si je me fais rabrouer à chaque progrès, on n'est pas sorti de l'auberge.

L'action entre Sirius et Sinistra stagne. Celle-ci, qui n'est pas bête (comment dit le Choixpeau déjà? Les Serdaigles ont de l'esprit, ou un truc du genre), commence petit à petit à se douter de quelque chose.

- Bon, Sirius, tu ne veux peut-être pas parler, mais dire oui ou non avec la tête, c'est dans tes cordes. Alors, est-ce que ce que m'a dit James est vrai?

Sirius relève la tête, puis la penche lentement...

- Oh, mais à quoi joue-t-il? s'exclame Remus tandis que Sinistra se rapproche lentement de son preux Gryffondor.

- Merlin mais non c'est pas possible, murmure Peter, tout aussi surpris.

Je dois dire que je n'en mène pas large. Et je ne parle pas de James qui se cogne la tête sur l'épaule de Peter, ni de Lily qui s'approche en demandant des explications. Seule Mandy reste réactive:

- Je crois qu'il est temps d'intervenir.

Elle fait un pas en avant et hèle Sinistra.

- Eh, toi! Bats les pattes, c'est mon copain!

Elle attrape sa rivale par l'épaule au moment où les lèvres de celle-ci vont toucher celles de Sirius. La fille se dégage et adresse un regard mauvais à notre gardienne.

- Visiblement il a décidé d'en changer, alors fiche-nous la paix.

Oh oh, Mandy ne va pas aimer ça... En attendant, ça met la théorie de Lily à plat. Je lui tape sur le bras, victorieuse, mais elle se contente de hausser les épaules en marmonnant que ça ne veut rien dire. Quelle tête de mule.

- Non mais franchement, Sirius! s'exclame alors sa blonde préférée. Même si c'est le cas, tu ne pourrais pas avoir la décence de me le dire avant? Ou éviter de faire ça en public?

Nouvel haussement d'épaules de la victime initiale qui a bien retourné la situation à son avantage. Cette stratégie ne menant apparemment nulle part, Mandy se retourne contre Sinistra.

- Et toi, tu es vraiment si bête pour croire que ce qu'il m'a fait à moi, il ne te le fera pas à toi? Il l'a déjà fait à Luth, il l'a fait à moi, alors tu es si orgueilleuse pour croire que tu n'es pas la suivante?

Oh oh, Mandy, je t'aime! « Tu as décidément de l'affection pour beaucoup de monde aujourd'hui, tu t'humanises » décrète le neurone de la commère en furie. Il ne comprend rien. Elle est en train de tailler une sale réputation à Sirius. Il y avait déjà eu des rumeurs, des mauvaises langues qui prétendaient que mignon comme il était, la fidélité ne pouvait pas être son truc, qu'il avait forcément ce vice, ce défaut, mais qu'il le cachait bien.

Bien joué, Mandy, très bien joué. Avec ça, sa cote de popularité va baisser en flèche et tu auras le terrain pour toi toute seule. Eh eh, je vais gagner mon pari contre Lily... Eh eh eh... La vie est belle. Très belle, même. « Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux »... *

Bref, pendant ce temps, Mandy a continué à instiller le doute dans l'esprit de Sinistra. Elle clôt avec la note finale:

- Et tu crois vraiment ce que James t'a raconté? Mais Merlin, tu...

- Oh, ça va, j'ai compris, grince la Serdaigle qui vire au vert.

Elle fusille James du regard, mais ça ne lui fait bien évidemment ni chaud ni froid.

- Que James raconte n'importe quoi, passe encore, mais que tu joues son jeu, Sirius, je trouve ça absolument... dégueulasse, je ne vois pas d'autres mots. Alors ça t'amuse peut-être, mais maintenant, c'est moi qui vais m'amuser.

Elle sort sa baguette.

- Avec moi, Mandy?

En fait, Aurora Sinistra est une fille très bien. Mandy accepte et sort sa baguette à son tour. Sirius a saisi la sienne, méfiant.

- Rictusempra! crie la blonde.

- Tarantagella! fait la brune en écho.

Ben ma brave dame, si Sirius ne meurt pas d'asphyxie avec ces deux sortilèges, c'est qu'il est le champion du monde d'apnée. Mais visiblement, il n'a pas besoin de l'être, car il pare les deux maléfices avec facilité. Eh, attendez...

- Il a paré les maléfices? Mais alors il a parlé! j'exulte.

- Non, informulés, me répond obligeamment Remus.

- Oh, c'est nul...

- S'il pouvait parler, je crois bien que les filles auraient du mal à le battre, mais là elles disposent d'un sérieux avantage...

- Allez les filles! je crie pour encourager mes camarades.

Comme Sinistra n'est pas au courant, je ravale mon « faites-le crier ». En plus, elles pourraient mal l'interpréter et ma réputation en prendrait un sacré coup. Surtout qu'il n'y a pas que nous dans ce couloir.

Si la Serdaigle fait du duel une affaire personnelle, Mandy semble franchement s'amuser. Elle connaît quelques points faibles de Sirius en duel et en profite largement. Elle vise la jambe gauche qu'il ne protège jamais assez. Sirius pare au dernier moment, mais pas assez vite pour que sa robe ne soit pas trouée. Se rendant compte qu'il va se faire dépasser, il leur lance un sortilège d'expulsion et prend la fuite en direction de la Grande Salle.

- Vous avez réussi à faire fuir Sirius! Vous avez réussi! chante James, fou de joie.

Je sens qu'il va en entendre parler longtemps de cette journée, le Black.

- Qu'est-ce qu'il se passe ici? tonne soudain une voix sévère que je connais bien.

Le professeur McGonagall se tient devant nous, mécontente. En fait, ce ne sont peut-être pas les filles qui ont fait fuir Sirius...

oOoOo

Fort heureusement, McGonagall n'a rien vu et n'a donc rien pu faire. Elle nous a indiqué sèchement le chemin de la Grande Salle. Je suis sûre que s'il y avait eu des Serpentardsdans le coin, les filles s'en seraient tirées moins facilement. Mais imaginer un Gryffondor contre une Gryffondor (et une Serdaigle) est vraisemblablement trop rocambolesque pour notre directrice de maison.

Quand nous arrivons à table, Sirius est déjà installé. A son expression, nous devinons tout de suite qu'il ne fait pas vraiment la tête et qu'il boude juste pour la forme. En riant, Mandy s'assoit à côté de lui.

- Ne m'en voulez pas, monsieur Black, c'était vraiment trop tentant. Une baguette offerte sur un plateau, je ne pouvais décemment pas refuser une telle invitation!

Elle lui colle un bisou baveux sur la joue que Sirius accepte de bonne grâce. Tout va bien.

oOoOo

Pendant le repas, Sirius est presque normal, si ce n'est qu'il garde la bouche obstinément close. Et, je remarque au bout d'un moment, qu'il ne regarde personne sauf moi. Cette constatation me gêne profondément. Il a si mal pris ma crise d'hier soir? Pourquoi il n'en veut plus à personne sauf à moi? Bon, j'y suis peut-être allée un peu fort... Le sermon d'Ann me revient à l'esprit. Il faudrait peut-être que je m'excuse? Mais j'en ai marre, c'est toujours moi qui ai raison et c'est toujours moi qui m'excuse, tout ça parce que monsieur est une tête de mule. « Hum, à vrai dire, tu ne t'excuses pas vraiment... » Il ne manquerait plus que ça. Mais je déteste quand quelque chose n'est pas clair dans mes relations. C'est gênant et ça déteint sur les autres, or, je ne veux pas les déranger. « Quel altruisme, vraiment... » Mais qu'il aille dormir, ce fichu neurone du commérage!

Alors que les élèves quittent peu à peu la Grande Salle, je me décide. Il faut que je parle à Sirius. Comme les garçons ont déjà décollé depuis un moment, je pars à leur recherche, ne m'attendant pas à les trouver dans la salle commune. Pourtant, à mon grand étonnement, c'est sur ce chemin que je les trouve.

- Sirius ! je crie en le voyant s'avancer vers le portrait de la Grosse Dame.

Il se retourne et fronce les sourcils en me voyant. J'arrive à sa hauteur, essoufflée. En me voyant arriver, les garçons s'éclipsent à l'intérieur de la tour de Gryffondor.

- Euh… ah… ah…

« Hum, il va falloir faire mieux pour le séduire » commente le neurone de la commère en furie. « Mais elle ne veut pas le séduire ! » s'exclame celui de la groupie. Il argue qu'il est le seul spécialiste à bord habilité à émettre des commentaires sur ma vie amoureuse. Il parle, il parle, mais en attendant il ne m'aide pas. Je dissimule mon malaise derrière de grandes inspirations et prie mon cerveau de trouver quelques mots appropriés à la situation.

- Euh… Bon, voilà, je ne voulais pas être aussi méchante hier soir, même si je maintiens ce que j'ai dit. De toute façon, tu me l'as largement fait payer aujourd'hui, donc… on pourrait considérer que nous sommes quittes ?

« Mais tu progresses en diplomatie ! » s'exclame le neurone de la groupie. Oui, je trouve aussi. « Bon, ce n'est pas encore tout à fait ça… » M'en fiche, j'ai fait mon quota d'efforts pour la journée.

Pendant que mes neurones commentent la nouvelle, Sirius penche la tête à gauche, puis à droite, essaye de retenir un sourire mais n'y arrive pas. Il acquiesce silencieusement et c'est à mon tour d'afficher une mine réjouie.

- Super ! je m'exclame en me tournant vers la Grosse Dame.

Je lance le mot de passe, m'engouffre dans l'ouverture et pousse Sirius en arrière.

- Alors à toute à l'heure ! je crie tandis que le portrait se referme sur moi.

Ca va bientôt faire vingt-quatre heures, il peut bien poireauter quarante minutes avant de dire le mot de passe. Eh, c'est qu'il fallait bien que j'en profite, de cette journée !


Luth est contente, pour une fois, elle mène la partie. Bon, pour 45mn seulement mais c'est toujours ça.

Caprice vous salue, car elle est pressée. Elle aimerait bien avoir une petite review pour ce chapitre qu'elle a eu temps de mal à écrire - elle fait confiance à ses reviewers adorés mais aimerait bien des nouvelles des lecteurs silencieux. Elle vous annonce que Luth aura "des hauts et des bas" dans le chapitre suivant et l'ordre est important. Elle ne sait pas quand elle pourra republier puisqu'elle part jeudi.