Bonjour à tous!

Voici sans plus attendre un nouveau chapitre de Memories qui... amorce un changement. Lisez-le attentivement car les nouvelles intrigues sont quasiment toutes posées dans ce chapitre. Je précise encore une fois que je ne suis pas cachottière et que tout y est, parfois caché mais souvent mis en évidence. Bonne lecture!

Merci à mes fidèles reviewers, à savoir Gaef, Idiote, Melody et Selminia, ainsi qu'à Rukie-chan et Mystical qui poursuit sa lecture.

RAR à Melody: certes tu te répètes mais continue de flatter mon ego, ça ne peut pas faire de mal xD. Tes compliments me vont toujours droit au coeur car ce que tu dis me conforte dans l'idée que je peux atteindre l'objectif que je me suis fixée, à savoir faire une fanfic réfléchie avec les différentes problématiques que j'apporte, sans tomber dans un lyrisme exagéré. Donc, merci!


Chapitre 13: des hauts et des bas

- JOYEUX ANNIVERSAIRE ! JOYEUX ANNIVERSAIRE ! JOYEUX ANNIVERSAIRE LULU ! JOYEUX ANNIVERSAIRE !

- Luth ?

Silence.

- Luth, on sait que t'es réveillée !

Silence (bis). Je vais les tuer. Je vais juste les tuer.

- Luth, debout !

Non, je ne bougerai pas. Hors de question. Ca s'appelle de la résistance passive. Je ne tolère pas qu'on me réveille comme ça. Même si c'est mon anniversaire. Surtout si c'est mon anniversaire.

- Allez, Luth, arrête de faire semblant ! Tu ne peux pas dormir après le vacarme qu'on vient de faire !

Ah, ça, je suis bien d'accord. Totalement, même. Mais ça ne va pas me calmer. Bien au contraire. Tortionnaires !

- Bon, très bien, si tu le prends comme ça…

J'le prends comme je veux, d'abord ! Et… HE ! Mais qu'est-ce qu'il s'passe ? J'ai froid tout d'un coup ! NON ! Ma couverture se fait la malle ! Non, correction, elle se fait honteusement, malhonnêtement et traîtreusement kidnapper ! Je ne connais qu'une personne capable d'une telle infamie. Ann ! Vile traîtresse, espèce de… ah, comment qu'elle dit la mère de Sirius déjà ? Honte de ma chair et de mon sang ? Non, c'est pas très contextuel. Résidu de pourriture et d'abjection ? Non. Bâtards, mutants, monstres ? Non plus. Je vous maudis ? Ah ouiiiiii ! C'est ça. Je m'empresse de hurler :

- ANN, je te maudiiiiis !

Mais seuls des éclats de rire me répondent. Je daigne ouvrir un œil (question de survie) et manque aussitôt de défaillir. Non, c'est impossible. Ca ne peut pas être Lily… Lily ET Mary ! Elles sont antinomiques ! L'apparition de l'une fait disparaître l'autre ! Et pourquoi faut-il que ce soit pour moi que cette règle fasse exception ? Trahison !

- Espèce de… de…, je marmonne en me roulant en boule. De sorcières !

Et les voilà qui pouffent de plus belle. Près de la porte, Ann et Mandy sont dans le même état.

- Allez, Luth, c'est ton anniversaire ! radote Lily.

- Merci, j'avais compris, je grogne.

- Alors debout ! Flemmarde !

Et mes « amies » de m'attraper chacune par un bras pour me mettre debout. Je ne fais pas le poids et tente donc de sauver l'honneur en me dégageant le plus dignement possible :

- A quatre contre une, vous n'avez pas honte ? Vraiment, c'est indigne de Gryffondor !

Mais elles n'écoutent pas mes protestations. Ann s'avance et me fourre des vêtements dans les mains, puis me pousse résolument dans la salle de bain.

- Il est dix heures passées, ma chère ! Alors tu vas nous faire le plaisir de t'habiller et en vitesse, parce que tout le monde t'attend !

Je n'ai pas le temps de répondre qu'elle me claque la porte au nez.

oOoOo

En descendant, escortée par les filles, je m'aperçois que « tout le monde », ce n'est que cinq garçons : mon frère et les Maraudeurs. Je suis d'ailleurs franchement surprise que ceux-ci prennent un moment spécialement pour fêter mon anniversaire. Oh, ils ont toujours mis un point d'honneur à n'oublier aucun de nos anniversaires : nous avons toujours eu droit à une petite attention à ces occasions. Par exemple, l'année dernière, j'ai trouvé des bouts de parchemin qui piaillaient « joyeuse majorité » dans tout ce que j'ai mangé ce jour-là. Mais c'était toujours un prétexte pour faire des blagues. Qu'ils m'attendent assis sagement ne signifie rien de bon.

Quoique « sagement » n'est peut-être pas le terme approprié. James et Sirius ont dû se battre, si j'en juge par leur position actuelle : étalé par terre, James ceinture son ami d'une main et le bâillonne de l'autre. Sirius se débat mollement, les yeux pétillants. En me voyant arriver, ils cessent leurs chamailleries et Sirius ouvre la bouche.

- Silence ! je lui intime avant qu'il ne puisse proférer le moindre son.

- Ah non ! Je me suis assez tu pour le restant de mes jours !

Il s'assoie sur le canapé et prend une grande inspiration.

- Sirius ! le menace Mandy en se rapprochant de lui. On a dit pas maintenant !

Je fais les gros yeux en même temps que les autres. Sirius croise les bras et adopte une mine boudeuse en s'enfonçant, pour le plus grand bonheur de Mandy, tout au fond du canapé.

- Luth, qu'est-ce que tu attends pour t'asseoir ? me demande James en remettant un semblant d'ordre dans ses vêtements.

Je m'apprête à me poser sur le canapé sans répondre, mais Remus et Sirius bondissent de leurs places.

- Non, pas là ! Le fauteuil d'honneur, mademoiselle, déclare Remus en me tendant un bras que je prends en riant.

Il me guide jusqu'au fauteuil que Sirius vient d'avancer avec un sourire charmeur. Il adresse un clin d'œil à son ami. Ah, ils se sont réconciliés ? Pas trop tôt ! Impulsive, je vais faire un commentaire mais un « tut » rapide de Remus m'en empêche. Bon. Je m'assois sagement tandis que les deux compères se tournent vers l'assemblée. Keith, assis à côté de Peter, a l'air aux anges. Il doit sans doute s'imaginer que ses copains vont verdir de jalousie. Le Sieur Black, inconscient de l'émoi qu'il provoque chez son plus grand fan, s'éclaircit la gorge :

- Hum, hum… En ce jour de fête, déclame-t-il solennellement, moi-même et mon ami Remus… oh, pardon, mon très cher ami Remus et ma modeste personne tenons à vous présenter nos excuses les plus sincères quant à notre comportement envers vous, gentes dames…

- Et vous assurons que nous n'avions aucun grief contre vous, continue Remus.

- Il nous semble important de préciser qu'un tel événement ne saurait se reproduire et nous souhaitons ardemment que vous ne tiendrez pas rigueur de leur comportement à deux jeunes hommes qui ont bien du mal avec la galanterie.

Sirius prononce cette dernière phrase en m'adressant un clin d'œil. Hum, comment suis-je censée réagir ? « Tu devrais être fière ! » s'exclame mon neurone de la commère en furie. « Tu dois être la seule personne au monde qui ait réussi à réconcilier les Maraudeurs ! » Mon ego double soudainement de volume. Extérieurement, je ris alors que Mandy siffle et que James applaudit.

- Donc maintenant, c'est l'amour fou ? fait Ann, moqueuse.

- Oui ! Regarde : mon Mumus adoré, pardonne-moi tous mes péchés !

Et le voilà qui attrape Remus dans une étreinte plus qu'étouffante. Celui-ci se débat et lance :

- C'est hors de question si tu démolis mon brushing !

Black le lâche en riant. Soudain, il s'arrête et retourne sagement s'asseoir. Ann se lève alors et prend la parole :

- Bon. Ma chère Lulu, nous sommes tous réunis ici afin de fêter ton dix-huitième anniversaire. Nous sommes vraiment très heureux que tu sois arrivée jusque-là et espérons que tu en fêteras encore beaucoup d'autres. Et surtout, comme dit cet intéressé de James, que tu penseras à nous inviter.

Elle fait une pause le temps que les protestations de James et le rire des autres se calment.

- Il se trouve que cette année, on ne t'a pas trop laissé le choix quant aux personnes présentes… même si nous pensons avoir effectué une sélection draconienne qui devrait te satisfaire, continue-t-elle avec un sourire entendu. Pour nous faire pardonner, nous avons donc quelques cadeaux à t'offrir. Etant donné que c'est l'intention qui compte et que nous nous sommes dévoués corps et âme dans le choix de ces présents, il t'est formellement interdit de râler. Ce qui, tu en conviendras, changera de tes bonnes habitudes. Alors, joyeux anniversaire !

Les autres reprennent en chœur et avec enthousiasme, s'attirant des regards curieux des rares élèves présents dans la salle commune ce samedi matin. Je regarde avec curiosité la pile de paquets qui vient d'apparaître sur la table basse. Keith s'approche :

- Pendant que tu dormais comme une bienheureuse… (Je tente de protester, mais il me coupe) Hé ! On a dit que tu râlais pas ! Donc, pendant ce temps, on a inventé un jeu très drôle. Tu vas devoir deviner qui t'a offert quoi.

Héhé… C'est un jeu pour le moins très divertissant. Surprenant, aussi. Je n'aurais jamais imaginé les Maraudeurs m'offrir une Plante Câline, par exemple. En fait, je n'aurais jamais imaginé les Maraudeurs m'offrir quelque chose tout court. Voyant mon air interrogatif, James m'explique avec un sourire que c'est la dernière occasion pour eux de faire « preuve d'altruisme à notre égard ». Sans que je sache pourquoi, cette explication me fait frissonner.

N'ayant pas à l'esprit que les garçons me feraient un cadeau, j'ai donc cru que la plante venait de Mary, alors que celle-ci m'a offert un livre de Médicomagie dédicacé. L'appareil photo vient de mes grands-parents et une très vieille édition reliée en cuir de « Beaucoup de bruit pour rien » est offerte par Lily et Mandy. Je déballe une bourse en peau de Mokke agrandie par un sortilège d'Extension, cadeau d'Ann. Elle a eu l'extrême gentillesse de faire enlever les dents.

De la part de mon frère, j'ai la grande surprise de trouver la discographie complète de mon groupe préféré, Witch Haunt, classée par ordre chronologique. Deux des membres ont été tués il y a peu, car leurs dernières chansons dénonçaient ouvertement les actions de Voldemort. Mais ce n'est aujourd'hui pas le sujet.

Je devine sans mal la provenance de la robe que je trouve ensuite : Australie ! Je saute de joie en découvrant une belle étoffe rouge vif, faite d'un tissu léger que je ne connais pas et décorée de perles. Mes amis me pressent de l'essayer, mais je refuse. « Tu es vraiment stupide », grogne le neurone de la groupie en furie. « Tu te débrouilles pour échapper à toutes les situations où tu pourrais le séduire ! » Qu'il se rendorme, son absence ne m'avait pas manqué.

Je découvre encore quelques cadeaux et plusieurs cartes du reste de ma famille. Une cousine mordue de Quidditch m'envoie des Cognards en réglisse et des balais en caramel. Ca plaît tout de suite à James qui mangerait tout si je le laissais faire ! Je remarque, un peu surprise, qu'aucun cadeau ne vient de mes parents. C'est vraiment étonnant. Bien sûr, nous nous sommes un peu disputés pour cette histoire de vacances… Mais sont-ils vraiment autant en colère ? Je croyais qu'ils comprendraient… Je jette un œil à mon frère, mais il est trop abîmé dans sa contemplation de Sirius pour remarquer quoi que ce soit.

oOoOo

Pour ne pas gâcher la bonne humeur de mes amis, je me force à être enjouée et joyeuse. Ce n'est pas trop difficile. Seule Ann se rend compte que quelque chose cloche, mais elle ne fait aucun commentaire. Nous descendons tous ensemble dans la Grande Salle, les garçons chahutant bruyamment. Ca fait tout de même plaisir de les voir réconciliés, de les voir amis comme avant ! Ca allège l'atmosphère aussi. J'ai presque envie de dire « enfin tranquille ». « Ah, tu crois ça ? » susurre le neurone de la groupie. Ah non, en effet. Je suis loin d'être tranquille…

Je m'assois à la table du petit déjeuner en papotant avec Remus. Il me taquine au sujet de ma propension à défendre mes intérêts. Le neurone de la groupie en furie exulte quand j'avoue en plaisantant que ne plus l'avoir constamment à mes côtés pour me protéger me manquait. Je vais me servir une tranche de bacon quand une chouette noire de jais se pose devant moi. Je détache fébrilement le parchemin qu'elle apporte. Je suis sûre que ce sont les parents. Mais quel cadeau tient dans un parchemin ?

Trouve-lui un nom original, s'il te plaît ! Ton père ne s'en remettrait pas si tu l'appelais Black. Joyeux anniversaire. Papa et Maman

P.-S. : C'est une femelle.

C'est un peu sec, mais je m'en fiche. Je lève des yeux émerveillés vers la chouette. Ma chouette. Jusque là, Keith et moi partagions un des deux hiboux de la famille. Mais maintenant, j'ai une chouette à moi ! Je tends une main hésitante vers l'animal, espérant qu'il se laisse caresser. Il hulule doucement et penche sa tête vers moi, comme en signe d'assentiment. Mais c'est qu'elle est sociable, en plus !

- Va falloir lui trouver un nom, maintenant... Ca va être compliqué, ça…

- LUTH ! grondent mes amis en chœur.

- On a dit interdiction de râler !

- C'est fou comme tu te débrouilles pour ne jamais être contente !

- Fille de riches !

Je lève les mains en guise d'excuse :

- Je n'ai pas râlé, c'était une simple constatation !

- Surtout qu'elle est noire, ajoute mon frère. Black lui ira très bien.

Qu'ont dit mes parents déjà ? Un nom original ?

- Oh oui, comme ça tu penseras à moi en permanence, applaudit aussitôt Sirius.

Ann et Lily réagissent de concert :

- Comme si tu te laissais oublier !

- Autant l'appeler Sirius tout de suite !

Le concerné s'enferme dans un silence boudeur après avoir grommelé en substance que puisque c'était comme ça, il ne fallait plus compter sur son aide dans l'affaire.

Je vais faire une proposition quand un autre hibou, chargé d'un paquet, se pose sur la table et bouscule ma chouette. Celle-ci pousse un cri de mécontentement et donne un coup de… bec ? tête ? au troubleur de fête.

- Ca y est, je sais ! s'exclame James. Il faut l'appeler Cognard !

- Ca ne va pas la tête ? je m'insurge. D'abord, c'est une chouette, ensuite Cognard c'est moche. Et pour finir, il est hors de question que je dédicace ma chouette aux fous du Quidditch !

- Mais tu pourrais peut-être l'appeler Réglisse ? suggère Lily.

Je lui demande de s'expliquer.

- Eh bien… C'est une friandise moldue noire et ronde… Bon, elle est plate, mais ça lui irait bien. Je te ferai goûter, si tu veux.

Je contemple ma chouette qui a repris sa position initiale sur la table, indifférente à son collègue postier.

- Vendu ! Réglisse, tu peux maintenant aller à la volière !

Je désigne le plafond magique à mon cadeau d'anniversaire qui s'envole tire d'aile.

L'autre hibou en profite pour se placer fermement devant moi et tendre une patte fatiguée. Je détache le petit paquet et il s'envole sans demander son reste. Intriguée, je me demande qui peut encore m'offrir quelque chose (« surtout que l'heure du courrier est passée depuis longtemps, paresseuse ! » commente le neurone de la commère en furie). Lorsque le papier kraft s'ouvre, je reste bouche bée : un beau coffret rouge contient une plume et des parchemins. J'examine les parchemins. Ils sont de bonne facture. Je m'intéresse ensuite à la plume et remarque le poinçon Scribenpenne. Je la prends délicatement dans mes mains, tâtant le bout et le duvet. C'est une plume d'excellente qualité, faite pour être utilisée pendant plusieurs années. Je n'en reviens pas. Qui pourrait m'offrir un cadeau pareil ? Je soulève un peu les parchemins à la recherche d'un indice sur l'expéditeur, mais ne trouve rien. Perplexe, je lève les yeux vers mes amis qui sont tous aussi impressionnés que moi.

- Qui t'envoie cette petite merveille ? me demande Ann.

- Je n'en sais rien, il n'y a pas de mot, aucune signature…

Elle m'arrache presque le présent des mains pour l'examiner elle-même. Mais elle fait aussi chou blanc.

- Ca ressemble au cadeau…

- D'un garçon amoureux ! s'exclame Mary, très fière.

- Ca serait le garçon mystère ? demande Mandy en fronçant les sourcils.

Mais tout le monde est au courant, ma parole ! Enfin, je n'y peux rien. Je regarde les garçons, voir si l'un d'entre eux sait quelque chose. Peter a le nez dans son assiette, Remus me sourit tranquillement et les deux autres froncent les sourcils.

- On ne sait rien ! s'exclame mon supposé soupirant, les mains en l'air. Juré !

Son ton me semble trop innocent pour être convaincant, mais je sais que je n'obtiendrai rien de lui. Alors je me tais. Je mènerai l'enquête discrètement. « Ah, parce que tu connais la définition de ce mot ? »

oOoOo

Dimanche a été l'un des plus beaux jours de ma vie. Ca faisait longtemps que je n'avais pas passé une journée à ne rien faire. Sans ouvrir un livre, sans toucher à un devoir, sans trop réfléchir. Rester assise, juste comme ça, à discuter avec mes amis. C'est royal. L'appareil photo a fait le tour du groupe je vais pouvoir remplir des dizaines d'albums. Voir Lily et James était trop drôle. Je leur donne encore deux mois avant de finir ensemble. Si je n'ai pas tué Lily avant parce qu'elle s'est bien évidemment débrouillée pour glisser des remarques sur Sirius, selon sa théorie au sujet du mystérieux garçon. J'ai bien profité de Remus, mais évidemment, elle ne l'a pas vu. Selon elle, j'essaye juste de donner le change. Ben voyons, on aura tout entendu.

oOoOo

J'ai testé Réglisse, elle est vraiment chouette. D'accord, c'était facile comme jeu de mots. M'enfin, il a fallu que je réponde aux mille et une lettres et cadeaux que j'ai reçus pour mon anniversaire, alors elle a eu du travail. Eh bien, elle s'en est sortie comme une reine ! Elle a même réussi à atterrir dans le dortoir sans renverser la potion qu'Ann et moi préparons pour développer mes photos. Même James ne vole pas aussi bien qu'elle. J'ai adoré la tête de Lily quand j'ai dit ça. Je sens que je vais gagner un deuxième pari.

oOoOo

Deux semaines plus tard, nous avons fêté l'anniversaire de Sirius. Ann et moi lui avons offert un pêle-mêle pour qu'il mette ses photos. L'idée est de moi : je me sens un peu coupable d'avoir cassé la photo de lui et de Regulus, alors j'essaye de réparer mes bêtises. Je ne sais pas si le pêle-mêle survivra longtemps : il paraît qu'il l'a installé en face de son lit, c'est-à-dire qu'il est en plein dans la ligne de mire du réveil matin. Il suffit qu'il soit comme moi au réveil et… (d'après James, il y a des chances qu'il le soit). Mais notre pêle-mêle a peut-être une chance de survie, car Sirius a décidé qu'il le mettrait dans la cuisine de sa nouvelle maison. Chouette idée au demeurant, mais cette simple remarque a suffi à Mandy pour démarrer une croisade contre cette idée stupide et dangereuse. Si je ne connaissais pas son but réel, je dirais qu'elle se prend pour sa mère ! Tenez, en ce moment par exemple, nous sommes tous à table et elle remet le sujet sur le tapis :

- Sirius, je continue de penser que ce n'est pas une bonne idée ! Tu vas te retrouver tout seul dans ta maison sans protection ! Tu es un traître à ton sang, une des cibles prioritaires des Mangemorts !

- Merci de me le rappeler, Mandy, grogne l'intéressé. C'est vraiment le genre de détail que j'oublie tout le temps ! Merlin, je dois avoir un truc avec les filles sans délicatesse.

En face de moi, Remus cache mal son sourire en me regardant.

- Oh, ça va, hein !

Il ne va pas s'y mettre aussi ! Surtout pas lui ! Pas Remus ! Pitié, par Morgane*, je ferai tout ce que vous voudrez, mais épargnez-moi ça ! Mais aucune puissance supérieure ne semble m'entendre, car le Maraudeur garde son expression. Courage, fuyons. Je bats en retraite dans mon assiette remplie de bacon. Enfin, au-dessus.

- Mais ça ne sert à rien de te voiler la face, Sirius ! Dehors, c'est dangereux d'être tout seul !

- Ose me dire qu'elle n'est pas en train de lui envoyer des étincelles clignotantes pour lui dire « viens plutôt habiter avec moi ! » je glisse à Lily.

- Le fait que Mandy envoie des signaux ne signifie pas que Sirius souhaite y répondre, Luth, me répond-elle en ouvrant le journal qu'elle vient de recevoir. D'ailleurs, s'il le voulait, il le lui aurait déjà proposé.

- Mais non, voyons ! Il sait bien qu'il est une cible alors il ne veut pas qu'elle en devienne une. Il la protège. Tu comprends ?

La préférée de James m'adresse un regard profondément sceptique. Eh, il n'y a pas qu'elle qui a des idées bizarres ! Pendant ce temps, nos deux tourtereaux continuent leur dispute. Passionnant. Elle n'a pas encore compris que ce n'est même pas la peine d'essayer de le faire changer d'avis ?

- JE SUIS TATIE !

Je sursaute violemment. Ann, à ma droite, saute sur son banc en brandissant un faire-part violet. Tout le monde se tait et contemple ses longues tresses noires qui volent dans son dos.

- Et devinez comment elle s'appelle ! Devinez ! trépigne-t-elle. Angelina Ann Johnson !

Je ris devant sa joie communicative.

- Quel honneur ! Tu féliciteras Karim de ma part !

Karim est le plus grand de ses deux frères.

- J'espère bien pouvoir la tenir dans mes bras pendant les vacances !

- Ah, non, tu aurais tendance à la bercer trop près du mur, me répond la toute nouvelle tatie Ann.

- Ce n'est pas elle, la batteuse, intervient doucement Remus, amusé.

Et toc. « Hiiiiiii ! Remus a pris ta défense ! C'est miraculeux ! » Ouiiiii !

oOoOo

Ann s'est disputée avec Phillip il n'y a pas longtemps, alors elle reste plus avec nous. Il paraît qu'il se fichait complètement du fait qu'elle ait une nièce parce qu'il avait décidé que le nouveau Nimbus était plus important. Ces deux-là, c'est le Quidditch qui les séparera. Le match contre Serdaigle est prévu quinze jours après la rentrée. Osera-t-elle lui envoyer un Cognard ? Ca serait chouette. Oui, je suis méchante. Mais ce n'est pas nouveau.

oOoOo

Une nouvelle rumeur court dans les couloirs. Il serait question de n'autoriser à aller à Pré-au-Lard que les élèves de la cinquième à la septième année. C'est Keith, de très mauvaise humeur, qui m'a fait part de cet état de fait. Il parlait déjà d'écrire à Maman pour savoir ce qu'il en était vraiment. Hum, étant donné l'énergie que mes parents mettent à nous confiner à l'école, j'ai bien peur qu'il n'ait pour toute réponse qu'un argumentaire de trente centimètres de parchemin sur la nécessité d'une telle mesure. Mais je n'ai pas osé lui dire. De toute façon, je ne suis pas concernée. Et puis, armée de ma baguette magique et des meilleurs élèves de l'école, je dois pouvoir survivre. N'est-ce pas ?

oOoOo

Alors peut-être que je peux survivre à une attaque de Mangemorts. Sûrement même. Par contre, je ne pense pas survivre à mes parents. J'ai eu un T. En Sortilèges, en plus ! Ma matière de prédilection ! J'ai eu un T en Sortilèges et une semaine de retenue ! Le professeur Flitwick m'a rendu ma copie en me demandant pourquoi je me payais sa tête. Je n'ai pas compris. Mes quatre-vingt-dix centimètres de parchemin, ne mériter qu'un T ? Non, je refuse d'y croire. D'ailleurs, il n'y a pas que moi que ça choque. Lily m'arrache presque mon parchemin des mains. Elle le lit et m'attire dans un coin.

- Tu peux m'expliquer, Luth ? dit-elle en pointant un paragraphe précis.

Je me relis : « Le sortilège d'Allégresse peut avoir des effets secondaires sur une personne instable émotionnellement. Prenons par exemple James Potter, d'un naturel extravagant et qui ne s'arrête jamais sur rien. Eh bien le sortilège d'Allégresse pourrait amplifier ce comportement et le pousser à plaquer Lily contre un mur, tout le monde sait pourquoi. »

Je deviens rouge de honte. Merlin, non, c'est impossible. Je ne peux PAS avoir faire ça !

- Alors ?

- C'est mon brouillon, je murmure sans oser la regarder dans les yeux. On s'amusait avec Ann… Je suis désolée !

- Oui, moi aussi. Encore heureux que ça ne soit pas tombé entre les mains de James, parce que je n'aurais même pas essayé de te défendre !

Et avec un sourire rassurant, elle s'éloigne. Je ne comprends pas trop. Elle m'en veut ou pas ?

oOoOo

Apparemment, Lily ne me fait pas la tête. Elle m'a juste évitée pour le restant de la journée, mais est redevenue normale dès le lendemain. Elle est trop gentille. Moi, je l'aurais envoyée balader bien proprement. Mais… tout compte fait, elle a une manière plus terrible de se venger. Elle est passée au surentendus. Vous savez, à propos de Sirius. Elle est juste en train de ruiner mes chances avec Remus. Je vais l'étriper.

Tenez, par exemple, j'étais tranquillement assise à côté de Remus dans la salle commune. Sirius débarque, et immédiatement, Lily, à une autre table, l'interpelle :

- Remus, j'ai besoin d'aide en Runes. Viens donc m'aider, tu as mieux à faire que de tenir la chandelle !

« A mort ! » hurle le neurone de la groupie en furie. « A mort ! Elle doit souffrir ! Eh ! Mais bon sang, rappelle-le, espèce de gourgandine ! »

- Non, Remus, reviens ! C'est juste elle qui est intimidée parce que James arrive !

« ET TOC ! » Mes neurones et moi-même hurlons dans un bel ensemble. Elle veut la guerre ? Elle l'aura. Même si je pense bien perdre à ce petit jeu.

oOoOo

- E tanto spassoso che non comprenda nulla a ciò che dico! Posso dire qualsiasi cosa, non reagirai! Tieni, potrei approfittare per svelarti il nome del tuo spasimante… visto che sei convinta che io lo conosco !

- Loquis Italiano !

- Ed il peggio è che hai ragione.

Je regarde Sirius, découragée. Ca fait près d'une demi-heure que j'essaye de lancer un sort de Babel entre nous. Flitwick a eu la bonne idée d'ensorceler toute la classe « pour nous motiver ». Sur treize élèves, pas un ne parle la même langue. Ann est abonnée au japonais, Remus parle portugais, Sirius baragouine en italien, et je m'entends jurer en français. James, lui, est tombé sur anglais, ce chanceux ! Le pire, c'est que je ne comprends même plus son anglais. J'ai l'impression d'avoir parlé français toute ma vie, je n'ai même pas d'accent ! C'est horrible. Et le pire, c'est que Sirius, contrairement à moi, est très amusé par la situation. En tout cas, ça ne l'empêche pas de parler.

- Lo conosco molto bene. Ma quello non lo ripeterò.

J'implore Remus du regard, sachant très bien que parler sera inutile. « Et puis c'est l'occasion d'utiliser tes grands yeux lumineux pour faire le regard de la licorne éplorée ! » Hum. Mais le prince charmant fait un signe de négation (« s'il est insensible à ce regard, c'est qu'il n'a pas de cœur ! »), attendant patiemment que je réussisse pour passer à son tour. « Et tu pourrais même en profiter pour essayer le langage corporel » Oh oui, bonne idée. « Tu vois, quand tu veux ! » En plus, Remus a l'air doué en langage corporel. J'ai l'impression qu'il comprend ce que dit son ami, car il rigole depuis un moment en nous regardant. « Allez, on se rapproche… Continue l'exercice pour ne pas avoir l'air suspect ».Je lance le sort encore une fois.

- Ecco, mi capisci? No? Ancora no! Decisamente, sei veramente mediocre, Luthine! Hai un'opportunità di oro di apprendere tutto ciò che vuoi sapere e tu non lo usi neanche!

J'ai même l'impression qu'il me nargue ! Il pointe les garçons du doigt en parlant plus rapidement qu'une Ann en pleine forme. Je vais le tuer ! « Au moins, c'est radical. Lily ne pourra plus rien dire sur tes supposés sentiments. »

- Loquis Portugese ! dit-il nonchalamment en pointant sa baguette sur Remus. Compreendes-me?

- Eu não preciso de um sortilégio de Babel para entender! Você brinca com o fogo, Sirius, e não é muito fixe para Luth!

- E no entanto encontras aquilo engraçado.

Remus étouffe un grognement avant de répondre sèchement. Tant mieux si Sirius l'embête aussi ! Je me sens légèrement mise à part dans la conversation, ça leur fera les pieds. Soudain, le neurone de la groupie a une idée : « Et si tu essayais de lancer le sort sur Remus ? » Ca ne m'aidera pas à comprendre ce que dit Sirius, puisqu'il parle italien. « Oui, mais quand Sirius et Remus parlent entre eux, c'est en portugais car Remus n'a pas lancé le sort et il parle italien. Et puis tu seras sans doute plus motivée… » C'est vrai que comprendre Remus est nettement plus intéressant que de s'intéresser à son ami qui fait le guignol. Et comme personne ne nous comprend… Oh oui, bonne idée !

- Loquis Portugese ! je chuchote pour que les deux compères, absorbés par leur conversation, continuent de m'oublier.

- Moi, au moins, je n'ai pas peur des filles, s'exclame Sirius. Quand comprendras-tu qu'elles ne vont pas fuir dès que tu les approches !

- Parle pour toi, répond Remus. Rappelle-moi… LUTH !

Je sursaute, prise la main dans le sac. Comment s'est-il rendu compte que je comprenais ce qu'ils racontaient ? « Hum, c'est peut-être que tu as oublié de baisser ta baguette ? Ou que tu as un air coupable sur le visage ? Sans compter sur le fait qu'il fait toujours attention à tout ce qu'il se passe autour de lui ? » Merci, neurone, merci de m'enfoncer. Vraiment.

- Ca ne se fait pas, d'écouter des conversations privées ! s'emporte Sirius, toujours en portugais.

- Les conversations privées n'ont rien à faire dans les salles de classe, je rétorque, très fière de moi. Et tu n'avais qu'à pas me narguer depuis tout à l'heure.

- Dix points pour Luth Selwyn, commente l'homme parfait avec philosophie.

Ce compliment me fait gagner dix centimètres (au moins). Mais passons tout de suite aux choses sérieuses :

- Tu sais, Sirius, je ne suis pas bête. J'ai bien compris de qui tu parlais, alors avoue !

Prononcer le prénom de Black au milieu d'une phrase en portugais avec mon accent français le déforme étrangement. Et pan ! Il n'aime pas plus ce surnom stupide que moi. Oui, parce qu'il est bien connu que (je cite) « Sirius Black est tout sauf sérieux ». Il ouvre la bouche, mais la porte de la classe s'ouvre brusquement, incitant tout le monde au silence.

Le professeur McGonagall se tient dans l'encadrement. Elle dit quelque chose, mais bien évidemment personne ne comprend – James excepté. Passé le regard de surprise, c'est l'éclat de rire général. Le professeur Flitwick vient d'apercevoir sa collègue et s'exclame :

- Minerva !

Et je ne comprends pas la suite. Il fait un grand geste de baguette et reprend :

- Tout le monde me comprend ? Parfait !

Ah ! Anglais de mes rêves, douce langue de Shakespeare, comme tu m'avais manqué ! Tout le monde a l'air aussi heureux que moi, sauf James, tout pâle, qui regarde le bout de ses chaussures. Avant que j'aie le temps de l'interroger, notre directrice de maison annonce :

- Miss Selwyn, dans mon bureau, je vous prie.

Un grand poids tombe dans mon estomac. Qu'est-ce que j'ai fait ? Je la suis pourtant sans protester.

Son expression est neutre et elle marche de son pas rapide habituel. Rien de menaçant, mais rien de rassurant non plus.

Elle a découvert que c'était moi, pour les Serpentards ? Elle ne viendrait quand même pas me chercher en plein milieu d'un cours pour ça ! Quoique… ses menaces le jour de la blague étaient bien réelles… Et puis Sirius a tout de même été victime d'un sort de magie noire, l'affaire est donc sérieuse. Qu'est-ce que je risque ? Pas l'expulsion ! C'est mon unique vraie bêtise ! Enfin, j'ai déjà eu deux ou trois retenues… Vous savez, non-respect du couvre-feu, le genre de truc qui arrive à tout le monde, surtout quand son petit ami n'est pas à Gryffondor. Bon, j'ai bien envoyé un ou deux Serpentards à l'infirmerie à l'occasion, chose qu'ils m'ont bien rendue. Mais je n'ai pas le curriculum vitae des Maraudeurs ! Ils ne peuvent pas me faire ça ! C'était une farce ! Il n'y avait strictement rien de méchant. « Vraiment ? » demande le neurone de la commère en furie. Oh, toi, on ne t'a pas sonné.

Quand nous arrivons au bureau de McGonagall, je dois être aussi verte qu'un dragon malade. J'essaye de garder malgré tout un air neutre. Quand j'entre, je vois Keith debout au milieu de la pièce. Ca n'a rien à voir avec moi ! Le nœud se relâche… et se resserre aussitôt. Non ! S'ils nous ont appelés tous les deux… Il n'y a qu'une raison. Pas ça !

- Asseyez-vous, nous invite la professeure de Métamorphose

Son ton, plus doux qu'à l'ordinaire, ne fait qu'augmenter mon inquiétude. Je ne m'assois pas.

- Que s'est-il passé, professeur ?

Elle me regarde et pousse un soupir.

- J'aurais préféré vous annoncer ça moins brusquement, Miss Selwyn. Votre mère…

Le froid. Il n'y a plus que ce froid, cette douleur et ce cri inhumain à l'intérieur de ma tête.


Caprice dit que Luth ne veut rien dire, ce qui est compréhensible. Elle, en revanche, remercie Midwintertears pour la traduction en italien et en portugais des paroles de Sirius et Remus pendant le cours de sortilèges. Elle publiera le prochain chapitre dans deux semaines. Pour une fois, le titre est limpide: "L'abîme". Elle vous remercie de lire et de suivre et espère que vous aimerez cette nouvelle direction dans l'histoire.