Bêta : Nanola
NDA : Et oui, je peux poster ce soir, j'ai la tête dans le seau, (la YYC c'était trop bien !) mais qu'est-ce que je ne ferais pas pour vous ^^ Un chapitre avec encore quelques révélations, j'espère qu'il vous plaira :)
Je profite de cette publication pour faire un énooooorme bisou et un gros câlin à Nanola qui doit encore être dans son train, à Yume et E-K que j'ai rencontrés pour la première fois mais sûrement pas pour la dernière (vous êtes adorables et j'espère vraiment vous revoir, déjà prochain RDV sur Skype, c'est sûr !) et enfin à Q. que j'aime, d'un amour tout platonique certes mais que j'aime, voilà c'est dit !
Bonne lecture !
Chapitre 14
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Poudlard
Aujourd'hui, j'ai commis un acte d'une incommensurable abomination. J'ai menti de la plus atroce façon à mon enfant, mon fils unique, le bébé que j'ai, en quelque sorte, mis au monde. Car c'est ainsi que souvent, je me réinvente le passé.
Caroline a porté notre bébé pendant neuf mois, mais c'est moi qui l'ai amené à la vie.
Draco. Mon enfant que je chéris. Si un jour je ne peux plus cacher le secret de sa naissance, comment réagira-t-il ?
Je me méprise du mal que je lui fais. Mais que les Dieux m'en soient témoins, je ne veux pas le perdre ! Quitte à ce qu'il me déteste ce soir.
Je l'emmènerai à Helga, comme je le lui ai dit.
Mais où le porterai-je ?
Je ne peux croire à ce que ce gardien m'a dit. Je ne veux pas y croire. Même si cela fait des années que je m'interroge en regardant l'enfant qui grandit dans mon foyer. Draco est trop beau, trop doux, trop sylphique pour appartenir à notre monde. Oh, Bonne Reine, qu'ais-je fait ? Ais-je vraiment pris un Monoïque des bras de cette créature ?
Caroline a pleuré, comme mes filles et Draco. Ils me considèrent comme un monstre, et ce soir, j'ai l'impression d'en être véritablement un.
Que dois-je faire ? Dois-je continuer à nier ce qu'il pourrait être ? Dois-je l'emmener à l'école militaire comme je viens de leur hurler ? Ou le conduire au Temple afin de le faire examiner ?
Je ne suis sûr que d'une seule chose : je ne veux pas perdre mon fils.
... ... ...
Draco s'ennuyait. Ferme. Deux jours entiers qu'il était réveillé et traînait sans rien faire à l'infirmerie. Il soupira tout en tournant en rond.
« Monsieur Draco, je vous prierais de retourner dans votre lit ! » lança l'infirmière.
« Mais je m'ennuie ! » chouina le garçon. « Je vais très bien, j'ai envie de me dégourdir un peu les pattes ! »
« Vos pattes vont retourner s'allonger sur ce matelas, jeune homme, je ne plaisante pas ! »
« Madame Pomfresh, je ne suis pas un fragile humain, je suis un Werwulf, je vais très bien, je vous assure ! » argumenta le garçon.
« Et moi je vous assure que ce n'est pas ce que vos analyses me disent. Vous êtes épuisé. Allez vous allonger ! » se fâcha la douce terreur de l'infirmerie.
« Eh bien, eh bien, voilà des éclats de voix bien étranges, » déclara d'une voix amusée Albus Dumbledore en rentrant dans la pièce.
« Cet enfant est une vraie anguille. Il ne veut pas se reposer ! » se plaignit Poppy. « Mais ce n'est pas encore un jeune étudiant qui va me dicter ma conduite ! » se reprit-elle en secouant furieusement sa baguette sous le nez du garçon qui déglutit et fila prestement dans son lit. « Je préfère ça, » déclara l'infirmière, vainqueur par K.O.
« Loin de moi l'idée d'interrompre ce moment fort distrayant, mais j'ai besoin de m'entretenir avec votre malade, » fit Albus.
« Je ne suis pas malade ! » protesta Draco du fond de son lit.
« Non, vous n'êtes pas malade, jeune homme, c'est exact. Mais il n'empêche que vous devez vous reposer, » scanda l'infirmière.
Le garçon baissa la tête, prenant un air penaud.
« Être un Loup-garou te donne sans aucun doute des capacités de guérison, mais je pense que tu ne réalises pas dans quel état tu es, mon petit, » dit gentiment Dumbledore. « Cela fait des mois que tu vis dans la souffrance, tu es tellement habitué à survivre que tu ne le vois pas. Fais donc confiance à Poppy. »
Draco haussa les épaules, à la fois dubitatif et ne voulant pas parler de son passé. Il remarqua alors pour la première fois que deux autres personnes attendaient derrière le directeur. Un homme sombre, vêtu de noir et à l'air revêche qui l'étudiait d'une façon dérangeante, ainsi qu'une femme plutôt grassouillette aux cheveux gris désordonnés.
« Draco, » fit Dumbledore qui avait suivi le regard clair du garçon. « Je te présente le professeur Severus Snape, directeur de la maison Serpentard. Et à ses côtés, Pomona Chourave, directrice de Poufsouffle. »
L'adolescent pâlit, il ne put retenir un petit hoquet de surprise à l'entente du dernier nom, à la grande satisfaction de Dumbledore.
« Est-ce que tout va bien ? » demanda-t-il, attendant la réponse avec une fébrilité cachée.
« O...oui, » se reprit Draco tout en regardant la femme avec timidité.
« Tu connais le professeur Chourave, peut-être ? »
« Non... Non... »
L'enfant blond se tortilla les mains.
« Alors pourquoi as-tu l'air si surpris ? »
« Je... Mon père aimait beaucoup l'histoire et la géographie de notre monde. Il avait une grande carte du Monde Libre dans son bureau, » murmura-t-il, visiblement ému. « Souvent, quand j'étais plus petit, j'allais avec lui, il me mettait sur ses genoux pour que nous la regardions ensemble. Quand j'ai eu sept ans... » il fit une petite grimace, retenant ses émotions. « Quand j'ai eu sept ans, il m'a fait la surprise de l'accrocher dans ma chambre. »
« Ton père était un homme très cultivé qui devait beaucoup t'aimer, » dit gentiment le vieux Mage à barbe blanche.
Le garçon hocha la tête.
« Oui. J'ai beaucoup étudié cette carte. Chourave est le nom d'une ville de Poufsouffle, en raison d'une branche de la famille royale. »
Cette fois, le regard gris sur la directrice de Poufsouffle était clairement dubitatif. Il était évident que Draco doutait qu'elle appartienne à la famille royale au vue de sa tenu excentrique.
« C'est exact, » répondit néanmoins cette dernière. « Je suis apparentée à la cousine de la Reine, descendante de Flora Chourave qui a donné son nom à cette ville. Flora et Pomona en sont également. »
Un petit silence s'installa que brisa Albus.
« Si nous sommes là, Draco, c'est parce que tu ne vas pas rester indéfiniment dans cette infirmerie. Je pense que cette nouvelle doit te faire plaisir. »
L'enfant acquiesça.
« Bien. Poudlard accueille les enfants mages de tout l'Empire, comme tu dois le savoir je n'en doute pas. Chaque étudiant est ensuite réparti dans une maison, du nom de son royaume d'origine. Le professeur Snape s'occupe des Serpentard, le professeur Chourave de Poufsouffle, le professeur McGonagall de Gryffondor et le professeur Flitwick de Serdaigle. Tu les connaîtras tous très prochainement. »
Draco gigota sur son lit, mal à l'aise.
« Pourquoi vous m'expliquez tout cela, professeur ? »
« Eh bien parce que tout le temps où tu seras à Poudlard, tu seras considéré comme un étudiant. »
« Je ne pourrai pas aller en cours ! » s'exclama le jeune homme.
« Non, pas tous en tout cas. Mais certains cours ne demandent pas particulièrement de connaissance en magie. Tu auras le temps d'en discuter plus tard, avec le préfet et le directeur de ta maison. »
« Ma... Maison ? » répéta Draco, interdit.
« Oui. Comme chaque étudiant, tu vas être réparti dans une maison. »
Draco détourna ses yeux, un creux au ventre. Le fait que le directeur vienne lui expliquer tout ceci avec les directeurs de Serpentard et Poufsouffle était clair. Ils devaient se douter qu'il devait être né à Serpentard et qu'il avait été élevé à Poufsouffle. Draco ne voulait pas qu'il découvre son passé.
« Je... ne suis de nulle part, » souffla-t-il.
« Je me doutais de cette réponse, » déclara Albus en le regardant par dessus ses lunettes. « C'est pourquoi nous sommes venus avec le Choixpeau magique. »
Draco le regarda éberlué, alors que le Mage faisait apparaître un vieux chapeau troué sur son lit.
« Tu vois, il s'avère que parfois, en cours de scolarité, certains étudiants émettent le désir de changer de maison. Parce qu'elle ne leur convient pas. Après tout, cela n'est pas anormal. Quand ils viennent ici, les jeunes Mages n'ont que onze ans et sont automatiquement répartis dans la maison de leur Royaume. Mais il arrive que des Gryffondors préfèrent les livres aux combats, des Poufsouffles se sentent l'âme de combattant ou parfois, certains pensent que seule la pureté du sang importe pour nous départager. »
Les yeux craintifs de Draco se posèrent rapidement sur Severus.
« Il est aussi arrivé que des étudiants ne se sentent plus d'affinités avec leurs compagnons de chambré, et davantage avec d'autres. Quelle qu'en soit la raison, tous nos étudiants peuvent demander à être de nouveau répartis. Et seul le Choixpeau a la capacité de le faire. Il lit dans nos cœurs et sait où est notre place. »
Draco pâlit atrocement.
« Professeur, je ne veux pas être réparti. »
« C'est une obligation, » déclara Severus d'une voix dure. « Vous n'avez pas le choix, jeune homme. »
Draco fixa ses prunelles dans celles bienveillantes du directeur, frissonnant à l'intonation de Snape.
« S'il vous plaît, monsieur. »
« Pourquoi ? Tu as peur du choix du Choixpeau ? »
Oh oui, Draco avait peur. Il ne voulait pas, comme s'en doutait Dumbledore, que le Choixpeau révèle son Royaume. Mais plus encore, il était terrifié à l'idée qu'il l'envoie à Serpentard, où sa condition de Lycanthrope serait une horrible tare aux yeux des autres. Terrifié aussi à la semble mention d'une chambré.
« Est-ce que... est-ce que je vais devoir vivre et dormir avec des hommes ? » demanda-t-il d'une voix tremblante.
La question surprit les quatre adultes en face de lui. Dumbledore comprit aussitôt la crainte de l'enfant et se fustigea mentalement de ne pas y avoir pensé.
« Draco, les élèves dorment effectivement ensemble, selon leur âge et leur sexe. Mais tu ne risques rien. »
« Je ne veux pas dormir avec d'autres hommes, » répéta Draco, des larmes accrochées à ses cils. « Vous dites que je ne risque rien, mais vous ne serez pas là pour le voir. Je veux pas... »
« Ce ne sont pas des hommes, mais des enfants, comme vous, » fit Snape.
Draco le regarda brièvement avant de fondre en larmes.
« Ce sont des hommes, pour ça ! Avant, quand j'allais à l'école, des garçons de quinze ans le faisaient déjà et s'en vantaient partout ! Et ici, les Mages sont à l'école jusqu'à dix-sept ou dix-huit ans ! Ce sont des hommes, avec... avec... Je veux pas ! »
« Draco, » intervint Chourave en s'asseyant à ses côtés. « Aucun de nos étudiants ne fera cela. Si tu veux, nous te jetterons un sort qui nous avertira immédiatement si un garçon tente de te faire le moindre mal. Est-ce que cela te rassurerait ? »
L'enfant hocha la tête, ses yeux gris délavés emplis de reconnaissance.
Dumbledore prit le Choixpeau afin de le placer sur la tête blonde. Draco ferma les yeux, la peur au ventre. Il sursauta alors que le Choixpeau se mettait a parler.
« Par les quatre fondateurs, quelle surprise ! Un Monoïque ! Voilà un défi intéressant... Humm... en effet... Je vois... la nature des Sylphes coule dans tes veines, d'un sang magique si pur... Comme c'est intéressant, vraiment... Ce qu'on disait est vrai alors... Bien, je pense que la meilleure place pour toi est évidente : Poufsouffle ! »
Draco rouvrit ses yeux, à la fois soulagé et stressé. Il irait dans sa maison, mais venait d'indiquer d'où il venait. Quoi que, vu l'air hautement satisfait du directeur, ce dernier ne devait pas avoir beaucoup de doutes sur ce point.
« Parfait ! » déclara Chourave joyeusement en se levant. « Je demanderai à Laura de venir t'apporter tes affaires. »
« Laura ? » couina Draco en s'étranglant.
Les regards suspicieux que les adultes lui jetèrent lui fit se mordre les lèvres. Mais quel idiot !
« Oui, Laura Madley, la préfète de ton année. Elle te montrera le château et la salle commune des Poufsouffles. Vous viendrez dans mon bureau pour que l'on discute tous les trois de ton séjour à Poudlard, » expliqua avec lenteur le professeur. « Puisque Poppy en est d'accord, tu intégreras ton dortoir demain soir. »
Draco acquiesça en silence. De nombreux changements s'annonçaient, mais bien qu'il soit heureux de quitter l'atmosphère aseptisée de l'infirmerie, il les craignait. Une immense fatigue s'abattit soudainement sur lui, lui faisant battre des paupières.
« Je crois qu'il est temps de le laisser se reposer, » dit aussitôt l'infirmière.
Draco ne protesta pas, confortant les adultes qu'il était effectivement temps pour eux de le laisser dormir un peu. Ils sortirent de la pièce, se retrouvant dans le couloir désert.
« Vous avez tous noté ses réactions ? » demanda sans ambages Dumbledore.
« Oui, il est issu du Royaume de Poufsouffle, sans l'ombre d'un doute, » approuva Snape. « Et vous avez raison, ses caractéristiques physiques démontrent clairement sa naissance d'origine. Cela sera un problème, Albus, si vous vous obstinez à le laisser vagabonder dans l'école. Je persiste à dire que c'est une mauvaise idée. Ce n'est pas un Mage et sa présence risque de perturber les élèves. »
« Tu devrais avoir honte, Severus, » se fâcha Pomona, deux taches rouges sur ses joues rondes. « Tu ne penses pas sérieusement à cacher cet enfant dans une tour, un cachot ou je ne sais où encore ! »
« Il va être une source d'ennuis, » s'énerva à son tour Severus.
« Pourquoi ? Parce que ton précieux chouchou Scorpius Malfoy va comprendre que son frère soi-disant décédé et dont ses parents ont porté le deuil en grande pompe pendant trois ans est bien vivant ? »
« Parce que toute l'école va supposer cela ! Parce que Lucius risque de venir faire un scandale quand son fils l'avertira ! »
« Lucius ne pourra pas faire plus que ses prérogatives en tant que membre du Conseil d'Administration ne lui autorisent, » intervint calmement Dumbledore. « Si son orgueil ou sa vanité s'en trouve froissé, je ne vais pas pleurer sur son sort. »
« Lucius n'est pas seul ! » continua Severus.
Ils ne purent continuer car une élève s'approcha d'eux.
« Professeur Dumbledore, monsieur Rusard m'envoie vous apporter cette lettre. »
« Merci, Tiffany, » répondit le directeur en se saisissant de la missive.
Il la parcourut rapidement, un pli de contrariété sur le front.
« Des mauvaises nouvelles, Albus ? » demanda Poppy.
« Je ne sais pas encore. J'ai une visite qui s'annonce à mon bureau. Poppy, je pense que votre présence sera la bienvenue. »
« Bien sûr, pour quelle raison ? »
« Elle concerne notre jeune invité. Apparemment, quelqu'un a déjà cru bon d'informer la famille Malfoy que leur fils aîné n'était peut-être pas aussi décédé qu'ils le disaient. »
Son regard bleu fixa un instant son stoïque professeur de potion.
... ... ...
Dumbledore regardait avec un étonnement certain la forme sombre devant lui. Le corps était recouvert d'un lourde cape noire dont la capuche cachait le visage. Une main élégante la souleva, révélant, comme il s'en doutait, des cheveux blonds et lisses.
Non, ce qui l'étonnait était la question, qui lui était de nouveau posée avec une inquiétude non feinte.
« Est-ce que c'est vrai ? Draco est vivant ? Il est vivant ? »
« Oui, Ma Dame, il est vivant. »
« Et... » les yeux bleus s'emplirent de larmes. « Est-ce que c'est vrai aussi qu'il était le prisonnier de Greyback ? »
Narcissa Malfoy avait les mains enlacées, comme si elle suppliait ou priait l'homme en face d'elle de démentir cette atroce vérité.
Dumbledore lui indiqua un fauteuil, voisin de celui où Poppy Pomfresh était installée.
Narcissa s'y assis avec grâce, l'inquiétude marquant chacun de ses traits.
« Je crains de devoir vous informer que c'est effectivement exact. »
« Oh, par les Dieux ! » s'écria la femme en cachant son visage gracile entre ses mains. « Mais c'est impossible ! Comme aurait-il pu être avec lui ? Il devait être protégé ! Protégé ! » pleura-t-elle.
Albus et Poppy se regardèrent. Nul doute que l'épouse de Lucius Malfoy et mère biologique de Draco était au courant de choses que beaucoup de monde ignorait.
« Lady Malfoy, excusez ma curiosité, mais... vous ne semblez pas particulièrement étonnée que votre fils, Draco, soit encore vivant. »
La femme s'essuya les yeux à l'aide d'un petit mouchoir blanc. Elle reprit rapidement contenance avant de répondre, la voix à la fois malheureuse et méprisante.
« Oh, cessons donc cette hypocrisie, Albus. Vous comme moi savons parfaitement que Draco ne devrait plus être de ce monde, depuis plus de quinze ans. C'est ce que mon époux avait décidé quand la sentence est tombée. »
Son visage se fit dur.
« Cette chose n'est pas mon fils, » cracha-t-elle. « C'est ce qu'il a dit, devant moi, alors que j'étais encore en train de perdre mon sang ! Mais Draco est bien mon fils, si lui ne voulait plus être son père ! »
Elle se reprit de nouveau, un poing serré sur son mouchoir.
« Il a décidé de le tuer. Et moi, j'ai décidé de le sauver. J'ai confié mon enfant, à peine sorti de mon ventre, à une personne de parole qui m'avait jurée de le déposer à Helga, au Temple des Monoïques. »
Narcissa redressa son visage, défiant quiconque dans cette pièce de la contredire.
« Cette décision est toute à votre honneur, Narcissa, » dit lentement Poppy.
La femme blonde lui jeta un regard de glace, puis son visage s'affaissa.
« Je ne comprends pas. Draco aurait dû être déposé au Temple de Helga. Comment Greyback aurait pu le capturer là-bas ? Est-ce qu'il l'a pris lors d'une Présentation ? Pourtant, il est encore trop jeune pour cela, non ? » Elle secoua la tête, faisant onduler ses mèches raides autour de son cou. « Qu'est ce que je raconte, c'est l'émotion, sans aucun doute. Professeur Dumbledore, je vous en conjure, dites-moi comment va mon fils ! Est-ce qu'il... est-ce qu'il a souffert avec ce monstre sanguinaire ? Est-ce qu'il est devenu un Loup-garou, lui aussi ? »
De nouveau le mouchoir blanc était malmené par les doigts aux ongles parfaitement manucurés de l'épouse Malfoy.
Dumbledore jeta un coup d'œil à Poppy, lui demandant silencieusement de répondre.
« Votre fils est bien devenu un Lycanthrope, madame, par la force. Il a aussi été abusé depuis plusieurs mois, peut-être même un an. Il refuse de nous dire où il vivait et quand il a été kidnappé exactement. »
Narcissa ferma les yeux, laissant libre cours à ses larmes tout en tentant de rester digne. Mais le directeur comme l'infirmière virent à quel point cela lui était difficile.
« Continuez, » souffla-t-elle.
« Bien. Il a été sauvé par les habitants de Pré-au-lard, quand la meute les a attaqués. Il est... très affaibli, bien que sa nature lycanthrope l'ait aidé à se remettre. Il mesurait un mètre soixante-quatre pour trente-neuf kilos à son arrivée à l'infirmerie, à de très nombreuses cicatrices, sur tout le corps. »
Un petit reniflement distingué interrompit le vieille femme, qui avisa Narcissa, défaite.
« Il a aussi subi une fausse-couche. »
« Oh, par les Dieux, mon pauvre bébé, » pleura Narcissa, perdant sa dignité pour sangloter.
Dumbledore s'avança vers la femme.
« Narcissa, ce que vous devez également savoir, c'est que Draco ignorait tout de sa condition de Monoïque avant cette fausse-couche. La personne à qui vous avez donné l'enfant n'a pas tenu sa promesse, ou quelque chose, à moins que ce ne soit quelqu'un, a contrecarré vos plans. Il a été élevé au sein d'une famille apparemment aimante, avec un père, une mère, sans doute des frères et sœurs, de ce que nous en savons. Au vu de ses réactions et de ce qu'il a, bien malgré lui, laissé échappé, nous pensons qu'il était effectivement sur le territoire de Poufsouffle, et qu'il connaissait une personne proche répondant au prénom de Laura. J'ai transmis toutes ces informations à la commission d'enquête, mais avec l'hiver qui arrive, il faudra du temps pour que cette dernière avance. Les fêtes du soliste approchent, ainsi que celle de fin d'année. Le procès de Greyback sera aussi aux premières lignes. La recherche des parents du petit louveteau survivant ne sera pas la priorité. »
« Je demanderai à la personne concernée ce qui s'est passé et je vous transmettrai toutes les informations en ma possession, » murmura Narcissa. « Est-ce que Greyback l'a défiguré ? Ou est-il indemne de ce côté-là ? Pourra-t-il être désiré un jour ? Que va-t-il lui arriver, désormais ? »
La femme était visiblement effondrée et à la recherche du moindre détail qui pourrait la réconforter ou lui faire savoir que la vie de son fils n'était pas détruite.
« Nous avons pris contact avec une meute de notre connaissance, qui habite dans le Sud-Ouest du Royaume de Gryffondor. C'est une meute très bien, je vous le garantie. Je pense qu'ils accepteront de s'occuper de Draco. »
« Pourquoi une meute ? » se récria Narcissa. « Pourquoi le remettre à ces êtres ? »
« Madame, les Loups-garous sont des gens parfaitement normaux, si on oublie leur pilosité excessive, » répliqua gentiment Albus. « Les Lycanthropes de la veine de Fenrir Greyback restent une exception, qui malheureusement cause beaucoup de tort au reste de l'espèce entière. Quant à votre fils, sa condition fait qu'il lui faut une meute. Il ne le sait pas encore, ou du moins, ne veut pas l'admettre, car je suppose que s'il est Lycanthrope depuis un an sa partie lupine doit déjà lui faire part de son mécontentement à l'idée de vivre sans meute. Les soumis ont besoin de la présence d'une meute. »
Il posa sa main sur celle blanche et tremblante de Narcissa.
« Votre fils est d'une grande beauté. Il est l'un des plus magnifiques Monoïques qu'il m'ait été accordé de voir. »
Narcissa lui offrit un pauvre sourire.
« Merci, Albus. Je sais que ma requête va vous surprendre, mais je vous conjure de ne pas révéler les résultats des test sanguins que vous avez pratiqués, en toute illégalité je vous le rappelle. J'ai appris que vous alliez être nommé responsable de l'enfant, le temps qu'il parte dans sa nouvelle meute, je suppose. Ne laissez pas Lucius l'approcher, refusez que de tels tests soient de nouveau pratiqués. Ne dites rien à Scorpius. »
« Les gens vont parler, Ma Dame. »
« Qu'ils parlent, je n'en ai cure. Tant qu'ils ne savent pas, qu'ils se noient dans leurs suppositions, cela me convient. Tout ce qui m'importe, c'est que mon fils soit vivant. »
Elle reprit une longue inspiration, ses doigts se refermant sur ceux du vieux Mage.
« Ensuite, pourriez-vous transmettre les nouvelles que vous aurez de mon enfant à Severus ? Maintenant que je l'ai en partie retrouvé, j'aimerais savoir ce qu'il devient. Si vous saviez comme j'ai souffert de ne pas savoir, de vivre dans l'ignorance. »
Elle se leva, se tenant prête à partir.
« Madame Malfoy, pourquoi ne pas venir le voir ? » proposa doucement Poppy. « Votre fils est là, vous pourriez constater par vous-même comment il se porte. »
« Non, je ne peux pas prendre le risque que l'on me remarque. Lucius serait fou de rage. »
« Il n'est pas nécessaire de traverser les couloirs de ce château pour se rendre à l'infirmerie, » déclara Albus. « Et Draco est le seul patient de madame Pomfresh pour la nuit. »
... ... ...
La forme noire s'avançait lentement entre la rangée de lits, se dirigeant vers le seul qui était occupé. Les bruits de pas étaient légers, presque aériens. Il ne faisait pas nuit noire dans cette pièce, les rideaux aux fenêtres avaient été laissés ouverts et des bougies encore allumées de-ci de-là, conféraient une douce lueur.
Narcissa approcha, le cœur battant. Les cheveux longs de son fils, semblant être faits dans de l'or le plus pur, reposaient sur l'oreiller blanc. Elle sentit son âme se fendre à la vision du visage endormi, légèrement tourné de l'autre côté.
Une main sur la bouche, elle ne put s'empêcher d'avancer encore.
Pourtant, il avait fallu du temps à madame Pomfresh et à Dumbledore pour la convaincre. Pas qu'elle ne veuille pas voir Draco, mais elle l'avait abandonné, il restait pour elle un nourrisson à peine né. Elle avait peur, tout simplement, de ce qu'elle allait voir, en dehors du fait que son fils avait été brisé.
Elle avait peur de souffrir, de souffrir au delà de tout ce qu'elle avait déjà enduré.
En voyant Draco, elle sut qu'elle avait eu raison. Raison d'avoir peur, mais raison d'être venue. Elle aurait regretté jusqu'à son dernier souffle de ne pas avoir vu son bébé.
Elle tendit une main tremblante, souleva une mèche soyeuse. Le garçon remua en soupirant, tournant un peu plus son visage vers le mur, lui offrant son profil. Oh oui, il était si beau.
Narcissa ne put s'empêcher de se rappeler la naissance de son fils et la perte abominable de celui-ci.
« Je me souviens qu'il pleuvait, » souffla-t-elle en se baissant vers le matelas.
Elle posa sa tête à côté de celle de son enfant, respirant son odeur douce.
« Il pleut rarement autant au mois de juin. Quand tu es sorti de mon ventre, la première chose que j'ai vu de toi, ce sont tes cheveux. Et ton corps tout rose, si dodu. Tu as poussé ton premier cri et moi, j'ai su que j'étais perdue. Perdue dans l'amour qui a déferlé dans mon cœur. Jamais je n'avais autant aimé. On t'a posé sur moi, je t'ai embrassé, caressé... adoré. Et puis le Médicomage nous a annoncé que tu étais un Monoïque. Je l'ai haï ! »
Les mains de Narcissa se fermèrent en un poing sur le drap, dans un bruit de froissement.
« Et j'ai haï ton père qui voulait que l'on te tue, sans autre forme de procès ! Moi, j'aurai voulu tuer tout ceux que se seraient approchés de toi ! Tu étais... magnifique, Draco, si magnifique. La plus belle de toutes les créatures vivantes sur cette terre maudite ! J'ai voulu te sauver. Parce que je ne pouvais pas imaginer un seul instant te perdre, où que notre monde te perde. Cela aurait été la pire des tragédies. Alors j'ai choisi de t'éloigner de moi, pour que tu puisses vivre. »
Narcissa se mit à pleurer doucement.
« Je suis si désolée, mon bébé. Ça n'aurait pas dû se passer ainsi, je voulais ton bonheur, tu aurais dû être emmené au Temple. Moi, ma vie allait être détruite sans toi, j'allais mourir à petit feu loin de toi, mais te savoir vivant et heureux, entouré de l'amour des tiens, c'était ce qui me faisait tenir, jour après jour. Et je t'ai écris, tous les jours. Comme si tu étais à mes côtés. Je te racontais ma journée, ma tristesse, mes espérances te concernant. Tu m'as manqué, Draco. Tu m'as tellement manqué. Je devais porter ton deuil, mais contrairement à ton père, je te pleurais vraiment. Je te voulais dans mes bras, te serrer contre moi. Mon amour, si tu savais comme je t'aime... »
Elle se redressa, prête à quitter le lit et la pièce afin de laisser éclater son désespoir quand une petite main la retint.
« Maman ? » chuchota la plus belle voix au monde pour son cœur de mère.
Des yeux d'un gris clair, pur, bien qu'humides la dévisageaient.
« Oui, mon ange. »
Leurs corps rentrèrent en contact, brutalement. Leurs bras se refermèrent l'un sur l'autre.
« Draco, oh Draco, mon amour, mon fils, mon chéri, » répétait-elle en boucle, leurs larmes se mélangeant sur leurs joues.
« Est-ce que... est-ce que c'est vraiment mon nom ? » bredouilla le garçon, tout en se trouvant stupide de poser cette question.
Cela l'angoissait. Il voulait savoir au moins cela, si la médaille qu'il avait eue autour du cou autrefois venait de son père ou si c'était un autre mensonge de son part. Il eut sa réponse quand Narcissa sortit de son corset une chaîne qu'il connaissait déjà, avec un médaillon en tout point identique à celui qu'il avait eu autour de son propre cou autrefois.
« Oui, c'est moi qui l'ai choisi, parmi tous ceux que m'a proposés ton père. Il en préférait d'autres, mais moi, je voulais celui-là. Comme je te voulais, toi. »
L'enfant se cramponna de nouveau à sa mère. Il savait, au fond de lui, que demain elle ne serait plus là. Son père avait voulu le tuer parce qu'il était un Monoïque. Mais il savait aussi qu'au moins, il avait été aimé par sa mère biologique. Elle l'aimait encore, et ça n'avait pas de prix pour lui.
... ... ...
Draco regardait d'un œil circonspect sa tenue officielle d'étudiant, pliée sur son lit. Il avait pris sa douche, s'était lavé les cheveux avec application, tout en faisant attention à ne pas faire de nœuds. Il s'était bien vite réhabitué au confort, songea-t-il. Un bon lit, une douche chaude, un repas complet fourni trois fois par jour. Tout ce qu'il avait oublié pendant des mois.
Cela le laissait perplexe. Est-ce que c'était parce qu'il était devenu un Werwulf qu'il s'adaptait ainsi aussi facilement aux événements et situations qui jalonnaient sa vie ? Hannah l'avait pensé, autrefois. Après tout, comment auraient-ils pu supporter aussi longtemps leur vie d'esclaves sexuels dans la meute, sinon ? La preuve en était aussi le décès de Morag, elle qui avait rejeté sa partie lupine avec force. Elle n'avait jamais réussi à s'adapter aussi bien que les trois autres et était morte la première.
Draco secoua la tête, rejetant ses pensées. Voilà, une preuve de plus. À chaque fois qu'il ressassait le passé, notamment les événements douloureux, Compagnon-Loup faisait en sorte qu'il les mette de côté.
Ses mèches blondes s'agitèrent sous son nez. Draco les prit entre ses doigts, appréciant leur douceur et leur éclat de lune. Sa mère avait les mêmes cheveux que lui, bien que d'une teinte plus doré. Il sourit, repensant à leur étreinte de la nuit. Ça, c'était un bon souvenir. Il ne la reverrait jamais, mais savait qu'elle penserait à lui, tous les jours, et qu'elle se tiendrait informée de sa vie. Elle le lui avait promis.
Narcissa lui avait aussi proposé de reprendre son collier et sa médaille, mais Draco avait refusé. Comme il le lui avait dit, savoir qu'un peu de lui restait près de son cœur lui était réconfortant. La femme élégante lui avait en revanche donné un petit cahier, recouvert d'une couverture en cuir. Le garçon souleva son oreiller, le reprenant entre ses doigts. Il le flaira, découvrant quelque trace de la fragrance de sa mère. Lys et lilas. Bientôt, l'odeur disparaîtrait, comme sa mère. Mais il ne l'oublierait jamais.
C'était dans ce cahier que Narcissa avait écrit, chaque jour, ses pensées, ses rêves, ses espoirs pour ce fils disparu. Draco l'avait rapidement parcouru le matin pendant son petit-déjeuner, du moins les premières pages. Il le lirait plus attentivement plus tard.
En soupirant, il retourna à la contemplation de son uniforme. Quelle plaie ! Il n'avait pas envie de s'habiller de la sorte. C'était ridicule, il n'était pas un élève. Pourquoi le professeur Dumbledore voulait absolument le déguiser de cette façon ?
Nerveusement, il refit tourner une mèche de cheveux entre ses doigts. Madame Pomfresh lui avait proposé de les lui couper, mais il avait refusé. Elle avait simplement enlever les pointes trop abîmées, raccourcissant ainsi la longueur de plusieurs centimètres et égalisant les mèches blondes.
Draco aimait l'idée de les porter longs. Il l'avait toujours souhaité mais son père ne le voulait pas. Son père le menteur.
Ils avaient dorénavant la longueur qu'il avait longtemps espéré. Le fait qu'ils soient également de la même longueur que la chevelure des Monoïques ne lui avait pas échappé. Ils lui tombaient un peu en dessous des épaules, comme une cascade d'or aux reflets de rayon de lune. Il n'avait pas les tresses sur les tempes, n'avait pas le droit de les faire. Pourtant, il aurait dû les porter, puisque c'était ce qu'il était. Un serrement douloureux dans la poitrine lui rappela que non, ce n'était plus ce qu'il était. Il était Oméga désormais et n'avait jamais eu la possibilité d'être réellement Monoïque.
Le garçon enleva sa serviette enroulée autour de sa taille, décidé à enfin s'habiller. Le fait de mettre caleçon et pantalon étroit était désagréable sur sa peau. Boutonner une chemise impeccable aussi, lui donnant l'impression d'étouffer, d'autant qu'il lui fallait ensuite mettre cette cravate jaune et noir autour du cou. La grande robe typique des Mages par-dessus tout le reste finit de le contrarier. Il était trop habillé, engoncé sous toutes ces couches de tissus.
Il rejeta ses cheveux en arrière, les attachant en catogan. Fin prêt, il ouvrit les rideaux qui cachaient son lit. L'adolescent s'avança vers la fenêtre, admirant le paysage froid qui s'étalait dehors. Il avait neigé durant la nuit. L'hiver serait bientôt là, et avec lui la fête du solstice.
Un bruit de pas l'informa qu'un étudiant avait dû rentrer dans l'infirmerie. Il se retourna, avisant une jeune fille qui s'arrêta alors qu'elle le découvrait, à plusieurs mètres d'elle.
Son visage exprimait une grande surprise, néanmoins, elle reprit sa marche, étudiant chaque trait du garçon en face d'elle. Draco se sentit mal à l'aise, ainsi examiné.
« C'est toi, Draco ? » demanda-t-elle enfin.
Le garçon confirma d'un hochement de tête, inspectant lui aussi la jeune fille. Elle faisait environ sa taille, était vêtue de l'uniforme estudiantin de Poufsouffle, ses cheveux châtains bouclés retenus en une haute queue de cheval. Ses yeux verts clignèrent alors qu'elle se sortait de sa contemplation.
« Je suis Laura Madley, préfète de la maison Poufsouffle. Le professeur Chourave m'a demandé de venir te faire visiter le château et de te montrer notre salle commune. Il paraît que tu as été réparti chez nous ? »
« Oui, » confirma Draco en lui offrant une petite grimace, ne réussissant toujours pas à faire plus pour sourire.
La jeune fille le laissa prendre ses quelques affaires, les ranger dans un sac et l'entraîna à sa suite. Elle commença par se diriger vers le territoire des Blaireaux. Le garçon entra dans la salle commune, admirant le décor et la hauteur du plafond.
« C'est très joli. »
Il se sentait étrangement bien, comme de retour chez lui. Cette salle, c'était un petit morceau de Poufsouffle, de sa maison, son village.
« Qu'est ce que tu fous ici, Malfoy ! » s'écria une voix choquée dans son dos.
Le garçon se retourna ne sachant pas vraiment si cette altercation lui était destinée.
« Moi ? » fit-il en se pointant lui-même du doigt.
Trois étudiants venaient d'entrer dans la pièce et le regardaient eux aussi avec des yeux ronds, tout comme Laura avant eux.
« Ben mince alors, » dit le plus grands des deux garçons, celui qui venait de crier. « Tu... tu n'es pas Scorpius Malfoy. »
« Non, je m'appelle Draco. Juste Draco. »
« C'est toi le louveteau ? » demanda la jeune fille qui se tenait à côté de ses amis.
« Oui, » admit Draco.
D'autres exclamations fusèrent, Draco réalisant que la salle s'était peu à peu remplie. Il déglutit, mal à l'aise devant cette foule que le dévisageait sans aucune gêne.
Laura finit les présentations, lui donna les noms de ses camarades de chambrée puis l'aida à s'installer dans le dortoir où sept lits étaient placés. La visite du château ressembla beaucoup à celle de la salle commune, tous les regards se posant sur lui, son passage suivi de nombreux chuchotis.
Draco comprit que plusieurs éléments étaient à l'origine de cette effervescence autour de sa modeste personne.
D'abord, les élèves réalisaient que les rumeurs étaient vraies. Un jeune Loup-garou avait réellement été sauvé lors de l'attaque de la meute de Greyback le Sanguinaire, sur Pré-au-lard. Le ''louveteau'' comme tout le monde le dénommait jusqu'à présent, était bien à Poudlard et y resterait jusqu'à nouvel ordre. Il avait même été réparti dans la maison Poufsouffle. Les élèves se posaient beaucoup de questions sur lui, ses origines, sa captivité avec Greyback, son futur. C'était ce que son ouïe très développé lui indiquait.
L'autre élément qui lui posait problème et qui, à l'évidence, perturbait grandement les élèves, était sa ressemblance frappante avec un autre élève, plus jeune que lui, le dénommé Scorpius Malfoy.
Draco aurait bien aimé être un peu plus au calme, afin de réfléchir à tout cela. Et puis, il n'avait jamais aimé la foule ! Ces mois passés au sein de la meute ne l'avait pas aidé à changer ce trait de caractère.
Il vit donc arriver l'heure du déjeuner avec soulagement. Pourtant, alors qu'il pénétrait dans la Grande Salle pour s'installer à la table des Poufsouffle, une voix traînante l'arrêta.
« C'est toi, Draco ? »
L'adolescent tourna la tête et reçut un choc. En face de lui se tenait son double. Du moins, c'était ce qui semblait au premier coup d'œil. L'autre gamin avait l'air aussi estomaqué que lui. Ils s'avancèrent, le Lycanthrope humant l'air, étonné. Le jeune Mage, lui, fronça bien vite le nez de dégoût.
« Ça alors, Scorpius, c'est incroyable ! Tu penses que c'est vraiment ton frère qui était mort ? » s'écria une jeune fille à tête de chien et à la voix stridente.
Draco regarda leur uniforme, reconnaissant sans problème l'emblème de Serpentard sur le devant de la robe.
Le jeune garçon en face de lui devait avoir dans les douze ou treize ans. Il était plus petit que lui. Ses cheveux étaient eux aussi d'un blond très pâle presque blanc, raides et lisses, coiffés en arrière et maintenu grâce à du gel. Son visage était fin, le nez pointu. Mais les yeux étaient bleus, pas gris. Comme ceux de Narcissa.
La poitrine de Draco se serra. Scorpius avait malgré tout les traits moins bien dessinés que lui, son visage plus rêche. Ses lèvres moins ourlées, moins roses. Draco, sans vantardise aucune, savait qu'il était plus beau, mais aussi plus androgyne malgré son aînesse que son... frère. Il savait que le garçon qui le regardait avec une moue dédaigneuse était bien son petit frère. En dehors de leur ressemblance frappante, l'odeur ne mentait pas.
Draco réalisa que s'il avait été Werwulf plus tôt, le mensonge de son père aurait volé en éclat bien avant. L'odeur de ses parents et de ses sœurs n'auraient rien eu en commun avec la sienne.
« Mon frère ? Lui ? Jamais. C'est un Loup-garou ! »
« Il a été mordu il y a un an, sombre crétin ! » lança un grand garçon brun, de Gryffondor.
« Et alors ? Ça ne change rien ! Les Malfoy ne se retrouvent pas dans des situations où ils peuvent croiser des Loups-garous, » continua Scorpius avec mépris.
Ses yeux clairs se plissèrent.
« D'autant que si ce qu'on dit est vrai, il n'est certainement pas mon frère. On dit que tu es un Monoïque, » cracha-t-il en direction de son aîné.
Draco reçu cette déclaration comme elle l'était, c'est à dire une insulte. Cette dernière déclencha d'ailleurs plusieurs exclamations offusquées. Mais, comme Draco le comprit tout de suite, à l'encontre du jeune Malfoy.
« Si c'est un Monoïque, alors il est sacré ! » - « C'est un descendant des Sylphes ! » - « Il est si beau... ce n'est pas étonnant. » - « Un Monoïque, à Poudlard ? C'est un grand honneur ! » - « Comme j'aurais aimé qu'il soit mon frère... »
Ces paroles mirent du baume au cœur du jeune homme. Il ferma brièvement les yeux, se rappelant tout ce qu'on lui avait dit sur les Monoïques. Pour l'immense majorité du Monde Libre, ils étaient effectivement sacrés et adorés. Mais en général, les Serpentard n'aimaient pas qu'ils naissent en leur sein bien qu'ils en raffolaient dans leur lit. Ils étaient un honneur en tant qu'époux mais une tare dans leur arbre généalogique en tant qu'enfant, un affront qu'il fallait effacer, soit en les abandonnant, soit en les tuant. Comme son père avait voulu faire. Il rouvrit les yeux pour tomber dans ceux haineux de son jeune frère.
« Ce ne sont pas des Mages, ce sont des êtres inférieurs à notre race. Il n'y a aucun Monoïque dans ma famille, notre sang est pur de toute imperfection. Cette chose n'est pas mon frère ! »
Cette déclaration lancée avec morgue jeta un silence de plomb. Draco s'obligea à retenir sa peine, sa tristesse. Scorpius avait dit les propres paroles de son père, sans le savoir. Le plus vieux des garçons blonds avala avec difficulté sa salive, les yeux brillants de larmes contenues.
« Il a raison. Je ne suis pas son frère. Je n'ai pas de famille et je ne suis certainement pas un Serpentard. »
Une main se posa sur son épaule, celle d'un Poufsouffle de septième année. Cédric, si sa mémoire était bonne, et préfet en chef.
« Non, heureusement, tu es un Poufsouffle. Ce serait accorder trop d'honneur à cette vermine que de leur laisser croire que tu es de leur sang. »
Des murmures ravis d'un côté, furieux de l'autre emplirent la salle. Puis les élèves regagnèrent leurs bancs tandis que les professeurs les rappelaient enfin à l'ordre.
Draco tenta d'oublier cette confrontation. La nourriture qui apparut devant lui l'aida grandement en ce sens. Il s'aperçut aussi que même chez les Serpentards, sa présence fascinait. Ses oreilles alertes lui donnaient beaucoup d'informations, pour la plupart plutôt plaisantes. Certes, sa condition de Loup-garou en effrayait plus d'un, mais tous étaient sous le charme du Monoïque et impressionnés d'avoir la chance, l'honneur, d'en côtoyer un d'aussi près. Les élèves s'extasiaient de sa beauté, les filles l'enviaient et les garçons... quelques propos lui coupèrent l'appétit, lui rappelant douloureusement sa vie au sein de la meute. Et Snape qui les traitait d'enfants ! Ce bâtard ferait bien de se laver les oreilles, pensa Draco avec amertume.
Toutefois, le fait que madame Pomfresh ait placé un sort de surveillance sur lui le rassurait. Les jeunes hommes présents ne pouvaient pas lui faire du mal.
En plus de cela, il se savait capable de se défendre, il n'hésiterait pas à montrer les crocs s'il le fallait. Ce n'était pas des Werwulfs ! Ils n'étaient pas des mâles dominants, juste des gamins ! Compagnon-Loup refusait que l'un d'eux lui grimpe dessus, il les mordrait s'ils osaient essayer !
La façon de penser de sa partie lupine le perturbait grandement, tout en le rassurant. Oui, il se défendrait, de ses griffes et ses dents. Néanmoins, il doutait d'avoir besoin de le faire. Car même parmi les garçons qui le regardaient avec envie et racontaient des choses salaces à leur voisin de table, aucun n'aurait commis le sacrilège de corrompre de façon sexuelle un Monoïque. Ils étaient intouchables.
Draco finit son repas, puis Cédric se proposa à la place de Laura pour l'emmener dans le bureau du professeur Chourave. Elle finit de lui expliquer les règles de Poudlard ainsi que celles particulières qu'il devrait suivre. Ensemble, ils décidèrent des cours qu'il pourrait étudier. Le directeur refusait en effet que l'un de ses étudiants passe ses journées à se tourner les pouces. Draco suivrait donc les cours de botanique, d'histoire de la magie, de soins aux créatures magiques, d'arithmancie. Il refusa mordicus de participer à ceux de divination. Par contre, il fut enchanté de pouvoir suivre celui consacré à l'étude du Monde Libre. Ce dernier était plus ouvert que l'histoire de la magie ou les créatures magiques, abordait plus de sujets susceptibles de l'intéresser. Le reste du temps, pendant que ses camarades auraient les autres cours, il pourrait aller à la bibliothèque, aider le garde-chasse Ogg ou encore madame Pomfresh à l'infirmerie.
Le soir, alors qu'il était allongé dans son lit, les rideaux fermés, le jeune homme prit le livre de sa mère. Il ne lui avait pas demandé son nom de famille mais l'avait découvert grâce à Scorpius. Il tourna les pages, trouvant celles qu'il cherchait. Celles qui lui racontaient la seconde grossesse de sa mère et la naissance de son frère. Les larmes qu'il avait retenues dans la journée roulèrent sur ses joues, glissèrent dans son cou.
Sa mère assurait à son bébé fantôme qu'elle l'aimait, qu'elle l'aimait de tout son cœur, de tout son être, quand bien même un autre enfant grandissait en elle. Un enfant non Monoïque espérait-elle, car elle n'y survivrait pas si un deuxième enfant lui était arraché.
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À suivre
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NDA : je vous informe que je vais poster un recueil d'OS d'ici... eh bien... quelques minutes en fait ^^ Donc surtout, n'hésitez pas à venir me retrouver là-bas également :)
