Wahou! Tant de reviews pour ce chapitre 13... Je dois dire que je suis comblée. Vous avez fait exploser le compteur (13 reviews sur ), je ne vous remercierai jamais assez. C'est vraiment un plaisir, pour moi qui met tant de coeur dans cette fiction, qui m'arrache les cheveux depuis plus de trois ans, d'avoir tant de retours de votre part. Un grand MERCI, donc, à Mystical, Derlya, Ruchie-chan, Lilyboy's, feufollet,Selminia, Melody, Idiote, Gaef et Juleffel pour leur enthousiame et leur fidélité.
Malheureusement, l'auteur indigne que je suis doit vous prévenir d'un sérieux ralentissement dans la publication. Ce chapitre 14 arrive déjà avec une semaine de retard car j'ai publié un peu trop vite et mes pauvres bêtas n'avaient pas eu le temps de suivre. Je remercie d'ailleurs Shaman, DoxiesCurse, Ginnyw et Akasora (qui vient d'arriver), pour leur travail sur ce chapitre. Par ailleurs, je viens à peine d'entamer le chapitre 17, cequi fait que je n'en ai plus beaucoup d'avance alors que j'arrive à la partie la plus délicate de l'écriture. J'espère tout de même pouvoir conserver un rythme de publication décent. S'il le faut vraiment, je m'arrêterai quelques temps pour reprendre un rythme régulier plus tard. J'espère ne pas en arriver là.
D'autre part, comme je vous l'ai dit, j'arrive à une partie délicate de l'écriture et j'ai besoin de vous, chers lecteurs! Les chapitres 14 et 16 marquent une période de transition. S'il y a des interrogations dans les chapitres précédents auxquelles la réponse n'a pas encore été donnée (Garçon Mystère et dispute des Maraudeurs exceptés), n'hésitez pas à la poser, que je vérifie que ce n'est pas un oubli de ma part et que j'ai bien prévu d'y répondre dans la suite.
Sur ce, j'arrête de vous embêter et vous laisse découvrir la suite du plus horrible cliffhanger de cette histoire. Bonne lecture!
Caprice
EDIT DU 3 février : mes chers lecteurs, je sais que ça fait un moment que j'ai disparu. Je m'en excuse profondément, je ne pensais pas en avoir pour si longtemps! Je vous rassure tout de suite, je ne compte pas abandonner Memories, ni vous par la même occasion. J'ai simplement besoin de temps pour m'y replonger et tout faire corriger par mes bêtas. J'ai bien avancé dans l'écriture, j'en suis actuellement au chapitre 19. J'espère ne pas mettre trop de temps à vous faire parvenir la suite. A bientôt et merci de votre patience :)
Chapitre 14 : L'abîme
Attente.
Y-a-t-il quelque chose de pire que l'attente ?
Attendre, c'est avoir peur.
Attendre, c'est se préparer au pire en espérant le meilleur.
Attendre, c'est voir les choses se passer sans pouvoir intervenir. C'est hurler, se déchirer la gorge et le cœur d'impuissance.
Je sors du bureau de McGonagall dans un état normal. Du moins, je crois. Ann et Mary m'attendent de l'autre côté de la porte. La première ouvre la bouche, s'étrangle, la referme. D'accord, je ne dois pas avoir l'air si normal que ça. Je pose ma main sur l'épaule de mon frère. Qui ne se dégage pas. Lui non plus n'est pas dans son état normal. Il regarde Ann et lui dit :
- Maman a été attaquée, elle est à Sainte-Mangouste dans un état critique. Mais Papa ne veut pas qu'on rentre, alors ça ne doit pas être si grave.
Chacun son interprétation des faits. Si je ne le voyais pas déjà ébranlé, je lui remettrais les yeux en face des trous.
- Je vous laisse, dit-il.
- Oh que non !
Je l'attrape et le conduis vers la salle commune. Tenir. Je fais signe à Ann que je la rejoindrai plus tard.
- C'est midi, tu vas venir avec moi digérer tout ça dans la tour de Gryffondor. Ensuite, tu iras manger et si tu veux, tu retourneras en cours.
Il ne proteste pas. Ca prouve son trouble.
oOoOo
Je suis restée avec mon frère jusqu'à ce qu'il décide que je n'avais pas à le materner et qu'il retournait en cours. Je rejoins mes amis pour mon premier cours de l'après-midi. Ils me regardent tous arriver, l'air grave. Ca m'agace.
- Vous savez, moi, je vais bien, hein !
Lily étouffe un rire nerveux, mais Ann m'observe comme si je tombais de Saturne. J'évite soigneusement de regarder les autres et entre dans la classe. Je les entends murmurer quelque chose, puis ceux qui ont cours avec moi s'installent à mes côtés.
oOoOo
J'ai terminé la journée aussi normalement que je l'avais commencée. Du moins, j'ai essayé. J'ai suivi tous mes cours, pris des notes avec attention – notes auxquelles je n'ai rien compris. J'ai mangé tôt pour regagner la salle commune et retrouver mon frère. Depuis qu'ils ont appris la nouvelle, les septièmes années de ma maison me suivent tous ensemble. Et si je comprends leurs intentions, leur attitude m'énerve plus qu'autre chose. Ann est plus paniquée que moi ! Je n'ai rien ! Je ne suis pas en sucre. Je dois m'occuper de Keith, le rassurer et persuader Papa de nous laisser rentrer.
En arrivant dans la salle commune, j'aperçois mon frère assis sur un canapé, entouré de ses amis. Ces derniers murmurent entre eux, lui jetant régulièrement des regards inquiets tandis qu'il regarde dans le vague. Deux filles l'encadrent, l'une lui tenant le bras, l'autre (Inge) lui entourant les épaules. Eh bien, le voilà gâté ! J'espère qu'il en profite autant qu'elles ! Je me corrige immédiatement. Personne ne peut être content d'une telle situation. Je suis folle. Ma mère est sur un lit d'hôpital entre la vie et la mort et moi, tout ce que je trouve à faire, c'est jouer les commères de bas étage ? Il me manque un boulon.
Mes amis entrent derrière moi. Nous nous dirigeons vers le canapé face à celui de Keith. Ses amis se poussent aussitôt pour nous faire de la place. Je sors un parchemin et commence une lettre pour mon père.
oOoOo
Au bout du quinzième essai, je renonce. Ca ne sert à rien, ça ne va pas. Que puis-je bien lui dire par écrit alors que la situation est si critique ? Il n'aura qu'à soupirer, poser ma lettre sur la table et l'oublier pour me signifier qu'il ne changera pas d'avis ! Qu'on ne pourra pas rentrer voir Maman. Mais qu'est-ce qu'il leur passe par la tête, à mes parents ? Qu'il vaut mieux mourir chacun dans son coin ?
Soudain, mon frère se lève et repousse ses amis. Il part en direction de son dortoir comme un automate moldu. J'attends une poignée de secondes avant de le suivre. Lorsque j'arrive devant son dortoir, je me heurte à une porte fermée.
- Keith, je crie à travers, c'est moi !
J'entends un soupir, un bruit de verrou et la porte s'ouvre. Je pénètre dans la pièce pour voir mon frère, baguette à la main, recroquevillé sur son lit. Hésitante, je m'assois à ses côtés.
- Dure journée…
Seul un grognement me répond. Nous restons un moment silencieux. Puis, sans prévenir, il se redresse et me serre dans ses bras. Bien que surprise, je réponds immédiatement à son étreinte.
- Maman va s'en sortir, hein, Luth ? me demande-t-il, la voix tremblante de sanglots.
Je voudrais répondre que oui, bien sûr, elle va s'en sortir, que c'est évident et qu'envisager le contraire n'est même pas à l'ordre du jour. Notre maman ne peut pas partir, elle ne peut pas nous laisser. C'est inimaginable. Que ferions-nous, sans elle ? Mais mon cœur de grande soeur se serre et les mots refusent de franchir mes lèvres. A la place, je ne suis capable que de murmurer un « les Médicomages font ce qu'ils peuvent » d'une voix étranglée. Et je me déteste de parler de ce ton impersonnel, comme une étrangère, comme si ça ne me concernait pas. Je me déteste de dire cela à mon propre frère.
Et il pleure. Il marmonne des paroles incompréhensibles sur ses amis qui ne comprennent pas, mais qui sont gentils quand même, sur sa peur et sur sa maman qu'il aime, sur son père qui ne comprend rien à nous laisser attendre à l'école et sur un tas d'autres choses que je ne saisis pas. Il s'accroche de plus en plus à moi à mesure que je le berce et que je lui murmure à mon tour des paroles rassurantes. Je ne sais pas trop ce que je dis et je crois que ça n'a pas d'importance.
Il pleure, il pleure longtemps. Même si ses larmes se tarissent, je sens sa peur et son incertitude. C'est encore un enfant qui ne songe même pas à la possible éventualité que sa maman puisse mourir. C'est notre maman, elle ne peut pas être allongée dans un lit d'hôpital sans rien faire. Ce n'est pas la même maman ce n'est pas la nôtre. Et en même temps, Keith est déjà cet ado qui, rationnellement, sait que cela peut se produire mais n'arrive pas à envisager toute l'ampleur du désastre.
Et moi, moi, je sais ce que cela signifie. Je refuse l'idée que ma mère puisse être une victime de cette guerre que je n'ai pas demandée, à laquelle je ne comprends d'ailleurs pas grand-chose. Cette idée me révulse, mais je ne peux l'ignorer. Je peux imaginer les jours difficiles qui nous attendent, quoiqu'il arrive désormais. J'envisage toutes ces éventualités en frissonnant d'horreur, mais avec cette part de calcul froide qui me maintient à la surface. Je sais ce que j'ai à faire et je le ferai s'il le faut parce que Keith compte sur moi, parce que Papa ne s'en sortira pas tout seul et parce que je n'en dormirai plus la nuit si je ne le fais pas.
Petit à petit mon frère s'endort. Je l'allonge délicatement sur son lit il a un sursaut, me regarde et m'implore :
- Maman va s'en sortir, hein Luth ?
Et devant ses larmes, je n'ai d'autre choix que de répondre :
- Oh, Keith, je l'espère, je l'espère de tout mon cœur !
Je reste un long moment à le contempler une fois qu'il est endormi. La lune ronde éclaire son visage d'une lueur protectrice et paisible. Je tourne la tête pour la contempler. Comment peut-elle briller avec autant d'éclat alors que tant de drames se nouent en ce moment même ? Sa vision qui souvent m'apaise me semble à présent un affront, une preuve d'égoïsme intolérable. Alors, avec un dernier regard pour mon frère, je me lève doucement et quitte le dortoir.
oOoOo
Je descends dans la salle commune. En voyant le monde qui s'y trouve, je reste un instant abasourdie. Je ne devrais pas, pourtant. Maman a été attaquée dans la résidence d'un ambassadeur. Il y a eu une attaque. Il y a eu des morts. Trois. Et les Gryffondors restent là. Un peu pour moi. Leur attention me bouleverse. Ma gorge se serre et je me prends la réalité en pleine figure. Maman est en danger. C'est vrai, c'est réel, c'est arrivé. Sous le choc, je me sens vaciller. Un élève fait un geste pour me rattraper, mais je m'appuie contre le mur. Ils restent là, j'entends leurs murmures, je vois leur air de compassion, leurs sourires désolés. J'ai envie de hurler que je ne mérite pas cette attention, qu'ils ne doivent surtout pas me la donner parce que ma mère ne va pas mourir.
J'essaye de sourire à mes camarades, mais ma bouche se crispe et je laisse échapper un sanglot. Désespérée, je m'élance dans la salle commune à la recherche de mes amis. Quand je les trouve, je me jette dans leurs bras. J'ai mal, si mal tout au fond de moi que ça me retourne le ventre. Il me semble que je ne pourrai jamais m'arrêter de pleurer et que je n'aurai jamais assez de larmes pour exprimer mon chagrin, ma peine, ma colère, mon espoir, tous ces sentiments qui se bousculent en moi et forment un ouragan qui brise aussi bien mon corps que mon âme.
C'est à peine si j'entends leurs chuchotements, si je sens leurs étreintes et leurs bras qui m'entourent. Je m'accroche à une main qui apparaît être celle de Remus. Remus ! Je l'attire contre moi, je me réfugie dans sa douceur, dans sa voix grave et chaude. Je laboure la main d'Ann que j'ai saisie tout à l'heure et qu'il me semble que je ne pourrais plus jamais lâcher. Elle me transmet toute son empathie dans ce simple contact et le monde extérieur n'existe plus. Ou presque, car je les sens tous, autour de moi. Mary, Lily, Peter, Sirius, James et Mandy, Fabian et tous les autres ils sont là, si proches, si forts. Je me sens entourée d'un roc indestructible fait par ces gens que je côtoie tous les jours sans les connaître.
Et je m'en veux tellement je les déteste de me voir pleurer, de me voir si faible et si égoïste. Je voudrais être seule, totalement seule dans mon lit et dans le noir pour qu'aucun d'eux ne voie ma douleur, ma faiblesse et ma peine me submerger. Comment puis-je être aussi pitoyable quand ils sont tous là, si courageux, sans aucune peur, Gryffondors tout entier ? Dans un sursaut de lucidité, je murmure « laissez-moi ! » mais aucun d'eux ne semble l'entendre. Pire, ils se resserrent encore autour de moi. Je ne dois plus pleurer, je ne dois pas montrer cela. Je dois être forte, comme eux, pour Keith, pour Papa, pour Maman, pour Ann qui ne peut pas supporter le poids de mon chagrin. Et pour moi.
On me tend un thé brûlant, on me force à l'avaler, mais il ne me réchauffe pas. Tout est si froid, si triste, si injuste, si terrifiant. Combien de temps vais-je encore devoir supporter cette souffrance ? Je n'en sais rien. Depuis le début de la journée, tout semble s'étirer à l'infini pour passer effroyablement plus vite la seconde d'après. Le temps joue avec cette tension qui monte, monte en moi. Je me sens tomber loin du monde, dans un décor de plus en plus flou où seule cette douceur chérie m'enveloppe encore.
oOoOo
Quand je me réveille, ma première sensation est celle d'une force vive qui pulse. Resserrant ma couverture autour de mes épaules, je me laisse bercer par ce rythme profond et régulier, sécurisant. Je crois bien que je n'avais pas dormi aussi profondément depuis des années. Mon corps est tout engourdi de sommeil et mon esprit flotte dans une brume bienfaisante.
Je voudrais bien me rendormir, mais mes oreilles reprennent du service. Des voix et des bruits de pas me parviennent. Les filles sont bien bruyantes, ce matin. Et leur voix est bien grave également… J'ouvre paresseusement les yeux et contemple la cheminée. Le feu vient de s'éteindre, ne laissant derrière lui que quelques braises rougeoyantes. Soudain, mon oreiller sursaute. Hein ? Mais il n'y a pas de cheminée dans mon dortoir !
Cette constatation en entraîne une autre : le truc sur lequel je suis appuyée n'est pas un oreiller. Du moins, pas le mien. Un rapide coup d'œil m'informe qu'il s'agit en fait d'une paire de genoux. Et ce poids sur ma taille n'est pas dû à ma couverture, mais à une main qui n'a rien de féminin. Les genoux doivent donc appartenir à un garçon. Hein ?
Etourdie par cette révélation, je me redresse d'un bond. Un soleil hivernal pénètre dans la salle commune. Quelques élèves, déjà habillés, la traversent pour descendre déjeuner. Mais mon regard est pressé de se poser sur celui qui m'a tenu compagnie cette nuit. J'obéis donc à mon insatiable curiosité.
Et là… une légende vient de mourir. Si les groupies de Poudlard avaient la même vision que moi, elles ne seraient plus groupies bien longtemps. Quand je pense que la moitié de la gent féminine de l'école se damnerait pour passer une nuit dans ses bras… « Eh bien, comme tu l'as fait, cela signifie que tu es damnée ou que tu n'as plus longtemps à vivre. Mais ça en valait le coup, hein ? » Déjà réveillé, celui-là ? Qu'il aille se rendormir. J'allais donc dire que les groupies se damneraient pour un bien triste spectacle le matin venu. Leur seigneur est avachi sur le canapé, les vêtements froissés et aussi défraîchis que son teint. Il arbore un air hagard accentué par sa pâleur et deux gros cernes violets, auxquels il faut ajouter un brushing qui ferait pâlir James Potter de jalousie.
- Luth ? marmonne-t-il en m'apercevant.
- Jusqu'à preuve du contraire, c'est bien moi.
Et je me demande fichtrement ce que je fiche là. Pourquoi ai-je passé la nuit sur un sofa de la salle commune ? Pourquoi ai-je dormi sur ses genoux ? Je rougis comme quelques élèves qui passent nous jettent des regards intrigués. Qu'est-ce que je fais là ? La mémoire me revient. Ah, oui… oh, non. Je me mords la lèvre et baisse les yeux. Il me prend par l'épaule et m'attire à lui, frictionnant doucement mon bras. Trop fatiguée pour penser aux conséquences d'un tel acte, je laisse tomber ma tête sur son épaule.
- Ca va aller…
Sa présence me réconforte. Alors qu'hier je voulais un peu de solitude, je suis soulagée de ne pas m'être réveillée seule ce matin. Des souvenirs remontent à la surface de mon esprit. Ma mère, me serrant dans ses bras et se transformant en un Rosier démoniaque. Non, non, ce ne sont pas des souvenirs, mais des rêves. Blottie contre lui, j'essaye de maîtriser la peur irraisonnée que ces images font naître en moi. C'était un cauchemar, juste un cauchemar, et rien d'autre qu'un cauchemar. Devant mes yeux danse le visage de ma mère. Comment va-t-elle ? Ne pas pleurer. Ca ne sert à rien. De toute façon, j'en serais incapable même si je le voulais. Je me suis vidée de toute mon eau pour au moins les dix années à venir.
Je sens ses épaules se soulever et cela coupe mes sombres pensées. Il bâille. Je me redresse aussitôt, réalisant encore une chose :
- Tu n'as tout de même pas passé toute la nuit ici ?
Il me regarde comme si j'étais folle.
- Bien sûr que si ! Je n'allais quand même pas t'abandonner sur ce canapé.
J'ouvre la bouche pour demander pourquoi ce ne sont pas mes amies qui… Mais il est apparemment Legilimens :
- Ann était dans un tel état que Mary a dû mettre une potion de sommeil en douce dans son verre et la forcer à aller se coucher. Et c'est tout juste si James n'a pas fait léviter Lily jusqu'à votre dortoir. Elles étaient toutes en état de choc, quelqu'un devait bien prendre soin de toi !
- Mais…
- Ah non, Luth, s'il te plaît. Pas de grand discours du genre « il fallait me réveiller, j'aurais pu aller dormir dans mon lit et j'aurais pu me débrouiller toute seule ! », parce que non, tu n'aurais pas pu te débrouiller toute seule dans cette situation.
J'ouvre la bouche et… la referme. Comment savait-il que j'allais dire ça ?
- Je te connais mieux que tu ne le crois, grommelle-t-il devant mon air ahuri. N'envoie pas balader les gens qui s'inquiètent réellement pour toi. Tu penses toujours pouvoir gérer tes problèmes comme une grande, mais celui-ci est de taille. Ce n'est pas en souffrant dans ton coin que tu iras mieux, crois-moi.
Je ne l'avais jamais vu aussi grave, aussi sérieux. Son discours me fait l'effet d'une claque. J'ai l'impression qu'il m'a enlevé toutes mes armes, qu'il peut lire en moi et anticiper le moindre de mes gestes. Qu'il peut me faire autant de mal qu'il le souhaite. J'ai peur, je me lève. Il me regarde avec un sourire fatigué et murmure :
- Excuse-moi, Luth, je ne voulais pas te blesser. Mais je sais, nous savons tous, que tu vas vouloir rester seule et on ne te laissera pas faire. Quels amis ferait-on si on te laissait comme ça ?
J'observe son visage, ses traits tirés, son sourire crispé, ses yeux inquiets et je suis prise de remords. Comment ai-je pu croire qu'il me ferait du mal alors qu'il est resté toute la nuit à veiller sur moi ?
- On se doute que tu auras plus besoin des filles que de nous, c'est pour cela qu'on les a envoyé dormir de force. Elles doivent être réveillées maintenant, tu devrais monter les voir.
J'acquiesce, toujours muette. Comme un automate, je marche vers les escaliers. Alors que j'allais commencer à monter, prise d'une soudaine impulsion, je me retourne et l'appelle. Il s'arrête dans l'encadrement du portrait de la Grosse Dame.
- Euh… merci.
-À ton service, fait-il avec un clin d'œil.
Je lui souris en retour et me dépêche de monter les marches du dortoir.
oOoOo
Les filles ont essayé de me dissuader d'aller en cours aujourd'hui. Il paraît que j'ai une mine affreuse et que « dans ma situation » c'est tout à fait compréhensible de vouloir rester au calme. J'ai dû me faire violence pour ne pas m'énerver. C'a été dur mais j'ai tenu bon. Je ne peux pas m'arrêter de vivre. Maman n'a pas arrêté, elle, que je sache. Elle respire toujours. Et si je baissais les bras à chaque obstacle, je n'avancerais jamais. Il faut bien survivre. Et puis, que penserait Keith ?
En descendant manger, je ne le vois nulle part. Je demande à Inge où il est et elle m'explique en balbutiant qu'il dort encore. Ses compagnons de dortoir disent qu'ils ont appelé Miss Pomfresh dans la nuit car il s'agitait beaucoup trop et qu'elle lui a administré assez de potion de sommeil sans rêve pour endormir un Troll. Je me sens coupable et esquisse un geste pour remonter le voir.
- Taratata, me fait Ann, tu manges d'abord. De toute façon, il dort, alors il peut bien attendre cinq minutes.
Je proteste mais les filles me forcent presque à avaler mon petit déjeuner.
Sitôt que c'est fait, je grimpe à toute vitesse vers la tour de Gryffondor. Je m'assois sur le lit de Keith et le regarde dormir un instant. J'aimerais dormir aussi. Mais je dois aller en cours, ne serait-ce que pour lui. Je l'embrasse sur le front et quand vient l'heure, je laisse un mot sur sa table de nuit.
oOoOo
Je me dirige maintenant vers mon cours de Défense contre les forces du Mal. Nous avons retrouvé les garçons en chemin. J'ai baissé les yeux, ne sachant pas trop quoi leur dire à part un ridicule « merci ». James a répondu d'un ton désinvolte et Lily lui a assené une réplique bien sentie – assortie d'un grand sourire. Leur fausse dispute m'amuse et m'évite de m'apitoyer sur mon sort. Je regarde Ann qui doit être encore plus pâle que moi. Je me rapproche d'elle et lui serre le bras, ne sachant pas trop quoi lui dire d'autre. Pourquoi est-elle si bouleversée ? Bien sûr, c'est gentil, c'est réconfortant de la sentir là pour moi, mais… j'ai l'étrange impression d'avoir moins mal, moins peur qu'elle.
Nous arrivons devant la salle de classe et aussitôt, une voix désagréable nasille dans mon dos :
- Eh ben, cousine, on ne s'est pas précipitée au chevet de sa « Man-man ».
Je me retourne impassible. Maintenant que je l'ai en face de moi, je me rends compte que j'ai eu plus raison que jamais de venir. Je n'ose penser aux horreurs auxquelles j'aurais eu droit si je m'étais fait porter pâle. Voyant que je ne réagis pas, Rosier continue :
- Eh bien, on a perdu sa langue ? Aurais-tu peur, maintenant ?
- La ferme, Rosier ! crache Sirius, la baguette déjà en main.
- Oh, le prince charmant, minaude l'autre. Quand Lupin n'est pas là, Black prend le relais ?
Personne ne réagit à une aussi mauvaise répartie, mais mon crétin de cousin ne compte pas s'arrêter là.
- Il faudra bien deux gars pour te protéger quand ta Sang-de-Bourbe de mère aura crevé.
Je lâche mon sac et me précipite sur lui avec un hurlement de rage. Je n'ai pas ma baguette, mais qu'importe, je veux lui faire mal de mes propres mains. Mon élan le déstabilise, nous roulons par terre. Je le frappe avec une force qui me surprend moi-même et commence à lui lacérer le visage. Qu'il crève ! Il aura beau dire, la méthode moldue est bien plus satisfaisante qu'un duel à coup de baguette magique. Je veux qu'il garde les traces de ma colère, qu'il soit défiguré, que même Vous-Savez-Qui ne veuille plus de lui. Qu'il aille mourir au fond d'un cachot, comme un rat, qu'on l'oublie, qu'il ne puisse plus jamais parler. Qu'il souffre avec son corps puisqu'il ne peut pas souffrir avec le reste. Qu'il se vide de son sang, bon sang, qu'il CRÈVE !
Un coup dans le ventre me coupe le souffle. Le salaud, il a compris ce qui lui arrivait et il veut se défendre ? « Vu sa taille, il ne va pas avoir de mal » La ferme, toi ! Je me débats tant et si bien qu'il finit par me lâcher. Je le griffe et l'entends hurler :
- Mais elle est folle !
Il écarte ma main et m'assène un violent coup de poing dans la mâchoire. Etourdie, je chancelle. Il en profite pour se relever, j'aperçois sa baguette. Mauvaise malgré la douleur, je veux me précipiter à nouveau sur lui. Je le tuerai, lui, son sourire arrogant et sa prétendue supériorité je les tuerai tous pour ce qu'ils ont fait. Mais deux bras m'attrapent et me tirent en arrière. Sirius. Il murmure des « chut » et des « ça va aller » apaisants. Mais il y a son bras sur mon épaule, sa détermination à m'entraver, sa force qui m'éloigne inexorablement de ma cible et cela ne fait que décupler ma fureur. C'est Sirius qui ose m'entraver ainsi ? Sirius, le fougueux, le brûlant, l'intrépide, qui m'exhorte au calme ? Sirius qui est le premier à clamer qu'il faut se battre, qu'il faut les abattre ? Sirius qui sort sa baguette à la moindre provocation, qui ne rêve que de justice et de vengeance ? Est-ce vraiment ce même Sirius qui me murmure en ce moment même que « ça ne sert à rien » ? A quoi joue-t-il ? A se contredire, à me montrer que je ne le vaux pas ? Qu'il me lâche !
Avec un cri de rage, je le repousse, balbutiant un « traître » entre deux respirations, et repars à l'attaque. Rosier. Je le tuerais si je pouvais. Ma main court, vole, frappe. Mes ongles entraînent un morceau de peau. Sa main saigne. Vengeance.
A nouveau, les bras de Sirius. Les cris d'Ann me parviennent, ainsi que d'autres éclats de voix. Rosier essaye de profiter de ce répit pour me frapper, mais un jet de lumière le renvoie en arrière. James rejoint Sirius. Il essaye de me dire quelque chose, mais je ne comprends pas. Je suis folle de rage, de rage et de douleur. Et soudain, Mary dans mon champ de vision. Mary et sa voix douce et apaisante, Mary qui me tend la main et m'invite au calme. Et les mots de Sirius qui parviennent à mon cerveau. Ces mots qui ne lui ressemblent pas, qui ne sont plus les mêmes, mais qui me vont bien mieux. Sa voix grave et chaude porte plus loin que tout à l'heure et je cesse de me débattre. Je ne veux pas faire de mal à Mary.
James s'éloigne et je regarde autour de moi. Lily et James forment un mur devant nous, baguettes tirées. Il émane de Lily une autorité féroce qui fait reculer Rosier et Rogue. Seule Bellatrix ne semble pas se formaliser de l'atmosphère et rigole en voyant son camarade à terre. Il y est, qu'il y reste.
J'entends des cris, des phrases que je ne comprends pas, jusqu'à ce qu'une nouvelle voix tonne :
- Il me semblait avoir dit il y a peu que je ne voulais plus jamais voir ce genre d'altercation !
McKinnon. Manquait plus que ça. Qu'elle aille donner ses cours et nous laisse régler nos problèmes !
- C'est elle qui a commencé, professeur ! s'exclame Bellatrix, soudain redevenue normale. Elle s'est jetée sur Evan comme une folle…
Ma rage se décuple encore, si jamais c'est possible.
- Folle ? C'est moi qui suis folle ? C'est moi qui ris quand mes amis pissent le sang ? C'est moi qui traite les gens de… de…
Je manque de cracher de dégoût. Sirius resserre sa prise autour de moi.
- Miss Selwyn ! Calmez-vous !
Je me tais. McKinnon se tourne vers Lily qui lui résume la situation. Je décroche. J'ai un goût de sang dans la bouche. Ca fait une petite flaque par terre. C'est marrant.
oOoOo
Je ne sais pas trop comment je suis arrivée à l'infirmerie, ni ce que Pomfresh m'a fait avaler pour que je perde aussi vite le sens des réalités. Je me souviens seulement du visage désolé de Remus entre les rideaux de mon baldaquin. Je ne rêve pas, je crois, mais je me réveille vite. Je dois aller voir comment va Keith je ne peux pas me permettre de perdre pied, je suis son aînée, il a besoin de moi et… pas moyen de faire entendre raison à cette fichue infirmière qui m'assomme une fois encore. Je me vengerai.
oOoOo
Pomfresh me laisse retourner en cours le lendemain. Après avoir vérifié mon emploi du temps. Elle espère quoi, que je ne recroise la route d'aucun Serpentard d'ici les vacances ? Ca risque d'être difficile. Mais visiblement elle pense que je suis capable de maîtriser mes pulsions meurtrières puisqu'elle n'émet pas d'objection.
Keith est toujours dispensé de cours, même si lui n'a pas été obligé de passer par l'infirmerie. Il me serre dans ses bras en apprenant mon « acte d'héroïsme » et dit que c'était au moins ce que méritait Maman.
Toujours aucune nouvelle de Papa. Je me demande ce qu'il lui prend. Et je crois que je vais avoir une petite conversation avec lui. Parce que ne pas avoir plus de précisions me rend folle. Il doit être persuadé que ça ne ferait que nous inquiéter davantage. Je m'en vais lui expliquer les choses de la vie, moi.
Rosier a écopé d'une semaine de retenue à la rentrée et a fait perdre un nombre conséquent de points à Serpentard. J'en ai fait perdre aussi à Gryffondor. Moins pour cause de circonstances atténuantes, mais j'ai quand même eu droit à un sermon de McKinnon sur le fait qu'un tel comportement ne faisait qu'envenimer les choses, blablabla… J'ai écouté sagement et me suis réjouie qu'elle ne soit pas Legilimens. Enfin, j'espère qu'elle ne l'est pas.
oOoOo
Le lendemain matin, je rejoins Keith sur le quai de la gare.
- Ca va?
Il grogne une réponse inaudible. Il doit être encore plus pâle que moi. Ses traits sont tirés, il a de grands cernes sous les yeux et ses cheveux sont encore moins coiffés que d'habitude.
- Tu veux passer le voyage avec moi? je lui propose.
Il me regarde, hésite, puis finalement refuse d'un hochement de tête. Je soupire. C'est dingue ce que nous pouvons nous ressembler, parfois. Il essaye de me cacher sa souffrance, comme moi avec les autres. Mais ça ne sert à rien, je ressens la même que lui. Je lui fais remarquer.
- Laisse-moi.
Je n'ai pas la force d'entamer une discussion. Je pose ma main sur son épaule et la serre brièvement avant de me détourner pour rejoindre Ann et Mary. Elles me jettent un coup d'œil interrogateur.
- Il veut la paix, je grogne.
- Tiens tiens, ça me rappelle quelqu'un! fait une voix dans mon dos.
Un tantinet agacée, je me retourne. Les autres Gryffondors se tiennent devant moi. Un sourire timide naît sur mes lèvres comme mon agacement meure. Je proteste pour la forme :
- Sirius, moi aussi j'ai besoin de calme!
- Mais on ne va pas te laisser toute seule! s'écrie Peter. Déjà qu'on ne sera pas là pendant toutes les vacances!
Et, à mon grand étonnement, il s'avance vers moi d'un pas décidé. Sirius rit franchement, alors que James et Remus sourient.
- C'est pour ça que j'aime Peter, fait le brun en rejoignant son ami.
C'est sans doute pour ça aussi que je l'apprécie. C'est pour ça que je les aime tous. C'est peut-être aussi pour cet amour que j'éprouve pour eux que le Choixpeau m'avait proposé Poufsouffle. Je monte dans le Poudlard Express à leur suite, décidée à respirer tout l'oxygène qu'ils peuvent m'offrir avant les vacances terribles et étouffantes qui se profilent à l'horizon.
Luth aime Peter, parce qu'il est gentil et qu'il y a un manque de gentillesse affligeant dans ce monde, sauf chez les Gryffondors. D'ailleurs, pour ceux qui n'aiment pas Peter, elle vous renvoie à ses ombres et ses couleurs sur le compte de Caprice.
Caprice espère que tout le monde est rassuré, la maman de Luth n'est pas morte! Elle explique qu'on parle trop des morts dans les guerres et pas assez des blessés, c'est donc pour cela qu'elle a choisi de garder Cassandra en vie. D'ailleurs, Luth a encore pas mal de choses à lui dire, notamment qu'elle en a marre de s'entendre dire "Ne t'inquiète pas", mais ça, ce sera pour le prochain chapitre, le plus rapidement possible!
