POURSUITE EN SOUS-SOL NOCTURNE
Ten Braves and one Master


Marche Neuvième : Lendemain.


La silhouette d'un arbre se balançait paresseusement, au-dehors.

Illusion de l'esquisse morbide des lieux, le blanc s'étalait durement sur chaque panneau ; l'ombre de l'édifice naturel y étirait son ombre pesante, chassant ses pieds et parfois ne faisant que les effleurer selon la course du soleil. Comme une présence intimidante et intimidée, osant l'approcher que pour mieux se retirer. Vivace au fil des heures, spectre d'une liberté arrachée qui pulsait quelque part dans son torse. Il lui semblait du moins, les douleurs ne l'émouvaient plus depuis longtemps. Bien plus que ces autres ne parviendraient à la retenir entre ces murs.

Loin de ses frères qui devaient ressentir le vide cruel de son absence. Elle était leur Reine, la chance capricieuse qui ramenait leurs êtres arrachés au présent. Le soutien absolu qui faisait de leur association une des favorites du Shôgun. Ils n'avaient pour ainsi dire jamais perdu, mais que pouvaient-ils sans elle ? Amener des renforts ne serait suffisant, mille hommes ne la valaient pas. Il fallait qu'elle se libère.

Mais… Le vent soufflait à l'extérieur, l'arbre paraissait frapper à sa cellule. Il y avait du blanc autour, elle au milieu, complètement seule. Des mains liées encombraient son dos, sa silhouette assise avait été, des chevilles au cou, recouvertes de bandages épais. Sans doute devait-elle avoir mal. Ce garçon n'avait pas fait dans la retenue en la submergeant de violence. Elle n'avait pas oublié son visage, elle voulait le tuer. Saigner jusqu'au sang cet adversaire qui avait osé la contraindre. Elle !

Elle était la Reine, la véritable force de leur groupe. Le temps n'était qu'un jouet à ses yeux, un vague subalterne à ordonner librement encore et encore. Aucun événement ne pouvait persister si elle le désirait : elle devait nier, simplement nier cette pièce restrictive et les liens qui mordaient ses poignets. Les pulsations qui bloquaient son torse. Cette défaite regrettable qui ne devait pas exister dans ce monde qui appartenait à son bon vouloir. Tout demeurait papier… Hypothèses fragiles.

Il y avait un arbre dehors, songeait-elle. Et elle le trouvait beau. Habillé de ses feuilles vertes, gorgées par l'humidité de la pluie qui claquait sur les toits. Le ciel avait grondé tout le matin et elle avait dormi. Avait-elle dormi ? Une fatigue persistante pesait sur son corps encore, l'enveloppant d'un cocon d'étourdissement. Elle devait retrouver des forces si elle espérait pouvoir trouver un moyen de s'échapper d'ici. Il fallait qu'elle somnole un peu, il fallait qu'elle contemple le gris de l'extérieur qui semblait chanter. Jamais elle n'avait été ainsi retenue contre sa volonté auparavant. Elle était la Reine. La Reine !

Son attention glissa sur la pureté nauséeuse de la pièce entière. Un homme se tenait là. L'arbre criait doucement à ses oreilles, mais la silhouette de son ombre se confondait à celle de cette présence. Il était là, celui qu'elle devait tuer. Ses yeux, c'était son visage, son nez retenu, et l'ensemble élégant d'un membre de sa caste. Noblement dressé devant elle, il la considérait de tout son mépris, de toute sa haine froide. Palpite dans l'air, l'humeur volait… Ils ne s'aimaient ni l'un, ni l'autre. Elle le tuerait librement, mais après le garçon qui avait brisé sa trance. Seulement après lui.

« A défaut d'obtenir ta mort, je n'aurai de repos que lorsque j'aurai extrait de ta bouche tous les aveux de ce qui t'envoie. Sois en assurée. »

Une révolte l'habita un instant, une envie de meurtre qui fit trembler ses mains d'excitation. Sans se départir du sourire tordu qui étirait ses lèvres, elle pouvait entendre les vibrations de son rire. Voir la rage de ce regard, promesse de confrontations violentes. Cet homme viendrait ramper le premier à ses pieds quand elle aurait trouvé la manière de s'enfuir. Elle se le jurait, elle serait bientôt libre. Rien ne contenait le temps, ni les horloges, ni les prisons blanches. Elle voulait respirer le parfum des arbres qui poussent, le grondement du tonnerre. Depuis combien d'années n'avait-elle plus apprécié le sens de la vie ?

Quelque chose se tordait dans son torse, engourdissant ses membres blessés et son esprit. Autour se mit à flouer progressivement, assombrissant les ombres qui chatouillaient la plante de ses pieds. Elle sentait le tissu rêche des draps sous sa peau, la soif qui ne la quittait plus depuis la matinée. Elle était emprisonnée. Pourquoi ? Il semblait qu'elle avait connu la réponse à cette question.

Elle voulu lever les yeux pour ne trouver qu'un vide devant elle. L'homme n'y était plus que le vague, ô combien vague, souvenir dont elle doutait déjà. Les rêves n'avaient de début, peut-être n'était-ce là qu'un fantasme ridicule qui voulait la faire se sentir moins seule qu'elle n'était désormais. Assise sur ce lit médicale au milieu d'une pièce sans porte ni fenêtres. Elle entendait les bêtes gratter sous sa peau à vif, invitant à une découverte nouvelle ses nerfs insensibles. Il y avait de la douleur…

La Reine triomphait toujours.


Et dans le silence, il me contemplait.


Isanami se pelotonna davantage contre la source de chaleur qui se tenait contre elle, sans contenir le soupir de contentement qui tomba de sa gorge. Emplie d'une satisfaction rare qu'elle savourait paisiblement ainsi, abandonnée au repos ; goûtant au confort du fûton après plusieurs nuits interminables passées sous le ciel étoilé, autant propice aux rêveries qu'aux maux de dos. Elle n'était pas faite pour vivre dans de pareilles conditions, une femme réclamait une attention particulière que les autres Braves ne comprenaient toujours pas depuis le temps qu'elle s'acharnait à leur expliquer. Le vocabulaire de certains ne semblant pas contenir, et cela n'était pas une surprise, le mot délicatesse. Elle n'allait pas rougir de profiter de ces quelques heures pour se remettre des derniers événements. Tout le monde ne pouvait se vanter d'être, tout comme Saizô, un handicapé émotionnel de naissance.

Songer au ninja d'Iga et à ses moues vexées, tira un sourire incontrôlé à la jeune femme. Un élan de pure affection qui étreignit son cœur : il avait encore pris des risques pour elle, ce garçon têtu. Allant jusqu'à laisser en plan le Meneur même des Tokugawa pour la protéger. Le geste chevalier lui avait fait plaisir, pour la méthode c'était une autre histoire et ses fesses s'en souvenaient pour longtemps. Au moins était-elle vive et saine, à peine blessée. Son protecteur demeurait infaillible à ce petit jeu, fidèle dans son statut de lumière qui réconfortait cette part plus sombre qui existait en elle. Nul autre que lui ne pouvait ; ils étaient destinés. C'était plus fort que tous les liens qui soient.

Souffle.

La source de chaleur sous elle, respirait. Profondément, ascendant et descendant ; Sasuke n'était pas plus décidé à se lever qu'elle de toute évidence. Isanami gloussa de cette constatation, ouvrant les yeux pour tomber sur le visage adorable de son Commandant qui rattrapait son quota de sommeil lui aussi. Il semblait s'être dévoué au cours de la nuit pour lui servir d'oreiller, un sacrifice qu'elle saurait valoriser plus tard, à son tour. Cette fois-ci était la sienne, libre d'apprécier cette proximité physique qu'ils partageaient paisiblement. Sans aucunes arrières pensées malvenues, et il aurait été bien difficile d'en avoir connaissant l'attirance que son frère adoptif pouvait avoir pour un certain Seigneur proche de la quarantaine. Elle ne voulait vraiment… Pas imaginer ça.

« Tu ronfles. »

La remarque paresseuse la vexa aussitôt. Clignant des yeux, pris de cours par cette verve matinale de la part de son inerte colocataire de couverture. Il semblait ne pas manquer d'humour celui-là, songea-t-elle. Assez sarcastiquement, il ne méritait que cela pour se moquer ainsi. Elle ne ronflait pas, aucune femme ne le faisait ce n'était pas digne de leur sensibilité.

« Bien sûr que non.

_Si. » Rétorqua-t-il.

Relevant l'argumentation chargée du garçon, elle ne se gêna pas pour pincer ses côtes durement. Un essai vain qui ne le fit même pas réagir, bien au contraire il alla s'enterrer plus profondément encore sous les draps. Décidé à ne pas laisser son repos troublé par les caprices d'une gamine réveillé trop tôt. Il n'avait pas ouvert un seul instant les yeux pour ne serait-ce que la regarder. Ah, il était vraiment doué pour l'agacer dès le lever ce crétin ! Qu'il ricane emmitouflé dans son fûton, il la sous-estimait dangereusement… Elle en avait connu des pires à soumettre.

« Non ! » Jeta-t-elle de nouveau, tentant de chatouiller ses flancs.

L'autre sortit immédiatement de son apparente somnolence pour bloquer ses poignets efficacement avant qu'ils ne puissent atteindre leur cible. Elle savait qu'il avait du répondant, sans se départir d'un sourire satisfait, elle entreprit de bloquer sa cuisse proche pour l'empêcher de la maintenir à distance avec. Un geste qui la fit passer à califourchon sur la hanche du ninja. L'occasion trop tentante la poussa à y mettre tout son poids, ce qui…n'eut aucun effet particulier. La preuve que Saizô n'était qu'un affreux menteur à proférer des insanités sur ses tendances alimentaires. Elle n'était pas grosse bon sang !

Et elle ne ronflait pas.

« Oh si. » Rétorqua Sasuke.

Une moue faussement attristée traversa son visage adolescent, qu'il ne pouvait pas voir. Conservant ses paupières résolument closes dans une attitude de défi qui l'encouragea à libérer ses mains pour essayer de trouver un quelconque point faible sur ce corps. Ils s'étaient à peine débarrassés de leurs vêtements, trop éreintés pour avoir le courage de réclamer un kosode de nuit et le Commandant portait toujours cette fidèle couche de tissu noir qui n'aidait pas son examen approfondi. Déterminée à ne pas se laisser faire, Isanami se jeta sur ses flancs de nouveau.

Il bloqua son mouvement avant même qu'il n'est complètement lieu. Une réponse instantanée qui la laissa purement pantoise un instant. D'autant qu'elle avait été exécutée à l'aveugle. Il n'avait pas seulement réagi rapidement comme pouvait le faire Saizô dans leurs habituels chahuts, il avait anticipé le geste qu'elle voulait faire, sa portée, son amplitude, sa force… Mettant juste ce qu'il fallait dans son propre corps pour le contrer sans peine. La démonstration était stupéfiante.

« Tu abandonnes ? Lui demanda-t-il alors dans un sourire hautain.

_Jamais. »

Bon joueur, il relâcha la prise de ses doigts sur les poignets de la jeune prêtresse. Celle-ci, portée par une curiosité naissante, se pencha davantage sur lui pour tenter de plaquer sa paume sur son front. Prenant soin à ne pas le laisser pressentir ce revirement vicieux de trajectoire par un toucher indésirable quelconque. Il le devina néanmoins aussi rapidement que sa précédente initiative, chassant cette menace d'un revers las, faussement professionnel. Les frasques qu'elle esquissa par la suite vers d'autres zones physiques du garçon n'allèrent pas plus loin. Il sentait ses tentatives avec une aisance inhumaine.

« Cela est-il censé expliquer les évolutions récentes de ton aura ? L'interrogea-t-elle finalement, lorsque son inspection minutieuse la laissa pleinement contentée.

_Peut-être… »

C'était toujours une réponse plus détaillée que celles qu'il avait pu lui fournir auparavant. Désabusée malgré tout par une pareille éloquence, elle colla d'office une tape retenue à son nez qui déclencha de vives protestations dans le camp d'en face. Sasuke ouvrit les yeux pour de bon, la considérant avec rébellion alors qu'elle se jugeait toujours à moitié sur lui. En esprit plaisantin de basse morale : ce n'était pas ces misérables quelques heures qui allaient le remettre sur pieds. Il comptait un an de vieillesse supplémentaire par-rapport à elle ! Il voulait dormir, Kami-sama…

« La matinée doit déjà toucher à sa fin. Debout, maintenant. Déclara subitement Isanami, son attention vers l'extérieur portée, où le bruit d'une pluie éphémère se faisait entendre.

_Je ne me lève pas avant la nuit. » Ronchonna-t-il en retour.

La jeune femme ne se sentait plus la patience d'user d'arguments raisonnés avec un tel caractère. Il était temps de sombrer dans les tractations diplomatiques véreuses, ses ongles se plantèrent efficacement le long des épaules du Commandant. N'ayant aucuns remords, à lacérer autant que possible la peau blanche et souple de ses griffes improvisées. Les sourcils du garçon se froncèrent dangereusement.

« Continue et… »

La menace n'eut pas l'occasion d'être complètement proférée, les panneaux de riz de cette chambre qu'ils occupaient alors, s'ouvrirent brusquement sur Anastasia qui arborait un rare sourire. Elle les considéra avec un amusement certain, lançant par-dessus son épaule :

« Tu vois Saizô, je t'avais dit qu'ils étaient ensembles. Ne sont-ils pas mignons ? »

Sasuke eut tout juste le temps de remarquer la présence du ninja d'Iga derrière la blonde, avant que la poigne brutale d'une main ne le projette violemment en-dehors de la pièce. Si rapidement, qu'il alla rouler au sol comme une poupée de chiffons, n'ayant pas pu réagir suffisamment tôt pour esquiver.

« Toi ! »

Un instant plus tard, il était plaqué durement contre le mur proche par un homme dévoré par la peur de perdre sa précieuse perle, crevant d'une jalousie furibonde. Sans doute allait-il finir à force par prendre la mauvaise habitude de ce genre d'interruptions impromptues. Saizô ne semblait jamais assez se lasser d'avoir une bonne excuse pour passer ses nerfs sur lui.

« Il me semble que tu n'es pas mieux sur ce terrain-là. »

Certes, il devait reconnaître que ce qui battait dans ses veines sur le moment était d'une toute autre catégorie que ces quelques heures de langueur qu'il venait de s'offrir. La fatigue ne pouvait venir à bout des tensions qui demeuraient constamment en alerte dans son corps entier, à croire que l'opposition demeurait l'essence même de son âme. Il fallait toujours qu'ils se battent…

« Comment oses-tu ? » Gronda son tortionnaire.

Ils se trouvaient dans un large corridor, attenant à la majorité des chambres que Mitsunari leur avait, généreusement, attribués. D'évidence pas le terrain d'entraînement le plus optimal qui soit, d'autant avec le passage de certains serviteurs pressés du château qui leur jetaient des coups d'œil effarés. Assurément cette information ne tarderait pas à remonter jusqu'au jeune Seigneur qui ne risquait pas d'apprécier leur activité. Il n'était pas nécessaire de souffler davantage sur les braises.

« Nous n'allons quand même pas régler ça ici ? » Offrit-il d'un ton qui ne sonnait nullement comme une vraie mise en garde, crédible.

Il crût apercevoir l'ombre d'un sourire carnassier sur le visage de son homologue, avant que celui-ci ne le repousse sur plusieurs mètres sèchement. Une seconde plus tard il était déjà sur lui et Sasuke levait un pied revanchard qui le cueillit au ventre sans douceur. L'autre accrocha aussitôt ses appuis au passage, dans leur élan mutuel, ils s'emportèrent. Ni Isanami, ni Anastasia n'avait songé à les arrêter, connaissant mieux la chanson qu'eux-mêmes ne la savaient.

« Sale Macaque !

_Pervers ! »

Le Commandant était fermement décidé à le maintenir à terre, tordant le bras du brun en une clé de bras particulièrement efficace. L'autre lutta ainsi un instant, grognant de frustration sans aucune élégance. Il se redressa finalement d'un coup pour cogner sa joue. Si glacialement que le garçon dût accuser le choc par quelques pas de recul, esquivant de peu un serviteur proche qui se ratatina de terreur. Saizô lui jeta même le semblant d'un regard déconcerté avant de bondir par-dessus cet inconnu pour poursuivre leur affrontement d'une nouvelle avalanche de frappes.

« Concentre-toi, bordel ! »

Il ne faisait que ça, relâchant son hypersensibilité pour voir les mouvements se dessiner dans les airs, aussi vivement son adversaire était capable de les exécuter, il les esquiva pour moitié, parant le reste par des poignes assurées. Décidé à ne pas se laisser impressionner par le catalogue technique de son aîné, sombrant sans regret dans un vent de sauvagerie tandis qu'ils se renvoyaient d'un mur à l'autre, frappant durement les lambris grinçants. Sasuke eut même à peine la chance de pousser un panneau de riz avant qu'il ne se trouve, déséquilibré, ainsi projeté dans une chambre heureusement inoccupée.

Il se prit malgré tout les pieds dans la table basse qui se trouvait placée au centre, dégringolant sans aucune dignité. L'événement semblait si cruellement stupide que Saizô se moqua longuement, allant jusqu'à se tordre de rire devant son visage humilié. Une insulte qui fût payée par un lancer d'oreillers en aussi grand nombre que la pièce en contenait. Tous firent mouche, forçant le ninja d'Iga à se reculer dans le couloir où il fût rejoint par un Commandant furibond armé d'un drap couleur citron dont il le décora bientôt. Collant cet odieux sourire dessous pour bloquer sa vision et placer un coup maîtrisé au niveau du sternum qui bloqua sa respiration douloureusement. Lui, avait déjà plongé dans un mouvement élégant de jambes…

Ils roulèrent un long moment, accrochés l'un à l'autre dans une tentative mutuelle de s'étrangler. Le brun se reprit cependant le premier, l'assommant presque d'un coude furieux qui rencontra son nez dans un craquement sinistre. Des gouttes de sang volèrent avec ; qu'il ne prit pas la peine d'essuyer.

« Mords. »

Claquant un pied solide dans le sol, Sasuke attrapa la nuque de son adversaire de son bras, le hissant sur ses hanches pour l'y faire basculer d'un geste défensif parfait. Le projetant au sol avec une aisance innée. Le brun mit quelques secondes à s'en rétablir, il ne lui laissa aucune chance : attrapant fermement son crâne en agrippant ses cheveux longs pour plaquer brutalement son visage contre le mur le plus proche. Il n'hésita pas à l'y tirer aussitôt sur une courte distance, maintenant froidement son front collé aux lambris de bois. Un acte tout autant barbare qu'efficace qui fit grogner douloureusement sa proie.

« P'tain !

_Tu vas vraiment l'énerver… »

Comme confirmant les propos de l'Autre, le ninja d'Iga se libéra rageusement de sa prise bondissant sur lui avec une énergie nouvelle, frappant son épaule proche d'un geste dur et vicieux, pour faire pleuvoir la rigidité de ses mains sur lui, enchaînant avec une dextérité atroce. Se révélant souvent bien plus rapide qu'il n'en était capable, prenant ainsi de cours son barrage défensif qui sombra bientôt face à cette tempête. Très méthodique, fragilisant les points faibles en premier pour passer au travers. Sasuke accusa les conséquences difficilement, maintenant son équilibre de justesse alors que ses jambes sous lui tremblaient de souffrances. Il dût reculer pour diminuer l'importance des impacts, jusqu'à se retrouver acculé contre un mur.

Un sourire satisfait s'installa sur le visage de Saizô alors qu'il levait un poing vainqueur pour achever cet affrontement dans les règles de l'art. Conservant volontairement une posture de victime dépassée par ce déchaînement, le Commandant tira ses bras en un geste défensif, devant lui en un réflexe légitime. Suffisant pour que son adversaire ne relâche sa concentration dans son attaque une fraction de seconde. Exacerbant ses sens, il fondit avant entre les prévisions qu'il percevait dans l'air. Prenant garde à filer sous cette portée, tout en demeurant dans un périmètre proche, en se soustrayant à l'oppression de l'espace par une rotation partielle qui le plaça dans l'angle idéal.

Son genou frappa le ventre du brun avec une justesse criante alors que les doigts de celui-ci allaient, emportés par leur élan, s'écraser fragilement contre le mur. Un revirement de situation toute en finesse qui laissa son opposant ébahi. Profitant de l'occasion, il attrapa le revers de son vêtement pour le tirer à lui d'un geste sec, achevant sa démarche d'un coup de pied ascendant magistral qui envoya voler littéralement Saizô de l'autre côté de la pièce : il alla s'y écrasa lourdement.

Sasuke se redressa finalement tandis que des applaudissements contenus retentissaient derrière eux subitement. Prenant alors conscience de l'endroit où leur interlude musclé les avait tous deux menés, il crût suffoquer de gêne en identifiant leurs quelques spectateurs dont Mitsunari faisait parti. Loin de s'offenser de les voir chahuter comme des gamins dans son château tout entier, le jeune Seigneur les considérait avec une admiration indéniable. Plutôt… Il paraissait surtout le regarder lui. Encore.

Loin d'être rassuré par cette constatation, le Commandant essaya d'ignorer le malaise qui s'installait en lui à cette possibilité dérangeante. Préférant croire qu'il s'agissait là d'un abus de son propre ego, plutôt que d'admettre une vérité aussi capricieuse. Après tout, cet homme pouvait bien regretter de n'avoir engagé aucun ninja professionnel à ses côtés, son intérêt pouvait être purement axé sur ses compétences. Peut-être allait-il même oser lui proposer de l'engager ? Ce genre de choses n'était pas rare entre Seigneurs, n'hésitant pas à récupérer chez l'autre quelques individus talentueux pour une somme d'argent plus gracieuse. Sasuke n'était pas de ceux qui abandonnaient leurs tâches pour ça, il le comprendrait vite et l'affaire sera close.

« Ca, c'est ce que tu veux croire. »

Tout était déjà suffisamment compliqué avec Yukimura, dont il ne pouvait prévoir les réactions. Etait il absolument nécessaire de rajouter une variable de plus dans cette équation interminable ? Lui, qu'on avait toujours ignoré aisément, se trouvait trop souvent la cible des attentions ces derniers temps. A croire qu'ils s'étaient tous donnés le mot pour se réveiller maintenant. Quand il n'avait jamais eu autant besoin de calme et d'espace pour essayer de convaincre son Maître de laisser une porte ouverte à ses tentatives.

« Je me demande vraiment où mon aîné est parvenu à trouver une cohésion comme la vôtre… »

Prenant garde à conserver un masque des plus neutres et désintéressés, il reporta son attention sur Mitsunari qui s'était approché de lui courtoisement. Le jeune Seigneur paraissait les considérer tous deux, lui et Saizô, de manière égale et respectueuse, mais cette surface ne trompait pas la sensibilité du Commandant des Sanada. Il savait sentir l'attraction, dans l'odeur et les réactions physiques du corps. Et s'il n'avait pas été assez courageux pour voir celle que Yukimura avait définitivement pour lui, il n'était pas idiot au point de ne pas savoir lire dans un regard. Ironie du sort, il semblait plaire à leur hôte d'une manière évidente. Dont il se serait très bien passé.

« C'est certain qu'il ne nous mérite pas… » Lâcha alors le ninja d'Iga qui s'était relevé, massant son menton.

Profitant de cette aubaine pour échapper aux tentatives visuelles de son admirateur indiscret Sasuke eut à l'adresse de son adversaire un sourire désolé et quelques mots d'excuses courtois. Une prévenance qui tira une grimace peu convaincue au brun, assez retenu sur ce genre de modalités humbles. Il grogna tout bas quelques promesses acides de vengeance, fidèle à son caractère de mauvais perdant. Une tendance propre à l'homme qui s'excusait presque quand on savait combien rares étaient ceux qui pouvaient le confronter ainsi durement. Lui-même, n'en revenait toujours pas d'être finalement parvenu à récupérer son avantage dans le dernier instant de leur combat. Il avait l'impression, assez réconfortante, de rattraper son retard par-rapport aux autres. Bien qu'une telle progression soit plus due à ses nouveaux talents qu'à ses trop nombreux efforts nocturnes. C'était un fait décourageant.

« Je suis véritablement honoré de vous compter parmi notre Alliance. »

Sasuke sentit Saizô se tendre immédiatement aux paroles caressantes de Mitsunari, certainement se trouvait-il agacé des manières aussi courtoises que rusées de leur hôte. Peu désireux de créer des problèmes diplomatiques entre lui et Yukimura, le garçon s'empressa d'adresser un sourire de circonstance en réponse. Heureusement, le jeune Seigneur semblait plus accroché à son visage qu'intéressé par les réactions impolies du ninja d'Iga.

« Vous avez sauvé ma vie. Reprit-il à son adresse, dignement. Je vous suis redevable. Demandez-moi ce que vous voulez. »

Aucun bien matériel ne pouvait débarrasser Isanami pour de bon de cette présence divine qui restait au fond d'elle, la hantant. Rien ne pouvait non plus redonner à Anastasia cet honneur qu'elle avait sacrifié, le payant pour sa famille, une nation entière. Rien qui ne permettrait à Rokurô de dormir sereinement sans que le Page ne se réveille en hurlant de rage. Ou qui rendrait à Benmarû ses parents. Il n'y avait aucune chose en ce monde pour ramener tous ces êtres chers qu'ils avaient chacun perdus. Rien pour le combler.

« Votre proposition m'est précieuse je vous en suis reconnaissant. Répondit-il en retour dans un mouvement de tête respectueux. Mais je vous assure que rien ne m'apporterait satisfaction.

_Oh ! Absolument talentueux, et humble avec tout cela ? » Releva aussitôt Mitsunari dans un rire paisible.

Le Commandant ne put contrôler son embarras devant pareille avalanche de compliments rougissant violemment pour baisser les yeux. Se fustigeant lui-même de ne pas maintenir son masque de désintérêt afin de décourager autant que possible l'homme. Il lui semblait plutôt que celui-ci s'était approché davantage…

« Vous devez avoir un terrain d'entraînement quelque part pour vos troupes ? » Le sauva Saizô, venant à ses côtés délibérément.

Un mouvement soudain qui sembla prendre de cours le jeune Seigneur, surpris qu'on osât s'opposer, ainsi visiblement, à ses tentatives retenues. Cachant néanmoins toute possible déception pour ce revirement de bord, il acquiesça aux propos aimables du ninja d'Iga.

« En effet, nous en avons un au Sud-Est des jardins, près de la caserne.

_Histoire de conserver intacte ce château superbe qu'est le vôtre… »

L'attention élégante du brun sembla toucher son interlocuteur qui concéda dans un sourire sincère :

« Un peu d'agitation ne doit pas être un bien grand mal pour ce musée. La poussière s'y accumule.

_Il vaudrait mieux pour nous qu'il reste avant tout solidement ancré dans le sol, Mitsunari-sama. » Répliqua un homme qui venait à leur rencontre d'un pas marqué.

Sasuke le reconnût en tant que Chef de la garde personnelle de leur hôte. Il se souvenait de sa petite silhouette trapue, curiosité aisément identifiable parmi ses combattants aux corps rigides et cassants. Il était curieux des capacités que dissimulait un tel profil physique, assez envieux de Saizô qui n'avait pas hésité déjà à se mesurer à ces nouveaux adversaires dès le premier jour. La plupart paraissait largement plus faibles que la présence d'un seul Brave, pour autant les yeux affûtés du garçon n'avaient pas manqué de remarquer ces exceptions plus prometteuses au milieu des autres. Il y avait là de quoi trouver des inspirations neuves…

De toute évidence, l'homme était venu réclamer l'attention de son dirigeant sur quelques sujets qui requéraient une discrétion certaine. Ils ne manquèrent pas de s'éloigner d'eux pour s'entretenir à voix basse, prenant garde de ne rien laisser filtrer. Une prudence pour laquelle ils ne songèrent même pas à s'agacer. La chance étant, au contraire, parfaite, le ninja d'Iga ne tarda pas à prendre congé de Mitsunari dans un dernier signe de main poli. Traînant sans remords son comparse derrière lui, en l'attrapant par une manche. Sasuke ne songea pas un seul instant à s'y dérober. L'occasion était trop belle de s'éloigner enfin de leur hôte assez envahissant… Le valeureux Ishida Mitsunari se présentait plus inconstant qu'il ne se l'était imaginé ; presque accessible. Loin de la froide représentation du personnage historique, davantage belliqueux et passionné par des convictions imperturbables. Empli d'erreurs tellement humaines.

Naoe Kanetsugu ne devait pas être bien différent de ce trait généraliste. Même seul et désavantagé aux premiers abords, Yukimura ne se laisserait pas longtemps mené par ces deux adversaires. D'autant alors qu'ils présentaient tous les deux des ouvertures évidentes dans lesquelles leur Maître ne tarderait pas à oser se glisser durement. Peut-être s'amuserait-il à leur laisser croire qu'ils conservaient l'ascendant sur lui. Cela correspondait au caractère facétieux du Seigneur. Toujours maintenir une longueur d'avance : ne pas hésiter à prendre la position de leader par l'écrasement le plus élégant qui soit. Ils allaient lutter contre un électron libre. Personne ne pouvait en ressortir vainqueur.

« Il faut absolument que tu gardes tes distances avec ce type. »

Ils marchaient côte à côte vers une direction inconnue, Sasuke se contentant de suivre son aîné sans se poser plus de questions. Incertain de la marche à suivre désormais. Ils échangèrent un regard et pour une fois ils partageaient le même avis sur ce problème. Le garçon acquiesça, ne songeant même pas à contredire cet avis clairvoyant.

« Je le sais. » Répondit-il distraitement.

Il se demandait ce qui agaçait le plus Saizô. La nature des intentions déviantes du Seigneur ou plutôt, les conséquences dangereuses qu'elle pouvait avoir sur cet échange diplomatique qui se préparait encore. Il ne pouvait s'empêcher d'être curieux sur la manière dont le brun voyait ce genre là de relations. La manière dont il pourrait finir par le regarder le jour où il l'apprendrait, pour de bon. Allait-il le considérer autrement ? Comme une bête étrange et dissonante ? Est-ce que leur lien résisterait à cette nouvelle… Si lien il y avait, au moins, entre eux. Peut-être qu'ils ne faisaient vraiment que cohabiter depuis le début. Les phases de doutes, les conseils, ces discussions courtes à cœur ouvert qu'ils avaient pu avoir… Tout cela conservait la surface. Ils ne se devaient rien, ni à l'un, ni à l'autre. Ce n'était pas non plus comme s'ils allaient chercher chaque fois du courage chez l'adversaire. Pas comme s'ils s'entraidaient l'air de rien, sans le dire trop fort.

« Je suis sérieux. Insista le ninja d'Iga en se tournant vers lui. Mitsunari est loin d'être un imbécile ni le genre d'homme qui accepte qu'on lui dise non. Il ne faudrait pas que tu te retrouves en position d'otage parce qu'il trouverait un moyen de pression sur toi par-rapport aux discussions à venir. »

Il semblait presque s'inquiéter pour lui, songea Sasuke désabusé. Pour autant, Saizô avait totalement raison sur ses hypothèses. Même si, lui ne croyait pas au fait que le jeune Seigneur le veuille au point d'user, de tels stratagèmes diplomatiques, il demeurait la menace d'ultimatums potentiels. Il devait mesurer toutes les possibles retombés de son comportement en présence de son admirateur, et prendre garde à repousser clairement toutes tentatives envers lui. L'homme était intelligent, il comprendrait bien qu'il serait nécessaire de cesser ses avances et ce problème serait résolu sans que Yukimura n'en ait part.

Il ne voulait même pas imaginer ce qui pourrait arriver s'il se rendait compte de la manière dont son cadet osait l'aborder sans rougir. Il ne voulait pas imaginer puisqu'il serait sans nul doute déçu : son Seigneur était trop brillant pour se mettre volontairement à portée des coups en le réclamant comme sien. Il ne ferait rien pour l'aider sans pour autant accepter la situation. Du moins, Sasuke espérait qu'elle l'énerverait un peu malgré tout. Qu'il y avait quelques miettes possessives dans cet homme à son attention. Seule.

« Le mieux est que tu l'ignores complètement.

_Je crains qu'il ne se décourage pas ainsi aisément. Répondit-il au ninja d'Iga.

_Il va bien falloir qu'il s'y fasse, tous les hommes sont loin de partager ce genre de...d'orientation. »

Contenant un rire nerveux devant une telle constatation, ironie, le Commandant approuva pourtant l'avis de son homologue. Il s'agissait de la solution la plus simple et évidente qui soit. Décemment, Mitsunari ne pouvait pas le forcer à ce genre de relations s'il niait son attraction pour elles. Ceux qui osaient sombrer, consciemment, dans de pareilles tendances étaient terriblement rares à ce jour, moins encore publiquement et d'une certaine manière, il fallait reconnaître le courage du jeune Seigneur. Il ne semblait pas se charger de quelconques remords sur ses actions, spectateurs ou non.

Un doute cependant subsistait en lui sur la crédibilité réelle de son refus. Leur hôte lui avait laissé un souvenir déroutant et la sensation d'être purement et simplement démasqué par ces yeux attentifs. Comme s'il avait su aussitôt qu'ils partageaient ces intérêts tous les deux. Mitsunari avait semblé voir à travers lui, ne s'embarrassant pas d'identifier sa nature déviante. Et, il ne croyait pas parvenir à le duper par des arguments aussi faibles s'il venait à tenter de le convaincre.

« Dis lui que tu as déjà un copain... »

L'excuse usée tira un sourire moqueur à Sasuke. Devait-il prétendre avoir abandonné celui-ci à Ueda lors de leur déplacement ? Trouver un nom aux sonorités ensorcelantes et son plus beau visage de menteur. Qu'il fallait songer à aller dépoussiérer d'ailleurs… Quoique. Il avait été tellement doué pour prétendre à nier ses intentions envers son Maître, sûrement serait-il aussi habile à assurer le contraire maintenant. Yukimura n'allait certainement pas se présenter comme volontaire pour construire cette excuse. Ces quelques instants qu'ils avaient eus pour eux ne devaient pas élever leur lien affectif bien haut. Il n'était rien pour lui son statut n'avait pas évolué d'une poussière.

« De toutes façons s'il devient trop insistant, je viendrais le refroidir. » Lâcha le brun, maladroitement.

Touché par cette attention, le garçon essaya de contenir au mieux un léger rougissement, jetant son regard ailleurs que sur son concurrent protecteur. Les témoignages de ce genre étaient tellement précieux… Ils étaient ce qui faisait leur relation ; entre Saizô et lui peut-être bien qu'elle s'y trouvait cette amitié un brin bourrue et incertaine. Aucun d'eux ne le reconnaîtrait à voix haute, ils demeureraient chacun à l'abri de leur propre monde dénué du poids des gestes inutiles, mais le pont s'étendrait au milieu. La voie commune qu'ils arpentaient pour assurer la vie d'Isanami, pour défendre Ueda et tous les autres Braves. Protéger ensembles ce qui était cher. Ils partageaient ses convictions-là.

Réconforté, Sasuke prit le soin de l'informer :

« Je n'ai pas touché ta Princesse. Promis.

_Ta gueule, Macaque. »

La réplique acérée le fit rire de bon cœur, saisissant l'audace de le faire ouvertement pour une fois. Il ne voulait plus s'appesantir de ces restrictions dans son âme, il ne pouvait pas demeurer éternellement dans cette position sécurisée d'arrière-poste à ne rien ressentir. Les choses s'étaient enlisées par sa faute, il était peut-être temps de le reconnaître et d'assumer ce qu'il était vraiment. Cela signifiait aussi bien accepter cet autre qui traînait immoralement au fond de lui que de valoriser l'humanité acquise ces dernières années. Ses jambes le soutenaient après tout dans ce statut de bipède adopté depuis. Il n'était plus juste une Bête.

Saizô paraissait saisir l'agitation de ses pensées, le fixant patiemment alors qu'il essayait d'organiser sa réflexion muettement. Ne semblant pas se vexer de l'attention qu'il pouvait porter personnellement à cet esprit capricieux qu'était le sien. Il prenait le soin de marcher au même rythme que lui, sans insister plus que nécessaire. Ne prenant la peine de parler que pour critiquer l'exhibitionnisme matériel de leur hôte, qu'ils ne pouvaient seulement ignorer dans l'arrangement de l'espace intérieur.

« Ce petit crétin arrogant… »

Il ne valait assurément pas le charme amer de Yukimura, songea distraitement Sasuke. Se rappelant le toucher granuleux du col de son kimono, le tissu épais qu'il parvenait difficilement à agripper alors que cet homme s'appliquait à le rendre fou. Ils s'étaient embrassés, longuement. Intensément plus encore. Jusqu'à ressentir la brûlure dans sa gorge du manque d'oxygène, l'euphorie de l'instant. Plusieurs fois… Il n'avait pas compté, pas seulement songé un seul instant à autre chose que de s'ouvrir plus profondément à cet inconnu qui le déshabillait complètement du regard.

C'était définitivement dangereux.

« Je ne cherche pas à connaître les réponses, je cherche à comprendre les questions. »

Le Commandant leva les yeux vers son aîné qui arborait son visage le plus neutre, assumant peu son statut de conseiller éphémère. Le brun avait croisé les bras dans son dos, l'air de rien. Comme s'il n'était pas en train de l'aider à se trouver, comme si tout cela n'avait pas tellement d'importance. Ils continuaient d'être là, l'un et l'autre avançant paisiblement.

« Elle n'est pas de toi. Rétorqua Sasuke, souriant légèrement.

_Tss ! Confucius.

_Tu lis du Confucius… »

La moquerie évidente traînant dans sa voix récolta un froncement de sourcils furibond en face. Saizô semblait chatouilleux sur ce sujet, presque gêné de dévoiler ce côté appliqué de lui-même. Même si celui-là devait être des plus récents, il ne se souvenait pas avoir jamais vu le ninja d'Iga plongé dans une quelconque lecture. Pour autant, son homologue était loin d'apparaître naïf, mais le statut d'intellectuel ne sciait pas à la flemmardise capricieuse qu'il arborait le plus souvent quand il s'agissait de papiers et d'encre.

« C'est pour Isanami ?

_Ana. Répondit immédiatement le brun, le grognant presque. Elle pense que j'ai la capacité émotionnelle de baguettes chinoises.

_Et pour Isanami aussi. » Insista Sasuke.

La seconde fut la bonne, son aîné ne prit pas la peine de tenter de nier, contenant au mieux sa gêne. Il était agréable de voir cette facette de lui maladroite et sincère. Cela brisait l'image du combattant austère, shinobi dans l'âme qui ne s'attristait de rien. Il n'était visiblement pas le seul à avoir trouvé sa part humaine au sein des terres chaleureuses d'Ueda. Il suffisait de voir son comparse comme Anastasia, le service sous la conciliante autorité de Yukimura avait adouci leurs cœurs. Irrémédiablement, la blonde avait tenté de le nier en vain. Elle était revenue.

« L'amour n'est pas une manière d'être, mais de devenir. Provoqua-t-il Saizô.

_Je ne suis pas… !

_A d'autres. »

Son interlocuteur le regardait, incertain. Ils avaient finalement atteint le point de leur voyage vers les horizons inconnus, en une porte qui s'ouvrait directement sur l'extérieur que le Commandant poussa, délicat sur la fragilité du papier de riz. Ils ne se trouvaient plus très loin de ces terrains extérieurs que Mitsunari leur avait décrit, les jardins s'étendaient sous la pluie orageuse qui gorgeait les sols. Moiteur et chaleur raisonnée se côtoyaient, claquant les premières gouttes lourdement sur eux. Une atmosphère agréable qui fit soupirer de bonheur le garçon alors qu'il s'avançait sous les flots, son aîné sur les talons.

« Je vais t'apprendre à voler. »

La menace le fit rire. Il voulait voir ça.


Et dans le silence, il me contemplait.


« Ne vous en faites pas jeune Maître, ils reconnaîtront la justesse de votre argumentation. »

Yukimura soupira de dépit face à la confiance évidente que Rokurô avait en lui. Le Page ne paraissait pas s'inquiéter outre mesure des discussions diplomatiques à venir, lui tendant serviablement sa serviette. Il demeurait à côté de lui en forteresse imprenable, un soutien que le dirigeant n'avait jamais autant loué. Il se sentait naître une nervosité persistante au fond de lui quand il songeait aux deux hommes qu'il confronterait au plus tôt, dès que Kanetsugu serait arrivé à son tour à Torhu.

« Ils ne m'épargneront rien. Contra-t-il, désabusé.

_Vous non plus. Ne laissez rien deviner de vos doutes et tout ira bien. »

Il haussa les épaules, séchant énergiquement ses cheveux trempés tandis que Rokurô posait un habit propre sur elles, soulageant quelque peu sa pudeur. La présence de son serviteur pour l'aider au bain n'avait été dérangeante jusqu'à maintenant. D'où venait cette culpabilité incompréhensible qu'il sentait poindre ? Il ne voyait pourtant qu'une mer de courbes, au profil de son Commandant taillé par l'intense effort physique auquel il se soumettait quotidiennement. Il n'y avait plus que ce juvénile être pour occuper son esprit. Ainsi que deux Seigneurs idiots qui espéraient chacun le titre de Shôgun. Penser à ceux-là demeurait peu plaisant, à comparer aux songeries audacieuses dans lequel l'entraînait Sasuke.

Il voulait le voir.

« Le plus important est qu'ils soient convaincus de notre soutien contre les Tokugawa. Continua le Page.

_Je m'assurerai de prétendre à notre fidélité la plus indéfectible, ce pacte doit être signé. »

Même seul contre deux adversaires de la parole, il se savait capable d'y parvenir. Il avait l'avantage, non négligeable, de l'expérience de ce genre de discussions de première importance. L'habileté d'oser être à chaque fois l'ignorant aisément détourné. Mitsunari était déjà bien assez convaincu de sa propre force, il ne serait pas difficile de l'aveugler sur ses propres capacités. Kanetsugu réclamerait plus de finesse mais la fierté de cet homme causerait sa perte assurément. Ils voyaient trop grand, en gamins capricieux.

« J'aimerai que tu envoies une lettre pour moi pendant ce temps, s'il te plaît.

_A qui dois-je l'adresser, jeune Maître ? »

Yukimura fixa distraitement son reflet dans le miroir proche, passant les manches du kimono de sous couche dans un mouvement leste pour nouer celui-ci. Appréciant platement cette image de vieil homme que lui renvoyait peut généreusement le verre, la fatigue tirant ses traits pour les creuser davantage. L'ensemble le faisait rougir de honte à rêvasser aux taches de rousseur envahissantes de son protecteur. Qu'arrivait-il à trouver au milieu de ce désastre ? Il froissait son front et ses joues, explorant machinalement son visage qui ne cessait de se faner chaque jour un peu plus.

« Jeune Maître ?

_A mon frère. » Se reprit le dirigeant tout en se redressant pour permettre à Rokurô de lui présenter l'autre kimono secondaire, nécessaire à sa tenue complète d'apparat.

Il ne pouvait décemment pas se présenter vêtu trop légèrement. L'habit avait le mérite de souligner la solidité de sa silhouette, affirmant sa présence avec une élégance retenue et habile. Présentant l'écarlate odieux d'un tissu souple qui façonnait l'esthétisme de son rang. Il n'avait sans doute jamais autant ressemblé à un véritable Seigneur qu'à ce moment même. Un haori sombre termina de le vêtir, présentant l'emblème, symbolique, des Six Pièces des Sanada.

Si son Page fût étonné de par cette requête, il n'en montra rien comme à son habitude, acquiesçant. Il lui tendit des tabi, en profitant pour essorer les serviettes vigoureusement et vider le saut d'eau qu'il avait conservé à portée de mains. Il vint à réclamer toutefois :

« Quel message souhaitez-vous lui transmettre ?

_Il doit attendre la prochaine saison pour récolter le riz. »

Un silence appuyé lui répondit, avant que son assistant ne se reprenne, habitué aux facéties étranges de son Maître qui se révélaient chaque fois des traits de génie véritables. Il devait avoir confiance en l'esprit intelligent de cet homme et lui laisser le temps nécessaire pour le surprendre de son audace odieuse que ses ennemis appelaient injustement chance. Noboyuki-san d'une manière ou d'une autre devait faire parti de ce plan qu'ils avaient ébauché ensembles et dont Yukimura lui taisait désormais les fins.

« Il sera fait selon vos désirs. Affirma Rokurô avec une application qu'il n'aurait jamais osé remettre en doute de la part de son Page. Souhaitez-vous que je vous assiste davantage ?

_Non, merci. Tu peux disposer, je vais finir seul. »

Son jeune serviteur eut un salut respectueux à son égard, pour quitter la pièce ses affaires en mains. Il ne tarderait d'évidence pas à rédiger cette lettre pour lui et à s'assurer de son envoie. Sûrement Mitsunari devait disposer de volatiles pour ses tâches, plus rapides que ne le serait jamais un homme des chemins. Son frère aîné recevrait ce courrier dans une moyenne de deux jours, confirmant ses prévisions pour le moment. Il semblait que tout suivait le rythme dont il souhaitait disposer, une trop heureuse nouvelle qui ne rassurait pas ses craintes.

Il ne cessait de se méfier constamment quand le Destin paraissait curieusement faciliter ses volontés par un caprice qui prenait souvent la forme d'une menace autre qui s'insérait alors brusquement. Il n'arrivait plus à se convaincre de la pertinence de ces propos qu'il avait préparés soigneusement pour cette discussion périlleuse. Si les deux Seigneurs comprenaient seulement la vraie nature de ses intentions… Il ne ressortirait pas vivant de Torhu, et ce malgré le soutien de ses Braves. Il était absolument hors de question qu'une telle erreur de parcours survienne, même mort il refusait qu'Ueda tombe entre des mains si malintentionnées. Ce regret ne lui laisserait de repos dans l'au-delà.

Y songer serra son cœur d'une nostalgie amère, apportant à ses yeux perdus les ombres familières. Il sentait presque le parfum de ces vallées arrondies parvenir jusqu'à lui, trouvait l'écho de couleurs éclatantes qui s'étalaient sur les collines alentours, berçant ce refuge au creux d'une verdure gorgée de la plus parfaite des sérénités qui soient. Comme ses crépuscules qu'il guettait plus paisiblement à contempler ces paysages demeurés indomptés, si lointains de ces villes ordonnées et immenses qu'il avait pu découvrir tant de fois au cours de sa vie. Rien n'égalait la satisfaction fabuleuse qu'il ressentait à rentrer chez lui. Accompagné de ces êtres qui avaient eu l'inconscience de lier leurs chemins au sien dans un objectif commun de protéger ce lieu précieux de tous.

Abandonné à ses pensées, il ne remarqua que trop tardivement la silhouette qui se présenta derrière le panneau de riz, poussant celui-ci d'un mouvement las. Yukimura crût l'espace d'une seconde que Rokurô était revenu réclamer quelques détails supplémentaires sur la lettre. Il fût agréablement surpris de voir cette hypothèse brisée par la masse de cheveux indisciplinés qui tombait lourdement dans ce cou qu'il avait baisé sur toute sa longueur. Sasuke sembla tout aussi étonné de le trouver ici ; le ninja paraissait être demeuré des heures sous la pluie. Il dégoulinait de la tête aux pieds, enserrés dans ses vêtements gorgés d'eau qui traçait un sillon coupable sur le parquet à chacun de ses déplacements. L'homme ne se souvenait pas avoir ressenti pareil désir pour une autre personne que ce qui brûlait en lui à la simple vue de son Commandant.

« Mes excuses Maître, je ne vous avais pas… Amorça aussitôt le garçon.

_Reste. »

L'ordre n'en était pas réellement un, mais il fût satisfait de voir l'envoûtante apparition s'y résoudre. Sasuke baissa cependant les yeux au sol en rougissant, appréciant visiblement l'effort vestimentaire. Prenant la liberté de jeter quelques attentions furtives que Yukimura ne pouvait décemment plus ignorer. Un homme n'en regardait pas un autre ainsi, pas comme une femme qui le désirait physiquement, osait le faire. Et Kami-sama que ce garçon apparaissait si loin du sexe opposé, son corps solide évoquait pourtant en lui des images téméraires à la hauteur des promesses de cette peau blanche qu'il avait pu caresser.

Conscient de l'attention appuyée dont il se trouvait être l'objet, le garçon dissimula ses joues carmin sous un linge propre alors qu'il séchait son visage. Prenant sur lui pour ne pas trembler alors qu'il sentait son Maître s'approcher résolument de lui. Ses mains incertaines n'échappèrent pourtant pas au regard de celui-ci qui en attrapa une pour la porter à ses lèvres, en embrassant la paume avec une tendresse respectueuse, qui serra douloureusement le ventre de Sasuke. Ses doigts se posèrent en réponse légèrement sur la bouche du dirigeant, en un témoignage timoré d'affection. Yukimura ne retint pas un soupir de satisfaction, laissant cette exploration délicate se poursuivre avant de se décider finalement à ôter le gant de son ninja, obstacle inutile, pour s'abandonner à ses touchers de nouveau. Se penchant sur lui jusqu'à joindre leurs fronts l'un à l'autre ; il dévorait du regard les traits affirmés de son protecteur. Sans compassion aucune pour l'embarras qu'un tel acte éveillait chez ce dernier.

Assurément le Seigneur des Forêts ne s'habituait ni aux compliments, ni aux démonstrations visibles d'admiration. Se terrant parmi ses arbres pour y disparaître comme à son habitude, ombre parmi les ombres et pourtant, le dirigeant espérait bien changer la donner pour une fois. Rattraper ce fuyard, l'acculer dans la première impasse venue pour étreindre ce corps, cette âme timide ; transmettre la force des émotions qu'il pouvait ressentir face à ces yeux. Le bonheur serein qui battait sous son épiderme à demeurer ainsi avec lui. Passant un bras possessif autour de sa taille pour joindre leurs hanches, s'égarant avec complaisance sous le tissu noir pour retrouver la chaleur réconfortante et familière. S'amusant de l'humidité de son compagnon, il se décida finalement à demander dans un murmure :

« Qu'as-tu fait encore pour finir dans cet état ? »

Sasuke haussa un sourcil étonné face à la curiosité soudaine de son Maître, trouvant bientôt l'audace d'un sourire complice alors qu'il répondait volontairement succinctement, comme il le faisait toujours :

« Joute physique de fin de matinée.

_Qui est le coupable ? L'interrogea Yukimura, jouant le jeu.

_Moi. Reconnût le garçon.

_Dois-je en déduire que Saizô ne doit, à cette heure, pas mieux présenter que toi ? »

Le garçon acquiesça avec amusement, peu surpris par la rapidité de déduction de son Seigneur. Il n'y avait bien qu'une personne en ce monde capable de faire naître en lui de pareilles pulsions de révolte. Tous le savaient, il n'aurait provoqué aucun autre adversaire que son alter-ego d'Iga. Cela faisait partie de leur lien et des fausses démonstrations de force qu'ils pouvaient échanger. De simples chamailleries.

« Etait-ce bien raisonnable de reprendre l'entraînement aussi tôt ?

_Touché. Concéda Sasuke. Je ne peux pas répondre à cette question. »

La sanction fut immédiate de la part du dirigeant qui pinça fermement la peau souple de ses hanches récoltant un sursaut indigné de son Commandant. Le regard dont il le couva le fit cependant rougir, retenant toutes protestations verbales qui vinrent mourir sur ces lèvres. S'attendrissant davantage encore devant ces vagues écarlates qui teintaient jusqu'aux oreilles de son protecteur, Yukimura frotta leurs nez, l'un à l'autre, pour s'enquérir :

« Le compteur est à combien ?

_Quatre à trois pour la journée. » L'informa faiblement le ninja, intimidé par ces attentions affectueuses.

Yukimura devait reconnaître qu'il ne se sentait pas plus à l'aise que lui, tiraillé par des initiatives qui lui venaient naturellement et une retenue qui hurlait au scandale sur la crédibilité de leur virilité, se gaussant de ses réflexes appris auprès des femmes de compagnie. Il se souvenait pourtant avoir davantage épuisé ces corps qu'il ne les avait explorés mais les faits étaient là, il voulait cet homme désormais, il le voulait vraiment et alors que celui-ci semblait partager ce désir… Il se rendait compte qu'il ne savait pas comment le prendre. Ni comment oser le toucher sans s'inquiéter chaque fois de la justesse de ces gestes.

Une impuissance cruelle à laquelle il ne parvenait à répondre, endigué par des principes qui soudain, surgissaient à nouveau devant lui. Et la réalisation froide, nette, qu'un couple n'était composé que de paires complémentaires. Qu'il mettrait son protecteur mal à l'aise en le plaçant dans une position qui ne serait pas la sienne. Il ne pouvait pas l'étreindre, pas le toucher avec autant de précaution. Il ne pouvait pas caresser sa peau aussi tendrement, ce n'était pas respectueux de son identité sexuelle. Ce n'était pas, parce que Sasuke se trouvait attiré par des hommes, qu'il en était une femme pour autant.

Ca ne changeait pas son envie d'ouvrir ses bras largement pour l'y accueillir et ne plus jamais laisser, comme il avait eu la stupidité de le faire, cet être voler loin de lui. Ca ne changeait pas les intentions moites qui occupaient son esprit à penser à lui, ni toute l'affection qu'il ressentait en lui et qu'il ne pouvait contenir. Ca ne changeait pas ce besoin de transmettre par tous les langages possibles la profondeur de ce trouble qui résonnait sous son épiderme. Ca ne changeait pas le désir de partage, il voulait le toucher…

« L'équilibre ne s'acquiert que pour deux pierres semblables. »

Son regard attrapa le discret sourire de son Commandant alors que celui-ci le considérait, l'affection évidente au fond de ses yeux. Comme s'il avait perçu parfaitement le cours de ses pensées et l'hésitation qui habitait son attitude envers lui, le garçon l'enlaça alors. Simplement, sans fioritures quelconques, ni attendrir la prise serrée de ses mains sur ses omoplates. Il le garda ainsi contre lui et Yukimura se sentit respirer.

Ils demeurèrent là, lui se jouant de la ligne agréable de son dos qu'il flattait du bout des doigts alors que lui inspirait à plein poumons l'odeur de son cou, ses mains allant se perdre dans ses cheveux. Il ne pensa pas un seul instant s'opposer à ses explorations capillaires, appréciant le sentiment de plénitude qui semblait s'être définitivement installé dans cette pièce. Soufflé par ce bonheur qu'il percevait à tenir cet homme, loin des incertitudes éreintantes des derniers jours quand la colère ne paraissait jamais se calmer contre lui.

Avait-il vraiment perdu autant de temps à s'interroger sans cesser ? A s'interdire de franchir un pas, et il se demandait désormais pourquoi il n'avait pas eu le courage de le faire plus tôt. Pourquoi il n'avait pas reconnu les traits de sa propre hypocrisie, à ignorer son protecteur pour l'accabler de tous les maux quand il n'acceptait pas l'attirance qu'il avait toujours ressenti pour lui depuis ce premier jour dans la Forêt, dont il ne parvenait pas à chasser le spectre jusque dans ses rêves. Et si la jeunesse de Sasuke avait su alors contenir la nature véritable de ses intentions, il n'avait pu continuer à lutter plus longtemps contre cette attirance. Il ne pouvait que se rendre face à ces yeux. Comment aurait-il seulement résisté lorsque son protecteur révélait librement les sentiments qu'il avait à son égard ? Comment cette argumentation misérable qu'il essayait de construire depuis des années retiendrait ses pieds de le mener inexorablement vers lui. Comment avait-il pu croire échapper à cet homme ?

Le voulait-il seulement…

« Laissez-moi arranger ça. »

Le garçon s'était emparé de ses cheveux, évaluant l'arrangement déplorable de ces derniers, encore désordonnés par leur lavage récent. Résigné à remédier à ce problème, il brisa leur étreinte avec retenue, lui indiquant de s'asseoir sur le tabouret proche alors qu'il s'emparait d'un peigne à portée de main. Il se glissa ainsi dans son dos, plus silencieux qu'un souffle, pour s'appliquer à son ouvrage avec un soin évident. Assez maladroit dans ses gestes au premier abord, Yukimura s'amusa de le sentir gagner en audace ; charmé par la prévenance de son ninja. Appréciant ce premier acte banal du quotidien qu'ils pouvaient partager ensembles en paix, loin de la frénésie des événements et des revirements hargneux de ces derniers jours. Apportant au sein de cette petite pièce, le parfum salvateur d'Ueda.

Il ne restait rien de l'inquiétude qui avait pu l'habiter il y a quelques instants encore. Cette discussion ne serait pas un obstacle infranchissable, aucune prise de décisions politiques ne l'était pour lui. Il serait seul mais fort devant ces adversaires qui n'attendraient que de le voir reculer. Il avait l'avantage d'être largement sous-estimé par eux : un sourire poli suffirait à faire passer toutes ses tentatives plus aisément qu'un katana ne trancherait une orange. Le principal était de conserver ce visage amical et sympathique, envers ses jeunes interlocuteurs. Ne jamais se placer sur un pied d'égalité avec eux et bien moins de supériorité évidente. Il ne devait conserver que ce masque habituel du naïf Seigneur original qui faisait rire.

Apaisé par ces pensées, il attrapa le regard de Sasuke dans la glace. Le garçon était en train de nouer ses cheveux, fronçant délicieusement du nez alors qu'il se trouvait pris dans sa tâche. Il semblait s'être séché progressivement sous la température agréable de la pièce, arborant toutefois des traces révélatrices de terre dues à ses activités antérieures. Yukimura insista finalement, avec curiosité :

« Quatre à trois pour qui, d'ailleurs ?

_Moi. » Lâcha le ninja dans un souffle, paraissant vouloir disparaître sur place.

Le dirigeant ne put contenir un rire marqué face à une telle réaction, ô combien prévisible de la part de son timoré Commandant. Il n'y avait bien que celui-ci pour se sentir ainsi coupable de triompher, allant à jeter de honte ses trophées victorieux, quand d'autres ne songeaient qu'à les exhiber outrageusement. Saizô ne comptait pas sa chance d'avoir ce phénomène d'humilité et de respect pour adversaire. L'amour propre, particulièrement chatouilleux, du ninja d'Iga s'en voyait davantage épargné. Surtout, alors que l'écart entre eux semblait se réduire considérablement de jour en jour. Même dénué de toute manipulation élémentaire, le Seigneur de l'Herbe donnait visiblement du fil à retordre à ses adversaires.

« Félicitations. » Le complimenta-t-il avec sincérité.

Il se souvenait encore du grand gosse aux yeux immenses qu'il avait rencontré, cette curieuse boule de poils, de boue et de crasse aux réflexes instinctifs brillants. Ce petit habitant de la Forêt malingre et chétif qui grimpait aux arbres plus sûrement qu'une bestiole ne l'aurait fait, qui aurait pu deviner seulement ? Qu'il serait encore à ses côtés, sur le chemin de la sagesse, en jeune homme dévoué à sa protection, devenu ninja de talent comme il n'en existait nullement cent autres… A ce rythme, que serait-il une fois adulte ? Yukimura songeait bien à des esquisses possibles et toutes le troublaient violemment.

« J'ai été à bonne école. Répliqua Sasuke.

_Ah, vraiment ?

_Protection d'un Seigneur irresponsable et suicidaire. » Lâcha le ninja, l'air de rien.

Loin de s'offenser de ce rapide portrait des plus appropriés, le dirigeant s'en amusa. Considérant non sans fierté, la désinvolture dont le garçon faisait preuve avec lui. Flatté qu'il osât dévoiler plus largement ses traits de caractère en sa présence, libéré de cette prison que l'adolescent s'imposait de ne rien dire, ni faire qui porterait trop d'attentions sur sa personne. Il posait son masque de Sarutobi et lui, savait reconnaître ce genre de preuves de confiance à leur juste valeur : il en faisait de même. Avec l'initiative d'une franchise qui le surprenait le premier, si habitué à demeurer précieusement protégé par le papier pudique de son éventail de diplomatie.

Les mains de son Commandant se posèrent fermement sur ses épaules, en profitant au passage pour redresser les cols de ses kimonos. Sasuke jeta un dernier coup d'œil dans le miroir, avant de sembler satisfait de ce qu'il pouvait y voir. Il avait apprivoisé la tignasse drue de son Seigneur, parvenant à coiffer l'ensemble dans un mince chignon haut qui soulignait l'élégance de son port de tête. Un choix assez osé qui ne manqua pas de laisser Yukimura muet un long instant, presque apeuré de présenter aussi dignement.

« Tu es pire que Rokurô… »

Absolument pas vexé, le ninja lui adressa en retour son sourire le plus lumineux.


Et dans le silence, il me contemplait.


Ce fût en grandes pompes que Naoe Kanetsugu franchit l'enceinte du château de Torhu accompagné de son escouade de protection : pas moins d'une quarantaine de soldats en tout et pour tout. Le samouraï se présenta solidement juché sur sa monture harnachée pour les combats, éminemment reconnaissable parmi la masse folle qui l'encerclait. Il s'élevait dignement au-dessus de ses serviteurs ; ceux-là étaient des hommes de toutes origines, de toutes couleurs de peau qui partageaient le point commun de présenter un armement déraisonnable. Appartenant visiblement à une même tranche d'âge commune, cintrés dans un uniforme aux couleurs et mon de leur Seigneur, ils se déployaient autour de ce dernier, l'accompagnant fidèlement jusque dans la cour intérieure principale où ils s'arrêtèrent finalement.

Ayant un signe de main entendu avec celui qui devait porter la charge de Capitaine de cette véritable troupe, et une claque reconnaissante à son cheval, Kanetsugu posa bientôt pied à terre, vite accueilli par ses confrères qui s'empressèrent de le rejoindre. Yukimura et Mitsunari fendirent littéralement la foule qui était venue se presser à la rencontre de ces nouveaux arrivants peu discrets, non sans déclencher chuchotements et murmures admiratifs sur leur passage parmi les rangs des soldats de ce bastion.

Et Sasuke devait avouer qu'il était plutôt fier de lui pour une fois, son Maître rayonnait littéralement d'un charisme capiteux, incomparable aux atours de son cadet orgueilleux. Il attirait sur lui toute l'attention, volant la vedette involontairement à ses deux collègues alors que tous semblaient le considérer avec respect et prudence. Les gardes de Kanetsugu ne s'y trompèrent pas, marquant un pas de recul autour de l'homme. Un acte de politesse qui déplût fortement à leur dirigeant : le sourire qu'il arborait s'acidifia quelque peu.

Le ninja s'amusa silencieusement de cette réaction, demeurant sagement en retrait, perdu parmi les combattants de Mitsunari qui s'étaient rassemblés entre eux instinctivement. Ceux-là paraissaient échanger quelques regards de mise en garde avec les nouveaux arrivants, chaque camp se jaugeant l'un et l'autre. Une prévisible défiance, et il était évident de déterminer les plus forts parmi cet immense regroupement armé. Si le maître de ces lieux préférait assurément s'entourer de serviteurs plus fidèles qu'habilités au katana, ceux de Kanetsugu jouaient déjà au niveau supérieur. Ils s'apparentaient davantage à des professionnels recrutés sur exigences plutôt qu'à un grossier bricolage militaire.

« Ils se sentent plus, oui… » Constata paresseusement l'Autre au fond de lui, comme tirée de sa sieste par ces récents événements.

Sasuke devait reconnaître la justesse de cette remarque perfide. En rien, cela n'était comparable aux caprices arrogants de Mitsunari, pour autant Kanetsugu et son escouade affichaient volontairement la même fierté guerrière implacable. Caricatures absolues du samouraï et de ses suiveurs, il serait ardu de travailler de base commune avec pareils partenaires. Il sentait venir les complications, apercevant leurs spectres au loin. Riant sans oser des réactions prévisibles des autres Braves qui appréciaient tellement leur indépendance. Ne fallait-il pas prévenir Saizô de ne défier personne en duel avant la nuit ? Il pressentait des conflits de morales dans cet air trop étroit pour des combattants d'horizons si différents.

A quoi songeait seulement Yukimura en acceptant cet accord avec les vassaux de Toyotomi ? Sasuke comprenait parfaitement son opposition rigoureuse face aux Tokugawa, cela n'expliquait toutefois pas cette position nouvelle dans l'échiquier politique. Sans doute, leur Maître estimait-il que les Sanada ne pouvaient, seuls, remporter cette guerre. Un avis que le garçon ne partageait pas. Il était bien plus facile de n'avoir que soi à gérer, une situation qui favorisait une certaine souplesse de réactivité. Si jusqu'à maintenant, ils avaient pu autant se permettre, c'était grâce à leur non-affiliation et la liberté d'action qui en découlait. S'assembler avec d'autres familles ne feraient que créer des problèmes supplémentaires, plus encombrants que quelques avantages ajoutés.

Le Renard allait s'en frotter les mains, soigneusement caché derrière ses troupes alignées. Toyotomi comptait vingt ans de retard sur la mécanique parfaitement huilée du Shôgun. Il se réveillait à peine, pensant parvenir à constituer une force alliée dans le mois ? Ils finiraient tous balayer par la coordination de l'ennemi qui se tiendrait en face. La puissance seule ne valait rien, il ne suffisait pas d'instaurer un pacte entre les plus puissants qui soient, sans avancée commune ils n'iraient pas loin. N'importe quel stratège, était conscient de cela. Yukimura devait avoir autre chose en tête de plus affiné que le simple fait de donner son accord à cette entente diplomatique et militaire.

« Tu n'as qu'à lui faire avouer sur l'oreiller. »

Il ne voulait même pas croire que cela puisse être une bonne idée.

« Sasuke ! »

Reconnaissant aisément la voix et le pas empressé caractéristique d'Isanami, il leva les yeux vers elle.

La jeune femme se glissait parmi les soldats de Mitsunari, parvenant finalement à ses côtés sans se départir de son sourire le plus large et enjoué. Elle semblait, pour cette occasion rare, avoir tiré de ses bagages le plus beau kimono dont elle disposait, le tissu ensoleillé valorisant sa petite silhouette qui paraissait transporter le vent du bonheur avec elle. Sur son passage, les visages se détendaient indéniablement à la vue de ses petites épaules dorées. Même le ninja ne bouda pas son plaisir de le remarquer :

« Tu es bien apprêtée aujourd'hui… »

Infantile, elle lui tira la langue, touchée par ce compliment mais ne manquant pas toutefois les sous-entendus piquants que contenait cette phrase polie. Sasuke ne se moquait jamais de front, si ce n'est envers Saizô parce que celui-là ne comprenait rien à la subtilité. Il fallait se méfier de ces plaisanteries discrètes qu'il pouvait disperser de droite à gauche, sans le moindre remord. Les expressions neutres qu'il arborait alors, en disaient plus long que tout le reste. Elle ne se laissait plus berner par ce genre de démonstrations.

« Tout le monde ne tire pas son plaisir d'aller se cacher dans les coins sombres. » Lui rétorqua-t-elle, ajustée.

Le Commandant ne songea même pas à se vexer du léger rire qui secoua les guerriers de Mitsunari. Il semblait que ces derniers suivaient d'une oreille distraite leur altercation, leurs regards fixés sur leur Maître. La jeune femme attirait à elle les attentions de tous, son arrivée n'étant pas passée inaperçue dans un camp comme dans l'autre. La présence d'une naïve adolescente surprenait évidemment du côté Kanetsugu, quand on saluait son adorable sourire parmi les rangs de leur hôte. Personne n'avait oublié avec quelle énergie elle avait donné de sa personne au cours des combats de la nuit passée.

« Vous avez fait du bon travail, Senseï. »

Incertain quant à la nature réelle de cette tentative de compliment, il préféra ne pas relever pareille intervention venant de la Voix. Bien qu'elle est parue le soutenir ces derniers jours avec application, il n'était pas décidé à cesser de se méfier des revirements dont elle se révélait très souvent être la reine. Avec un peu de chance, dans quelques heures, elle s'ennuierait une fois encore à réclamer sa mort. Sans oublier, le piteux essai pour le convaincre de replonger dans ses vices, suite à l'affrontement avec la femme Tokugawa. Elle ne serait assurément jamais une alliée de confiance. Si cela la vexait, grand bien lui fasse.

Le silence lui fit écho.

« Que va-t-il se passer maintenant ? » L'interrogea Isanami, distraitement.

La jeune prêtresse avait reporté toute son attention sur les trois Seigneurs qui s'entretenaient avec une véhémence raisonnable, échangeant les bases élémentaires de politesse. Un soldat de Kanetsugu s'était départi de sa monture, le rejoignant pour ôter son casque d'un mouvement leste, dévoilant le visage élégant de celle qui devait être son épouse. De toute évidence, le samouraï avait fait le choix de voyager avec elle, ne lésinant pas sur les mesures de sécurité. Sasuke ne se rappelait pas avoir jamais entendu parler d'une femme qu'on autorisait à monter à cheval parmi les membres de la garde. Kanetsugu faisait preuve d'une ouverture d'esprit étonnante à ce sujet pour le traditionnaliste qu'il donnait l'impression d'être. L'homme était plus fin de convictions qu'il ne le laissait apparaître en surface. Yukimura se préparait à confronter verbalement des adversaires dangereux.

« Ils vont sûrement se retirer dans un lieu sécurisé… Répondit-il finalement, assez tourmenté par les dangers qu'il sentait planer dans l'air. Pour parler, je suppose.

_J'ai dû mal à croire qu'une simple discussion puisse être aussi capitale pour nous tous. »

Isanami considérait sceptiquement ces figures de l'Histoire qui remontaient à pas lent les rangées de soldats venus les accueillir respectueusement. Un des guerriers qui les entouraient, posa un regard conciliant sur elle, soulignant d'un ton docte :

« Ce sont de véritables enjeux politiques qui en découlent. »

La jeune prêtresse ne pût que reconnaître la justesse de cette remarque. Elle n'était pas la personne la plus sensible qui soit à ce genre de choses, mais il fallait bien que d'autres se dévouent à mener les êtres, une tâche ardue trop souvent l'occasion d'un dérapage égocentrique. Ce pays avait davantage vu de tyrans que d'honnêtes gens dévoués à leur cause. Peut-être était-ce un début qui s'esquissait aujourd'hui pour une orientation nouvelle ?

Elle voulut interroger Sasuke, reportant son attention sur lui pour réprimer son intention : le garçon, les yeux écarquillés largement, tournait sur un écarlate persistant alors que son regard restait fixé devant lui. Elle suivit ce dernier pour trouver le sourire satisfait de Mitsunari qui venait à peine d'atteindre leur hauteur, accompagnant ses deux invités prestigieux. Elle ne rêvait pas, le jeune Seigneur s'était accordé la grâce d'un clin d'œil audacieux envers le Commandant des Sanada, s'inquiétant fort peu d'être discret dans une pareille démarche. L'expression ravie qu'il arborait, parlait d'elle-même, tandis que Yukimura, dans son dos, semblait contenir au mieux une glaciale colère, serrant durement les dents.

Kanetsugu se pencha à l'oreille du jeune Seigneur.

« Voilà que tu prends tes partenaires au berceau maintenant ? »

Le chuchotement sarcastique n'échappa pas à l'ouïe hypersensible du ninja, pas plus que le rire clair que s'accorda Mitsunari en retour, pour toute réponse. Une vague de rage glaciale lui fit serrer brutalement les poings alors qu'il évaluait les attentions gênées des gardes du dirigeant, qui esquivaient volontairement son regard. Ceux-là ne devaient rien ignorer des petites habitudes de leur Maître, Sasuke était pourtant bien décidé à rouiller la mécanique parfaite que s'autorisait ainsi l'odieux personnage. Si leur hôte croyait pouvoir s'accorder les grâces de son affection, il faisait une grave erreur. Kami-sama, il fallait que ces rougissements cessent une bonne fois pour toute ! Il n'était pas celui qui devrait être embarrassé à cet instant.

Furieux contre lui-même, il se sentit murmurer quelques aigreurs envers Mitsunari. A quoi songeait-il cet imbécile à papillonner aussi indignement ? En public qui plus est, que fallait-il qu'il espère voir désormais dans les yeux des combattants présents, que le statut encombrant de coup d'un soir ? Il avait habituellement bien assez de mal à gérer son titre de Commandant comme ça, sans avoir à produire un miracle pour espérer rétablir sa crédibilité effondrée sur le caprice d'un gamin. Il n'imaginait même pas, si Yukimura avait vent de l'affaire d'une manière ou d'une autre…

« On dirait que tu lui plais un peu, à Mitsunari-san. » Releva Isanami, l'air de rien.

Il lui fallût toute la force de sa persuasion pour se retenir de lui rétorquer trop brutalement quelques élégances verbales. Elle n'était pas responsable de ce marasme dans lequel il s'enfonçait, sans réellement le vouloir. Si quelqu'un devait régler le problème épineux, ce serait son problème personnel. Et urgent. Il fallait rapidement refroidir les ardeurs de l'homme avant qu'un malentendu gênant ne prenne forme. Une fois que cette histoire de discussion diplomatique serait clôturée, il pensait bien s'autoriser le plaisir d'une explication franche avec l'hautain admirateur.

« Il s'est passé quelque chose avec Yukimura-san. » Insista la jeune femme ; et cette fois, ce n'était vraiment plus une question.

Sasuke en resta muet, stupéfié encore par la justesse des remarques de la prêtresse. Il allait finir par croire qu'elle passait son temps à le faire suivre pour toucher à chaque occasion si adroitement la nature des véritables événements qui animaient son existence. A moins, qu'elle ne soit dotée d'un don de voyance, une hypothèse qui ne paraissait pas plus solide que tout le reste. Et comme entendant parfaitement tout ce qu'il se trouvait être en train de débattre, intérieurement, elle ajouta dans un sourire :

« Ca s'appelle porter de l'intérêt aux autres.

_Tu es un monstre social. » Lâcha-t-il en retour, découragé.

Absolument pas agacée, elle se penchait déjà dans sa direction, ses yeux pétillant d'un éclat brillant :

« Alors ? »

Conscient de la proximité embarrassante des gardes de Mitsunari qui n'avaient pas, pour la plupart, quitté les lieux afin de reprendre leurs précédentes activités interrompues ; il hésita, sachant que la curiosité de la prêtresse ne se satisferait pas de menu fretin. Il ne fallait pas songer non plus à trouver quelques essais de détournement de sujet. D'autant que ce n'était pas comme s'il était anormal de discuter de cela avec elle, alors que la blonde l'avait soutenu depuis le début, avec une fidélité désarmante. Comme Ana, elle aurait pu tout aussi bien l'ignorer ou lui conseiller de disparaître, dans le sens de la moralité de Juzô. Il était soulagé de ne pas avoir eu à croiser leur aîné ces dernières heures…

« Peut-être. Concéda-t-il finalement.

_Sasuke ! »

Devant les protestations indignées de son amie, il se fendit d'un large sourire entendu qui voulait à la fois dire beaucoup sans rien révéler pour autant. Cela suffit cependant à Isanami pour comprendre, elle eût une exclamation ravie et bruyante qui attira sur eux l'attention de leurs encombrants voisins.

« Noon ? Fit-elle en riant. Oh je suis tellement contente ! »

Désireux de maintenir autant que possible ce genre d'informations secrètes, le garçon plaqua un peu rudement sa main sur la bouche de la jeune femme pour la faire taire. Lui lançant un regard austère, pour lui faire comprendre de se tenir au mieux. Il avait déjà assez fait à avouer ses errances sentimentales à elle, Ana et Juzô, il ne comptait pas élargir ce champ de spectateurs potentiels. Surtout pas aux innombrables soldats de Kanetsugu qui s'occupaient à installer leurs affaires paisiblement, profitant de l'absence de leur Seigneur. Il ne voulait pas déclencher des tensions inutiles sur son orientation sexuelle. L'intimité avait, heureusement, ses limites.

Paraissant saisir enfin la véritable origine de son malaise, Isanami lui fit signe de la suivre ; elle alla se glisser souplement parmi les guerriers de Mitsunari. L'entraînant loin du mouvant rassemblement, elle prit la direction des remparts proches du château, une initiative plutôt originale que Sasuke ne put que saluer. Il ne songeait même pas à protester contre les desiderata abrupts de la jeune prêtresse. Il préférait encore devoir discuter avec elle, s'épancher davantage sur lui-même ainsi perché, que d'attendre impatiemment que leur Maître ne se décide à se montrer, son sourire sur les lèvres aussi retenu que définitivement crâneur. Son rôle n'était pas celui-là, débordements sentimentaux ou non.

Ils gravirent les escaliers avec un empressement commun, curieux d'admirer la vue depuis la hauteur de ces roches taillées qui encerclaient complètement la forteresse, protégeant celle-ci des menaces venant de l'extérieur. Ils devaient bien se tenir à une trentaine de mètres du sol, confortablement surélevés pour ne pas manquer la svelte ligne de l'horizon qui se perdait infiniment. Véritable trait final d'une composition qui, étendant ses longueurs sublimes paresseusement sous un ciel couvert, paraissait l'explosion fantastique des sons et couleurs printanières. Les champs s'accumulaient en premières lignes, animés de centaines de points sombres qu'ils pouvaient assimiler à des travailleurs de l'après-midi que le temps, plus maussade, n'avait pas découragés.

Cela ne gâchait en rien la splendeur évidente de la région qui se voulait généreuse et abondante. Elle rayonnait littéralement de ses plateaux interminables, parvenant presque à séduire Isanami et Sasuke tandis qu'ils s'accordaient la grâce d'admirer une telle œuvre naturelle. Les terres qui se présentaient à leurs yeux, de gosses émerveillés, étaient celles de cultures. Elles convenaient cependant moins à la définition d'absolu bout du monde à laquelle s'apparentait Ueda et ses contrastes sauvages, davantage rustiques. Le château de Mitsunari ne se trouvait d'ailleurs qu'à quelques heures de la plus grande ville de Torhu. Alliant l'accessibilité au calme serein que possédaient ces peintures végétales, un élan de modernité en cohésion avec la jeunesse du dirigeant de cette région. On était bien loin des traditions centenaires qui enracinaient le Japon.

Ils échangèrent un regard entendu, tous deux bercés par cette fresque. Décidés à ne pas descendre, du moins trop tôt, de leur perchoir, ils débutèrent un premier tour des remparts. Sasuke se juchant, aveugle imprudent sur l'extrême rebord de l'édifice. Trouvant l'occasion d'apprécier une fois de plus la finesse de ses sens en conservant ses yeux résolument fermés, ne s'inquiétant pas de déclencher l'incompréhension envers les sentinelles qui tenaient fidèlement leurs postes. Ils marchèrent ainsi, côte à côte, un long instant, jusqu'à ce que la prêtresse ne se décide à relancer leur conversation.

« Vous avez discuté ensembles ?

_Bien plus que nous ne l'avions sûrement jamais fait. Concéda-t-il.

_Il est au courant, alors ? »

Conscient qu'elle se trouvait en train de le regarder, il hocha la tête. Un assentiment qui se suffisait. Dire oui réclamait une implication qu'il ne se sentait pas encore de reconnaître. Tout cela datait de si peu, il parvenait à peine déjà, à se convaincre de la réalité de ce qui se tissait entre lui et son Maître… Qu'il revenait chaque nuit sur ses récentes péripéties, ressassant le gout de ces lèvres contre les siennes. Osant prononcer des mots, des notions pesantes pour corroborer les faits, rougissant de son hardiesse ; pour s'emmurer dans un silence contemplatif. Il n'y croyait pas toujours lui-même pour ainsi dire.

« Je lui ai avoué.

_Je m'en doutais. Répondit sereinement Isanami, adressant un sourire poli à un garde. Tu as été courageux.

_Imprudent. » Corrigea-t-il.

Il sentit qu'elle haussait des épaules, fataliste.

« N'empêche que j'avais raison sur les sentiments qu'il nourrissait pour toi.

_C'est sûrement de la simple curiosité. Contra-t-il, têtu. Ca ne durera pas.

_Vous avez fait quoi ? »

Sa pudeur s'opposa aussitôt à cette question qui abordait trop largement sa vie sentimentale. Autant la jeune femme pouvait compter pour lui, autant des limites demeuraient sur le plan personnel. Ce domaine là ne regardait qu'une seule personne : la sienne. Elle dût sentir sa contestation, soupirant avec résignation, elle insista malgré tout :

« Vous avez couché ensembles ?

_Q-quoi ? S'étouffa immédiatement Sasuke, qui en ouvrit grand les yeux. Non ! Bien entendu que non !

_Bah voilà, ce n'est pas de la simple curiosité de la part de notre charmant Seigneur. » Rétorqua Isanami.

Il en resta figé sur place, hébété alors que la jeune femme poursuivait sereinement leur promenade. Il ne l'avait pas vu venir celle-là, il en suffoquait encore. Outré par cette provocation habile, et réalisant enfin quelle direction il se trouvait en train de prendre avec Yukimura. Son visage vira aussitôt au cramoisi face à la vérité pertinente que venait de soulever la prêtresse. Oui, son Maître faisait preuve d'une rare retenue, sage et élégante avec lui quand il ne s'était pas fait prié d'en quérir d'autres dans son lit. Sans doute cela signifiait-il un peu plus qu'une curiosité, certes. Cela signifiait aussi que Sasuke allait à son tour finir dedans un jour ou l'autre… Il ne voulait pas songer à ça, bordel !

« Les hommes sont pourtant rarement naïfs sur ce genre de choses. » Releva Isanami, s'amusant visiblement du trouble qu'elle avait involontairement éveillé en lui.

Furieux de pareilles plaisanteries qui lui rappelaient l'humour mordant d'Anastasia et les remarques, propositions en tous genres que la blonde ne manquait jamais de faire sur son statut encombrant de puceau, il se tût. Portant son attention ailleurs, attrapant les coups d'œil que leur jetaient les sentinelles. Ils devaient détonner de par leur présence parmi les hauteurs ; au moins ils tenaient compagnie à ces hommes. Les tours de garde à Ueda étaient largement plus distrayants, l'occasion parfaite chaque fois pour jouer avec ses amis de la Forêt. Contempler la course des nuages…

« Ne boude pas. Je te taquine juste.

_Je n'avais pas remarqué. »

Isanami lui jeta un sourire maladroit, consciente du sarcasme qui sonnait dans sa voix. Sans doute ne devrait-elle pas pousser sa chance aussi loin dorénavant, le ninja demeurait clairement chatouilleux à propos de certains sujets qu'il valait mieux esquiver. Elle ne pouvait cependant s'empêcher de trouver la réaction du garçon adorable, précieuse. Priant pour que Yukimura s'en rende compte suffisamment tôt pour préserver le trait si caractéristique du Commandant. Il serait dommage de gâcher la fraîcheur de cet être du fond des bois fuyant, intimidé de tout. Qui avait sûrement plu au Seigneur par ailleurs.

« Je suis tellement soulagée… Bon sang. » Ria-t-elle nerveusement.

Il n'y avait rien de plus sincère dans son cœur à cet instant. Elle avait bien cru assister, impuissante, à la pérennité de cette situation dangereuse. Chacun des deux hommes demeurant si absolument sur ses plus assurées positions, préférant le confort du savoir que la tentation de l'échec incertain. Et voilà qu'elle gardait le dos tourné quelques instants pour les trouver dans les bras l'un de l'autre… Elle louait le Ciel, les Kamis qui avaient offert à leur Destin une légère impulsion ; juste ce qu'il fallait pour les mener ensembles. Tout ce qui s'ensuivrait alors n'appartiendraient qu'à eux. Elle voulait simplement pouvoir continuer de veiller à son bon déroulement, en marraine discrète.

Touché, le ninja quitta son expression austère pour venir frapper son front légèrement.

« Idiote. »

Elle accepta cette affirmation sans protester. Il fallait toujours qu'elle s'inquiète trop pour les autres ; oubliant ses propres pieds. Peut-être allait-elle pouvoir se recentrer davantage sur elle-même et le séduisant ninja brun qu'était son protecteur, maintenant que son frère de cœur avait trouvé la résolution d'assumer sa fascination pour leur Maître. Il était temps qu'elle trouve sa propre détermination pour parler à Saizô et voir ce qu'il pourrait lui répondre. Tester la force de l'intérêt qu'il prétendait avoir envers elle ; jusqu'où celui qui représentait sa lumière, était capable d'aller pour elle ? Cela sonnait comme un programme intéressant. Elle s'en amusait déjà.

Ils se trouvaient en train d'entamer un troisième tour d'enceinte, quand une des sentinelles se plaça devant eux, courbant le dos dans un salut respectueux. L'homme comptait surement une récente trentaine, son profil présentant une souplesse effilée que ne possédaient pas les habituels guerriers au corps à corps. Il possédait la stature solide et les bras développés d'un tireur à l'arc expérimenté. L'arme favorite se trouvait dans son dos accrochée, accompagnée d'un carquois conséquent, qui devait servir sans faillir toutes les plus critiques des situations. Son visage mature apparaissait cordial sous le sourire poli qu'il eut à leurs égards. Se pliant dans une seconde inclination pour se nommer :

« Yozora Mihari. Pardonnez-moi de vous interrompre ainsi. Je souhaitais vous remercier d'avoir protégé mon Maître la nuit dernière. »

Sasuke et Isanami échangèrent un regard étonné. Ils ne s'attendaient ni l'un, ni l'autre à pareil genre de reconnaissances, habitués à ne recevoir aucune gratification lorsqu'ils réussissaient leur mission. C'était le travail qu'ils avaient choisi de faire ; cela, Yukimura en avait autant conscience qu'eux. Le dirigeant appréciait à sa juste valeur le résultat final, il ne s'interposait nullement ailleurs. Ce qui convenait à chacun.

« Ce n'est rien. S'empressa de dédramatiser la jeune femme. Nous sommes alliés, il est parfaitement normal que nous nous assurions de cette manière, ensembles. »

Elle échangea un sourire avec l'archer pour se présenter à son tour :

« Appelez-moi Isanami.

_Sarutobi Sasuke. » Ajouta le ninja, désireux d'entretenir des relations amicales avec leurs futurs partenaires militaires autant que possible.

Mihari parût touché par leurs réactions respectueuses. Il les considéra l'un et l'autre, avec l'élégance de le faire sans aucune sensation d'insistance malvenue. Il ne s'agissait là que de pure curiosité, que le ninja pouvait comprendre le premier. Après tout, ils n'étaient venus qu'au nombre de six pour Yukimura, contre le château tout entier dédié à la seule sécurité de Mitsunari et une large cavalerie d'une quarantaine de soldats à l'égard de Kanetsugu. Une telle différence soulevait forcément des questions silencieuses. Il imaginait bien ce qui pouvait courir sur eux, à cet instant même dans les bouches de tous ces guerriers.

« Vous êtes vraiment jeunes tous les deux. Constata la sentinelle, non sans un soupçon de paternaliste. Il est malvenu de ma part de m'interroger autant, mais à quel âge avez-vous décidé de servir votre Seigneur ? »

Sasuke et Isanami eurent un sourire amusé entendu. Beaucoup de questions en effet.

« Oh, cela fait seulement une année que j'ai rejoint la protection des Sanada. » Répondit la prêtresse.

Mihari acquiesça pour reporter son attention sur le Commandant qui prit le temps de croiser les bras avant d'avouer dans un souffle :

« Six ans.

_Jusqu'à maintenant sans discontinuer ? Devina l'archer. Yukimura-san compte sur des protecteurs fidèles. »

D'autant qu'il était absolument déterminé à demeurer aux côtés de leur Maître chaque seconde que la Mort lui accorderait gracieusement avant de venir le chercher. Que cet homme continue ou non, à désirer sa présence au sein de son intimité. Il ne l'abandonnerait pas pour une ultime déception de plus, il saurait se relever une dernière fois pour lui, il en était persuadé.

« Et vous ? Renvoya Isanami. Depuis combien de temps assurez-vous la protection de ce château ?

_Trois ans seulement, Mademoiselle. J'ai servi dans l'armée de ce cher Shôgun auparavant.

_Pour partir dans le camp opposé ensuite ? »

Loin de vexer leur interlocuteur, la remarque ajustée de la jeune femme le fit visiblement s'esclaffer. La prêtresse amusait chaque fois de par son caractère volcanique, incomparable à toutes ces dames tenant sous le masque pesant de leur rang, chaque poussière d'émotions qui pouvait leur échapper.

« Avant de commencer à réfléchir surtout par moi-même. Corrigea Mihari. Nous faisons tous des erreurs afin de mieux débuter, Mitsunari-sama s'est toujours montré compréhensif à ce sujet. »

Etrangement, Sasuke ne parvenait pas à faire coller l'image du Seigneur généreux que décrivait cette sentinelle avec la manière grotesque dont ce dernier n'avait pas manqué de se comporter envers lui. Ou leur hôte possédait de multiples facettes ou il surjouait sur certains tableaux pour préserver sa réputation sur les plus primordiaux d'entre eux. La démarche était inconsciente mais audacieuse.

« Vous avez combien de jours de congés dans l'année ? »

Les deux jeunes Braves écarquillèrent les yeux, pris de cours par ce revirement d'intérêt soudain et le soin particulier que l'archer semblait porter sur ce point qui, pour une raison ou une autre, lui tenait à cœur. Pris de cours aussi, parce que Yukimura se gardait bien d'aborder ce genre de problèmes avec eux et qu'ils se rendaient enfin compte de ce fait. Isanami, dépassée, reconnût platement :

« Aucun.

_Alors il vous exploite. C'est bien ce que je pensais. » Lâcha avec un fatalisme certain Mihari.

Sasuke ne put taire totalement le rire qui le secoua alors, à cette idée tellement curieuse, tendant au modernisme de l'exploitation de leurs talents. Il ne se rappelait pas avoir jamais entendu un combattant lié à son Seigneur par un contrat, protesté contre les termes de celui-ci. Que ce soit pour des principes comme les vacances ou la durée de service, le salaire compris dedans. Il se voyait mal s'entretenir avec son Maître sur la même trame, pour réclamer davantage de repos qu'il ne pouvait en avoir aujourd'hui. Quoique… Ne serait-ce que pour apprécier la tête que ferait l'homme face à ses revendications, cela valait peut-être le coup. Au moins essayer, surtout qu'il comptait des arguments supplémentaires.

« Yozora-kun n'a pas tort, nous avons droit à une semaine depuis le temps… Ce serait l'occasion de voyager. Releva la jeune prêtresse, déconfite.

_Parce que tu trouves que nous ne voyageons pas assez comme cela pour le boulot ? » Répliqua Sasuke.

Isanami dût bien acquiescer face à cette vérité. Ils mettaient tant d'ardeur à protéger Yukimura, tant d'efforts, qu'ils faisaient tous chaque jour pour devenir meilleurs qu'hier, tant d'énergie au final entièrement disposée à combattre sous un même pavillon… Qu'ils étaient trop éreintés pour avoir le courage de faire des sorties quelconques au sein de leurs moments libres. Ils préféraient majoritairement user de ces heures pour dormir et récupérer un peu de la veille. Rarement, ils se retrouvaient tous au village proche pour se changer les idées de ce rythme de vie.

« Je doute que nos Seigneurs nous accordent quoi que ce soit pour les jours à venir. Se désola l'archer. Nous allons surtout devoir apprendre à cohabiter ensembles. »

Sasuke crût un instant que leur interlocuteur les fustigeait, eux, quand il suivit le regard de ce dernier au loin. La sentinelle contemplait avec dépit les guerriers de Kanetsugu qui s'installaient tranquillement dans leurs quartiers, entraînant un ballet sans fin d'aller-retour jusqu'à leurs montures pour récupérer les bagages réduits avec lesquels ils étaient venus. Certains tirants parti de la situation pour s'amuser à se chahuter entre coéquipiers ; sans doute une manière d'évacuer le stress accumulé du voyage. Les meneurs semblaient avoir abandonné de sermonner qui que ce soit, alors qu'une ambiance bonne enfant se ressentait désormais dans l'atmosphère.

« Vous ne vous entendez pas. Constata le Commandant, se souvenant de la manière glaciale dont les camps opposés s'étaient évalués l'un et l'autre pour tout accueil.

_Du tout. Confirma franchement Mihari. Pourtant une partie d'entre nous avons déjà fait front commun sur certaines missions, mais nous ne partageons pas la même éducation.

_Ils doivent vous sous-estimer chaque fois. »

L'archer n'eut pas besoin d'assentir l'affirmation du ninja. Son regard se voila sombrement alors qu'il paraissait se perdre dans quelques pensées, songeant sans doute aux conséquences houleuses de combattre aux côtés de pareils alliés. Cela n'avait sûrement pas dû être de tout repos d'essayer de tendre un pont entre la mentalité appliquée des soldats de Mitsunari et l'orgueil des professionnels de Kanetsugu. Les différences de niveaux conséquentes entre les deux groupes ne pouvaient seulement être ignorées. Même lui avait tout de suite remarqué ce déséquilibre.

« Cela sera encore plus difficile de s'entraider à trois. Le prévint Sasuke. Nous-mêmes avons nos caractères. Je ne promets rien sur les réactions de certains.

_Assurément vous êtes tous fort, mais vous connaissez encore le respect. »

Surtout, ils avaient vécu chacun des moments assez durs pour comprendre l'importance de la vie. Ils avaient ce savoir en commun, même si leurs moralités divergeaient d'un extrême à l'autre, que la culture de Saizô et Anastasia, shinobi dans l'âme, dressait parfois des murs. Ils ne se riaient jamais de l'adversaire, ils ne triomphaient pas bruyamment, pour le plaisir de le faire savoir. Seul le ninja d'Iga bénéficiait d'une véritable réputation en-dehors d'Ueda d'entre eux tous, et il ne s'en vantait pas.

« Yozora ! Hurla soudainement quelqu'un. Que fais-tu encore perché là-haut ? Descend prendre ta revanche si tu es un homme ! »

L'archer en sursauta presque, se pressant bientôt au rebord des remparts pour considérer l'irréfléchi qui osait le réclamer ainsi familièrement, une trentaine de mètres plus bas. Il fronça des sourcils, découvrant l'uniforme reconnaissable d'un protecteur de Kanetsugu et une figure qui devait sûrement lui être connue. Il se pencha dangereusement pour crier à son tour :

« Je suis en service, Sekuhara ! Distrais-toi donc avec tes pieds ! »

Sasuke et Isanami échangèrent un regard interloqué devant pareils propos chamailleurs. Enfantillage curieux entre deux hommes qui se trouvaient pourtant être leurs aînés. De toute évidence, ils étaient autant friands de défis que ne le devenait Saizô en compétition avec quelques adversaires intéressants. Si les jeunes Braves avaient cru un instant déconcerter leurs futurs partenaires de par leur immaturité inexpérimentée, ils pouvaient se rassurer désormais. Il semblait que la sagesse ne soit pas une priorité ni dans un rang, ni dans le rang opposé.

« Ne sois pas aussi rigide ! Insista le dénommé Sekuhara. Je vais t'apprendre à danser ! »

Pour toute réponse, Mihari s'accorda un geste des plus grossiers qui arrachât un grondement outré à son interlocuteur. La sentinelle lui tourna le dos dans un mouvement révolté, son arc se balançant de gauche à droite, furieusement. Sasuke ne doutait pas que les mains de l'homme devaient le démanger de s'en saisir pour faire taire toutes ces basses provocations. La prêtresse se pencha à son oreille pour y souffler alors d'un ton clairement amusé :

« C'est Saizô et toi plus tard. »

Ce à quoi le Commandant se renfrogna, ne se donnant pas la peine de répliquer. La tension qu'ils ne pouvaient s'empêcher d'entretenir avec le ninja d'Iga présentait bien plus d'élégance et de crédibilité que les vagues oppositions verbales de ces deux guerriers. Le soldat de Kanetsugu n'ayant visiblement pas apprécié une défaite écrasante de la part de l'archer ; il ne s'agissait là que d'ego mal placé à rendre plus confortable. Pas d'une éventuelle redéfinition des valeurs humaines de l'amitié.

« En parlant du loup… Murmura-t-il en attrapant une silhouette aisément reconnaissable qui s'approchait de Sekuhara tranquillement.

_Si quelqu'un recherche une correction, je suis son homme ! »

Saizô venait tout juste d'arriver sur les lieux, traînant dans son sillage Anastasia et Juzô qui devaient, tous comme eux, tenter de se distraire un peu en attendant la fin des discussions. Autant dire que l'épineuse présence de leur aîné mit Sasuke mal à l'aise, le motivant à rester dans les hauteurs loin des reproches de cet opposant virulent. Il ne fallait pas que celui-ci vienne réclamer quelques comptes quant à cette conversation que le garçon avait promis engager avec leur Seigneur. Elle s'était en effet menée, pour ce qui en résultait, il valait définitivement mieux que le tireur continue à ignorer certaines choses. Et qu'il ne soulève pas dans les esprits des autres Braves, de par son comportement, des questions supplémentaires et embarrassantes. Il ne suffirait d'un rien pour allumer l'étincelle indésirable.

Il reporta son attention plutôt sur le ninja d'Iga qui s'entretenait avec le soldat délaissé de Kanetsugu par son opposant archer ; prenant garde à se dissimuler au mieux à l'ombre des remparts. Tant et si bien que personne ne devait le voir depuis le sol. A vrai dire, les regards étaient davantage concentrés sur cet étrange membre de la garde des Sanada qui se moquait si ouvertement d'un des leurs. Les coéquipiers de Sekuhara, d'un mouvement commun, délaissèrent leur installation pour apporter un soutien physique à leur camarade. L'aura violente de Saizô faisant son office comme d'habitude, impressionnante.

« Oserais-tu me défier en un contre un ?

_Pour ma part assurément. Mais tu peux inviter tes petits collègues si tu y tiens, ce serait plus équilibré ainsi pour vous. » Répliqua le brun dans un sourire sarcastique.

Ils connaissaient le respect, eux ; avait dit Mihari ? Sasuke ne contint pas son ricanement, tandis que le manipulateur de la Lumière ne boudait pas son plaisir d'abuser des inflexions de son charisme. Sans doute qu'il n'avait pas dû apprécier comme eux tous la mentalité orgueilleuse des guerriers de Kanetsugu. Il devait ironiser volontairement de la situation, se plaçant dans la peau de leurs futurs alliés et leur éducation pour la tourner en dérision efficacement. En bas, face à lui, les hommes avaient rangé leurs plumes pour considérer avec méfiance cet individu assuré. Sekuhara sentit la menace, il proposa finement :

« Il serait malvenu de prétendre me battre contre le chef même de vos…troupes. Proposez-moi plutôt un des vôtres, simple pion comme je le suis moi-même.

_Oh mais je ne suis pas le meneur justement… » Répondit Saizô d'un ton enjoué.

Sasuke tenta de s'aplatir un peu plus contre la pierre froide, sentant venir les ennuis.

« Hé Macaque ! Combien de temps tu vas faire ton élément de peinture là-haut ? Hurla le brun, les mains en porte-voix. Tu pourrais au moins descendre, Commandant de mes fesses ! »

Il détestait sa vie, parfois.


Et dans le silence, il me contemplait.


La fumée épaisse des pipes avait complètement envahi la pièce au bout de longues heures. Tant et si bien qu'on ne distinguait plus autour de soi sans un voile perceptible et opaque, désagréable qui asséchait le bord des yeux. Aucun d'eux n'avait pourtant seulement songé à contenir l'ardeur de son tabac incandescent. Il en allait de leurs nerfs, taillés aux vapeurs d'herbe et d'alcool ; le saké remplissait généreusement chacune des trois coupelles qui se trouvaient sur cette table autour de laquelle ils s'étaient installés. Trois pour quatre rebords en tout qui en avaient vu deux demeurer à proximité, ligués face au restant. Yukimura ne s'était pas froissé, profitant de l'entièreté de l'espace qui se trouvait à sa portée, nonchalamment installé. Assez retenu pour conserver une attitude des plus courtoises, ne laissant transparaître une poussière d'incertitude sous la toile épaisse de son éventail.

Sanada avait revêtu son masque de Seigneur fantasque et bon enfant, détendant souvent la tension qui s'accumulait dans l'atmosphère exiguë et suffocante. Il le faisait d'un sourire qui lui était particulier, dont le rire paisible finissait par amuser à leur tour ses hôtes. Une irrésistible camaraderie s'était progressivement installée entre ces dirigeants de fiefs, adoucissant des rapports initiaux aux tendances tranchantes. Ces deux-là n'avaient somme toute, pas oublié le refus qu'ils avaient essuyé la dernière fois qu'ils avaient proposé une alliance à leur aîné, venant jusqu'à Ueda pour cette occasion. Repartant humiliés. Conscient de cette erreur, Yukimura ne s'était pas attardé plus que nécessaire sur les motivations de son changement d'avis soudain. Il n'avait pas dissimulé son impuissance criante, profitant de l'aubaine pour satisfaire l'amour-propre des deux samouraïs. S'avouant vaincu d'avance par les Tokugawa s'il demeurait seul ainsi, louant leurs talents d'avoir la richesse et les hommes pour s'implanter en puissance militaire crédible.

Les regards de Kanetsugu et Mitsunari s'étaient adoucis à son égard, il avait conservé son sourire poli et naïf jusque derrière sa coupelle d'alcool de riz ; leur jeune hôte avait-il au moins pris soin de faire servir un grand cru. Cela n'avait en rien calmé la rage glaciale contre lui qui habitait son âme chaque fois qu'il songeait à la manière odieuse dont le cadet s'était entiché de son Commandant. Allant à lui faire des avances jusque sous son nez, en public qui plus est ! Le rougissement qui s'était emparé alors des joues de Sasuke continuait de hanter son esprit soucieux, entretenant sa colère muette. Ce n'était absolument pas le moment de briser la fragile entente qu'il avait su instaurer peu à peu avec ses deux futurs alliés. Pour autant, il était convaincu à ne pas laisser les choses filer davantage. Il comptait bien faire savoir à son ninja l'ampleur de son véritable mécontentement dès qu'il serait sorti de cette pièce une bonne fois pour toutes. Soit dans quelques heures, une vingtaine peut-être. Ils y passeraient encore la nuit, cela était certain.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de prévoir exactement le montant de nos dépenses. Il serait hâtif de partir sur un modèle de partage équitable maintenant. Aborda Kanetsugu. Un fond commun serait plus sage. Ou audacieux…

_Plus aisé à gérer surtout en cas d'éventuels imprévus. » Ajouta Yukimura, l'air de rien.

Mitsunari acquiesça à leurs arguments. Il reconnût :

« Nous ne pourrons que fusionner davantage nos forces et nos biens par un financement unique, toutefois, il sera compliqué de permettre une accessibilité à chacun d'entre nous. Surtout pour Sanada-san qui se trouve à l'écart de notre alignement territorial.

Ce n'est pas comme si nous pouvions transférer de l'argent par volatile… »

Oh, Yukimura était parfaitement conscient des difficultés et des désagréments supplémentaires qu'il imposait à ces deux soutiens. Ueda se trouvait loin des régions associées de ses collaborateurs, perdue à des milles des premières villes importantes. Sa terre n'avait pour elle qu'un excellent intérêt stratégique militaire et une difficulté d'accès qui la tenait loin des oreilles du Shôgun. Il n'était qu'un samouraï de campagne trop peu riche pour payer dignement ses dix Braves. Néanmoins, il avait tenu tête au vieux Renard lorsque celui-ci avait tenté de s'emparer de son Paradis par la force. Il savait que ses interlocuteurs le considéraient avec une grande estime pour cet acte de résistance osé malgré ses maigres moyens.

« Nous devons d'abord davantage définir les limites de cette entraide avant de poursuivre sur ce plan. Nous aurons une meilleure idée des besoins qui nous serons nécessaires. Affirma Kanetsugu gravement. Rattraper notre retard sur les Tokugawa est la plus grande urgence actuellement. »

Les visages des trois hommes se fermèrent à cette évocation commune. Ils n'avaient pas manqué de débuter leurs discussions par les récents événements qui avaient agité la forteresse de Torhu. Sans fioritures Yukimura leur avait conté l'attaque des subalternes de Ieyasu au sein de son propre château, la question que leur meneur n'avait pas manqué de lui poser et la réponse qu'il avait donné, allié des vassaux de Toyotomi. Il avait poursuivi sur les conditions exécrables du voyage : combien de fois ils avaient essuyé les tentatives trop hâtives de leurs ennemis dans la vallée, les montagnes… Leur acharnement à vouloir le tuer, lui et ses ninjas. Leur dernière offensive qu'ils avaient monté jusqu'au sein de ces remparts, projetant tout leur espoir sur une des leurs qui devait ramener la tête de Mitsunari.

Les deux Seigneurs avait écouté attentivement, planifiant bientôt quelques hypothèses incertaines à propos des réactions possibles dans le camp d'en face après pareille défaite. Les Tokugawa avaient perdu un bijou avec la capture de celle qui manipulait le temps selon son bon vouloir, sans doute n'iraient-ils pas cette fois cracher sur des renforts pour tenter de la délivrer ? Elle assurait la vie de chacun, ils viendraient en grand nombre pour cela. Ils partageaient ce même avis, leur benjamin soulignant qu'il espérait bien parvenir à faire parler sa prisonnière avant la prochaine occasion adverse.

Yukimura n'avait rien dit, fixant l'expression neutre que Mitsunari revêtit à ses paroles. Il connaissait le caractère expéditif de celui-ci pour en avoir eu un aperçu des plus poignants hier soir quand leur hôte avec un calme des plus olympiens, ne s'était pas fait prier pour encourager son Commandant au meurtre de cette prisonnière Tokugawa. Il louait encore l'obéissance absolue que Sasuke avait pour lui, personne d'autre que son Maître n'aurait assurément pu retenir son geste. Ce qui amenait naturellement le dirigeant à s'inquiéter pour son ninja. Il ne s'était pas risqué à aborder le sujet avec lui depuis, mais il commençait à croire que celui qu'il avait recueilli onze ans de cela au fond d'une Forêt, luttait contre une fascination pour le sang.

Il y avait songé gravement, repensant à cette voix que le garçon avait confié entendre dans sa tête, la manière dont elle réclamait obsessionnellement la violence et la mort. Le poussant dans des comportements agressifs en combat qu'il ne lui avait jamais vus jusqu'à maintenant, il se souvenait de sa rage face à un Saizô complètement dépassé, le plaisir qu'il avait éprouvé visiblement à vider le meneur Tokugawa de son sang. Il avait fouillé sa chair pour le transpercer de part en part, une manœuvre qui avait hanté l'esprit de Yukimura. Son Commandant habituellement si pudique dans ses convictions, naïf ne réclamant que l'honneur du devoir de protéger, développait un nouveau trait de prédateur dangereux. Tellement en parfait accord avec ce qu'il avait toujours dégagé, ce parfum troublant de mystère inaccessible… Que lui, ne savait plus quoi faire, ni que dire de ces récents changements. Si ce n'est cette impression que le ninja était en train de s'ouvrir, décidé au sacrifice total de son masque lisse d'indulgence pour oser laisser transparaître enfin ces parts plus immorales de lui-même. Quitte à être plus sensible à la tentation lorsque celle-ci se présentait, comme cela avait été le cas avec la Tokugawa.

Peut-être était-ce son rôle de lui rappeler chaque fois les règles ?

« Yukimura-san ? » L'interpella Kanetsugu.

Il se reprit, chassant ses pensées inconvenantes en cette situation, adressant un sourire rassurant au samouraï. Ses inquiétudes devraient attendre encore un peu, il penserait à cela plus tard, quand il aurait tout son temps à tuer pour. Au calme. Sasuke allait finir par se résoudre à demeurer sagement en retrait dans cet esprit brillant qu'était le sien, n'est-ce pas ? Il avait bien peur de ne pas y croire. Depuis que les panneaux de la pièce étroite s'étaient refermés sur eux, chaque réflexion personnelle qu'il avait menée, d'une manière ou d'une autre, n'avait jamais débouché que sur lui. Le jeune homme emplissait sa tête, amenant le souvenir de ce moment d'intimité qu'ils avaient eu, ensembles, et qui lui apportait de la sérénité ; il en avait cruellement besoin en cet instant.

« De combien de soldats disposes-tu en ce moment ? Répéta Mitsunari, qui n'appréciait visiblement pas telle escapade mentale de sa part.

_Tout au plus deux cents…

_Plus habitués à bêcher la terre qu'à porter une arme, assurément. » Intervint Kanetsugu dans un rire.

Les lèvres de leur hôte tremblèrent légèrement alors que Yukimura prenait son parti de s'en amuser. Il ne pouvait prétendre le contraire qui plus est, la majorité des hommes appelés dans ses rangs, devenaient d'honorables paysans cultivateurs lors des périodes de paix. Un statut dont ils ne se plaignaient guère malgré tout, appréciant les beautés vallonnées d'Ueda autant que le faisait leur Seigneur chaque matin.

« Il est certain que ta piétaille est fragile. Reconnût Mitsunari. Mais quelle perle que tes Dix ! Un des leurs ne perdrait pas contre trente de mes guerriers ! »

Evidemment, puisque cent ne triompherait pas davantage, songea le dirigeant derrière son éventail. Par la présence de ces êtres talentueux à ses côtés, les éléments eux-mêmes se trouvaient dans sa main, à la pointe de chaque doigt. Une puissance complémentaire dont ses deux interlocuteurs ignoraient évidemment tout, leur manque de scrupules n'aurait reculé devant rien pour s'emparer de cette véritable arme de guerre massive que représentait Isanami. Ou ne serait-ce que d'un seul Brave. Il suffisait de constater l'admiration débordante dont faisait preuve leur jeune hôte ; surtout envers un garçon en particulier… Au final, Yukimura ne pouvait pas autant lui reprocher d'être sensible au charme capiteux de son Maître des Forêts pour y avoir succombé le premier.

« Certes, mais nous voulons remplir un champ de bataille. Ce genre d'élite doit demeurer aux arrières. »

Kanetsugu semblait pour sa part décidé à ne pas se laisser impressionner par le potentiel brut de ces recrues, convaincu par la force de ses propres combattants professionnels. Il inspira une bouffée de tabac et poursuivit doctement :

« Il nous faut des pions pour soutenir les pièces maîtresses.

_Et nous les aurons en joignant nos armées. Assura Mitsunari à son tour, tranquillement. Le vieux Renard ne gardera pas longtemps l'avantage du nombre ni de la qualité.

_Sauf que ces troupes sont unies sous un même pavillon de commandement. Contra son aîné. Alors que nos soldats apprendront tout juste à se connaître dans les jours à venir.

_C'est aussi ce qui fait notre force. » Souligna Yukimura, brisant le silence attentif dans lequel il était plongé.

Les deux Seigneurs se tournèrent vers lui, l'encourageant à poursuivre sa pensée.

« Nous ne devons pas chercher à atteindre une uniformité encombrante. Travailler ensembles, assurément. Mais chacun de nous conservera son autonomie et ses qualités sur le terrain. Pas de commandement central pour nos hommes, ils seront tous attachés à défendre leur Suzerain et leurs valeurs, c'est avec ce genre-là de convictions que nous vaincrons.

_Il est vrai qu'une telle approche réduirait les risques d'erreurs stratégiques et les négligences, les tentatives éventuelles de révolte. Appuya Kanetsugu. Nous épargnerait aussi le risque de lutter pour désigner un leader parmi nous trois.

_Oh nous savons tous que je suis le plus habilité pour cela. »

L'affirmation légère de Mitsunari les fit rire un peu, détendant efficacement leurs épaules tendues et la raideur de leurs dos. Yukimura s'accorda de masser le sien tout en fumant, appréciant l'atmosphère qui se déchargeait ainsi. Assez pour que leur benjamin serve à nouveau leurs coupelles d'une large rasade de saké, ils trinquèrent paresseusement de loin. La nuit semblait déjà tomber au-dehors, assombrissant la pièce petit à petit, piquetant des étoiles timides dans son immensité qu'ils apercevaient entre deux panneaux de papier de riz entrouverts.

D'évidence, ils la passeraient ensembles.


Je dédie ce chapitre à mon Sweeny, mon charmant chariot qui me soutient dans les heures interminables de boulot.

Vive l'exploitation des Hommes et le concept du modernisme qui tend à ressortir ce qui se faisait déjà il y a vingt ans auparavant.

Serait-il temps de devenir créatif pour de bon ?

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Honey-san, I am happy to smell your joy from my desk. We are thinking the same thing, of course !


Brave10 et Brave10Spiral sont la propriété de Kairi Shimotsuki.
Cette fiction reprend le cours de l'histoire à partir du tome 3 de Brave10Spiral.