Bêta correctrice : Nanola


Chapitre 15

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Un an de lycanthropie


Parmi toutes les créatures existantes dans le Monde Libre, en est-il de plus fascinantes que les Monoïques ?

« Les différences espèces du Monde Libre » - Chapitre 14 ''Les Monoïques'' - Basile Beasth


Lorsque le Seigneur Noir fut vaincu, les trois Monarques décidèrent qu'un territoire neutre serait instauré, lieu sacré où se tiendrait non seulement Poudlard, mais aussi la grande ville impériale de Traverse. On le nomma Espérance, car en ce lieu résidait les espérances des différentes espèces du Monde Libre.

Un nouveau Roi monta sur le trône de Serpentard, le sixième fils du sixième fils du grand roi Salazar, Zmeï.

Les premières réunions du Grand Conseil Impérial, furent, comme on s'en doute, pour le moins tendues. Néanmoins, la Reine Rowena, dans sa grande sagesse, estimait important que les fils de Serpentard ne soient pas exclus, afin que les erreurs du passé ne se reproduisent pas.

Les quatre monarques veillèrent donc à rétablir l'ordre dans le Monde Libre et de nombreux combattants Mangemorts, les plus cruels issus des armées sombres du Seigneur Noir, inaugurèrent le Tribunal Impérial, ainsi que la prison d'Azkaban.

Puis les voix de Godric et Helga s'élevèrent, chacun plaidant une nouvelle fois la cause des êtres qui leurs étaient chers, à savoir les Lycanthropes et les Monoïques.

« L'histoire du Monde Libre » - Chapitre 4 – Iason Werner

... ... ...

Draco lisait dans sa salle commune, confortablement installé sur un canapé en cuir noir. Dehors, la neige tombait en flocons mollassons et trempés, à la limite de la pluie. Ce devait être l'une des dernières neiges de la saison, l'hiver étant doux cette année. Le garçon poussa un soupir et s'étira, courbatu et fatigué.

Sa nuit avait été courte mais c'était entièrement de sa faute. Il était encore sorti se promener aux abords de la forêt interdite, sur ses quatre pattes. Dumbledore l'avait sévèrement réprimandé et il était puni. Les yeux dans le vague, Draco était bien obligé d'admettre qu'il l'avait mérité. Dumbledore ne l'avait jamais empêché de se transformer mais il devait les prévenir avant, pas simplement faire le mur de son dortoir !

Pourtant, Draco n'avait pas prémédité de sortir la nuit dernière, ni toutes les autres avant elle. C'était juste que parfois, de plus en plus souvent, il se réveillait avec une énorme boule d'angoisse dans le ventre. Il avait besoin de sortir. Il devait sortir, c'était une nécessité. Il devait sentir le vent dans ses poils, les odeurs de la forêt remplirent sa truffe. Il avait besoin d'être un loup.

Draco ferma les yeux, pas dupe sur ses propres sentiments. Compagnon-Loup avait besoin de s'exprimer parce qu'il était triste et esseulé. Il pleurait sa solitude, son manque.

Son manque de meute.

L'adolescent frissonna. Non, lui ne voulait toujours pas entendre parler d'une nouvelle meute ! Quand bien même les professeurs Black et Brûlopot lui rabâchaient les oreilles qu'il en avait besoin en tant qu'Oméga, que sinon, il allait dépérir.

Draco savait que cette nuit encore, l'appel du loup se ferait sentir. Pourtant cette nuit, il ne pourrait pas s'évader. Il avait déjà dû faire un mètre de parchemin pour Black et n'avait aucune envie de passer deux heures chaque soir pendant une semaine à récurer des chaudrons de potions ni faire quoi que ce soit qui s'approche de près ou de loin du professeur Snape. Le directeur le savait parfaitement, c'était bien pourquoi il avait placé cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête.

Draco rouvrit ses yeux gris, l'une de ses mains entortilla une longue mèche de cheveux blonds. Il les laissait lâches désormais. En fait, depuis sa rencontre avec son jeune frère.

Scorpius avait toujours ses cheveux plaqués en arrière et si lui les retenait en catogan leur ressemblance était encore plus frappante. Alors Draco les laissait libres. Et puis, il les préférait ainsi. Petit-Homme préférait qu'il se rapproche de son humanité et de son côté Monoïque. Les Monoïques avaient toujours les cheveux libres. Plusieurs fois, Draco avait hésité à se faire les tresses, d'autant que ses camarades lui demandaient pourquoi il ne les avait pas.

Mais il n'avait pas reçu d'éducation monoïque. Du peu qu'il savait sur cette espèce, les tresses leurs étaient faites par leur gardien, elles étaient leur symbole au même titre que les tatouages. Il n'avait pas de tatouage, n'avait jamais été au Temple, n'avait reçu aucune initiation. Il n'était pas un vrai Monoïque. Il n'avait pas le droit de se faire des tresses.

« Ça va, Draco ? »

Le garçon leva son visage vers Cédric Diggory, le préfet-en-chef. Il sortait avec une Serdaigle, Cho Chang, mais Draco savait qu'il était bien plus attiré par ses mèches blondes et son corps androgyne que par les formes féminines de sa petite amie. Les phéromones qui se dégageaient de Cédric étaient un bon indicateur de ce qu'il pensait quand il s'approchait de lui.

C'était étrange mais les odeurs des humains lui étaient plus clairement lisibles que celles des Werwulfs. Parce qu'elle étaient bien plus simples, les messages plus directs. Avec les Lycanthropes, les nuances étaient nombreuses, il fallait du temps pour les décrypter et bien connaître la personne pour tenter de démêler ses sentiments. Compagnon-Loup gémit. Il avait envie de sentir l'odeur de ceux de son peuple.

« Oui, ça va, merci Cédric, » répondit Draco.

L'autre garçon lui sourit tout en s'asseyant à ses côtés. Draco baissa les yeux. Beaucoup d'étudiants le trouvaient attirant. Draco se doutait qu'en dehors du fait qu'il était beau, la fausse modestie n'étant pas de mise sur ce point, il avait surtout un goût d'inconnu, d'exotisme, la saveur du fruit défendu pour eux.

Cette fois, Compagnon-Loup grogna un peu. Ces enfants, à peine des hommes, ne pouvaient aucunement le satisfaire. Il ne pouvait appartenir qu'à un mâle dominant de son espèce. Draco chassa cette idée une nouvelle fois. C'était hors de question.

« Tu en es sûr ? Tu as l'air tout pâle et fatigué, » insista le garçon brun.

« Je dors pas très bien en ce moment, mais je vais bien, je t'assure. »

Le vent souffla plus fort dehors, faisant virevolter les lourds flocons. Le cœur de Draco se serra. Cela ferait un an qu'il avait été mordu, un an que sa vie avait éclaté.

« Bon. Le professeur Chourave me fait te dire que le professeur Black et le directeur veulent te voir, demain matin. »

« Ah bon ? » demanda Draco. « À quel sujet ? Je les ai vus ce matin et ils ne m'ont pas dit qu'ils voulaient me revoir. Tu es sûr que tu ne confonds pas avec ce matin ? »

« Non, sûr et certain, » affirma Cédric en se rapprochant un peu de lui.

Draco se tendit inconsciemment. Cédric passa son bras d'un geste négligé sur le dossier du canapé, faisant comme si lui aussi admirait le paysage de la fenêtre. Une nouvelle fois, Draco ne fut pas dupe, sa chaleur corporelle avait augmenté.

« Je... Je vais aller me coucher, bonne nuit, Cédric. »

« Oh... Bonne nuit, dors bien. »

« Merci, » fit le garçon en se levant.

Draco se dépêcha de sortir de la salle commune afin d'emprunter l'un des couloirs qui menaient au dortoir des garçons de cinquième année. Il pénétra dans la chambre, avisa qui était déjà à l'intérieur et se cacha purement et simplement dans la salle de bains. Une douche plus tard, sa chemise de pyjama boutonnée jusqu'au menton, il se précipita sous sa couette sous le regard plus qu'intéressé d'Ernie.

Le jeune Oméga se méfiait de lui. Pas parce qu'Ernie le désirait sexuellement, il savait parfaitement qu'il ne lui ferait jamais rien. Trop timide, trop jeune, trop immature. Non, il se méfiait de son nom. MacMillan. Comme la famille de Mages où sa mère travaillait quand ils habitaient à Helga. Ville où résidait Ernie.

Draco leur souhaita une bonne nuit et ferma rapidement son baldaquin, se demandant pourquoi Dumbledore et Black voulaient le voir. Cela l'inquiétait un peu. Il ferma les yeux, espérant dormir rapidement. Une nuit de moins avant la pleine lune. Comme complément à sa punition, le vieux Mage lui avait interdit de se transformer jusqu'à la prochaine pleine lune, dans cinq nuits. Bientôt plus que quatre.

... ... ...

Le loup gris, immense et puissant, le regardait. Non, il ne fallait pas que lui s'aventure à étudier les yeux fait de ténèbres et d'ambre, c'était interdit. Il posa sa tête sur ses pattes blanches en tremblant. Est-ce que son Alpha allait le punir ?

« Tu me dois obéissance, Oméga, » déclara d'une voix rauque le loup.

Le petit loup gémit. Comment un loup pouvait parler dans la langue des hommes ? Impossible !

« As-tu oublié ta place, louveteau ? »

Un autre gémissement sortit de la gueule du loup blanc. Il se traîna entre les énormes pattes grises dont les griffes étaient tachées de sang. Il se roula sur le dos afin de montrer son ventre et son cou. L'Alpha baissa sa gueule, ses crocs se dévoilèrent, s'enfoncèrent dans sa chair, le faisant hurler de douleur.

Pourtant, Draco ne bougea pas, laissant son seigneur et maître le châtier. Sans comprendre pourquoi, des larmes mouillèrent ses joues. Ça aussi c'était impossible, un loup ne pleurait pas, seuls les humains le pouvaient. Or, il n'était pas humain.

Enfin, l'Alpha le relâcha. Il se décala, révélant derrière lui un homme.

« C'est ton dominant, Oméga, je t'ordonne de t'accoupler avec lui. »

Le louveteau couina, près à détaller la queue repliée entre ses jambes. Il ne put le faire car des bras musculeux le retinrent. Draco tourna sa gueule vers l'homme, sa truffe humide rencontrant la peau humaine, puante, sale, écœurante. L'homme lui adressa un sourire mauvais, révélant ses dents jaunes et pointues. Greyback. Un hurlement lupin sortit de sa bouche, promesse de douleur, de souffrance et d'humiliation.

Le jeune loup blanc gémit, se débattit. Peine perdue. L'homme était immense, bien plus grand et fort que lui. Il l'écrasait au sol, redressa sa queue.

« Accouple-toi, » ordonna l'Alpha, d'autres loups, tous noirs, formant un demi-cercle autour de lui.

Le louveteau hurla sa peur, sa détresse. Il était un loup, il ne pouvait pas s'accoupler avec un homme ! Surtout pas un homme aussi grand ! Pourtant, une chose tentait d'entrer en lui, beaucoup trop grosse. Il pleura, hurla. Non ! Non ! C'était contre nature, c'était tabou ! Il n'était pas son mâle, pourquoi l'Alpha voulait qu'il s'accouple avec lui ? Il vit au loin la silhouette humaine d'un autre homme aux cheveux noirs, qui le regardait avec tristesse.

« Transforme-toi, Oméga ! Si tu ne veux pas mourir ! » ordonna l'Alpha.

Draco hurla et hurla encore tandis que ses os se brisaient.

« Draco ! Draco ! »

« Ernie, par la Reine ! Recule-toi ! Il ne te reconnaît pas ! C'est dangereux, il pourrait te mordre ! »

L'affolement était totale dans le dortoir. Les garçons criaient, s'étaient enfuis, laissant seul Ernie rejoint ensuite par Cédric.

Dans un coin de la chambre, un loup blanc hurlait et griffait le mur. Il semblait affolé, ses yeux gris et ambrés cherchant un endroit pour s'échapper. Sa gueule était en sang, témoin des plusieurs rencontres qu'il avait faites avec la fenêtre enchantée qu'il n'avait pu briser.

« Il faut le professeur Black et Chourave ! Viens vite, c'est dangereux ! » cria de nouveau Cédric en attrapant le bras d'Ernie, l'entraînant à sa suite.

Ils sortirent de la chambre dont ils verrouillèrent la porte et s'en furent dans la salle commune où tous les étudiants de Poufsouffle se terraient depuis qu'ils avaient été réveillés dans leur sommeil par des cris de terreur humains, puis lupins.

« Professeur Black, » s'écria Cédric en voyant Sirius accourir, suivi du professeur Chourave et de Laura Madley, tout ce beau monde en chemise de nuit. « Vite, Draco s'est transformé, il est totalement terrifié. »

« Par les Éléments ! Il n'a mordu personne au moins ? » s'affola immédiatement Chourave.

« Non, je ne crois pas, » répondit prudemment Ernie.

« Si l'un de vous a été mordu, qu'il aille voir de suite madame Pomfresh, mais pas d'affolement, Draco est incapable de contaminer qui que ce soit, » intervint Sirius en levant ses mains afin de calmer les cris de frayeur dans la salle.

« Pourquoi ? » demanda un étudiant.

« Parce qu'il est trop jeune et en plus, c'est un Oméga. Maintenant, laissez-moi passer ! » ordonna-t-il.

Black arriva près de la porte, qu'il ouvrit avec précaution à l'aide de sa baguette. Le jeune loup, d'un blanc de neige fraîche, était roulé en boule dans un coin de la chambre, gémissant sourdement.

En le voyant arriver, il redressa un peu la tête, inquiet. Il gémit, plaça ses pattes en avant en direction de l'homme.

« N'aie pas peur, petit. Je suis Sirius Black, le professeur de défense, tu te souviens ? »

Un petit gémissement lui répondit, tandis que le louveteau avançait légèrement en rampant, les oreilles plaqué vers l'arrière. Sirius l'étudia un bref instant. Sous sa forme canine, Draco semblait encore plus jeune. Le louveteau avait la taille d'un jeune d'une douzaine de mois, pas plus. Ce qui n'était pas illogique, puisque un mois lupin correspondait en général à une année humaine chez les Lycanthropes. Mais le petit loup aurait dû avoir quinze, bientôt seize mois. Pas douze.

« Draco... Tu es là ? »

Le loup couina, se rapprochant encore avec crainte.

« Oui, tu es là. Viens, mon grand. N'aie pas peur, je ne vais pas me fâcher ou te punir. Viens. »

Le louveteau rampa un peu plus vite, se blottissant dans les bras ouverts et tendus qui se refermèrent sur le corps tremblant. Il se mit à lécher les mains chaudes du professeur, son visage, tout en gémissant.

« Allez, allez, calme-toi. Comment t'es-tu retrouvé dans cette situation, hein ? » murmura l'homme en passant ses mains entre les poils épais. « Tu n'as pas réalisé que tu te transformais ? »

Un bruit bref ressemblant à un jappement lui répondit.

« Draco, je pense que tu devrais redevenir humain, maintenant. Ce serait plus facile pour te parler, non ? »

La tête blanche se redressa, des yeux d'un gris clair et ambrés se plantèrent dans ceux d'ardoise de l'homme. Comment un regard animal pouvait être si triste ? songea Sirius. Puis il se souvint que Draco n'était pas un animal. Le loup se recula un peu, s'assit sur son arrière train, sa queue touffue posées sur ses grosses pattes de bébé. Mais de transformation, point.

« Draco ? Allez, transforme-toi. »

Cette fois, le loup s'aplatit au sol, tête sur les pattes avant.

Sirius réfléchit avant qu'un éclair de compréhension se fasse dans son esprit.

« Bien sûr, que je suis bête ! Pardon, Draco. »

Il se redressa, fouilla dans la malle au pied du lit du gamin pour en sortir une chemise et un caleçon qu'il posa sur l'édredon qui avait été déchiré durant la nuit et dont les plumes s'étaient échouées sur les draps.

« Je me retourne, tu peux y aller, » déclara Sirius.

L'homme pensa que bien peu aurait pris le risque de tourner le dos à un Loup-garou qui venait à peine de faire une crise de panique... et à un Loup-garou tout court d'ailleurs. Des bruits atroces de craquement emplirent l'air, des halètements, qui firent grimacer le professeur.

« C'est... C'est bon, monsieur, » fit soudain une petite voix fatiguée.

Sirius se retourna, avisant le garçon pâle assis sur son lit. Il s'avança et s'assit à son tour. Draco ne le regardait pas, son regard triste fixé sur ses mains.

« Draco... qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Je... J'ai fait un cauchemar, je suis désolé. Je devais me transformer, j'étais déjà un loup dans mon rêve mais je devais me transformer en humain et je crois... je crois que j'ai fait l'inverse, du coup, » bredouilla le garçon.

« Quel était ce cauchemar ? »

Draco ferma les yeux un bref instant.

« Je préfère ne pas en parler, monsieur. »

Sirius attendit un peu avant de reprendre.

« Draco, je ne te jugerai pas, mais j'ai besoin de savoir. »

« C'était un rêve par rapport à Greyback, » souffla l'adolescent.

Sirius ne rajouta rien, voyant sans doute de quoi il avait trait. Il posa sa main sur la jambe de Draco qui sursauta.

« Je t'emmène à l'infirmerie. »

« Pourquoi ? »

« Tu t'es blessé aux mains et à la bouche. Comment tu as réussi ton compte d'ailleurs ? »

Draco porta ses mains aux doigts égratignés et dont certains ongles étaient à moitié arrachés pour les porter à sa bouche, la sentant humide de sang. Sa lèvre était fendue.

« Je me suis cogné à la fenêtre et j'ai gratté contre les murs. C'était stupide. Je sais pas ce qui m'a pris, mon loup était affolé et je n'arrivais pas à lui faire entendre raison. Je crois... je crois que je n'étais plus qu'un loup, à un moment, plus un humain, plus un Werwulf, » souffla Draco. « Ce n'est pas la peine que j'aille à l'infirmerie, monsieur. Je vais simplement me laver un peu, demain je n'aurai plus rien. Je suis un Lycanthrope. »

Sirius raffermit sa prise sur le genou du garçon. Il étudia le profil gracile mais si pâle, les cernes sombres sous les yeux clairs. Draco s'était remplumé depuis qu'il était à Poudlard, reprenant du poids et sans doute un ou deux centimètres grâce aux bons repas et aux soins qu'il avait reçus. Il s'était aussi un peu musclé en raison du sport et des activités physiques qu'il pratiquait dans de bonnes conditions. Pas comme lorsqu'il était avec son ancienne meute.

« Je sais, mais tu es épuisé et je préfère que Poppy t'examine. Allez, je t'emmène. Tu dormiras là-bas. »

Les lèvres du jeune Werwulf tremblèrent.

« Je leur ai fait peur, à tous, n'est-ce pas ? Ils ont peur de moi. Ils doivent me détester. »

« Non, personne ne te déteste. Ils ont eu peur, oui, parce que tout le monde dormait déjà. Ils ont aussi eu peur pour toi, ils n'ont pas compris ce qu'il se passait. »

Draco haussa une épaule, peu convaincu. Il leva son visage qu'il tourna vers l'homme, dévoilant un regard humide et malheureux.

« Je ne veux pas qu'ils me voient, professeur. »

Sirius étudia de nouveau le gamin. Si le visage avait été épargné pendant son séjour dans la meute, ce n'était pas le cas du reste de son corps, il le savait et le voyait sur les jambes nues. Cependant, Sirius se doutait que ce n'était pas de cela dont parlait Draco, enfin, pas que de cela. Il avait honte et peur de ce qui s'était passé dans cette chambre, ne voulait pas affronter le regard de ses camarades de maison.

Sirius se leva, se saisit d'un drap du lit et en recouvrit rapidement Draco qui se laissa faire, visiblement épuisé. L'homme prit l'enfant, le portant comme un tout petit fatigué. Il rabattit le drap sur son visage, de la même façon qu'un père le ferait de son fils endormi afin qu'il ne soit pas dérangé par la lumière. Le geste était là, le but diffèrent. Sirius sentit Draco trembler contre lui alors qu'il sortait de la pièce. Il traversa la salle commune, les autres élèves regardant leur professeur qui portait leur camarade dans ses bras et dont les pieds nus dépassaient du draps qui le recouvrait. Ses cheveux longs, brillants comme de l'or, recouvraient le bras de Sirius et semblaient flotter dans le vide.

« Est-ce qu'il est mort ? » fit une petite fille en larmes.

« Non, Draco est simplement épuisé, je le conduis à l'infirmerie, » annonça Sirius, plus pour le professeur Chourave qui acquiesça que pour les élèves.

Draco avait les yeux clos. Il avait confiance en Sirius. Ce dernier le porta jusqu'à l'infirmerie où l'attendait déjà Poppy. Il posa son fardeau dans un lit, permettant à l'infirmière de le soigner rapidement bien que les plaies se soient déjà pour la plupart refermées.

« Comment te sens-tu, Draco ? » murmura-t-elle à l'enfant qui s'était recroquevillé sur le matelas.

« Bien, » souffla Draco en gardant les yeux fermés.

Poppy et Sirius échangèrent un regard. Non, Draco n'allait pas bien, pas moralement en tout cas.

« Dors, mon garçon, demain je reviendrai te voir, » déclara l'homme en lui ébouriffant les cheveux.

« Monsieur ? »

« Oui ? »

« Est-ce que vous pouvez rester jusqu'à ce que je m'endorme, s'il vous plaît ? »

« Oui, bien sûr, » répondit Sirius, bien qu'un peu surpris de la demande.

Il prit une chaise qu'il rapprocha du lit et attendit en silence.

Draco huma l'air, rassuré de savoir l'homme à ses côtés. Sirius était un bon mâle. Ce n'était pas un Lycanthrope mais il était fort. C'était rassurant de le savoir à ses côtés. Oh, pas aussi rassurant qu'un vrai dominant mais c'était toujours mieux que rien, pensa le petit Werwulf. Il laissa son esprit vagabonder, s'imaginant, homme ou loup, mais Lycanthrope quoi qu'il en soit, dans une forêt, une clairière où il ferait bon. Les oiseaux chanteraient, les odeurs du printemps seraient là. Draco pouvait les entendre, les sentir. Tout serait parfait avec une présence sécurisante à ses côtés. Oh, oui... une silhouette apparut au loin qui avançait vers lui. Elle n'était pas menaçante, bien au contraire. Apaisante, douce. Le garçon eut comme un semblant de sourire dans son demi-sommeil et s'endormit sous un regard vert onirique bienveillant.

... ... ...

Le bruits de la conversation étouffée finit par le réveiller totalement. Draco bâilla, les muscles douloureux. Un bref regard sur ses mains lui confirma qu'elles avaient parfaitement cicatrisé. Il se redressa sur son lit, le dos appuyé contre son oreiller et attendit patiemment que Pomfresh, Dumbledore et Black ne viennent à son chevet. L'infirmière jetait toujours un sort sur ses patients pour être avertie quand ils se réveillaient, nul doute qu'ils devaient donc savoir que c'était son cas.

Effectivement, les trois adultes s'approchèrent bientôt de son lit.

« Tu as bien dormi ? » s'enquit aussitôt Poppy en écartant les rideaux.

« Oui, très bien, madame. »

« Tu te sens mieux ? » continua-t-elle.

« Oui, je me sens parfaitement bien. »

Le regard que les Mages s'échangèrent ne passa cependant pas inaperçu, le faisant se renfrogner.

« Draco, nous sommes venus pour discuter un peu avec toi de plusieurs sujets, » commença Dumbledore en prenant la chaise qu'avait utilisée Sirius durant la nuit. « J'avais prévu d'avoir cette discussion de toute façon, disons simplement que le lieu a changé en raison des événements de cette nuit. »

Malgré le sourire bienveillant du vieil homme, Draco ne se sentit pas serein.

« Tout d'abord, je dois t'informer que le procès de Greyback touche à sa fin. J'ai eu confirmation de la part du Magenmagot, ton témoignage écrit sera suffisant. On ne te demandera pas de venir te présenter au tribunal. »

Draco fit une grimace, entre sourire et larme, un immense soulagement l'englobant. Les adultes le laissèrent se reprendre, tant il était évident que cette nouvelle l'affectait.

« Quand est-ce qu'il se terminera ? » demanda-t-il d'une voix étranglée.

« D'ici la fin de semaine. Il n'y a que peu de doute sur son issu. Greyback sera condamné. Il a fait des victimes au Royaume de Serpentard, le représentant du roi exigera son exécution. Et a de fortes chances de l'obtenir, malgré le fait que la peine de mort ne se pratique pas dans les autres Royaume. Et si cette peine est rejetée, ce sera la réclusion à perpétuité. Tu ne le reverras plus, Draco. »

Cette fois, Draco ne put s'empêcher de pleurer. Des larmes de soulagement, de joie malgré sa peine. Il était libéré. Son Alpha était encore vivant, mais le traitement qu'il avait subi au sein de la meute et le fait que Daniel l'ai revendiqué atténuaient l'obligation de fidélité de l'Oméga envers lui. Il en souffrait sans doute encore un peu, mais bien moins que s'il le revoyait.

« Draco... Il reste cependant un souci, que tu connais. Et la raison pour laquelle nous étions si en colère quand nous avons découvert que tu te transformais la nuit. Seul. »

Draco baissa les yeux tout en s'essuyant les joues, son instant d'émotion passé.

« Il ne me fera rien, » affirma-t-il.

« Tu n'en sais rien. Il faisait parti de cette meute, il était l'un de tes agresseurs lui-aussi, » fit Black. « Sa nature lupine peut tout à fait l'inciter à venir te chercher pour te revendiquer, pour lui seul. »

« Epsilon ne me veut pas. »

« Tu n'en sais rien. C'est un Loup-garou, un mâle dominant, le seul survivant libre de sa meute. Il peut te rechercher. »

« Non, » insista Draco. « Je suis un Loup-garou, j'ai vécu dans cette meute. Epsilon était un dominant, c'est vrai, mais il était aussi un solitaire. Il peut tout à fait vivre seul ou intégrer une nouvelle meute un jour. Il ne me recherchera pas. Je ne l'intéressais pas. »

« Il t'a violé, pourtant, » asséna Sirius.

Les mots se plantèrent dans le cœur de Draco.

« Il... il s'est accouplé avec moi, oui. Mais il préférait les femelles. Il ne veut pas de moi... »

Le garçon tourna son visage de l'autre côté. Pourquoi, mais pourquoi cette certitude qu'Epsilon l'avait abandonné lui faisait mal, du moins faisait mal à une partie de l'esprit de Compagnon-Loup ? Draco, en son for intérieur, le savait. Parce qu'ils avaient fait partie de la même meute et pourtant, le mâle lui avait tourné le dos, l'avait abandonné à son triste sort sans se préoccuper de lui. Un abandon, oui. Alors qu'il était faible, soumis, et n'espérait que protection de la part des dominants de sa meute. Ça faisait mal. Tous ses espoirs avaient été vains avec eux.

Il ne voulait plus croire à l'espoir.

« Draco... Ce que je veux aborder avec toi maintenant est en lien avec ta nature lycanthrope et ce qui s'est passé cette nuit, » intervint de nouveau Dumbledore. « Je suis navré de t'avoir puni en t'interdisant de te transformer jusqu'à la pleine lune. Ta punition est levée, tu pourras dès ce soir aller te promener avec Ogg aux abords de la forêt. Malgré tes dires, nous voyons bien, nous tous qui sommes chargés de toi, que tu ne vas pas très bien. Et nous savons que c'est parce que tu te sens bien seul. »

« Non, c'est faux, » affirma Draco, sentant où la discussion se dirigeait

« C'est vrai, » soutint Sirius. « Tu ne peux nier ta nature, Draco. Regarde, tu t'es transformé cette nuit ! Parce que tu es en manque de meute. »

« Non ! » cria le garçon. « Je refuse d'appartenir à une meute ! »

« Tu dois appartenir à une meute pour vivre sainement. Tu es un soumis, tu ne peux pas rester sans dominant à tes côtés, sans famille. »

« Une meute n'est pas une famille ! » cracha Draco avec mépris.

« Une meute saine en est une, pour chacun de ses membres. »

« Vous n'êtes pas un Loup-garou ! »

« Non, mais je les connais bien, peut-être même mieux que toi ! »

« Alors, ça, ça m'étonnerait, » fit Draco, écœuré.

« Je t'assure pourtant que si, » continua Sirius. « Je sais que l'humain en toi est terrorisé à la simple idée de revivre ce que tu as vécu avec Greyback et sa bande. Mais le loup, lui, ne peut vivre seul. Il lui faut une meute. Une meute saine. Bien sûr que tu ne veux pas appartenir de nouveau à une meute aussi cruelle que celle qui fut la tienne ! Évidemment ! Même celui que tu nommes Compagnon-Loup le refuse sans doute. Mais tu as besoin d'autres membres de ton espèce à tes côtés. Nous ne pouvons pas remplir ce rôle, malheureusement. Même si pour l'instant nous pouvons te canaliser, ça ne durera pas encore très longtemps, Draco. »

Le gamin serra ses mains sur les draps.

« Je ne veux pas de meute, je ne veux pas de Werwulfs ! S'il faut que je trouve des dominants, alors je partirai, j'irai dans une autre forêt où je trouverai une meute de loups ! De vrais et simple loups ! Eux, au moins, ne me feront rien, parce que je suis un mâle malgré tout ! Je resterai un loup et oublierai que j'ai été un homme. »

Les Mages se dévisagèrent, inquiets de ces propos.

« Draco, c'est impossible. »

« Si ! Si, c'est possible et je le ferai si je le dois ! »

« Non ! Arrête donc de te comporter comme un enfant. Tu n'es pas un simple loup, tu es un Loup-garou ! Ta nature humaine ne te laissera pas l'étouffer comme cela, c'est irréalisable ! » s'énerva Sirius. « Tout ce que tu vas faire, c'est devenir fou et te laisser mourir dans un coin ! Que penses-tu qu'il va se passer ? Que tu pourras intégrer une meute comme cela ? Les loups sauront que tu n'es pas comme eux. Et quand bien même, tu ne seras pas heureux avec eux, ils vieilliront, mourront, toi, tu resteras, tant que la folie ne te dévorera pas le cerveau ! »

« Au moins je mourrais sans que plus personne ne me touche ! » hurla Draco. « Et qu'est-ce que ça peut faire si je ne suis pas heureux ? J'ai perdu le droit d'être heureux le jour où Greyback a tué ma famille et a fait de ma vie un enfer ! »

Sirius s'avança vers lui. Draco eut un mouvement de recul, son bras se levant en protection au niveau de son visage. Mais la main ne le frappa pas. Elle se contenta de se poser avec bienveillance sur son épaule.

« Draco, » dit Sirius d'une voix douce. « C'est là où tu te trompes. Tout le monde a le droit d'être heureux. Toi aussi. Il s'est passé beaucoup de choses très perturbantes dans ta vie depuis le jour où Greyback t'a mordu. Sans doute que d'autres viendront encore avant que tout ne se stabilise. Mais je suis sûr qu'au final tout se passera bien pour toi. Fais-nous confiance. »

Draco redressa son nez, ses yeux clairs rencontrant ceux de Sirius. Il sembla hésiter, ses lèvres tremblèrent.

« Je ne veux pas retourner dans une meute, » chuchota-t-il, désespéré.

... ... ...

Les deux professeurs marchaient dans le couloir, s'éloignant de l'infirmerie. Madame Pomfresh les accompagnait, visiblement tendue. Quand ils furent certains d'être en dehors du champ d'audition du jeune garçon, elle commença à plaider sa cause.

« Albus, je ne suis pas certaine que ce soit une bonne idée. Cet enfant est fragile. »

« Je le sais, Poppy. Mais Draco n'est plus un enfant. »

« Il n'a que quinze ans, il a vécu des événements cruels ! Beaucoup seraient devenu fous ! Et là, nous allons de nouveau le replonger dans une situation dramatique, » plaida la vieille femme.

« Non, Poppy. Albus a raison. Draco a cessé d'être un enfant le jour où Greyback l'a possédé. »

« Ce que vous dites est monstrueux, Sirius ! » s'écria l'infirmière, scandalisée.

« Ne vous méprenez pas sur mes paroles. Je ne valide pas ce que Greyback a fait, c'est une atrocité sans nom, je suis d'accord. Ce qu'il a fait est non seulement condamnable à nos yeux humains mais également lupins. Draco n'était pas en âge de s'accoupler. Du tout. Ce qu'il a fait est un crime passible de la peine de mort chez les Lycanthropes. Le représentant de cette race va également la réclamer à la fin du procès de Greyback, soyez-en sûr. »

« Et qu'a-t-il fait de plus atroce que de violer un enfant innocent ? » lança Poppy.

« Il a enclenché sa nature d'Oméga. L'a engrossé. Draco n'a plus été un enfant dès cet instant et ça, c'est un crime. Il l'a ensuite donné à d'autres mâles. Non, Poppy, ce qu'il a fait à cet Oméga est pire que tout. »

« Et nous... Oh, mes Dieux, que faisons-nous ? »

« Nous n'avons pas d'autres choix, » continua Sirius. « J'ai longuement eu l'occasion de discuter avec Brûlopot sur son cas et nous sommes bien d'accord. C'est vrai que Draco va mal mais s'il n'était pas Loup-garou, il irait encore plus mal. Sa nature lupine l'a malgré tout protégé. »

« Protégé ? Mais vous disiez que c'est cette même nature qui rend ces crimes plus atroces encore ! »

« Certes. Mais elle lui donne une force qui le sauvera. Du moins, qui sera à même de le sauver dans de bonnes conditions. Dans le cas contraire, il court à sa perte. »

« En clair, Poppy, » reprit Albus. « Nous n'avons pas le choix. Nous ne pourrons jamais apporter à ce garçon ce que sa nature réclame de plus en plus. Il va dépérir. Il a déjà commencé à le faire. Physiquement, il a récupéré, mais mentalement, il va petit à petit s'enfoncer. »

« Quel malheur, » fit Poppy, sincèrement affligée.

Ils continuèrent de marcher, chacun perdu dans ses pensées.

« Que nous disent les Monoïques ? » demanda soudain Sirius.

« Ils approuvent notre choix, comme il fallait s'y attendre. Draco ne peut pas aller à Helga, c'est trop tard pour lui. Mais ils m'ont assuré qu'ils veilleraient sur lui et quand il sera stabilisé, ils aviseront. Je ne sais pas exactement ce qu'ils ont prévu ou non. Comme toujours avec eux. Nuls autres que les Monoïques ne savent ce que font les Monoïques, » dit Albus, un brin dépité par cette dernière constatation. « De ce que j'en sais, ils ont une personne de confiance qui s'occupera de lui et leur rendra compte de son état. Ils se sont mis en rapport avec Gideon, puisque je leur avais donné son nom. Et du côté de Remus, justement, des nouvelles ? »

Sirius acquiesça.

« La délégation sera là le lendemain de la pleine lune. »

... ... ...

Le garçon marchait aux abords du lac, écoutant chaque bruit, chaque murmure. L'eau qui se mouvait, le vent frais qui faisait bouger les branches des arbres. Au loin les élèves qui jouaient et riaient entre amis.

Draco s'arrêta de marcher. La solitude avait un goût amer. Pourtant, il fallait reconnaître que ses camarades de Poufsouffle avaient été d'une grande générosité envers lui. Ils l'avaient accueilli le lendemain de sa nuit cauchemardesque comme si rien ne s'était passé. Contrairement à d'autres élèves, dont son propre frère, qui ayant eu vent de ce qui s'était passé avaient réclamé à grands renforts de cris son renvoi immédiat. Scorpius lui avait lancé que sa place était dans un zoo ou dans un bordel. Mais le jeune blond avait fini sa journée à l'infirmerie. A priori, des élèves de sixième année n'avaient pas apprécié la plaisanterie.

Le garçon flaira l'air. Il sentait bon le printemps qui ne tarderait pas à revenir.

Un an. Cela faisait un an. L'année dernière, à peu près à cette date, il subissait les premiers accouplements de Greyback. Greyback qui avaient eu la tête tranchée par le bourreau impérial, la veille au soir. Il avait cru que le savoir l'aurait soulagé plus encore que l'annonce que le procès prenait fin. Mais non. Il n'y avait que cette amertume.

Cédric et Ernie avaient essayé de lui redonner le sourire en jouant avec lui aux échec ou en lui proposant de se promener avec eux plutôt que seul. Parfois, il acceptait pour leur faire plaisir. Ils étaient gentils, après tout.

Pour être honnête, Draco devait s'avouer que c'était plaisant de les voir aussi fébriles à ses côtés. Il faisait passer ses doigts fins dans ses cheveux volontairement, pour le simple plaisir de sentir leur regard lourd sur lui, d'entendre leur respiration hachée.

Mais ce n'étaient pas ce qu'il voulait. Draco laissa son regard dévier vers la forêt, écoutant son appel. Il aurait aimé aller courir dans ces bois, libre.

Il se reprit. Non, il n'était pas libre, il était prisonnier de sa nature, de son peuple, de ce que Fenrir avait fait de lui.

Le garçon se secoua. Bon, cela suffisait. Il devait absolument se reprendre ! Les moments de mélancolie qu'il connaissait de plus en plus souvent commençaient à sérieusement lui taper sur les nerfs ! L'adolescent prit une grande inspiration avant de se diriger vers un groupe d'élèves. Il avait suffisamment été seul comme cela aujourd'hui !

Une des filles l'aperçut et, levant un bras, elle lui fit signe de les rejoindre avec un grand sourire. Draco leva également sa main et se mit à courir dans leur direction. Les cheveux du garçon volèrent derrière lui. Il aurait aimé sourire tant la sensation lui plaisait, seulement il n'y arrivait pas encore. Tant pis, il se contenta de faire la petite moue qui remplaçait les sourires perdus. Moue que les autres trouvaient si adorables, semblait-il.

Moins d'une petite minute plus tard, Draco jouait avec d'autres élèves à courir après un ballon en se faisant des passes. Ses joues se teintèrent de rouge. Pour faire plaisir aux autres, il accélérait parfois le pas, sautait par dessus la balle, faisait rire ses camarades.

« Il a l'air heureux, » commenta un homme qui le regardait d'une fenêtre, en haut d'une tour.

« Il arrive à l'être, c'est vrai. Parfois, » confirma Albus.

« Vous avez eu raison de faire appel à nous, professeur Dumbledore, » reprit l'homme. « Nous sommes ce dont il a besoin. »

« Je le sais, » soupira le vieux Mage. « Mais je crains sa réaction. Il a si peur de votre espèce. »

« C'est aussi la sienne, » fit sèchement le Loup-garou. « Faites-le venir, il est temps pour nous de l'emmener là où est sa place. »

... ... ...

« Draco, le professeur Dumbledore veut te voir, » cria une petite fille en courant vers lui, couettes au vent.

« Vraiment ? Merci, Rose, » répondit Draco en arrêtant le jeu.

Il prit le ballon dans ses mains et le lança à un Serdaigle.

« Je dois allez voir le directeur, je reviens après ! » lui expliqua-t-il.

« Au fait, ce n'est pas dans son bureau mais dans la salle de réunion de la tour Est, tu sais, celle au dessus de la salle des professeurs, » continua la gamine en trottinant derrière lui.

« Ah bon ? » fit Draco, cette fois perplexe.

Il rentra aux château, son pull sous son bras, simplement en chemise. Les autres élèves devaient le prendre pour un fou vu les températures encore fraîches mais il était très loin d'être frileux, sans compter que le jeu lui avait donné chaud. Il espéra que ce qu'avait à lui dire le directeur ne prendrait pas trop de temps, il avait soif et avait transpiré. Certes, le nez humain ne flairerait rien de suspicieux, Dieux merci !

Draco accéléra le pas tout en soufflant sur des mèches qui avaient eu la mauvaise idée de venir sur son nez. La petite, toujours sur ses talons, poussa un soupir émerveillé.

« Quoi donc ? » demanda Draco avec sa grimace sourire.

« Tu n'as pas idée à quel point tu es beau, » soupira-t-elle de nouveau.

Le garçon accentua sa moue. Arrivé devant la porte de la salle de réunion, il se baissa vers l'enfant, l'embrassa sur la joue.

« Merci de m'avoir prévenu, Rose, tu es une adorable petite fille. »

La gamine rougit et tourna les talons, la main à l'endroit où il l'avait embrassé. Draco rit doucement. Il ne faisait aucun doute qu'avant le dîner, toute l'école serait au courant qu'il lui avait donné un petit baiser.

Le garçon se releva, frappa trois coups à la porte.

« Entrez ! » lança la voix de Dumbledore.

Draco obéit, il baissa la poignée, franchit le seuil de la porte et s'avança de trois pas. Avant de se figer.

La salle était grande avec une longue table disposée en son centre. À l'autre bout de la salle, derrière la table, une rangée de personnes se tenaient debout. En son centre, Albus Dumbledore avec à sa droite Sirius Black, le professeur Brûlopot et Poppy Pomfresh. Et à sa gauche... Le cœur de Draco s'accéléra. Il ne connaissait pas ces gens, une poignée d'individus qui le regardaient.

L'un des hommes bougea alors. Les sens de Draco se mirent en alerte, dont son odorat qui lui donna une information capitale.

Werwulfs.

« Non ! » cria-t-il en se retourna et en tentant d'ouvrir la porte, en vain.

Il cria encore, s'acculant contre le montant en bois.

« Draco, calme-toi s'il te plaît, » fit aussitôt Sirius en faisant un pas en avant.

Mais l'enfant ne l'écouta pas. Il jetait des regards affolés autour de lui, constatant avec une frayeur grandissante que les Hommes-Loups s'écartaient les uns des autres, se plaçant lentement autour de la salle. Il reconnut aussitôt une technique de chasse, sachant de suite qui étaient les chasseurs et qui était la proie.

Le cœur battant la chamade, son regard clair s'attarda sur l'une des fenêtres. Il était bien trop haut, mais tant pis. Lâchant la porte, il sauta par dessus une chaise qui le gênait afin d'atteindre une vitre, dans l'espoir fou de passer au travers.

Un grondement rugit, proche de lui, bien trop proche. Le garçon s'écrasa contre la fenêtre, comme un papillon de nuit qui cherche à s'envoler. Elle ne céda pas.

L'odeur puissante d'un dominant fondit sur lui. Draco tambourina contre la vitre, hurlant de toute la force de ses poumons. Des bras l'encerclèrent, le soulevèrent de terre.

Draco ferma ses yeux, des souvenir d'horreurs passées surgissant dans sa tête. Compagnon-Loup hurlait avec lui, ne sachant pas ce que ces Loups-garous lui voulaient. Une main attrapa son cou, le plaqua contre un torse ferme.

« Calme, louveteau ! » cria la voix d'un mâle à son oreille.

Mais Draco n'obéit pas. Il n'était pas de sa meute ! Sa meute était morte ! Un désespoir sans nom l'engloba. Le dominant le secoua un peu, raffermit sa prise sur son cou, l'étouffant à moitié. Les larmes dévalèrent sur ses joues alors que son pantalon s'humidifiait. Il se débattit violemment, refusant d'écouter qui que ce soit. Il frappait, hurlait, donnait des coups de pieds désordonnés.

Non, l'enfer recommençait. L'odeur du mâle derrière lui se fit plus forte, plus menaçante. Il l'a reconnue sans peine. C'était celle d'un Bêta.

« Je t'ordonne de te calmer, maudit gamin ! » cria ce dernier de nouveau, usant et abusant de son aura dominatrice tout en raffermissant encore sa prise sur le garçon.

Cette fois-ci, Draco capitula, vaincu par le dominant. Ses mains lâchèrent tout ce à quoi elles se raccrochaient, ses jambes arrêtèrent de gesticuler, son corps se fit lourd dans les bras de l'homme. Et il éclata en sanglots.

« Pitié, pitié, non, ne me faites pas de mal. »

Il garda les yeux clos, ne voulait pas voir son tortionnaire, ni les autres membres de cette meute. Par dessus tout, il ne voulait pas voir ceux qui l'avaient trahi. Encore. Sa vie n'était que trahison.

« Albus ! » s'exclama madame Pomfresh, choquée par le traitement dont faisait l'objet son protégé.

Le bras sévère de Brûlopot l'arrêta dans sa course.

« Poppy, ne vous avisez surtout pas à intervenir. Nous ne sommes pas là, c'est une histoire de Loup-garou, ils sont dangereux dans ces cas-là, » murmura furieusement le professeur.

« Mais... » protesta la veille femme.

Devant ses yeux effarés, Draco continuait de pleurer, une flaque d'urine à ses pieds. Il était plus que terrorisé et son âme d'infirmière lui hurlait d'aller l'aider. Mais elle ne le pouvait pas. Celui qui s'était présenté à eux comme le Bêta de la meute qui devait s'occuper du garçon avait son nez dans son cou. Il le renifla longuement.

« Tu es un Oméga, petit. Comprends-tu ce que cela signifie ? » demanda enfin le Loup-garou.

« Oui... Bêta, » pleura Draco, admettant publiquement non seulement sa reddition mais aussi le statut officiel de celui qui le maintenait contre lui.

« Non, je ne pense pas. Mais tu vas le découvrir, » continua l'homme dans un sourire.

... ... ...

À suivre

... ... ...