Bêta correctrice : Nanola
Chapitre 16
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Départ de Poudlard
Le Royaume de Godric Gryffondor était le repère privilégié des Loups-garous. Ils faisaient partie de ses armées et on en comptait même parmi les généraux du roi. Ce fut naturellement lui qui proclama avec force que la race Lycanthrope devait appartenir au Monde Libre. Cette décision fut rapidement acceptée. Mais les Lycanthropes eux-mêmes refusèrent de siéger au Grand Conseil Impérial. Il fut par contre décidé qu'ils auraient un représentant et que ce dernier disposerait d'un droit de veto absolu sur toute question impliquant ceux de son espèce.
La bataille pouvait sembler plus délicate pour la reine Helga Poufsouffle au sujet des Monoïques. Elle-même était née du sein d'un de ces êtres et il sembla évident qu'elle n'abandonnerait pas le cas des Monoïques, comme elle avait dû le faire auparavant lors de l'établissement de l'an 1 de notre monde.
Les trois monarques s'attendaient à une lutte difficile avec le quatrième, Zmeï Serpentard. Ce dernier avait déjà signé beaucoup de traités pour que la paix s'installe de nouveau. Si les trois autres reconnaissaient qu'il avait fait nombre de concessions, ils savaient tout autant que la question des Hybrides serait délicate. Gryffondor ayant parlé en premier et le statut des Loups-garous ayant été accepté, la reine Helga supposait que le nouveau monarque refuserait la liberté des Monoïques au sein de tout l'Empire, d'autant que les Monoïques étaient encore considérés comme des esclaves sexuels dans ce dernier Royaume.
Gryffondor et Serdaigle avaient déjà signé le traité, ne manquait que la signature de Serpentard. Alors que tous s'attendaient à des négociations acharnées, le traité réglant le statut des Monoïques se retrouva signé en moins de deux heures. Et ce en raison d'un homme connu depuis dans tout le Monde Libre : Svarog.
« L'histoire du Monde Libre » - Chapitre 4 – Iason Werner
... ... ...
Le Bêta ne bougeait pas, ne le lâchait pas et ne dit plus rien, se contentant de le maintenir le plus fermement possible contre son propre corps, une main sous sa gorge, l'autre autour de son torse.
Draco n'osa toujours pas ouvrir les yeux. Une grande lassitude s'empara de lui. Un vide sans nom. Compagnon-Loup gémissait doucement, roulé en boule dans un coin. Il voulait que quelqu'un le prenne, le console, lui lèche la truffe avec compassion. Draco eut un sanglot plus fort à cette pensée. Compagnon-Loup n'était qu'un crétin sans cervelle dont l'instinct les menait à leur perte !
Lui ne voulait plus rien. Il était fatigué. Fatigué de sa vie, fatigué de lutter, fatigué de cette journée et de celles d'avant. Il était fatigué de respirer. Il voulait dormir. Juste s'endormir et ne plus se réveiller.
Puis il se rendit compte du silence assourdissant de la pièce, uniquement perturbé par ses larmes et ses reniflements. Sa main se leva vers son visage, qu'il essuya, se demandant si le mâle allait le punir pour avoir osé faire ça.
En plus de l'immense fatigue, un désespoir qu'il n'avait que rarement connu faisait rage dans sa tête. Il avait cru à chaque fois connaître le pire et pourtant, il se demandait si aujourd'hui n'était pas en tête de sa liste. Il avait cru être sauvé par les Mages. Avait cru qu'il pourrait vivre en paix, même si ce n'était que pour peu de temps. En effet, il était bien conscient que ce que Sirius et les autres Mages lui disaient était vrai mais il avait eu l'occasion d'y réfléchir depuis.
Il était arrivé à la conclusion de profiter des instants de bonheur qu'il pouvait avoir, profiter des petites choses un peu joyeuses. Et puis, quand la solitude et la tristesse seraient trop grandes, il se serait transformé une dernière fois, se serait endormi au pied d'un arbre et aurait attendu que la mort vienne enfin lui accorder sa grâce.
Il ne le pourrait sans doute plus. Les dominants ne le laisseraient pas faire. Sans oublier qu'ils pouvaient lui ordonner de survivre, de manger, de boire, qu'ils pouvaient le nourrir de force si lui ne le faisait plus. Ils avaient les moyens de prolonger sa vie plus que ce qu'il n'avait prévu. Une nouvelle vie de douleur, d'humiliation. Stupidement, il pensa à tout le confort qu'il avait retrouvé en étant à Poudlard et qu'il allait perdre de nouveau. C'était si triste et si bassement terre à terre que c'en devenait risible. Si seulement il avait pu rire, bien entendu.
À force de laisser son esprit s'évader, Draco réalisa qu'il avait cessé de pleurer, que l'homme dans son dos ne le blessait toujours pas, qu'il parlait doucement, que la main sous sa gorge ne l'empêchait pas de respirer ni de déglutir. Elle finit même par s'en aller, pour venir simplement se perdre dans ses cheveux.
« Calme-toi, petit, calme-toi, » reprit le Bêta d'une voix étrangement ronronnante. Comme hypnotique. « Écoute ton instinct, respire nos odeurs. Que te disent-ils, louveteau ? Vas-y, essaye. »
L'aura dominatrice était toujours présente mais elle n'était pas agressive, se dit Draco. En fait, il se laissa couler en elle, comme dans une épaisse couverture une nuit de grand froid, alors qu'il appuyait son dos contre la poitrine du mâle. Il prit une grande inspiration, laissa Compagnon-Loup sortir de sa tanière.
« Vous êtes le Bêta, » murmura-t-il.
« Oui, c'est bien, petit, continue. »
« Vous êtes... nombreux autour de moi... » Les sourcils blonds se froncèrent, la respiration s'accéléra. « J'ai peur, j'ai peur ! »
« Non, non, n'aie pas peur, non. Écoute ton loup, respire-moi, vas-y, » l'encouragea l'homme en le berçant en peu, ses deux bras passés autour du corps fin du gamin.
Draco obéit une nouvelle fois, les paupières closes.
« Je... il y a une autre odeur sur vous, que je ne connais pas... Vous n'êtes pas... Disponible ? » tenta-t-il.
« Oui, c'est exact. C'est l'odeur de l'union que tu sens sur moi. Maintenant, sens mes compagnons. Combien sont-ils ? »
Draco leva le nez, humant l'air plus fortement.
« Trois ou quatre, je crois... » souffla-t-il. « Je ne suis pas sûr... j'ai trop peur, je n'y arrive pas, » gémit-il.
La main du Bêta repassa dans ses mèches blondes.
« Il y a quatre autres dominants, c'est vrai. Et ils sont comme moi, petit. Déjà unis. Comprends-tu ce que cela signifie ? »
Draco ouvrit ses yeux clairs.
« Je suis pas sûr. Je suis sûr de rien. »
L'homme le retourna vers lui. Draco découvrit son visage, plongea un instant dans des yeux bleus sombres avant de baisser rapidement la tête, en signe de soumission. La main du Bêta se posa sur sa nuque qu'il massa lentement. L'Oméga se mit à gémir, non pas de peur mais d'un autre sentiment qu'il n'arriva pas à définir. Il rejeta sa tête en arrière, ferma de nouveau les yeux en prenant appui sur cette main et en dévoilant son cou.
Sans surprise, il sentit aussitôt la bouche et les dents du mâle sur lui. Mais il ne le mordit pas, se bornant simplement à les poser sur la peau fine et douce, montrant ainsi qu'il l'acceptait, le soumettait, mais qu'il ne le punissait pas de son insubordination précédente.
Draco trembla, de peur et de soulagement mêlés, se contentant pour le moment d'être heureux de ne pas sentir les dents humaines transpercer sa chair. Puis le Bêta le reprit contre lui, dos contre son torse, en lui soulevant le menton afin de pouvoir lui désigner les membres de la meute qui les encerclaient toujours.
« Ouvre tes yeux. Regarde mes hommes, » ordonna-t-il.
L'Oméga obéit en clignant des paupières.
« Ici, voici Geoffrey Hooper, là, c'est Jack Sloper et à côté de lui, son frère, Heimich. Et enfin Remus Lupin. C'est un peu grâce à lui que tu vas faire partie de notre meute. Moi, je suis Charlie Weasley. As-tu compris, Draco ? »
« Oui, Bêta, » murmura Draco en regardant brièvement les hommes concernés.
Il frissonna de nouveau, ses lèvres tremblèrent. Il avait des milliers de questions en tête, son cœur battait toujours à un rythme affolé mais n'osait rien dire, de crainte d'une sanction.
« Peut-être pourriez-vous enfin lâcher cet enfant ! » fusa la voix féminine de Poppy.
Draco couina de terreur alors qu'un grondement menaçant faisait vibrer le poitrail derrière lui.
« Ne vous mêlez pas de ça, humaine, » grogna Charlie en dévoilant ses canines.
« Poppy, » intervint aussitôt celui que le Bêta avait appelé Remus.
Sa voix était douce, emprunte de respect envers la vieille femme, ce qui étonna fortement Draco puisque l'homme était un dominant.
« Charlie veille à la sécurité de tous, ici. L'enfant est terrifié, il a voulu s'échapper par une fenêtre et s'il ne le maintenait pas de la sorte, nul doute que nous aurions affaire à un jeune loup en panique dans cette pièce. Il pourrait mordre les hommes. Même s'il ne vous contaminerait pas, une morsure de Loup-garou reste douloureuse. »
« Je ne mordrai jamais Poppy ! » s'exclama Draco, perdant un instant toute notion de prudence.
Il plaqua rapidement sa main devant sa bouche, horrifié par ce qu'il venait de faire. Les mois faits de douceur et d'humanité à Poudlard lui avaient fait oublier la plus élémentaire des prudences. En présence de dominants, il lui fallait se taire et garder les yeux au sol ! Il gémit, ferma les yeux, attendant la sanction. Un nouveau filet humide coula sur sa jambe. Il s'aperçut néanmoins que Lupin avait raison. Seules l'aura et la force du Bêta le retenaient de rentrer totalement dans une crise de panique et de laisser s'exprimer le loup en lui.
La main du Bêta passa une nouvelle fois dans ses cheveux. Est-ce que l'homme allait le frapper aussi parce qu'il l'avait souillé ? Brutus l'aurait fait.
« Pardon, » bredouilla Draco.
« Chuuut, calme-toi, calme-toi, » murmura le Bêta, créant la stupéfaction du garçon.
Une autre main le prit de nouveau sous le menton, l'obligea à redresser sa tête.
« Draco, » fit la voix de Remus. « Ouvre tes yeux, regarde-moi. »
L'enfant se tortilla, incertain. Où était le piège ? Il devait obéir au dominant mais sa nature Oméga lui conseillait, au vu de son expérience, de ne jamais regarder un mâle dans les yeux très longtemps. Draco décida donc d'obéir rapidement. Ouvrant ses paupières, il jeta un coup d'œil aux deux yeux d'un noisette ambré de Remus avant de regarder ses pieds. Il était encore en chaussures alors que le Werwulf en face de lui, ainsi que le Bêta derrière, étaient pieds nus.
« Je suis heureux que tu affirmes ne pas vouloir mordre Poppy. C'est une sage décision. Penses-tu que Charlie devrait te lâcher ? Tu t'en sens capable ? »
La respiration de Draco se coupa. Il jeta de nouveau un rapide coup d'œil à l'homme au cheveux d'un brun assez terne qui lui souriait. Il lui souriait ! Il lui demandait son avis en souriant !
« Je... sais pas... » marmonna-t-il.
Puis une nouvelle exclamation sortit de sa bouche, sans qu'il ne puisse le contrôler.
« Vous m'avez appelé Draco ! Tous les deux ! »
Remus se mit à rire.
« Bien sûr. Nous connaissons ton nom ! Je suis un ami de Sirius. Dumbledore et lui nous ont raconté ton histoire et ont demandé à notre Alpha de venir te chercher. Tu sais, quand j'étais jeune, je suis venu à l'école ici. Tu l'ignorais ? »
« Je... » commença Draco, mal à l'aise qu'un dominant inconnu lui fasse la conversation ainsi. « Je ne savais pas votre nom. Je savais juste qu'un Loup-garou mage était venu à Poudlard, pas que c'était vous. »
Draco sentit que le Bêta le retournait de nouveau vers lui. Il se raidit, pensant qu'il avait sans doute mal répondu ou commis une faute. Cependant, une fois encore, aucun coup ne survint.
« Comment pensais-tu que nous allions t'appeler si ce n'est par ton nom ? » l'interrogea le mâle.
La pression autour de son corps se relâcha un peu, permettant à Draco de croiser ses bras sur sa poitrine et de rejeter en arrière une mèche de cheveux qu'il avait devant les yeux. Il se dandina d'un pied sur l'autre, hésitant.
« Je n'avais plus de nom, plus vraiment, » chuchota-t-il enfin. « J'étais... Oméga, louveteau, chiot, gamin... » Les larmes dévalèrent ses joues alors que les voix des mâles de son ancienne meute se rappelaient à lui. « Pe...petite merde... Joli cul... »
Il plaqua ses mains sur ses oreilles, laissa le Bêta le reprendre contre lui. La main ferme du mâle se posa de nouveau sur sa nuque, l'apaisant immédiatement.
« C'est bon, calme-toi... Avec nous, tu seras Draco. Tu seras aussi Oméga ou louveteau, parce que c'est ce que tu es, et ce que tu n'aurais jamais dû cesser d'être, » lui affirma l'homme au cheveux roux.
Draco acquiesça, incertain et suspicieux. Les belles paroles et les promesses, il connaissait. Il se calma pourtant, avisant que, pour le moment, aucun des hommes présents n'avait l'air de vouloir lui faire de mal. Et puis, se faisant, il sentit une autre odeur. Douce et étrange. Il souleva son nez, respira à plein poumon. C'était une odeur agréable, si légère, si parfumée. Elle sentait bon les fleurs du printemps et les fruits frais. Elle avait le goût de la soumission, comme Megan et Morag mais était plus sucrée, comme la sienne.
Il ouvrit les yeux, tombant dans les iris bleus rieurs du Bêta, tourna la tête, le nez toujours en alerte. Lupin souriait encore, ainsi que les autres mâles.
« Je crois que tu as trouvé quelque chose d'intéressant, n'est-ce pas ? » se moqua le Loup-garou brun qui répondait au nom de Hooper.
Draco ne répondit pas, se concentrant sur l'origine de cette senteur. C'est alors qu'il aperçut un mouvement, au fond de la salle, derrière le professeur Brûlopot. Ses yeux s'écarquillèrent tandis qu'un homme se montrait. Il redressa sa tête dont les cheveux châtains et bouclés lui tombaient sur les épaules. Draco gémit, cherchant instinctivement à se rapprocher de lui. Le Bêta le lâcha complètement, permettant au garçon de faire quelques pas en sa direction alors que de son côté, l'Homme-loup faisait de même. Car il était Lycanthrope, cela ne faisait aucun doute. Lycanthrope, malgré les deux fines tresses qui partaient de ses tempes et le tatouage sombre qui entourait son nombril dévoilé.
Draco gémit de nouveau, son étrangement lupin dans sa bouche humaine. Le Monoïque ouvrit ses bras. Sans attendre, Draco courut se réfugier entre eux, Compagnon-Loup couinant sa joie.
Un Oméga ! Un Oméga adulte, un frère, un ami. Une épaule sur laquelle s'appuyer. Draco couina de concert avec son loup, chouinant, pleurnichant, ses mains sur les épaules de l'homme. En se dressant sur la pointe des pieds, il lui lécha le cou, le visage tout en geignant, puis frotta son nez contre la clavicule. Il savait que son comportement était animal, comme un chiot qui retrouve enfin sa mère après une longue et angoissante absence. Mais il s'en moquait totalement, comme il se moquait d'avoir ce comportement devant de simples humains. Il se laissait porter par son instinct, son espoir retrouvé. Il ne pouvait imaginer une seule seconde que l'Oméga plus âgé le rejette ou ne se moque de lui. Un rejet de sa part était une condamnation à mort.
Avec une joie qu'il n'avait pas éprouvée depuis longtemps, il sentit que l'Oméga l'encerclait de ses bras, le berçait, le cajolait, répondait à ses caresses. Il entendit aussi le petit rire cristallin de l'homme, alors que Draco essayait de cacher son visage sous l'une de ses aisselles.
« Eh bien, quel accueil, » fit sa voix, douce et claire.
Draco l'aima de façon inconditionnelle dès qu'il l'entendit. Il se cala plus encore contre celui qui était devenu en quelques seconde comme son frère.
« Je ne veux plus jamais te quitter, » murmura-t-il.
L'homme se mit de nouveau à rire tout en réussissant, les Dieux seuls savaient comment, à se décoller un peu du corps plus frêle.
« Ce n'est pas d'actualité. Je suis venu te chercher, Draco. »
L'enfant leva ses yeux si clairs vers le mâle. Les siens étaient noisette, de ce noisette tendre fait d'un marron doux et du vert des nouvelles feuilles de l'année. Ils brillaient d'intelligence et de gentillesse alors qu'il les l'étudiait avec application.
« Tu es un Monoïque, » souffla Draco, éperdu.
« Je m'appelle Ayase, un Monoïque élevé au Temple du Royaume de Poufsouffle, devenu Oméga au sein de la meute de la Rive Sud, au bord de la mer, » répondit Ayase.
Draco ne pouvait détacher son regard du sien. Ayase était beau, comme tous ceux de sa race. Car malgré le fait qu'il soit un Loup-Garou, il revendiquait clairement son statut de Monoïque. Ses deux fines tresses partaient des tempes et se perdaient ensuite dans la masse bouclée. Il portait des colliers en nacre et coquillage, ses oreilles étaient percées et arboraient chacune une perle. Sa chemise largement ouverte sur son ventre dévoilait le tatouage en forme de calice qui lui entourait le nombril. Draco, surpris, découvrit des vergetures qui marbraient la peau lisse, preuve d'au moins une grossesse antérieure.
Le garçon inspira une nouvelle fois, s'enivrant de l'odeur de son compagnon.
« Tu sens bon, » déclara Draco, déclenchant un nouveau petit rire chez Ayase. « Est-ce que je sens aussi bon que toi ? »
Il se sentait comme une âme d'enfant, Compagnon-Loup ne l'aidant pas à se concentrer tant il gambadait joyeusement dans sa tête suite à la découverte d'Ayase.
« Pour être franc, là, tu empestes surtout l'urine, » se moqua gentiment l'Oméga.
Draco rougit violemment sous le coup de la honte. Il gémit, malheureux, tout en se détachant du corps de l'homme. Il avait raison, il s'était fait pipi dessus, comme un misérable jeune chiot ! Pire, il se cramponnait ensuite aux mâles plus âgés, les souillant eux aussi par la même occasion.
« Hé, je plaisante, » fit Ayase en lui capturant la main. « Tu sens très bon, toi aussi. Meilleur que moi parce que tu es plus jeune et que tu n'es pas uni. »
Cette dernière réflexion fit froncer les sourcils clairs de Draco. Il renifla profondément.
« Oh... Tu as l'odeur du Bêta sur toi... » dit-il, lugubre.
« Oui, » confirma Ayase, étonné de l'air sombre du garçon sur lui. « Je suis son compagnon. »
« Pardon, je suis désolé, » murmura Draco.
Le regard sincère qu'il lui jeta fit monter la surprise d'un cran chez l'Oméga plus âgé. Avant qu'il ne comprenne.
« Draco, je suis heureux d'être le compagnon de Charlie. C'est moi qui l'ai choisi pendant les Présentations. C'est moi qui ai décidé de devenir son compagnon, son Oméga et celui de la meute. »
Cette fois, ce fut un éclat de terreur qui passa dans les yeux clairs.
« Vous discuterez de tout cela plus tard, » intervint Charlie en se postant à côté de son conjoint.
Ayase en profita pour tourner son visage vers lui, le cala sur son épaule. Ses yeux se fermèrent un instant avant qu'il ne les ouvre de nouveau, les plantant en souriant dans ceux de Draco qui regardait le couple. Charlie avait passé un bras possessif autour de la taille de son compagnon. Il lui embrassa ses cheveux bouclés tout en grognant.
« Et ne t'avise pas de raconter n'importe quoi. Tu sens merveilleusement bon, la meilleure odeur que l'on puisse trouver dans le Monde Libre. »
« La meilleure pour toi, » le taquina Ayase en frottant son nez dans son cou.
Il s'extirpa des bras de Charlie pour se rapprocher d'un Draco éberlué.
« Bien, notre Bêta a raison. La route est longue pour retourner chez nous, il nous faut partir. »
Draco sentit un frisson glacé le parcourir, comprenant véritablement la raison de la meute ici.
« Je ne veux pas partir de Poudlard ! » couina-t-il d'une voix aiguë.
Il fit trois pas en arrière, en direction des Mages.
« Professeur, vous aviez dit que je pouvais rester ! » accusa-t-il Dumbledore.
« Oui, c'est vrai Draco. Je t'ai dit que tu pourrais rester le temps que nous trouvions une solution adaptée à ta situation. Et nous l'avons fait, » répondit Albus.
« Non ! Me donner en pâture à une meute, ce n'est pas une solution ! »
La main du Bêta s'abattit sur sa tête, dans un bruit sourd.
« Respect, louveteau ! On ne parle pas ainsi aux aînés ! »
« Draco, » intervint à son tour Sirius Black. « L'Alpha de mon ami Remus, ici présent, a accepté de te prendre et de veiller sur toi. Cette décision a aussi été validée par le Conseil des Monoïques. Les délégués des deux espèces dont tu dépends se sont mis d'accord pour que tu rejoignes la meute de Gideon Prewett, dans le Royaume de Gryffondor. En voyant le compagnon de ton Bêta, Remus, je comprends mieux l'empressement des Monoïques, » continua-t-il en direction de son ami.
Ce dernier hocha la tête tout en posant une main sur l'épaule de Draco qui frémit d'angoisse.
« Tu verras, Draco, notre Alpha est un homme bon. C'est lui qui m'a recueilli quand l'appel de la meute a été plus fort que tout en moi. Si tu veux, je te raconterai mon histoire un soir à la veillée. »
« Trêve de bavardages, » les coupa de nouveau le Bêta. « Nous devons partir. »
« Mais... » protesta Draco, les larmes aux yeux.
Il ne regarda pas les Lycanthropes, sachant qu'il n'en avait pas la force et que s'il posait ses yeux sur l'un d'eux, il ne pourrait plus parler.
« Je ne peux pas partir maintenant, » plaida-t-il regardant d'un œil suppliant le directeur, ses professeurs et madame Pomfresh. « Je n'ai pas dit au revoir à mes amis, je n'ai pas mes affaires... je... je dois me laver et... s'il vous plaît, encore une nuit, une simple nuit ! »
Dumbledore marcha vers lui, un air navré plaqué sur le visage.
« Ce n'est plus de mon ressort de décider ce que tu dois faire ou non. Charlie Weasley est responsable de toi, désormais. C'est à lui que tu dois demander. »
Draco sentit ses épaules s'affaisser. Demander au Bêta. Impossible. Le souvenir du calepin de sa mère rangé sous son oreiller lui arracha une plainte sourde. Il voulait au moins ça.
Sans se retourner vers le mâle puissant qui était juste derrière lui, le gamin prit le peu de courage qu'il pensait posséder pour supplier de nouveau.
« S'il vous plaît... »
« Non, nous partons aujourd'hui, » rétorqua Charlie.
Une larme coula sur la joue pâle de Draco. Il renifla bruyamment tout en l'essuyant d'un revers de main, le cœur en miettes. Il allait donc partir ainsi, avec son pantalon souillé et en laissant le seul souvenir qu'il avait de sa mère.
« Draco, qu'est-ce qui te fait tant de peine ? » demanda Ayase en se rapprochant à son tour de lui.
Le gamin leva son visage vers lui, malheureux.
« Je suis sale, je pue, j'ai peur et je ne veux pas laisser ici le cadeau de ma mère. »
« J'ai dit que nous partions aujourd'hui, pas que nous allions te laisser dans cet état, ni que tu ne pourrais pas prendre tes affaires, » précisa le Bêta.
Draco se tourna vers lui, ses yeux rencontrant les siens un bref instant avant de plonger vers le sol.
« Tu as le droit de nous regarder, petit. N'aie pas peur de le faire, je ne te punirai pas parce que tu me regardes. Ayase et moi allons escorter le louveteau jusqu'à sa chambre. L'un de vous nous montrera le chemin, » ordonna Charlie en s'adressant aux Mages. « Compagnons, attendez-nous au portail. »
Le ton sec, autoritaire de sa voix fit frémir Draco. Charlie Weasley était indubitablement un Bêta de grande puissance. Le garçon se demanda comment pouvait bien être l'Alpha dans ce cas. Une petite voix dans sa tête lui rappela qu'il n'allait pas tarder à le savoir. Une nouvelle envie de pleurer le saisit. Et si cet Alpha le voulait, lui aussi ? Charlie Weasley dégageait presque autant d'aura de domination, de commandement que Greyback, donc l'Alpha devait être pire. Comment Ayase faisait pour supporter ça ? Comment lui ferait si l'Alpha le désirait pour son amusement ?
« Tu paniques, louveteau, que t'arrive-t-il ? » remarqua justement le mâle à l'origine de sa panique.
Il y avait quand même une différence, et de taille. Là où la question aurait été ironique, blessante, méprisante, chez Greyback, elle était plus douce chez Weasley. Plus sincère ?
« Je... J'ai peur... » répondit simplement Draco, prudent.
La main parsemée de taches de rousseur se posa sur sa nuque, les doigts appuyèrent fermement contre son cou.
« Ayase et moi resterons avec toi, tu ne risques rien avec nous, » tenta de le rassurer Charlie, sans se douter que loin d'y arriver, cette déclaration ne faisait qu'accentuer les angoisses du gamin.
Finalement, ce fut madame Pomfresh qui montra le chemin jusqu'à la salle commune des Poufsouffles aux Loups-garous. Par bonté d'âme, elle agita sa baguette avant de sortir de la salle de réunion afin d'éviter à Draco l'humiliation de croiser des élèves le pantalon trempé en le lui séchant rapidement. Sirius et Remus, pendant ce temps, convinrent de faire une descente aux cuisines afin de dépouiller les Elfes de Maison de plusieurs kilos de nourriture pour la meute.
Draco ne dit pas un mot pendant la descente jusqu'au domaine des Poufsouffles, supportant les regards des élèves sur lui et les deux étrangers qui l'encadraient. Nul doute, à l'entente des exclamations étouffées et des murmures, que la présence d'un autre Monoïque, un ''vrai'' celui-là, arborant tresses et tatouage allait rapidement faire le tour complet de tout Poudlard. Au moins trois fois d'ici l'heure du souper.
« Bien, » déclara Pomfresh une fois arrivés dans le dortoir des cinquième année. « Draco, tu veux que je t'aide à faire tes bagages ? »
Le garçon hésita quant à la réponse à donner, mais le Bêta décida pour lui.
« Nous nous occupons du garçon, vous pouvez partir, nous retrouverons notre chemin. »
Pomfresh pinça les lèvres tout en se tournant vers Draco dont elle s'approcha.
« Draco, tu veux que je reste avec toi ? »
L'enfant hocha la tête. Oui, il voulait que Pomfresh reste, on ne savait jamais. La savoir ici le rassurait. Malheureusement, une fois encore, Weasley ne fut pas du même avis.
« J'ai dit que c'était inutile. »
« Et moi je préfère demander l'avis à mon étudiant ! Draco souhaite que je reste, je resterai ! »
Le Bêta gronda en se plaçant volontairement entre elle et l'Oméga.
« Et moi, femme, je vous dis de vous en aller. Ce louveteau n'est pas de votre meute, il est sous ma responsabilité. Je n'ai pas besoin de vos conseils, ni de votre présence. Si L'Oméga a besoin de quelque chose, c'est à moi qu'il conviendra de décider de la pertinence de la demande et de lui fournir ce dont il a besoin. Ne vous mettez pas entre moi et un membre de ma meute. »
Ayase se colla contre son dos, passa ses mains autour de la taille musclée du Lycanthrope.
« Je veillerai sur lui, moi aussi. »
Draco sentit parfaitement le parfum de l'autre Oméga se faire plus forte et plus douce à la fois. Avec un petit quelque chose qui lui échappait. Toutefois, il comprit rapidement que cette odeur particulière agissait sur le compagnon du soumis, rabaissant son agressivité envers madame Pomfresh qu'il considérait comme un intrus et une menace à son autorité.
« Partez, maintenant, » répéta Charlie, d'une voix ferme bien que moins belliqueuse.
« Draco ? » redemanda madame Pomfresh.
Le regard inquiet de la vielle dame peina l'adolescent. Il n'avait pas le droit de la mettre en danger, pas après tout ce qu'elle avait fait pour lui avec autant de gentillesse et d'abnégation.
« Ça va aller, madame Pomfresh, merci beaucoup, » souffla-t-il.
Poppy fit quelque pas de plus dans sa direction et le prit dans ses bras.
« Bonne chance, mon garçon. Je penserai bien à toi. »
« Je ne vous oublierai jamais, Poppy, » affirma Draco, ému.
« J'espère que tu m'écriras, n'est-ce pas ? En tout cas, moi, je t'écrirai, je te le promets, » fit Poppy en le regardant dans les yeux.
Elle était bouleversée, cela ne faisait aucun doute. D'une main elle essuya ses larmes et de l'autre, celles du garçon.
« Tu me manqueras beaucoup. »
« Vous aussi, » répondit Draco d'une voix étranglée.
Poppy l'embrassa sur la joue, puis, après un regard noir au Loup-garou trapu et rouquin, elle sortit de la pièce.
« Au revoir, » pleura Draco quand la porte se referma.
Il n'osa pas se tourner vers les deux autres Lycanthropes. La peur lui tordait les boyaux, l'empêchant de prendre la moindre décision.
« Tu ne voulait pas te doucher, Draco ? » l'aida Ayase derrière lui.
« Si. »
« Alors vas-y. Nous t'attendons là. Tu veux que je commence à faire tes bagages ? Quel est ton sac ? »
Draco se retourna enfin vers lui, évitant le regard bleu du Bêta.
« Merci, Ayase, mais je préfère faire mon sac moi-même. »
« Alors dépêche-toi d'aller te doucher, » ordonna Charlie.
Le garçon détalla prestement dans la salle de bains, où il s'enferma à double tour. Oh, pas que la porte soit une protection efficace contre un Loup-garou en colère, Bêta de surcroît, mais c'était plus psychologique qu'autre chose.
Draco ne traîna pas, il se lava rapidement, sortit de la salle de bains pour se voir jeter un regard dédaigneux de la part du Bêta.
« Tu penses partir avec une simple serviette ? »
« Non... Mais mes vêtements sont là, j'ai oublié de les prendre pour me changer, » répondit Draco, rouge comme une écrevisse.
« Charlie, vraiment, tu ne veux pas éviter de le mettre mal à l'aise ? »
« Mais je ne le mets pas mal à l'aise ! » protesta le Bêta.
« Si, tu le fais. Viens, Draco, excuse-moi mais j'ai commencé à te sortir tes habits pour gagner du temps, sinon monsieur ronchon ici présent allait faire ce qu'il fait de mieux, à savoir ronchonner. Tu n'as plus qu'à choisir ceux que tu veux emmener et les ranger dans ton sac. Pour partir, je te conseille cette tenue, qu'en penses-tu ? »
Draco était éberlué. La discussion entre Ayase et Charlie lui semblait totalement irréelle. Il avisa le pantalon souple, la chemise et le pull que lui tendait Ayase. Il les prit et se bloqua alors qu'il allait enfiler son caleçon propre.
« Eh bien, tu attends quoi ? » lança Charlie qui s'était purement et simplement allongé sur le lit d'Ernie en ronchonnant sans fin.
« Ben... »
« Charlie, tourne-toi, » rétorqua Ayase en soupirant.
« Oh, mais c'est pas vrai ! Qu'est-ce que j'ai fait, cette fois ? »
« Charlie, vu comment tu réagis si j'ose commencer à enlever mes vêtements devant d'autres mâles, je te prierais de bien vouloir te retourner. Ce garçon n'a pas envie de se dévoiler devant toi. Tu es un dominant, lui un soumis. »
« Merci, je le sais bien ! »
« Alors... » Ayase ne finit pas sa phrase mais leva sa main pour faire signe à son compagnon de se tourner. Ce dernier grommela, mais, à la stupéfaction de Draco, il obéit.
« Franchement, comme si ça allait me faire quoi que ce soit ! »
« Ce n'est pas de toi dont il s'agit, mais de lui. En plus, je te rappelle qu'il vit avec des humains depuis plus de trois mois, il a retrouvé de la pudeur. Rappelle-toi comme j'étais choqué les premières fois où j'ai réalisé que tout le monde se dénudait sans complexe dans la meute ! »
Draco profita que les deux hommes discutaient pour s'habiller rapidement, les yeux écarquillés et l'oreille tendue. Il n'arrivait toujours pas à croire que l'Oméga parlait avec ce ton et de cette façon si désinvolte au Bêta.
« Dans ce cas, il va avoir du mal quand il devra de nouveau se déshabiller tout à l'heure devant la meute ! » s'écria Charlie.
Face à cette déclaration, Draco poussa un couinement misérable et laissa tomber les affaires qu'il était en train de mettre dans un sac de voyage. Charlie bondit aussitôt du lit et se retrouva devant l'enfant, les deux mains sur ses épaules, en moins de temps qu'il n'en faut pour cligner des yeux.
« Quoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ? »
« Charlie, c'est toi qui lui as fait peur, » expliqua posément Ayase en posant lui aussi une main sur l'épaule de Draco. « Ne t'inquiète pas, petit. Charlie parlait juste du moment où on allait se transformer, rien d'autre. »
Le regard bleu de Charlie étudia pensivement les lèvres pâles et tremblantes du jeune Oméga.
« Ayase a raison, Draco. Je ne te demanderai jamais de te déshabiller pour autre chose, je te le promets. Okay ? »
Sa main caressa rudement l'épaule du gamin pour finir sa course sur sa nuque, une fois encore. Il la massa doucement, faisant fermer les yeux gris en face de lui.
Draco poussa un bref soupir. Compagnon-Loup était si heureux de cette main posée ici, elle était si rassurante, si ferme et bienveillante. S'il avait été félin, il en aurait ronronné. Petit-Homme se réveilla brutalement, refusant de se laisser engourdir par un dominant. Non, on lui en avait fait d'autres, des promesses ! Avant de donner sa confiance à un dominant, il fallait attendre. Peut-être que Charlie serait comme Ralph, honnête et fraternel... mais peut-être pas.
« Finis ton sac, » déclara Charlie en retirant sa main.
Draco venait à peine de fermer la cordelette dudit sac quand la porte de la chambrée s'ouvrit avec pertes et fracas. Les étudiants qui s'apprêtaient à rentrer poussèrent un petit cri d'effroi alors qu'un homme à l'allure sauvage poussait un grognement féroce en bondissant devant eux, protégeant de son corps massif les deux autres occupants de la pièce.
« Ernie ! Sam ! » cria Draco.
« Que voulez-vous ? » grogna Charlie.
« On... On a entendu dire qu'un Monoïque était venu chercher Draco, » balbutia Ernie. « On voulait juste voir si c'était vrai et lui dire au revoir, c'est tout, monsieur. On ne savait pas qu'il y avait aussi un Lycanthrope. »
« Maintenant, vous le savez. Laissez-nous. »
Charlie se redressa, reniflant dédaigneusement en direction des petits humains qui se terraient les uns derrière les autres.
« Menu fretin, » se gaussa-t-il en prenant le sac de Draco qu'il jeta sur son épaule. « On s'en va, nous n'avons que trop tardé. »
« Draco, tu t'en vas vraiment ? » s'exclama une jeune fille, cachée derrière Sam.
« Oui, il s'en va ! » répondit à sa place le Bêta.
Il se saisit de la nuque de Draco, passa un bras possessif autour de la taille d'Ayase et les entraîna à sa suite. De nouveau, Draco sentit les regards de ses anciens camarades sur lui. Celui de Cédric était brûlant, celui d'Ernie, triste. Il fit une grimace, retenant ses larmes dans un sursaut d'orgueil. Il se contenta d'un petit geste de la main et d'un faible « Adieu » qui fut repris pas tous les élèves présents dans la salle commune. Puis il quitta Poudlard définitivement.
... ... ...
Une fois le portail de l'enceinte du château franchi, Draco se sentit un nouvelle fois abandonné. Il n'avait pas pu dire au revoir à tous ses amis, ni aux professeurs Dumbledore, Black et Brûlopot. Même s'il considérait toujours que ces hommes l'avaient trahi, il aurait aimé leur dire adieu. Adieu et merci pour tout ce qu'ils avaient fait pour lui durant ces mois d'hiver passés en sécurité et au chaud.
Au lieu de cela, il se retrouvait à marcher, encadré par deux Lycanthropes. Un coup d'œil à Ayase qui lui sourit le soulagea un peu. Au moins, il n'était plus le seul Oméga. Draco continua sa marche silencieuse, essayant de réfléchir un peu.
Ayase lui avait dit qu'il avait choisi cette vie. Charlie avait été un prétendant lors des Présentations. Et entre tous, il l'avait choisi, lui. L'Oméga n'avait pas l'air d'être malheureux, c'était certain. Quant à la façon dont il parlait au Bêta, c'était carrément surréaliste selon Draco. Lui n'aurait jamais pu tenir ce genre de discours à aucun des mâles de son ancienne meute.
Ses pensées furent coupées quand Charlie poussa un sifflement avec deux doigts dans sa bouche. Draco redressa la tête, découvrant qu'il saluait les quatre autres Lycanthropes qui formaient la délégation de leur meute. Sirius Black était toujours avec eux, devisant gaiement avec Remus Lupin.
« Ça y est, vous êtes fin prêts ? » demanda le professeur à leur approche.
« Oui, Black. Les sacs sont remplis, Remus ? » fit le Bêta.
« Oui. Il ne manque que celui du gamin. Tu as besoin que je te rapetisse des affaires, Draco ? »
Le jeune Oméga secoua la tête en négation, sans regarder l'homme. Tous les adultes échangèrent un regard inquiet. L'enfant était pâle comme la mort. Il semblait aussi confiant qu'un condamné qui s'avance vers le gibet. Sans doute qu'il devait penser que ce serait préférable à ce qui l'attendait.
« Bon, je te dis au revoir, Draco, » dit Sirius en se plaçant devant lui.
« Adieu, professeur, » répondit d'une voix lunaire le garçon, toujours les yeux fixés au sol.
« Draco, » soupira Sirius. « Je t'assure que c'est le mieux qu'il puisse t'arriver. Remus est mon ami. Quand lui aussi a eu besoin d'une meute, il a rejoint celle-ci. Tu y seras très bien. »
Le gamin leva son visage vers le Mage. Sans surprise, celui-ci vit qu'il pleurait.
« Je ne veux pas de meute... Pourquoi je ne pouvais pas rester à Poudlard ? Et attendre que Megan et Ralph ne reviennent ? J'aurais pu rester avec eux ? »
« Personne ne sait où sont tes amis, ni même s'ils reviendront un jour, » commença Sirius.
« De plus, tu as besoin d'une meute plus vaste qu'une simple cellule familiale. Tu as besoin de protection. Doublement même, » continua Remus.
« Nous n'oublions pas qu'un ancien de ta meute court toujours dans la nature. Il pourrait vouloir reformer une meute, vous attaquer toi et les deux autres fuyards, » reprit Sirius.
« Epsilon ne le fera pas ! Je le sais ! »
« Non, tu n'en sais rien, » le coupa sèchement Charlie. « Il t'a goûté, Oméga. Tu lui as appartenu à un moment ou à un autre, il pourrait tout à fait lui prendre l'idée de te prendre à nouveau. Il te faut une meute forte, puissante et stable pour te protéger et subvenir à tous tes besoins. »
« Tu es un Oméga, Draco. Un Monoïque. Si le conseil t'a confié à cette meute, ce n'est pas pour rien. N'oublie pas que je suis là, moi aussi. Je t'épaulerai, t'aiderai à comprendre ta nature, » ajouta Ayase.
« Tu dois vivre avec ceux de ton peuple, » reprit Sirius.
« Mon peuple ? Quel peuple ? Je suis né Monoïque dans une famille de Mages, élevé par des Hommes et transformé en Loup-garou ! Alors de quel peuple parlez-vous, professeur !? » cria Draco.
Une main large se posa brusquement sur sa nuque.
« Tu te calmes, petit, c'est un ordre, » dit fermement Charlie, usant de sa domination.
Draco gémit tout en fermant les yeux, totalement soumis.
« Tu vas venir avec le peuple qui te correspond le mieux, celui sans qui tu mourras. Nous. Parce que c'est la meilleure solution pour toi. Je sais que tu es jeune, immature, en colère et que tu es terrifié. Mais ce n'est pas pour autant que j'accepterai de ta part de l'insubordination ou un manque de respect. Suis-je clair, Oméga ? »
« Oui, Bêta », répondit Draco, retrouvant rapidement ses vieux réflexes.
Il renifla lamentablement. Cela ressemblait tant à ce qu'il avait connu par le passé. Pourtant, à peine se fit-il cette réflexion que la main le poussa vers l'avant, contre le torse de Charlie, chaud et détestablement rassurant pour Compagnon-Loup qui se colla à lui avec bonheur, faisant frémir Petit-Homme de peur et d'espoir mélangés. Draco reconnut que ça, il ne l'avait pas spécialement connu autrefois.
« Nous t'aiderons, Draco. Nous veillerons sur toi. Ayase te guidera et je te protégerai. Ne nous rejette pas avant d'avoir essayé, petit. »
Draco se laissa un instant couler dans l'étreinte de Charlie. Elle calmait sa partie lupine, cela lui faisait du bien, malgré tout. Lutter contre Compagnon-Loup était si fatigant...
« Bon, il est temps pour moi de vous laisser. Au revoir, Draco, pas adieu. On se reverra, je suis souvent invité chez Remus, » lança Sirius.
« Professeur Black, puis-je vous parler en privé ? » demanda de sa voix douce Ayase.
Ils s'éloignèrent un peu du reste du groupe, tandis que Draco les regardait, suspicieux.
« Oui, Ayase ? »
« J'aimerais vous confier cette missive, je sais que vous avez de nombreux hiboux au château qui pourront la faire parvenir dans les plus brefs délais. Je n'en possède pas moi-même. »
« Bien sûr, » sourit Sirius. « À qui est-elle adressée ? »
« Au conseil des Monoïques, au Temple. Mon supérieur attend des nouvelles de notre jeune disciple, je tiens à le rassurer. »
« Très bien. »
« J'aurais une autre lettre à vous demander d'envoyer, » reprit Ayase, un grand sourire aux lèvres.
« Bien, toujours au Temple ? »
« Non, à un membre de ma meute, sur notre territoire. »
Devant le regard surpris de Sirius, Ayase poursuivit.
« Je sais, c'est là que nous allons et tout le monde sait parfaitement que nous allons revenir avec un jeune Oméga. Mais un ami à moi sera ravi d'apprendre certaines choses sur ce garçon. »
« Du genre ? » questionna cette fois Sirius, curieux, tout en regardant le parchemin roulé entre les mains du Lycanthrope, lisant le nom inscrit dessus.
« Du genre que ce n'est pas la première fois qu'il m'a été donné l'occasion de le voir. »
« Pardon ? » s'exclama Sirius.
« Oh, cela remonte à plus d'un an, il n'était pas encore Lycanthrope. »
« Où l'aviez-vous vu ? Nous sommes à la recherches de ses origines ! Si vous savez quoi que ce soit, vous devez nous le dire. »
Ayase sourit gentiment, ses traits fins ne reflétant qu'une douce indulgence.
« Ceci est considération d'Homme et de Mage. Je ne suis ni l'un ni l'autre. Ma seule allégeance va à mon espèce Monoïque, à mon compagnon et notre meute. Si mon supérieur au Temple ou mon Alpha exigent de moi de parler, je le ferai. Cependant, je doute qu'ils le fassent. L'important n'est pas le passé de ce garçon, mais son présent. Je lui enseignerai nos coutumes, nos lois et il apprendra la vie dans la meute. C'est tout ce qui compte, désormais. »
Sirius se renfrogna, peu heureux que cet Oméga lui tienne tête.
« Professeur Black, ferez-vous néanmoins parvenir mes missives ? »
« Oui, je le ferai. Et j'en écrirai une, moi aussi, à votre supérieur pour lui faire part de mon avis sur ces dernières informations. »
« Merci, » déclara simplement Ayase sans cesser de sourire, ses yeux noisette brillants d'une lueur amusée.
« Bien que je ne vois toujours pas pourquoi le fait que vous ayez déjà vu Draco mérite que vous préveniez à l'avance... Harry Potter ? » conclut Sirius.
« Oh, croyez-moi, Harry, lui, en verra tout l'intérêt. »
Sur un petit éclat de rire, Ayase se retourna, rejoignit ses camarades et laissa le professeur Black perplexe, les deux parchemins à la main. Il regarda Draco qui se tenait timidement à côté de Charlie. Le garçon ne le quittait pas des yeux, visiblement soulagé que le deuxième Oméga revienne vers lui.
« Oh, oui, Harry sera très heureux de te revoir, petit Oméga, » murmura Ayase pour lui-même.
... ... ...
À suivre
... ... ...
