Bêta : Nanola

NDA : Bonjour, bonjour. Bien, vous avez été nombreux la semaine dernière à acclamer l'arrivée de Harry. Mais, hum, comment dire, euh... Ce n'est pas parce qu'Ayase en parle qu'il va aussitôt montrer le bout de sa truffe, le petit Harrychou. Le voyage est long de Poudlard aux Rives du Sud, donc il faudra prendre encore votre mal en patience et... non ! Aïe ! On repose de suite les cactus, les objets contondants et autres légumes avariés ! Sinon je vous ponds rapidos un chapitre intermédiaire pour repousser son arrivée ou je ne publie pas dimanche prochain, non mais oh ! ^^' Bonne lecture quand même !


Chapitre 17

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Tu me protégeras ?


Nous savons très peu de choses sur les Monoïques, et ce que nous en savons, nous le tirons pour l'essentiel des anciens manuscrits que le Temple n'a pas jugé utile de censurer.

Tout d'abord, les Monoïques sont, selon la légende, ceux touchés pas la malédiction de la Terre sur le peuple Mage. Effectivement, à l'origine, seuls les enfants des Mages ont été victimes de cette malédiction. Eux, qui avaient réduit en esclavage les Sylphes, qui avaient assassinés les Hommes dépourvus de magie, donnaient naissance à des enfants aux caractéristiques Sylphes et sans magie. Leur propre progéniture portait en elle ce qu'ils considéraient comme des tares.

Malheureusement, ce ne furent pas les Mages qui en souffrirent le plus dans un premier temps, mais ces pauvres enfants. Les Mages parmi les plus imbus de leur race n'hésitèrent pas à les tuer ou à les placer dans des harems dès leur naissance. D'autres Mages s'offusquèrent de ce traitement qui avait déjà été à l'origine de leur malédiction.

L'établissement des quatre Royaume avait garanti aux enfants Monoïques une certaine sécurité, du moins dans trois d'entre eux. Ce ne fut pourtant qu'avec la signature du traité par Zmeï Serpentard que la caste des Monoïques connut une véritable reconnaissance et une protection absolue.

Seules subsistent quelques familles magiques qui considèrent encore que la naissance d'un Monoïque est une honte, et des enfants sont hélas encore assassinés de nos jours. Pour autant, toute forme d'esclavagisme sexuel envers un Monoïque est considérée comme un crime impérial.

Car les Monoïques sont les descendants directs des Sylphes, des êtres purs et sacrés. Leur porter atteinte, c'est porter atteinte aux Éléments eux-mêmes.

« Les différentes espèces du Monde Libre » - Chapitre 14 ''Les Monoïques'' - Basile Beasth

... ... ...

Draco regardait les hommes, nus, qui se transformaient les uns après les autres. Il n'avait pas revu un homme dans son plus simple appareil depuis qu'il avait été sauvé de la meute. Même à Poudlard, il ne prenait jamais ses douches en même temps que les autres élèves de sa chambrée. Ces derniers avaient cru que cette pudeur était due à son statut de Monoïque. Les étudiants ignoraient tout de ce qu'il avait vécu avec Greyback. Seuls certains, parmi les plus âgés, s'en doutaient parce qu'ils lisaient dans les journaux les débats sur le procès de Greyback qui faisait grand bruit dans l'ensemble du Monde Libre.

Le fait que Draco ait fait partie de cette meute n'était mentionné nulle part, pas plus qu'il y avait un survivant. Enfin, deux en comptant Epsilon. Le témoignage de Draco était écrit, les débats le concernant s'étaient tenus à huis clôt. Néanmoins, ce que faisaient Greyback et sa meute lors de leurs raids était connu de tous.

Pourtant, jamais personne n'en avait parlé à Draco qui avait apprécié ce silence. Il n'avait pas plus expliqué la véritable raison de ses douches solitaires. Certes, il avait retrouvé toute sa pudeur et plus encore en présence des Mages, mais il n'y avait pas que cela.

Il avait honte.

Honte de son corps marbré de cicatrices, des traces de morsures et de griffures. Tous les étudiants le jugeaient beau, désirable, en se fiant uniquement à son visage et à sa silhouette qui s'était peu à peu remplumée. Il ne voulait p

as qu'ils sachent ce que cachaient ses vêtements.

On pouvait peut-être croire à de l'orgueil mal placé, Draco le pensait parfois. Mais ce n'était pas que ça. Au fond de lui, il avait envie que les gens le jugent attirant. Il rêvait parfois de ce qu'aurait pu être sa vie en tant que Monoïque. Désiré, aimé. Alors les regards admiratifs de ses pairs sur lui lui remontaient le moral, soignaient son estime de soi si mis à mal durant ses mois de capture. Lui faisaient oublier qu'il n'était qu'un Oméga, le vide-couille de la meute et la matrice de l'Alpha. Lui faisaient oublier la perte de sa dignité et celle de son louveteau.

Une vague de tristesse l'envahit. Ainsi que le sentiment si familier de la peur. Il allait devoir se déshabiller, montrer aux hommes ce qu'il était. Se retrouver nu devant eux et devant leur sexe.

« Draco ? Tu me donnes tes habits ? Comme ça je pourrai les ranger dans ton sac, » fit Ayase qui était justement en train d'attacher l'un des sacs sur le dos d'un loup.

« Tu ne te déshabilles pas, toi ? » éluda Draco en se dandinant.

Le grognement sourd du Loup-garou massif aux poils d'un fauve flamboyant lui répondit tout d'abord, le faisant sursauter. Ayase, lui, éclata de rire.

« Tu as eu ta réponse, enfin en partie. J'attache les sacs, ensuite les autres commencent à avancer le temps que je me déshabille, range mes affaires dans le sac de Charlie et je me transforme. Sans autres yeux que les siens sur mon corps ! »

Draco regarda le Bêta qui renifla alors que les autres mâles émettaient un grognement proche du rire. Il se tordit les doigts, anxieux.

« Est-ce que... je pourrais faire pareil ? » murmura-t-il.

Ayase lui sourit gentiment.

« Oui, bien sûr, on se transformera ensemble. Viens, aide-moi à passer cette sangle sur Geof' »

Une fois les quatre loups équipés, Remus s'avança dans le sous-bois. Son pelage était un étrange mélange de brun pâle et de gris, tout aussi terne que ses cheveux. Suivait le loup brun foncé représentant Geoffrey Hooper, puis les deux frères Sloper, d'un brun plus clair.

« À nous, » fit Ayase en enlevant sa chemise.

Il la plia, la rangea dans le sac déjà accroché au dos de Charlie qui en profita pour lécher le ventre nu.

« Charlie ! Pas ici, voyons ! » rit Ayase en se reculant.

Il fit tomber son pantalon, se dévoilant totalement. Draco poussa un petit cri et se cacha les yeux.

« Pourquoi fais-tu ça ? » demanda Ayase, surpris. « Tu ne t'es pas caché les yeux devant les hommes. Pourtant, nous avons tous constaté combien le spectacle te faisait trembler. Je suis pire qu'eux ? »

« Non ! » s'écria Draco. « Mais tu es un Monoïque, tu es sacré ! Je n'ai pas le droit de te voir nu, de voir ton tatouage ! Seul ton mari en a le droit ! »

Ayase s'approcha de lui, posa ses mains sur les siennes pour les retirer de ses yeux.

« C'est vrai. Seul mon compagnon a le droit de voir l'intégralité de mon tatouage. Lui et aussi tous mes frères. Tu es un Monoïque, Draco. Tu as le droit de me regarder, tout autant que Charlie. »

Le garçon cligna des yeux, sans pour autant les baisser.

« Je ne suis pas vraiment un Monoïque. Enfin, si, techniquement j'en suis un, mais je n'ai reçu aucune éducation. Je ne me sens pas le droit de te regarder. Et puis... voir les autres hommes, ça me dégoûte. Toi... je trouve cela gênant. »

« Ne t'inquiète pas, cela passera. Pour l'un comme pour l'autre, d'ailleurs, » dit Ayase avec un clin d'œil.

« Je ne veux plus jamais voir un homme nu ! Pas de cette façon-là ! » déclara Draco avec force.

« Tu veux dire, dans le cadre d'une relation intime ? »

« Je n'ai jamais eu de relation intime, » objecta Draco avec amertume.

« C'est vrai, excuse-moi, » concéda Ayase après un bref instant de réflexion. « Écoute, ce n'est pas d'actualité de toute façon, on en rediscutera plus tard. Allez, donne-moi ta chemise. »

Draco obéit, se déshabillant en rougissant. Il enleva sa chemise, dévoila son torse pâle, imberbe et marqué. Ayase la prit afin de la plier et de la ranger dans le sac que portait Charlie.

« Ayase, pourquoi dans ce sac ? Le mien est... Où est mon sac ?! »

« Dans celui-ci. Remus lui a jeté un sort pour le rendre tout petit. Comme ça tu n'auras pas à le porter. » Il montra Charlie de la main. « Notre Bêta ne souhaite pas que les Oméga portent des charges. C'est le rôle des mâles dominants, pas le nôtre. »

Le Loup-garou émit un bref hurlement d'assentiment.

« Je sais, mon chéri, je sais, » répondit Ayase. « La suite, Draco. »

Il se tourna vers le garçon, découvrit ses mains tremblantes.

« Draco... Je ne vais rien te faire, tu le sais... »

« Oui, je sais... » marmonna le plus jeune, la larme à l'œil.

Ayase posa ses mains sur les siennes.

« Je vais le faire. »

Joignant le geste à la parole, il défit le bouton du pantalon et baissa ce dernier, accompagné du sous-vêtement. Draco avait tourné la tête, se mordant les lèvres.

« Draco ? »

L'adolescent leva ses yeux sur l'homme, à peine plus grand que lui.

« Regarde-moi. Regarde-toi. »

Le garçon obéit. Comme hypnotisée, ses yeux s'attardèrent sur le visage magnifique de l'autre Oméga, ses cheveux bouclés, ses yeux lumineux. Ses traits fins. Puis sur son cou gracile, ses épaules fines bien que musclées, la peau hâlée. Le torse était à l'image du reste, les pectoraux et abdominaux finement dessinés. Et tout comme Draco, totalement imberbe. Ses yeux s'égarèrent ensuite sur le tatouage. C'était la première fois qu'il en voyait d'aussi près et entier ! Les pleins, les déliés, les courbes du calice entouraient le nombril comme une corolle noire et d'un vert sombre. La tige descendait plus bas. Draco déglutit, regardant sans pouvoir s'en empêcher le bas-ventre du Monoïque. Il était totalement épilé, le pénis reposant entre les cuisses. Le tatouage entourait la base du sexe, s'étalait un peu sur les aines. Il ne voyait pas s'il descendait plus bas, vers les bourses et les fesses.

« Excuse-moi, je suis désolé, » fit d'un coup Draco, réalisant ce qu'il faisait.

« Ne t'excuse pas. C'est normal. »

L'homme prit le visage de Draco en coupe entre ses mains.

« Draco, nous sommes plus que des frères. Nous sommes à la fois identiques et différents. Nous sommes uns. Nous sommes Monoïques. Tu es comme moi, petit Oméga. »

« Toi, tu es beau. »

« Tu l'es aussi. »

Ayase sourit. Il posa ses lèvres sur le front du garçon.

« Je te l'ai dit, tu apprendras, Draco. En attendant, n'aie pas honte de toi ou de ton corps. »

Charlie se mit à grogner, pensant sans doute que le temps des paroles durait depuis bien trop longtemps.

« Allez, il nous faut rejoindre les autres, » fit Ayase.

Il ferma les yeux, inspira lentement. Puis ses os commencèrent à craquer, son corps se recouvrit de poils d'un beige tendre. Draco, en le voyant faire, sentit son propre corps se modifier. Il ferma les yeux à son tour, sentant l'appel de la forêt et du loup s'infiltrer dans ses veines.

... ... ...

La truffe en l'air afin de sentir toutes les fragrances qui l'entouraient, Draco était heureux. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi content, libre, d'une certaine façon. Il allait pouvoir gambader dans les bois, se dégourdir les pattes sans avoir un stupide humain qui le surveillerait alors qu'il trottinerait en rond à l'orée de la Forêt Interdite ! Joie suprême, son frère serait à ses côtés.

Tout à son euphorie, il se roula au sol, se frottant le dos contre les feuilles mortes et la mousse en grognant. Ayase, s'approcha de lui et lui donna, bonheur des bonheurs, un rapide petit coup de langue sur le museau. Draco glapit de joie, se remit sur ses quatre pattes et lécha avec délectation les babines et le cou du racé loup beige.

Le Bêta grogna à son tour, sans doute agacé. Faisant taire Petit-Homme qui tentait de protester dans sa tête, Draco rampa vers le loup fauve. Il lui montra son vente, la gueule rejetée en arrière, les pattes arrières largement écartées. Il fallait bien que le Bêta le renifle et s'assure à la fois de sa totale soumission ainsi que de sa bonne santé !

Draco était plutôt confiant. Petit-Homme ne cessait de lui hurler qu'il était stupide, que les dominants n'étaient tous que des brutes sanguinaires avides de sexe et de puissance. Certes, il devait bien reconnaître qu'il s'était beaucoup trompé avec son ancienne meute et que sa partie humaine avait eu raison plus qu'à son tour ! Pour autant, il voulait accorder une chance à cette nouvelle meute, surtout au Bêta qui avait su si bien le rassurer depuis qu'il les avait vus.

Charlie le renifla avec application, faisant frémir de bonheur Draco. Contrairement à Petit-Homme, il était persuadé que c'était une marque sincère d'affection et de souci envers lui. Comme pour lui donner raison, le puissant Bêta lui prit le cou entre ses crocs, sans le mordre ! Juste en faisant une légère pression sur sa peau.

Puis le Bêta poussa un bref hurlement, lui adjoignant l'ordre de se redresser, ce que Draco fit avec empressement. Il sautilla un peu devant le Bêta et son compagnon, leurs donnant quelques coups de langues à chaque fois qu'il en avait l'occasion. Le grand Oméga semblait ravi, ses yeux ambres pétillant de malice. Charlie, lui, était plus amusé qu'autre chose par le comportement du louveteau. Cependant, comme tout bon mâle dominant qui se respecte, il en eut vite assez de se faire marcher sur les pattes par celles du gamin. Il grogna, montra les crocs et commença à trotter en direction des autres mâles qui attendaient plus loin.

Arrivé près d'eux, Draco gémit, la queue entre ses pattes. Il se cacha derrière Ayase et Charlie, craintif. Il n'avait pas eu l'occasion de beaucoup les voir, ni les entendre. Il ne les connaissait pas. Petit-Homme le supplia de bien se tenir, de ne surtout pas se faire remarquer. Draco renifla, en plein doute. Charlie ne semblait pas de cet avis puisqu'il le poussa de sa truffe vers l'avant, en grondant, l'obligeant à se mettre en avant afin de se présenter au reste du groupe.

Le petit loup blanc continua à gémir, la peur au ventre. Est-ce que ces loups allaient le mordre ? L'un d'eux allait-il le revendiquer ? Draco avait parfaitement compris que Charlie ne ferait rien contre lui, rien de sexuel en tout cas. Il était uni avec Ayase, son comportement protecteur et possessif envers l'Oméga avait profondément marqué Draco. Si Petit-Homme avait encore des doutes, ce n'était pas son cas. Sa partie humaine était si faible, si peureuse, elle refusait de voir l'évidence par crainte du futur. Comment pourrait-il espérer survivre sans lui ? Draco se le demandait parfois.

Charlie et Ayase étaient un couple uni et amoureux. Il serait en sécurité avec eux. Par contre, bien que les autres mâles portaient également sur eux l'odeur de l'union, leur conjoint n'était pas là. Draco ne pouvait pas leur faire confiance aveuglément.

Pourtant, alors que Charlie grognait après lui, il s'approcha des quatre loups qui attendaient. Draco se décida à voir en premier Remus. C'était l'ami du professeur Black, après tout. Tout comme il l'avait fait avec le Bêta, il se mit sur le dos en fermant les yeux, juste devant le museau du loup aux poils étranges, sans plus bouger.

Sans surprise, il sentit bientôt la truffe humide sur son ventre, ses parties et enfin les crocs autour de son cou. Mais lui non plus ne lui fit pas mal. Il en fut de même pour les trois autres, qui défilèrent à la queue leu leu.

Une fois fait, Draco se remit prestement sur les pattes, assis sur son arrière train. Les mâles avaient l'air pacifique. Petit-Homme lui hurla que les autres mâles, ceux de Fenrir, aussi avaient semblé pacifique lors de sa première transformation. Ce qui n'avait pas empêché l'Alpha de le prendre sauvagement pendant plus d'une journée dans la caverne une fois redevenu humain. Ce qui n'avait pas empêché non plus tous les autres mâles de s'enfoncer entre ses reins quand l'Alpha leur en avait donné l'autorisation. Les mâles dominants étaient dangereux et menteurs.

Draco gémit, malheureux que sa partie humain l'oblige à se souvenir de tout ça. Pourquoi les humains aimaient tant que ça se morfondre et ressasser les mauvais souvenirs ? Lui ne voulait pas. Le petit loup blanc se mit donc à pleurer en se rallongeant sur le sol, le museau sur ses pattes avant. Draco avait envie de leur faire confiance, envie de partir dans cette nouvelle meute avec d'autres Lycanthropes comme lui. Il avait besoin de leur présence. Alors pourquoi sa partie humaine le torturait ainsi ?

Des crocs puissants s'enfoncèrent avec délicatesse sur sa nuque, le saisissant comme faisait les mères. C'était si réconfortant. Draco gémit un peu plus, avant de couiner pour se plaindre au Bêta qui tentait de le rassurer par ce geste. Il voulait lui raconter ses peurs, ses doutes, ses espoirs retrouvés. Le mâle le laissa faire un long moment, écoutant les geignements du louveteau entre ses pattes. Puis il le relâcha, lui lécha avec application la tête et le museau avant de le pousser avec sa truffe, l'obligeant à se relever.

Draco comprit parfaitement le message ainsi que l'ordre silencieux. Le temps des câlins était passé, il fallait se mettre en route. Il gratifia cependant le mâle roux d'un coup de langue sur les babines en marque de reconnaissance, puis alla se placer à côté d'Ayase qui le lécha à son tour.

Le louveteau se sentit mieux. Charlie et Ayase étaient bons avec lui. Comme un père et une mère. Draco se souvint alors des marques de vergeture que l'Oméga avait sous sa forme humaine. Il avait dû être engrossé par Charlie. Est-ce qu'ils avaient des petits ? Ou est-ce qu'Ayase avait perdu sa progéniture, comme lui l'avait fait ?

Draco se dit qu'il faudrait absolument lui demander, une fois qu'il pourrait de nouveau parler. Ayase serait vraiment d'une grande aide pour lui. Il pourrait lui expliquer dans les détails sa nature, ou plutôt ses natures, tant monoïque que lycanthrope.

La marche commença pour le petit groupe, Charlie en tête, suivi de Remus à sa droite, preuve de son rang dans la meute, certainement. Suivait ensuite, à la surprise de Draco, Ayase, à gauche et un peu plus en retrait, lui-même, le nez dans la queue beige, puis les trois autres mâles qui finissaient la troupe. Parfois, l'un des loups bruns se déplaçait, allant plus à l'avant, à l'arrière, à gauche ou à droite. Il surveillait, comprit le gamin.

Contrairement, une fois encore, à son ancienne meute, Draco se sentit bien plus protégé dans cette façon de se déplacer. Il était au centre, avec des mâles adultes autour de lui qui veillaient. Charlie menait un bon train mais ne courait pas non plus comme un fou, à l'inverse de Greyback pour qui peu importait l'état de fatigue de ses troupes. Le loup fauve se retournait souvent, humant l'air et regardant les autres membres de son groupe afin de s'assurer que tout était en ordre.

Draco, tout en trottinant, réfléchissait.

Ils allaient vers le sud, vers le territoire du Royaume de Gryffondor. C'était là-bas que se trouvait sa nouvelle meute. S'il avait bien compris ce qu'avait dit Ayase en se présentant, et s'il en croyait les bijoux qu'il portait, elle vivait au bord de la mer. Draco n'avait jamais vu la mer. Son père lui en avait parlé. Lui avait déjà vu l'océan qui bordait les frontières ouest du Monde Libre, c'est à dire les Royaumes de Poufsouffle et de Serpentard. Mais Draco n'avait jamais vu non plus cette étendue d'eau que l'on disait salée et dangereuse à cause des vagues qui faisaient plusieurs mètres de haut.

Le gamin se demandait aussi si cette meute était plus grande que celle de Fenrir. En tout cas, il devait y avoir plus de couple. Au moins quatre femelles attendaient le retour de leur mâle. Sans oublier l'Alpha. Cela faisait au moins onze adultes. Draco se doutait que la meute devait compter d'autres membres mâles dominants. L'Alpha ne serait jamais resté seul au campement avec quatre femelles et très certainement, des louveteaux.

Des louveteaux ! D'autres petits ! Peut-être qu'il pourrait se faire des amis ? Comme à Poudlard ? Petit-Homme lui cria de se taire. Comment des louveteaux pourraient être amis avec lui ? Il était un Oméga, un moins que rien. Les Mages de Poudlard le voyaient comme un Monoïque, un être sacré. Les petits de la meute verraient en lui un souffre-douleur, peut-être même un jouet ?

Draco gémit en courant, faisant aussitôt se retourner Charlie vers lui. Il s'ébroua, indiquant qu'il n'avait pas de souci physique. Non, c'était juste sa satané partie humaine qui l'entraînait, une fois encore, dans les noirceurs.

Le loup blanc se reprit, faisant attention à là où il mettait ses pattes. Si Ayase et Charlie avaient des petits, il était sûr qu'eux seraient gentils avec lui. Il se sentit d'un coup tout frétillant à cette pensée. S'ils étaient tout jeunes, peut-être qu'il pourrait s'en occuper ? Ayase serait sans doute d'accord pour qu'il l'aide à materner ses louveteaux ? Oh, ce serait vraiment formidable ! Son instinct oméga se mit en branle. Des petits à dorloter, à caresser, à nourrir ! C'était l'un de ses rôles, il le savait.

Draco jeta un regard à Ayase et Charlie. Il envia d'un coup l'Oméga. Il était uni, avait un compagnon qui se comportait comme un vrai compagnon. Pas comme avaient fait Fenrir et Daniel avec lui. Ils avaient peut-être des louveteaux. Pour lui, jeune Oméga, tout son instinct lui hurlait que c'était ce qu'il devrait avoir, lui aussi. Petit-Homme, une fois encore, lui hurla l'inverse. Il ne voulait plus de mâle, pas de louveteau. Draco tenta de lui expliquer son point de vue. Il ne voulait pas un mâle, mais un compagnon ! Peine perdue, sa partie humaine commença à paniquer. Draco abandonna la partie. Peut-être que Petit-Homme avait raison. Le loup blanc décida avec sagesse que toute façon, tout cela était prématuré. Il lui fallait d'abord faire connaissance avec sa nouvelle meute... et s'assurer qu'elle n'était pas aussi cruelle que l'ancienne. À cette idée, Compagnon-loup et Petit-Homme se mirent à trembler en cœur.

La petite troupe marcha durant de longues heures, parcourant plusieurs dizaines de kilomètres en une simple après-midi. Draco constata avec satisfaction qu'il était désormais largement capable de suivre les adultes. Les bons soins de madame Pomfresh et la nourriture abondante à chaque repas l'avaient aidé à se remettre totalement sur pieds. Le garçon avait forci, s'était musclé de façon bien plus efficace que pendant ses mois de persécutions.

Bien qu'il soit toujours, techniquement, un louveteau, Draco se sentait adulte. Il allait sur ses seize ans, après tout.

Ce fut toutefois avec soulagement qu'il vit Charlie s'arrêter dans une clairière que l'un des frères Sloper avait remarquée lors d'un repérage ordonné par le mâle roux. Draco aurait été bien en peine de dire qui des deux frères l'avait fait. Il ne se souvenait déjà plus de leur prénom ! Megan l'aurait su, elle.

Où était Megan, désormais ? Elle et Ralph ne tarderaient pas à sortir de leur cachette. Le jeune dominant avait affirmé à Hannah qu'ils y resteraient tout le temps de l'hiver, effaçant ainsi leurs traces au reste de la meute de Fenrir. Est-ce qu'ils apprendraient à ce moment-là que cette dernière n'existait plus ? Est-ce qu'ils se mettraient à sa rechercher ? Avec un pincement au cœur, Draco se souvint que Dumbledore avait tout fait pour que sa présence reste inconnue. À part les habitants de Pré-au-Lard présents ce jour-là, et les élèves de Poudlard qui s'étaient un peu intéressés à l'actualité, rien dans les papiers officiels et les journaux ne mentionnait qu'un jeune garçon était encore vivant. Si Megan se contentait de lire certains journaux, elle penserait sans doute qu'il était mort.

Le petit loup s'écroula sans grâce au sol, épuisé. Il se roula en boule, cachant sa truffe sous sa queue touffue. Ayase s'assit à ses côtés, attendant que les mâles inspectent convenablement leur futur campement. Une fois que Charlie eut validé le lieu, les quatre mâles partirent dans le bois. Draco releva la tête, surprit. Il flaira l'air, sentant la présence des Loups-garous. Ils ne partaient pas très loin, juste à plusieurs mètres d'eux, hors de sa vue.

Le bruit de craquements et des halètements sourds lui firent comprendre la raison de cet éloignement. Ayase reprenait forme humaine. Une fois fait, l'homme, en grande partie caché par le corps massif de Charlie toujours en loup, détacha le sac que portait le Bêta. Il s'habilla rapidement, puis posa devant Draco ses propres habits.

« Allez, Draco, fais vite avant que les mâles ne reviennent si tu ne veux pas qu'ils te voient nu. »

Le jeune Lycanthrope ne se fit pas prier une seconde fois. Il amorça rapidement sa transformation, soufflant et anhélant lui aussi face à la douleur qui le saisissait toujours à ce moment-là. Certes, elle n'avait plus rien à voir avec celle qu'il avait éprouvée les premières fois, mais se transformer n'était pas très agréable. Pour Morag, cela avait toujours été une grande souffrance. Mais Morag haïssait sa partie lupine.

Draco finissait tout juste de remettre son pantalon que les autres dominants revenaient. Il aida Ayase à leur enlever leur sac, faisant tout son possible pour ignorer les hommes qui se baladaient ensuite les fesses à l'air.

Le seul à qui il jeta un coup d'œil fut Charlie. Tout comme Neuri, il était roux absolument de partout. Bien que d'un ton plus vif que l'ancien de la meute de Fenrir. Draco constata aussi que son sexe paraissait plus épais. Il tourna vivement la tête, rouge écrevisse. Par la Reine ! Il avait vraiment comparé le sexe de Charlie avec celui de Neuri ? La honte le submergea. Quand il était encore l'Oméga de la meute de Fenrir, il savait reconnaître chaque mâle non seulement de par l'odeur, mais aussi uniquement en voyant leur pénis ou en le sentant en lui. Il ne voulait pas faire de même avec cette meute-ci. Cela lui semblait abject. Et d'une grande tristesse.

« Ça va ? » demanda Ayase, surpris de voir la rougeur du garçon ainsi que son air peiné.

« Oui, oui, » fit précipitamment Draco, les yeux rivés sur les sacs au sol.

Ayase tourna son visage, sourcils froncés, dans la direction que regardait Draco cinq secondes auparavant. En avisant Charlie en train de se rhabiller, il sourit. Le travail serait long avec Draco, mais il avait un atout certain : le magnifique mâle roux.

« Va te reposer, Draco, tu es fatigué. Laisse, je vais m'occuper de ranger les affaires. Tiens, prends juste ton sac et demande à Remus de lui redonner sa taille réelle. Comme ça, tu pourras t'allonger sur ta couverture en attendant que le repas soit prêt. »

Draco cligna des yeux, se sentant stupide.

« Me reposer ? »

« Oui, tu es encore un chiot et tu as couru toute l'après-midi. Sans compter que tu manques d'entraînement. Allez, va, » répéta Ayase en lui donnant son sac.

Le jeune Oméga s'en saisit, indécis. Il était effectivement minuscule. Sa couverture à l'intérieur devait avoir la taille d'un mouchoir !

« C'est vraiment incroyable ce que les Mages peuvent faire, » murmura-t-il.

« Nous aussi nous avons de la magie, » répondit Ayase sur le même ton.

« Pas comme eux. Nous, on est juste bon à être engrossé, » rétorqua Draco avec aigreur. « Nous ne valons pas plus que les femmes, nous valons même moins, » continua-t-il, se souvenant d'une discussion qu'il lui semblait avoir eu lieu il y avait de ça des siècles, entre Hannah et Laura.

Ayase se tourna vers lui, lui attrapa le bras.

« Ne redis jamais une chose pareil. »

La voix de l'homme était dure, le ton sans appel.

« Pourtant... »

« Non ! Nous sommes des Monoïques. Que tu ne saches pas ce que cela signifie vraiment, je peux le concevoir, mais il est hors de question que je te laisse dire des absurdités plus grosses que toi. Ne t'avise plus jamais de tenir ce genre de discours en ma présence, Draco. »

Le garçon déglutit, honteux et mal à l'aise. Il continua de tripoter son sac, sans plus rien ajouter. Il ne voulais pas qu'Ayase le juge mal, ou pire, le rejette.

« Qu'est-ce que tu attends ? Va voir Remus, c'est le seul Mage du groupe. »

« Je n'ose pas. »

Ayase sourit de nouveau, toute trace de colère envolée dans sa voix ou ses yeux.

« Remus ne va pas te manger, je te le garantis. »

Avisant que le garçon ne bougeait pas plus, il s'écria :

« Remus, Draco aimerait te dire quelque chose ! »

Draco se ratatina sur place alors que les pas de l'homme se faisaient proches.

« Oui ? Que veux-tu, Draco ? »

« Je... euh... mon sac, s'il te plaît, » bafouilla le gamin.

La tête basse, il ne vit rien du sourire du Lycanthrope. Simplement, son sac reprit subitement sa taille et son poids normal entre ses bras.

« Merci, » fit Draco toujours aussi doucement.

Sans relever son visage, il s'enfuit, purement et simplement, vers un arbre un peu éloigné des mâles. Une fois assis sur le sol moussu, il s'enroula dans sa couverture aux couleurs de son ancien Royaume et attendit, jetant des coups d'œil furtifs aux autres membres de la meute afin de déterminer qui représentait le plus un danger.

Le soleil déclina rapidement. On était fin mars et bien que le printemps soit officiellement là, les jours étaient encore courts et les nuits fraîches. Surtout, dans la profondeur de la forêt la lumière se faisait rapidement rare. Draco leva les yeux, heureux de voir le ciel et les étoiles au dessus de sa tête grâce à cette clairière. Elle était petite mais ne pas avoir un toit même fait de feuilles au dessus de lui le laissait respirer un peu plus librement.

Car son angoisse revenait, au triple galop. L'un des frères avait fait le feu de camp. Heimich. Du moins, Draco pensait que c'était lui. Les frères se ressemblaient tant qu'ils lui semblaient être jumeaux. Ce qui était peut-être d'ailleurs le cas.

Draco regardait les mâles s'affairer autour du foyer. Le repas était pour ainsi dire prêt, un vrai repas, pas simplement un morceau de viande cuite avec une tranche de pain. La meute, enfin du moins, le petit groupe dont elle était issue, était bien plus organisée que celle de Greyback, Draco en convenait aisément. Remus possédait toute une batterie de casseroles, des couverts, des bols et des assiettes, sans compter que les Elfes de Poudlard avaient bien rempli leurs sacs de nourriture fraîche et variée.

La soupe sentait délicieusement bon. Le rôti de porc également, ainsi que les pommes de terre qui se réchauffaient sur les pierres chaudes qui entouraient le foyer. Si Draco n'avait pas la berlue, il lui semblait avoir reconnu des poires et ce qui ressemblait furieusement à un pudding pour le dessert. Le garçon s'était même pincé le bras pour être sûr qu'il ne rêvait pas. Il y avait plusieurs Mages dans la meute de Greyback, dont Greyback lui-même, mais jamais au grand jamais il n'y avait eu un tel repas. Ni autant de preuve de leur humanité quand ils cuisinaient ou mangeaient. Pourtant, ils auraient pu eux aussi réduire le matériel.

Draco tourna son regard vers l'autre preuve de confort de la troupe : la grande tente qui avait été déployée. Bien qu'elle semblât vaste, le jeune homme se demandait comment ils pourraient tous tenir à l'intérieur, même en dormant les uns sur les autres. Cette simple idée le faisait frémir de terreur. Il doutait avoir l'autorisation de pénétrer dans la tente, et quand bien même, il ne le ferait sûrement pas. Non, il ne voulait pas dormir avec tous ces hommes autour de lui.

C'était bien la raison de la peur qui l'envahissait. Avec le soir, le repas puis l'heure du sommeil, venait un autre temps qu'il redoutait par dessus tout. Celui où les dominants exigeaient de s'accoupler.

Il se terra un peu plus contre son arbre, remonta la couverture sur son nez, comme une protection. Les hommes s'asseyaient pour prendre leur repas. Draco se demanda comment allait se nourrir Ayase. Pour le moment, il était simplement assis à côté de Charlie. Charlie dont les yeux bleus le transpercèrent, le faisait sursauter.

« Draco, viens avec nous, » ordonna-t-il.

Le gamin trembla. Néanmoins, il se leva, laissant sa couverture sur le sol, et s'approcha du foyer. Il s'assit trois bons mètres derrière Ayase et attendit.

« Tu es sourd ? Allez, viens ici, entre Jack et moi, » fit Charlie en le regardant.

Draco gémit. Pourquoi à côté de Jack ? Pourquoi pas à côté d'Ayase ?! Est-ce que Jack le voulait ? Il rampa pourtant là où le Bêta l'avait exigé, les mains moites. Une fois assis, il se rapprocha de Charlie. Même si sous sa forme humaine il lui faisait bien moins confiance que sous sa forme canine, il préférait être à côté de lui plutôt qu'à côté du mâle brun. Charlie ne lui ferait pas de mal. Normalement.

Le Bêta prit le bol de soupe que lui tendait Remus, promu chef cuisinier par les autres Lycanthropes et commença aussitôt à manger. Les autres attendirent d'être servis pour faire de même.

« Draco, ton bol, » dit Remus, le bras tendu vers lui.

Le garçon fut indécis. Il jeta un bref regard vers le Bêta, en quête d'approbation. Le silence était de mise dans la meute, tous avaient arrêté de manger et attendaient.

« Tu as le droit de manger, Draco, » souffla Charlie.

Les hommes regardèrent l'enfant se saisir rapidement du bol, se reculer un peu et commencer non moins rapidement à manger, comme si l'un des mâles allait lui retirer sa pitance. Sans pouvoir se retenir, Charlie grogna de frustration, faisant gémir le garçon.

« Ce n'est pas contre toi, gamin, » bougonna-t-il, « mais contre les animaux qui t'ont dressé. Toute ton éducation est à refaire. »

« Je suis désolé, Bêta, » bredouilla Draco, l'estomac noué.

Il avait dû faire quelque chose qui avait contrarié l'homme mais ne savait pas quoi. Quant à son éducation, le simple terme le faisait frissonner au vu des circonstances dans lesquelles Fenrir l'employait avec lui.

« Ne le sois pas. Mange, » dicta le mâle aux cheveux roux.

Draco recommença à manger sa soupe, bien que malgré sa faim, il eut du mal à l'avaler. Il était de plus en plus fatigué, aurait aimé pouvoir s'allonger et dormir mais était tout bonnement terrorisé de le faire.

« Bon sang ! » explosa l'un des frères Sloper en frappant sa main sur sa cuisse. « C'est insupportable ! »

« Calme-toi immédiatement, Heimich. Faire un esclandre n'arrangera rien, » lança Charlie tandis que Draco reposait son bol au sol et se reculait encore, prudent.

« Toute cette angoisse et cette terreur me rendent malade, Charlie, désolé ! » clama l'autre Lycanthrope.

« Alors va faire un tour et reviens plus tard, ou mieux, va te coucher. Mais si tu restes ici je ne veux plus t'entendre, » objecta le Bêta.

L'autre Loup-garou maugréa mais ne bougea pas, préférant poursuivre son repas. Draco de son côté n'arrivait plus à rien avaler. Il regardait tour à tour tous les mâles, les sentant énervés. Ce n'était pas bon quand les mâles étaient énervés.

« Draco, si tu as fini de manger, pourquoi n'irais-tu pas dans la tente pour dormir ? » proposa Remus.

Draco se mit à gémir alors que les mâles le regardaient. Oh non, pas la tente ! Jack à ses côtés bougea, leva une main dans sa direction. Draco couina de terreur, il rampa derrière Charlie pour trouver refuge derrière son dos et éclata en sanglots.

« Non ! Pitié non ! Je vous en supplie, ne faites pas ça ! »

L'odeur d'Ayase fondit sur lui alors que ses bras fins l'encerclaient.

« Draco, personne ne te fera du mal ici, personne. »

Mais Draco était affolé, terrifié. Il se colla contre Ayase, bien qu'il sache que l'Oméga ne pourrait rien pour lui. Il ne pouvait pas le protéger, il n'était pas un dominant. Ayase avait son compagnon, le Bêta, qui le faisait, mais lui n'en avait pas. Il était seul. Seul et vulnérable.

Il continua de gémir, ne voulant pas que son calvaire reprenne. Compagnon-Loup pleurait la protection d'un mâle, un vrai et bon mâle comme l'était Charlie envers Ayase. L'Oméga plus âgé le berçait, le consolait, mais il ne pouvait pas faire partir la terreur qui l'aveuglait.

Soudain, l'odeur masculine forte et apaisante de Charlie fut elle aussi sur lui. Les bras du mâle rejoignirent celles du soumis autour de son corps grelottant. La main et les dents humaines se fermèrent sur son cou.

Draco soupira tandis qu'une vague de réconfort, de calme et de sécurité l'envahissait, faisant reculer la peur et le désespoir. Il comprit que Charlie les enlaçait, lui et Ayase. Les deux mâles le caressaient alors que les autres ne bougeaient ni ne parlaient plus. Leur colère avait semble-t-il disparu, au plus grand soulagement de Draco. Un mâle qui n'était plus en colère était un mâle moins dangereux.

Puis l'enfant réalisa que le Bêta lui parlait doucement à l'oreille.

« Calme-toi, petit être, calme-toi. »

Draco renifla, gardant ses yeux prudemment fermés.

« Draco, pourquoi cette soudaine panique ? Pourquoi, mon frère ? » souffla Ayase.

Entre les bras de Charlie et d'Ayase, Draco se sentait comme seul au monde avec eux. Un monde fait de douceur, sans meute atroce à côtoyer.

« C'est la nuit, » murmura Draco en frottant son nez contre le pull de l'Oméga.

Le mâle soumis lui caressa les cheveux alors que Charlie lui tenait toujours fermement la nuque.

« Et c'était la nuit qu'ils étaient violents ? » supposa Ayase.

Draco pleura de nouveau en hochant la tête. Il s'essuya les joues et reprit.

« Ils étaient toujours violents, mais après le repas du soir, c'était pire. C'était là qu'ils voulaient le plus s'accoupler avec mes sœurs et moi. Fenrir m'a donné à tous... tous les mâles. » Ses mains se cramponnèrent aux vêtement d'Ayase qui l'embrassa sur le front. « Et puis ensuite, j'ai perdu mon bébé, et il m'a laissé ! Tout seul ! Il s'en foutait ! Notre bébé est mort et lui il s'en foutait ! Et il a recommencé ! Et Daniel aussi... Il voulait un bébé, lui aussi... Je savais pas s'il était mon compagnon ou pas... Non, ils n'étaient pas mes compagnons. Pas comme Charlie... »

Charlie raffermit sa prise sur sa nuque, tentant de le calmer.

« Draco, tu n'es plus avec eux. Je te le redis, encore une fois : personne ne te refera du mal. »

Draco leva ses yeux clairs sur lui.

« Charlie, tu me protégeras ? »

L'Homme-loup grimaça un sourire. Il jeta un rapide coup d'œil à Ayase avant de répondre.

« Ayase est mon compagnon. Toi, considère que tu es comme notre petit. Je te protégerai, oui. »

Il lui ébouriffa les cheveux, alors que le garçon fermait de nouveau ses yeux tout en se calant contre Ayase.

« Draco, tu es épuisé, va te coucher dans la tente, » décida Charlie au bout d'un court instant.

« Je peux rester dehors, » objecta rapidement Draco.

« Non, tu vas dans la tente, » fit Charlie fermement. « C'est un ordre. D'autant qu'Ayase va aller se coucher avec toi et il est hors de question que vous dormiez à la belle étoile par cette température. »

Le mâle prit le visage de Draco entre ses mains, l'obligeant à le regarder.

« Draco, regarde-moi. Je ne suis pas comme ceux de ton ancienne meute. Et toi non plus, tu n'es pas comme eux. Nous sommes des Lycanthropes. Ce qui veut dire que nous sommes à la fois Homme et loup. Ne rejette pas ta nature humaine. Nous sommes des êtres humains avant toute chose. Nous parlons comme les humains, marchons comme les humains. Nous sommes plus humain que bête. Si certains l'ont oublié, nous, non. »

« Comment le sais-tu, Charlie ? Comment peux-tu affirmer que nous sommes plus humain que loup ? »

« Nous vieillissons comme eux, au rythme des Hommes. Pas celui des loups. Nous pensons comme des Hommes, même si nous avons un instinct de loup et que notre loup intérieur nous parle et s'exprime à travers notre corps. L'origine de notre race est humaine. Un Loup-garou peut contaminer un Homme, il ne contaminera jamais un loup. » Charlie prit une inspiration, heureux de constater que le gamin réussissait à soutenir son regard. « Nous sommes Lycanthropes, pas sauvages. C'est là l'une des nombreuses différences entre une meute saine et celle dans laquelle tu as vécu. Alors, tu vas dormir sous la tente, avec Ayase. »

Le garçon réfléchit, visiblement un peu perdu.

« Tu me protégeras ? » répéta-t-il.

« Oui. »

« Ayase restera avec moi ? »

« Oui, je resterai, » répondit cette fois l'autre Oméga.

Pourtant le gamin ne bougea pas. Il fronça ses sourcils et se lança.

« C'est parce que nous somme avant tout des humains qu'il est tabou de s'accoupler sous notre forme lupine ? »

Un silence de mort suivit sa déclaration, seulement perturbé par le bruit des branches qui brûlaient dans le foyer.

« Draco... est-ce que l'un des loups de ton ancienne meute a commis ce crime ? » gronda Charlie.

La colère, la rage du dominant ainsi que son écœurement firent baisser la tête du garçon.

« Ce n'est pas contre toi, pas contre toi, » le rassura immédiatement Ayase en lui caressant les cheveux.

« Fenrir, » murmura l'enfant. « Une fois. Mêmes les autres étaient dégoûtés. Il ne l'a plus refait parce que Daniel et Epsilon lui ont dit que sinon, je ne pourrai plus avoir de louveteau. »

Un nouveau silence s'ensuivit, aussi lourd que le premier.

« Ce qu'il a fait est le plus grave de tous les tabous de notre espèce. Il aurait dû payer bien plus que ce qu'il n'a fait pour un tel crime... Allez vous coucher, » décida finalement Charlie en passant sa main sur son visage mal rasé.

Les deux Omégas obéirent. Ils se levèrent, filèrent sous la tente, Ayase donnant la main à Draco pour le rassurer. Quand le garçon pénétra à l'intérieur de l'abri, ses yeux s'écarquillèrent de surprise. Elle était bien plus grande que ce qu'il ne semblait de dehors. Il y avait un espace rond en son centre qui donnait sur trois semblant de petites chambres avec une natte posée au sol.

« C'est ici que dorment Jack et Heimich, » lui expliqua Ayase en lui indiqua le premier renforcement à droite. « Celle du fond est pour Remus et Geoffrey. Là, de l'autre côté, c'est Charlie et moi. Tu vas dormir avec nous. »

« C'est une tente magique ? » s'écria Draco, émerveillé.

« Oui, elle appartient à Remus. Tu viens ? »

Draco suivit l'homme qui lui montra un petit seau d'eau dans lequel ils firent de simples ablutions, puis enfin, ils se glissèrent sous une couverture dans la chambre. Draco se plaqua aussitôt contre Ayase.

« Tu as froid ? »

« Non. Un jour, j'ai eu froid. Ralph m'a sauvé en me mettant sous sa couverture avec lui. »

« Ralph a toujours était un bon dominant, il me semble. »

« Oui. Il ne m'a jamais touché. Ni mes sœurs. Sauf Megan mais plus tard, quand ils étaient amoureux. Tu es amoureux de Charlie ? »

« Oui, bien sûr que je suis amoureux de Charlie. »

Ayase caressait les cheveux doux de Draco, le laissant babiller. Le gamin était complètement paumé, c'était évident. Il sautait d'un sujet à un autre, posait des questions tout en racontant certains de ses souvenirs de la meute. Il lui parla aussi à un moment de sa famille, notamment sa mère et ses sœurs décédées. Ayase ne l'empêcha pas de parler, même si le louveteau aurait dû dormir depuis bien longtemps.

« Ayase ? » demanda soudain Draco d'une voix timide.

« Oui ? »

« Charlie et toi... vous avez des enfants ? »

Ayase raffermit son étreinte sur le corps fin du garçon.

« Je suppose que tu as remarqué mes vergetures, c'est ça ? » Le gamin hocha la tête dans son giron. « Oui, nous avons un petit garçon. »

« Parle-moi de lui. Il a quel âge, il s'appelle comment ? »

« Alors, il a quatre ans, il s'appelle Asami. C'est la première fois que je le laisse aussi longtemps tout seul et il me manque énormément. C'est Dora, la femme de Remus qui le garde avec leur fils qui a deux ans, Teddy. Il a les cheveux de Charlie mais avec mes boucles et de grands yeux bleus. Tu verras, c'est un vrai petit ange. »

Ayase s'arrêta de parler alors que Draco collait son nez contre lui.

« Il t'aimera beaucoup, j'en suis sûr. »

« C'est un soumis ? »

« Non, il sera un dominant, comme son père. »

Après encore quelques caresses, Ayase embrassa le front de Draco.

« Allez, tu devrais vraiment dormir, maintenant. »

Un peu moins de dix minutes plus tard, Draco dormait entre ses bras. Ayase s'extirpa lentement, remonta la couverture sur le corps de l'adolescent et sortit en silence rejoindre les autres.

« Il dort enfin ? » demanda Jack en lui tendant une assiette de viande et de pommes de terre chaudes.

« Oui. Ça n'a pas été facile, il était inquiet, perdu, m'a posé plein de questions sans queue ni tête. Il est un peu rassuré mais se fait encore beaucoup de souci. Ça ne va pas être facile. Il se pose aussi beaucoup de questions sur son statut Monoïque, la grossesse. La perte de son louveteau a été très traumatisante, essentiellement parce qu'il ignorait tout de sa condition. »

Remus soupira en se massant le crâne.

« Il y aura un autre problème à gérer, et de taille. Je suppose que vous avez senti, vous aussi, quand il a paniqué ? »

Tous hochèrent la tête, lugubrement.

« Comment ne pas le sentir, » fit Charlie. « Il appelle le mâle, l'atmosphère était surchargée de ses phéromones. J'ai pu le canaliser, j'en ai les moyens surtout qu'il a adopté Ayase, et moi aussi par contre-coup. »

« Je pourrai l'aider pour tout ce qui concerne sa nature Monoïque. En revanche, sa partie Oméga, je ne pourrai pas faire grand chose d'autre que lui expliquer et le rassurer. »

Car l'enfant était avant tout un Oméga. Un Oméga qui avait été accouplé de force à un âge bien trop tendre et qui avait été engrossé. La nature profonde de l'Oméga avait été enclenchée, alors que dans une meute saine, le louveteau aurait été surprotégé jusqu'à ses vingt ans.

« Charlie, tu ne pourras pas le canaliser très longtemps. Nous tous ici, qui sommes pourtant déjà unis, avons ressenti son appel. Alors imagine quand nous serons dans la meute avec tous les jeunes et les dominants célibataires. Il va falloir rapidement lui trouver un compagnon. »

Charlie se renfrogna.

« Il n'est pas prêt. Draco est un enfant traumatisé. Si on le force trop vite à prendre un mâle, ce sera très difficile pour lui. Le donner à un dominant à peine arrivé serait une nouvelle violence. Ayase et lui vont travailler ensemble sur l'aspect monoïque et par contre-coup, sur l'aspect Oméga aussi. Il a l'air de m'avoir accepté en tant que protecteur. Les deux combinés devrait nous permettre de gagner suffisamment de temps pour lui expliquer ce que sa nature réclame. »

Ayase sourit. Il se leva et reprit la direction de la tente.

« Je suis persuadé que tout se passera bien pour lui. J'arriverai à lui faire entendre raison. Ensuite, il faudra juste que le bon mâle se présente. Mais ça non plus ça ne devrait pas être un réel problème. »

Charlie fronça les sourcils.

« Tu me caches quelque chose, Ayase ? »

Ayase lui fit un clin d'œil.

« Secret des Monoïques, mon amour. Tu ne peux rien exiger de moi sur ce point, rappelle-toi ton serment au Temple.

Le grand mâle roux soupira à fendre l'âme, faisait sourire les autres dominants qui se levaient aussi pour aller se coucher.

... ... ...

À suivre

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