Bonjour à tous! Voici le chapitre 16. Avant de vous souhaiter une bonne lecture, je remercie Shiriliz pour sa review.
D'autre part, je me permets de râler un peu: j'ai eu près de 200 lectures pour une seule review. Je sais que je n'ai pas publié depuis longtemps, mais pour ceux qui continuent à lire, je peux vous assurer qu'avoir des retours fait plaisir, et si vous êtes vous-même auteur, vous le savez. Certes, j'écris parce que j'aime ça, mais si j'y publie sur ce site c'est notamment pour y partager avec vous... A bon entendeur ;)
Sur ce, bonne lecture à tous!
Chapitre 16 : War After Childhood
- Vous comptiez me le dire un jour ?
Pas très diplomate, comme amorce, je vous l'accorde, mais je n'ai aucune raison de l'être. La discussion s'annonce houleuse alors autant ne pas perdre de temps à tourner autour du chaudron. De plus, je suis en colère, très en colère, et j'ai toutes les raisons du monde de l'être, d'autant que j'ai dû attendre que Keith s'absente pour exploser. Alors dès qu'il a disparu dans la cheminée des Zeller, je suis entrée dans le salon. Me voilà donc debout en face de mes parents, les bras croisés, attendant une réponse à cette fameuse question polémique.
- Je ne sais pas ce que nous sommes censés te dire, mais tu as intérêt à changer de ton, Luth, gronde mon père.
- Te dire quoi ? répond ma mère en même temps.
J'ignore le premier et réplique à la seconde.
- Que tu as les capacités magiques d'un enfant de six ans.
A ces mots, ma mère se détend et mon père, au contraire, se tend. Pas très logique. Je fronce les sourcils, sentant l'embrouille. C'est Papa qui réagit le premier :
- Ah oui, parlons-en ! Comment oses-tu nous reprocher quoi que ce soit quand tu es allée fouiller dans des affaires qui ne te concernent pas ?
- Qui ne me concernent pas ? Ben voyons ! Au nom de quoi, elles ne me concernent pas ? La vie privée de ma propre mère ?! Je… c'est…
Je m'étrangle proprement d'indignation. Maman pose une main modératrice sur le bras de mon père.
- Edward… elle soupire.
Ils se regardent un court instant et, si je ne saisis pas toute la portée de ce regard, je comprends qu'ils avaient déjà connaissance de mes « fouilles ». Elle se tourne vers moi.
- Je n'apprécie pas du tout ce que tu as fait, Luth… Mais !
Elle lève le ton pour m'inciter au silence, ce qui ne m'empêche pas de la couper pour autant. Il faut garder l'avantage.
- Si vous m'aviez dit la vérité, je n'aurais pas eu besoin d'aller fouiller.
J'ai craché le mot, dégoûtée par la qualification. Nouveau soupir maternel. Mon père ouvre la bouche.
- Tu es notre fille, ce n'est pas à toi de juger ce que tu es en mesure de savoir ou non.
Quelle diplomatie, je grogne intérieurement en voyant ma mère lui adresser un regard de reproche. Au moins, ils ne sont pas d'accord sur le sujet, ce qui montre bien que c'est moi qui aie raison.
- Nous ne voulions pas que tu t'inquiètes…, dit ma mère avec son ton trop raisonnable.
Et voilà la fameuse phrase qui revient sur le tapis. Je déteste ce ton qu'elle prend, ce ton trop raisonnable de Serdaigle qui a pensé à tout. Je soupire d'agacement, sans même chercher à le cacher.
- Il faut te rendre à l'évidence : tu as tes ASPICs à la fin de l'année, tu seras à Poudlard, tu auras d'autres choses à penser. Tu ne pourrais pas nous aider, quand bien même tu le voudrais. Je serai sans doute guérie d'ici là et il faut que tu restes concentrée sur tes études…
- Oui, c'est sûr, mes études vont énormément m'aider à survivre quand je quitterai l'école !
- Ah, tu ne vas pas recommencer !
Je retiens un sourire victorieux comme ma mère s'énerve. Sous le coup de la colère, elle lâchera sûrement quelque chose. Alors, j'enfonce le clou.
- Si, je vais recommencer parce que c'est bien là le problème ! Vous me prenez encore pour une première année qui va passer sept ans sous l'aile du professeur Dumbledore ! Je vous rappelle que j'ai dix-huit ans et que je vais me retrouver dehors, comme vous, en face des fous furieux qui t'ont attaquée !
- Mais par Merlin, Luth, il n'y a aucune raison que tu te retrouves en face d'eux ! s'exclame mon père. Ils n'auront rien à faire d'une étudiante en médicomagie de première année, même pas née-moldue !
Mes parents sont stupides. Absolument. Totalement. Définitivement.
- Ah oui et Cassandre Oftroy ? Et Gideon Prewett ?
Je vois à leur tête que les noms ne leur disent rien, mais continue sur ma lancée :
- Ils n'étaient pas plus des cibles que moi et ils y sont passés, je vous signale ! Alors si, je peux très bien me retrouver sur leur chemin…
- Ne vas surtout pas t'y mettre ! s'affole ma mère en pâlissant.
- Là n'est pas la question, Maman ! Tu as bien vu ce qu'ils t'ont fait, sans même connaître ton nom ! C'est… Il n'y a même pas de mots pour le dire, mais ils sont dangereux ! Il faut bien que je les empêche de…
- Voilà, siffle-t-elle, voilà exactement pourquoi je ne voulais pas t'en parler !
Je m'arrête, interdite et perplexe. De quoi parle-t-elle ?
- Parce que ton idée fixe, maintenant, c'est cette croisade stupide !
Euh… voilà qui ne m'aide guère plus. Heureusement, elle continue sa diatribe; ça éclairera sûrement ma lanterne. Mon père passe un bras autour des épaules de ma mère qui tremble. Il m'adresse un lourd regard de reproches. Je devine que si ma mère n'était pas là, j'aurais droit à un sacré sermon.
- Tu vois, tu vois, nous avions raison, Edward, marmonne-t-elle.
- Mais de quoi tu parles ? je finis par m'exclamer.
- Je ne veux pas que tu ailles les venger ! Je sais que tes amis réagissent violemment, qu'ils ont dû souhaiter la mort des Mangemorts, qu'ils ont essayé de te réconforter comme ça…
On nage dans le délire total.
- C'est normal, avec ce qu'il arrive à Sirius Black, mais il ne faut pas les écouter, Luth ! Quand tu es venue nous dire que tu savais, ça m'a soulagée parce que j'ai cru que tu étais plus raisonnable, mais non ! Ne cherche pas à te venger, c'est…
- Mais où es-tu allée chercher tout ça ? je crie pour l'interrompre. C'est quoi ces histoires de vengeance ?
- Luth, nous savons qu'à Gryffondor…, commence mon père.
Ah, voilà le problème ! Gryffondor. Quels préjugés. Et merci pour l'estime qu'ils ont de moi. Ils peuvent dire ce qu'ils veulent de ma maison, les leurs ne les ont pas servis : ils réfléchissent trop.
- Mais qui vous a mis ça dans le crâne ? Eh, je suis Gryffondor, pas stupide !
- Tu ne t'es pas entendue parler ! intervient ma mère en contrôlant ses tremblements. Promets-moi de ne pas te lancer dans une quelconque vendetta, ce serait inconscient !
- Inconscient ? Inconscient ? C'est vous qui êtes inconscients, oui !
- Luth, je t'ai déjà dit de changer de ton ! répète mon père.
- C'est hors de question ! je me mets franchement à crier. Vous nous cachez des choses, vous me prenez pour une imbécile sans cervelle et vous voulez que je change de ton ? Que je me calme ?!
Je ne sais même pas par où commencer pour leur expliquer leur bêtise.
- Je n'ai jamais, je dis bien jamais, parlé d'aller me venger ! Je ne sais pas où vous êtes allés chercher ça, mais c'est une belle façon de rejeter la faute sur moi plutôt que sur vous. Vous croyez que je n'ai rien besoin de savoir parce que je suis à Poudlard, que je vais y rester éternellement ! Que tout ira bien dans le meilleur des mondes parce que je ne sais rien sur rien !
Je serre les poings de colère devant tant d'incompréhension.
- Ce n'est pas en me tenant dans l'ignorance que vous me protégerez de tout, bien au contraire. C'est vous qui me mettez en danger ! Que vous le vouliez ou non, je quitte Poudlard dans six mois ! Je suis capable de comprendre la vérité et de l'accepter; je suis capable de vous aider ! S'il t'arrivait quelque chose, Papa, qui pourrait aider Maman ? Et si Maman fait une crise dangereuse en ton absence et que je ne comprends pas, comment pourrais-je réagir ? Vous y avez pensé ? Non, bien sûr que non ! Vous vous contentez de m'enfermer dans une bulle dorée en croyant que je ne comprends pas les dangers de l'extérieur ! Comment voulez-vous que je me repose sur vous ? Comment voulez-vous que je vous fasse confiance ?
Et sur cette dernière phrase plus importante qu'il n'y paraît, je sors furieuse en claquant la porte.
oOoOo
A mademoiselle Luth Tête de mule,
J'aurais dû m'en douter, je suppose. De nous deux, tu as toujours été la plus têtue. Eh bien, je vais répondre à tes questions non posées puisqu'il le faut. Nous dirons que j'ai eu ma vengeance en ayant mis tant de temps à répondre à ta précédente lettre !
Anton, donc. Je t'ai déjà dressé sa fiche d'identité. Si j'étais toi, je me demanderais comment j'en suis venue à le connaître et comment nous sommes arrivés à former un couple... hum et peut-être s'il n'est pas trop niais avec moi ? Je vais vaillamment tenter de « dé-romantiser » le tout pour ne pas te donner l'occasion de râler. Mais, comme je suis sûre et certaine que tu râleras quand même, je te jure solennellement que lorsque tu auras un chéri à ton tour, je ne me priverai pas de commentaires !
Je l'ai rencontré presque dès mon arrivée car nous sommes ensemble en cours de Communion avec la nature (je vois d'ici ton sourire moqueur, cache-le vite). Comme c'était une matière qui m'était totalement étrangère, lui et deux de ses camarades m'ont propose leur aide. Aucun ne vient du même dortoir. C'est quelque chose de très appréciable à Jandamarra : comme les élèves changent de dortoir chaque année ou presque, ils se connaissent tous. A quelques exceptions près, on ne retrouve pas l'ambiance de « clan » de Poudlard qui cloisonne les relations.
Mais je m'égare. J'ai donc rapidement sympathisé avec ces trois-là. Ils ont tout fait pour m'intégrer mais c'est avec Anton que j'ai le plus discuté. C'est un garçon passionnant : ses parents sont moldus, mais il s'est adapté au monde magique avec une facilité surprenante. Il est aussi à l'aise dans un monde que dans l'autre. Nous sommes en vacances d'été (qui sont pour toi les vacances de Noël) dans deux semaines et il a prévu de m'emmener dans les quartiers moldus près de chez lui. J'ai hâte !
Quant à notre rapprochement, il s'est fait avec un tel naturel que je ne me suis rendu compte de rien. J'ai l'impression de m'être levée un matin en m'apercevant que j'étais sa petite amie. C'est à peu de choses près ce qu'il s'est passé. Lorsque nous nous sommes retrouvés au Réfectoire pour le petit-déjeuner, je l'ai tout simplement embrassé au lieu de le saluer. Presque sans m'en rendre compte ! Heureusement qu'il ne m'a pas repoussée car je n'aurai pas eu l'air fin, devant toute l'école réunie (même si personne ne nous regardait).
Voilà ce que j'ai à dire pour le moment. C'est vraiment quelqu'un de bien et je suis sûre que si tu le rencontrais, il te plairait. A ce sujet, je réitère mon invitation pour tes vacances d'été. Nous avons deux semaines de vacances, ici, la dernière de juillet et la première d'août. J'espère que tu pourras t'arranger pour venir, cela me ferait tellement plaisir ! Caroline a déjà confirmé. Si tes parents hésitent, ma mère leur enverra un hibou. Elle n'aime pas en parler, mais je crois qu'elle continue à correspondre avec la tienne.
En parlant d'Angleterre, Maman n'a toujours pas vendu notre maison. Je suppose que tu le sais car tu recevras cette lettre durant tes propres vacances de Noël. Pourrais-tu, s'il te plaît, vérifier qu'elle n'est pas trop délabrée ? Anton voulait visiter mon pays natal, déjà ! Mais en parler à ma mère est une folie que je ne suis pas prête à faire. Pourtant, elle n'a toujours pas vendu notre maison. Bien que je ne compte pas revenir dans l'immédiat, cela me rassure de savoir qu'il y a toujours un « chez-moi » là-bas. Puisqu'elle n'est pas loin de ta maison, pourrais-tu vérifier qu'elle ne tombe pas en ruines ? Les sortilèges Repousse-Moldus ne font que la garantir contre le squattage.
Bien, parlons de toi, maintenant ! Concernant Ann et Phillip (je te rappelle que j'étais dans sa maison), je comprends ton désespoir, mais je ne l'approuve pas. Phillip correspond plutôt bien à Ann : il est romantique mais pas possessif. En revanche, il n'aime pas être dominé et il me semble que ton amie est plutôt du genre jaloux ! Bref, c'est un couple qui peut durer si Ann se fait discrète au sujet du Quidditch.
Ton enquête sur le Garçon Mystère avance-t-elle ? J'ose espérer que oui, sans quoi tu dois t'être arraché les cheveux à deviner son identité. N'ayant pas plus de détails dans ta dernière lettre, je ne peux faire de nouvelles hypothèses mais renouvelle les miennes. Surveille les Maraudeurs, car ce sont les pistes les plus probables.
J'espère que tu as survécu à l'étrange « protection rapprochée » dont tu m'as parlé.
Joyeux Noël !
Audrey
oOoOo
- Et depuis, tu ne leur adresses plus la parole ? s'exclame une Ann sidérée après que j'aie terminé de lui raconter ma dispute familiale.
- Bien sûr que si. Je ne peux pas rester cloîtrée dans ma chambre toute la journée. Keith a bien compris qu'il y a un problème, mais les parents refusent de lui dire quoi que ce soit – tu me diras, il a l'habitude aussi…
Trois jours que ça dure.
- Et toi ? me demande Ann, suspicieuse en se redressant sur mon lit.
Je hausse les épaules.
- Je lui ai donné la version courte, à savoir qu'on s'était disputé à cause de leur comportement après l'attaque.
- Donc, en clair tu ne lui as pas révélé l'état exact de votre mère ?
- Non… Il n'a pas besoin de savoir.
Ann me fixe alors intensément sans dire un mot. Je fronce les sourcils, me demandant ce qu'il lui prend. Voyant qu'elle ne dit toujours rien, je finis par lui lancer un « quoi » un peu agressif.
- Tu vas mal le prendre, mais tu agis exactement comme tes parents… Il a autant besoin de savoir que toi !
En effet, je le prends mal.
- Je n'agis pas comme eux, je m'insurge. Les raisons de mon silence sont totalement différentes des leurs !
- Ah, mais Keith ne connaît pas tes raisons, tout comme tu ne connaissais pas celles de tes parents.
- Si, je les connaissais… du moins, une partie et maintenant que je les connais toutes, je les trouve aussi mauvaises les unes que les autres.
- Et qui te dit que ton frère ne trouvera pas tes raisons à toi mauvaises ?
Elle m'embête avec ses questions. D'autant plus que son obstination à parler de ce sujet épineux m'étonne. En l'invitant, j'espérais me changer les idées. Au lieu de ça, Ann me fait un procès. Elle ne cherche même pas à savoir pourquoi je garde le silence face à mon frère. Pourtant, il y a de quoi ! Non, Keith n'a pas besoin de tout savoir. Il finira par apprendre, de toute façon, l'état de santé de Maman. Il va passer deux mois avec elle cet été et il n'est ni aveugle ni stupide. Les parents finiront par être forcés de lui dire. Je veux qu'ils affrontent ça. C'est égoïste de le laisser dans l'ignorance, mais il faut que mes parents se rendent compte que leur comportement ne mène nulle part. Et puis Keith est jeune… Quelques mois d'ignorance, c'est quelques mois d'insouciance en plus. Je ne peux pas lui infliger ce poids. Peut-être comprendrait-il, mais je ne suis pas sûre qu'il supporte. J'espère qu'il ne m'en voudra pas…
Et voilà où mène l'enquête d'Ann : à des questions trop complexes auxquelles je n'ai pas envie de répondre. C'est donc d'un ton sec que j'élude :
- Je ne veux pas le forcer à choisir entre mes parents et moi.
- Vous êtes en froid à ce point ?
Autre question pertinente, autre question dérangeante. Merlin, mais depuis quand Ann s'occupe de choses graves ?
- Non. Enfin, ces jours-ci c'est un peu tendu mais, ça passera. Sauf que… leur comportement est dangereux. Il ne me rassure plus. Si je veux pouvoir me protéger, je dois… faire les choses toute seule, tu comprends ? M'éloigner.
Voilà, c'est dit. Voilà où mon père et ma mère m'ont conduite à force de me considérer comme un bébé. J'en viens à ne plus leur faire confiance pour ma propre sécurité. Je dois partir si je veux pouvoir vivre et survivre comme je l'entends, car ils ne feront que m'entraver à ce niveau-là. Parce qu'ils se croient les seuls adultes. Ils ne me font pas confiance et désormais, c'est réciproque. Sans Vous-Savez-Qui, tout cela serait beaucoup plus simple…
Ann me contemple un instant, surprise par mon ton froid et ferme. Je ne comprends pas pourquoi elle a insisté pour tout savoir, pourquoi elle a tant voulu en parler. Elle qui ne pense qu'à mordre la vie à pleines dents, qui n'a même pas l'air de réaliser qu'il y a la guerre dehors. Qui n'en parle jamais, comme si elle n'existait pas. Comme toutes les choses désagréables d'ailleurs. Alors pourquoi ? Pourquoi ce ton incisif qui ne lui ressemble pas, pourquoi aujourd'hui, à ce sujet ? « Parce que c'est ton amie ? » suggère un neurone. Certes, mais ce n'est pas l'Ann que je connais. La voilà qui reprend :
- Hum, c'est peut-être un peu extrême comme décision, tu ne trouves pas ?
- Je n'ai pas le choix… Ils n'ont pas réabordé le sujet au calme plus tard. Pas un mot, pas un geste, rien. Ils se comportent comme si de rien n'était. Comme d'habitude, en somme. Ils se taisent toujours autant. C'est bien qu'ils n'ont rien compris, qu'ils ne comptent pas changer.
- Luth, Luth ! répond ma meilleure amie avec un sourire désolé. Tu es toujours si pressée ! Ils ont peut-être du mal à encaisser le choc. La discussion a été plutôt violente, ils sont sans doute tombés de haut. Vous avez vécu beaucoup de choses ces derniers temps : l'attaque qui laisse ta mère vulnérable, toi qui leur tombe dessus aussi brutalement… Ils ont beaucoup de choses à considérer. Laisse-leur le temps.
Là, je retrouve Ann, celle que je connais. Ces paroles fermes. Cette médiation. Soulagement.
- Et puis, continue-t-elle devant mon mutisme, ne le prends pas mal mais ils ont raison sur un point : tu vas repartir à Poudlard.
Oh non, elle ne va pas remettre ça sur le tapis ? Comment peut-elle leur donner raison ?
- Ces quelques mois vont leur laisser le temps de réfléchir. Si tu as vraiment peur qu'ils fassent l'autruche, continue à aborder le problème dans tes lettres. Plus diplomatiques que celle que tu leur as envoyée pour leur dire que tu rentrais à Noël.
Je marmonne que rester diplomate face à deux centaures en colère est plus facile.
- Eh, à la fin de l'année, ils n'auront plus le choix de toute façon : tu seras définitivement hors de l'école. Quand bien même leur comportement n'aurait pas changé, tu sais à quoi t'en tenir. Prends-les comme ils sont. Informe-toi ailleurs. S'ils ne te disent rien, qu'ils soient près ou loin ne changera pas grand-chose.
Elle n'a pas tort.
- Tu vas avoir besoin d'apprendre la diplomatie, en tout cas ! termine Ann avec un rire moqueur.
Mais ce qui retient mon attention, c'est son regard grave. Je vois Ann comme elle a toujours été : quelqu'un qui n'aime pas les conflits mais qui sait comment les éviter, les gérer, les résoudre. Je sens ce qu'elle ne me dit pas. Je ne dois pas perdre ma famille pour ce genre de désaccord. Ce n'est pas un problème insurmontable. Je peux trouver une solution ou le contourner dans le pire des cas. Je comprends aussi que je n'ai pas le choix. Je dois faire avec. Alors, me rendant compte de l'aide qu'elle m'apporte, de son soutien qui n'en a pas l'air, je lui accorde un sourire timide. Le sien s'élargit :
- Bien, maintenant que tu as écouté la voix de la raison, si tu me parlais de ce joli pendentif que tu tritures depuis tout à l'heure ?
Je referme instinctivement la main dessus, puis rouvre lentement la paume et le contemple. C'est un phénix miniature en argent. Des reflets dorés surgissent à chaque rayon de lumière qui le touche. On dirait même qu'il s'enflamme. Il déploie ses ailes à intervalles réguliers, souvent quand il touche ma peau ou quand je suis détendue. Du moins, c'est ce que je crois avoir compris de son fonctionnement. Il n'a donc pas souvent déplié ses ailes ces derniers temps.
- Je l'ai reçu pour Noël, j'annonce à mon amie. Il était au pied de mon lit quand je me suis réveillée. Il n'y avait pas de mot dedans. Je ne sais pas qui me l'a offert.
Une étincelle d'intérêt s'allume dans ses yeux.
- Vraiment ? Le Garçon Mystère aurait-il encore frappé ?
- C'est possible, je maugrée… S'il pouvait signer ses cadeaux, il m'arrangerait bien. C'est très gentil de sa part, mais c'est gênant aussi ! D'abord les parchemins, puis ce collier…
- Deux beaux cadeaux, en effet, dit-elle en fronçant les sourcils. Tu comptes le porter à l'école ?
Euh… je n'avais pas pensé à ça.
- Je ne sais pas. Tu crois que je devrais ?
- Oui, ça le mettrait en confiance.
Sa certitude m'étonne. Elle développe :
- C'est seulement depuis que tu connais son existence qu'il te fait des cadeaux. On peut penser qu'il a envie de se dévoiler… Si tu portes le pendentif, il verra que tu as aimé.
- Mais… si c'est quelqu'un qui ne me plaît pas ?
- Tu veux dire : si ce n'est pas Remus ?
Je claque de la langue, agacée par sa boutade. « Elle a raison, ce n'est pas drôle », râle le neurone de la groupie en furie. Ann reprend :
- Tu veux savoir de qui il s'agit, oui ou non ? Je pense que s'il te fait ces cadeaux, c'est qu'il espère pouvoir te dire qui il est et être reçu, sinon positivement, du moins correctement. Il n'y a pas cinquante garçons au courant de tes recherches, juste les Maraudeurs. Et on est quasiment certaines qu'il s'agit de l'un d'eux. Il y a une chance sur trois que ce soit le bon. Franchement, c'est une proportion raisonnable !
Je regarde le pendentif, puis Ann, puis à nouveau le pendentif. Encore ce ton péremptoire… Ann est une vile tentatrice. C'est tout juste si elle n'est pas plus curieuse que moi. « J'ai bien envie de me laisser tenter » intervient à nouveau le neurone. Tant mieux, moi aussi.
oOoOo
Ma chère Luth,
Je t'envoie cette lettre par hibou grande vitesse, mais je suppose qu'il s'écoulera encore un certain délai avant que tu ne la reçoives. Je souhaite que d'ici là, elle soit obsolète. J'ai appris ce qu'il était arrivé à ta mère lors de l'attaque de l'Ambassade. A l'heure où je t'écris, les seules informations que j'aie disent qu'elle est dans un état critique à Sainte-Mangouste. J'espère de tout mon cœur que son état s'est amélioré rapidement et que tu as pu sortir de ces moments d'angoisse. Si tu as besoin de moi, n'hésite pas à aller au Ministère demander une liaison avec l'école de Magie Supérieure Jandamarra. Mes professeurs connaissent la situation. Ils me laisseront te parler aussi longtemps que nécessaire.
Je connais ton angoisse et je suis avec toi dans l'épreuve, quelle qu'en soit l'issue.
Courage, ma Luth,
Audrey.
oOoOo
- Ecoute, Luth, moi non plus je n'ai absolument pas envie d'aller passer le Nouvel An au Ministère entourée de personnalités imbuvables, mais nous n'avons pas le choix et ce n'est pas une raison pour se négliger, bien au contraire ! Donc tu vas me faire le plaisir d'enfiler cette robe et en vitesse !
Cette sympathique tirade vient de sortir de la bouche d'Ann. Debout au milieu du contenu de mon armoire à vêtement qu'elle a mis sens dessus dessous, elle tient à la main la robe rouge australienne que m'a offerte Audrey pour mon anniversaire. Sauf qu'elle peut bien dire ce qu'elle veut, il est tout simplement hors de question que je passe des heures à me préparer pour aller à une réunion officielle. J'ai bien tenté d'expliquer à mes parents qu'il n'y avait rien de pire, à mon âge, que d'aller passer le réveillon au milieu de sorciers puants de pouvoir, ils n'ont rien voulu entendre. Il paraît que c'est leur devoir d'y aller (notez bien, le leur, pas le mien) et que c'est l'endroit le plus sûr que nous pouvons trouver pour cette soirée particulière. Après tous les efforts que j'ai dû faire pour que nos relations reviennent à la normale, je n'ai pas osé leur dire que c'était probablement là-bas qu'il y aurait le taux de concentration de Mangemorts le plus élevé.
Ann insiste tant et bien que je finis par céder en grommelant. Bien sûr que j'ai envie de mettre cette magnifique robe de sorcière, mais c'est le genre de truc qui sert à plaire, or, je n'ai absolument pas envie de plaire.
oOoOo
Parées comme des princesses, moi dans ma robe rouge et elle dans sa belle robe verte qui met sa peau noire en valeur, nous arrivons au Ministère en compagnie de ma famille. La soirée commence bien : nous croisons Tiberius McLaggen qui m'adresse une réplique que je ne répéterai pas. Alors que je suis en train de le vilipender furieusement, une voix m'interpelle :
- Luth ? Ann ! Ca alors, qu'est-ce que vous faites là ?
« Eh bien, heureusement que tu as écouté Ann, finalement, hein ? » se moque le neurone de la groupie en furie comme je manque de m'évanouir devant la sublime image qui s'impose à moi.
Remus s'avance lentement vers moi, habillé d'une robe de sorcier blanche qui lui va à la perfection. Ses cheveux sont bien mieux coiffés qu'à l'accoutumée et il n'a aucun cerne. Sa peau est moins pâle ce qui fait ressortir ses yeux bleus. Il m'adresse un sourire qui m'éblouit tant il a l'air du prince charmant à cet instant. « Tu devrais peut-être dire quelque chose ? »
- Wahou, Remus ! Quelle classe ! s'écrie Ann. On ne s'attendait pas à te trouver ici.
« Y'a pas à dire, Ann est bien plus douée que toi en matière de réactivité. »
- Merci, Ann, je dois dire que vous êtes en beauté toutes les deux !
Je rêve ou Remus vient de complimenter une fille ? Wahou, ouvrez le champagne ! Et en plus, cette fille, c'est moi ! (Bon, d'accord, y'a Ann aussi. Mais elle a déjà un copain, elle ne compte pas.) J'en rosis de plaisir. « Mais dis quelque chose ! » Pendant que je me remets de mes émotions, Remus continue :
- Moi non plus je ne m'attendais pas à être ici, mais James m'a forcé.
- Ah, parce que James est là aussi ? Il y a tout Poudlard, ma parole !
« C'est bien, tu as retrouvé l'usage de la parole. Mais tu aurais pu faire mieux, quand même ! »
- J'ai bien peur qu'en matière de personnes fréquentables, il n'y ait que James, Mandy et moi-même. On ne peut pas dire que Bellatrix soit de bonne compagnie.
- Elle est là ? je grimace. J'aurais dû m'en douter…
- Il y a toute la famille Black, acquiesce Remus. Sirius a donc préféré partir côté moldu et a… hum… exercé une forte pression sur Peter pour qu'il l'accompagne.
Voilà qui m'étonne. Sirius n'est pas du genre à fuir sa famille, pourtant.
- Sur Peter, pas sur James ? je relève tout de même.
- Disons que la pression parentale Potter a prévalu sur celle de Sirius, explique Remus en un sourire. Je me suis donc dévoué pour lui tenir compagnie ce soir.
- Que d'organisation, commente Ann.
- Tout à fait. On rejoint les autres ? Tels que je les connais, ils doivent être en train de parler Quidditch au buffet.
Nous trouvons bel et bien James et Mandy au buffet. Et en train de parler Quidditch comme Remus l'avait supposé. En revanche, il n'avait pas prévu qu'ils parleraient Quidditch avec un balayeur professionnel. Sautant sur l'occasion avec son culot coutumier, Ann s'intègre à la discussion. Que je ne suis absolument pas. Pas que ça ne m'intéresse pas… mais en fait, non.
Et puis j'ai Remus pour moi toute seule, alors autant en profiter.
- Alors comme ça, tu t'es fait inviter par James ? Profiteur, va !
- C'est que je tisse la toile de mes relations depuis la première année, ma chère. Je prévois sur le long terme. Etre ami avec un Potter ouvre plus de portes que tu ne peux l'imaginer.
Ma chère ? « Hiiii ! » Il me fait un clin d'œil. Non, Luth, ça ne se fait pas de se jeter sur les gens en public. Pour chasser cette pensée pourtant séduisante, je blague.
- J'expliquerai donc à Lily l'intérêt de sortir avec James dès que nous serons rentrés à Poudlard.
- Vous avez dit Lily ? demande subitement l'intéressé, s'incrustant dans la conversation.
Je ne peux retenir un grand éclat de rire. Remus non plus. Je m'attends à ce que James se vexe car nous nous moquons de lui mais il n'a qu'un haussement d'épaules penaud alors qu'il disserte sur le poison qu'est l'amour. Sa réaction philosophique me surprend. James n'est pas vexé qu'on se moque de lui ? Merlin, Lily a peut-être raison : il a changé. Encore un peu et il sera intelligent.
Finalement, cette soirée n'est pas si ennuyeuse que cela. C'est si reposant, de discuter de tout et de rien avec mes camarades après ces semaines sous tension. J'ai l'impression que ces vacances n'ont été qu'une désagréable parenthèse et que cette soirée me permet de renouer avec ma vie quotidienne : des discussions et des fous rires avec mes amis. Même Mandy me paraît sympathique. Hum, je suis dure, Mandy est sympathique dès que Sirius n'est pas dans les parages. Dommage, donc, que Sirius soit toujours là lorsqu'on se voit. « T'as quelque chose contre Sirius ? » demande le neurone de la commère en furie, surpris. Mais non. Ces neurones, ils ne comprennent rien. « Je crois que je comprends mieux que toi » il grommelle. Ben voyons. Comme si un simple neurone pouvait bien comprendre quelque chose à la complexité de l'être humain. « Arrête le Whisky pur feu, deux verres, ça suffit. » Hum, il n'a pas tort. « Et mange un peu pour faire passer ça. » Obéissante, je me tourne vers le buffet.
Je me penche pour attraper un amuse-gueule quand je me cogne contre quelqu'un. Première sensation : de l'humidité. Je ne pense même pas à relever la tête pour houspiller le coupable, trop horrifiée par la vision du liquide foncé qui imprègne ma précieuse robe. Je touche. C'est froid et poisseux. Salissant. Je dévisage enfin le responsable du désastre, franchement mécontente, pour ne pas dire carrément en colère. C'est un grand garçon brun et athlétique, à la mâchoire carrée, aux épaules larges et au regard bleu décidé qui me fait face. L'expression mortifiée de son visage me surprend car il a habituellement l'air sérieux et fonceur quand il envoie les Cognards vers ses adversaires.
- Oh ! Je suis vraiment, vraiment désolé ! s'exclame David Williamson, car c'est bien le batteur de sixième année des Serdaigles qui a commis l'impardonnable.
Finalement, ce n'est peut-être pas impardonnable, je pense en voyant sa confusion.
- Non… je…
« Aussi éloquente que devant Remus, tu essayes de battre un record ? » Pendant que je râle contre mon neurone, Williamson sort sa baguette.
- Je peux peut-être arranger ça avec un sortilège de nettoyage ?
Je recule d'un pas, méfiante. Un garçon qui effectue un sortilège de nettoyage, c'est suspect. « C'est quoi ce machisme ?! » s'indigne un neurone. Il a raison. Bon et puis c'est un Serdaigle.
- Recurvite.
La sensation de froid disparaît immédiatement. J'inspecte le tissu. Il est aussi propre que si rien n'était arrivé.
- Devant tant d'efficacité, difficile de t'en vouloir, je constate en guise de remerciement.
- Il y a certains avantages à être un Serdaigle. David Williamson.
Il me tend la main avec un sourire incertain. Je la saisis.
- Enchantée. Je suis…
- Luth Selwyn, je sais, il répond, son expression aimable s'affirmant.
Je lève un sourcil surpris.
- Tu es la meilleure amie d'Ann Johnson.
Merci, je sais.
- Difficile d'ignorer la petite amie de son capitaine, il précise en voyant mon air perplexe.
- Ah, elle est aussi envahissante que lui ?
- Plus, si je peux me permettre.
Je lui adresse un grand sourire, heureuse de voir que je ne suis pas la seule à trouver leur couple lassant. Je jette un œil à Ann, espérant qu'elle ne nous entend pas médire sur son dos, mais elle est bien trop occupée à rire à une blague de James pour ça.
- Personne n'est parfait, je réponds pour ne pas paraître trop méchante.
- Malheureusement.
- Luth !
Je me retourne pour voir mon frère se frayer un chemin dans ma direction.
- Hum, je suis désolée, je vais devoir te laisser, j'explique à mon vis-à-vis. Le devoir familial…
Il hoche la tête en guise de compréhension.
- J'ai vu que ta mère était là ce soir. C'est heureux qu'elle se soit remise.
J'ouvre de grands yeux surpris.
- Les journaux en ont beaucoup parlé. Mauvais endroit, mauvais moment… Elle ne méritait pas ça.
Et sur ces paroles énigmatiques, il s'éclipse. J'ai à peine le temps de refermer la bouche, trop surprise pour penser, que Keith me saute dessus.
- Il y a les Selwyn !
Bien que je comprenne immédiatement le sens de sa phrase, je ne peux pas résister à l'envie de le taquiner :
- Ca alors, je ne savais pas que nous étions là !
Mais il n'est visiblement pas en état de comprendre puisqu'il me jette un regard noir.
- Eh, frangin, pas la peine de te mettre dans cet état, ignore-les. Tu fais ça très bien à l'école.
- Mais il – comprenez Aidan, notre vague cousin qui a son âge – a parlé de Maman ! Il a dit qu'une Sang-Mêlée comme elle ne méritait pas de vivre !
Allons bon, encore un qui a son avis sur ce que mérite ou non ma mère. Réprimant un soupir agacé, je cherche quoi répondre à Keith. Chose difficile étant donné que la dernière fois qu'un imbécile a dit ce genre de chose, je me suis retrouvée à l'infirmerie après lui avoir cogné dessus. Je renonce à imiter la sagesse millénaire de Remus.
- Bah, tape-lui dessus si ça te soulage, je finis par répondre avec un sourire vengeur. On n'est pas à Poudlard, à part des réprimandes, tu ne risques pas grand-chose. En plus, ça les dissuadera peut-être d'inviter des enfants aussi mal élevés que nous l'année prochaine !
J'ai réussi à lui arracher un sourire. Victoire ! Mais je vais vite lui enlever car j'aperçois une silhouette féminine se diriger vers nous.
- Je crois que je vais te laisser, Judith accourt.
Il grogne.
- Tu sais, quitter quelqu'un n'est pas si difficile, je me moque. Il suffit d'ouvrir la bouche et de parler.
- Ouais… Mais faut avoir le courage de…
- Rappelle-moi ta maison ?
Il me tire la langue et je pars en riant, le laissant se dépêtrer avec ses histoires sentimentales. J'aime mon frère.
Le temps que je discute, mes amis se sont éloignés. Je pars à leur recherche et finis par les apercevoir dans un coin plus tranquille. Je me fraye un passage jusqu'à eux. A leur gestuelle, on dirait que Remus n'est pas d'accord avec les autres.
- Que se passe-t-il ? je demande en arrivant à leur hauteur.
Remus et Ann, qui me tournaient le dos, sursautent.
- Préviens quand tu arrives, Luth ! s'exclame le premier en portant une main théâtrale à son cœur.
- Eh, monsieur Lupin, ce n'est pas parce que Sirius n'est pas là qu'il faut te sentir obligé de le remplacer, je réplique, un brin acerbe.
J'ai un peu l'impression de les déranger. D'ailleurs, ils me dévisagent tous soudain. Qu'est-ce que j'ai dit ?
- Comment tu savais qu'on parlait de Sirius ? finit par demander Ann.
« … » Même les neurones sont atterrés. Elle me dirait ça en plaisantant, je comprendrais, mais pourquoi tant de sérieux ? Il est arrivé quelque chose ?
- Je ne savais pas que vous parliez de Sirius… je choisis de répondre prudemment. Il a fait quoi ?
- Encore cette histoire de maison, m'explique James.
- Je leur disais d'arrêter de jouer les mères poules, enchaîne Remus avec un soupir exaspéré. Même James s'y met, c'est dire !
- Je ne « m'y mets » pas ! Je te signale que je l'ai aidé à trouver son appartement la semaine dernière ! Je soulignais simplement le fait que c'était stupide et téméraire de sa part de vouloir à tout prix une maison isolée quand il y a de la place pour quinze Sirius Black chez moi.
- James Potter qui parle de témérité, on aura tout vu, je me moque.
- Mais James a complètement raison.
Combien pariez-vous que Mandy nous refait le chapitre sur ce pauvre Sirius qui ne doit pas rester tout seul…
- …alors qu'il est un traître à son sang et donc une cible de choix…
… pour les méchants Mangemorts qui vont le manger tout cru parce qu'ils n'ont que ça à faire de le suivre à la trace pour savoir où il habite ?
- On est tous d'accord là-dessus, Mandy, intervient Ann. Enfin, pas Remus, mais c'est un idéaliste.
J'ai déjà entendu cette conversation un million de fois. Jamais avec ces quatre personnes-là spécialement, mais je connais les arguments de chacun. Le seul qui pourrait rendre la conversation intéressante est Peter parce qu'il respecte le choix de son ami sans le juger. Il comprend qu'il veuille vivre sa propre vie, sans devoir se calquer sur James, sans lui devoir quelque chose. Peter pense que Sirius ne risque rien car il sait se défendre. Sur ce point, je suis plus mitigée car Peter a trop tendance à surestimer les trois autres garçons, mais il faut reconnaître que Sirius n'est pas complètement idiot et sait qu'il doit être prudent. Mais Peter n'est pas là et cette fichue conversation risque de durer toute la soirée sans qu'aucun élément constructif ne pointe le bout de son nez. Aussi, je décide d'abréger :
- Fichez donc la paix à Sirius ! Il est assez grand pour savoir ce qu'il a à faire. Il doit bien savoir comment poser des sortilèges de protection sur sa maison et si vraiment vous ne lui faites pas confiance, allez les poser vous-même. Et puis installez-vous avec lui tant que vous y êtes, je suis sûre qu'il adorera !
Trois Gryffondor sur quatre me regardent, interdits. Le quatrième s'écrie avec emphase :
- Ah Luth, je t'aime ! Il faut que je t'embrasse !
« … » Il m'attrape par la taille (« … ») pour m'attirer à lui (« … ») et me coller une bise sur la joue (« … »).
- Enfin quelqu'un de censé dans ce bas monde, enchaîne-t-il en regardant les autres d'un air supérieur. Si vous pouviez savoir comme vous êtes exaspérants !
Il a abusé du Whisky pur feu. Ca doit être ça. C'est la seule explication rationnelle. « … » Raaah ! Et ces neurones qui ne sont pas fichus d'aider quand on a besoin d'eux ! Je suis censée faire quoi, là ? Extérieurement, je lève les yeux vers Ann qui guette ma réaction. Qui se fait attendre. « HIIIIIIIIIIIIIIIIIIII ! » Je pique un fard. Saleté de neurones.
oOoOo
La main de Remus n'est pas restée trop longtemps sur ma taille, ce qui m'a soulagée. J'aurais viré un peu trop rouge si c'avait été le cas. La conversation tourne vite vers un autre sujet: Ann est en train de prouver par A + B à James que Peter n'a aucun faible pour Mary. Je ne suis pas sûre que ça soit une bonne idée de mêler James aux histoires de cœur de Peter. J'ai remarqué qu'il était particulièrement discret sur ce point et James est tout sauf discret. Je lui fais remarquer, ce qui fait rire Ann qui le lance sur le sujet Lily. James réplique que lui ne se laisse pas distraire par ce genre de choses sur un terrain de Quidditch et la conversation dévie à nouveau sur le Quidditch.
- J'ai envie d'aller chercher quelque chose au buffet, je glisse doucement à Remus. Pendant que la conversation n'est pas intéressante.
- Je te suis, il me répond. Je commence à connaître un peu trop bien les caractéristiques de l'attaque en étoile pour mon propre bien.
Quand nous arrivons au buffet, je constate qu'il n'y a plus de sucreries.
- Et il n'est même pas minuit ! On n'aurait pas ce problème si, au lieu d'un buffet, ils faisaient un repas digne de ce nom ! Au moins, on aurait des chaises pour s'asseoir, parce que je commence à avoir mal aux pieds. Je ne comprends vraiment pas pourquoi ils ne mettent pas de table, ce n'est pas comme s'ils avaient besoin de place pour une piste de danse, tous ces vieux…
- Franchement, Luth, tu n'en as pas marre de râler ?
- Non, extérioriser ses frustrations permet de ne pas les ressasser indéfiniment, ce qui évite de déprimer. Râler est donc bon pour la santé.
- Et pour la patience… S'il y a une chose de sûre, c'est que ton mari devra en avoir à revendre !
Je remarque sa mine taquine et décide de rentrer dans son jeu.
- Tu sais que c'est ton cas ?
Il reste un instant bouche bée. Ben quoi ? « Au cas où tu n'aurais pas remarqué, tu n'as jamais fait mine de montrer le moindre petit intérêt pour Remus, même en plaisantant » fait remarquer le neurone de la groupie en furie. Oh, il exagère ! « A peine » renchérit celui de la commère. Portant son verre à ses lèvres, Remus me regarde. Lorsqu'il a terminé de boire, il lève légèrement son verre :
- A nos prochaines fiançailles dans ce cas !
A mon tour de faire le Pitiponk. « HIIIIIIIIIIIIIII » exulte le neurone de la commère en furie. Tiens, pourquoi ce n'est pas celui de la groupie ? Peu importe. Je crois que je rêve. Oui, je suis en plein rêve éveillé. Remus est en train de me draguer. Remus. « Oui, Remus et draguer dans la même phrase, ça fait bizarre… » agrée le neurone de la groupie. On est enfin d'accord sur quelque chose.
- Vos fiançailles ? fait une voix critique dans mon dos.
Je sursaute en voyant James me dévisager.
- Bien sûr, fait Remus en me prenant par les épaules (« Deux fois ! Deux fois ! »). Il est soudainement apparu à Luth que j'avais toutes les qualités pour partager sa vie. Je serais stupide de ne pas sauter sur l'occasion !
James nous regarde alternativement avant qu'un mince sourire se dessine sur ses lèvres. Les yeux pétillants de malice, il nous annonce qu'il veut être le témoin de Remus.
- Moi, je m'occupe de la robe ! s'exclame Ann en battant des mains.
- Ah non, hors de question ! Je ne veux pas ressembler à une poupée Barbie !
- Une poupée quoi ? demande James, un peu largué, mais personne ne prend la peine de lui répondre.
- Effectivement, je n'ai pas envie que tu teignes Luth en blonde, répond mon nouveau chevalier servant à Ann. Elle est très bien comme ça, sa particularité fait son charme !
Il m'adresse un regard énamouré en me pressant davantage contre lui. « Rigole » conseille le neurone de la groupie en furie. « Pour ne justement pas passer pour une groupie… devant tout le monde ». Enfin un conseil avisé.
- Aux futurs mariés ! fait Mandy en portant un toast.
Les autres les suivent. Je ne sais pas si je dois apprécier ou partir en courant.
oOoOo
Ann m'entraîne discrètement hors de la salle de réception peu après les douze coups de minuit. Nous nous engouffrons dans une alcôve d'un couloir mal éclairé.
- Eh bien, eh bien ! rigole-t-elle, on dirait que ce cher Remus a enfin décidé de se déclarer !
Ah oui, parce que précisons que le manège de Remus ne s'est pas arrêté avec la blague des fiançailles. Il est resté près de moi toute la soirée.
- Mouais, je grogne.
- Un problème ?
- Ce n'est pas normal !
Ann me regarde bizarrement.
- Luth, tu n'es pas censée être préoccupée par le fait que c'est normal ou non. Tu devrais être contente.
- Mais ça ne lui ressemble pas d'être si… possessif. Je préfère quand il est normal !
- Donc si je comprends bien, tu préfères qu'il reste comme il est d'habitude, c'est-à-dire qu'il ne s'intéresse pas à toi ?
- Non !
- C'est pourtant ce que tu étais en train de dire.
Elle m'énerve. « Mais elle n'a pas tort » remarque le neurone de la groupie en furie. Il m'énerve.
- Je disais simplement que Remus n'est pas le genre à faire du rentre-dedans. Il est plus subtil !
- Heureusement qu'il fait un peu de rentre-dedans, parce que s'il est aussi subtil que toi, vous ne risquez pas d'arriver à quelque chose.
Elle m'énerve (bis).
- Ecoute, Luth, peut-être que Remus est un garçon subtil habituellement, mais tu es habituellement un peu plus entreprenante aussi. Peut-être a-t-il compris qu'il t'intéresse et voudrait se déclarer sans savoir comment faire. Il n'a pas dû essayer de séduire beaucoup de filles dans sa vie. Il est maladroit, c'est tout.
- Mais il essaye de changer pour me plaire ! Je veux juste qu'il reste normal, il est très bien comme ça.
- S'il ne change pas, tu ne sortiras jamais avec lui. C'est ce que tu veux ?
Je reste silencieuse, comprenant le paradoxe de la situation. « Il était temps. » Quoi ? Devant mon mutisme, Ann soupire :
- C'est bien ce que je pensais !
- Tu pensais quoi ?
- Je t'ai déjà dit que je trouvais bizarre que tu laisses passer toutes les occasions que tu avais d'aller plus loin avec Remus.
- Mais c'est parce que les trois quarts du temps il n'est pas conscient que la situation est ambiguë.
- Mais ce soir, il l'est parfaitement et tu n'en as pas profité, au contraire : tu avoues même que ça ne te plaît pas !
- Ca doit juste être l'alcool… Ca le rend moins timide et plus prompt à plaisanter sur un sujet délicat, c'est tout. Rien ne prouve qu'il est « parfaitement conscient » de ses actes, comme tu dis. Il ne doit même pas se douter que qu'il me plaît et qu'en conséquence, plaisanter sur le sujet peut me blesser.
- Oh, je peux te garantir qu'il en est conscient ! Mais, dit-elle avec un geste de la main pour m'empêcher de parler, ce n'est pas le sujet. Tu n'arrêtes pas de te trouver des excuses pour que rien ne change entre vous. C'est tellement extrême que la seule chose qui explique ça c'est… que tu n'es pas amoureuse de lui.
Euh… pardon ? Je sais quand même de quel garçon je suis amoureuse, il me semble ! « En théorie, oui… » répond laconiquement le neurone de la groupie. « Mais il faut reconnaître que sa théorie se tient. Et on a déjà parlé des Magyars à pointes que tu ne voyais pas. » Soit moins clair, neurone, merci. Mais comment pourrais-je ne pas être amoureuse de Remus ? Enfin c'est… dingue ! J'ai toujours envie de le voir, de lui parler, de partager des choses avec lui. Mais… Non, Ann doit se tromper. Sachant qu'elle n'en démordra pas, j'attaque sous un autre angle :
- Admettons… je dis bien « admettons » que ton hypothèse soit peut-être juste. Dans ce cas, de qui suis-je amoureuse ?
- Ca, il n'y a que toi qui puisses le savoir, elle répond avec un sourire assuré. Mais regarder d'autres garçons ne peut pas faire de mal, n'est-ce pas ? Il y en a des pas si mal pas si loin que ça !
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Rien.
Ben voyons. Pourquoi me démontrer brillamment que je ne suis pas amoureuse de Remus et qu'il y a des garçons « pas si loin » si c'est pour ne « rien » dire ? Oh, ça sent le coup fourré… Voyons, pourquoi Ann se tairait-elle ? « On parlait de Magyars il y a deux minutes… » Oh !
- Tu sais qui est le Garçon Mystère !
- Il se pourrait que j'en aie une petite idée, oui, dit-elle avec un sourire victorieux. Mais n'essaye même pas de me demander tant que tu ne sauras pas ce qu'il se passe dans ta tête, Lulu. Ca ne sert à rien de faire souffrir ce pauvre garçon si tu te fiches de lui comme de tes premières chaussettes.
Quoi ? Elle sait et elle ne me dira rien ? C'est de la torture ! Et ça ne lui ressemble pas. On dirait Mary. Mais si cela vient de Mary, cela veut dire qu'elles en ont parlé dans mon dos… donc que la théorie d'Ann n'est pas récente… donc que ça fait un moment qu'elle le sait ? Je m'apprête à protester bruyamment, mais elle m'en empêche :
- Allez, on y retourne ou les autres vont nous poser des questions…
Nous allons sortir de notre repaire quand une voix autoritaire résonne dans le couloir.
- Tu vas arrêter immédiatement de jouer à la gamine capricieuse, Bellatrix !
Des pas s'approchent. Je ne reconnais pas la voix, un timbre froid et autoritaire.
- Nous sommes à une réception, dans un lieu public ! Tes simagrées vont finir par nous faire repérer ! Est-ce vraiment ce que tu veux ? Que ta sœur soit veuve ?
Je blanchis. Cette voix, c'est… Lucius Malefoy. Que fiche-t-il avec Bellatrix ?
- Ce n'est pas ma faute si tu es sourd d'oreille, répond celle-ci d'une voix dédaigneuse. Et puis cesse d'être si paranoïaque, Dumbledore n'est pas là et ils sont tous bien trop préoccupés par la qualité du champagne.
- Petite sotte ! Crois-tu que la simple absence de Dumbledore suffit à nous assurer d'agir en toute impunité ? Bien au contraire. Tu n'as jamais entendu parler de Croupton ?
Il y a un silence tendu avant que Bellatrix ne reprenne :
- Ne te fais pas plus important que tu n'es, Lucius. Je ne suis pas sûre qu'il apprécie que tu refoules ceux qui veulent lui jurer fidélité.
- Je ne suis pas sûr qu'il apprécie également que celle que je lui présente depuis des mois comme la meilleure de la génération à venir fasse emprisonner la moitié de ses alliés.
- Celle que tu lui présentes… Qu'est-ce que tu veux dire ?
De grincheux, le ton de Bellatrix est devenu avide.
- Tu veux t'engager après tes ASPICs. Crois-tu vraiment être la seule dans ce cas ? Et dans ce camp ? Tu ne penses pas que ton cher cousin entrera dans l'Ordre du Phénix dès la sortie de l'école ?
L'Ordre du Phénix ? Qu'est-ce que c'est que ce truc ?
- Tu peux être utile à l'école, Bellatrix. Tu peux faire tes preuves dès maintenant. Renseigne-le bien et tu obtiendras ce que tu souhaites très rapidement.
- Oh…, murmure Bellatrix en réponse.
- Bien, maintenant que tu as compris, j'attends que tu te conduises en adulte et que tu arrêtes tes dangereuses insinuations. Je ne veux plus entendre parler de cela en public. Plus jamais.
Un silence lourd plane quelques secondes.
- Retournons à la réception avant qu'on ne s'aperçoive de notre absence, termine Malefoy.
Ni Ann ni moi n'osons bouger avant que la porte ne claque.
- Tu… tu crois qu'ils parlaient de Tu-Sais-Qui ? chuchote ma meilleure amie, très pâle.
- De quoi d'autre voulais-tu qu'ils parlent ? je réponds, rendue agressive par la peur. Si Malefoy est surveillé, ce n'est pas parce qu'il a une fascination suspecte pour les cafetières moldues.
- Dans ce cas… Qu'est-ce que l'Ordre du Phénix ?
Je hausse les épaules en signe d'ignorance. Je n'en ai aucune idée, mais il va falloir qu'on en apprenne plus. C'est quelque chose qui est en relation avec la guerre, qui intéresse Vous-Savez-Qui. Un truc grave, un truc important, un truc d'adulte. Malefoy parlait de la sortie de l'école. De renseignement, d'engagement. Ca pourrait bientôt me concerner. Nous concerner. C'est en réalisant cela que je comprends que mon enfance est définitivement morte.
Luth a peur de Bellatrix, elle se demande dans quoi elle trempe et pense que ça n'a rien de très rassurant. Elle se demande ce qu'elle est censée faire, pense que "rien" est la réponse appropriée et que le seul domaine où elle peut être utile est la chasse au Garçon Mystère. Et à un nouvel amoureux. Avec les ASPICs à passer entre temps et ses parents à éduquer. Rien que ça.
Caprice vous demande ce que vous pensez des capacités de Luth à gérer tout ça. Pour sa part, elle s'amuse bien à faire tourner Luth en bourrique. Mademoiselle Selwyn se croit adulte mais elle ne sait déjà pas gérer ses histoires de coeur, alors prétendre comprendre quelque chose à la psychologie parentale ou aux subtilités d'une future Mangemorte, ça relève de la science fiction. Mais elle laisse Luth espérer car l'espoir fait vivre et qui sait, peut-être qu'elle évoluera... Elle espère que vous avez aimé ce chapitre qui avance un peu sur tous les fronts et vous donne rendez-vous au chapitre 17 où la "Suspiçion" jouera un rôle majeur. Elle vous re-demande d'aller voter pour Memories aux sélections du mois et offre un neurone de Luth pour chaque review!
