Bêta : Nanola
NDA : Je suis émue. Vraiment et sincèrement. Pourquoi ? Eh bien parce que depuis quelques temps, je reçois des messages véritablement... émouvants, sympathiques et d'une certaine façon, pleins d'amour. Et ça me touche. Moi qui suis plutôt d'un naturel peu confiant à tendance dépressif (c'est étonnant hein ? ^^"), je vous assure que vos messages et vos compliments me vont droit au cœur. Merci, merci infiniment.
Chapitre 19
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Un nouveau membre
Le Temple des Monoïques a eu l'essor que nous lui connaissons actuellement grâce, indubitablement, au Prince de Serpentard.
Le fait que les lois fédérales régissent désormais ces êtres dans tout le Monde Libre a été assorti, avec une certaine surprise, par une chape de silence et de secret. Tous les livres, essais et textes divers qui avaient été écrits sur les descendants des Sylphes ont été réquisitionnés et, pour la plupart, confinés avec les Monoïques dans leur Temple. Seuls quelques ouvrages ont pu rester disponible au public et chacun d'entre eux a été validé par le Conseil des Monoïques.
Ce qui se passe au sein des murs du Temple, leurs traditions et leurs mœurs nous est, pour l'essentiel, tout simplement inaccessible.
« Les différentes espèces du Monde Libre » - Chapitre 14 ''Les Monoïques '' - Basile Beasth
... ... ...
Draco n'arrivait pas à se détacher des iris verts en face de lui. C'était impensable. Ces yeux, c'étaient ceux qu'il voyait dans ses rêves ! Comment aurait-il pu rêver d'iris qui existaient vraiment et qu'il n'avait jamais vus ?
À peine cette réflexion se fit-elle dans son crâne qu'il réalisa une seconde chose. Cela faisait plusieurs secondes qu'il regardait un dominant inconnu dans les yeux.
Inconnu, vraiment ? Les deux informations se percutèrent dans son esprit, alors que ses yeux voyaient enfin l'ensemble de l'homme en face de lui.
C'était un mâle dominant, il n'y avait absolument aucun doute là-dessus, d'autant qu'il sentait divinement bon et que son aura l'entourait tout entier. Il n'était, tout comme Charlie et Gideon, pas spécialement grand bien qu'il le soit cependant plus que lui. Ses muscles jouaient sous sa peau hâlée par le soleil, notamment sur son ventre plat aux abdominaux bien dessinés et sur son torse aux pectoraux visibles. Ses cheveux et sa barbe de deux jours étaient d'un noir d'encre, de même que les poils qu'il avait sur ses bras, ses jambes, un peu sur le torse et vers le nombril. Il était fin mais tout en lui respirait la puissance. Et il était beau.
Draco déglutit, les joues rouges, en baissant rapidement la tête. Il le connaissait, il le connaissait ! Mais d'où ?
« Le prétendant ! » s'écria-t-il soudain de sa voix claire alors qu'il redressait vivement la tête, à la surprise de tous. « Vous... tu... tu es le prétendant de Chourave ! Celui qui m'a senti et qui a voulu me parler ! »
L'homme sourit en hochant la tête. Pourtant son sourire se fana alors qu'à la stupéfaction générale, le petit Oméga s'avança vers lui et martela son torse de ses poings en criant.
« Tout ça, c'est de ta faute ! Ta faute ! Si tu n'avais rien dit, mon père n'aurait jamais menacé de m'envoyer à Helga pour faire l'armée ! Je me serais pas fâché avec lui ! Il me déteste à cause de toi ! C'est ta faute, ta faute ! »
« Draco ! » s'écria Ayase, voulant s'approcher de l'adolescent dont la détresse se faisait sentir par tous les pores de sa peau.
Le bras de Charlie l'arrêtèrent dans sa course. Harry avait passé les siens autour du corps frêle et tremblant, subissant sa colère et ses accusations, sans broncher. Puis, petit à petit, l'odeur de Draco changea. La détresse était toujours là, ainsi que le chagrin, mais les Lycanthropes sentirent sans problème les phéromones d'appel. Ainsi que celles de Harry qui y répondaient. Le corps de Draco se fondit dans celui du mâle brun qui raffermit son étreinte contre lui.
« Je suis désolé, Draco, désolé si tu penses que ton père t'en a voulu d'être un Monoïque, » murmura le jeune homme.
Draco ferma ses yeux, se forçant à se calmer. Étrangement, la présence du mâle l'aidait, alors qu'il aurait dû lui en vouloir. Cependant, la voix de la conscience lui souffla que Harry n'était pour rien dans ce qu'il lui était arrivé. Ce n'était pas lui qui l'avait mordu et avait fait de lui un Oméga.
Il se reprit, puis, réalisant que le dominant le tenait toujours, s'écarta prestement. Bien sûr, toute la meute les regardait, éberluée.
« Je... Je suis désolé. Je n'aurais pas dû te crier dessus, » murmura Draco, cette fois honteux.
Il avait crié sur un dominant, et pas des moindres vu l'odeur et l'aura qu'il dégageait ! Mais quel idiot ! Charlie lui avait dit que les dominants le battraient s'il leur faisait mal en jouant, alors qu'allait donc lui faire celui-ci qu'il avait frappé en lui hurlant des injures. Il se mordit les lèvres, désormais paniqué.
« Draco, calme-toi, tu passes par tellement d'émotions puissantes et changeantes que tu nous en donnes le tournis, » fit Charlie en posant sa main sur la nuque du jeune soumis.
Ce dernier leva ses yeux clairs vers le Bêta, soulagé de sa présence.
« Je suis désolé d'avoir crié. Je ne vais pas être puni, n'est-ce pas, Charlie ? » supplia-t-il.
« Puni ? » fit Gideon en fronçant ses sourcils. « Pourquoi serais-tu puni ? »
« J'ai frappé un dominant, j'ai crié, je me suis rebellé. Je suis désolé, Alpha, pardon ! » s'écria Draco, clairement terrifié.
« Personne ne va te punir, Draco, respire, calme-toi, » répéta Charlie en massant la nuque gracile.
Draco constata qu'effectivement, les visages autour de lui n'étaient pas hostiles mais son cœur battait toujours la chamade. Il tomba de nouveau sur les yeux verts de Harry, comme hypnotisé. Ce dernier avait l'air plutôt abattu. Une vague de culpabilité envahit Draco.
« Pardon, Harry. Je n'aurai pas dû te crier dessus. »
L'Oméga se tritura les doigts, ne sachant que faire. Sa tête lui tournait, il était perdu, ne savait plus quoi faire ni comment. Compagnon-Loup gémissait. Il faisait tout de travers, tout ! Il ne s'était même pas incliné devant l'Alpha ! C'était un affront !
Draco gémit de concert avec son loup, une main sur son crâne comme pour calmer les pensées folles qui y bataillaient. Il fit un pas vers l'Alpha, la tête rejetée en arrière pour dévoiler sa gorge, la main de Charlie toujours sur sa nuque.
« Je mérite ta colère, Alpha, » souffla-t-il.
Le mâle s'avança vers lui, l'écrasant de son aura et de son odeur. Draco sentit les larmes jaillir de ses yeux. Il avait peur, si peur de la sanction. Les deux mains de Gideon se posèrent sur ses tempes, lui faisant basculer un peu plus le crâne en arrière. Puis les dents humaines se posèrent sur sa gorge, au niveau de sa jugulaire.
Néanmoins, tout comme Charlie et les autres dominants du petit groupe qui étaient venus le chercher à Poudlard, l'Alpha ne le blessa pas, soulageant le pauvre Oméga tremblant.
« Tes excuses sont acceptées, Draco. Mais je crois que tu devrais retourner voir Harry. Il attendait ta venue avec beaucoup d'impatience et je ne pense pas que ton accueil soit celui qu'il espérait. »
Obéissant, Draco s'avança avec timidité vers le dominant aux cheveux noirs.
« Désolé, Harry, » répéta l'Oméga en dévoilant à lui aussi sa gorge.
Alors que les lèvres et les dents du mâle se posaient dessus, Draco frissonna. La bouche était chaude, douce, si agréable sur sa peau. Les petits poils de la barbe de deux jours de Harry effleurèrent la peau fine de son cou d'une façon toute délicieuse, lui déclenchant un peu de chair de poule sur la nuque. Par la Reine, jamais il n'avait pensé ni ressenti ce genre de choses lors d'un acte de soumission ! Il sentit Compagnon-Loup redresser la tête, attentif.
« Ce n'est pas grave, » répondit le dominant une fois qu'il eut relevé la tête.
Draco baissa les yeux, les joues rouges.
« Je vois qu'Ayase t'a fait les tresses. C'est très joli. Ça te va très bien, » continua Harry.
Le jeune Oméga ne sut pas quoi répondre, toujours gêné.
« Bien, » déclara Gideon. « Que tout le monde retourne à ses tâches. Et vous, voyageurs, vos maisons et vos familles vous attendent. Ce soir, nous fêterons dignement votre retour et la venue d'un nouveau membre dans la meute. Ce soir, Draco, nous ferons ton introduction. »
Draco se recula afin de rejoindre Charlie et Ayase qui tenait Asami dans ses bras.
« Charlie, tu as bien entendu la garde de Draco. Son statut antérieur de Monoïque te désigne de fait pour cette mission. Ayase, le Temple m'a également demandé de te dire de les prévenir dès que tu serais ici avec ton jeune disciple. Ils tiennent absolument à être informés de son évolution. Par contre, n'oublie pas que ce jeune homme est un Oméga, un Lycanthrope. Il est avant tout soumis à nos règles, pas à celles de ton espèce, » ordonna l'Alpha.
« Oui, Alpha, je n'oublierai pas ton souhait, » répondit Ayase en s'inclinant légèrement.
Les villageois commencèrent à se disperser, surtout ceux qui avaient voyagé. Draco, lui, resta immobile, devenant de plus en plus pâle. À la surprise de ceux qui restaient, il s'éloigna du Bêta et de l'autre Oméga.
« Draco ? » demandant Ayase. « Ça ne va pas ? »
« Non, » fit Draco, les yeux affolés. « Tu... tu m'as menti, Ayase. »
« Quoi ? Bien sûr que non ! » s'insurgea l'homme.
Draco pointa son doigt vers Harry.
« Il a dit... il a dit que mon père avait honte que je sois un Monoïque. Mais mon père ne le savait pas ! Il le savait pas ! »
« Si, je lui avais dit que j'avais reconnu ton odeur, » intervint Harry.
« Pourquoi l'Alpha a dit que Harry était content que je vienne ? Comment il savait qui j'étais ? Vous me mentez ! Tu savais que j'étais le Monoïque que Harry avait senti ? Comment ? Pourquoi tu ne me dis pas la vérité ? » cria Draco.
Sa tête lui tournait, trop d'informations d'un coup se battaient dans sa tête, trop d'odeurs nouvelles, trop de mâles présents dans ce village, trop de peur et de fatigue. Et le chagrin que peut-être, il soit victime d'une nouvelle trahison. Celle de celui en qui il avait placé toute sa confiance, son maître monoïque. Non, ça, c'était la trahison de trop.
Draco se retourna et partit en courant en direction de la forêt. Il ne voulait pas rester ici. Si on lui mentait, alors cela voulait dire que cette meute était aussi dangereuse que celle de Fenrir. Bien sûr, Compagnon-Loup protesta, lui hurlant qu'il faisait la pire bêtise de sa vie. Mais Draco ne l'écouta pas.
Évidemment, il n'avait pas atteint les abords du bois que Charlie était sur lui. Draco cria, se débattit, comme il l'avait déjà fait dans la salle de réunion de Poudlard. Ce qui changea fut les mains qui se posèrent sur ses joues.
« Draco ! J'étais là, d'accord ? J'étais là ce jour-là ! Quand Harry t'a vu dans la foule. Toi, tu ne m'a pas vu, mais moi, oui. C'est vrai, je t'ai tout de suite reconnu à Poudlard, et j'ai été heureux ! Heureux d'avoir retrouvé le petit Monoïque que nous avions perdu ! Tu veux la vérité ? Alors calme-toi et écoute-moi, Draco ! »
Draco finit par arrêter de gigoter, bien que Charlie le maintienne toujours contre lui. Il leva ses yeux gris emplis de larmes.
« Ayase... » dit-il dans une supplique.
L'Oméga brun le serra contre lui, malgré les bras de Charlie autour du corps du plus jeune.
« Je te le promets, Draco, je ne veux que ton bonheur. Je ne te trahirai pas. Je t'aime, mon petit frère. Crois-moi. »
« Ne restez pas ici, » intervint Gideon. « Retournez chez vous. Harry, tu devrais aller avec eux. Mais n'en profite pas outre mesure. Tu connais nos lois. Draco n'est plus un Monoïque, c'est un Oméga. Bien que tu sois mon pupille, je ne dérogerai pas aux règles pour toi. Il devra être présenté à tous et sera un jour mis en jeu. Pas d'exception. »
« Oui, je le sais, Alpha, » acquiesça Harry.
Le petit Asami se blottit dans les jambes de son père en tirant sur son pantalon.
« Papa, pourquoi le soumis il vient chez nous ? Pourquoi il a les mêmes tresses que papou ? Pourquoi il pleure ? »
Draco baissa son regard vers le petit garçon. La honte le submergea de nouveau. D'accord, il ne savait plus où il en était, mais il privait un enfant de la tendresse de ses parents, de leur amour, parce qu'ils étaient obligés de le maintenir et de s'occuper de lui. Alors que l'enfant ne les avait pas vu depuis plus d'un mois.
« On rentre à la maison. Ayase, occupe-toi d'Asami, je me charge de Draco, » décida Charlie.
Sans attendre de réponse, il attrapa les jambes et le dos de Draco et le porta, laissant le garçon cacher son visage dans son cou. Draco abandonna la lutte. Une fois encore, il n'avait pas le choix, il espérait juste que les explications d'Ayase le convaincraient.
Tous restèrent silencieux, en dehors d'Asami qui babillait dans les bras d'Ayase. Draco ne voulait même pas regarder où ils allaient. Il garda son visage caché, épuisé d'une façon qu'il n'avait pas connue depuis longtemps. Il ne comprenait pas lui-même ses réactions, ne savait pas pourquoi il se mettait en colère, pourquoi il était si abattu, pourquoi il doutait de son ami. Pourquoi il repensait à cette maudite Présentation à Chourave et à la colère de son père ? Pourquoi cela faisait si mal ?
Il comprit qu'ils étaient arrivés, qu'ils étaient dans une maison qui sentait bon le bois et le propre. Puis qu'on le montait à l'étage et enfin qu'il était installé sur un lit. Un vrai lit. Les Lycanthropes ici vivaient comme des hommes, pas comme des animaux, se rappela-t-il.
« Il est malade, le soumis ? » fit la voix cristalline du petit garçon.
« En quelque sorte. Il est très fatigué. Tu sais, il a vécu des mois très difficiles, c'est pour ça qu'il est avec nous maintenant, pour que tes papas puissent bien s'occuper de lui et qu'il guérisse vite. C'est pour ça aussi que toi, tu dois être gentil avec lui. D'accord, mon grand ? » expliqua Charlie.
« Oui. Je serai gentil. Et moi, je suis comme toi, papa, moi je sais qu'il faut être gentil avec les soumis... parce qu'ils sont moins forts que nous », termina l'enfant en chuchotant.
« Asami, puisque tu es un adorable garçon, tu veux bien aller dans ta chambre ? Nous devons discuter entre adultes, avec Draco. »
« Papou, tu viendras après ? Tu m'as manqué fort fort fort ! » protesta Asami.
« Promis, mon chéri. Je passerai tout le reste de la journée rien qu'avec toi, » assura Ayase.
À ces mots, le cœur de Draco se serra un peu. Il n'était pas chez lui, il était chez un couple avec un enfant et accaparait leur attention. L'enfant allait finir par le haïr. Le silence revint dans la pièce alors qu'Asami en sortait. Draco entendait les respirations des trois autres hommes, il reniflait leurs odeurs. Celle douce, caressante d'Ayase, celle plus dominatrice et rassurante de Charlie et enfin la dernière, tellement plus perturbante, dominatrice aussi, autant que celle de Charlie, puissante et... attrayante ?
« Draco, ouvre tes yeux. Tu voulais des réponses à tes questions ? Alors regarde-nous, nous allons y répondre, » fit Ayase en lui caressant ses cheveux longs.
Draco consentit à obéir en ouvrant ses yeux, bien qu'il resta allongé sur le lit, en chien de fusil. Il ne les regarda cependant pas, laissant son regard vague. Il était fatigué, si fatigué. Draco avala sa salive avec difficulté. Il avait le sentiment d'être dans le même état que lorsqu'il était dans la meute, son ancienne meute. Est-ce que c'était parce qu'il était de nouveau dans une meute qu'il ressentait tout ça ? Tout ce tourbillon de sentiments ?
Il aurait aimé fermer les yeux et se réveiller chez lui, à Pomona, découvrir que ce n'était qu'un rêve, un cauchemar qui durait depuis plus d'un an.
« Pourquoi pleures-tu, Draco ? » demanda gentiment Ayase sans cesser ses caresses.
Draco passa une main sur ses joues, découvrant qu'effectivement, elles étaient humides.
« Je ne sais pas. Je suis complètement perdu. Je ne sais même plus à quoi je pense... Ayase, tu es vraiment mon ami ? »
« Oui, bien sûr. Pourquoi doutes-tu d'un coup ? Je ne comprends pas. »
« Quand on est arrivé, ce que tu as dis à l'Alpha... comme quoi tu m'avais retrouvé. Et aussi avec Harry... j'ai le droit de l'appeler Harry ? » lança l'Oméga, soudain anxieux.
« Oui, tu peux m'appeler par mon prénom. Bien sûr que oui. Comment voulais-tu m'appeler, sinon ? » répondit la voix grave mais à la fois douce du susnommé.
« Dominant. Ou ne rien dire. Avant, avec ma meute, je n'avais pas le droit d'appeler certains mâles par leur prénom. Sinon j'étais puni. »
« Tu n'es plus dans ce groupe qui porte le déshonneur sur le nom de meute, Draco, » intervint Charlie.
Le silence pesant entre les mâles dura un instant, que brisa Draco en reprenant.
« Je ne savais pas que vous m'aviez vu, là-bas. Je ne savais pas que le prétendant était un Werwulf. Je m'en doutais mais je n'étais pas sûr. Mon père... il avait parlé de Loup-garou mais il était si en colère... En colère parce que j'étais Monoïque. Il le savait et il m'a rien dit, c'est ça ? Il a voulu que je parte, que j'aille à Helga à l'école militaire à cause de ça ? Je comprends pas... pourquoi... Pourquoi il n'a pas voulu que je parte avec vous, alors ? Pourquoi il m'a rien dit ? Pourquoi il ne m'aimait plus... » pleura-t-il.
« Draco, nous n'avons pas les réponses à ces questions là. Mais toi, pourquoi penses-tu qu'il ne t'aimait plus ? » l'interrogea Ayase.
« Il était si en colère ! Contre moi ! Il a dit que je deviendrai un homme, que je devrai faire mes classes. »
Le fait que son père le rejette à cause de son statut lui semblait évident. Après tout, son père biologique avait voulu le tuer pour cette raison. Peter Bones n'était pas un assassin, mais il l'avait certainement renié ce jour-là... non ?
« Ton père ne m'a pas donné le sentiment qu'il ne t'aimait pas, » intervint Harry.
Il se baissa, planta ses yeux verts dans les gris. Le plus jeune frissonna, sans détourner son regard. Le regard du mâle, bien que dominant, l'appelait, le voulait sur lui. Le mâle ne voulait pas que Draco baisse ses yeux.
« Il y a de ça deux ans, je suis allé voir Ayase. Parce que c'est un Oméga et l'époux du neveu de mon père adoptif, l'Alpha. Je considère donc Charlie comme mon cousin depuis mon enfance. J'aime les hommes, je le sais depuis que j'ai ton âge, environ. Les femelles ne me font pas beaucoup d'effets. »
Draco rougit, mal à l'aise et à la fois étrangement heureux de la confidence.
« J'aurais pu me mettre en chasse d'un soumis déjà Lycanthrope, dans cette meute ou une autre mais... » il leva ses yeux vers Ayase. « Si je le pouvais, j'aimerais avoir un compagnon qui soit Oméga ou qui pourrait le devenir, comme Charlie l'a fait en son temps avec Ayase. »
Le regard vert plongea de nouveau dans le gris, qui cette fois s'abaissa rapidement. Le message était assez clair pour accentuer un peu plus mal ses doubles sentiments pourtant antagonistes de malaise et de bonheur. Après tout, Draco était un Monoïque devenu Oméga.
« J'ai donc demandé à Ayase comment on faisait pour conquérir un Monoïque. Et l'année suivante, il m'a emmené avec lui pour des Présentations. J'avais vingt-deux ans, c'est l'âge minimal pour pouvoir être un prétendant. »
« Tu as vu beaucoup de Présentations ? » demanda craintivement Draco en levant ses yeux.
Les autres mâles sourirent, heureux de voir que le jeune soumis reprenait confiance, s'autorisait de nouveau à parler et surtout, semblait plus calme qu'auparavant. Ayase espérait aussi que cette question ne soit pas aussi innocente qu'il y paraissait.
« J'en ai fait trois. La dernière était celle de Chourave. Et c'est là... c'est là que je t'ai senti. Je n'ai pas fait vraiment attention, au début. Mais de temps en temps, une odeur vraiment délicieuse me parvenait. » Draco baissa aussitôt ses yeux. « Délicieuse mais si légère. Elle est devenue d'un coup un peu plus forte et c'est alors que j'ai fini par voir de qui elle provenait. Ce n'était pas l'un des jeunes sur l'estrade, c'était toi. J'ai su... » Harry s'interrompit pour jeter un rapide coup d'œil à Ayase et Charlie. « J'ai su que tu étais un Monoïque et que si l'odeur était faible, c'était parce que tu n'étais pas encore assez mature. Mais tu étais Monoïque, sans l'ombre d'un doute. Par contre, il y avait un problème, parce que du peu que je savais des Monoïques grâce à Ayase, tu n'aurais jamais dû te trouver dans la foule, mais au Temple de Helga, jalousement surveillé par les gardiens et les nourrices. Alors je suis allé voir un gardien. »
« J'ai eu peur, ce jour-là. Je ne comprenais pas pourquoi tu me regardais comme ça, ni pourquoi le gardien venait vers moi. J'ai eu encore plus peur quand mon père s'est levé. »
Draco tourna son visage vers Ayase.
« Je ne t'ai pas vu. Pourquoi tu dis que tu étais là-bas ? »
« Parce que c'est la vérité. Attends, écoute l'histoire de Harry, je vais voir Asami, chercher quelque chose et je reviens. »
Draco plissa le nez, peu heureux de cet abandon subit. Ayase se leva et, à la surprise mêlée de gêne de Draco, Harry prit sa place, assis juste à côté de lui sur le matelas.
« Nous avons tenté de parler avec ton père, de lui expliquer que son fils était un Monoïque. Il a refusé de nous écouter, il est devenu plus que virulent. Il a accepté de venir avec nous, sous la tente réservée aux gardiens afin d'éviter un trop grand scandale. Ton père ne voulait rien entendre, il refusait que les gardiens t'examinent pour vérifier ton statut. Il affirmait que c'était ridicule, que tu avais été testé à la naissance comme pour chaque enfant, et que de toute façon, vous n'aviez aucune ascendance Mage, qu'une naissance de Monoïque était impensable dans sa famille. »
« C'est un mensonge. Ce n'est pas mon vrai père, » dit Draco.
Le dire à voix haute raviva sa peine. Non, ceux qu'il avait cru être sa famille ne l'étaient pas, pas vraiment en tout cas.
« Je sais, » fit le dominant en posant sa main sur les mèches blondes.
Draco frémit au contact mais ne bougea pas, ne chercha pas à se soustraire. Parce que c'était bon. Il aimait avoir cette main là, juste là.
« Le professeur Dumbledore et Sirius Black nous ont expliqué tout cela, par courrier. Nous savons que tu as été adopté. »
« Je n'ai pas été adopté ! Il m'a pris, je ne sais où, je ne sais comment, il a volé ma vie ! » cria Draco, les joues rouge de colère.
Aussi subitement qu'elle été revenue, celle-ci s'effaça.
« Je... excuse-moi, je ne sais pas pourquoi je m'emporte ainsi. Je ne comprends plus vraiment mes réactions depuis tout à l'heure. »
« Ce n'est rien. Comme l'a dit Charlie, tu es fatigué. Non seulement de ton voyage mais de toute cette année qui vient de passer. Tu as appris tant de choses, tu as vécu tant de choses. C'est normal que tu te sentes perdu. Tu viens enfin d'arriver chez ton nouveau chez toi, j'espère définitif. C'est logique, au contraire, que tu te relâches un peu, » tenta de le rassurer Harry.
Draco haussa une épaule, peu convaincu.
« Bref, après presque une heure de palabres, ton père a voulu couper court. Mais le gardien l'avait prévenu que le Temple serait informé de tout cela, que l'affaire remonterait et qu'il faudrait bien, un jour ou l'autre, que tu te présentes devant eux. »
« Alors, il avait tellement honte de moi qu'il a décidé de m'éloigner de ma mère et de mes sœurs, » murmura Draco. « Pourquoi aucun de mes pères n'a voulu de moi ? » demanda-t-il, la voix remplie de peine.
« Draco, je ne suis pas dans la tête de ton père, et je parle bien de ton vrai père : pas celui qui t'a donné la vie mais celui qui t'a élevé. Pourtant, je suis sûr d'une chose. L'homme que j'avais en face de moi était en colère, furieux même. Mais parce qu'il avait peur. Pour toi. Sincèrement, Draco, je crois que ton père avait la crainte que tu sois vraiment un Monoïque, mais ce n'était pas contre toi. Il savait que tu n'étais pas de son sang, il savait sans doute d'où tu venais. Et la vérité aurait éclaté. Si tu étais déclaré Monoïque, toute ta famille aurait dû se faire retester et des tests sanguins auraient été fait aussi. Je crois que ton père avait peur que toi, tu découvres la vérité de ta naissance, qu'il avait peur de te perdre. »
« Tu n'en sais rien, Harry, » souffla Draco.
« Je sais que l'homme qui se tenait en face de moi défendait comme il le pouvait son enfant, la peur au ventre. »
Des bruits de pas se firent entendre, Draco redressa la tête, s'attendant à la venue d'Ayase. Cependant, quand il vit ce qui se tenait devant l'encadrement de la porte, il ne put retenir un petit cri.
Revêtu d'une longue tunique d'un rouge carmin qui lui couvrait le corps et la tête, se tenait l'un des gardiens du Temple de Helga. Grâce à l'unique fente dans le vêtement, ses yeux se posèrent sur le jeune Oméga qui s'était recroquevillé dans son lit. Deux yeux noisette et rieurs.
« Ayase ! » s'écria Draco, soulagé. « Tu es un gardien !? »
« Plus encore, » fit Ayase. « Je suis le gardien qui a discuté avec ton père. Et qui a informé le Temple de l'existence d'un Monoïque non déclaré à Chourave. Je t'ai vu, senti, quand Harry est venu me trouver. Je savais que Harry avait raison. Tu étais un Monoïque, sans l'ombre d'un doute. Et ton père transpirait la peur. Il savait, lui aussi, ou en tout cas devait avoir de lourds doutes que nous avons fait exploser. Quand il est parti, j'ai pris le plus rapidement possible contact avec ma hiérarchie. »
Ayase prit l'un des morceaux de tissu carmin et le souleva par dessus sa tête. Draco, étonné, comprit que contrairement à ce qu'il avait toujours pensé, la tunique était en fait plusieurs pans de vêtements, posés les uns sur les autres, dont l'un recouvrait uniquement la tête du gardien.
« Nous avons décidé de prévenir le représentant Monoïque de Traverse et de revenir, avec des gardes, à Chourave, afin de te ramener avec nous à Helga, n'en déplaise à ton père. »
« Vous n'auriez pas pu, » contra Draco.
« Oh si, jeune homme, nous aurions pu. Les questions ou volontés monoïques supplantent toutes les autres. C'est une loi impériale. »
« Mon père aurait été furieux, mais ce n'est pas à ça que je pensais. Vous seriez venus trop tard, mon père m'aurait déjà fait partir à Helga, mais à l'école militaire. Et puis, je n'habitais pas Chourave, vous ne saviez rien de moi. »
« Crois-tu ? Nous sommes effectivement arrivés trop tard, mais pas à cause des projets de ton père, à cause de ce être abject de Greyback. Mais nous savions parfaitement où venir te chercher, Draco Bones, de Pomona, fils de Peter et Caroline Bones, né à Helga le 5 juin 1580. »
Draco ouvrit grand ses yeux, le souffle coupé.
« Mais ! Comment tu sais !? » s'offusqua-t-il.
« Ton père s'était présenté comme un officier de la garde. Il n'a pas été très difficile de savoir qui il était. Et toi aussi, par la même occasion. Nous avons ensuite vérifié dans le registre des naissances s'il avait bien un fils. Toi. Cela ne nous a pris à peine deux jours. »
« Alors pourquoi personne à Poudlard ne savait qui j'étais ? »
« Les affaires de Monoïques ne concernent que les Monoïques, » trancha Ayase d'une voix ferme. « Ce que les Mages ou les Hommes ignorent ne nous importent peu, surtout s'il s'agit d'un enfant monoïque. Cela ne les regardaient nullement. »
Draco désigna Charlie et Harry.
« Et eux ? »
« Ils sont de ma meute. Et plus encore, ils sont de ma famille. Malgré cela, ils ne sont au courant de beaucoup de choses que depuis peu. Quand je suis retourné à Chourave, j'ai appris pour l'attaque de Pomona. Et pour ton décès supposé. J'ai été très triste de n'avoir pu te sauver. J'ai longuement regretté de ne pas être parti te chercher le jour même où nous t'avons découvert. C'est en partie de ma faute si tu as vécu cet enfer, Draco, et j'en suis désolé. »
Draco secoua la tête, faisant voler ses cheveux.
« Non, ce n'est pas ta faute. C'est uniquement celle de Greyback. »
Ayase sourit tout en s'asseyant au pied du lit. Il caressa la cheville du garçon tendrement.
« Je suis heureux de te l'entendre dire. Ne l'oublie pas la prochaine fois que tu jetteras le blâme de ton calvaire sur toi, ton père ou... quelqu'un d'autre, » continua l'Oméga brun en désignant Harry du regard. « Surtout quand ce quelqu'un était encore plus malheureux que moi de ta perte. »
Draco sentit ses joues rougir sous l'insinuation.
« C'est pourquoi j'étais si heureux de te retrouver quand je t'ai vu à Poudlard. J'en ai informé immédiatement le Temple, ainsi que Harry. »
Ayase lui sourit, espérant que ses explications aient pu rassurer le plus jeune. Draco le regarda, puis s'exclama, surprenant tout le monde.
« Tu es un gardien ! »
« Euh... oui, » se mit à rire Ayase. « Tu 'as déjà dit. »
« Mais tu me l'avais pas dit ! » s'écria Draco en se redressant.
Cette fois, Ayase explosa d'un rire clair.
« Draco, tu ne sais pas encore tout des Monoïques, tu ne sais même pas grand chose sur nous. Ne t'inquiète pas, je t'expliquerai, mais en privé. Tout ce que tu as besoin de savoir c'est que oui, je fais parti des gardiens et parfois, je retourne au Temple. Le reste ne regarde pas ces abominables dominants, » conclut-il en faisant un clin d'œil à l'adolescent.
Draco sentit l'ombre d'une grimace étirer ses lèvres, peu à peu. Il aurait aimé sourire, lui aussi. Ces dernières informations le tranquillisaient beaucoup. Il voulait continuer à faire confiance à Ayase et Charlie. Il avait peur de ce qui allait se passer le soir, lors de son introduction à la meute, peur de sa vie dans celle-ci, mais si Ayase et Charlie étaient de son côté, cela le rassurait.
Le doux soupir de contentement de Compagnon-Loup le surprit. Ce fut à ce moment que Draco réalisa qu'autre chose le rassurait, le contentait et donnait envie à son loup intérieur de se rallonger en montrant son gorge et son ventre. Quand il s'était redressé, il s'était collé sans le vouloir au corps de Harry. Ce dernier avait subrepticement passé un bras derrière son dos, le soutenant délicieusement. L'odeur du dominant lui emplissait le nez, le rendant calme, détendu, tant elle était apaisante. Rassurante et réconfortante. Draco gémit en fermant les yeux, perturbé au possible. Bon sang, c'était un mâle inconnu, particulièrement dominateur, qui en plus avait clairement eu des vues sur lui dans le passé. Comment pouvait-il se sentir aussi paisible à ses côtés ?
« Tu es fatigué ? » voulut savoir Charlie.
« Hum hum, » marmonna le jeune Oméga.
Harry le prit un peu plus fermement contre lui, le temps de l'allonger convenablement sur le lit. Draco garda ses yeux clos tandis qu'Ayase le recouvrait d'une couverture.
« Je suis tout habillé et je suis sale, » protesta faiblement Draco.
« Ce n'est pas grave. Dors, mon frère, tu es épuisé par toutes ces émotions. Repose-toi. Tu es ici chez toi désormais, » lui murmura Ayase.
Puis ils sortirent de la chambre alors que Draco s'endormait.
... ... ...
Draco était terré entre Ayase et Charlie. Il avait bien de temps en temps un peu honte, surtout que cela aurait dû être la place d'Asami. Ce dernier ne semblait pas lui en tenir rigueur, il passait son temps à faire des allées et venues entre ses deux pères, s'asseyant un coup entre les jambes de l'un, un coup sur les genoux de l'autre avant de retourner voir le premier.
Mais plus que la honte, Draco était terrifié. Tout le village était présent, du moins tous ceux capables de l'être. Il ne manquait que les jeunes enfants, Asami étant l'une des exceptions, et les plus âgés ou malades qui avaient préféré se coucher de bonne heure ou veiller sur les plus jeunes. La meute était nombreuse, très nombreuse. Largement plus de cent selon lui. Et même avec les absents, les lycanthropes étaient légions ce soir.
Tous s'étaient réunis dans une immense clairière, faite apparemment pour ce genre de regroupement. Le feu qui était au centre de leur cercle était grandiose, c'était le moins que Draco pouvait admettre.
Lui qui n'avait jamais particulièrement aimé la foule ne s'était pas senti à son aise en arrivant dans la clairière, surtout que tous le dévisageaient sans retenue. Par dessus tout, il craignait de devoir montrer sa gorge à chaque membre de la meute. Il ne s'en sentait pas du tout le courage.
Mais Charlie avait posé une main à la fois possessive et inébranlable sur sa nuque, faisant clairement comprendre à tout le monde de ne pas s'approcher du louveteau.
Les Lycanthropes s'étaient assis sur des couvertures ou des peaux, à même le sol autour du feu central et par petits groupes d'amis ou familiaux. Sans trop de surprise, Charlie s'était installé à côté de l'Alpha, déjà assis avec Harry. Draco avait baissé rapidement les yeux alors le dominant aux cheveux noirs et en pétard le couvait de son regard vert.
Depuis, il se tenait entre l'Oméga adulte et le Bêta, tentant de se faire le plus petit possible.
Si Charlie et sa famille étaient à la droite du chef, Remus et la sienne se tenaient à sa gauche après un autre couple, sûrement le troisième et sa femme. Un peu plus loin, à peine visible pour Draco car pratiquement de l'autre côté du foyer, plusieurs jeunes gens s'étaient regroupés et faisaient un bruit d'enfer. Ils devaient tous avoir autour de la vingtaine, certains plus jeunes, mais pour la plupart entre vingt et vingt-cinq ans. Les jeunes du clan, non unis, se douta Draco. Comme pour confirmer sa pensée, l'Alpha s'adressa à Harry.
« Pourquoi ne vas-tu pas rejoindre tes amis, fils ? »
« Je préfère rester ici, père, en vue de l'introduction. »
Gideon hocha la tête, un sourire aux lèvres, visiblement satisfait de la réponse.
Plus le temps passait, plus le stress de Draco augmentait. Des hommes et des femmes avaient distribué de la nourriture, de la viande cuite grâce aux braises brûlantes mais aussi des plats mijotés, ainsi que des légumes, des épis de maïs et des pommes de terre, le tout cuit sur le feu. Il y avait aussi beaucoup de poissons, autant que de viande, ce qui étonna Draco avant qu'il ne se rappelle qu'ils vivaient au bord d'une énorme étendue d'eau et donc, d'une aussi énorme réserve de poissons. Plusieurs grosses miches de pain circulaient également. Les preuves que les membres de la meute avaient préparé ce festin s'accumulèrent encore quand du fromage, des tartes, des gâteaux et des fruits firent aussi leur apparition. Le tout copieusement arrosé de vin et de jus de fruit.
Draco picorait un peu de nourriture mais avait refusé le vin. La tête lui tournait déjà bien assez en raison des cris et des rires. Il n'arrivait pas à converser comme les autres, tant en raison du bruit que de son inquiétude.
Enfin, alors que la nuit était bien avancée et qu'Asami était endormi entre les cuisses d'Ayase, l'Alpha se redressa.
Il leva les bras et poussa un hurlement, bien qu'humain, qui eut le mérite de faire taire la foule. Quand le silence fut total, l'Alpha fit signe à ses troupes de se rapprocher. Ceux qui étaient derrière le feu se déplacèrent donc en se plaçant autour des autres, soit en restant debout, soit en s'asseyant de nouveau.
Draco se colla un peu plus contre Charlie qui passa un bras protecteur autour de ses épaules.
« Mes amis, » cria Gideon. « Nous sommes réunis ce soir pour fêter le retour de nos compagnons, après plus d'un mois de séparation ! »
Des cris fusèrent, des applaudissements et des sifflets. Draco gémit, cachant son visage dans le bras de Charlie, sous son épaule. Le mâle posa son autre main dans les cheveux blonds, tentant de rassurer le louveteau. Il tremblait, ce discours lui rappelant ceux de Fenrir et les actes de tortures qui en général suivaient derrière.
« Calme, Draco, calme. Souviens-toi, quoi qu'il se passe ici, personne ne te touchera comme Greyback l'a fait, » chuchota Charlie.
« Ce soir, nous sommes réunis aussi pour accueillir un nouveau membre ! » continua Gideon alors qu'un calme tout relatif s'était réinstallé. « Un être rare, qui méritera notre soutien à tous, tant en raison de sa nature que de la misérable existence qu'il a connue au sein d'une meute dégénérée et cruelle. »
La voix de l'Alpha baissa, devenant sourde et grave, laissant ainsi à chacun le loisir de peser ses derniers mots.
« Un Oméga, mes frères. Un Oméga que nous devrons chérir et protéger, comme l'exige notre sang. Draco, viens me rejoindre, mon enfant. »
Charlie se leva, entraînant le garçon avec lui. Il le poussa ensuite en avant vers leur chef, bien que le garçon plantait ses talons dans la terre pour ralentir. Draco regardait un peu partout, furtivement. Malgré sa terreur, il avança, peu à peu. L'ordre était clair, l'odeur du mâle profonde. Sans même tenir compte des gémissements de Compagnon-Loup qui lui intimait d'obéir, Draco savait pertinemment qu'il n'avait pas le choix. Que pouvait-il faire d'autre ? Il ne pouvait pas espérer une seule seconde s'enfuir en courant. Et quand bien même, il avait parfaitement compris que sans meute, il mourrait de chagrin au bout de quelques mois, son loup intérieur ne supportant pas la solitude.
L'adolescent marcha donc lentement, la main de Charlie dans son dos, jusqu'à se tenir devant l'homme, les jambes flageolantes.
L'Alpha le tourna, face à la foule. Là, le jeune homme préféra contempler ses pieds. Il était Lycanthrope, le peu qu'il avait vu dans le regard, les postures et ce qu'il avait entendu de certains murmures de la part de jeunes mâles dominants le faisait frémir. Ce n'était pas comme à Poudlard au milieux de faibles humains. Ici, le simple fait de le trouver beau, attirant ou simplement mignon ou attachant pouvait avoir des conséquences qu'il ne voulait plus subir.
« Mes amis, j'ai décidé que ce garçon ferait désormais parti de notre meute. Qui parmi vous s'oppose à cette décision ? » clama haut et fort l'Alpha.
Draco gémit et baissa la tête au sol, tant la puissance de la dominance de l'Alpha se faisait pesante. Bien sûr, personne ne répondit. Il se retrouva brusquement retourné de nouveau, face au mâle.
« Draco... Je te veux au sein de ma meute... » décréta l'Alpha.
Le garçon ouvrit de grands yeux terrorisés. Dans les prunelles marron de l'Alpha, de l'ambre se mouvait.
« Il me faut donc te marquer, » grogna Gideon.
Draco se recula, le cœur affolé. Puis l'Alpha commença sa transformation, déchirant ses vêtements. Là, Draco entra dans une véritable panique. Il cria, se recula encore et courut chercher refuge auprès de Charlie mais ce dernier le repoussa, bien que gentiment.
« Non, Draco, je n'irai pas contre cette décision. L'Alpha doit te marquer, te dominer. »
« Non, non ! » hurla Draco, les larmes aux yeux tout en cherchant de nouveau à se blottir entre les bras du Bêta.
Le marquer ? Le dominer ? Autrefois, un autre Alpha avait voulu faire de même avec lui.
Draco perdit toute notion de temps, de lieux. Il ne savait qu'une chose : un Werwulf marchait vers lui et lui voulait du mal. Compagnon-Loup hurlait sa terreur dans son crâne tandis que Draco retournait plus d'un an en arrière. Il regarda autour de lui, cherchant une protection, quelle qu'elle soit, mais ne vit que des silhouettes d'hommes qui criaient et des Loups-garous qui hurlaient en cœur.
« Transforme-toi ! » ordonna Charlie alors qu'un loup énorme et à la fourrure brune striée de gris s'avançait vers eux en grognant.
Draco, affolé, avisa la forêt derrière Charlie et lui... Non, il n'aurait aucune chance, aucune. Il eut à peine le temps de pleurer, les mains devant lui en suppliant le mâle de l'épargner que ce dernier se jetait sur lui dans un grondement effrayant. Draco tomba au sol.
Le loup était sur lui, les pattes sur les épaules. Draco le voyait sans le voir, tant ce poids sur lui lui rappelait l'attaque de Fenrir sur Pomona. Il se débattit, cria, et sans comprendre vraiment pourquoi, se transforma à son tour, son cri humain se terminant en cri lupin. L'Alpha se releva, lui donnant un coup de patte qui envoya le museau blanc dans la poussière.
Draco se redressa péniblement sur ses quatre pattes, les oreilles plaquées sur son crâne, la queue totalement rabaissée sous son ventre. Petit-Homme était terrorisé, il avait peur de mourir, peur de revivre l'enfer. Compagnon-Loup voulait se soumettre au mâle, c'était ce que ce dernier attendait et ce que lui devait faire, il le savait ! Ce qu'il adviendrait de lui ensuite, ça, il l'ignorait, ses expériences passées ne lui ayant pas appris la confiance.
L'Alpha lui tournait autour, en grondant. Draco n'était concentré que sur ce mâle, tournant sur lui-même pour toujours lui faire face, le ventre pratiquement au sol. Il n'entendit absolument pas les exclamations ravis des hommes qui découvraient son pelage blanc. Il n'y avait pas d'autres loups de cette couleur dans la meute.
Un grognement plus fort de la part de l'Alpha fit couiner Draco de terreur pure, il rampa vers le mâle, voulant lui faire comprendre qu'il ne voulait pas se battre, qu'il le reconnaissait comme son dominant, qu'il était inutile de le blesser. Mais le mâle ne devait pas être de son avis car il se jeta sur lui.
Draco, hurlant et couinant, s'allongea de tout son long sur le dos, montra sa gorge et son ventre. Pourvu que l'Alpha ne le blesse pas plus ! Il ne voulait pas sentir ses chairs se faire déchiqueter, ne voulait pas que les griffes du mâles se plantent dans sa fourrure blanche. Pourtant, si telle était sa volonté, alors il subirait.
Les crocs du mâles s'enfoncèrent rudement dans son épaule, faisant hurler le jeune loup de douleur. Le mâle avait toujours la mâchoire sur lui, il serra davantage, faisant couler le sang. Il grogna une nouvelle fois alors qu'une douleur supplémentaire jaillissait dans le corps de Draco. Le jeune loup hurla plus fort, cria sa détresse, appela au secours, alors qu'un feu s'infiltrait dans ses veines.
Le dominant le relâcha enfin et lui donna un léger coup de langue sur la truffe. Il se tint droit, oreilles dressées, queue haute et leva sa gueule ensanglantée pour pousser un hurlement puissant.
Draco, lui, ne bougea pas, se contentant de geindre. Il ferma ses yeux clairs, pleurant sur son triste sort. Le mâle lui avait injecté son venin. Pourquoi, puisqu'il était déjà Lycanthrope ? Bien, sûr, il se doutait du pourquoi : pour le marquer de cette meute et détruire le venin, du moins métaphoriquement parlant, de son premier Alpha.
Puis une main fut sur lui, sur sa tête. Il en reconnut l'odeur puisque c'était celle du dominant qui l'avait marqué. Son Alpha. Celui dont le venin courait dans ses veines, le brûlant à chaque battement de cœur.
« Transforma-toi, Oméga ! » ordonna l'homme d'une voix sans appel.
Draco ne chercha pas à lutter une seule demi-seconde contre l'ordre. Gideon était son Alpha, il lui devait obéissance. D'autant qu'il n'était pas uni, il n'avait pas de mâle pour faire tampon entre les ordres du chef de la meute et lui.
Ce fut un corps nu, grelottant et humain qui se retrouva bientôt sur le sol. Il se roulant en boule en pleurant, des larmes bien humaines, cherchant à protéger son intimité de ses mains. Il voulait garder cette dignité, ne pas redevenir la loque et la catin de la meute de Fenrir.
L'Alpha était également nu. Draco ferma ses yeux, rentrant de nouveau dans une crise de larmes.
« Pitié, Alpha, pitié, ne me fais pas de mal, je t'en supplie... je ne veux pas... S'il te plaît, » répéta-t-il, désespéré.
La main du mâle se referma sur sa nuque.
« Je ne te toucherai pas, Oméga. Ma compagne est morte, il y a bien longtemps. Je suis un Alpha vieux et solitaire, je ne te prendrai pas comme compagnon, bien que j'en aurai le droit. Cesse de pleurer, enfant, tu es ici dans ta meute qui veillera sur toi. Quand l'heure sera venue, j'aviserai de ton union. Mais je ne t'imposerai pas de t'unir avec moi, tu mérites mieux qu'un Alpha grisonnant. »
Il se redressa, appela Charlie à ses côtés.
« Tant que l'enfant n'est pas prêt, personne n'aura le droit de le toucher ! C'est un Oméga et bien qu'il ait déjà connu l'accouplement, j'interdis à quiconque de réclamer ses faveurs. Il n'a pas encore seize ans, ne l'oubliez pas. Si l'un de vous estime qu'il serait bon de le donner, il faudra m'en faire la demande officielle. En attendant ce jour, il est sous la responsabilité de Charlie et Ayase. Considérez-le à la fois comme un Oméga né de notre clan et comme un Monoïque confié par le Temple. »
Draco sentit avec bonheur une couverture sur son corps, puis les bras forts, rassurants et connus de Charlie qui le portaient. Il se cramponna à lui, passant ses propres bras autour de son cou. La fièvre, subite et implacable le possédait, lui rappelant une fois encore la torture de sa première morsure et de sa première transformation.
« Charlie... Ayase, » appela-t-il.
« On te ramène à la maison, petit cœur, ne t'inquiète pas, » fit Ayase à ses côtés, qui portait Asami endormi. « On va soigner ta morsure et demain soir, tu iras très bien. »
Draco hocha la tête, le nez dans le giron de Charlie.
Les bruits de la fête se poursuivaient, les Lycanthropes décidant de continuer d'acclamer le retour des leurs et la venue d'un nouveau membre. Ceux sous leur forme de loup s'amusaient à se courir après et à se chamailler.
Draco, lui, n'avait qu'une envie : retrouver la protection de son nouveau foyer, loin de toute cette agitation.
Son vœu fut rapidement exaucé. Charlie le porta jusqu'à la maison comme la veille, jour de leur arrivée, puisque minuit avant sonné depuis longtemps. Cependant, il ne le conduisit pas dans sa chambre mais dans une pièce du rez-de-chaussée.
« C'est bon, Charlie, pose-le dans le bac et fais chauffer de l'eau, s'il te plaît. Le temps de mettre Asami au lit et je m'en occupe, » déclara Ayase d'une voix étouffée.
« Tu es sûr, Aya' ? »
« Oui, merci, mon amour. »
Draco se sentit donc déposé dans ce qu'il reconnut de suite comme un grand bac de bain, Charlie lui laissa la couverture, alluma plusieurs bougies et sortit de la pièce. Quand il revint un peu plus tard, il enleva le tissu qui recouvrait Draco, le faisant frissonner de froid. Puis de l'eau chaude s'abattit sur sa tête.
Le jeune Oméga ouvrit les yeux, tenta d'enlever ses cheveux trempés de son visage, mais la douleur de sa morsure, combiné à la fièvre l'empêcha d'accomplir correctement son geste.
« Je suis là, mon frère, » fit alors la voix d'Ayase.
Draco gémit en réponse. Son soulagement fut immense quand il sentit le corps d'Ayase se glisser dans son dos alors que le mâle rentrait dans l'eau lui aussi. L'adolescent se laissa aussitôt fondre dans l'étreinte, tandis que les bras et les jambes du plus vieux se refermaient autour de lui.
Ayase le caressait, le lavait avec la délicatesse d'une mère envers son nouveau-né. Charlie revenait régulièrement pour apporter de l'eau chaude puis il inspecta la morsure.
« Elle est propre et net, les plaies vont facilement se refermer. Aya', tu as fini ? Je peux le sortir ? »
Draco grogna un borborygme de protestation. Il était si bien collé ainsi contre l'autre Oméga. Certes, il avait mal à sa morsure et son corps était fiévreux, mais il était plongé dans une douce torpeur qu'il ne voulait pas quitter. C'était si agréable de se faire câliner de la sorte.
Pourtant, les bras de Charlie le soulevèrent de nouveau, l'enroulèrent dans une serviette. Draco n'avait pas honte de sa nudité devant Charlie, il se sentait effectivement comme un bébé dans les bras de son père. Charlie le monta cette fois-ci à l'étage où les rejoignit rapidement Ayase. Pendant que le dominant passait un bas de pyjama au jeune garçon, le soumis, lui, s'occupa de la blessure. Il passa un baume puis la banda avec soin.
« J'ai mal, » murmura Draco qui se sentait subitement un peu perdu dans son lit et surtout très seul.
« Ce n'est rien, petit frère, tu vas vite guérir. »
La main hâlée de l'Oméga brun saisit celle pâle et fine du blond.
« Je suis si heureux, Draco. Tu es doublement mon frère maintenant. Une fois par notre sang monoïque et une fois grâce au venin de notre Alpha.
Du bruit derrière eux fit se retourner Ayase vers la porte de la chambre.
« Harry ? Que fais-tu ici ? » l'interrogea l'Oméga.
« Je suis venu m'assurer que Draco allait bien. »
« C'est l'Alpha qui t'envoie ? »
« Non, mais je lui ai demandé la permission avant de le faire. Draco est nouveau, il vient d'être mordu, alors je trouvais normal, en tant que fils de l'Alpha, de venir prendre de ses nouvelles. »
Ayase rit doucement.
« Harry, tu sais bien que tu n'as pas d'explication ou de justification à me donner, après tout. Tu seras toujours le bienvenu chez nous. »
Il sourit tout en enlevant une mèche de cheveux blonds et humides collé au front du garçon. D'une signe de la main, il invita le jeune dominant à venir s'asseoir de l'autre côté du lit de Draco, interdit.
« Surtout si la raison de ta visite est le bien-être de Draco, » termina Ayase avec un soupçon de moquerie dans la voix.
Draco regardait le fils de l'Alpha s'installer sur son matelas, en silence. Un petit sourire venait adoucir les traits masculins du jeune homme dont les yeux verts brillaient comme des joyaux.
« Tu as de beaux yeux, » souffla Draco avant même de pouvoir réaliser ce qu'il venait de dire. « Je m'en souvenais, après, quand tu n'étais plus là. Le beau prétendant aux yeux verts. »
Le sourire de Harry s'agrandit tandis que Draco continuait, la voix et l'esprit embrumés par la fièvre.
« Je crois que j'ai rêvé de toi, plusieurs fois. Je rêvais de tes yeux. »
Le dominant avança sa main, afin de toucher avec une certaine révérence les cheveux longs. Draco soupira de bien-être, ses yeux se fermèrent alors qu'il tombait lentement dans le sommeil. Harry ne le quitta pas du regard, sa main s'attardant sur l'une des fines tresses qui partait de la tempe blonde. Son cœur battit plus vite. Il touchait la tresse d'un Monoïque, l'un des atours les plus intimes qu'il possédait.
Harry jeta un rapide coup d'œil au maître du novice monoïque. Est-ce que Ayase tolérait cet attouchement ? Mais l'Oméga aux cheveux bouclés se contentait de sourire, sa main toujours sur celle de Draco.
« Je suis très heureux que tu aies rêvé de moi, » souffla Harry au jeune soumis.
« Tu étais là... » murmura d'une voix de plus en plus faible Draco. « J'avais peur et tu étais là, parfois, dans mes rêves. Je voulais... j'espérais que tu viendrais me sauver... »
La voix du garçon s'éteignit alors qu'il sombrait pour de bon dans le sommeil. Harry resta un long moment à le regarder, ne pouvant détacher l'Oméga de sa vue, ni enlever sa main de ses cheveux.
« J'espère être celui qui te sauvera, Draco, » finit-il par chuchoter.
... ... ...
À suivre
... ... ...
