Bonjour les gens!

Je pense que je peux dire sans trop me tromper que voici venir le chapitre que vous attendiez tous. Je vais donc faire court et me contenter de remercier Shiriliz, Antig0ne, FeatherAshes (pour sa review-fleuve!), CFLM_angel et miss_sawyer (pour ses nombreuses review laissées au fil de sa lecture).

Fan de Luthine: merci pour ton enthousiasme, ce chapitre devrait répondre à tes questions ;)

Bonne lecture à tous!


Chapitre 18 : Dis-moi le dont ce non-dit là

Une demi-heure plus tard, je vais mieux. Remus m'a donné un peu de whisky Pur Feu, c'est vrai que ça requinque. Allongée dans le dortoir des garçons, je me suis remise de mes émotions, mais je ne suis pas plus avancée. Les explications se font attendre.

- On va poireauter encore longtemps ? je demande à Sirius, assis à mes côtés.

- Oui, que Mary revienne avec les filles. Promis, tu sauras tout après, Miss curieuse !

Mary s'est remise plus vite que moi. Enfin, selon les garçons. J'estime être très capable de me lever mais j'ai l'étrange impression ne pas avoir le choix. Alors je m'occupe :

- J'ai quand même le droit de savoir pourquoi j'ai été agressée et je ne vois pas en quoi ça regarde les autres.

James soupire.

- Tu verras quand on t'aura tout expliqué !

Bon…

- Heureusement que c'était la fin de la journée, plaisante Peter. Je ne vois pas comment on aurait expliqué ton absence en cours, autrement.

- En expliquant que Rosier est un immonde crétin. Si on ajoute ça à la dissertation, on l'aurait fait renvoyer à coup sûr et bon débarras.

- Oh non, Luth, tu n'as pas envie de raconter ça aux professeurs, répond sombrement Remus.

Allons bon, pourquoi tant de cachotteries ? C'est quand même violent, ce qu'il a fait à Mary et moi ! C'est même carrément grave. Je vais répondre quand la porte s'ouvre enfin sur mes camarades de dortoir. Mandy a l'air de bien se demander ce qu'elle fait là, Ann fait une tête de six pieds de long (pour changer), mais heureusement, il y a Lily. Elle s'approche de moi avec une mine inquiète… jusqu'à ce que James l'attrape et l'asseye fermement à ses côtés. Mouais. Enfin, Mary s'assure quand même discrètement que je vais mieux. Une sur quatre, ce n'est pas trop mal. Les filles s'installent où elles peuvent et James commence :

- Hum… Avant tout, Mary et Luth, nous nous excusons pour le comportement de Rosier. J'ai bien peur que nous en soyons les responsables.

Euh, oui, mais encore ?

- Tu racontes n'importe comment, James, intervient Remus.

L'interpellé hausse les épaules et lui fait signe de poursuivre à sa place.

- Tout remonte à ton devoir de Sortilèges, Luth. Tu sais, celui où tu as eu un T.

- Merci de me le rappeler, je bougonne.

- Et te souviens-tu aussi du mien, celui où j'ai eu un D ?

J'acquiesce, mais je ne vois pas où il veut en venir. « Peut-être au fait que maintenant que tu n'as plus envie de te jeter sur lui, il peut reconnaître vos points communs sans mettre son intégrité physique en danger ? » Tiens, le neurone de la groupie en furie. Ca faisait longtemps.

- Bref, ce devoir n'était pas le devoir que j'avais rendu, quoique mes chers amis en aient pensé. Quand je leur en ai fait la lecture à haute voix, ils ont bien été forcés de le reconnaître. C'était un tissu de non-sens et de charabia, même si c'était ma propre écriture. A vrai dire, c'était comme si quelqu'un avait pris tous les mots de mon texte et les avait mélangés sans aucun souci de cohérence.

- Donc, si je comprends bien… vous avez fait la même chose avec Rosier ? Mais quel rapport avec moi ?

Mon T en Sortilèges était parfaitement justifié, j'avais fait la bêtise de rendre mon brouillon.

- Tu vas trop vite, Luth, me répond Peter. Quand Remus a eu son D, on avait oublié ton devoir, sans vouloir te vexer. Et on ne savait pas d'où pouvait venir le « problème ». C'est quand vous vous êtes disputées, avec Ann, qu'on a compris toute l'histoire.

Ann, appuyée contre la porte et occupée à contempler la moquette, relève subitement la tête. Tiens, on parle de sa petite personne alors ça l'intéresse ? Sirius enchaîne :

- Ann a fini par lâcher à Mandy, après une lourde insistance de celle-ci (il lui fait un clin d'œil), que… comment m'as-tu dit ça déjà ? Je ne sais plus, aucune importance. Bref, que Luth avait écrit de méchantes choses sur elle.

Quoi ?! Je lâche une exclamation de protestation. Je n'ai jamais fait ça ! « Tu en es sûre ? » demande le neurone de la commère en furie. Ben, un peu voyons. « Vraiment ? » Oh… bon, d'accord, mais ce mot est depuis caché tout au fond de ma malle qui est fermée à clé. Alors je ne vois vraiment pas comment elle aurait pu le lire. D'autant que c'était de l'humour.

- Du calme, Luth, on sait bien que tu n'écrirais pas de « méchantes choses » juste pour le plaisir, intervient Sirius en posant une main sur mon épaule.

« Quelle foi en toi, c'est beau la naïveté ! »

- C'est donc pour ça qu'on a enquêté !

- On s'est rappelé le devoir de Luth et celui de Remus, reprend Peter – et à la fierté qui brille dans ses yeux, je comprends que c'est lui, la mémoire. On a cherché les points communs entre les devoirs et les « choses méchantes ». Et il s'est avéré que c'était… le parchemin.

- Le parchemin ? je demande sans comprendre.

- Oui. Celui que tu as reçu anonymement pour ton anniversaire. C'était la seule chose commune aux trois problèmes : tout venait de choses écrites. Remus se souvenait t'avoir emprunté un parchemin pour faire ce devoir, ce qui confortait notre théorie. Tu as tout écrit sur tes nouveaux parchemins. Enfin, pour ce qui a provoqué votre dispute, on n'en est pas sûrs, vu qu'on ne l'a pas vu… D'ailleurs, qui l'a ?

Ann et moi nous désignons en même temps. Je bondis :

- Tu es allée fouiller dans ma malle ?!

- Quoi ? elle crache presque. Bien sûr que non, je ne fais pas ce genre de chose ! Le mot est tombé de ton sac quand tu as quitté le cours d'Arithmancie, lundi dernier.

J'ouvre la bouche pour répliquer contre cet odieux mensonge mais Remus est plus vif que moi :

- On se calme ! Cette confusion est normale. Ann, si tu as gardé le mot, veux-tu bien aller le chercher ? Et prends celui de Luth au passage.

Ah non, hors de question qu'elle fouille dans ma malle ! Je me redresse pour aller la chercher moi-même, mais Sirius me repousse fermement contre l'oreiller avec un regard d'avertissement. Ben quoi ? Je suis remise, c'est bon, je tiens l'alcool et je suis civilisée, moi. Je ne vais pas me jeter sur elle dès qu'on sera seule pour la manger et prouver que j'ai raison. Voyant que mon expression mécontente ne fait pas céder mon infirmière, je lui adresse un regard de Boursouflet. Non ? Bon. Mary voit mon mécontentement et annonce qu'elle saura le trouver. Merlin, merci. « On plie devant monsieur Black ? » se marre le neurone de la groupie. Quoi ? Non ! « Ben… si ! » Il m'embête.

Le temps que je cloue le bec à l'importun, Ann et Mary sont revenues avec les parchemins. Mary me tend celui qu'elle a apporté et je le plie pour la dérober au regard trop curieux de Sirius. Ils ont peut-être une solution, mais ça reste ma vie privée.

- Tu me montres ? je demande à Ann d'un ton neutre.

Après une hésitation, elle me le tend.

Qu'est-ce qui te tracasse ?

Ann. Elle s'est encore disputée avec Phillip hier soir.

Oh, ça leur passera. Un petit match de Quidditch leur permettra de se taper dessus une bonne fois pour toute et ils retourneront filer le parfait amour. Malheureusement.

Je te trouve bien optimiste.

Je t'assure que je préférerais être pessimiste.

Et être sérieuse ?

Développe ?

Je ne suis pas sûre que le match les réconcilie, bien au contraire.

C'est vrai que Bellâtre Premier ne supportera sans doute pas de se faire aplatir par sa future femme au foyer. Et comme Ann n'est pas une future femme au foyer, elle va le jeter du haut de la tour d'Astronomie s'il gagne. Donc quoiqu'il arrive, on est bientôt débarrassées du Prince charmant. Youpi !

Sirius, qui a honteusement lu par-dessus mon épaule, me murmure plus ou moins discrètement « qu'ils » ont été vaches. Oui, sauf que le souci c'est que…

- Mais j'ai vraiment écrit ça, j'admets à contrecœur.

Très à contrecœur. Je dé-tes-te faire cet aveu devant tout le monde. Je les déteste de me forcer à le faire devant Ann.

- Enfin… je reprends vite avant qu'Ann, dont le visage s'est décomposé, ne réplique, je n'ai pas écrit que ça.

Et pour preuve de ma bonne foi, je lui tends le parchemin que Mary m'a rapporté.

Tandis qu'elle lit, Sirius me murmure, cette fois-ci très discrètement, que j'ai « quand même » été vache. Je le foudroie du regard et lui réponds qu'il l'a aussi été lors de sa dispute avec Remus. Ca le mouche. Non mais.

Quand Ann a terminé sa lecture, elle se mord les lèvres :

- Ca change… un certain nombre de choses, elle concède avec un demi-sourire.

Ouf. Ses traits se détendent et je suis prête à parier que le soulagement qui m'envahit est présent chez elle aussi.

- Mais pas tout. Tu as quand même été largement condescendante...

Zut.

- Pitié, Ann, je la coupe. Si tu n'es euh… disons, plus trop fâchée, est-ce qu'on pourrait régler ça… après ?

Elle regarde les autres. Mary s'en fiche, elle sait tout ce qu'i savoir le regard assuré de Lily trahit le fait qu'elle sait qu'elle aura le fin mot de l'histoire à un moment ou à un autre, comme Mandy. Chez les garçons, c'est plus mitigé : Remus se contente de sourire – mais d'un sourire un peu tordu, je trouve – et Peter se donne la peine de cacher sa curiosité. Mais James et Sirius bavent presque d'anticipation. Pitié, Ann, ne fais pas ça. Ou bien c'est moi qui te fais la tête.

- Bien sûr, Luth, nous sommes des êtres civilisés, après tout, nous.

Ah ben si c'est pas un signe de réconciliation, ça, je ne sais pas ce que c'est. Je lui adresse un sourire hésitant et comme elle répond, il se fait plus grand. Je réprime le rire nerveux qui monte. Je ne veux pas pleurer devant tout le monde, c'est hors de question. J'inspire un grand (très grand) coup pour me calmer et, quand je me sens enfin capable de parler, je demande aux garçons :

- Pourrait-on avoir le fin mot de l'histoire, maintenant ? Pourquoi a-t-on deux parchemins ?

- Il se trouve que cette histoire de mauvais devoirs nous avait rendu perplexes et nous avons cherché un coupable à nos maux, déclame Sirius. Nous nous sommes donc tout naturellement tournés vers les Serpentards.

Oui, en effet, quoi de plus naturel.

- Je tiens à préciser que ce n'était pas un préjugé mais quelque chose de logique, intervient Remus en voyant Lily froncer les sourcils. Depuis la tentative du Fléreur, ils n'avaient rien tenté contre Luth.

- Nous avons donc fouillé et nous avons trouvé ceci.

Peter s'est levé et tire de sous son lit un parchemin couvert d'une écriture que je ne reconnais pas. Voyant notre regard interrogatif, il poursuit :

- Les parchemins que tu as reçus pour ton anniversaire étaient des parchemins « maîtres ». Tout ce que tu écrivais sur l'un d'eux s'inscrivait automatiquement sur la copie que les Serpentards avaient fabriquée. Ainsi ils pouvaient les modifier à loisir.

- Ca ne fonctionne pas pour mon devoir de Sortilèges je le coupe. L'erreur vient de moi, j'ai rendu mon brouillon.

- Tu vérifieras, dit fermement Remus. Ils ont très bien pu échanger ton devoir contre la copie de ton brouillon. Ils ont fait à peu près la même chose pour le mien : ils ont mélangé les mots sur la copie puis l'ont mise à la place de mon original.

Je siffle devant tant d'audace. Ils ont osé aller voler les affaires d'un professeur. Mais… mais…

- Et donc pour le mot de Luth, ils ont simplement… effacé la fin ? demande Ann, hésitante.

Les garçons acquiescent. Moi, je suis toujours en butte avec le fait que les Serpentards sont allés fouiller dans les affaires des professeurs. Mais Lily est déjà passée au problème suivant :

- Dois-je en conclure que vous avez trafiqué le devoir de Rosier ?

- Oui, affirme Peter en désignant le parchemin qu'il a sorti tout à l'heure. Nous avons fait un échange dans ses affaires : la copie contre l'original de Luth.

- Mais comment saviez-vous qu'il l'utiliserait pour un devoir ? siffle une Mandy admirative.

- Il allait bien l'utiliser pour quelque chose, répond négligemment Sirius. On a eu de la chance, c'est tout.

- De la chance ? De la chance ?

Lily s'étrangle.

- Vous avez osé écrire des horreurs pareilles et vous appelez ça de la chance ?

Elle se dégage violemment de l'étreinte de James et le fixe en attente d'une explication. Outch, j'espère qu'il en a une très bonne.

- On n'a rien inventé du tout, se défend Potter. On a juste recopié des passages d'un livre… qu'il a emprunté.

- Parce qu'il y a des choses aussi horribles dans la bibliothèque de Poudlard, bien sûr.

- Dans la réserve, oui…

- Depuis quand Rosier et vous avez accès à la réserve ?

Je vois les garçons échanger un regard. James se passe la main sur le front puis se lève.

- Tu veux bien venir avec moi, Lily ? demande-t-il d'un ton ferme.

Le visage fermé, notre Préfète-en-chef hésite avant de le suivre. Ils sortent du dortoir. Dès que la porte se referme, tous les regards féminins de la pièce convergent vers Sirius.

- Laissez tomber, je ne dirai rien.

On se reporte vers Remus qui se contente d'un sourire affreusement sûr de lui. « Affreusement ? » J'ignore le neurone en jetant un regard à Peter, mais il ne nous fait même pas l'honneur de réagir. Fichus garçons. Bon, c'est pas tout ça, mais moi, il y a encore un truc qui me chiffonne…

- Au final, ils voulaient quoi en m'envoyant ces parchemins ? C'est un coup de chance pour eux que je m'en sois servie pour écrire un truc personnel.

- Pas forcément, répond Remus. Ce sont plutôt de beaux parchemins, sans parler de la plume qui allait avec. D'ailleurs, on n'a pas pu trouver de preuves sur cette plume, donc si j'étais toi, j'éviterais de l'utiliser à nouveau, elle est peut-être ensorcelée aussi. Enfin, toujours est-il que tu aurais très bien pu garder ces parchemins pour ton journal intime ou je ne sais quoi…

- J'ai une tête à écrire un journal intime ?

Les garçons sourient, concédant que c'est dur à imaginer. Ouf, encore un peu et je passais pour une niaise.

- Peu importe, Luth. Au pire tu écrivais tes cours et tes devoirs dessus. Ils n'avaient qu'à jouer à ce petit jeu d'échange toute l'année et tu ratais ton admission aux écoles de Médicomagie, par exemple…

D'accord, donc c'est encore plus grave que d'aller fouiller dans les affaires d'un professeur. Je me redresse et repousse la main que Sirius tend pour m'empêcher de me lever.

- Si c'est à ce point, il faut vraiment en parler à quelqu'un. Vous vous rendez compte du nombre de… de délits que ça fait ? D'abord l'affaire du Fléreur, où on est presque sûrs qu'ils ont utilisé la magie noire…

D'ailleurs, McGonagall nous a dit n'avoir jamais trouvé le coupable.

- … et puis maintenant, non seulement ils fouillent dans les affaires de profs, mais ils veulent carrément faire rater ma vie ! Comme réponse pour une blague de collégien, ça va vraiment trop loin !

- Luth, tu ne peux pas le leur dire, intervient Sirius, subitement devenu pâle.

- Ah oui, et pourquoi ?

- Voyons… dit Remus en levant son poing. Déjà, il faudrait leur avouer que tu es la responsable du raffut causé par les Serpentards ensorcelés.

- Vu tout ce qu'ils ont fait après, ce n'est pas la mort !

- Ensuite – il lève un deuxième doigt – comment vas-tu expliquer à McGonagall que tu savais qui étaient les responsables d'un acte de magie noire dans l'école, mais que tu n'as rien dit ?

Merde. Passez-moi le juron, pour une fois.

- Enfin, je crois qu'on aurait un sacré problème si les professeurs découvraient que nous sommes responsables de l'immonde devoir rendu par Rosier. Il est passible de renvoi, tu te souviens ? Ils pourraient très bien faire la même chose pour nous.

Je chancelle et retombe sur le lit à côté de Sirius. Un lourd silence s'installe dans le dortoir. On est rentré dans une boucle infernale et je n'ai aucune idée de comment on va s'en sortir. Les garçons pensent être de taille à tenir tête aux Serpentards, mais ce n'est pas mon cas. Je ne pratique ni la magie noire, ni la supériorité intellectuelle comme James et Sirius.

- Il faut arrêter ça, j'assène d'une voix blanche. Vous n'auriez jamais dû falsifier le devoir de Rosier. Il va encore vouloir se venger, vous allez répondre et on ne va pas s'en sortir. Ca va être de pire en pire.

Black pose une main sur mon épaule.

- Eh, Luthine, ça fait sept ans qu'on joue à ce petit jeu…

- Et c'est la première fois que tu te retrouves à l'infirmerie transformé en Fléreur par un sort de magie noire, Sirius ! Ca va être quoi, la prochaine fois ? Tu as bien vu la tête de Rosier quand vous nous avez trouvés dans le couloir, non ? C'aurait été sacrément plus malin de me prévenir pour les parchemins au lieu d'agir seuls. J'aurais continué à écrire des imbécillités en sachant qu'ils lisaient, ça n'aurait plus eu aucune influence sur personne. Ils se seraient crus vengés et on était tranquilles.

Mary m'adresse un regard d'avertissement. Mandy lâche un reniflement méprisant.

- Toujours aussi aimable, Luth. Ils pensaient bien faire.

Oh, elle m'énerve. Je ne prends même pas la peine de répondre. Qu'est-ce qui va me tomber dessus, encore ? Quelle va être leur prochaine invention ? Je porte la main à ma nuque pour chasser le mal de tête qui menace et sens le contact d'un métal sur ma main. Oh par Merlin ! Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ?! J'arrache précipitamment le mini-phénix de ma gorge. Aïe. Je le jette par terre. Les autres m'adressent un regard d'incompréhension.

- J'ai reçu un deuxième cadeau sans expéditeur à Noël, je leur explique. C'est peut-être d'eux aussi… Ca doit être ensorcelé !

Sirius se baisse et, avec sa baguette, ramasse l'objet. Au bout de la chaîne, l'oiseau a replié ses ailes. Les trois garçons échangent un regard que je ne comprends pas.

- Je vais l'apporter à McGonagall, je décide. Au moins, ça n'a aucun rapport avec tout le reste en apparence, ça pourra peut-être la mettre sur la piste et arrêter tout ça.

- Euh… Luth, tu ne sais même pas si c'est ensorcelé, objecte Peter.

- Depuis combien de temps le portes-tu ? demande Remus.

- Un peu plus d'un mois.

- Tu as l'impression de ne pas être dans ton état normal, depuis ?

- Euh… non. Mais ça peut être n'importe quoi, peut-être que ce n'est pas encore actif et…

- On se calme, répond Sirius. Tu auras l'air fin si tu vas trouver McGonagall et que ce n'est qu'un collier normal. Je te propose que tu nous laisses y jeter un œil voir s'il y a des sortilèges dessus et on avisera ensuite. D'accord ?

J'hésite un instant. Mary semble penser la même chose que moi, mais le regard insistant des garçons, plus celui d'Ann, me font céder.

- D'accord.

oOoOo

Les jours suivants, je consacre beaucoup de temps à Ann. Je ne remercierai jamais assez les garçons d'avoir tiré cette histoire au clair – même si j'ai bien compris qu'ils ne l'ont pas fait par bonté d'âme. Ca m'a vraiment enlevé un poids de l'estomac. Retrouver ma meilleure amie est délicat. Elle n'aurait jamais dû lire ce mot, quand bien même elle reconnaît que je n'étais pas méchante. A peine sarcastique. Il y a des choses qui font les relations humaines et elles ne sont pas toutes à montrer.

Je crois que nous devons aussi une fière chandelle à Mary. Ann était encore très vexée par mes mots malgré son soulagement de constater que je ne parlais pas sérieusement. Il a fallu que Mary lui rappelle qu'elle a eu aussi quelques expressions salées à mon égard pour qu'elle passe définitivement l'éponge. Bizarrement, je suis sûre qu'elle aurait moins apprécié venant de moi.

Bref, toujours est-il que pour enterrer définitivement la hache de guerre, je prends sur moi et engage une conversation sérieuse au sujet de son couple. « Engager, vraiment ? » Bon, disons plutôt que je n'évite pas le sujet quand il vient sur la table. C'est ainsi qu'un soir, Ann rentre très énervée de son dernier rendez-vous :

- Il m'a encore reproché de passer trop de temps avec toi ! Ca n'a rien d'étonnant, tu es tellement moins énervante que lui que…

- Wow, il doit vraiment battre des records, je plaisante.

« Tu es sûre que tu n'évites pas la conversation, là ? »

- Tu l'as dit ! répond Ann sans même relever l'ironie.

Réflexion faite, oui, j'en suis sûre. Surtout que c'est vexant d'être considérée comme plus énervante que Phillip Le Bel. Très. Je suis persuadée d'avoir plein de qualités dont il n'ose même pas rêver de… « Tu es vraiment sûre de ne pas éviter la conversation ? » Ca va, je n'ai rien dit. Pendant que je pansais mon orgueil blessé, Ann est partie dans une diatribe enflammée contre l'élu de son cœur :

- Et tu verras que si Gryffondor gagne samedi, il ne s'en remettra pas parce que ça ne se fait pas de se faire battre par sa copine, une faible femme…

Je lève un sourcil sceptique en me recalant contre mon oreiller. Qu'on me rappelle ce que j'écrivais à Mary quelques jours plus tôt et qui a vexé Mademoiselle ? Comment ça, il vaut mieux que je ne relève pas ? Vraiment ? Bon.

- Et ça, c'est tout bonnement insupportable ! Mais comment j'ai pu ne pas m'apercevoir que c'était un misogyne en puissance ?

- J'ai peut-être une réponse à cette question, j'interviens malicieusement.

« Malicieusement ? Je croyais que la conversation devait être sérieuse ! » Le neurone de la commère en furie m'embête. Beaucoup.

- Vraiment ? Eh bien je serais curieuse de l'entendre, grince Ann en attrapant sa brosse à cheveux.

- Il y a un truc dont tu me rebats les oreilles depuis un certain temps, qui pourrait éventuellement expliquer ton comportement. Ca s'appelle « l'amour », je crois, mais attention, l'amour avec un grand « A ». La légende dit qu'il rend aveugle et…

J'évite la brosse à cheveux de justesse. Fort heureusement, Ann sourit. C'est un peu contradictoire avec cette pulsion meurtrière, mais passons.

- Je n'y crois pas ! C'est toi qui fais un cours magistral sur l'amour et moi qui joue la sceptique. Où va le monde ?

- Il faut bien inverser les rôles de temps à autre, ça nous permet de garder un certain équilibre mental.

- Un tel discours philosophique sorti de ta bouche est louche, relève Ann. Il doit y avoir une raison à ce soudain revirement. Voyons… Sirius t'a convaincue ?

Que vient faire Sirius là-dedans ?

- Tu ne vas pas t'y mettre aussi, je grogne.

- Je vais me gêner, tiens !

- De toute façon, on parlait de toi, là, pas de moi.

Non mais. Pour une fois que je fais un effort, elle essaye de détourner la conversation. Pas étonnant qu'on ne parle jamais de ses problèmes si elle aime tant les miens, hein. Je me penche sur mon lit pour rattraper la brosse à cheveux.

- Parler de moi, ce n'est pas drôle.

A mon tour d'avoir des pulsions meurtrières. Et après on s'étonne que je sois parfois centrée sur moi-même.

- Ecoute, Ann, je dis en me retenant de lui lancer son bien à la figure, si tu laisses la situation s'enliser…

Ce que tu fais depuis deux mois, en fait.

- Tu vas continuer à te prendre la tête.

Et la mienne avec.

- C'est mal.

Très mal, même.

- Regardez qui parle, elle ironise.

Mais je l'embête !

- Bon, essayons autre chose : tu veux continuer à le voir ou pas ?

- J'en sais rien !

- Tu l'aimes ?

- J'en sais rien non plus !

« … » Merci, neurone. Sincèrement merci, pour une fois. Que faire ? Ah, voilà. Puisqu'elle ne veut pas discuter, je vais ordonner :

- Bon, on est d'accord pour dire que le match de samedi matin sera décisif. Calme le jeu entre vous jusque-là en étant gentille… et disponible… et calme… Bref, comme tu peux. S'il n'apprécie pas, lâche-toi et hurle-lui dessus comme tu sais si bien le faire, ça fait du bien de mettre les choses à plat paraît-il.

« Comme tu l'as fait avec McLaggen ? » Par exemple. « Tu as une notion des choses à plat particulière. Je ne suis pas sûr qu'Ann apprécie. »

- Si vous gagnez samedi et qu'il fait la tête… longtemps, largue-le.

« Très particulière. »

- Et dans l'hypothèse où l'on perd et qu'il fanfaronne longtemps ?

La réponse qui vient du cœur étant encore « largue-le » je juge plus sage de biaiser :

- Qu'est-ce que tu racontes, vous ne pouvez pas perdre.

Chose étrange, le neurone de la commère en furie ne fait aucun commentaire sur ma tentative d'évitement. Peut-être qu'il n'est pas si suicidaire que ça. Allongée sur son lit, Ann réfléchit un moment en contemplant le plafond puis se décide finalement :

- Tu as raison, je ne peux pas faire grand-chose avant le match de samedi. Tu me rends ma brosse, s'il te plaiî ?

Tout ça pour ça.

oOoOo

Demander à Ann de se calmer quand elle était avec Phillip était totalement irréaliste. Mais ma meilleure amie étant quelqu'un de très responsable dès qu'il s'agit de son petit ami, elle lui a clairement expliqué que, vu la tension et leur situation de couple, moins se voir jusqu'au match serait une bonne idée. Il a accepté. Ce type est peut-être plus raisonnable que je le croyais.

oOoOo

Il y a toujours quelque chose qui ne tourne pas rond. Me faire agresser par Rosier m'a vraiment effrayée, sans compter tout ce qu'ils sont prêts à faire pour avoir le dessus dans ces disputes de collégiens. Je crois que je n'avais pas réalisé la dangerosité de leur première vengeance, prise que j'étais par ma famille, mes cours et ma vie. Je n'aurais jamais dû me taire et désigner immédiatement les coupables au professeur McGonagall. J'aurais risqué quelques semaines de retenue, bien peu en comparaison de la situation actuelle.

Je m'en veux à moi-même mais j'en veux aussi aux garçons qui ne prennent pas la mesure de ce qu'il se passe. Mince, ils ont probablement utilisé la magie noire pour transformer Sirius, ils ont volé les professeurs pour échanger nos devoirs, ils me surveillaient par plume interposée, Rosier a assommé Mary dans un couloir ! Sans compter les probables effets du collier que j'ai reçu à Noël. Et eux, ils se contentent d'en remettre une couche. Mais pourquoi ne sont-ils pas aussi choqués ? Je sais bien qu'ils n'ont pas le profil de l'élève sage et obéissant mais ils n'ont quand même pas pu aller jusque-là ! Je leur fais suffisamment confiance pour ne pas toucher à la magie noire, mais au reste ?

Avant, la bande de mon cousin m'agaçait. Maintenant, ils me font peur. Bellatrix est clairement folle, la moitié des autres est mauvaise et le reste suit bêtement. Jusqu'où sont-ils prêts à aller par orgueil, par méchanceté ? Leur comportement dépasse largement le comportement de collégiens face à une bande rivale.

Toutes ces questions m'encombrent et me troublent. J'aimerais pouvoir en parler à Ann, comme j'aimerais pouvoir lui parler de la conversation surprise au Nouvel An. Mais je ne peux pas. Elle est trop obsédée par son match pour la première et change tout net de sujet lorsque j'aborde la seconde. Alors en attendant, je me tais. Je fais profil bas, j'évite les Serpentards et me débrouille pour ne jamais me retrouver seule dans un couloir.

oOoOo

- Arrête de grogner, s'il te plaît ! s'exclame Peter à mon encontre.

Je me retiens de lui répliquer qu'il n'a qu'à aller roucouler ailleurs si je le dérange. Pour une fois qu'il roucoule, le pauvre. Et encore, il ne roucoule pas vraiment. Pas encore. J'espère qu'Agatha va finir par prendre les choses en main parce qu'à ce rythme, ils vont rater toutes les Saint-Valentins de la prochaine décennie. Je devrais peut-être expliquer à Peter le fameux courage des Gryffondors. « Dit celle qui n'a pas osé parler à celui dont elle a été amoureuse pendant deux ans. » Je n'étais pas amoureuse, c'est même Ann qui l'a dit. « Ca t'arrange, hein. » Ouais.

Bref, maintenant que je râle intérieurement, Peter est retourné à sa discussion galante avec l'amie de Mary. Cette dernière s'est diplomatiquement mise en retrait et discute avec… quelqu'un dont j'ignore le nom. Soudain, je sens une personne se faufiler entre Peter et moi sans délicatesse. Les mèches rousses m'apprennent que c'est Lily. Quant au mouvement, qui me jette quasiment dans les bras de Sirius, il est expliqué par un regard vert appuyé et malicieux. Eh oh, ce n'est pas parce qu'elle a perdu qu'elle doit forcer le destin ! J'ignore donc superbement la réaction de mes deux vis-à-vis en exprimant mon impatience de voir le match commencer parce que…

- J'ai froid !

- Et ça recommence… Un ! s'exclame Sirius.

Le match a maintenant commencé depuis une demi-heure et Serdaigle mène. L'avance est faible mais semble énerver James au plus haut point. Actuellement, je regarde Phillip foncer, Souafle en main, vers les buts de Gryffondor. Les deux batteurs de mon équipe lui décochent chacun un Cognard qu'il évite habilement. Son tir est tout aussi adroit et seul un formidable réflexe de Mandy parvient à le bloquer. Ann, bien en vue de son petit ami, esquisse un geste d'encouragement en direction de la gardienne. Pas besoin de Multiplettes pour savoir que Bell n'apprécie pas.

J'emprunte les jumelles de Peter, qui s'est plus ou moins désintéressé du match, pour observer le jeu qui s'accélère. Lorsque Phillip marque après un tir bien placé, je peux ainsi le voir faire un signe victorieux à Ann. Qui lui répond quelque chose que je ne préfère pas entendre.

A partir de ce moment, Ann devient franchement agressive envers son cher et tendre. Les Cognards fusent sur lui. Il réussit à en éviter la plupart, mais cela l'empêche de marquer et Gryffondor reprend l'avantage. Cependant, James demande un temps mort et secoue ma meilleure amie. Je suppose qu'il lui reproche d'oublier son travail et de laisser Jenkins s'occuper de tous les autres joueurs.

Gryffondor a soixante points d'avance quand les deux attrapeurs plongent brusquement vers le centre du terrain. Vif en vue ! Une clameur monte dans le stade. Jenkins réagit et envoie un Cognard sur l'attrapeur des Serdaigles, le forçant à changer de trajectoire. Seul James est désormais en position de l'attraper… ou pas. Une tache bleue – Phillip – fonce dans sa direction pour lui couper la route. James ne change pas de cap pour autant. Il est fou, ils vont se rentrer dedans ! Le cri perçant de Lily confirme ma pensée. Alors qu'ils sont presque l'un sur l'autre, Bell fait un violent écart et manque de tomber de son balai. James passe comme une fusée au-dessus de lui et pousse un cri de victoire en refermant la main sur la balle dorée. Je n'ai rien compris. Tandis que Sirius entame une danse de la victoire et que Lily se remet de ses émotions, Remus remarque mon air perdu et me désigne un point dans le ciel. C'est Ann, qui tient fermement sa batte et regarde dédaigneusement son futur ex petit ami tenter de stabiliser sa position. Il est plié en deux et par les jumelles je vois son expression souffrante. Un de ses coéquipiers l'aide à atterrir.

- Oh Merlin ! je m'exclame, comprenant ce que ma meilleure amie a fait.

- Là, c'est sûr que c'en est fini de leur belle histoire d'amour, constate Lily.

Et ce n'est pas moi qui le dis, je vous ferai remarquer.

- Tiens, tu es encore là, toi ? je réplique. Tu ne vas pas féliciter James ?

Elle rougit et part précipitamment vers les escaliers pour rejoindre son amoureux.

oOoOo

Effectivement, Ann est retournée au célibat. Plutôt violemment, même. Phillip a eu besoin d'un petit séjour à l'infirmerie et il n'a pas apprécié. Le lendemain matin, alors que nous sortions de la Grande Salle, un peu dans les vapes à cause de la fête qui a duré assez tard, il l'a apostrophée violemment. Pour reprendre ses propres termes, elle n'est « qu'une folle furieuse complètement dingue, prête à tout pour gagner un match, même à l'assassiner ». Quand elle a répliqué qu'il était loin d'être mort et que ce n'était pas le premier Cognard qu'il croisait, il a répondu qu'en tant que petit ami, il aurait pensé avoir droit à un peu plus de considération. Ann a clos la conversation en répliquant qu'il n'avait qu'à plus être son petit ami et qu'ainsi tout rentrait dans l'ordre.

Ce n'est que le soir qu'elle a fondu en larmes dans mes bras. C'était plus des larmes de rage que de tristesse. Vu toute la bile qu'elle a déversé sur lui, les oreilles de Phillip ont dû siffler.

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Désireuse d'oublier une relation qui s'est aussi mal terminée, ma merveilleuse meilleure amie a décidé de s'occuper de mon cas. Ce qui fait qu'elle me harcèle de questions depuis plusieurs jours. Elle veut tout savoir : où j'en suis à propos de mes sentiments pour Remus, est-ce qu'un nouveau garçon a attiré mon attention, quel genre de petit ami je recherche… Plus étonnant, elle a également ramené le garçon mystère sur le tapis. Son insistance à ce sujet est douteuse et ses phrases pleines de sous-entendus. Elle a quelque chose derrière la tête, mais quoi ? Saurait-elle qui il est ?

Lily en tout cas n'en a aucun doute : ce garçon, c'est Sirius et je suis également follement amoureuse de lui. Avant, elle se contentait d'insinuations mais maintenant que tout va pour le mieux avec James, elle est résolue à me faire épouser Sirius. Je vois bien qu'elle n'a pas envie de se retrouver seule debout sur une table de la salle commune mais de là à forcer le destin… Est-ce que je peux invoquer la triche par lavage de cerveau si je finis par tomber amoureuse de notre beau brun ténébreux ? « Ouuuh ! » hurle le neurone de la groupie en furie. « Le beau brun ténébreux ! Lily a raison ! » Oh non. Le forcing commence à faire son effet, je suis fichue. A l'aide !

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Je fixe depuis cinq minutes au moins le feu qui brûle joyeusement dans l'âtre. Bientôt, ça va me lasser et je devrai trouver une autre occupation. C'est que tout est plus passionnant que ce devoir d'Arithmancie. De plus, c'est dur de faire son travail correctement lorsque vous êtes assis en face d'un couple qui roucoule joyeusement. Lily me déçoit : je ne pensais pas qu'elle aimerait être surnommée « ma Lily-jolie à moi tout seul » un jour et en public en plus ! Enfin, personne n'est parfait.

A côté des tourtereaux, Sirius et Mandy font des messes basses. D'ailleurs, ils sont très proches, plus que ce que la simple amitié n'autorise, et j'interromprais volontiers Lily pour lui faire remarquer cet état de fait, si je n'étais pas civilisée.

Fort heureusement, Mandy se charge de l'interrompre elle-même en poussant un petit cri lorsque Sirius lui dérobe sa baguette. Aussitôt, l'attention de notre petit groupe est attirée par le pseudo corps à corps… hum, non, par le réel corps à corps qui a lieu sur le canapé. La plupart d'entre nous retournent vite à leur discussion, mais je continue à contempler le duo. Le plus dur est d'éviter que ma profonde commisération ne s'affiche trop clairement sur mon visage. Mandy se tortille dans tous les sens avec des cris qui ne lui ressemblent absolument pas. En un bond, elle aurait pu reprendre son bien, mais elle fait semblant d'être une empotée. L'amour, ça n'arrange personne.

- Quelles sont les cinq exceptions à la loi de Gant ? demande Ann assise à ma droite.

- Aucune idée.

Finalement, Mandy déséquilibre Sirius et, à moitié allongée sur lui, réussit à récupérer sa baguette. Il y a un instant de flottement où leurs visages sont très (très) proches. Je les vois se fixer dans le blanc des yeux jusqu'à ce que Mandy ferme les paupières en se penchant un peu plus. Elle ne va quand même pas…

- Oups, désolée Mandy, je croyais que tu prenais moins de place !

Lily ramène sa jambe contre son buste en gloussant et se serre un peu plus contre James. Son amie se frotte le creux du genou en lui adressant un regard meurtrier. Le coup l'a fait légèrement basculer en arrière et le moment est passé. Elle se rassoit sans oser regarder Sirius que je trouve soudain bien emprunté. Il se passe la main dans les cheveux, un peu perdu. Il croise mon regard et se pince les lèvres. Je détourne les yeux.

oOoOo

L'ambiance est un peu tendue le lendemain matin à table. Les garçons sont montés peu de temps après l'incident – ça m'a rassurée, je n'étais pas la seule à avoir remarqué qu'il avait failli se passer « quelque chose ». Nos deux bosseuses les avaient imités et, si nous avions jugé bon de les laisser un moment seules dans le dortoir, elles en étaient encore à s'expliquer lorsque nous sommes montés. Nous savons donc que Mandy accuse Lily de l'avoir fait exprès, mais pas ce que répond Lily.

Je pense que Mandy exagère. En théorie, elle ne sait pas que Lily me pousse à aller voir Sirius – notre préfète-en-chef est suffisamment intelligente pour dissimuler ce genre de détail à sa groupie de copine et moi pas assez bête pour aller lui en parler. Bref, elle n'a donc pas de raison de soupçonner que Lily peut avoir gâché le moment intentionnellement. Moi, si. Cependant, tout obstinée qu'elle soit, je ne vois pas Lily faire tomber à l'eau le plus grand espoir de Mandy juste pour avoir raison. Parce que c'était assez clair que Sirius n'allait pas se dérober. Il n'avait qu'à dire un mot, détourner le regard et il n'y aurait rien eu. Mais non, il est resté stoïque et l'a laissé approcher. Qu'on ne vienne pas me dire que Mandy n'a aucune chance avec lui. Ils seraient peut-être très mal assortis mais il y avait l'espace pour un essai, hier soir.

Enfin, si une chose est sûre, c'est que je n'aurai pas de réponse à ces questions et que le malaise persiste. Les garçons se sont installés un peu plus loin et Mandy jette des regards froids tout autour d'elle. Chouette. Et même pas un hibou pour me distraire des complots qui se trament dans ce nid de vipères. Pour une fois, je souhaiterais presque une de ces lettres vides que mes parents continuent à nous servir et qui habituellement m'énervent – même si je réussis l'exploit de répondre aimablement et de la même manière insipide.

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Repas de midi. Mandy fait des progrès. Si ça continue, elle va bientôt avoir l'âge mental adapté à notre âge. Elle a compris ces derniers jours une notion fondamentale : quand on en veut à quelqu'un, vouloir la mort de la terre entière n'arrange pas les choses. Elle est donc (un peu) plus aimable avec nous et se contente de faire la tête à Lily. Bon, ça rend encore la situation un peu sensible mais c'est déjà plus supportable. Lily n'entre pas dans son petit jeu et se contente de hausser les épaules quand son amie l'énerve un peu trop. On dirait qu'elle attend que la situation s'améliore d'elle-même. Vu la personne agréable et charmante qu'est Mandy, elle va avoir besoin de beaucoup de patience.

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Repas du soir. En fait, j'ai eu tort en disant que Mandy avait mûri, elle est simplement lunatique. Ce soir, elle est agréable avec tout le monde, même Lily. La présence de Sirius à ses côtés n'y est sans doute pas pour rien. Enfin, passons. A ma grande surprise, James m'adresse la parole.

- Luth, dis-moi que tu as un sujet de conversation plus intéressant que celui de Lily.

Voyant mon air ébahi devant une telle question, il ajoute :

- Moi non plus je n'aurais jamais cru dire ça mais parfois les filles font des fixations sur des choses inintéressantes au possible.

- Je suis une fille, James.

- Certes…

Avec un soupir, il se tourne à sa gauche et s'en va pleurer vers Remus. Je regarde Lily, en face de James, qui chipote dans son assiette et lui donne un coup de pied sous la table pour lui demander ce qui ne va pas.

- Aïe !

- Oups, désolée, je m'excuse platement et immédiatement auprès de Mandy. Ce n'est pas toi que je visais.

- C'est ça, fais l'innocente, elle répond avec une moue méprisante avant de se tourner à nouveau vers l'élu de son cœur.

- Gnagnagna, je grogne.

Peter, à côté de moi, étouffe un rire.

- Je crois que niveau fixation, tu n'es pas mieux que Lily, ce soir.

- Ben en même temps, il y a de quoi être atterrée…

Je lui désigne Mandy du menton. Elle est censée être assise entre Lily et Sirius mais on pourrait installer Hagrid au milieu des deux filles quand même une feuille de parchemin n'arriverait pas à la séparer de Sirius. Leurs épaules et leurs bras sont tellement proches que je me demande comment ils arrivent à manger sans se donner des coups. Ah oui pardon, Mandy ne mange pas. C'est vrai qu'il est difficile de chanter la sérénade la bouche pleine.

Quand nous arrivons au dessert, elle décide de s'approprier le bras du Maraudeur. « Ben, pourquoi ne le ferait-elle pas ? Après tout, c'est vrai qu'il n'en a pas besoin pour manger du crumble : une main pour tenir la petite cuillère, c'est amplement suffisant » commente le neurone de la groupie en furie. Mais il m'embête.

- Elle ne voudrait pas lui donner la becquée, tant qu'on y est ? je grogne à l'intention de Lily, Mary, Ann et Peter.

Les premières répriment un sourire plein de sous-entendus mais les deux autres n'ont pas leurs scrupules. Pendant ce temps, Sirius se laisse joyeusement séduire par la belle (« sangsue ! ») blonde qui lui fait la cour. Et vas-y que je t'adresse un sourire éclatant de blancheur, et que je rigole trop fort à ta dernière mièvrerie… Mais pitié Sirius, abrège ! Repousse-là où embrasse-là mais arrête ce petit jeu tout sauf subtil, enfin. Tu ne vois pas qu'on est tous au bord de la nausée ? De l'évanouissement ? Tiens regarde : Remus est tout pâle, le pauvre, vous le choquez. Alors embrasse-là (« eh, pas à table quand même ! ») qu'on en parle plus. « Je crois qu'en fait on en entendra beaucoup plus parler s'il l'embrasse. » Ben techniquement non, on ne peut pas parler et embrasser. « Ne fais pas l'idiote. Tu n'as pas envie de voir un couple à la Ann et Phillip à nouveau. Surtout que cette fois-ci ils sont dans la même maison. » Ah non, en effet. Bon, Sirius, envoie-la balader qu'on n'en parle plus !

oOoOo

Je ne sais pas qui a eu l'idée d'inventer les ASPICs, mais c'était un sacré sadique. Ces examens sont de la torture pure. La montagne de choses à apprendre dépasse de loin les capacités de mon pauvre petit cerveau. Et dire qu'on n'aura besoin que du dixième de ces connaissances le jour de l'épreuve et encore moins après. La vie est dure.

- Tu sais, maltraiter une plume n'avance rien, me glisse Ann en chuchotant.

Je hausse les épaules et essaie de retourner à ma leçon d'Arithmancie, mais j'ai perdu la ligne. Grmbl. Je sens le regard d'Ann sur ma nuque, mais l'ignore ostensiblement. Ce qui ne la décourage pas.

- Je pense que Sirius est amoureux de toi, déclare-t-elle soudain.

Merlin, elle ne peut pas annoncer ce genre de choses en douceur ? J'ai manqué d'en tomber de ma chaise. Pour la punir, je ne fais que lever les yeux au ciel.

- Je suis sérieuse !

- Pitié Ann, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ! Avoir Lily sur le dos est amplement suffisant.

- As-tu déjà pensé que Lily puisse avoir raison ? elle insiste.

- Euh, laisse-moi réfléchir… non. C'est quand même assez clair qu'il va finir avec Mandy, surtout depuis quelque temps. L'autre soir, sans la maladresse de Lily, ils se seraient embrassés, tu l'as vu aussi bien que moi.

Je considère la discussion close et repars à la recherche de mon paragraphe.

- La maladresse de Lily ? Tu es vraiment aveugle quand tu veux, Luth. C'était vo-lon-taire.

Mais c'est qu'elle est têtue quand elle veut !

- Tu ne vas pas chercher un peu loin ? Elle a beau être convaincue que Sirius et moi sommes faits l'un pour l'autre, je la vois mal gâcher les chances de sa meilleure amie alors qu'elles sont si évidentes.

- Elle me l'a dit elle-même, Luth, je n'imagine rien.

Je relève brusquement la tête et la fixe, ahurie. Je ne croyais pas Lily capable de…

- Elle l'a fait parce qu'elle ne veut pas que Sirius se rabatte sur Mandy par dépit. Ca ne donnerait rien de bon, tu ne crois pas ?

- Je ne sais pas ce qu'elle va imaginer, mais… par dépit ? Et leur petit jeu depuis quelques jours, ça ressemble à du dépit ? Du dépit très actif, je trouve.

Ann pose sa plume et se tourne sur sa chaise pour me faire face.

- Sirius est plutôt passif. Il se laisse faire, tout simplement. Et c'est bien ce qui a changé ces derniers temps : avant il faisait bien attention à maintenir une certaine distance.

- Euh oui, d'accord. Quel rapport avec moi ?

Il ne se rendait peut-être pas compte que Mandy brûlait d'amour pour lui (les garçons sont des êtres aveugles qui ne voient jamais les subtilités du second degré) et maintenant qu'elle emploie les grands moyens, il est bien content. Mon air sceptique convainc Ann d'approfondir :

- Luth, ç'a tout à voir avec toi. Pourquoi crois-tu que Remus a lancé cette histoire de garçon mystère ? Tu n'as jamais remarqué la façon dont il te tourne constamment autour ? Il est toujours à te charrier, à te provoquer pour que tu t'intéresses à lui. C'est le seul qui t'appelle Luthine, il grogne dès que tu t'intéresses d'un peu trop près à un autre garçon, enfin, à Remus et…

- Arrête ton balai, tu extrapoles complètement là ! je m'écrie.

Le ton me vaut un regard d'avertissement de Miss Pince. Ann reprend plus bas :

- Même James et Peter ont remarqué, c'est dire ! Et tu oublies qu'il a tenu à veiller sur toi toute la nuit quand tu as appris pour ta mère. Il t'a tenu toute la nuit dans ses bras !

Là, je suis blasée. Ann ferait tout pour apporter de l'eau à son moulin : ce n'est pas du genre de Sirius de profiter de ce genre de situation. « Vraiment ? »

- Et puis le cadeau que tu as eu à Noël… le phénix. Pourquoi ça ne serait pas de lui ? C'est bien son genre !

J'abandonne. J'aurais plus de chance de convaincre un centaure qu'Ann. Attaquons donc sous un autre angle :

- Bien, bien, admettons (elle a un sourire victorieux que je m'empresse de lui enlever), j'ai dit admettons, que tu aies raison. Dans ce cas, pourquoi laisse-t-il Mandy se faire des illusions ?

Elle grimace. Eheh, je l'ai mouchée. « Tu es optimiste » commente le neurone de la groupie en furie.

- Eh bien disons qu'il est peut-être fatigué de… hum, de t'attendre ?

Haussement de sourcils de ma part.

- Mais mets-y un peu de bonne volonté, s'il te plaît ! Ca fait longtemps qu'on a des doutes sur les sentiments que Sirius a pour toi. Tout le monde s'en est aperçu ! Il se vexait tellement aux quelques sous-entendus qu'on faisait qu'on a laissé tomber, mais Remus a pondu cette histoire de Garçon Mystère au début de l'année. Ca ne fait qu'accréditer la rumeur. Et elle n'est pas nouvelle, crois-moi. Luth, ça doit faire deux ans qu'il attend que tu daignes le regarder, il en a peut-être marre et ça se comprend.

- Grand bien lui fasse, qu'il aille avec Mandy, alors, comme ça tout le monde sera content.

Son insistance me fatigue. Vraiment. Beaucoup.

- Tout le monde, vraiment ? Ose me dire que ça t'indiffère !

Mais elle n'arrêtera donc jamais !

- Ca m'indiffère.

- Tu te voiles la face, c'est surtout ça oui. Franchement, tu n'as pas vu ta tête l'autre soir quand ils ont manqué de s'embrasser. Et tu as passé ces derniers jours à râler contre leur flirt, alors sois un peu honnête avec toi-même et reconnais que ça ne t'indiffère pas tant que ça.

- Mais si ! Pourquoi veux-tu absolument voir des Sombrals là où il n'y en a pas ?

« Oh, le beau lapsus ! » Oh toi, la ferme. Ann me considère un instant avec une expression de franche exaspération et hausse les épaules.

- Oh et puis zut, fait bien ce que tu veux. Mais ne viens pas pleurer dans quelques jours quand tu les verras s'embrasser dans la salle commune !

oOoOo

Ann m'a drôlement énervée, avec son insistance. Pour le lui faire comprendre, j'ai passé le reste de la journée à l'ignorer. S'apercevant de sa bêtise, elle m'a proposé de l'accompagner à l'entraînement de Quidditch pour mettre les choses à plat. Sur le trajet, elle s'est excusée de son insistance. Elle dit qu'elle a peur que je passe à côté de quelque chose et m'a demandé de considérer les choses calmement. Mouais. Pour faire oublier l'histoire, je lui ai promis d'y réfléchir. A la base, c'était plutôt une promesse en l'air mais, maintenant que je suis seule dans les gradins, je n'ai rien d'autre à faire. Elle m'a piégée, en fait. Manipulatrice.

Je soupire. J'ai beau essayer de me concentrer sur autre chose, il y a toujours son nom qui revient dans mes pensées. En boucle. Sirius. Sirius qui craquerait pour moi. Sirius qui serait le Garçon Mystère. Est-ce possible? Lily a toujours vu ça comme une évidence. Elle n'a jamais cherché à argumenter, se contentant de me charrier dès qu'elle croyait voir une preuve de sa théorie. Considérant le fait qu'elle est plus têtue qu'un centaure, c'était facile de l'ignorer. Mais Ann a rejoint le côté obscur. S'est-elle laissée influencer ? C'est possible. Depuis sa rupture avec Phillip, elle oublie ses problèmes en se plongeant dans ceux des autres. La voyant influençable, Lily a sans doute profité de l'occasion pour lui toucher deux mots à propos de Sirius. C'est bien assez romantique pour Ann, l'homme qui souffre des années de voir sa dulcinée l'ignorer. Et elle serait bien du genre à vouloir donner un coup de pouce au destin, rien que parce que nous formerions un beau couple. Bref, elles ont dû abuser d'herbes hallucinogènes.

« Tu vois vraiment Lily fumer de l'herbe, toi ? » Ben oui, pourquoi pas. « On parle de Lily, là. Tu sais, la préfète-en-chef. » Eh, préfète-en-chef ne signifie pas parfaite ! La preuve, elle sort avec James Potter. Si ça ce n'est pas un gros défaut ! « Lily ne penserait même pas que l'herbe puisse servir à ça et tu le sais. » Et alors ? « Eh bien ça veut dire que son raisonnement est rationnel et logique. » Non. Ne pas fumer ne signifie pas qu'on a toujours raison sur tout. « Mais Lily a souvent raison sur tout. » C'est bien là le problème. « Et Ann est une experte en matière de sentiments. » Elle se prend surtout pour l'instance supérieure en la matière. « Ce qui signifie qu'elle ne se serait pas laissée influencer par Lily… » Stupide neurone. Tais-toi, laisse-moi tranquille. En fait, je me demande bien pourquoi je me casse la tête avec ça. Est-ce si important de savoir si Sirius m'aime ou pas ? Alors que ce n'est pas mon cas ?

« Vraiment ? » Oui. « Bien. Mais tu n'es pas obligée d'être aussi dingue de lui que tu l'étais de Remus pour tenter quelque chose. » Si. « N'essaye pas de me dire que tu étais folle amoureuse de McLaggen. » Si, si. « Menteuse. J'étais déjà là à l'époque, tu sais ? » Ouais bon, d'accord. Mais McLaggen on s'en fiche, ce n'était même pas un ami. Avec Sirius, je n'ai pas envie d'essayer juste pour voir. Sirius est entier. S'il m'aime vraiment, je lui ferais trop de mal à juste essayer comme ça. Je ne suis pas sûre qu'il me pardonne si ça se finissait mal. Je ne veux pas supporter son regard lourd de reproches tous les jours. Je n'ai pas envie de le blesser. « Non mais à ce compte-là, tu ne tentes jamais rien avec personne, hein. Tu ne vas pas nous refaire pour Sirius le cinéma que tu faisais pour Remus quand même ? » Ben si, c'est le même cas de figure. Si ça ne marche pas et que je dois le voir aussi souvent, vive l'ambiance. « Ann l'a fait et il n'y a aucun problème d'ambiance. En plus, tu sors de l'école dans quatre mois. Alors arrête de chipoter. »

« Et puis, il est mignon, Sirius. » Je ne te le fais pas dire. « Ne me dis pas que tu n'as jamais imaginé être dans ses bras. » Si, évidemment. On s'interroge toujours à un moment donné. J'ai même pensé à Peter et James. Je m'y suis à peine arrêtée. « Ah, oui, mais Sirius, ça t'a donné plus de fils à retordre. » Un peu, oui. Je n'ai jamais supporté les garçons possessifs mais force est de reconnaître qu'il l'est d'une certaine façon et que je ne l'ai jamais repoussé. Que ça ne m'a jamais dérangée. Que c'était agréable, simple, et… naturel de me réveiller dans ses bras après la nouvelle des blessures de ma mère. Lily aurait-elle raison ? Est-ce que je me cacherais encore derrière des prétextes comme je le faisais lorsque je pensais aimer Remus ? Je l'ai fait une fois, pourquoi pas deux ? Admettre que je puisse être amoureuse de Sirius, qu'il puisse y avoir quelque chose, c'est mettre en danger ce qu'il y a entre nous. C'est prendre des risques. Chose que je n'aime pas. Remus, c'était la sécurité de rêvasser sans trop se prendre la tête. Je savais qu'il ne me verrait jamais. Remus ne voit pas les filles. Mais Sirius est à portée de main. Sirius est… dangereux, en quelque sorte. Quelle Gryffondor je fais. Pourquoi le Choixpeau m'a-t-il répartie dans cette maison ? Je ne vois pas une once de courage en moi.

Je sursaute violemment en sentant quelque chose me chatouiller le cou.

- On se calme, Luthine, ce n'est que moi.

Luthine. Je réponds sans me retourner pour cacher mon trouble.

- Qu'est-ce que tu fabriques ?

- Je te rends juste quelque chose qui t'appartient.

Un éclat argenté passe devant mes yeux. Je porte la main à la chaîne qu'il termine d'attacher et sens le phénix déployer ses ailes. Je ne suis que trop consciente de ses mains sur mon cou. Je frissonne.

- Vous avez déjà vérifié qu'il n'y a pas de sortilège dessus ? je m'étonne en me retournant.

- Pour être honnête, nous n'avons rien vérifié du tout.

- Mais… pourquoi ?

Il fuit mon regard. Je suis le sien qui s'attarde un peu trop vers les buts du terrain de Quidditch. Tout s'embrouille. Il y a les assertions de Lily, les sous-entendus d'Ann, les sourires de Sirius. Il y a ma meilleure amie qui me croit capable de ne rien m'avouer pour ne pas souffrir, Lily qui me croie incapable d'assumer mes sentiments, le regard perdu de Sirius le soir où Mandy a manqué de l'embrasser. Il y a la rumeur de Remus, tout qui s'entrechoque dans ma tête et cette boule dans mon ventre. Il y a Mandy qui lui saute dessus, lui qui ne la repousse pas. Et cette boule dans mon ventre quand je vois ça. Alors peut-être…

- Oh…

Courage.

- Tu sais d'où elle vient.

Il ne répond toujours pas. Sans savoir pourquoi, ça confirme toutes mes pensées, ça me fait peur, ça me plait, ça m'énerve. J'assène avant de reculer :

- C'est toi qui me l'as envoyée. Le Garçon Mystère, c'est toi.

Dès cette phrase dite, ses yeux reviennent sur moi. Il me défie d'un regard sombre et orageux. Un regard qui m'énerve et m'étourdit à la fois. J'arrête de réfléchir et agis. J'attrape sa cravate pour l'attirer vers moi. Et l'embrasse.


Luth étant un peu occupée, elle cède la parole à Caprice.

Caprice gnuhute de contentement en imaginant vos têtes, et elle espère que vous pensez que ça valait le coup d'attendre. Elle vous donne rendez-vous au prochain chapitre pour des "déplacements (plus ou moins) subtils des centres de gravité". Elle vous demande humblement votre avis sur la suite des évènements et vous dit à Lundi prochain!

(Ah, et quelqu'un m'a demandé: Memories comptera 21 chapitres plus un épilogue).