Bonjour!

Voici le nouveau chapitre. Je n'ai pas eu le temps de répondre à vos reviews (nombreuses, par ailleurs, merci beaucoup :D) ce week-end, mais je le fais dès demain. En attendant, je remercie Antig0ne, Shiriliz, CFLM angel, Feather Ashes, miss-sawyer et Til'Illan pour leur fidélité, aux côtés de Tiffvillard pour leurs reviews. Merci aussi à suplou26 pour avoir mis l'histoire en favoris.

Bonne lecture et à bientôt dans les RAR !


Chapitre 19 : Déplacements (plus ou moins) subtils des centres de gravité

- Non, je ne monterai pas sur cette table !

- Tu as parié et tu as perdu, Luth, alors tu le fais !

- C'est hors de question !

- Eh, je ne fais pas tant d'histoires, je te signale. Mauvaise joueuse !

Je n'aurai jamais cru Lily capable d'un truc pareil. D'accord elle est du genre intègre, à respecter la parole donnée, mais il me semblait que son goût pour le ridicule était très limité, voire inexistant. Fréquenter James ne lui fait pas que du bien, si vous voulez mon avis. L'influence Maraudeur n'est pas pour me plaire, surtout en ce moment : Mademoiselle a décidé qu'il était temps que nous nous débarrassions de nos gages.

- Quel est le sujet de la dispute ? demande Sirius qui arrive à point nommé.

- Luth ne veut pas monter sur la table !

- En même temps, une table, ce n'est pas fait pour ça… enfin, en théorie, répond mon petit ami avec un sourire malicieux.

Oui, parce que c'est officiel : je sors avec Sirius depuis deux semaines. Je vous laisse imaginer la danse de la victoire des deux conspiratrices en chef – sans parler de celle que l'équipe de Quidditch a improvisé quand je l'ai embrassé. C'a réjoui à peu près tout Poudlard – excepté les Serpentards et les groupies de Sirius. Ca vous met légèrement la pression, un truc pareil.

- Mais elle a perdu son pari, elle est obligée de le faire ! Moi aussi d'ailleurs.

- Vous avez parié et vous avez perdu toutes les deux ? répond Sirius en levant un sourcil dubitatif. Je peux savoir quels étaient l'objet et l'enjeu ?

- T'occupes ! je lance immédiatement, peu désireuse qu'il découvre qu'on pariait sur lui et son grand copain.

- Tu le sauras si tu m'aides à la faire monter sur cette table !

« Traîtresse ! Vengeance ! Trahison ! A mort ! » hurle le neurone de la commère en furie. Pour une fois, je suis d'accord. Pendant ce temps, Sirius nous considère toutes les deux un instant puis me prend délicatement par la taille. Je tourne la tête pour le voir afficher un sourire que je n'aime absolument pas. Après m'avoir posé un bisou sur la joue, il me soulève et lance mes jambes sur le meuble.

- Traître !

- Mais non, ma Luthine, c'est pour ton bien !

« Vengeance ! Trahison ! A mort ! » hurle à nouveau le neurone. Oh oui !

- Black, j'aurai ta peau !

« P'tet pas, quand même » intervient celui de la groupie en furie. Oui, pas faux. M'enfin, vengeance quand même.

Pendant ce temps, Lily est montée debout sur la table et réclame l'attention de nos camarades. Ce qui est parfaitement inutile puisque notre dispute pour le moins incongrue a attiré l'attention de toute la salle commune depuis un bon moment. Et, évidemment, pour faire son show, mademoiselle la préfète-en-chef a choisi l'heure où il y a le plus de monde dans la tour de Gryffondor : après le repas. Grommelant dans ma barbe, je me lève pour me mettre à son niveau. Oui, parce que maintenant que tout le monde m'a vue, redescendre serait faire preuve d'une lâcheté inconvenante pour une Gryffondor. Merlin, mais pourquoi j'ai parié avec Lily ? Pourquoi j'ai parié tout court, d'ailleurs ? J'aurais dû savoir que je ne pouvais pas toujours gagner !

Lorsque le silence se fait, Lily se tourne vers moi avec un petit sourire victorieux. Puis elle entame son discours :

- Si je profite du fait que vous êtes tous réunis ce soir, c'est pour faire une déclaration…

Finalement, ça ne sera peut-être pas si terrible que ça. Faire l'éloge de Lily, ce n'est pas très dur. Et puis, on n'a pas précisé qu'il fallait dire pourquoi on devait faire son éloge. Je pense qu'elle a autant envie que moi que les garçons n'apprennent rien du pari. Du calme, Luth.

- Chaque personne qui connaît Luth Selwyn sait qu'elle est une fine psychologue qui ne se trompe jamais, ou presque, quand elle fait l'expertise psychologique d'une personne. J'avoue avoir été assez orgueilleuse pour ne pas la croire quand elle s'est attaquée à mon cas. Il se trouve que sa prophétie à mon sujet s'est réalisée…

- Pour le meilleur ou pour le pire, j'ajoute, malicieuse.

- Surtout pour le meilleur, j'espère !

- Eh, les filles, lance Fabian, assis dans la salle, c'était quoi cette prophétie ?

- Certaines prophéties ne sont pas faites pour être révélées, je réponds immédiatement.

- Mais celle-là n'en fait heureusement pas partie, ajoute Lily.

« Tue-la », suggère un comité de neurones. Pour le coup, j'ai très envie de suivre son conseil.

- Luth m'a prédit que je finirais par ouvrir les yeux sur James Potter. Elle disait exactement « un jour, tu t'apercevras que tu es amoureuse de lui ». Il se trouve qu'elle voyait juste et j'en suis très heureuse.

« Entrée des violons », m'informe le neurone de la guimauve. Si j'adopte un air blasé, j'évite soigneusement de regarder Sirius qui a poussé un « oh » d'exclamation aux paroles de Lily. Je suppose qu'il devine quelle était la part du jeu qui me concernait. Je vous parie que je vais en entendre parler. De son côté, James, qui observe sa belle, rayonne de joie à ces paroles. Lily lui envoie un baiser qu'il fait mine d'attraper.

- Je remercie donc chaleureusement Luth, cette personne profondément humaine, qui m'a ouvert la voie du bonheur.

« Grand final, violon, alto, violoncelle et contrebasse font vibrer en chœur la dernière note de cette émouvante symphonie de l'amour », reprend le neurone de la guimauve, très serviable, tandis que Lily se retourne et me serre dans ses bras.

- T'en fais pas un peu trop ? je lui souffle.

- Ca t'apprendra à chercher à fuir la défaite !

Elle s'éloigne de moi et me pousse sur le devant de la table.

- Hem… Pour commencer, je félicite Lily pour son discours… Bien qu'il ne soit pas exactement ce à quoi je m'attendais, étant donné qu'elle était censée faire mon éloge et non une déclaration d'amour vibrante à son prince charmant.

Des rires et quelques exclamations retentissent dans la salle. Lily rougit et James lève le poing.

- C'est donc à mon tour de dresser le portrait dithyrambique de notre préfète-en-chef préférée. Vous m'excuserez de ne pas la remercier de m'avoir ouvert les yeux, car ce n'est pas ce qu'elle a fait. Son caractère affirmé et volontaire, digne d'une Gryffondor, l'ont poussée à me démontrer par A + B qu'elle avait raison et que j'avais tort. Elle me répétait sans cesse, ignorant la frustration que mon sale caractère lui opposait : « je te dis que tu es amoureuse de Sirius ! ». J'ai arrêté de compter après la 739eme fois. Je ne sais donc pas si notre couple est le fruit de son dur labeur ou d'un sentiment naturel…

Je baisse les yeux sur Sirius, dont le visage s'est décomposé. Il ne sourit plus du tout. Hé, mais il ne va pas croire ce que je raconte, quand même ?

-… Cela dit, peu importe puisque je suis très heureuse comme ça.

Et, pour rassurer mon pauvre petit ami, je saute de la table et me jette dans ses bras. « Je croyais que tu n'aimais pas les violons ! » s'étonne mon neurone de la guimauve. Non, je n'aime pas les violons, mais il faut parfois faire des sacrifices pour le bien des autres. Quelle grandeur d'âme ! Je ne me connaissais pas comme ça.

Mes pensées sont brutalement interrompues par une secousse. Ah, je comprends. Sirius ne s'attendait pas à mon élan d'amour et, déstabilisé par mon poids, a perdu l'équilibre et m'a entrainée dans sa chute. Affalée sur lui, je suis l'éclat de rire qui secoue les Gryffondors présents.

Je finis par me relever, imitée par mon petit ami. L'attention de nos camarades s'est vite reportée sur autre chose et Sirius en a perdu son sourire. Que de susceptibilité ! Je l'enlace et le fixe. Bien qu'il pose ses mains sur ma taille en réponse à mon geste, il préfère « lorgner dans ton décolleté, c'est bien plus intéressant ». Ce neurone est un imbécile.

- Eh, monsieur Black, pas la peine de vous vexer pour si peu ! Ce que j'ai dit à propos de nous, c'était de l'humour !

- Mouais…

« Mouais… » Oh non, les neurones, rendormez-vous.

- Oh, si tu le prends comme ça, je m'agace en me détachant de lui pour rejoindre nos amis près du feu.

Je suis à peine assise qu'il s'installe à mes côtés et me passe un bras autour des épaules. Je lui jette un coup d'œil, ai droit à une vague moue d'excuse. Bon.

Assise sur le canapé face au nôtre, Ann me lance mon appareil photo avec un grand sourire.

- Voilà qui fera de beaux souvenirs !

- Dommage qu'on ne puisse pas faire de films, soupire Lily.

- De quoi ? lui demandent tous les incultes du groupe.

Elle soupire et entreprend d'expliquer le principe du film, qui serait selon elle comme si on regardait un souvenir dans un cadre photo plutôt que dans une Pensine. Pas tout à fait vrai, mais si elle se met à leur parler du cinéma et de la télévision, on y est encore après les ASPICs. En voyant leur air ébahi à tous à la fin de l'explication de notre préfète-en-chef, je me sens tout de même un brin supérieure et remercie ma mère et mamie Anabeth d'avoir pourvu à mon éducation moldue.

N'ayant donc rien à apprendre de l'exposé de Lily, je me tourne vers Peter pour lui demander des nouvelles d'Agatha. Il me lance un regard d'avertissement, désignant Sirius et James de la tête.

- Oh, allez, ils n'écoutent pas, je lui dis un ton plus bas.

- Que tu crois ! S'ils en surprennent un mot, je suis bon pour me faire harceler jusqu'à la fin des temps.

- Rien que ça ! Ne fais par le martyr, ils ne sont pas si têtus !

Peter me contemple d'un air sceptique.

- Et dire qu'il était un temps où tu voyais les défauts de Sirius. Ca va me manquer je crois.

Oh. Je suis vexée. J'ouvre la bouche pour répondre mais le Sirius en question a entendu son nom :

- On parle de moi ?

- Non, Sirius, jamais. Tu n'es toujours pas le centre du monde, occupe-toi donc de ton chaudron.

En disant cela, j'adresse un regard appuyé à Peter. Ce n'est pas parce que je suis la copine de Sirius qu'il est devenu un dieu parfait à mes yeux. Ni que je vais prendre son parti à tout bout de champ. Donc, il peut très bien me raconter où il en est avec sa copine. CQFD*.

- Mais tu es dans mon chaudron, Luthine.

Euh non, pas encore que je sache ! A mon tour de prendre l'air profondément sceptique.

- Oh ça va ! il râle. Si on ne peut même pas rigoler !

- Je viens juste d'imiter ton comportement d'il y a dix minutes, je lui fais remarquer.

- Bien, comme ça on est quitte.

Et pour clore le sujet, il m'embrasse. Une seconde, deux, trois… Bon ça suffit, on n'est pas tous seuls non plus, hein. Je me cale plus confortablement dans ses bras. C'est qu'on y est bien, mine de rien. J'attrape la main qu'il laisse trainer négligemment sur mon ventre et mêle mes doigts aux siens. Son pouce dessine des cercles à l'intérieur de ma paume et je réprime un sourire à l'idée que je suis la seule consciente de ce petit geste. La seule à qui il est destiné, aussi.

De meilleure humeur, je tourne à nouveau la tête vers Peter pour reprendre notre conversation, choisissant un sujet tout de même moins sensible. Ce geste me fait croiser le regard amer de Mandy, mais je n'ai pas le courage de le soutenir.

oOoOo

Depuis que Sirius et moi sommes ensemble, l'ambiance du dortoir est lourde. Très lourde. Je pensais que, passés les premiers jours, Mandy cesserait de faire une tête d'enterrement mais c'était oublier à quel point elle peut être obstinée. Elle se retient devant les autres, mais dès que la porte de notre chambre se referme, elle devient plus glaciale qu'un Détraqueur (non qu'elle soit très chaleureuse le reste du temps, pourtant). Je me fais fusiller du regard en permanence, elle pousse un soupir exaspéré dès que l'une d'entre nous commence une discussion quelconque et ne décroche pas un mot. Elle a également beaucoup de mal avec Lily qu'elle tient pour responsable de la situation. Mary et Ann sont vaguement épargnées, mais je doute que le comportement de Mandy affecte la première et fasse culpabiliser la seconde.

Enfin, je m'y ferai. Elle reste toujours d'une compagnie plus agréable que les Serpentards qui se montrent particulièrement hargneux ces derniers temps. Rosier n'a toujours pas digéré l'affaire du parchemin et je suis sûre que s'il me croisait seule, il me ferait la peau. Sirius l'a bien compris et profite de sa nouvelle position privilégiée pour me protéger. Si la situation n'était pas réellement inquiétante, je trouverais ça mignon.

« Tu te rends compte que tu trouves mignon le cliché par excellence de la relation amoureuse ?! » s'étrangle le neurone de la commère en furie. Ben oui. Quand c'est Sirius qui le fait, c'a tout de suite plus de classe. Dégoûté par mon changement de bord, le neurone s'en va bouder dans son coin. Je m'affale sur mon lit avec un soupir de bien-être.

Sortir avec Sirius, c'est un peu encombrant. Il s'est incrusté dans ma cervelle et je n'arrive pas à l'en déloger. Pourtant, je le vois tous les jours, toute la journée ; ce n'est pas comme s'il me manquait. Il faut que je me maîtrise sévèrement en cours pour ne pas laisser mon regard dériver sur lui. Je ne suis pas une groupie, je suis sa petite amie. Quand même.

Surtout que c'est moi qui lui ai fait comprendre que je ne tenais pas à ce que l'on soit collés comme des sangsues. Les premiers jours, il était là à toujours me prendre dans ses bras alors que je ne savais pas trop ce que je voulais. J'adore qu'il me réclame comme ça, c'est… terriblement délicieux de se dire qu'on compte pour quelqu'un en particulier – surtout quand ce quelqu'un est le plus beau garçon de l'école (« quelle objectivité, j'admire ! »). Mais j'ai l'impression de le redécouvrir et c'est un peu intimidant.

Etre la petite amie de Sirius, ca vous change votre emploi du temps. C'est passer le déjeuner à ses côtés en essayant d'avoir l'air réveillé pour écouter ce qu'il vous raconte vu que lui est déjà en pleine forme. C'est se concentrer davantage pour écouter en cours parce qu'il est juste devant vous et que sa nuque est terriblement attirante. C'est se battre à midi pour pouvoir parler avec ses copines quand il veut votre entière attention. C'est perdre un temps fou à lui expliquer que tout le monde n'a pas son intelligence et que vous devez travailler pour avoir vos ASPICs. C'est s'entendre dire, quand on est enfin libérée de la tonne de travail, qu'il a un truc de prévu avec ses copains. Bref, un tas d'embêtements quotidiens. A se demander pourquoi je ne reste pas célibataire, ça serait plus simple.

Peut-être parce qu'être la petite amie de Sirius, c'est avoir droit à un câlin plus que sincère pour commencer la journée. C'est réussir à ne pas rougir comme une troisième année quand il glisse sa main sous le bureau pour caresser la vôtre. C'est sentir son regard boudeur quand il n'est pas l'objet de votre attention. C'est avoir les réponses aux questions bien plus facilement qu'en cherchant dans un manuel. Et puis ce sont toutes ces petites attentions, de lui à moi, le soir au coin du feu, murmurées à mon oreille. Alors je ne sais pas trop où on va, mais j'ai envie de continuer.

oOoOo

Je me dirige vers mon cours de Sortilèges lorsque je croise Williamson.

- Tiens, salut David ! Ca va ?

- Salut, Luth. Ca va tranquillement, ma foi. Et toi ?

- Plutôt bien.

- Alors comme ça, il paraît que tu sors avec Black ?

- Tu es bien informé, dis-moi, je réplique avec un sourire.

- Tu sais, les rumeurs vont vite à Poudlard. Surtout quand ça concerne les coqueluches de ces demoiselles.

- Tu me traites de groupie ? je me vexe.

- Moi ? Non !

Il a l'air un peu embêté de sa gaffe alors je lui souris plus franchement.

- Mais… enfin, tu crois vraiment que c'est euh… judicieux comme parti ?

- Tu m'expliques ? je réponds d'un air étonné.

« Il est peut-être jaloux » s'amuse le neurone de la groupie en furie. Eh, je le connais à peine ! « Oui, tu lui parles juste plusieurs fois par semaine depuis bientôt trois mois. Il te faut combien de temps pour connaître quelqu'un ? » Roh, ça va.

- Eh bien, sortir avec Sirius Black, c'est un peu contraignant, non ? Tout le monde va surveiller le moindre de tes gestes… Et vu comme il est en guerre contre les Serpentards, tu n'as pas peur d'en faire les frais ?

- Pas vraiment non. Les Serpentards sont en guerre contre moi aussi, malheureusement, alors un peu plus, un peu moins…

Il n'a pas l'air convaincu.

- Je serais toi, je ferais attention quand même attention à qui je fréquente.

Et sur ces paroles énigmatiques, il me souhaite une bonne journée et s'éloigne.

« Jaloux, définitivement. » Mouais.

oOoOo

- Debout, Miss Johnson ! Vous allez être en retard !

Je tire la couette de ma meilleure amie qui étouffe un grognement mécontent.

- C'est le monde à l'envers, râle-t-elle en se levant tant bien que mal. Toi qui me réveilles !

- Il y a un début à tout, je réponds en fonçant vers la salle de bain.

- Y'a surtout un Sirius à tout, oui.

Je ferme la porte en faisant mine de ne rien avoir entendu, mais Lily rit trop fort pour que je puisse l'ignorer.

Trente minutes plus tard, nous descendons dans la salle commune. James et Sirius sont assis dans un canapé.

- Bon, on vous laisse, murmure Mary en entrainant Ann vers la sortie.

J'adresse à celle-ci un regard désolé mais elle hausse les épaules. Il faudrait que je fasse attention, quand même. Elle vient de rompre avec son copain et je lui agite le mien sous le nez. Pas très sympa. Cette pensée est reléguée au second plan quand les lèvres de Sirius rencontrent les miennes.

- Bien dormi, Luthine ?

- Bien réveillée, en tout cas, ricane Lily par-dessus l'épaule de James.

Je l'embête.

- Mieux que toi, visiblement, dis-je en remarquant les cernes qu'il a sous les yeux.

- Oh, on a veillé tard.

J'échange un coup d'œil avec Lily. Veillé tard, oui. Ca, on veut bien les croire.

- Vous avez fait vos devoirs, peut-être ?

C'est au tour des garçons d'échanger un regard amusé.

- D'un certain point de vue, oui, répond James.

- Je ne veux pas savoir. Etre préfète-en-chef et petite amie d'un Maraudeur, c'est trop dur à assumer.

Sur ce, Lily saisit la main du Maraudeur concerné et l'entraîne vers la sortie. Je reste une fraction de seconde blottie dans les bras du mien avant de suivre le mouvement.

Arrivés dans la Grande Salle, nous retrouvons Ann et Mary qui sont en train de déjeuner. Je m'installe à côté de ma meilleure amie et me sers généreusement en œufs et bacon. Je remarque l'absence de Remus et Peter et m'en étonne auprès de Sirius.

- Je t'ai dit qu'on avait veillé tard. Etant donné qu'ils n'ont pas de petite amie à… hum, accompagner, ils se sont permis quelques minutes de sommeil de plus.

- Si je suis un fardeau, dis-le tout de suite ! je m'exclame en prenant un air outré.

- Les femmes sont toujours un fardeau, ma Luthine, il me réplique en passant une main autour de mes épaules.

- T'as raison, tu devrais plutôt sortir avec James, je suis sûre que vous feriez un couple parfait.

- Malheureusement… il est assez occupé.

Je jette un coup d'œil par-dessus son épaule. En effet. Je reporte mon regard sur Sirius qui semble avoir très envie de s'occuper de la même manière.

- Dans tes rêves ! On est à table, j'ai encore un peu d'éducation, moi !

Il enlève son bras de mes épaules en grommelant quelque chose qui ressemble à « fardeau ». Avec un rire, j'attire son visage pour lui faire une bise sur la joue et retourne à mon bacon.

oOoOo

L'après-midi, changement d'ambiance : je me retrouve dans le bureau du professeur McGonagall pour mon entretien d'orientation.

- Ah, Miss Selwyn, dit-elle en me voyant entrer. Asseyez-vous donc.

Cela fait tellement longtemps que je ne suis plus les cours de Métamorphose que ma directrice de maison m'impressionne à nouveau. Elle brasse un instant les parchemins étalés sur son bureau avant d'en sélectionner un.

- Alors... dit-elle en le parcourant du regard. Lors de votre entretien en cinquième année, vous m'aviez dit vouloir suivre une formation de Médicomage. Est-ce toujours le cas ?

- Oui, professeur.

- Bien. Vous excellez toujours en Sortilèges d'après le professeur Flitwick et je remarque que vous avez choisi vos options avec soin : Arithmancie, Potions, Soins aux Créatures Magiques... D'après les remarques de mes collègues, vous êtes une élève studieuse, ce qui est une appréciation non négligeable pour votre dossier. Vos difficultés en Runes ne devraient pas poser de problème pour votre admission dans une école. En revanche, vous avez arrêté la Métamorphose…

Elle me regarde un instant avant de poursuivre :

- Je ne vous cache pas qu'un ASPIC de Métamorphose pourrait devenir obligatoire pour suivre une formation de guérisseur dans les années qui viennent. D'ailleurs, je ne comprends pas la raison de votre abandon. Selon mes souvenirs, vous vous débrouilliez plutôt bien.

Je réponds, l'air un peu coupable :

- C'est qu'il fallait faire des choix, professeur. Mes matières actuelles me demandent déjà beaucoup de travail, surtout avec la Défense contre les forces du Mal en plus.

- Oui, bien sûr, je comprends. A ce sujet…

McGonagall me considère gravement :

- Etes-vous consciente des risques que vous encourrez en choisissant la voie médicale dans le… contexte politique actuel ?

Ca jette un froid. Je m'agite sur ma chaise, mal à l'aise. J'ai bien compris que ce n'est pas anodin, mais le fait que le professeur attire mon attention sur le sujet donne un ton plus dramatique à la chose :

- Eh bien… Je sais qu'une fois mon diplôme obtenu, je devrai probablement me rendre sur les lieux de… d'attaques, oui.

McGonagall ferme les yeux avant de les rouvrir et de me dire, d'une voix étonnamment douce :

- La réalité est légèrement plus complexe, Miss Selwyn. Si vous étiez dans la situation de Miss McDonald, les risques ne seraient en effet pas plus graves que cela. Mais votre inimitié pour Mr. Rosier est de notoriété publique, tout comme votre amitié avec Mr. Lupin, Pettigrow, Potter et Black.

Le ton est légèrement appuyé sur le dernier nom. Je rougis. Entendre ma directrice de maison me parler de ma vie amoureuse c'est… décalé ? Gênant ? Complètement embarrassant ? Tout ça à la fois, en fait. On oublie un peu que les professeurs ont des yeux partout, je crois. Fort heureusement, elle ne s'attarde pas sur ce détail et continue :

- Les opinions politiques de vos camarades sont tout aussi connues. Ces trois facteurs peuvent amener certaines personnes à penser que vous serez engagée activement dans le conflit. En choisissant de vous occuper des victimes de cette guerre, vous envoyez un signal dans ce sens. En comprenez-vous les risques ?

Vu comme ça, ça vous refroidit tout de suite. Je reste un moment à me mordiller les lèvres sans trop savoir quoi répondre. Bien sûr que je comprends ce qu'elle veut me dire, j'y ai déjà pensé un peu trop souvent à mon goût. Et à chaque fois, j'ai renoncé à voir le tableau en entier, tel que le professeur McGonagall me le décrit maintenant, car il me dépasse complètement. Je n'ai que dix-huit ans, bon sang ! Je rêve d'être médecin depuis que je sais jouer à la poupée et voilà qu'il faudrait que j'y renonce parce qu'un fou psychopathe a décidé de tuer tout le monde. J'ai un cousin détestable auquel je devrais faire du lèche-botte pour espérer pouvoir vivre tranquillement hors de l'école. J'ai un nouveau petit ami avec lequel je me sens parfaitement bien et il faudrait que je le quitte pour ma propre sécurité. Depuis quand le choix d'un métier, d'un ami, d'un amant devient-il un choix de vie ou de mort ? Je suis censée tout quitter pour avoir une chance de vivre. Mais vivre sans personne, ce n'est pas vivre. C'est à peine survivre, juste lutter pour que mon cœur continue à battre. C'est la pire des morts, crever de solitude. C'est dans le top 5 de mes plus grandes peurs. Alors, non, je ne comprends pas vraiment les risques, mais je n'ai certainement pas le courage de tout foutre en l'air pour quelques bouffées d'oxygène supplémentaires. Compréhension ou pas, je n'ai pas le choix.

- Je crois qu'il est trop tard pour faire demi-tour, professeur.

McGonagall m'adresse un sourire fier, mais son regard est teinté d'inquiétude.

oOoOo

Je rentre quelque peu démoralisée de cet entretien d'orientation. Là, tout de suite, je n'ai qu'un besoin, c'est retrouver les bras de Sirius. J'entre dans la salle commune et me dirige droit vers les canapés. Par chance, il y est déjà installé avec James, Lily et Peter. Sans même un mot aux autres, je m'assoie à ses côtés et me blottis contre lui.

- Eh ben, me demande-t-il, ça s'est si mal passé ?

- Non, j'ai juste besoin d'un câlin.

Je sens ses questions, mais je le fais taire d'un baiser avant d'enfouir mon visage dans son cou. Ses bras se referment autour de moi et ça me réchauffe un peu le cœur.

oOoOo

- Sirius ? je dis en arrivant derrière le canapé où il est assis pour l'enlacer.

- Hm ?

- Je n'ai pas de devoir, ce soir. Un petit tour dans le château, ça te tente ?

Levant les yeux de son livre, Sirius me jette un regard surpris.

- Je rêve ou tu viens de me proposer de faire le mur ?

- Tout de suite les grands mots !

Il rigole et me vole un baiser. Puis il tire sur ma manche pour m'inciter à contourner le canapé. Je le fais, mais refuse de m'asseoir.

- Alors, on y va ?

Je m'attends à ce qu'il saute sur ses pieds, tout heureux de me faire découvrir ce qu'il fait de mieux, mais il se contente de soupirer d'un air embêté.

- Hum, c'est que j'ai déjà quelque chose de prévu.

- Ah oui ? Et quoi donc ?

- Une soirée mecs, je crois que c'est comme ça que vous appelez ça, il me nargue.

Oh, la mauvaise excuse qui me vexe. Ca sent le mensonge à plein nez.

- Mais vous en faites tous les soirs !

- Beaucoup moins depuis que Lily et toi nous accaparez, selon Remus et Peter.

Ce type est vraiment nul pour parler aux filles. Pas étonnant que j'ai mis si longtemps à réaliser que je lui plaisais ! « C'est ça, trouve-toi des excuses. »

- On s'en fiche, vous aurez tout le temps d'en faire tout le reste de la semaine. J'aurai des devoirs, demain, moi !

- Eh, nous aussi, on a des devoirs !

Je lui lance un regard noir qui le fait corriger rapidement :

- Bon, Remus et Peter auront des devoirs.

Ce n'est pas vraiment ce genre de commentaire que j'attendais. Je lui fais bien comprendre :

- Tu passes ton temps à râler que je travaille trop mais quand je te propose quelque chose, tu dis non ! Faudrait savoir !

Il soupire, ferme son livre et se lève pour être à ma hauteur… Enfin, un peu plus haut, il faut l'avouer. Je n'aime pas être en infériorité « centimétrale » !

- Ecoute, je suis désolé, mais c'est prévu depuis longtemps, je ne peux pas tout annuler au dernier moment.

Je ne réponds pas et croise les bras, pas convaincue.

- Imagine la tête d'Ann si vous aviez prévu… un truc de filles et que tu lui dises cinq minutes avant qu'en fait non, tu préfères passer ton temps avec moi !

- Ann comprendrait !

« Ben voyons. » De toute façon, elle n'aurait rien à dire vu qu'elle m'a déjà fait le coup quand elle était avec Phillip. Ou avec un autre d'ailleurs, alors hein.

- Ben voyons, me répond un Sirius ironique.

Ah non, s'il se met à être d'accord avec mes neurones, on ne va pas s'entendre.

- De toute façon, tu ne me feras pas changer d'avis, Luth. Promis, on rattrapera une autre fois.

Il me prend un bras pour m'attirer vers lui mais je résiste.

- Eh, tu ne vas pas bouder quand même ?!

Ben si. Seulement, il tire un peu trop fort et je me retrouve malgré moi dans ses bras. Je me laisse faire, mais je ne réponds pas à son étreinte. Il m'a vraiment vexée. Monsieur voulait absolument que je sois toujours avec lui les premiers temps, mais quand c'est moi qui réclame, il n'y a personne !

- Eh, Sirius, on y va ! j'entends James s'exclamer.

- J'arrive !

Il met fin au pseudo câlin, me colle un bisou sur la joue, n'osant visiblement pas m'embrasser et rejoint James et Peter sans même un regard en arrière. Je me laisse tomber sur le canapé, passablement dépitée. Quelques secondes plus tard, Lily me rejoint.

- Eh bien, c'est quoi cette tête ?

- Sirius m'a envoyé balader pour aller faire mumuse avec ton chéri, je grogne.

- Ah, il t'a aussi servi l'excuse des « soirées mecs » ?

J'acquiesce.

- Bah, va falloir t'y faire. James me la sort toutes les trois ou quatre semaines et je n'ai jamais réussi à le faire céder. Tu sais quoi ? On devrait faire une soirée filles pour se venger.

- Oh, bonne idée, je m'exclame. On va chercher Mary et Ann ?

« Attends, attends, tu vas faire une soirée filles ? Genre, te mettre du vernis à ongles et essayer les vêtements d'Ann ? » Roh, quelle vision restrictive de la soirée fille. Je suis sûre que Lily a bien mieux en tête.

- Et Mandy.

Je retiens un soupir. La soirée ne va pas être très drôle.

oOoOo

En fait, Lily n'avait rien du tout en tête. Elle m'a laissé le soin de trouver Mandy – sans doute pour faire croire à cette dernière que j'étais une personne diplomate et délicate. J'ai compris le message et me suis montrée plus qu'enjouée et courtoise. De son côté, Lily a attrapé Ann et Mary et nous a enfermées dans le dortoir. Mais pour la suite… Mary a sorti des bonbons et nous avons discuté de tout et de rien pendant une grosse heure, alternant les parties de cartes explosives, les histoires d'horreur ou le concours du sortilège le plus tordu. J'ai d'ailleurs accepté d'être dans l'équipe de Mandy et notre pyjama-mille-pattes a gagné la course haut la main. Pour la première fois depuis des jours, la tension est redescendue et j'ai eu l'impression d'être de retour en sixième année, quand nous étions capables de nous parler correctement.

Puis Ann a pris la relève et a sorti les brosses à cheveux. Inutile de vous dire que les neurones ont bien ricané. Mais le pire dans tout ça, c'est que Lily s'est portée volontaire pour être cobaye !

- Arrête de râler, Luth, tu devrais faire comme moi ! dit-elle. Demain, tu seras magnifique et Sirius se mordra les doigts de ne pas être resté avec toi ce soir !

- C'est très Serpentard comme idée, remarque Mary qui a transformé un de ses livres en petit miroir et se coiffe également. Mais j'aime bien, je retiens pour le jour où…

- Le jour où qui te fera le coup ?! je demande plus vite qu'Ann, dont la curiosité est néanmoins peinte sur le visage.

- Peter, je parie ! lance Mandy.

Mary nous regarde et secoue la tête.

- Vous êtes vraiment obtuses, quand vous voulez ! Quelle drôle d'idée. Pourquoi Peter m'intéresserait ?

- Parce que tu es toujours fourrée avec lui ! Et comme il n'a rien d'intéressant à raconter…

- Tu es d'une délicatesse affligeante, Mandy, je la rembarre le moins sèchement possible.

Mais c'est sorti tout seul. Comme quoi les mauvaises habitudes reviennent au galop. En même temps, si Mary en avait effectivement après Peter, elle aurait mis les pieds dans le plat et elle le sait !

- Peter a beaucoup de choses à raconter, enchaîne rapidement Mary avant que Mandy ne réponde. Il faut juste l'écouter. Et si vous saviez également observer, vous sauriez qu'il sort avec Agatha depuis bientôt quinze jours.

- QUOI ?!

Nos quatre voix unanimes ont crié le mot qui résonne dans le dortoir. Délaissant sa grande tignasse châtain, Mary nous scrute d'un petit air supérieur.

- Pourquoi il ne nous l'a pas dit ? demande Ann, dépitée d'avoir raté un ragot.

- Parce que tu n'es pas exactement son amie ? je réponds pas très gentiment.

C'est vrai quoi, elle le snobe les trois quarts du temps, mais lorsqu'il lui arrive quelque chose il faudrait qu'il le lui dise ? C'est pousser le bouchon un peu loin. Mais il faut avouer que je suis aussi vexée qu'elle parce que moi, je l'aime bien Peter !

- Mais pourquoi il ne l'a pas dit ? demande Lily, tout aussi perplexe.

Mary hausse les épaules.

- Il n'a de comptes à rendre à personne, vous savez, il fait ce qu'il veut de sa vie.

Ca, c'est du Mary tout craché, la sacro-sainte vie privée.

- Ce qui m'étonne, c'est qu'on n'ait pas entendu Sirius en parler.

Allons bon, voilà que Mandy nous remet Sirius sur le tapis. Et moi qui prie depuis le début de cette soirée pour que l'on n'aborde pas le sujet (tout en sachant que c'est bien vain, mais bon, qui ne tente rien n'a rien…) !

- Même à toi, il n'en a pas fait allusion, Luth ? continue-t-elle.

- Non, pas un mot… je réponds du ton le plus neutre possible.

- Ah… c'est que tu n'es peut-être pas assez proche de leur cercle, alors !

« … » Ouais, parfaitement.

- Je t'emmerde, Mandy.

C'est bien la seule répartie qui me vient à l'esprit. J'aurais dû lui sortir un truc bien senti du style « je ne suis peut-être pas assez proche, mais au moins je n'en suis pas trop loin, moi », mais mes neurones n'ont rien trouvé d'aussi classe. Elle tend le bâton pour se faire battre, cette fille. Je vais donc la battre, moi ! J'ouvre la bouche pour ajouter quelque chose mais Lily intervient un poil trop fort :

- En fait, je ne crois pas qu'il soit au courant. James ne m'en a pas parlé non plus !

- Ce n'est pas comme si vous parliez beaucoup, en même temps ! je me moque pour orienter le sujet sur les histoires de cœur.

Comme prévu, Lily réagit au quart de tour :

- Selwyn ! Tu es mal placée pour parler.

- Moi ? Absolument pas ! Je sais me tenir en public, quand même.

- Ouais, en public… En privé, c'est une autre affaire, hein ?

Je saisis tout de suite l'allusion. Il y a trois jours, Lily et James sont tombés sur Sirius et moi cachés derrière une armure et… hum, disons que nous n'étions pas franchement présentables. En règle générale, je dévierais la conversation sur un autre sujet pour éviter d'étaler cet événement délicat. Mais l'autre blondasse m'a cherchée, elle va me trouver. Je joue donc la carte qui marche toujours : l'ignorance.

- Je ne vois absolument pas de quoi tu veux parler !

- Oh, et si je te parle d'armure et de mains sous un chemisier, tu vois mieux ?

- On se passera des détails, merci ! coupe Ann d'un ton très sec.

Elle me foudroie du regard, mais je n'y accorde pas une grande importance, trop fière de l'expression de Mandy. Elle s'est décomposée et serre les poings de rage. Bien fait pour elle.

La soirée se termine dans une atmosphère quelque peu tendue. Mary, Ann et Lily ont bien tenté de parler d'autres choses, mais bizarrement, Mandy n'a pas répondu favorablement à leurs appels silencieux alors que je me suis fait une joie de changer de sujet. Notre préfète, comprenant que j'avais volontairement provoqué sa gaffe, m'a battue à froid pendant une bonne heure et a multiplié les démonstrations de gentillesse envers son amie, en vain. Mary est restée prudente, comme à son habitude, mais je pouvais sentir ses reproches à des kilomètres. Quant à Ann, elle m'a carrément soufflé un « t'as été dégueulasse » juste avant que l'on éteigne. Mandy me provoque et c'est moi qu'on engueule. C'est dingue.

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Le lendemain, je ne suis que très légèrement calmée, mais au moins, je n'en veux plus à Sirius. Je l'accueille donc avec un grand sourire quand il descend, à moitié endormi (une fois n'est pas coutume) dans la salle commune.

- Coucou mon chéri !

Il lève un sourcil étonné devant mon enthousiasme alors que je lui saute presque au cou. Pas longtemps.

- Beurk ! Sirius, tu pues le chien !

- Hein ? Quoi ?

Il me regarde, complètement effaré par ma remarque. Je ne vois pas pourquoi, il empeste à des kilomètres. Si les autres garçons ne lui ont pas fait remarquer, c'est qu'ils sont bien hypocrites. Ou qu'ils sentent pareil… Ils ont pris un bain avec le calamar géant cette nuit, c'est la seule raison que je vois pour expliquer la forte odeur humide qu'il dégage.

- Je ne sais pas chez qui vous avez mis des boules puantes cette nuit, mais tu aurais pu prendre une douche quand même !

- Faudrait savoir, je sens le chien ou la boule puante ? il me demande très sérieusement – et je réalise que je l'ai probablement vexé.

- Un truc pas très agréable en tout cas. Tu ne m'approches pas tant que tu ne sentiras pas meilleur !

Un franc sourire se peint sur ses lèvres et il semble se détendre.

- J'y vais de ce pas, ma Luthine !

Et il m'envoie un baiser de la main avant de remonter les escaliers en riant.

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- James aussi était inapprochable ? je demande à Lily en m'installant à table.

J'ai pris la précaution de parler tout bas pour que Mandy n'entende pas. Je n'ai pas apprécié leurs remarques d'hier à propos de mon comportement, alors je vais leur montrer que je ne suis pas celle qui provoque. Je jette un œil sur les trois garçons qui déjeunent silencieusement.

- Inapprochable ? elle me demande, perplexe.

- Il n'avait pas une odeur insupportable ? J'ai senti Sirius venir à des kilomètres.

- Euh, non, pas du tout… Par contre, il avait des cernes immenses et plein de griffures sur les bras.

Des griffures, une odeur pas très nette et de gros cernes ? Ca sent l'aventure dans la Forêt Interdite à plein nez ! Ils en seraient tout à fait capables, je suis sûre qu'ils l'ont déjà fait. Mais je n'avais jamais remarqué quoi que ce soit de suspect auparavant. Et surtout, ce matin, Remus n'est pas là. Et s'il lui était arrivé quelque chose ? Non, Sirius n'aurait pas eu l'air aussi détendu ce matin… Pour ne pas affoler Lily avec mes conclusions hâtives, je me tais, mais j'en connais un qui ne va pas échapper à la question !

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Quand j'ai demandé, l'air de rien, à Sirius où était Remus, il a haussé les épaules comme si ça n'avait pas d'importance. Mauvaise réponse. Entre les blessures de James, l'odeur corporelle de Sirius et le teint exceptionnellement pâle de Peter, je flaire le mauvais coup qui leur est tombé dessus et pas par hasard.

Je sais que je n'aurai aucune information par leur biais, et ça m'énerve. « Ben tiens, ce n'est pas toi qui disais à Ann de se mêler de ses affaires en début d'année ? » se moque le neurone de la commère en furie. Oh, ça va, hein, le contexte était complètement différent. Et puis je suis la petite amie de Sirius, moi, j'ai le droit d'en savoir plus quand même ! « Tu sors avec Sirius, pas avec les quatre, je te signale. » Faux. Sortir avec l'un c'est les avoir tous sur le dos ! « Même si c'est depuis moins de trois semaines ? » Bon… D'accord. Mais ça m'inquiète quand même.

Après moult tergiversations, rendues possibles par l'absence de Remus à mes côtés en cours de Runes, je décide de mener mon enquête moi-même. Je suppose que Remus est à l'infirmerie. S'il lui est arrivé quelque chose, ça ne doit pas être trop grave sinon les garçons seraient moins détendus qu'ils n'en ont l'air. Mais il lui est forcément arrivé un truc, car on ne peut pas rater une journée cours pour rien.

Je me dirige donc vers l'antre de Mrs Pomfresh. Seuls trois lits sont occupés : deux part des élèves que je ne connais pas et qui somnolent, le troisième par un inconnu entouré de rideaux. C'est louche. L'infirmière arrive et je lui demande une potion pour le mal de tête. Comme elle s'absente pour aller me la chercher, je n'hésite pas et avance vers le lit entouré de baldaquins. Je tire discrètement sur l'un d'eux et étouffe une exclamation en découvrant son occupant. Comme je l'avais soupçonné, c'est bien Remus.

Il est endormi. Son teint est très pâle, presque cadavérique, et ses cernes sont encore plus profonds que ceux de ses trois amis réunis. Ses traits sont crispés, comme s'il souffrait. Il ne semble avoir aucune blessure au visage, mais la couverture est remontée jusqu'à son nez, si bien que je ne peux pas voir le reste de son corps. Après ce bref coup d'œil, je reviens immédiatement à ma place, ne sachant pas quoi penser de ce que j'ai vu.

- Alors, on fouille dans la vie privée de son chéri ? me lance une voix mesquine.

Je sursaute et découvre Rogue planté derrière moi, un sourire mauvais aux lèvres. Il doit avoir vu la même chose que ce que je viens de voir.

- Mêle-toi de tes affaires, Rogue, je réponds, réprimant le « Snivellus » qui me venait aux lèvres.

Il hausse les épaules.

- Comme tu voudras. Mais si j'étais toi, j'éviterais de fouiller. Tout le monde a une part d'ombre, comme on dit, et celle de Black et de ses amis est particulièrement sombre.

- Qu'est-ce que tu veux dire, je demande, méfiante ?

- Oh, juste de faire attention à ce que tu veux savoir ou non. Tu risques de ne pas aimer ce que tu pourrais découvrir. Rosier passerait pour un enfant de chœur, à côté. Ca serait dommage d'être du mauvais côté de la barrière pour les beaux yeux de ce crétin, n'est-ce pas ?

Je veux répondre mais Miss Pomfresh revient déjà avec mon remède. Je la remercie et quitte l'infirmerie sous le regard entendu de Rogue que l'infirmière prend en charge à son tour.

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Je ne sais pas quoi penser de cet… échange avec Rogue. C'est évident qu'il cherchait à susciter ma méfiance envers Sirius. Il serait trop heureux que je m'imagine des choses et le quitte parce qu'il refusera de parler. Il a peut-être donc raconté n'importe quoi sur le moment, inspiré par les malheurs de Remus. Ceci dit, je pense Rogue trop fin pour bluffer complètement. Ce type est un vrai serpent. Il a bien mérité sa place dans sa maison, et ne fait jamais rien au hasard.

Peut-être sait-il donc quelque chose que j'ignore au sujet des Maraudeurs. Peut-être est-ce pour ça que les garçons l'embêtent moins depuis un certain temps. Je prenais ça pour une preuve de maturité, mais Rogue les fait peut-être chanter pour qu'ils lui fichent la paix. Il y a peut-être véritablement quelque chose susceptible de ne pas me plaire. Qu'il aient des secrets, je le sais bien, c'est pour ça que je fouine. Que ça ne me plaise pas, je n'en doute pas, sinon Sirius ne serait pas si mystérieux. Mais serait-ce si horrible que ça ? Lily aurait probablement un avis sur la question. Après tout, elle connaît le Serpentard beaucoup mieux que moi.

Qu'ils aillent dans la Forêt interdite, je n'approuve pas et je trouve ça suicidaire, mais ça ne serait pas surprenant. Je l'incendierais probablement si je l'apprenais mais ce serait bien vain. Il ne va pas changer de comportement juste pour moi, tout comme je ne le ferais pas pour lui. Mais les insinuations de Rogue vont plus loin. Beaucoup plus loin, même.

Car il y a aussi cette menace à peine voilée proférée à la fin de notre conversation. Encore une histoire de bon et de mauvais côté. Elle vient s'ajouter à la longue liste de mises en garde de mon entourage. Sauf que si je comprends que mes parents, le professeur McGonagall ou mes amis se soucient de mon bien-être, je ne vois pas où veut en venir Rogue. Il a parlé comme si j'avais choisi mon camp. Comme si je l'avais choisi pour Sirius. C'est ce qui m'inquiète.

J'ai beau éviter les Serpentards depuis l'affaire du devoir trafiqué de Rosier, leur vue me rappelle sans cesse l'avertissement de ma directrice de maison. Je dois me mettre en tête qu'ils ne sont pas seulement méchants, mais aussi dangereux. C'est difficile à croire quand on en voit certains. Beaucoup moins pour d'autres : Mulciber semble développer une certaine addiction au maléfice d'Entrave, Rogue est plus hargneux que jamais et Bellatrix… Bellatrix met son nez partout. Ce dernier fait me rappelle une autre conversation tout aussi désagréable à propos d'espionnage et d'Ordre de Fumseck.

Plus le temps passe et plus j'ai de mal à chasser ces éléments de mes pensées. J'ai vraiment besoin d'en parler à quelqu'un, mais je ne sais pas vers qui me tourner. La personne vers qui j'irais naturellement est Ann, évidemment, mais elle a été assez claire dans son comportement pour que je sache que ce n'est même pas la peine d'essayer. Je ne sais pas comment Sirius réagirait si je lui en parlais. Bêtement, probablement, en se jetant sur Bellatrix à la première occasion. Je pourrais peut-être trouver Remus, mais je crois bien qu'il irait le répéter à ses trois copains. Lily le dirait à James, ce qui reviendrait au même. Mandy est exclue d'avance vu nos relations cordiales. J'hésite à en parler à Peter, ne sachant pas s'il le garderait pour lui ou s'il le dirait aux garçons – je penche pour la deuxième solution. Reste Mary, sauf qu'étant donné mon comportement d'autruche digne de mes parents les années précédentes, je l'ai carrément découragée d'aborder le sujet. Je regrette soudain l'absence d'Audrey. C'est avec elle que je parlais le plus d'avenir et de choses sérieuses. Elle savait toujours déchiffrer les signes, se projeter dans le futur. On se complétait bien. Mais je me vois mal lui envoyer une lettre du style « coucou, dis-moi, l'Ordre du Phénix, ça te dit quelque chose ? Non parce que je crois que Bellatrix veut tuer ceux qui sont dedans, et apparemment je fais partie des futures recrues. Sinon, quoi de beau ? »

Après plus d'une heure à me retourner dans mon lit, je décide que, tant pis pour Ann, je lui en parlerai demain. Avec Mary comme témoin pour la forcer à écouter.

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Je vais donc trouver ma meilleure amie le lendemain soir et m'installe à ses côtés pour faire mes devoirs. Je ne dis d'abord rien de sérieux, attendant le retour de Mary. Sauf que celle-ci se fait désirer. Au bout d'une heure, je n'y tiens plus et demande à Ann :

- Où est Mary ?

- Aucune idée, dit-elle en mettant un point final à son devoir. Peut-être avec Agatha.

Ca, ça m'étonnerait. Agatha est probablement avec Peter et je doute que Mary soit du genre à tenir la chandelle. Enfin, elle fait ce qu'elle veut. J'hésite à attendre encore pour parler du sujet qui fâche mais je n'y tiens plus et me lance :

- Au fait, que t'as dit McGonagall pendant ton entretien ?

Ann hausse les épaules.

- Rien de bien intéressant, que mon changement d'orientation ne la surprenait pas, que mes notes étaient satisfaisantes et qu'elle appuierait ma demande… Bref, le truc bateau quoi. Pourquoi ?

Mouais. Je suis quasiment sûre que si notre directrice de maison a fait des allusions sur la guerre, Ann les a royalement loupées. C'est beau, le pouvoir de sélection.

- Oh, juste pour savoir. Etant donné qu'elle m'a fait un sermon sur combien c'était dangereux d'être médicomage quand on est la petite amie de Sirius Black…

- C'est vrai, elle a dit ça ?! Mais de quoi se mêle-t-elle ! s'exclame mon amie avec des yeux ronds.

- De ma sécurité, je suppose. Elle fait juste son travail.

- Choisir ton copain n'est absolument pas son travail.

Je parie qu'elle le fait exprès. De s'obstiner à parler de Sirius plutôt que de la raison pour laquelle on en parle.

- Elle n'a pas tout à fait tort, je m'obstine pourtant. Si Sirius veut entrer dans l'Ordre… du truc et que Bellatrix rapporte ça, ils peuvent essayer de l'en dissuader en s'attaquant à son entourage. Genre, à moi.

- Tu dis n'importe quoi ! s'exclame Ann. Pourquoi Sirius voudrait entrer dans un Ordre et Bellatrix s'en préoccuperait-elle ? Elle le déteste !

Oh, elle commence vraiment à m'agacer. Ce n'est plus faire l'autruche, à ce stade, c'est carrément s'enterrer vivante. Je pose violemment ma plume sur la table et croise les bras en haussant le ton :

- Oh, c'est vrai, j'avais oublié que j'étais toute seule au Nouvel An quand on a entendu…

- Tu ne vas pas encore remettre ça sur le tapis !

- Ben si, vois-tu, parce que c'est légèrement important par les temps qui courent.

- On a entendu trois phrases et tu te montes la tête en imaginant Bellatrix espionner des adolescents pour Tu-Sais-Qui.

- C'est sûr que Bellatrix a-do-re-rait jurer fidélité à Célestina Moldubec, c'est tout à fait son genre.

Ann claque de la langue et commence à ramasser ses affaires.

- Ce que fait Bellatrix de son allégeance n'est pas notre problème de toute façon.

Je me retiens de lui balancer qu'on en reparlera quand elle viendra sonner chez elle avec la marque des Ténèbres sur le bras et, au prix d'un immense effort de contrôle, parviens à dire quelque chose de plus rationnel :

- Peut-être que ce n'est pas notre problème, mais on devrait quand même en parler à quelqu'un… ça peut être important !

- Important ?

Je me contente de lui lancer un regard noir pour qu'elle arrête de faire l'imbécile. Elle se lève et enchaîne :

- Ne compte pas sur moi pour le faire, en tout cas. Dans le pire des cas, on te rira au nez dans le meilleur, l'information fera le tour de Poudlard en moins de deux heures et tu te retrouveras avec la moitié des Serpentards sur le dos. Et à moins que je me trompe, tu as déjà assez à faire avec Rosier. Sur ce, je vais terminer mes devoirs tranquillement.

Sur cette dernière phrase ô combien mature, elle tourne résolument les talons et va s'installer à la table de Mandy. Quand elle arrive, Lily se lève, lui cède sa place et vient s'asseoir à côté de moi.

- Ca sent la dispute, fait-elle.

Je me contente d'acquiescer tout en fixant Ann, qui me tourne le dos. Si je pouvais lui jeter un Incendio du regard, je ne laisserais pas passer l'occasion.

- J'ai un peu entendu… Vous parliez de Bellatrix ?

Il ne me faut pas plus de deux secondes pour prendre ma décision :

- Tu te souviens quand tu m'as dit que si j'avais besoin de parler de la guerre, tu étais là ?

- Oui, bien sûr, répond Lily, surprise.

- Eh bien, justement, il est temps que je te dise un truc.


Luth vous demande si, comme elle, vous ne trouvez pas qu'Ann est un peu bête de faire l'autruche.

Caprice, elle, espère que le chapitre vous a plu et vous donne rendez-vous au prochain chapitre, où nos Gryffondor feront des choses "comme des grands", et promet un commentaire neuronal personnalisé pour chaque review!