POURSUITE EN SOUS-SOL NOCTURNE
Ten Braves and one Master


Marche Seizième : Récurrente Dualité.


Puante créature informe, dédaigneuse qui trône.

Souveraine de son terrain de jeu, elle poissait l'atmosphère par sa présence, semblant souffler sur la courbe de chaque nuque. Se riant de ces tableaux de violence dont les âmes s'entredéchiraient par le sang et le fer sous son attention. Sonnant de sa silhouette malhabile le cœur des soldats, qui hurlaient impuissants à sauver leur existence ; guettant le choc final entre ses deux factions opposées sur ce plateau. Prête à fondre, sur les premiers qui se résigneraient, sur ceux qui flancheraient à ses pieds. Cueillant tendrement à la source ce qui constituait ces bipèdes hargneux. Qui mouvaient leurs mains, les concentrant sur l'unique but de tuer. Eclaircir le camp adverse sans rougir des voies empruntées.

Elle s'en gaussait, vilainement. Admirative de cette création parfaite qui prônait la rancœur haineuse envers de vains anonymes, pourvu que ceux-là se trouvèrent sous le pavillon détesté. Une allègre excuse qui allégeait toutes les consciences, on résonnait l'horreur en tant qu'instrument au service de nobles causes. Ils en étaient convaincus, ignorants petits êtres qui brûlaient les restreintes de leur humanité dans un massacre monstrueux, soutenus par des espoirs aussi naïfs que fragiles. Il suffisait qu'elle s'approche d'eux, nullement dissimulée, pour faire trembler ces bases hautaines. Vêtue du manteau des lamentations, elle prenait sous la régente initiative de leurs esprits, des formes chaque fois plus abominables de foyer en foyer.

Beaucoup la suppliaient alors en prières murmurées avec un désespoir jouissif, qu'elle s'accordait les instants pour savourer ce sentiment de triomphe. Simulant une fausse compassion afin de mieux plonger sur eux, les trépanant dans l'incompréhension révoltée. Elle se savait bonne comédienne ; une improvisation qui ne suffisait pas toujours à briser la calme résolution de certains. Ils résistaient à cette peur de la fatalité, eux-mêmes tendaient les bras à son attention parfois, pourvu qu'elle les emporte loin de ce monde censé être le leur et qu'ils ne reconnaissaient plus en tant que tel. Cajoleuse, elle se pliait à ces caprices élégants, prenant un soin particulier à abolir la douleur de ces existences arrachées à leur enveloppe corporelle. Les envoyant, dans l'ailleurs, à leur juste place quand elle s'abreuvait encore d'autres soupirs agonisants. Digne festin qu'ils lui servaient en cette occasion ; qu'elle affectionnait cette époque de guerres et de trahisons. Où l'on réglait par le sabre les différents, usant de morales sévères.

Rien ne la divertissait plus que d'assister à la déchéance de cette espèce.

Mort filante.

Juzô frissonna imperceptiblement, croyant apercevoir un mouvement curieux à la pointe des nuages. Il n'eût pas le temps de s'y attarder qu'une nouvelle salve ricochait durement contre les hauts créneaux sous lesquels ils se protégeaient depuis le début de la bataille. Comme toutes les précédentes mortelles, elle dura longtemps, fauchant au passage quelques soldats supplémentaires qui s'effondrèrent lourdement. L'ainé des Dix jura, peu inquiété en cette situation de ses habituelles convenances. Un cataclysme s'abattait sur eux, ils se trouvaient pris au cœur de la tempête, menés vers une issue catastrophique dont il pressentait le schéma. Ils allaient tous mourir, les uns après les autres.

Ils l'avaient tous parfaitement compris lorsque les Tokugawa étaient venus parader fièrement devant eux, défilant en nombre au pied de l'enceinte ; ils se trouvaient bien cinq milles à appliquer aveuglément les ordres du Shôgun pour moins de six cents hommes luttant à leur cause. Ieyasu-sama s'était généreusement, l'adverbe apparaissait mal approprié au conquérant, retenu dans ses moyens humains. Lui qui se plaisait des défaites cuisantes de ses ennemis, avait préféré envoyer une quantité raisonnable de ses guerriers, armés de la sorte qu'il fût certain que la forteresse serait rasée dans deux heures.

Des armes à feu. Quelle ironie à son encontre, dénommé en tant que manipulateur du Fer, voilà qu'il était tout autant condamné que ses pairs sous la cadence infernale des machines métalliques qui avaient été emmenées par les Tokugawa et disposées dans la plaine. Au nombre de six, ces canons jugés sur des mobiles roues, déferlaient sur les remparts une avalanche de balles qui ne cessait jamais que pour être rechargée. Un moment salvateur dont ils essayaient de profiter pour répliquer de leurs flèches enflammées. En vain, il y en avait toujours une autre opérationnelle pour couvrir les rangs sages des soldats qui patientaient. Immobiles, ils contemplaient ce spectacle de désolation ; quatre suffisaient à assurer le bon fonctionnement des engins. Un à la manivelle et les autres le protégeant de tout projectile adverse, aidant au rassemblement efficace de l'énorme quantité de munitions que crachaient ces gueules de métal.

Ils avaient beau viser les manipulateurs, abattant froidement certains, leurs camarades remplaçaient le poste par le suivant, se débarrassant du cadavre. Rien ne paraissait en mesure de stopper ces mécanismes qui cantonnaient leurs troupes à l'intérieur de l'enceinte, à trembler sous la protection des remparts, veillant à la fragilisation de la pierre avec effroi. Anastasia s'était animée alors, elle qui dansait comme un feu follet, menant une contre-offensive odieuse et solitaire. Réclamant toujours plus de conteneurs d'eau par lesquels, elle cristallisait sa glace, formant des boucliers supplémentaires accrochés à l'enceinte. Les guetteurs avaient assuré leur position, profitant de cette aubaine pour trouver des angles morts aux mitrailleuses Tokugawa. Il était une vingtaine à confronter la Mort, prenant un instant pour viser leurs opposants, avant de retrouver la couverture de leur cachette. Embusqués, usant de leur nombre pour dissiper les attaques ennemies hésitant à cibler parmi le groupe dispersé sur les remparts.

Lui-même s'était allongé à plat ventre, ne laissant filtrer à travers la pierre que la silhouette élégante de son fusil sniper. Dissimulé par la glace d'Anastasia, il tentait de créer un mouvement de panique parmi les combattants ennemis en éliminant méthodiquement certains d'entre eux. Revenant souvent à tuer ceux que l'on avait assignés aux engins diaboliques, assurant au moins quelques secondes de répit dont profita un des leurs pour jeter par-dessus les créneaux des explosifs qui n'inquiétèrent pas les armes à feu, placées hors de portée de ce genre de tentatives. Elles semblaient inatteignables, solidement ancrées dans le sol.

« Que dit le Haut Commandement de ces merdes ? Hurla alors Saizô, qui couvrait les actions de sa camarade d'Iga plus expérimentée à ce genre de situations.

_Rien ne sera possible tant que ces machines fonctionneront ! Répondit un guerrier, apprêté à communiquer à leur encontre les messages provenant de leurs Seigneurs.

_Une brillante déduction de leur part. » Releva Juzô à voix basse, ironique.

Le manipulateur de la Lumière paraissait tout aussi dépité que lui, impuissant à trouver une solution viable, à ce problème épineux qui se posait à eux. Ils étaient parfaitement conscients de cette fin sinistre qui les attendait s'ils ne parvenaient pas à arrêter ces mitrailleuses, et pourtant ils n'avaient absolument aucune idée du moyen d'y arriver.

« Je ne peux pas les atteindre d'aussi loin ! Gronda Ana, se tournant vers eux. Il nous faut quelqu'un qui ait la puissance nécessaire et la longue portée qui va avec !

_Et il n'est toujours pas question qu'Isanami pose ses pieds ici ! Rugit aussitôt Saizô, révolté.

_Ce n'est plus une enfant. Elle seule peut les détruire !

_Elle n'est pas capable de se contrôler à ce point, encore ! » Rétorqua le brun avec virulence.

Une nouvelle salve effrénée de l'engin le plus proche les força à se replier prudemment, profitant de la solidité avérée des créneaux pour s'accroupir derrière. Une initiative intelligente : une partie conséquente de la glace érigée par la jeune femme il y a quelques instants, éclata alors sous la pression de cette offensive. Les sentinelles à leurs côtés, eurent tout juste le temps de se jeter à terre immédiatement pour échapper de justesse aux balles.

« Merde ! S'enflamma Ana, se relevant soudainement.

_C'est trop dangereux, attends ! » Hurla le ninja d'Iga.

En vain, saisissant de l'eau à pleines mains, elle s'élança vers le bord du mur d'enceinte pour projeter le liquide dans les airs, invoquant des pics de glace imposants qu'elle propulsa d'un mouvement de poignet à quelques mètres, sur les lignes ennemies où les dangereuses apparitions furent accueillies dans la panique et les hurlements de terreur. Déterminée à user jusqu'au bout l'avantageuse conjoncture du rechargement des canons proches par les Tokugawa, elle s'empara à nouveau de liquide qu'elle solidifia en disques effilées au-dessus de sa tête, faisant tourner ceux-ci de plus en plus vite pour les jeter sur les troupes adverses, les uns après les autres. Guidée par un sentiment efficace de revanche qui tira sur son visage un sourire malsain. Elle savoura cette émotion, déclenchant une averse de grêle tranchante sur le camp opposé. Instaurant enfin des mouvements au sein de ces rangs qui étaient demeurés odieusement figés depuis le début des combats. Elle claqua alors des doigts, transformant ces grêlons au sol pour qu'ils s'emparent des pieds de leurs adversaires en les maintenant immobilisés dans une étreinte solide.

« Ana, putain recule ! » S'alarma Saizô.

Elle n'eût pas le temps de se protéger, Juzô la vit se tordre subitement sur elle-même, fauchée par la pluie de balle qui déchira alors les airs. Le ninja d'Iga filait déjà dans sa direction, la projetant hors du danger. Ils allèrent rouler quelques mètres plus loin, dissimulés heureusement par la hauteur des créneaux. Anxieux, il attendit tant bien que mal le silence libérateur de la mitrailleuse pour se précipiter immédiatement sur ces deux camarades à terre.

« Service médical ! » Hurla une sentinelle voisine.

Saizô se relevait déjà, grognant de douleur d'avoir frappé aussi violemment la pierre. Mais si le ninja semblait avoir réchappé à l'attaque, ce n'était pas le cas de la manipulatrice de Glace qui demeurait à terre, une flaque de sang noyant son ventre, qui s'élargissait insolemment.

« Anastasia ! » S'affola le tireur, s'agenouillant à ses côtés pour secouer la jeune femme.

Elle battit des paupières sur un regard fiévreux, accusant la douleur de cette blessure sur laquelle ses doigts s'étaient contractés. Désireuse néanmoins de les rassurer, elle essaya de se redresser maladroitement avant d'être arrêtée par ses coéquipiers atterrés.

« N'y pense même pas ! Gronda Saizô à son encontre.

_C'est qu'une balle… Souffla-t-elle à voix basse. Je ne vais pas crever pour si peu. »

Le ninja d'Iga s'énerva devant cette constatation stupide. Juzô jetait des coups d'œil autour d'eux, ne guettant désormais plus que les soigneurs qui avaient été appelés, repérant bientôt une équipe qui se frayait un chemin jusqu'à leur hauteur, peinant à passer le mur humain que les autres soldats avaient formé, portés par la curiosité. Derrière, les sentinelles s'appliquaient toujours à essuyer les tirs ennemis, répliquant chaque fois par nombre de flèches qui rasaient les rangs.

Les salves mécaniques reprenaient inlassablement, cacophoniques.

« Il faut la transporter à l'infirmerie immédiatement ! Déclara le chef de service, repérant de suite les causes d'une pareille hémorragie externe. La bâche ! »

Ses collègues se pressèrent autour de lui, déployant un rectangle de tissu solide qui allait les aider au déplacement de la victime jusque dans un lieu sûr et médicalisé de la forteresse. Ils n'eurent toutefois pas le temps d'en faire davantage, une petite silhouette se pressait vers eux que Saizô reconnût dans un soupir. La jeune prêtresse se faufila efficacement entre les trop nombreux témoins, se jetant auprès d'Anastasia qui ne pût que l'accueillir dans un sourire désolé.

« Ana ! Mon Dieu…

_Du calme bon sang, je ne suis pas en train de mourir. Rétorqua faiblement la Shinobi, accusant durement la précipitée étreinte de fer d'Isanami qui s'excusa brutalement, la relâchant.

_Oh, je suis désolée, désolée ! Quelle idiote ! Balbutia cette dernière pour appeler derrière elle : Dépêche-toi Sasuke ! Ana est sérieusement touchée ! »

Dépité, Saizô se massa les tempes alors que leur adorable Commandant atterrissait souplement près de la manipulatrice de Glace. Se redressant, il adressa au chef de l'équipe médicale son plus beau sourire, ne s'embarrassant pas d'exiger leur retrait : il allait extraire la balle ici. Remerciant leur déplacement, le garçon se tourna vers ses partenaires pour s'accroupir aux côtés de la prêtresse paniquée.

Le ninja d'Iga nota de suite la sacoche remplie de matériel qu'il arborait sur son armure légère et qui semblait remplie à ras bord de matériel de tous genres. Sûrement fallait-il voir un lien avec le retard évident du Singe et son empressement à quitter la réunion quelques heures plus tôt. Lui ne se priva pas, à haute voix de remarquer sa longue absence tandis qu'ils tombaient sous les balles ennemies.

« Je m'excuse. Répondit platement son homologue. Je devais récupérer certaines choses.

_Ne t'inquiète pas. Le consola Anastasia, qui considérait la trousse médicale qu'il avait tirée de ses affaires. Il ne veut pas reconnaître que tu lui as beaucoup manqué…

_Ta gueule. » Gronda le concerné furieusement.

Malgré la situation peu reluisante, Isanami gloussa légèrement. Agaçant davantage le ninja d'Iga qui se détourna d'eux, surveillant plutôt la performance nerveuse des sentinelles jouant à cache-cache avec leur ennemi, rassemblé au pied du mur d'enceinte. Sasuke s'occupait déjà à sortir le nécessaire pour extraire une balle, faisant des recommandations précises à la prêtresse sur la méthode employée, insistant sur les détails. La jeune fille écoutait attentivement, n'ayant pas un seul instant songer à protester devant cette nomination surprise quand elle n'était pas là plus expérimentée sur ces pratiques. Elle devinait bien que le garçon faisait exprès de profiter de cette situation pour l'endurcir, quitte à la faire fouiller les chair humaines d'une proche amie en quête d'un bout de métal. Charmante attention.

Saizô n'osa pas remettre en doute ce choix de la part du Singe même s'il estimait qu'Isanami n'avait pas la carrure pour assurer un tel acte chirurgical en pareille situation. Ses mains tremblaient de crainte alors qu'elle tentait de trouver un bien maigre réconfort dans les plaisanteries éthérées d'Ana.

« Sois satisfaite que je t'autorise à voir l'intérieur de mon corps… Chuchotait cette dernière, s'étouffant dans ses paroles ; qu'elle reprit difficilement son souffle, aidée de Juzô.

_Doucement, il ne faut pas que tu bouges. Conseilla-t-elle, commençant à s'emparer du scalpel qu'elle serra, avec hésitation, entre ses doigts.

_Au point où j'en suis… Ce n'est pas ça qui va changer grand-chose. Siffla la blessée. J'ai connu pire. »

Isanami acquiesça ; Sasuke posa une main de soutien sur son épaule avant de se relever, analysant le spectacle des mitrailleuses qui ne cessaient pas depuis. Saizô lui jeta un regard intrigué, le Singe s'accorda de longues secondes d'observation de sa vue parfaite pour retourner près d'eux, tirant des feuillets techniques, couverts de schémas mécaniques, de sa sacoche qu'il abandonna à ses pieds.

« Je me doutais que les Tokugawa apporteraient des Gattlings avec eux. Leur annonça le Commandant. J'ai peut-être une idée pour stopper le mécanisme.

_Des G-attlings ? » L'interrogea aussitôt le ninja d'Iga, butant sur le mot nouveau et inconnu.

Juzô s'approcha de leur petit regroupement, cessant temporairement de soutenir la défense de leurs sentinelles qui prirent une pause improvisée pour respirer, remplacées par d'autres soldats de Mitsunari. Les attentions se détournèrent d'un même mouvement des deux femmes qui demeuraient à proximité alors que la prêtresse débarrassait l'habit encombrant, nettoyant les bords de la plaie à l'eau froide avec une évidente application. Elle vint à tracer du bout des doigts, la zone à ouvrir par la lame pour récupérer physiquement la balle prisonnière des chairs. Ana l'encouragea d'un geste affectueux maladroit, passant ses doigts dans cette masse indisciplinée que formaient ses cheveux sur le haut de son crâne.

« Ce sont les canons qui nous encerclent. Devina Juzô, qui surveillait l'acte médical de loin. Je n'avais encore jamais vu une pareille technologie… On y croirait à peine !

_Il s'agit de prototypes extérieurs, importés de l'Est. Précisa Sasuke, dévoilant à leur attention les nombreux schémas dont il disposait sur l'appareil. Récemment développés, Ieyasu a dû profiter de son impact politique pour les obtenir par diplomatie.

_Attends, attends ! Râla Saizô, agacé. Comment es-tu au courant de tout cela, toi ? Où as-tu trouvé ces trucs à propos de ces putains de bouts de ferrailles ?

_Durant l'infiltration, j'ai fouillé des bureaux administratifs. Répondit succinctement leur Commandant. Je ne connais pas grand-chose à la comptabilité, mais j'ai tout de suite remarqué les transferts de ces six monstres parmi le reste de l'armement traditionnel. »

Juzô lâcha un sifflement admiratif tout en considérant les planches techniques des mitrailleuses. Il ne se retourna pas au cri bref qui déchira l'air, pas plus que ne le fit ses coéquipiers. Les chuchotements désolés d'Isanami s'élevèrent alors que la prêtresse contenait tant bien que mal ses sanglots entre ses dents. Seules, ses épaules tressautant témoignaient de l'hébétude terrorisée qui l'habitait ; la lame plongée de moitié dans le ventre de sa patiente.

Saizô fit un pas vers elle mais Sasuke le coupa dans sa démarche d'un froncement de sourcils, levant un bras devant lui. Un ordre que le brun n'apprécia pas du tout, le faisant clairement savoir par son regard le plus glacial qui soit. Le Singe ne flancha pas, allant même jusqu'à le détourner des deux femmes, réorientant son attention à leur conversation actuelle. Il s'empressa aussitôt de lui coller une partie des papiers volés au creux des mains, poursuivant méthodiquement :

« Ieyasu doit profiter de cette bataille pour tester leur efficacité. Elles se trouvaient stockées dans un hangar proche de la frontière, ce qui explique la rapidité de cette réplique.

_Si c'est de la technologie nouvelle, j'imagine que le mécanisme doit compter des faiblesses… Supposa Juzô, habitué aux évolutions techniques concernant les armes à feu. Les ingénieurs mettent en valeur les évidents atouts de ces canons, mais il doit forcément y avoir autre chose. »

Derrière eux, Isanami encouragée par la manipulatrice de Glace tentait d'extraire la balle repérée. De la pointe de son scalpel, elle travaillait soigneusement. Continuant de surveiller toutefois les signes vitaux de leur camarade souffrante, Sasuke acquiesça aux propos du tireur.

« C'est une supposition exacte, ces Gattlings ont une faiblesse. Assura-t-il, trouvant les feuillets concernés au sujet de cette faille. Elles s'enraillent à force d'utilisation. »

Juzô se pencha le premier dessus, les yeux brillants. En bruit de fond, les engins mortels continuaient à déverser leur colère sur les remparts, faisant des blessés. On hurlait en tous sens, transmettant les conseils et appelant l'escouade médicale pour prendre en charge les victimes. Un noyau de sentinelles s'était formé, progressivement, autour d'eux alors qu'ils écoutaient avec attention leurs échanges à propos des faucheuses métalliques qui les cloisonnaient dans la forteresse. Tout autant déterminés visiblement à en finir avec cette menace pesante.

« Les cartouches sont en papier… Forcément ! Constata Juzô sur les planches de dessin. Voilà pourquoi, ils ne pourront pas les utiliser indéfiniment sans prendre des risques.

_Je comprends rien à vos conneries. Marmonna Saizô en retour. Hey oh ! Je suis non pratiquant, moi !

_Soit, plus ils vont utiliser les mitrailleuses, et plus ils vont augmenter les chances qu'elles s'autodétruisent. » Rétorqua Sasuke, clarifiant leur discussion.

Le cri de victoire soudain d'Isanami les fit sursauter. Immédiatement, ils délaissèrent les feuillets et la conversation technique, se pressant auprès des deux femmes. La prêtresse, les mains encore tremblantes, et couvertes de sang, riait nerveusement tandis qu'elle lavait la plaie d'Ana. Elle avait déposé le projectile ciblé dans un tissu présent dans la trousse de soins. Admiratif, Saizô vint l'aider dans sa tâche de contenir l'épaisse hémorragie alors que le Commandant s'enquerrait de l'état physique de la Shinobi.

« B-bien… Balbutia celle-ci péniblement. Plus d'eau. Il me faut… Plus d'eau.

_Comme ça ? » S'inquiéta la jeune fille en venant mouiller davantage son abdomen ensanglanté.

La blonde hocha la tête, fermant les yeux pour se concentrer. Serrant gentiment les doigts soucieux de Juzô entre les siens, alors que le liquide imbibant son épiderme se solidifiait progressivement, au creux de sa blessure profonde. Il gela complètement la déchirure, allégeant aussitôt son système nerveux. Qu'elle alla à pousser un soupir de soulagement, tentant de se redresser un peu.

« A-Ana ! C'est bien trop tôt po-

_On soignera ça plus tard. Répliqua sèchement la Shinobi. Nous ne pouvons pas perdre davantage de temps sur les c-onséquences de mes erreurs.

_Tu en es certaine ? » L'interrogea Sasuke.

Elle répondit par une affirmative vibrante, se rhabillant avec l'aide d'Isanami qui terminait d'éponger le sang versé. Acceptant l'aide de Juzô quand ce dernier vint l'aider à se mettre debout, la portant en partie il la soutint solidement dans cette entreprise. Bientôt elle se tenait sur ses deux jambes incertaines, contrôlant son pansement temporaire du regard pour se tourner vers leur Commandant.

« Alors, ces trucs ont des faiblesses ? On ne va quand même pas attendre qu'elles s'enraillent d'elles-mêmes. Les Tokugawa nous auront tous tués d'ici là.

_Non, nous n'allons pas attendre. Affirma le ninja de Koga. D'autant plus que l'escouade du Messager est sur leur chemin, ils seront bientôt aux pieds de ces murs. »

Cette déclaration n'enchanta personne. Ils accusèrent le coup durement. Il était désormais urgent de débarrasser le champ de bataille de ces horreurs en ferrailles. Une fois le groupe des Cinq parvenu jusqu'à la forteresse, ils ne disposeraient plus de liberté de mouvement suffisant pour s'en inquiéter. Les Tokugawa les accapareraient, les enfermant dans des confrontations interminables afin d'en profiter pour écraser les alliés sans qu'ils ne soient en mesure de protéger les autres, aux prises avec leur propre survie.

« Tout est dans le mécanisme de rotation. Si nous parvenons à glisser une tension assez conséquente dedans il sera sûrement possible de briser ces mitrailleuses. » Releva Juzô, se frottant le front distraitement.

Saizô nota la justesse de cette hypothèse, quand Sasuke s'éloigna pour récupérer sa sacoche restée à terre, durant ce temps. Il la souleva, la fouillant activement pour en tirer une chaîne métallique relativement fine qu'il présenta au tireur dans un sourire mesquin.

« Comme ce genre de choses ?

_Absolument ! Ce serait juste parfait si on pouvait les glisser dans les tubes principaux rotatifs ! S'exclama-t-il en écho, testant la résistance du matériel.

_Il va y avoir un souci toutefois… Nota Ana. Comment sommes-nous censés atteindre ces armes en question, elles se tiennent à plus de cinq cents mètres au moins ? »

Le jeune Commandant pointa les engins à balancier massifs qui avaient été montés dans la cour de la forteresse, que des guerriers de Kanetsugu utilisaient en ce moment-même pour envoyer de l'autre côté des épaisseurs de l'enceinte des pierres de tailles conséquentes qu'ils hissaient dans le mécanisme à plusieurs. Il suffisait alors de régler la juste distance pour la projeter sur les rangs ennemis.

« Catapulte. Annonca le garçon.

_Heu… Le Singe ? S'inquiéta Saizô. Je ne veux pas dire, mais si les catapultes pouvaient atteindre les canons… On aurait déjà envoyé depuis longtemps des rochers sur ces trucs pour les exploser.

_On ne parle pas de projectiles lourds. Répondit-il tranquillement. Ce sont de simples chaînes de métal, avec le juste équilibre il sera facile de les envoyer à la portée des Gattlings.

_Il va falloir viser avec une extrême précision. » Se soucia Isanami, nettoyant ses mains dans un tissu.

Sasuke se contenta de désigner le contenu massif de la sacoche qu'il portait. La prêtresse était venue l'accompagner dans ses recherches tandis qu'il essayait de trouver un moyen viable de briser le mécanisme à l'air libre de la mitrailleuse. Il ne lui avait pas vraiment expliqué ses intentions, mais elle l'avait vu récupérer, chaînes et autres possibles tentatives, prenant soin à lester ce dont il pouvait s'encombrer. Songeant à leurs poids et à leurs aérodynamismes différents qu'il faudrait prendre en compte.

Les sentinelles qui se trouvaient autour d'eux s'agitèrent aussi, l'une d'elle s'approchant. Marquant à leur attention un salut militaire, elle se présenta pour aborder le problème :

« Nous connaissons bien nos outils de guerre, mon Commandant. Il nous faudra sûrement un premier essai à cause du poids inhabituellement léger de vos chaînes, mais nous parviendrons à atteindre les cibles.

_Cette charge n'est pas impossible pour nous ! Renchérit un autre guetteur. Nos spécialistes y parviendront, nous devons juste pendant ce temps-là les couvrir en distrayant les Tokugawa.

_De la distraction pour ces connards ? Avec grand plaisir. Lâcha Saizô, encore révolté par les blessures d'Ana. Ils ne vont rien comprendre… »

Les soldats échangèrent des rires avec lui devant pareille motivation. Sasuke leva toutefois une main, s'accordant de prudence. Ils ne devaient pas prendre de risques supplémentaires tant que le Messager et ses pairs ne se trouvaient pas encore présents. Ceux-là seraient leurs réels adversaires dans ce conflit, les autres combattants à leur cause n'étaient pas taillés pour de pareils duels. Ils auraient à leur charge de maintenir la menace loin de la forteresse et de la confrontation physique qui résulterait forcément entre les troupes dans les champs proches.

« Pas de vagues. Ordonna-t-il à ses partenaires. Personne d'autre ne doit être blessé dans cette intervention. Le plus dangereux reste à venir. »

Ses déclarations furent accueillies dans un silence embarrassé.

« Je vous laisse vous occuper des Gattlings. Poursuivit-il en considérant les sentinelles, leur tendant l'énorme sacoche qu'il portait et qu'un combattant vint récupérer, croulant abruptement sous son poids. Nous allons, de notre côté, attirer leur attention ailleurs.

_A vos ordres ! Répondirent les guetteurs d'une même voix.

_Isanami. Appela-t-il la jeune prêtresse. Peux-tu surveiller les positions des Gattlings et signaler aux lanceurs, si elles viennent à changer ? Je crains que les Tokugawa n'essayent de les reculer dans un premier temps…

_Bien entendu. »

Hochant la tête, le Commandant s'éloigna alors, sans doute pour récupérer un arc et des flèches. Lui disposait de sa manipulation de Lumière qu'il pouvait projeter suffisamment loin ; Saizô vint reprendre, avec Juzô et Ana, leurs précédentes positions en couverture des créneaux. Remplaçant les guerriers de Mitsunari, qui avaient occupé leurs postes pendant qu'ils discutaient ensembles. Ceux-là détalèrent rapidement, tandis que la manipulatrice de Glace élevait à nouveau des boucliers supplémentaires. Le mouvement la fit gronder de douleur entre ses dents, elle contint pour elle sa souffrance, se concentrant sur la bataille. Elle ne pouvait plus se permettre de se faire blesser davantage.

Une salve de balles ricocha brutalement sur l'enceinte protégée, qu'ils subirent dissimulés, guettant le juste moment où le silence s'installerait finalement pour pouvoir répliquer. Hors de porté, leur aîné s'était quant à lui allongé par terre à nouveau, ne reculant nullement sous cette fureur qui le frôlait à peine. Calme, il chargeait son sniper régulièrement, le glissant entre la glace solide pour abattre des cibles, laborieusement mais sûrement. A lui seul, il avait été le plus prompt à éclaircir les rangs adverses.

Vexé de faire pâle figure face à cette démonstration, Saizô profita d'une accalmie ennemie pour tirer son épée de son fourreau, sautant à la proue tandis qu'il concentrait une part de son énergie dans son arme dont la lame s'illuminait progressivement. Conscient de ceux qui les attendaient bientôt, il fit attention de ne pas entamer ses réserves. Se contentant d'une technique basique qu'il relâcha dans un tournoiement sur les rangs des Tokugawa. Ces derniers accueillirent la démarche dans des cris ; l'entité de lumière faucha nombre des leurs trop imprudents. Satisfait, le brun retrouva précipitamment sa cachette d'un bond.

Les Gattlings tournaient à nouveau. Il surveillait du coin de l'œil Isanami qui se hissait à proximité sur un promontoire inaccessible au feu adverse, cherchant sûrement à pouvoir surveiller les six canons aisément d'un mouvement circulaire. Sasuke revint à cet instant, chargé d'un carquois conséquent et réglant l'allonge du seul arc qu'il était parvenu à trouver. S'approchant des autres guerriers qui accompagnaient leur défense sur les remparts depuis le début, il alla tremper les pointes de ses flèches dans la vasque à huile voisine. Cinq avaient été ainsi disposées sur les remparts pour permettre d'enflammer les projectiles par la suite.

« Equipe médicale, tout de suite ! On a deux blessés légers ! »

Saizô ne se souvenait pas avoir jamais vu le jeune Commandant user d'autre chose que ses familières doubles lames, mais il ne doutait pas que celui-ci devait savoir chasser. Il semblait même adroit dans sa prise du manche, le surprenant en demeurant sur sa position, aux côtés de l'huile et du brasier. Contrairement au reste des archers qui devaient se coller aux créneaux pour cibler, prenant le risque de se placer à découvert, dans le champ d'action des mitrailleuses, le ninja de Koga s'immobilisa assez loin. A la juste limite où il était certain d'échapper aux Gattlings, trop loin toutefois pour pouvoir voir les ennemis et viser. Cela ne paraissait pas le déranger outre-mesure, il alla enflammer une première flèche, levant haut son arc pour la décocher à la préférence d'un mouvement cloche. Le projectile s'envola haut, très au-delà de sa tête pour basculer vers les opposants, chutant soudain. Un cri bref répondit à cet assaut.

Sonné, le ninja d'Iga contempla à nouveau son homologue tandis qu'il s'armait une deuxième fois, la pointe métallique brûlant vivace pour être expulsée dans les premiers rangs ennemis. Sasuke paraissait voir, au travers du mur d'enceinte, localisant les Tokugawa de l'autre côté. S'il n'était pas le tireur le plus appliqué qui soit comme y prétendait Juzô, il pouvait toutefois envoyer ses flèches sans jamais s'inquiéter d'être sous le feu des canons de mort. Ce qu'il faisait avec une régularité correcte pour son niveau, inquiétant sûrement leurs opposants par cette pluie ininterrompue de flammes qui s'abattait sur eux.

« Premier essai ! Hurla-t-on soudain depuis la cour principale. Relâchez ! »

Le fracas de la catapulte résonna aux alentours alors que la première chaîne de métal lestée en poids moyens, se trouvait expulsée par-dessus les créneaux. Ils suivirent tous des yeux sa trajectoire tandis qu'elle s'envolait, fendant les airs vers une Gattling proche de six cents mètres environ. Elle atteignit le sol bien trop tôt, créant au passage une véritable catastrophe humaine. Emportant en nombre des Tokugawa qui crièrent durement contre ce cadeau imprévu.

« Il manque un quart, recommencez ! Indiqua une sentinelle à son pair qui gérait les réglages de la catapulte.

_Très bien, on retente ! »

Faisant confiance aux hommes de Mitsunari pour parvenir à atteindre les mitrailleuses, les Braves se maintenaient sur les premières lignes des remparts. Opposant une telle résistance que les troupes adverses, craintives, avaient reculé sous leur pan de mur. Considérant avec un certain effroi ces êtres qui fauchaient la vie de leurs camarades par des balles invisibles, des flèches régulières et des attaques magiques qui gelaient jusqu'au sol sous leurs pieds. Des raies de lumière venaient à cela régulièrement achever le travail, semblant persister dans leur course folle.

Satisfait de constater ce net pas en arrière des Tokugawa, Sasuke leur réclama de se disperser le long du périmètre de l'enceinte et d'aller aider notamment vers les flancs où la résistance s'avérait difficile. Saizô le vit se diriger à grand pas en direction Sud, quand Ana s'éloignait à son tour dans une direction opposée de celle de Juzô. Le ninja d'Iga s'occupa de la dernière façade restante, son soutien accueillit par les alliés avec des véritables cris de joie qui l'embarrassèrent.

« Kirigakure, le Haut Commandement veut savoir ce qu'il en est des mitrailleuses ! »

Inspirant bruyamment, le brun fit signe au soldat chargé de la communication de patienter un peu, le temps qu'il se reprenne. Il venait d'abuser de son endurance, créant de véritables colonnes flamboyantes qui avaient déchiré le territoire ennemi efficacement. Comme répondant toutefois à sa place au combattant, les catapultes s'animèrent dans la cour principale. Projetant sur deux Gattlings différentes les assez particulières munitions ramenées par Sasuke. Celles-ci s'élevèrent dans le ciel à nouveau, hors de portée néanmoins de la vue du ninja qui ne pût que se reposer sur les cris de satisfaction qui s'élevèrent quelques instants plus tard. Le silence aussi, étrange, alors que seulement quatre engins demeuraient encore debout.

« Mon Commandant, c'est un succès ! Les chaînes se sont enroulées dans le mécanisme rotatif et ont détruit deux canons ! Hurla une des sentinelles à l'adresse du Singe.

_Vous êtes en train de sauver nos hommes, Messieurs ! Poursuivez ! » Cria le garçon en écho.

La vie sembla comme reprendre subitement parmi leurs troupes et un espoir nouveau portèrent leur réplique commune. Saizô vit les flancs débarrassés par la menace des balles Tokugawa, s'animer violemment alors que les archers se massaient pour faire reculer autant que possible les lignes ennemies. Une confusion certaine régnait, pendant que les ingénieurs s'escrimaient dans leurs calculs afin de réduire en poussière ces autres engins qui continuaient de tourner, plus dangereux alors.

Compatissant devant le visage interloqué du chargé de communication, il l'informa :

« Dites aux Seigneurs que Sarutobi a trouvé une parade. Deux des Glattlings sont en pièces. Dans dix minutes possiblement, elles seront toutes neutralisées.

_C'est une nouvelle qui va les ravir. Assura le soldat dans un sourire soulagé.

_J'imagine bien… Oh ! Songea soudain le Shinobi. Prévenez-les aussi que l'escouade du Messager arrive. Les Braves vont s'en charger. »

Hochant la tête sèchement, le combattant s'élança vers les escaliers voisins pour transmettre au plus tôt ce message au Vieux et ses deux copains. Satisfait, Saizô revint à la hauteur des archers tandis que sur la pierre ricochait une énième salve de la mitrailleuse la plus proche. Le Shinobi entendit de loin, les échos de la mise en garde d'Isanami qui signalait que le canon avait été reculé de plusieurs mètres. Des insultes relevées fusèrent de tous parts envers les Tokugawa qui pensaient s'en tirer ainsi, comme des lâches en fuyant les tirs de leurs catapultes pour préserver leurs précieux prototypes.

Deux minutes plus tard, il se mettait à l'abri après des représailles insolentes de sa part. Son épée lui brûlant toujours dans les mains de cette énergie qu'il venait d'y accumuler pour faire le plus de victimes. Ses yeux ne purent qu'attraper de justesse la chaîne et les poids qui s'envolèrent brutalement au-dessus de lui, il suivit la course brève lorsque la longueur de métal frappa abruptement le sol aux pieds de la mitrailleuse. La chaîne par un phénomène curieux y rebondit alors, tombant cette fois sur le canon principal où ses anneaux se glissèrent, entraînant l'enrayement du mécanisme et une explosion violente.

« Plus que la moitié ! »

Laissant la place aux archers de continuer leurs laborieux efforts, Saizô s'écarta des premières lignes pour aller retrouver Sasuke qu'il repéra aisément. Le Singe poursuivait ses tirs dispersés, saisissant l'occasion des destructions de Gattlings pour faire appel à ses compagnons favoris. Des oiseaux s'étaient rassemblés en son périmètre, voletant à proximité, se tenant à la pointe des créneaux ou allant à s'inviter au confort de son épaule comme y prétendait un aigle. Ils étaient ainsi une trentaine de prédateurs des airs à suivre son appel. Se massant en groupes réduits qui s'élevaient alors, fondant bientôt sur les troupes adverses où les balles ne pouvaient les atteindre, leurs serres se plantant dans les visages tandis qu'ils crevaient les yeux de la pointe acérée de leurs becs. Une démonstration d'un tout autre genre qui avait tenu les autres guerriers en retrait, impressionnés par cet étalage naturel qui les regardait d'un air gourmand.

Le ninja d'Iga pouvait les comprendre, maintenant une distance minimum avec ces boules de plumes adorables qui le considéraient avec curiosité. Le Commandant achevait de tirer une flèche quand il se tourna vers lui, interrogateur.

« Que ferons-nous une fois les merdes stoppées ? S'inquiéta-t-il, un peu gêné de reconnaître ainsi l'autorité du Singe sur lui. Ouvrir les portes et attendre le choc initial entre les troupes pédestres ?

_Ces gens ne se satisferont pas d'une victoire arrachée en haut d'un rempart. Ce ne sont pas des Shinobis. Ils veulent la gloire éternelle des guerriers. Répondit sereinement le garçon, caressant les plumes mordorées du royal animal qui se tenait sur son omoplate. Ils veulent affronter l'ennemi en face…

_Au risque d'envoyer à la mort ceux qui se tiendront en première ligne au moment de la sortie ?

_Nous aurons d'autres choses dont nous inquiéter de notre côté. »

Résigné, Saizô acquiesça. Certes, il savait que le Messager et ses troupes réduites seraient un difficile obstacle de plus, à dépasser aujourd'hui. Il avait combattu contre la majorité de leurs membres, il avait subi. Le talent de certains, la passion d'autres quand la manipulatrice du Temps avait certainement été la menace la plus conséquente de son existence. A la fois, il trépignait d'impatience d'en découdre contre eux, de servir à quelque chose finalement en confrontant ces forces dangereuses. A la fois, il se sentait dépité de devoir se frotter à de pareils génies qu'il avait appris à craindre. D'autant plus maintenant, quand il connaissait les faits réels existant derrière leurs pouvoirs frôlant le domaine du divin.

Ces mecs-là n'étaient que des monstres.

« Gattling numéro quatre et cinq ! Au sol !

_Dépêchez-vous de charger le dernier envoi ! Hurla subitement Sasuke à l'encontre des sentinelles.

_Oui, mon Commandant ! »

Fermant un œil, le ninja de Koga enflamma une nouvelle flèche qu'il décocha, sifflant entre ses dents des indications aux rapaces qui s'élevèrent dans un tournoiement commun. En file indienne, ils plongèrent à terre, se jetant sur les Tokugawa tout en esquivant les contre-offensives qu'une partie d'entre eux rougissait peu d'entretenir envers des oiseaux. Chassant ses proies qui fuyaient alors pour certaines, protégeant autant que possible leur visage de ces assauts du ciel hargneux.

Admiratif du ménage que le Singe parvenait à faire, Saizô en profita pour repérer les positions de ses camarades et s'assurer de leurs états physiques. Juzô continuait son lent et méthodique travail, pendant que Ana avait récupéré visiblement des gourdes qu'elle remplissait d'eau, sûrement en vue de ne pas manquer à la source de ravitaillement quand il faudrait quitter les murs de la forteresse. Quant à Isanami, elle rejoignait les soldats de la cour principale qui piaffaient d'impatience d'en découdre pour de bon. La majorité se parait de leur côte de maille et armure épaisse, amassant sabres et autres armes de courte portée. Au milieu de cet étrange bordel, les ingénieurs terminaient de préparer la catapulte.

« Chargez ! »

Le même craquement caractéristique acheva la dernière mitrailleuse. Une providence qui déclencha un véritable concert de hurlements de joie et d'étreintes brèves, d'épaules claquées chaleureusement tandis que la bonne nouvelle se répandait, annoncée par les sentinelles de Mihari à l'œuvre depuis un moment. On porta en triomphe le principal responsable des manœuvres, le couvrant de remerciements, s'accordant cette pause temporaire avant de descendre dans l'arène pour de bon. Les archers s'étaient reculés des opposants, contemplant le bonheur de leurs coéquipiers avec de larges sourires. Qu'ils allaient devoir assurer la sortie à découvert de ces hommes dans quelques minutes.

Les Braves se rassemblaient de leur côté. Le Capitaine de Kanetsugu avait déjà enfourché son cheval. Jugé sur ce destrier, il se tenait imposant dans sa tenue complète, armé de ses katanas dont il caressait avec distraction les poignées. L'homme s'était placé devant leurs troupes, considérant chacun quand ces soldats s'étaient confondus entre eux, s'inquiétant peu désormais des histoires vaines de couleurs de tuniques. Une entraide évidente née dans la douleur et les peurs, comme Sasuke l'avait professé à Mitsunari. L'amitié était fragile encore, mais elle ne cesserait de se consolider au cours des combats. Peu importe l'issue de la bataille sur la forteresse, leur Alliance en ressortirait forcément grandie.

« Messieurs ! Aujourd'hui ! Amorça le Capitaine d'un ton emphase. Nous allons écrire une page de l'Histoire, la première relatant la décadence de ces chiens de Tokugawa ! »

Des hourras résonnèrent en écho à ces propos.

« Pour le salut de nos Seigneurs vénérables, combattons en ces terres qui sont les nôtres ! Appela l'homme, levant haut son poing. Qui sont les envahisseurs ? Eux ! Qui meurtrissent nos peuples ? Eux encore ! Nous ne connaissons pas l'horreur de la Mort ! C'est jusqu'aux Enfers que nous irons les chasser s'il le faut !

_Vive Kanetsugu-sama ! Saluèrent ses pairs.

_Vive notre maître ! » Chantèrent à leur tour les protecteurs de la forteresse.

Impressionné par le charisme déployé par le Capitaine pour obtenir l'adhésion de tous, Sasuke suivit, avec une attention appliquée, le départ de ces combattants. On alla quérir l'ouverture des portes immenses de la forteresse, tandis que les pions s'alignaient les uns derrière les autres en rangs si ordonnés qu'on aurait pu croire à des années de pratique commune. A pied pour la grande majorité de soutiens de Mitsunari, alors que leurs alliés juché sur des chevaux vêtus pour la bataille, allaient au pas à leurs côtés. Ils filèrent ainsi avec une tranquillité ahurissante, se dérobant à la protection des remparts pour affronter au contact les ennemis, dans les plaines proches.

Eux demeurèrent à l'intérieur, attendant. En compagnie des archers qui maintenaient leur offensive au-dehors, assurant les arrières des guerriers. D'autres enfin devaient prévoir les éventuelles intrusions dans l'enceinte qui viseraient à atteindre leurs Seigneurs, aux extrêmes arrières. L'un d'eux s'approcha d'ailleurs, apportant une réponse au précédent envoi de Saizô.

« Le Haut Commandement approuve votre décision. Il va se concentrer pleinement quant à conduire le reste des troupes. Ne vous souciez que de vos adversaires.

_Nous le ferons. Affirma le ninja d'Iga, se permettant de parler au nom de tous.

_Sanada-sama a réclamé de votre part une extrême prudence. »

Ce détail tira des rires à chacun d'entre eux, alors qu'ils s'amusaient de ce moyen déguisé et élégant du dirigeant de se soucier de leurs vies. En chef de famille appliqué qui ne veut que la réussite de chacun des membres de sa petite cohésion relationnelle. Ils remercièrent chaleureusement le chargé de communication et renvoyèrent à destination une promesse à leur Maître de partager une tasse de thé dans quelques heures, ensembles au calme avec lui.

« Tenez-les à distance ! » Commanda-t-on, fort.

Les cris et les bruits de lutte atroces s'élevaient déjà à l'extérieur. Sonores et explicites, qu'ils avaient les images peintes dans leurs esprits, abominables et ô combien familières à ceux d'entre eux qui ne vivaient que de ces affrontements imposants depuis leur naissance. Saizô et Ana s'affichaient sereins au milieu de cet air putride gorgé de tensions haineuses et sauvages. Isanami apparaissait la plus inquiète, Sasuke lui ordonna sans remords de rester à la forteresse. Une déclaration très mal perçue par la prêtresse qui fût soutenue par les autres Braves néanmoins. Il n'était pas nécessaire qu'elle prenne le risque de libérer l'Autre en abusant à torts de son pouvoir contre leurs opposants. Mieux valait qu'elle soit présente pour aider l'équipe médicale, répondre aux besoins matériels des archers et assurer une cohésion logique au sein de ces murs.

« Et attendre de vous voir revenir, peut-être ? S'insurgea-t-elle, outrée. Je peux m'assurer !

_Une bataille de ce niveau ? Laisse-moi rire. Lâcha le ninja d'Iga en retour, dépourvu de toute diplomatie. Tu vas surtout soutenir les arrières, il est pas question que tu te foutes en première ligne !

_Ana est bien plus blessée que moi ! C'est à elle qu'il faudrait accorder une pause ! Rétorqua-t-elle, tentant à trouver une quelconque confirmation de la manipulatrice de Glace.

_Nous n'avons pas la même expérience de ce genre de choses, Chérie. Assura gentiment cette dernière, tout en passant une main affectueuse dans sa frange.

_Vous êtes tous complètement aveugles ! »

Enervée, la prêtresse chassa sèchement cette intention, se détournant d'eux pour disparaitre vers le bâtiment de l'infirmerie. Claquant durement ses talons au sol dans sa course pour témoigner de la fureur qui habitait son cœur à cet instant. Sasuke sentit le sien se serrer devant la colère de sa sœur adoptive à laquelle il compatissait complètement, pour l'avoir vécu lui-même. Il n'était pas agréable de se faire rappeler surtout par ses propres pairs, son impuissance. Pourtant, ils ne pouvaient pas prendre le risque de la laisser seule sur un champ de bataille, elle ne disposait pas suffisamment d'arsenal pour se défendre. L'expérience manquait, et eux ne pourraient pas constamment la surveiller au cas où.

« Elle va mettre des jours à se calmer… Les mit en garde Juzô, l'air de rien.

_Cette idiote s'entête à ne pas vouloir comprendre ! » Gronda Saizô.

Malgré ses paroles âpres, le brun apparaissait animé par l'unique inquiétude envers sa protégée. Son habituelle mauvaise foi maintenait les apparences mais tous lisaient clairement la teinte attentive du regard sombre dont il menaçait l'infirmerie, comme espérant voir au travers si la petite silhouette s'y trouvait bien. Si elle ne criait une fois de plus pas trop contre lui. Elle ne lui pardonnerait pas avant un long moment, il était conscient de ce fait qui tordait son ventre. Soufflant qu'il était peut-être temps de laisser une chance à cette femme qui grandissait et travaillait dur pour compter un peu moins sur lui. Peut-être temps aussi d'avouer à sa propre conscience qu'il ne supportait pas de la voir moins dépendre de sa force, ainsi.

« Attention, projectile ennemi ! » Cria une sentinelle subitement.

Le sifflement d'une flèche les firent tous lever la tête. Le trait fila entre eux, allant se planter dans le sol, juste à leurs pieds en une véritable provocation dont Sasuke détermina immédiatement la provenance. Il n'y avait qu'un être en ce monde capable de pareille performance de distance et de précision. Mihari prenait un malin plaisir à les défier de cet envoi pour le moins piquant, signalant leur présence désormais au sein des combats qui avaient lieu partout aux alentours.

Ramassant le fin instrument de mort, il partagea un long regard de connivence avec ses coéquipiers. Ils allaient procéder d'une manière similaire à toutes les autres précédentes : diviser pour mieux régner. Leur chance de remporter cette bataille tenait dans les duels qu'ils allaient mener. Ils devaient penser avec soin et se répartir leurs ennemis selon les facilités de chacun. Lui se réservait déjà le Messager, conscient que celui-ci ne serait plus en mesure de pouvoir libérer sa nature controversée. Il disposait d'un joker évident quant au reste de leur affrontement physique pour lequel il ne s'inquiétait pas vraiment. Il commençait sérieusement à s'habituer aux techniques de cet homme, à force de s'en défendre.

« Allons-y. » Commanda-t-il d'une voix vibrante.

Ils hochèrent la tête dans un même ensemble, se pressant à sa suite tandis qu'ils prenaient cette fois à leur tour, la direction des titanesques portes de la forteresse demeurées ouvertes. De nombreux soldats en surveillaient l'ouverture, près à réagir en cas de tentatives d'intrusion adverse. Ils accueillirent leur présence avec une évidente curiosité, les suivant des yeux alors qu'ils s'avançaient hors de l'enceinte. Tombant sur les impressionnants spectacles des joutes qui se déroulaient à quelques dizaines de mètres, dans une confusion énorme de couleurs et de sons. Des cadavres s'amoncelaient déjà dans la terre, jetés hors des rangs quand le pavillon ennemi subissait les premières vagues de l'Alliance, les plus éloignées pilonnant de flèches ce front. En face d'eux, les sentinelles de Mitsunari veillaient au grain, protégeant elles-aussi leurs pelotons en lâchant des salves enflammées et d'autres pierres catapultées régulièrement. Une aide qui permettait aux cavaliers de progresser, fendant les hordes de leur monture, abattant leurs sabres en tous sens.

La rencontre même des deux camps s'affirmait d'une rare violence, les pions s'entredéchirant. Ils ne coexistaient dans un espace partagé que pour fendre des gorges, trouer des ventres et faucher des pieds par le tranchant effilé de leurs armes. Les Tokugawa agissant pour leur survie quand les combattants alliés sages, préféraient se soutenir les uns et les autres selon les habilités de chacun. Ils faisaient une ligne d'offensive et de défense insolente, se préservant ensembles. Une démonstration notable malgré leur petit nombre face à la densité des ennemis, même si ceux-ci avaient été touchés par la défense depuis les remparts. Ils luttaient dans le sang de leurs pairs tombés par centaines déjà, plus proches de deux milles bipèdes maintenant.

Au loin de ce carnage, Sasuke repéra tout de suite les silhouettes de leurs ennemis. Immobilisés dans leur contemplation tranquille, ils se tenaient à hauteur des Gattlings Ouest endommagées. Le Commandant, s'approchant dans leur direction sans aucune précipitation accompagné de ses Braves, nota qu'ils étaient au chiffre de quatre seulement : le Messager, la Reine, Mihari et un des vassaux. L'autre membre avait déserté, pour une raison ou pour une autre et il ne ressentait pas sa présence dans les environs. Un fait qui l'inquiéta assez, songeant qu'il devait s'agir du Tokugawa capable de devenir invisible. Il fût tenté un instant de revenir sur ses pas, transmettre au moins cette information aux gardes de la forteresse.

Il se reprit néanmoins, se traitant allègrement de paranoïaque. De toutes façons, vaincre le Messager ne lui prendrait au pire qu'une vingtaine de minutes tout au plus. Une fois ceci fait, il aurait alors le temps de s'inquiéter de retrouver ce vassal manquant. Pour le moment, il ne devait se soucier que de cette urgence là, clore les choses rapidement avec le meneur de l'escouade. De manière définitive. Cela allait aussi exiger que l'un d'entre eux se dévoue à maîtriser la manipulatrice du Temps pour l'empêcher de faire revenir à la vie sa charmante bande en invoquant leurs souvenirs passés. Sur ce point, il faisait absolument confiance à Saizô, il avait triomphé auparavant de la Reine aux côtés d'Isanami. Il connaissait les capacités de cette ennemie mais surtout ses évidentes faiblesses qui causeraient sa perte.

Leur perte à tous.

« Mr Grandiloquent, la raison ne vous est toujours pas revenue ? Le salua chaleureusement le Messager, son attitude apparaissant très décontractée au milieu de cette guerre. Vous vous entêtez, mon Ami.

_Que vous le veuillez ou non, le Singe fait partie de la famille. Rétorqua sèchement Saizô. Cinglé ou pas. »

L'homme demeuré jusqu'au bout absolument méconnaissable sous son masque et capuche de tissus noirs, marquait une expressivité remarquable malgré tout. Son haussement de sourcil surpris se devinant au-dessous de l'épaisseur alors que chacun dévisageait avec étonnement le ninja d'Iga. Leur jeune Commandant le premier, complètement pris de court par ce témoignage de confiance particulier de son concurrent le plus fervent. Qui n'avait guère apprécié, comme tous les autres, ses récentes petites cachotteries.

« Je vois… Commenta placidement le meneur. J'ai peut-être sous-estimé en effet votre compassion envers le Sixième d'entre nous. En même temps, ce genre de grands élans est la marque des blancs héros.

_Vous comptez nous raconter votre belle histoire jusqu'à la tombée de la nuit ? Lâcha le Shinobi, croisant ses bras alors qu'il plantait son regard dans celui de leur adversaire.

_Bien entendu, non. Je ne souhaitais qu'introduire un minimum de politesse dans cette conversation. »

L'homme se redressa élégamment, considérant quelques mètres plus bas les lignes qui s'affrontaient sans remords dans les plaines. Ils se trouvaient actuellement sur une hauteur raisonnable, dominant de cette plateforme désertée le reste de la bataille. Les hommes se recentraient dans une même direction, ouvrant à leur liberté d'expression des espaces où ils étaient sûrs de ne blesser personne dans leur lutte. D'autant plus avec les étendues de la Forêt qui s'étiraient à proximité, une réalité avantageuse que le garçon avait relevée dès leur approche. Détaillant ostensiblement son adversaire, il se fendit de paroles résignées :

« Aucun d'entre vous ne se rendra, je suppose ? »

Le Messager eût un sourire embarrassé ; sincère à cette question rhétorique.

« Allons Sarutobi… »

Pendant quelques secondes, ils se trouvèrent plus proches qu'ils ne l'avaient jamais été. Aucun d'eux ne se résolvant à sonner le glas. Incertains et maladroits, le Commandant attrapa au passage le regard de sa Reine, emplie par une compassion certaine. Il sentit sa propre gorge se serrer, tentant de maintenir un solide masque de convenances quand il le voyait tomber en poussière à ses pieds. Baissant la tête, une main sur les lèvres, il tenta de recomposer celui-ci, parfaitement conscient que ses hésitations apparaissaient vibrantes à la vue de tous ; qu'il pouvait sentir l'incompréhension chez ses pairs. Il ferma les yeux, soupirant à leur égard un ordre qui réclama toute sa force pour sortir :

« Allez-y. »


Et dans le silence, il me contemplait.


« Ta droite. »

Atterrissant tout juste sur son équilibre gauche, il bascula adroitement celui-ci pour esquiver. Posant un appui supplémentaire : ses doigts trouvèrent la terre sèche alors qu'il évoluait souplement, percevant aux flancs le trait mortel qui alla chatouiller son épiderme. Déstabilisé un instant, il chuta abruptement, essayant de se rattraper en une roulade, qui le mit à proximité d'un abri rocheux. Il s'y glissa aussitôt, espérant calmer son adrénaline alors qu'il se faisait complètement déborder par son ennemi.

« Au-dessus ! »

Une nouvelle pluie de flèches s'éleva dans les airs, retombant sur sa position. Instinctivement, il alla se plaquer complètement contre la pierre, tentant de disparaître derrière son maigre rempart tandis que ces pointes menaçantes s'enfilaient dans le sol, à quelques poussières de lui. Il leur jeta un regard écarquillé, une solide crainte s'installant dans ses résolutions face à la maîtrise inhumaine de son opposant à ce petit jeu. Ce n'était rien d'aussi franc que les manipulations du Messager, Mihari tirait non seulement précisément mais il le faisait vite, habilement au point de pouvoir porter sur son arc plusieurs flèches en même temps. Localisant chaque fois sa position si rapidement que le ninja disposait à peine des secondes nécessaire à sa fuite. Mené par l'ardeur déchaînée de l'espion qu'il n'avait encore jamais vu dans cet état d'esprit.

« Mon Commandant, ne m'obligez pas à venir vous chercher, voulez-vous ? » Cria l'homme à son attention ; s'approchant de sa position d'un pas calme.

Impassible, Sasuke percevait les traits de son visage infantile figés en une détermination glaciale. Cet opposant-là voulait sa perte, et lui n'avait pas le temps de chercher à comprendre pourquoi. Il dût quitter en catastrophe sa protection mise à mal par une nouvelle salve, se retrouvant à découvert. Courant en quête de potentielles autres planques dans les changements de terrain, il tournait insolemment le dos à son opposant dans sa tentative effrénée. Son hypersensibilité toute entière consacrée à surveiller les déplacements de son poursuivant qui ne se pressait pas tant à sa suite, confiant dans ses capacités. La sentinelle marqua même un instant de flottement, armant trois flèches qu'il décocha brièvement. Le ninja les repéra au sein de son large périmètre de surveillance, fondant sur lui avec une vitesse au-dessus de la moyenne. Préservant son énergie, il se laissa tomber par-terre, se réceptionnant sur le bout des doigts souplement alors que les tirs filaient sur les strates aériennes supérieures. Lestement, il se releva en poussant sur les bras, coupant à peine sa course. Son instinct le mena vers les bordures du plateau où ils s'affrontaient.

Il n'avait absolument rien prévu de cela, persuadé que ces paysages seraient les seuls témoins de son dénouement fratricide avec le Messager. Le Tokugawa s'était même approché, semblant aussi résolu que lui à cette prédiction inévitable. Sauf que Mihari s'était décidé ; coupant la route à son meneur il s'était imposé de sa propre personne, embarquant le jeune Commandant dans un jeu immédiat de cache-cache. Que ni son habituel adversaire, ni lui n'avaient été en mesure de contredire. Sasuke avait été vite dépassé par sa fureur, considérant curieusement cet espion qui s'était toujours présenté en allié et qui avait gardé les explications à la profondeur de son esprit. Ils s'étaient progressivement éloignés, le ninja avait seulement remarqué de loin que Saizô avait pris finalement sa place face au Messager. Pour le reste, il n'avait pas eu le temps de faire un examen approfondi, tentant d'échapper à ses sanctions célestes qui le manquaient de peu le plus souvent. Il ne s'en sortait que grâce à la vigueur entraînée de ses réflexes.

« Il te vise. »

Il les avait ressenties : cinq flèches projetées efficacement vers lui. Ses doigts trouvèrent en aveugle, à sa ceinture, ses lames jumelles, tirant celles-ci alors qu'il sautait en une vrille acrobatique. Tournant sur lui-même abruptement pour repousser de ses armes maintenues aux fronts, ces charmants cadeaux qu'il allait à tailler en pièces dans son empressement. Atterrissant, ses sens hurlèrent immédiatement à l'erreur, relevant la présence maligne d'un trait supplémentaire, tiré tout juste par l'archer ciblant son dos. Il sauta à nouveau, évitant le projectile qui vient toutefois déchirer la surface de son habit, filant plus loin pour se planter dans le sol. Sasuke le considéra avec rancœur, conscient qu'il avait failli se laisser berner.

Fataliste devant ces étendues désertiques qui se déroulaient à perte d'horizon sans cachette possible nulle part, il se résigna à faire face à l'espion. Analysant les signes vitaux de cet homme qui s'approchait vers lui sereinement. Il s'arrêta toutefois à une distance minimale, peut-être surpris de ce revirement de stratégie de sa part. Sasuke contint les questions qui démangeaient ses lèvres depuis le début de l'affrontement, muet dans sa frustration tandis qu'il veillait aux mouvements de cet arc dangereux. Caressant nerveusement leurs aspérités d'acier, il n'avait pas replacé ses armes, les conservant dans ses mains alors qu'il envisageait solide, un moyen de s'approcher davantage de son ennemi pour tourner cette chasse en un combat physique qui ne pourrait qu'être à son avantage. La sentinelle ne disposait pas des mêmes enseignements que lui, au corps à corps notamment. Tant qu'elle maintenait ce recul entre eux suffisant pour qu'elle dispose d'assez de temps afin de tirer une flèche de derniers recours, il ne pourrait jamais instaurer son propre rythme.

Ils se défièrent du regard de longues minutes, chacun attendant la moindre amorce suspecte, excuse parfaite pour contre-attaquer à son tour. Ils se guettaient l'un et l'autre furieusement, provoquant l'étincelle par des esquisses de geste, de faux prétextes qui conduiraient à la rupture nerveuse du plus naïf d'entre eux. Sasuke n'avait jamais été aussi déterminé à remporter ce genre de duels invisibles, soignant les fluctuations de son corps quand il changeait de position d'attente. Il se sentait l'âme d'un prédateur, prêt à se jeter sur sa proie dès l'instant où elle tentait de lui échapper. Le renversement des rôles s'avérait délicieux tandis qu'il se permettait de reprendre ses habitudes, fatigué de jouer les appâts.

Au loin, la guerre continuait de hurler à la folie, sa voix perçant la crête des nuages. Elle vibrait légère dans cette atmosphère moqueusement ensoleillée, appel plaintif à la violence quand une odeur affirmée des charniers à ciel ouvert, commençait à empester aux milles des alentours. Les soldats tombaient résolument à la courbure berçante de cette plaine où ils évoluaient depuis des heures désormais. Masse de couleurs qui se battaient pour des convictions creuses, mélangées et opposées par des moments les teintes se confondaient dans un rouge uni poisseux qui polluait la terre progressivement, s'étendant en un océan immense. Les pieds allaient s'y enfoncer bruyamment, serrant les ventres d'un malaise appuyé. Ils levaient alors les yeux là-haut, en quête de tous les autres mais seule la silhouette de la Mort remplissait l'espace. Eclatante sous ce soleil, il ressentait son extrême satisfaction de les voir s'entretuer ; Sasuke ignora l'inconvenante.

Hésitation.

Ce fût maintenant. La sentinelle avait tourné son poignet d'une poussière, juste un tout petit plus, un geste que ses sens prévinrent à l'avance. Mihari eût seulement l'occasion de tirer une flèche de son carquois, il ne pût l'armer avant qu'il soit complètement sur lui, jeté rageusement en un saut abrupt. Les lames filèrent vers son cou et son torse, où la peau demeurait la plus fine à trancher. Repoussant l'une, son opposant retint l'autre par la droiture épaisse de son arc, bloquant cette menace dans une étreinte appuyée. Insensible à cet essai maladroit de réplique, le jeune Commandant profita de sa force physique supérieure pour refermer ses doigts sur les poignets adverses, y prenant appui pour s'élancer en un salto arrière, son pied allant frapper le proche visage avec une brutalité terrible.

« Continue ! »

Sonné, son opposant le relâcha sous cet accès de douleur dont le garçon usa à son avantage, prenant son élan pour bondir encore vers l'homme. Celui-ci manqua de justesse de se faire poignarder, parvenant au dernier instant à se mettre en position de garde, soutenu par son arc. Le bois accueillit le métal dans un léger déluge de copaux, ne se fendant néanmoins pas ; la sentinelle le repoussa dans un ultime recours, frappant à hauteur de son ventre pour abattre son arme sur sa tête. Sasuke recula à son tour, sifflant dangereusement. Ses lames brillant un instant en une danse élégante, il voulût atteindre son ennemi en vain. Celui s'empressa de se décaler en arrière pour de bon, instaurant une distance suffisante. Le ninja le vit trop tard porter à son instrument la pointe métallique d'une compagne. Il dût tirer sur ses réserves afin de la détourner à temps du tranchant de ses jumelles partenaires.

Mihari avait déjà visé de nouveau. Jurant intérieurement, il dût fuir de cette zone dangereuse, résolu à laisser cette victoire-là à son adversaire que d'avoir su réimposer une lutte de moyenne distance. Les traits le manquèrent complètement alors qu'il effectuait quelques mouvements fluides pour les éviter avec la plus large marge de manœuvre. Abreuvé par les projectiles de l'espion qui ne cessait plus de l'inonder d'amicales attentions, piochant avidement dans son carquois pour le faire chaque fois davantage reculer. Décochant un par un ses vœux de mort, la sentinelle s'accordait à peine le temps de respirer, entièrement appliquée sur sa tâche vicieuse que de le déborder à force : user son instinct jusqu'à ce que ce dernier ne marque une erreur. Sasuke se jouait de cette stratégie pitoyable, confiant dans son hypersensibilité et les appuis de sa Voix qui le conseillait dans ses déplacements. Semblable à un feu follet, il ne marquait aucune seconde d'hésitation que son ennemi ne s'embarrasserait pas d'utiliser à son avantage.

Ses muscles pliaient sous l'effort avec hargne, animés par cette même passion qui l'habitait durant la nuit, lorsqu'il s'entraînait au point d'oublier complètement la présence de la Lune s'éclaircissant, chassée par l'arrivée laborieuse du jour. Il ne se concentrait jamais que sur les signaux de son corps, calant sa respiration en un rythme endurant quand il sentait ses membres réagir de plus en plus efficacement. Taillant son corps à supplanter tous les autres dans un désir fébrile d'apprentissage. Ces années sacrifiées commençaient à payer finalement, il percevait désormais l'accumulation de cette expérience studieuse.

Passant au travers de cette tempête dangereuse, il évoluait gracieusement entre les flèches, allant à esquiver certaines simplement, quand il en brisait d'autres par ses lames meurtrières. Créature dansante qui se pliait audacieusement, levait bras et jambes au juste instant pour se dérober toujours au piquant de leurs pointes acérées. Aucune ne parvint seulement à l'atteindre, la plupart échouant dans la terre près des paires jetées en éclats déchirés par la courbure de ses armes. Il parvenait chaque fois à les repérer avant, de sa vue, de son ouïe comme de son odorat, traçant une carte spatiale en temps réel dans son esprit, qui lui donnait la juste occasion pour agir le plus rentablement possible.

Lorsque Mihari cessa de le mitrailler brutalement, ce ne fût que pour demeurer en position de tir, un trait posé sur son arc qui tremblait entre ses mains d'impuissance. La rage l'étouffait purement d'incrédulité, alors que ses tentatives survoltées de blesser le jeune Commandant avortaient, les unes après les autres. Le garçon semblait même s'en satisfaire : celui-ci le considérait avec une effronterie insupportable, de ce regard si particulier et déroutant qu'il plantait dans le sien. Une provocation silencieuse qui acheva de briser le vain grain de rationalité qui contraignait encore son comportement. Froidement déterminé, l'archer décocha son projectile vers le ninja, à peine étonné de voir ce dernier l'éviter brillamment.

Ses doigts glissaient déjà dans son carquois, trouvant dix remplaçantes qu'il arma dans un seul geste. Une initiative que le Commandant remarqua immédiatement, écarquillant les yeux ; les flèches jaillirent vers lui dans une confusion folle. Mihari savait qu'il parviendrait à les esquiver, il encochait deux autres, ciblant le sol devant son adversaire pour le faire immanquablement reculer. Convaincu par son raisonnement, il en prit une de plus pour réorienter la course de sa cible vers l'Est, travaillant progressivement. Dissimulant l'objectif qui occupait son esprit en quelques attaques qu'il corrigea d'un envoi de six. Le ninja s'élança en une roulade précipitée, terminant son élan le nez dans un buisson. Ne lui accordant pas l'occasion de comprendre où il se trouvait, repoussé habilement par ses traits songés, l'espion en projeta dix de plus qui terminèrent de mener le Brave dans la Forêt proche.

Le changement de terrain n'embarrassa pas la sentinelle qui vit Sarutobi disparaître immédiatement, au profit de la végétation dense. Son adversaire n'était pas des plus discrets et il ne tenterait pas de fuir leurs échanges tendus. Surtout quand il disposait d'un avantage sur l'issue de leur duel. Mihari conserva le rythme tranquille de son pas de marche, se frayant un chemin parmi les arbres nombreux et la flore encombrante. Il gardait sa vision expérimentée concentrée sur les mouvements du ninja qui se devinait clairement au sein de cette verdure environnante. Conscient que le garçon essayerait de profiter de la situation pour le surprendre et l'immobiliser. Il devait être capable de réagir suffisamment rapidement à cette tentative, répondre encore plus vite pour clore ce combat gagné d'avance.

Il se sentait rempli d'une assurance sereine, continuant d'avancer à découvert. Guettant l'animation, les sifflements du vent à travers les branches, cette présence qui tournait patiemment autour de lui en quête du meilleur angle pour bondir sur sa personne. Lorsque le Commandant fila au travers d'une haie constituée de bambous, jaillissant comme un pantin, Mihari ne fût pas tant surpris. Ses flèches nombreuses avaient déjà quitté l'appui de son arc pour être propulsées dans les airs, en direction de l'ennemi qui tenta de les esquiver en vain. Elles le fauchèrent violemment, se plantant dans son corps fragile qui s'effondra au sol.

A plat ventre.

Tête la première, et le ninja y demeura ; froidement immobile. Hébété par ce triomphe soudain, il ne baissa son arc qu'après de longues minutes de contemplation incertaine. N'osant pas croire que l'apparition voltigeuse qui échappait à chacun de ses traits vindicatifs avec une insolence impériale, soit ainsi clouée par-terre comme un vulgaire papillon de collection. Inerte et fragile, le profil de cette silhouette se perdant dans une mer de sang qui abreuvait peu à peu la végétation. Teintant l'herbe d'un pourpre sublime qui mettait les pâleurs de cet épiderme en valeur. Il y avait un mannequin désarticulé, qui reposait paisiblement, à quelques mètres de là, exposé à la douceur du soleil en plein après-midi.

Il faisait bon…

Une urgence subite secoua la sentinelle. Animé par la seule panique, Mihari abandonna ses armes. Il se précipita auprès de ce cadavre qui ne pouvait définitivement pas en être un, révolté par l'horreur de cette vie qu'il venait de prendre sans remord. Effrayé de ce dos transpercé de tous parts qui baignait dans la rouge teinte, incertain quant à relever cet être pour constater le vide, l'absence sur ce visage chaleureux. Qui avait souri à son égard, que le Messager avait désigné comme…

« Sasuke ! » Appela-t-il, misérablement.

Ses doigts se refermant sur cette épaule pour la secouer, n'osant pas le faire trop fort, il ne fallait pas fragiliser davantage cet enfant. Il devait trouver un moyen de le déplacer, de retirer ses flèches et de soigner ses plaies qui n'étaient pas mortelles, parce qu'il ne pouvait pas perdre si pitoyablement. Sarutobi survivrait ; ce n'était après tout que des pointes de métal plantées, sur chacun de ses points vitaux. Il n'avait pas tiré des plus précisément, pas comme à son habitude, il n'avait pas décoché si fort. Il n'avait pas… !

Il le secoua, plus sèchement. Incrédule et épouvanté.

« Sasuke, bon Dieu !

_Attrapé. »

Une main couverte de sang vint se refermer brutalement sur son poignet en une prise de fer. Pris de court par cette réaction contre-nature, Mihari senti son ventre se tordre d'horreur. Fixant avec stupeur cette poigne solide quand le cadavre frissonna, tournant son visage vers lui pour planter son regard le plus glacial dans le sien. L'archer se sentit l'envie de vomir. Il n'en eût pas l'occasion, le revenant lui décocha un coup de poings redoutable en pleine gueule. L'archer se sentit partir en avant, assommé par la force de cette attaque si bien qu'il crût voir le mort se redresser à genoux, arrachant une à une les flèches qui se trouvaient dans les différents points de son dos. Il serrait les dents, muet malgré sa besogne qui trouait sa peau d'une cascade à hémoglobine.

A travers le brouillard de son esprit, la sentinelle remarqua avec effarement que ces plaies profondes se refermaient déjà, lentement mais sûrement. Laissant à la place d'épaisses cicatrices qui se résorbaient en quelques secondes supplémentaires. La découverte troubla son âme, conscient d'assister aux conséquences de la sanction du garçon. Notant distraitement que leurs capacités se ressemblaient un peu. Qu'il avait failli oublier l'appartenance de Sarutobi à leur groupe des Cinq. Alors, que cela signifiait que son propre…

Le ninja vint relever son menton sèchement, cherchant ses yeux.

« Maintenant ça suffit, je veux des réponses Mihari. Gronda-t-il, intransigeant. Assez des fuites vaines et des beaux discours, un peu de sincérité serait une bonne résolution. Maintenant !

Et lui n'avait plus le courage de se taire.

« Tu as le caractère de ta mère… »


Je dédie ce chapitre à ma Muse inaltérable : mon shampooing.

Je ne dirai qu'une chose : mwahahahaha !

Merci à vous.


Brave10 et Brave10Spiral sont la propriété de Kairi Shimotsuki.
Cette fiction reprend le cours de l'histoire à partir du tome 3 de Brave10Spiral.