Bêta : Nanola
La voie de l'Oméga
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Chapitre 21
Cher Professeur Black,
C'est avec une extrême attention que j'ai étudié votre missive au sujet de mes frères, le Monoïque Ayase uni Weasley et le Monoïque novice Draco.
J'ai parfaitement conscience que, pour vous, la parentalité du novice doit être mise en lumière et l'homme qui l'a élevé comme son fils pendant quatorze ans recherché, puis jugé.
Cependant, en tant que Grand Maître monoïque et Gardien, ma décision est autre. Si les Hommes et les Mages cherchent justice sur ce point, les Monoïques ne se prononcent pas. Certes, ce qu'a fait cet homme a privé l'un de nos fils de la vie et de l'éducation dues à son rang. Mais de ce que nous en savons, ces agissements n'étaient pas dictés par un désir de haine, de revanche ou d'asservissement en l'encontre d'un des nôtres. Au contraire, ce qu'il a fait, il l'a fait par amour. Amour d'une femme et d'un fils. En tant qu'enfants de l'amour, nous avons décidé de ne pas condamner cet homme.
Si aujourd'hui nous sommes les premiers à regretter les conséquences de sa décision, nous ne voulons pas rajouter du chagrin là où la douleur réside déjà.
Vous me voyez donc au regret de vos objecter mon refus quant à votre requête. Ce que savent les Monoïques restera secret de Monoïques conservé au Temple.
Quant au jeune Draco, je ne peux que vous assurer de notre plus totale diligence à son égard. Notre enfant retrouvé ne sera en aucun cas de nouveau abandonné et notre regard accompagne chacun de ses pas.
Que la grâce des Sylphes sache vous guider,
Hylas, Grand Maître des Monoïques et Gardien des secrets.
... ... ...
Ils sortirent de l'eau, Draco se précipita vers une serviette que lui avait préparée Harry pour s'enrouler dedans, cachant ainsi son corps aux yeux verts.
« Tu te débrouilles plutôt bien, » lui assura Harry en se frictionnant les cheveux, les laissant plus hirsutes que jamais.
« Merci. C'est parce que j'ai un bon professeur, c'est tout, » répondit Draco en lui offrant sa petite grimace en coin.
Sans comprendre ce qu'il faisait, il passa une main dans ses cheveux, pencha un peu la tête et battit deux fois des cils. Harry stoppa ses mouvements, déglutissant avec difficulté, comme hypnotisé.
« Non... Tu... es un bon élève, » dit-il en se reprenant.
Draco baissa des yeux, heureux de la réaction du mâle. Puis sa propre réaction le stupéfia. Par la lune ! Il venait de lui faire du gringue ! Compagnon-Loup était ravi mais Draco resta interdit. Pourtant... Il jeta un rapide coup d'œil au dominant brun qui s'asseyait à ses côtés.
« Tu veux un biscuit ? Ça te réchauffera, » proposa Harry en lui tendant un cookie.
« Oui, merci, » fit Draco en le prenant entre ses doigts.
Il releva ses yeux gris, les plantant dans les verts. De nouveau, il lui accorda une petite moue, secoua ses cheveux mouillés et, de son autre main, joua avec l'une de ses tresses.
« Tu es vraiment... si gentil. Tu es un très bon mâle, » déclara-t-il d'une voix chaude.
Harry sourit de toutes ses dents, visiblement ravi.
« Je ne suis pas que gentil, tu sais. Je suis aussi l'un des mâles les plus puissants de cette meute, » se rengorgea-t-il.
Draco croqua dans son cookie tout en fixant le dominant. Finalement, c'était assez rigolo de jouer ainsi avec lui. Il mâcha donc son gâteau lentement et avec un brin de sensualité, très lucide quant au regard de l'homme sur sa bouche.
« J'en suis sûr. Tu pourrais me montrer un jour si tu es fort ? Tu sais grimper aux arbres ? »
« Oui, bien sûr ! » affirma Harry avec conviction. « Je peux faire tout ce que tu veux ! Je suis aussi l'un des meilleurs nageurs de la meute, je plonge loin et je reste longtemps sous l'eau ! Si tu as envie, j'irai chercher du corail pour toi, et des perles ! Comme ça, si tu veux un collier, je te le ferai. Et si tu aimes les fruits, je te cueillerai les plus beaux et les plus juteux ! »
Draco battit une nouvelle fois ses cils avant de baisser les yeux, enchanté de la réaction du jeune homme. C'était décidément amusant de taquiner les dominants, un simple battement de cils et ils s'empressaient de vous promettre monts et merveilles. Sans compter que l'odeur qui se dégageait de Harry était tout bonnement divine. Le mâle laissait ses phéromones parler pour lui. Draco inspira lentement. Oui, Harry sentait délicieusement bon. C'était si réconfortant de l'avoir près de lui ainsi. Son odeur lui donnait envie de se câliner contre lui, de lui lécher le cou afin de constater si sa peau avait le même goût que ce qu'il reniflait. Draco se sentait en sécurité, apaisé grâce à cette fragrance. C'était un sentiment qu'il aurait aimé toujours ressentir.
Le petit Oméga redressa la tête alors que Harry fanfaronnait encore. Tout à l'heure, dans l'eau, il avait été très doux avec lui. Draco se sentit rougir un peu alors qu'il se souvenait de ses mains fermes, calleuses sur sa peau tendre. Il avait beaucoup, beaucoup aimé sa leçon.
« Harry, tu me donneras d'autres leçons ? »
« Oui, bien sûr ! »
« Chouette, » fit Draco. « Je crois que j'aime bien la mer. »
Harry se colla un peu plus contre lui.
« Tu verras, Draco, tu te plairas beaucoup ici. Si tu aimes la mer, tu peux intégrer l'équipes des tisseurs. »
« Je ne sais pas. Ayase doit être d'accord. Je crois qu'il préférerait que je reste au village. Remus lui a demandé que je l'aide avec ses élèves. »
« Ce n'est pas gênant, » éluda Harry en haussa les épaules. « Tu sais, nous travaillons dans plusieurs équipes différentes, ce qui est normal. Je suis un pêcheur mais la semaine prochaine nous serons tous aux champs. Il faut les labourer, planter, c'est normal d'aider. Et quand ce sera l'époque de la moisson et des récoltes, aussi. C'est ainsi, nous avons tous plusieurs métiers. Tu peux, toi aussi, en choisir plusieurs qui te plairont. »
« J'aiderai aux champs, moi aussi ? » demanda Draco en levant son visage pointu vers celui, très proche, de Harry.
« Non ! » affirma avec véhémence le brun, faisant écarquiller les yeux clairs. « Ayase ne participe jamais à ce genre de travaux. C'est trop dur pour les Omégas, vous êtes les plus fragiles de tous. Et puis, ce n'est pas ta place, surtout tant que tu n'es pas uni, » termina-t-il en grommelant.
« Pourquoi ? »
« Trop de mâles en rut, » rétorqua avec mauvaise humeur le dominant.
Draco plaça avec grâce le dernier morceau de biscuit dans sa bouche, les yeux sur l'horizon. Harry le dévorait des yeux, ils en étaient tous les deux conscients.
« Il y a beaucoup de dominants célibataires dans la meute ? »
Harry passa son bras derrière le dos de l'Oméga, sa main touchant la hanche du côté opposé. Draco se tendit un peu, avant finalement de céder à Compagnon-Loup qui lui hurlait d'accepter l'épaule rassurante qui était à portée. Il laissa donc sa tête s'appuyer contre la clavicule nue et hâlée du garçon.
« Eh bien, en mâles matures, nous devons être une bonne dizaine et d'âges très différents. Je ne compte pas les enfants qui ne sont pas majeurs. »
« Je ne suis pas un enfant ! » s'exclama Draco, vexé plus que de raison.
Compagnon-Loup grogna en assentiment. Il n'était plus un louveteau et refusait encore plus que ce dominant le considère comme tel !
« Non, toi c'est différent, déjà tu es un soumis et puis... » Harry s'arrêta net.
« Et puis quoi ? » voulut savoir Draco en redressant son nez.
Harry hésitait visiblement à lui répondre. Le jeune Oméga, lui, n'hésita donc pas longtemps.
« S'il te plaît, Harry, dis-moi pourquoi, » ronronna-t-il en calant son visage contre le torse puissant.
« Tu es différent, Draco, » avoua Harry, vaincu à plate couture. « Parce que ta nature d'Oméga a été déclenchée dans ton autre meute. » Devant les yeux gris perplexes, il continua. « Normalement, les Omégas ne sont pas sexuellement matures avant dix-huit à vingt ans. Trop jeunes. Trop fragiles. Les Alphas ne permettent pas leur accouplement. Alors que toi... Enfin bref. Tu es un Oméga mature, de ce fait, nous te reconnaissons comme un partenaire potentiel, c'est ainsi. Et quant à toi, tu vas bientôt réclamer la protection d'un dominant, tu vas avoir besoin d'un compagnon. »
Draco se décolla brusquement de l'étreinte réconfortante, crispé.
« Non ! C'est hors de question ! Plus jamais un dominant ne mettra ses mains sur moi ! » cria-t-il d'une voix aiguë.
Harry le dévisagea, surpris sans vraiment l'être. Après ce qu'il avait vécu avec la meute du Sanguinaire, une telle réaction n'était pas étonnante. Un autre sentiment l'envahit. La pitié. Parce que Draco n'aurait pas le choix. Aussi fort que son humain rejetait l'idée d'un accouplement avec un mâle, son loup, lui, n'aurait de cesse de réclamer un compagnon, de la même façon qu'il avait exigé une meute pour l'Oméga. Ce désir de meute s'était fait durement sentir pour le garçon, les courriers échangés entre les Mages et Gideon avaient été clairs sur ce point. Draco avait déjà tenu plusieurs mois entre la fin de sa première meute et sa venue ici. Harry douta subitement qu'il puisse de nouveau attendre aussi longtemps sans que l'appel du dominant ne l'emporte.
Draco ne pouvait pas lutter contre cet instinct puissant. Le Loup-garou gagnerait cette bataille, quoi qu'il en coûte à l'homme.
Le dominant avait également parfaitement compris que Draco flirtait avec lui. Il avait aussi senti, chose que sans doute l'Oméga ignorait, les appels silencieux de son loup, l'envoi de phéromones dans sa direction pour l'inciter à le courtiser. Harry en était ravi d'un côté, parce que cela signifiait que la partie lupine de Draco le voyait comme un compagnon potentiel. En revanche, cela voulait dire que le loup était prêt à l'union. Il la désirait. Les choses iraient sans doute beaucoup trop vite pour Draco. Et cela signifiait aussi que lui, Harry, devait se préparer à la lutte entre les dominants qui allait bientôt s'annoncer car il était hors de question que Draco lui échappe une deuxième fois !
Cependant, ce n'était pas cela le plus important dans l'immédiat. Il allait devoir rassurer l'Oméga et prévenir Ayase et Charlie de ce qui se tramait.
« Calme-toi, Draco, j'ai dit ça mais tu as encore le temps. Tu verras bien quand ça arrivera. »
« Non, ça n'arrivera pas ! »
« D'accord, calme-toi, » fit Harry en le reprenant contre lui.
Il le sentit encore tendu puis, petit à petit, le corps de l'Oméga se relaxa alors que Harry laissait son aura s'étendre autour d'eux. Draco poussa un petit soupir d'aise, sa tête se calant de nouveau confortablement dans le creux de l'épaule du brun.
« Harry, tu es un dominant puissant, c'est vrai. C'est vrai aussi que tu deviendras l'Alpha, un jour ? »
« Sans doute, oui. C'est ce que souhaitent Gideon, Charlie, Francis et Remus, et la majorité de la meute. »
« Francis ? »
« Le troisième, Francis Dubois. »
« Et toi, tu veux quoi ? »
« Je veux devenir l'Alpha. Je ferai ce qu'il faut pour succéder à mon père. »
Draco réfléchit un instant. Il était bien ainsi avec le soleil qui les réchauffait délicieusement. Est-ce que c'était le moment d'interroger Harry ? Après encore quelques secondes d'hésitation, l'Oméga se lança.
« Harry... Quand tu dis que tu vas succéder à ton père, tu parles de Gideon ou de ton vrai père ? »
Il n'osa pas lever son visage vers le dominant, de peur de l'avoir froissé. Bien qu'il soit en confiance avec Harry, un dominant restait un dominant.
« Je parle sans doute un peu des deux, » murmura Harry.
Une main hâlée vint se perdre dans les cheveux blonds, surprenant Draco qui pourtant se laissa faire alors que Harry lui prodiguait de douces caresses. Il avait parfaitement entendu la note de tristesse dans la voix du jeune homme et n'avait pas envie de le blesser en lui refusant le réconfort que semblaient lui procurer ses mèches encore humides. Et puis, pour être parfaitement honnête, les câlins de Harry étaient très agréables.
« Mon père, James Potter, n'a jamais été l'Alpha en réalité. Quand mon grand-père est décédé, ma grand-mère a été si bouleversée que mon père a décidé de laisser la meute à Gideon, le Bêta. La meute l'a accepté. Ils sont partis, parce que ma grand-mère voulait retourner dans son ancienne meute, au moins pour un temps. Ils ont voyagé pendant plus de cinq ans. C'est lors d'un de ses voyages qu'il a rencontré ma mère. »
« C'était une Werwulf, elle aussi ? » demanda gentiment Draco.
« Une quoi ? »
« Werwulf, Loup-garou. »
« Oh, oui, aussi. Elle vivait dans une toute petite meute, près de la frontière du Royaume de Serdaigle. Ils se sont unis là-bas. Et puis, quand je suis né, mon père a décidé de revenir dans sa meute. Il avait toujours gardé contact avec Gideon. Les Loups-garous communiquent entre eux comme les mages, grâce aux hiboux, c'est bien plus rapide. Lily, ma maman, n'était pas trop d'accord. Elle n'avait jamais vécu dans une meute aussi imposante et n'avait pas envisagé devenir l'épouse d'un Alpha de cette façon. »
« Mais, ton père aurait pris la place de Gideon ? »
« Sincèrement, je n'en sais rien. Je ne pense pas que Gideon aurait laissé sa place ainsi, ni même si mon père en avait réellement envie. C'est ma grand-mère qui le voulait, cette fois-ci. »
« Attends, » fit Draco en se redressant un peu pour regarder Harry. « Si je te comprends bien, ta grand-mère qui ne voulait pas que ton père devienne l'Alpha au moment du décès de ton grand-père, voulait ensuite qu'il le devienne ? »
« C'est cela, oui, » sourit Harry en incitant d'une main Draco à reprendre sa position contre lui. « Elle ne savait pas ce qu'elle voulait, hein ? Mais je pense surtout que c'est parce que le décès de mon grand-père avait été brutal, soudain et l'avait choquée. »
« Il est mort comment ? »
« Accident pendant une chasse. Je n'en sais guère plus. Bref, toujours est-il que mon père a préféré retarder un peu son départ. Ils ont continué leur vie de nomade pendant un temps. Ma grand-mère est tombée malade. Elle était très âgée, alors elle a voulu mourir dans la meute qui l'avait vue naître. Quand elle est décédée, mon père, ma mère et moi, on est parti pour revenir ici. Toute la meute nous attendait. »
La voix de Harry s'était fait sourde, reflétant sa douleur.
« Harry, si tu ne veux pas en parler, je comprendrai. Je suis désolé de t'avoir posé cette question et... »
« Non, ce n'est rien. J'ai envie que tu connaisses mon passé, Draco, » répondit Harry en embrassant le dessus du crâne de l'Oméga qui sursauta. « J'avais presque cinq ans. On était dans la forêt, pas très loin d'ici à distance lupine. »
Le dominant repris ses caresses, ses yeux fixant la mer devant eux.
« Je m'en souviens très bien. C'était le matin, maman finissait de préparer les bagages, moi je jouais à côté d'elle. J'étais en loup. Mon père a soudain bondi vers nous, en loup aussi. Il était affolé parce qu'une meute était là. Une meute qui puait le sang, la crasse, la violence. »
Draco se crispa dans ses bras, son souffle se fit rapide.
« Une meute sauvage, c'est ça ? » murmura-t-il.
« Oui, » confirma Harry à voix basse. « Mon père a tout de suite compris le danger, ma mère s'est transformée à son tour, on a couru, abandonnant tout. Mon père me portait dans sa gueule mais... » Harry ferma les yeux, prit une grande inspiration, la grosse vague de culpabilité qui ne l'avait jamais vraiment quitté refaisant surface. « Gideon n'arrête pas de me sermonner, parce que je dis souvent que c'est à cause de moi s'ils sont morts. Si je n'avais pas été là, peut-être qu'ils auraient pu en réchapper... » Il déglutit avant de reprendre. « Toujours est-il que voilà, mon père a compris qu'ils étaient chassés, qu'ils ne s'en sortiraient pas comme ça, pas avec moi, et ils voulaient me protéger. Il s'est retransformé, m'a caché entre deux grosses roches, dans un cour d'eau. Il m'a dit, ''sois sage, Harry, ne bouge pas d'ici, papa et maman reviendront te chercher, tu ne dois pas sortir de ta cachette sinon tu as perdu le jeu.'' Il savait que j'adorais jouer à cache-cache... Ils ne sont jamais venus me chercher. Mais j'ai entendu des hurlements, des cris. J'étais terrorisé. Puis la nuit est tombée. J'avais si peur et... »
Harry serra davantage Draco contre lui qui lui rendit son étreinte. Il pouvait tout à fait comprendre la peur que le petit garçon avait dû ressentir à l'époque.
« J'ai fini par sortir de mon trou, pendant la nuit. J'avais faim, j'avais froid et j'étais trempé, j'avais peur. Je voulais ma mère, tant pis si je perdais le jeu. Je les ai retrouvés... à l'odeur puisqu'ils ne répondaient pas à mes appels. Ils... Ils étaient morts. »
« Harry, je suis désolé, » souffla Draco dans son cou.
« Oui, je sais, louveteau, je sais, » dit Harry en passant ses deux bras autour de Draco. « J'ai marché pendant quatre jours. Mon père m'avait expliqué où nous allions et j'ai tenté d'aller jusqu'à la meute. C'est elle qui est venue à moi. Remus et Gideon étaient inquiets de notre retard, ils savaient que nous devions arriver, alors ils sont venus à notre rencontre. C'est moi qu'ils ont trouvé, à moitié mort de faim. »
Harry poussa un long soupir avant d'embrasser une deuxième fois les cheveux doux et salés de l'Oméga.
« C'est ainsi que je suis devenu le fils de Gideon. Il m'a adopté puisque lui et Marlène n'arrivaient pas à avoir d'enfants. Elle était morte un an auparavant, alors ma venue a été accueillie avec joie pour Gideon. Il n'espérait plus rien de la vie, à part la meute et soudain, il avait un fils. Oh, bien sûr, il aurait largement préféré que James et Lily soient vivants, c'est certain. Un jour, il m'a dit qu'il voulait leur proposer de vivre avec lui, il voulait faire de mon père son successeur, peut-être. Enfin voilà, tu sais, désormais. »
Draco ne bougea pas. Il savait, oui, mais avait encore tant de questions qui se bousculaient dans sa tête. Il ne put s'empêcher de trembler alors qu'il posait la première d'entre elles. La plus importante.
« Cette meute, Harry, celle qui a tué tes parents. Tu sais qui elle est ? »
« Savoir, non, je ne sais pas. Pas moi en tout cas. Il y avait leur odeur de partout là où j'ai trouvé les corps de mes parents. L'Alpha avait uriné sur le cadavre de mon père. Par contre... Remus est allé chercher les corps. Il a toujours affirmé qu'il avait reconnu cette odeur, parce que c'était celle du loup qui l'avait transformé. »
« Greyback, » murmura Draco, terrorisé.
Il ferma les yeux, ses bras s'agrippant désormais au torse de Harry. Sans qu'il ne puisse s'en empêcher, des larmes se mirent à couler sur ses joues.
« Alors toi, Remus et moi... il a fait tant de mal... »
« C'est fini, Draco, c'est fini... » le consola Harry en lui prodiguant moult caresses et baisers. « Il est mort, il ne peut plus te faire de mal. À toi et à personne. Tu es en sécurité avec nous. »
L'homme brun releva le visage défait de l'Oméga, le regardant dans les yeux. Les larmes de Draco s'asséchèrent aussitôt. Les yeux de Harry était d'un vert profond et reposant. Il était fort, puissant, il portait sur lui l'odeur de la dominance, du courage et de la volonté avec au loin, celle propre aux Alphas. Oui, Harry deviendrait l'Alpha un jour, c'était certain. Pourtant, lui, Draco, misérable soumis, arrivait à soutenir son regard, Harry l'autorisait à le regarder. Mieux, il le rassurait à travers ses perles vertes, tout en lui faisant don de son aura, de son odeur.
« Peut-être était-ce le destin qui nous a joué ce vilain tour, mais si Greyback a fait de nous ce que nous sommes, alors tant pis, ou tant mieux, parce que ce que je sais, c'est que je n'échangerai ma place pour rien au monde, » murmura Harry. « Je sais les atrocités qu'il a commises envers toi, Draco, et je ferai tout pour que tu les oublies. Je veux que tu sois heureux. »
« Merci, » bafouilla Draco en se cachant dans le giron réconfortant.
« Harry, » demanda l'Oméga après une longue minute de silence. « Et Charlie ? Il ne veut vraiment pas devenir l'Alpha ? »
« Non, vraiment pas. Charlie est un Bêta. Un formidable Bêta. Je serais honoré s'il accepte d'être le mien. »
Draco ferma les yeux, appréciant simplement le fait d'être là, au chaud, en sécurité, avec le doux bruit des vagues. Harry caressait vaguement son bras, ses cheveux, et de temps en temps, un baiser léger était déposé sur le dessus de sa tête. Compagnon-Loup s'était rarement senti aussi bien, détendu et confiant. Pour la première fois depuis des mois, Draco voyait devant lui sans avoir peur de souffrir ou de mourir dans d'atroces conditions. Il y avait bien cette histoire d'union mais pour le moment, il refusait d'y penser. Même si son loup était ravi de l'attention masculine dont il était l'objet. D'ailleurs, en parlant de ça...
« Harry, demain on sera ici, sur cette plage ? Il y aura qui ? »
« Oui, en général on s'installe là-bas, près des cabanes de pêcheurs. On fait un grand feu et on mange tous ensemble. On rigole bien. Comme je te l'ai dit, il y aura tous les jeunes non accouplés, enfin, unis je veux dire, officiellement unis. Ron et Hermione seront là par exemple. Et je sais que Hooper rêve de séduire enfin Lavande demain soir. Et toi, quand est-ce qu'Olivier passe te prendre ? » voulut savoir Harry.
Draco sentit la tension chez le mâle à cette idée malgré l'effort qu'il avait fait pour que sa voix semble légère. Sans pouvoir s'en empêcher, il fit une petite moue espiègle que le dominant ne vit pas.
« Il passe après le déjeuner parce qu'il veut me montrer les champs avant la soirée. »
« Pff, pas besoin d'autant de temps pour voir des champs idiots, » grommela Harry.
« Tu sais, » Draco se redressa un peu, regardant Harry dans les yeux. « Sans vouloir vexer Olivier, je crois que j'aime bien mieux la mer que les prés. »
Le jeune blond pencha sa tête, plissa son joli petit nez alors qu'il lui offrait une autre de ses moues, plutôt aguicheuse de l'avis de Harry. Draco lui faisait très clairement du charme. Du moins, c'était ce qu'il espérait. Le loup en lui gronda. Olivier ne l'aurait pas. Ni lui, ni aucun autre mâle. S'il fallait se battre, et il savait qu'il le devrait, alors il le ferait et le sang coulerait si besoin était. Mais Draco était à lui.
« Je pourrais avoir un autre cookie ? Ils sont vraiment bons. Qui les a fait ? »
« C'est Molly, la mère de Ron. Et de Charlie. Tiens, elle sera contente de savoir qu'ils te plaisent, » répondit Harry en le dévorant des yeux.
Draco accepta le biscuit doré avant de tiquer.
« Ron et Charlie sont frères ? »
« Oui, Molly et Arthur ont la plus grande famille de la meute. Il y a Bill, Charlie, Percy, les jumeaux Fred et George, Ron et enfin Ginny. Tu verras Ginny demain. »
« Charlie m'avait dit qu'il avait beaucoup de frères, mais il n'avait pas mentionné Ron et sa sœur, ou alors je ne m'en souviens pas, » dit Draco en fronçant ses sourcils.
« Tu as l'air contrarié, pourquoi ? »
« Je sais pas, c'est juste que j'ai l'impression que Ron ne m'aime pas beaucoup, et puisque c'est le frère de Charlie... »
Draco ne finit pas sa phrase, il baissa les yeux, prit sa tresse et la porta à sa bouche de façon instinctive pour la mordiller et la téter tout à la fois. Les yeux verts s'écarquillèrent à cette vue tandis que le jeune homme brun avalait avec difficulté sa salive. Il se secoua et reprit ses esprits.
« Non, ne t'inquiète pas, Ron est juste un peu bougon au début, c'est tout. Il s'inquiète aussi un peu, c'est mon meilleur ami, il craint que l'on se batte un peu plus qu'avant entre dominants et que je... enfin, bref, c'est pas bien grave, » s'embrouilla Harry.
Draco releva le nez.
« Pourquoi est-ce que vous vous battriez ? »
Harry haussa un sourcil dubitatif puis eut un petit sourire moqueur en coin.
« Draco, je pense que tu sais parfaitement pourquoi les dominants se battent entre eux. Pour les soumis, bien sûr. Surtout... » Il leva sa main et dégagea une mèche blonde. « Surtout pour un soumis aussi magnifique que toi, » souffla-t-il. « Les dominants célibataires vont se battre pour toi, Draco. »
L'Oméga fit une grimace.
« C'est bête, parce que moi... »
« Je sais, tu ne veux pas de mâle pour le moment. Cela ne nous empêchera pas de nous comporter comme des idiots devant toi, » fit Harry avec un clin d'œil taquin.
Draco éclata de rire, faisant s'émerveiller Harry. Devant ses yeux ébahis, l'Oméga souriait largement en riant. Ce qu'il n'arrivait pas à faire de façon volontaire, il y arrivait enfin lorsqu'il riait. Le mâle aux cheveux noirs sentit son cœur se gonfler de fierté, son loup hurlait de satisfaction. C'était lui qui avait fait rire Draco de cette façon et c'était lui qui voyait le premier vrai sourire de l'Oméga... même si ce dernier ne le faisait pas délibérément.
Le jeune blond cessa de rire, son sourire éphémère disparut bien que ses yeux gris pétillaient toujours d'amusement. Il battit légèrement trop lentement des paupières pour que cela soit tout à fait naturel, démontrant une nouvelle fois à Harry que le petit mâle testait son pouvoir de séduction sur lui.
« Et... Toi aussi, alors, tu vas faire l'idiot pour moi ? »
« Oh, je le fais déjà, je crois, » avoua sans aucune honte Harry en souriant de toutes ses dents, heureux de voir deux taches roses s'étaler sur les joues pâles.
« Et... Tu as souvent fait l'idiot devant des soumis, avant ? »
Cette fois, les yeux clairs étaient craintifs, comme si l'Oméga redoutait la réponse.
« Quand j'étais un gamin, à peine plus qu'un louveteau, j'ai fait l'idiot devant deux ou trois soumises. Après, je n'ai rien fait pendant longtemps. Ensuite, j'ai demandé à Ayase de me montrer des Monoïques. Et depuis un an je n'ai envie de faire l'idiot que pour une seule personne. Toi. »
Le rose fonça un peu plus sur les joues en face de lui, néanmoins, la lueur de crainte disparut dans les prunelles, ne laissant la place qu'à de la joie. Ils se dévisagèrent un court instant, avant que Draco ne porte son cookie à sa bouche et ne croque délicatement dedans, ses yeux navigant sans cesse entre le sol et ceux de Harry qui ne le quittaient pas.
Quant au mâle brun, il savait qu'il ne regarderait plus jamais les cookies de Molly de la même façon.
Ce ne fut que bien plus tard que Harry se décida à raccompagner Draco jusque devant la porte de ses tuteurs. Il lui avait montré aussi les salines qui étaient une source de revenu importante pour la meute. Deux à trois fois par an, une caravane de Lycanthropes partait avec des énormes réserves de sel jusqu'à Godric. C'était là-bas qu'ensuite le sel, ainsi que les autres denrées que la meute produisait, notamment le poisson séché, étaient échangés dans les halles marchandes contre du sucre, des tissus fins et tout ce qu'elle ne possédait pas.
Le soir n'allait pas tarder à arriver, l'air s'était plus que rafraîchi alors que Draco arrivait enfin devant sa porte. Il entra sans frapper et fit passer Harry devant lui.
« Bonjour, Harry, » lança Charlie en saluant le brun.
« Bonjour, Bêta. Je te ramène ton louveteau, » répondit Harry.
« Eh ! Je suis pas un louveteau ! » s'écria Draco, outré, tandis que son loup protestait avec tout autant de vigueur.
« Je sais bien, je te taquine, » fit Harry avec un sourire.
L'Oméga lui accorda une autre de ses adorables petites grimaces tout en se réfugiant dans les bras de Charlie qui lui embrassa le front.
« C'était bien ta journée, mon grand ? » l'interrogea avec affection le Bêta.
« Oui, Harry m'a montré les bateaux, la mer, les salines, les coquillages, les poissons et aussi comment nager et j'ai vu Heimich aussi et les cookies de ta mère sont vraiment délicieux, » lança Draco d'une seule traite.
« Eh bien, c'est l'iode qui te fait autant d'effet ? » se moqua Charlie. « Ou c'est Harry ? »
Draco rougit avant de se reculer un peu tandis que les deux dominant riaient.
« Vous arrêtez un peu de le taquiner ? » intervint Ayase avec Asami sur ses talons. « Merci Harry d'avoir veillé sur lui. »
« C'était un réel plaisir. D'ailleurs, Draco souhaiterait continuer ses leçons. Vous êtes d'accord ? »
« Oui, bien sûr, » répondit Charlie. « Quand cela ? »
« Les après-midi où nous sommes libres, » proposa Harry.
« Ayase, j'aime beaucoup le métier de tisseur. Est-ce que je pourrais travailler à la plage, moi aussi ? » demanda soudain Draco.
L'Oméga brun pinça les lèvres, visiblement peu enchanté de la nouvelle.
« Ce n'est pas vraiment une occupation que je considère de ton rang, Draco. »
« Mais pourquoi ? » chouina Draco. « Ce n'est pas physique ! Et tu m'as dit que les Monoïques faisaient de la broderie ! C'est presque pareil ! »
« Non, certainement pas ! Les Monoïques font de l'art ! Pas des filets de pêches et ils ne vident pas non plus les entrailles puantes de poissons morts ! Ce n'est pas digne de toi. »
Draco baissa la tête. Sa tristesse était si palpable qu'Ayase se sentit fondre.
« Bon... peut-être que si tu te contentes de tisser les filets... »
Le plus jeune Oméga redressa vivement le visage.
« Tu serais d'accord ? J'aime tant la mer, Ayase ! Je voudrais passer mes journées là-bas ! »
« Hum, je me doute, » répondit Ayase en jetant un rapide coup d'œil en coin à Harry sur le pas de la porte. « Mais pas de mains dans le poisson, c'est clair ? »
« Promis ! » s'écria Draco.
« Et ta priorité restera l'école avec Remus ainsi que l'infirmerie avec moi si j'ai besoin d'aide, d'accord ? »
« Oui ! Oui ! » s'exclama Draco.
Sans se retenir, il sauta dans les bras d'un Harry plus que surpris, bien qu'enchanté.
« Je suis si content ! On va pouvoir se baigner ensemble et je te verrai souvent ! »
« Moi aussi, je suis content, Draco, » affirma Harry en l'entourant de ses bras.
Le dominant regardait les deux autres adultes, heureux de leur montrer la confiance que l'Oméga lui accordait. Ce dernier se recula pour faire de même avec Ayase, le serrant contre lui.
« Merci, Ayase. »
« De rien, louveteau, de rien. C'est norm... Oh par la lune ! Draco ! Mais c'est pas vrai ! » s'écria Ayase, horrifié.
Tout le monde sursauta, se demandant bien ce qui lui arrivait.
« Tu n'as pas mis de lotion solaire ! Tu as des coups de soleil, regarde-moi ça ! Ton nez est tout rouge ! » continua Ayase sur le même ton qu'il aurait annoncé la fin du monde.
Draco se toucha le bout du nez, honteux. La pénombre dans la pièce n'avait pas permis à Ayase de voir l'étendu des dégâts tout de suite, chose que sa soudaine proximité avec le soumis venait de lui révéler.
« Je t'avais dit de t'en mettre régulièrement ! » s'énerva Ayase. « Draco, ce n'est pas sérieux, tu vas abîmer ta peau, sans oublier que demain tu es de sortie et dimanche nous allons manger chez Molly et Arthur ! C'est une catastrophe ! »
« Moi je trouve que ça lui va très bien, ce petit nez rouge, pas toi, Harry ? » se gaussa Charlie.
« C'est très... lumineux, sans aucun doute, » renchérit le brun.
« Ce n'est pas drôle ! Draco, file à la salle de bains ! En plus, tu es tout pégueux de sel ! Va te laver et ensuite je te passerai du baume. Tu ne te rends vraiment pas compte, ce n'est pas un état acceptable ! » protesta avec véhémence le plus vieil Oméga.
Draco se tourna vers Harry, penaud.
« Merci, Harry. On se voit demain, alors ? »
« Oui, sans souci. »
Harry s'avança vers lui, le serra dans ses bras pour lui dire au revoir.
« C'est vrai que je suis horrible ? » chuchota Draco rapidement.
« Non, tu es juste magnifique, mais tu devrais quand même te mettre de la crème parce que sinon tu vas avoir mal cette nuit, » le rassura Harry sur le même ton.
« Draco ! File au bain ! Tu le revois demain alors va faire tes soins ou je ne réponds plus de rien ! » s'énerva Ayase.
Draco se recula, passa devant Ayase et lui lança en explosant de rire.
« Oui, maman, j'y cours ! » se moqua Draco, faisant froncer les sourcils d'Ayase tant en raison du terme employé que du rire franc du garçon. « Au revoir Harry, à demain ! »
Puis il disparut dans le couloir.
Charlie haussa un sourcil, ses yeux se posant aussitôt sur le plus jeune dominant.
« Oui, » le devança Harry. « Il a déjà ri de cette façon cette après-midi. Deux fois. »
Les mâles adultes se regardèrent, complices.
« C'est une excellente nouvelle, » fit enfin Ayase.
« Oui. Par contre, Ayase, il faut que je te parle d'autre chose concernant Draco. Sa nature Oméga se réveille. »
Aussitôt le visage du soumis brun s'assombrit.
... ... ...
Olivier parlait avec une passion évidente des cultures et des immenses vergers que possédait la meute. Draco l'écoutait avec patience et politesse, bien que le sujet ne lui plaise pas autant. Le spectacle d'Olivier perdu dans ses explications enflammées était à son humble avis bien plus intéressant que des champs labourés ou des arbres dont les fruits n'étaient pas encore mûrs, voire même, pour certains, étaient encore en fleurs.
Le jeune dominant semblait donner l'impression que rien n'était plus important que les récoltes. Sans doute n'avait-il pas tort dans le sens où c'étaient effectivement elles qui permettaient à la meute de se nourrir et d'avoir du pain frais toute l'année.
Draco hocha la tête, sans trop savoir pourquoi. Il n'écoutait qu'à moitié. Les champs, l'agriculture, les vergers, il connaissait déjà. Rien de ce que pouvait lui dire Olivier n'était une nouveauté pour lui. Le jeune homme avait sans doute oublié qu'avant d'être transformé en Oméga, Draco n'avait pas été élevé dans la ouate douillette du temple des Monoïques mais dans une ferme. Certes, sa famille était riche, son père soldat, mais ils étaient également fermiers.
Cette fois, Draco pencha légèrement son visage. Olivier était mignon, il devait en convenir. Et puis, il avait un joli sourire. Son loup sembla sceptique. Il reconnaissait la valeur d'Olivier, mais ce n'était pas lui qui le faisait vibrer. Là-dessus, Draco ne pouvait qu'être d'accord avec lui. Harry était bien plus... attractif.
« Quand est-ce que l'on va à la plage ? » demanda-t-il soudain, profitant qu'Olivier reprenait une respiration pour, enfin, pouvoir en placer une.
Le brun le regarda, un peu surpris.
« Tu ne veux plus que je te montre les champs ? Il y a encore un verger, plus à l'ouest. »
« Je sais, » fit Draco, un peu ennuyé de montrer si peu d'entrain alors qu'il était évident qu'Olivier mettait tout son cœur pour lui faire partager sa passion. « Ayase me l'avait déjà montré. Tu sais, avant, chez moi, on avait une ferme aussi. »
« Ah bon ? » Olivier lui offrit un grand sourire. « Tu travaillais dans les champs ? »
« Pas vraiment, » répondit Draco en haussant une épaule.
Devant l'air déconfit d'Olivier il ne sut s'il devait être franc ou non. Son loup lui conseillait de ménager le dominant, mais le garçon, lui, avait envie d'être le plus honnête possible. Il n'avait jamais pu donner libre court à ses sentiments avec la meute de Greyback, n'était pas franchement à son aise avec les Mages à Poudlard et quand il était chez lui, à Poufsouffle... Il s'était senti plus d'une fois si différent.
Il devait reconnaître que la décision de l'Alpha, de Dumbledore et du Temple était sans doute la meilleure pour lui. Cela ne faisait pas très longtemps qu'il était dans la meute mais il se sentait étrangement à sa place par bien des côtés. Compagnon-Loup avait besoin d'autres Lycanthropes et lui... lui, il avait Ayase.
« Tu sais, je ne savais pas que j'étais un Monoïque, mais je n'ai jamais aimé certains travaux. Autant grimper aux arbres, pas de problème, mais labourer la terre, planter, récolter. Je n'ai jamais aimé ça. Je préférais m'occuper des animaux, mais ça, Ayase ne veut pas en entendre parler. »
« Que faisais-tu, alors ? » voulut savoir Olivier, plus que déçu.
« J'étudiais beaucoup. Maman était institutrice, papa était très cultivé. Il était capitaine de la garde ! » s'exclama fièrement Draco en redressant son nez pointu.
Pourtant, son visage s'affaissa rapidement.
« Enfin... c'était ma vie d'avant. Je croyais que c'était mes parents. »
Olivier ne dit rien, se contentant de poser une main sur l'épaule de l'Oméga. Ce dernier se tendit un peu. Il n'aimait pas les contacts de ce genre, sauf quand c'était lui qui les initiait ou à moins qu'ils proviennent de personne en qui il avait toute confiance. Il ne pouvait pas dire qu'il se méfiait d'Olivier, mais il n'était pas Ayase, Charlie ou... Harry.
Draco se recula un peu, regardant ses pieds. Olivier ne lui parlait pas, ne disait rien. D'un coup, il avait envie que Harry soit présent, il était certain que le jeune homme aux cheveux noirs aurait su le réconforter, mieux que ce que tentait de faire Olivier. L'Oméga se mordit les lèvres tout en se fustigeant. Il n'était pas sympa avec Olivier et donnait à Harry des qualités dont il ignorait tout. Ce n'était pas juste.
« Pardon, Olivier, je suis désolé, » s'entendit-il affirmer à son compagnon.
« Tu n'as pas à être désolé, Draco. Viens, on rentre au village. J'avais promis à Ayase de te ramener chez toi avant que l'on parte à la plage. Ayase voulait que tu prennes des habits pour la nuit, » dit Olivier avec un pauvre sourire.
Il avait l'air si malheureux que Draco ne protesta pas quand il lui prit la main pour rentrer chez eux.
Ayase et Charlie ne commentèrent pas plus la vue de leurs mains l'une dans l'autre, même si Draco remarqua l'air contrarié d'Ayase. Ce dernier lui donna un petit sac avec un pull, une couverture et un petit bonnet.
« Un bonnet ? Ayase, on n'est plus en hiver et il fait chaud ici ! » s'écria Draco.
« Au bord de l'eau, il peut faire froid. Je ne veux pas que tu tombes malade, » répliqua l'autre Oméga. « Et ne discute pas sinon tu restes à la maison ! »
Draco soupira mais ne dit rien, se contentant de prendre le sac à dos. Toutefois, il n'eut pas l'occasion de le porter car Olivier s'en saisit pour le mettre sur son dos.
« Ce n'est pas lourd, je peux le prendre, » protesta Draco.
« Laisse faire Olivier, ce n'est pas ton rôle que de porter des affaires, » répondit à sa place Ayase, un peu sèchement.
Draco sentit un étrange nœud se former dans son ventre. Il s'avança vers l'Oméga et posa sa main avec appréhension sur celle plus bronzée.
« Aya', tu es fâché ? J'ai fait quelque chose qu'il ne fallait pas ? Tu ne veux plus que j'aille à la plage ? » murmura-t-il.
« Non, Draco, je ne suis pas fâché, rassure-toi. Juste, fais attention à toi, d'accord ? Ne fais pas n'importe quoi avec les dominants, ne les provoque pas. »
« Je ne le ferai pas ! » s'exclama Draco, les yeux écarquillés.
« Je m'en doute mais je préfère te le dire avant que tu y ailles, » sourit gentiment Ayase. « Autre chose, n'oublie pas non plus que tu es un Monoïque, Draco. »
« Je suis un Oméga, » le contredit Draco.
« Non, un Monoïque. Je sais que notre Alpha veut que l'on te considère d'abord comme un Oméga, mais cela vaut uniquement pour les règles du clans et pour le jour où tu voudras t'unir et non, ferme-moi cette bouche, je ne veux pas t'entendre protester, je suis clair ? Bien. Donc, que vis à vis des règles et du fonctionnement de la meute, on te considère comme un Oméga, je suis d'accord, mais pour moi et pour le Temple, tu es un Monoïque avant tout. Et ça, je ne reviendrai pas dessus. J'ai reçu ce matin un courrier du Grand Maître. Il veut que tu reçoives une éducation digne d'un Monoïque, ce que tu auras. Donc, je t'ordonne de te comporter avec dignité. Pas de beuverie, pas de mots gras, pas de comportements déplacés. De la grâce, de la distinction. Considère-toi comme issu de la famille royale. Tu m'as bien compris. À partir de ce jour, je serai sur ton dos vis à vis de ça. »
Draco soupira de nouveau.
« Je n'aurai jamais ta distinction et ton élégance, Ayase. »
« Si. Tu la portes déjà en toi. C'est dans notre sang. Ce n'est pas pour rien si ton père et tes amis te trouvaient précieux ou du moins, si différent d'eux. Je ne me trompe pas en disant cela, non ? »
« Non, » admit Draco.
« Alors fais confiance à ton instinct, à tes instincts. Je compte sur toi. »
Draco hocha la tête avant de faire une petite grimace.
« Ayase, » fit-il d'une petite voix. « Je suis vraiment obligé de prendre ce bonnet ? Je ne veux pas être ridicule. »
L'Oméga brun fronça les sourcils et reprit de façon claire et forte afin que tout le monde puisse entendre.
« Tu prends ce bonnet et il est hors de question que tu reviennes avec les cheveux humides, j'espère que tout le monde a parfaitement compris le message ! »
Draco gémit alors qu'Olivier et Charlie pouffaient.
« Allez, viens, les autres vont nous attendre, » fit le plus jeune dominant.
« Draco, avant que tu partes, » déclara à son tour Charlie. « J'ai vu l'Alpha tout à l'heure. Il a donné son accord pour que tu travailles avec Remus le matin à l'école, ensuite, les jours où il n'y a pas classe et les après-midi, tu pourras être avec les tisseurs si besoin est, puisque c'était ton choix, ou avec Ayase et Adélaïde à l'infirmerie. Ce seront Ayase et Harry qui t'indiqueront ce que tu dois faire. Ayase n'a pas voulu revenir sur sa décision première : tout comme lui, pas de travaux liés directement à la pêche ou à l'agriculture. Les Omégas, et encore plus ceux nés Monoïques, n'ont pas à faire ce genre de choses. »
Draco se retint de sauter au cou du Bêta. Il pourrait faire ce dont il avait envie ! Il était heureux de pouvoir enseigner avec Remus, travailler avec Ayase et aussi à la plage avec les autres tisseurs. Il ignora volontairement la petite voix qui lui soufflait qu'il était surtout heureux de pouvoir être à la plage avec les pêcheurs et le mâle responsable d'eux : Harry.
Il plissa son joli nez, démontrant ainsi sa joie. Olivier à ses côtés s'était quant à lui rembruni. Pas besoin d'être devin pour deviner que l'idée que l'Oméga soit exempté de travaux fermiers lui déplaisait.
« On y va, Olivier ? » demanda Draco gentiment.
« Draco, attends, » lança de nouveau Charlie. « Et toi, Olivier, écoute-moi attentivement. Je ne peux qu'approuver les précédents conseils d'Ayase. Il ne faut pas que tu ais un comportement déplacé avec les jeunes mâles dominants ou que tu leur fasses des avances. »
« Mais non ! » protesta Draco, choqué et déçu que ses tuteurs semblent avoir si peu confiance en lui. « Je ne ferai jamais ça ! »
« Draco, je sais bien que tu ne veux pas le faire mais il faut que tu comprennes une chose, c'est que tu as déjà été accouplé. »
Draco rougit brusquement, honteux que Charlie lui rappelle ce qu'il avait vécu. Sans trop savoir pourquoi, le fait qu'il l'affirme devant un jeune mâle dominant non uni lui déplaisait encore plus. Compagnon-Loup se sentit blessé. Un Oméga devait se présenter pur devant son futur compagnon. Or, il ne l'était pas. Malgré lui, ses yeux gris s'embrumèrent.
« Je ne voulais pas m'accoupler, » dit-il d'une voix étranglée.
La main de Charlie se posa aussitôt sur sa nuque, sous les longues mèches blondes.
« Je le sais bien. Ce n'est pas un reproche, Draco. Je te dis cela pour que tu comprennes que malheureusement, ton odeur a changé, tes hormones ont changé. Tu n'y peux rien, nous en avons tous bien conscience dans la meute. Mais tu as l'odeur d'un soumis sexuellement mature, prêt à l'accouplement ou à l'union. Dans le cas des Omégas, il est de coutume qu'ils ne soient accouplés qu'avec leur compagnon. C'est une mesure de protection pour vous qui êtes bien plus fragiles que les autres soumis. Je parle d'une fragilité émotionnelle plus que physique. Tu en discuteras avec Ayase plus tard si tu le souhaites. Toujours est-il que ta nature a été enclenchée et que même si tu ne le souhaites pas, ton corps appelle les dominants. Ton loup appelle son compagnon. »
Cette fois, Draco ferma les yeux, faisant s'échapper une larme unique qui roula sur sa joue.
« Je... Je ne veux pas... »
« Je sais cela aussi. C'est pour cette raison qu'il faut que tu fasses bien attention à ce que tu fais, d'accord ? C'était ce que je voulais te dire tout à l'heure, peut-être un peu maladroitement. Nous savons que tu as besoin de temps pour te remettre de ce qui s'est passé avec ton ancienne meute. Plus tard, quand tu seras en osmose avec ton loup et prêt à être uni, ce sera différent. »
« Je ne veux pas ! » répéta Draco les poings serrés.
Les adultes autour de lui ne dirent rien, chacun sentant les vagues de détresse qui s'échappaient du corps de l'adolescent. Charlie soupira tout en massant la nuque fine, espérant détendre et rassurer le louveteau par ce moyen.
« Nous aviserons, » éluda-t-il avant de se tourner vers Olivier. « Olivier, l'Alpha, Ayase et moi te faisons confiance, ainsi qu'à Harry, pour veiller sur Draco. Tu en as la responsabilité ce soir. Je ne crains pas tes réactions ou celles de Harry, bien qu'il est évident que Draco vous plaît à tous les deux. Veille à ce que les autres mâles sachent se contrôler. Est-ce clair ? »
« Oui, Bêta, » affirma Olivier avec force.
Ce dernier prit la main crispée de Draco dans la sienne, doucement.
« Ne t'inquiète pas, Draco, je ferai très attention. »
Le petit Oméga releva son visage chiffonné. Olivier passa lentement sa main sur la joue pâle, toutefois, son cœur se serra alors que Draco se tendait à son contact.
« Bien, allons-y, » souffla-t-il.
Il tendit de nouveau sa main à l'Oméga qui hésita. Après un bref coup d'œil, tant à ses tuteurs qui lui souriaient gentiment qu'au jeune dominant déconfit, il accepta finalement de glisser sa main dans celle de l'autre mâle.
Ils marchèrent silencieusement, se rapprochant peu à peu de l'odeur marine et du bruit des vagues.
Le cœur de Draco palpitait avec force. Il allait vivre sa première soirée de jeune Lycanthrope non uni, comme une soirée étudiante que vivaient les jeunes humains dans les grandes villes ou les bals dans les villages. Il n'avait jamais connu ce genre de fête. Il avait été trop jeune pour cela, à l'époque où il vivait à Pomona. Trop jeune et de toute façon, personne ne l'aurait invité, songea-t-il rapidement.
Draco leva la tête, regardant le soleil qui se couchait, teintant de rouge et de rose le ciel bleu. Il était inutile de penser à ce qu'aurait pu être sa vie s'il n'avait pas été à cette Présentation ou si Greyback ne l'avait pas mordu. Ce futur là n'existait plus. Son futur désormais était avec cette meute.
Ils gravirent la petite colline et arrivèrent enfin à la plage. Un peu plus loin, vers le petit port et les baraquements des pêcheurs, plusieurs jeunes gens étaient groupés autour d'un feu.
Sa place était là, décida Draco, avec une certaine joie au cœur. Il était accepté ici, pour ce qu'il était. Personne ne lui demandait de changer sa nature, sa façon d'être, bien au contraire. Il était respecté en tant qu'Oméga, Monoïque et simple individu. Il serra un peu plus la main d'Olivier et le gratifia d'une jolie moue qui fit fondre le mâle. Il se sentait bien et était impatient de vivre sa première sortie d'adolescent. Pour le reste, il refusait d'y penser.
... ... ...
À suivre
... ... ...
