POURSUITE EN SOUS-SOL NOCTURNE
Ten Braves and one Master


Marche Dix-Septième : Exposition de Ceux-qui-Taisent.


De son cataclysme brisait les diplomatiques figures.

La pièce du Haut Commandement grouillait littéralement en tous sens de pressés messages jugés sur deux pattes et courant vite, vite. S'amassant en point de connexion, ils échangeaient efficacement leur jeune connaissance en un partage naturel des informations. Actualisant les faits pour ne délivrer que ce qui était le plus important au milieu de cet amoncellement perpétuel de communication. Un processus rôdé qui triait en partie seulement ces réceptions, laissant filtrer au travers de vaines percées qui leur faisait perdre du temps précieux à les traiter ; rejetées par des soupirs agacés.

Les Seigneurs placés à l'extrême de cette chaîne méthodique, accusaient ces vagues répétées. Pas un instant ne filait sans qu'un soldat ne vienne, apportant avec lui sa charge personnelle d'ordres paniqués jetés par une troupe en difficulté réclamant de l'aide ou de combattants studieux qui commentaient en direct leur moindre avancée ou recul sur l'ennemi. Rassemblés autour d'une carte de la région que leur jeune hôte avait copiée habilement avant l'arrivée des Tokugawa, ils déplaçaient à sa surface des pierres de go apportées par la femme de Kanetsugu : lui avait insisté spécialement pour que l'on conservât les noirs à leur image. Comme un enfant capricieux, il s'escrimait sur la gestion de leurs offensives avec d'autant plus d'ardeur qu'il plaçait à la surface de ce Goban improvisé, des existences véritables. Chaque point s'avérait un des leurs, respirant en cet instant dans la précipitation et l'adrénaline des batailles.

Eux se tenaient hors de portée, protégés par vingt murs, aux prises avec leurs propres confrontations stratégiques. Ils avaient le devoir de préserver ces hommes en première ligne, qui affrontaient les promesses de Mort pour défendre leur fief et les convictions que leurs Seigneurs portaient à travers le Japon. Yukimura avait banni le mot sacrifier dès le départ, arguant qu'ils ne se résigneraient à aucuns choix éliminatoires dans la masse, traitant chaque demande avec la même attention. Une absurdité selon Mitsunari qui avait protesté longuement, impatient face aux mitrailleuses Tokugawa qui avaient cantonnée leur armée à la forteresse. Ils avaient pourtant agi sagement en préférant attendre, épargnant un carnage puéril pour perdre en cherchant une solution viable, plusieurs dizaines de minutes que ses collègues n'avaient pas apprécié.

La satisfaction insolente l'avait complètement étouffé lorsqu'un messager rayonnant s'était pressé à leur table, arguant sur son passage virevoltant, que les premières Gattlings avaient été détruites. Et quand ce combattant avait indiqué que Sasuke se trouvait à l'origine de cette démarche efficace, Yukimura avait jubilé odieusement dans sa barbe. Maintenant son attitude de noble dirigeant alors qu'il trépignait intérieurement. Pressé aussi d'aborder une autre étape de cet affrontement lorsque leurs troupes pourraient sortir enfin des enceintes de la forteresse. Ce qui avait rapidement eu lieu, les soldats se rassemblant sous un même pavillon et l'autorité charismatique du Capitaine de Kanetsugu qui avait pris les commandes. Son maître s'était réjoui de cette nouvelle, soutenant que cet homme était le plus talentueux qui soit pour inspirer la détermination à ses rangs dans les situations qui semblaient perdues d'avance.

Oui, puisqu'au final : ils se valaient à cinq-cent-soixante-treize contre trois mille Tokugawa. Moins les six Gattlings, cela abandonnait leurs étendards face à un précipice.

Habitué des batailles inégales, Yukimura avait accueilli ces faits vaillamment, se moquant un peu que la défaite du Shôgun n'en serait que plus humiliante. Après quelques interminables secondes de flottements, ses collègues s'étaient décidés à en rire, venant le rejoindre au-dessus de la carte. Faisant apporter du tabac et du saké par quelques serviteurs, ils présidaient ainsi leur salle avec une maîtrise d'eux impériale. Yukimura avait pourtant bien remarqué que leurs yeux brillaient tous de cette même passion alors qu'ils étudiaient ces mouvements humains sur le papier. Une vraie bande de cinglés.

« Les cavaliers du flanc Est manquent d'équipement, la majorité d'entre eux est désarmée. Ils ne doivent pas lâcher leur point de contrainte pour retourner à la forteresse. Les informa Mitsunari, qui venait de discuter il y a un instant avec un chargé de communication.

_Faites transmettre l'ordre au ravitaillement de constituer une équipe de quatre pour les assurer. Ils devront obligatoirement rentrer en cas de nouvelles réclamations du front. Déclara Kanetsugu au messager demeuré près d'eux. Je les veux près des stocks dès que possible. »

Le combattant hocha sèchement la tête, s'empressant de disparaître de la pièce. Il laissa ainsi place à un remplaçant qui s'approchait déjà de Yukimura. Que le dirigeant reconnu comme celui qui s'impliquait des sorts de ses Braves, lui faisant de réguliers rapports qu'il appréciait grandement.

« Ils ont engagé avec le groupe Tokugawa. Kirigakure lutte contre leur meneur. Vos guerriers ont l'avantage, mais ils sont dispersés. Annonça l'homme avec précipitation, après un bref salut.

_Sarutobi ?

_Face au traître Mihari. Répondit son interlocuteur, marquant une hésitation il ajouta finalement : Quelques soldats ont évoqué une opposition très violente en faveur de l'archer… »

Remerciant le rapporteur chaleureusement, le Seigneur sentit toutefois l'inquiétude monter en lui. Il tenta de se reconstituer un masque impassible en vain, le froncement soucieux de ses sourcils témoignait du cours agité de ses pensées alors qu'il se penchait sur l'état de progression de leur armée. Mitsunari était tout autant troublé que lui par ces nouvelles, plongé dans des réflexions qui le firent chuchoter assez clairement :

« Que foutent-ils ces idiots ?

_On dirait que ton cher espion s'applique complètement dans sa tâche. Lâcha Yukimura, ne cachant pas son ressentiment certain envers la sentinelle. J'apprécierai qu'il cesse d'exterminer un des miens… Sa couverture n'en réclame pas tant.

_Je ne comprends pas. Je lui ai bien dit de prendre ses distances avec les nôtres. Reconnût son cadet, étonné par cette initiative incompréhensible de son joker.

_Messieurs, nous avons cinq cents vies à sauver avant de nous occuper de ces détails… Les coupa Kanetsugu. Nous ne devons pas nous disperser, s'il vous plaît. »

Conscients de la justesse raisonnable de ces propos, les deux dirigeants acquiescèrent sèchement. Le plus jeune se penchant déjà auprès d'un autre messager tout juste arrivé quand Yukimura allait chercher son courage dans sa coupe de saké proche. Vidant celle-ci d'un trait pour la claquer sur la table. Il devait avoir foi dans les capacités phénoménales de son compagnon. Sasuke comptait de plus sa régénération pour lui : rien ne le blesserait longtemps. Le connaissant, il devait profiter de l'assurance de son adversaire pour jouer avec insolence le rôle de la proie, quand il guettait le juste moment. S'il persistait ainsi, Mihari allait connaître ses heures les plus sombres en défiant le ninja.

Lui devait se reprendre.


Et dans le silence, il me contemplait.


Isanami luttait contre les ravages de la Mort, ironie du sort quant à son statut de possédée. A la force de ses mains heureusement petites, elle compressait les points hémorragiques, tenaient les membres cassés qu'il fallait parfois remettre en place, bandait des multitudes de plaies et autres profondeurs qui se gravaient dans ces épidermes tous différents. Vêtue du tablier de rigueur et de gants écarlates, elle avait relevé à la va-vite ses cheveux en un chignon sévère. Concentrée pleinement à ses tâches ingrates aux côtés des équipiers médicaux qui avaient accueilli son aide avec satisfaction. Lui montrant rapidement et la jeune prêtresse avait retenu avec une aisance qui la surprenait elle-même. Trouvant quelques habitudes dans ses gestes quand on apportait d'autres épaves en perdition à leur porte.

Ils étaient ainsi presque une centaine à occuper l'espace confiné de l'infirmerie, entassés rapidement par les escouades de transport selon leurs états physiques. Les urgences primant sur les traumatismes moins conséquents qui pouvaient attendre quelques minutes. Des catastrophés qu'on amenait jusqu'à la table où il se tordait en tous sens sous la souffrance, agonisant la bouche grande ouverte. Isanami trouvait du courage dans le dévouement de ses partenaires d'intervention ; elle n'était pas suffisamment expérimentée bien sûr, les actes chirurgicaux se réservaient aux plus affûtés. Elle maintenait souvent le patient en place, préparait la dose de calmants nécessaire et fournissait les instruments réclamés. Parfois il fallait maintenir les ouvertures créées par le chirurgien ouvertes alors qu'il travaillait au creux de celles-ci.

Le plus souvent, il s'agissait d'hémorragies à calmer par des compressions efficaces ou des brûlures. Pour ces dernières, ils arrosaient la victime à l'eau froide et appliquaient des pommades dont la prêtresse ne connaissait rien auparavant. On recousait, on coupait les membres perdus. La première fois, elle avait fermé inconsciemment les yeux, incapable de soutenir ce spectacle odieux. Souvent, elle se retrouvait à donner sa main aux malheureux. Racontant des histoires, des petites plaisanteries qui les distrayaient juste assez. Ils ne se concentraient plus sur leur douleur et la panique nerveuse des infirmiers mais sur elle et son sourire large. Gentille et compatissante quand elle ne réclamait qu'à fondre en larmes.


Et dans le silence, il me contemplait.


« Q-quoi ? » Bredouilla Sasuke, défait.

Mihari resta silencieux.


Et dans le silence, il me contemplait.


Juzô s'était dissimulé dans un amas rocheux salvateur, glissant entre les pierres son arme équilibrée. La finesse métallique apparaissait à peine, lui offrant un poste de tir parfait quand l'attention de leur ennemi demeurait fixée sur Anastasia et ses créations de glace toutes plus impressionnantes que les autres. Qu'il lui fallait briser régulièrement celles-ci pour ressourcer son pouvoir limité dans cette plaine dépourvue de toute étendue d'eau. La Shinobi tenait bon, s'entêtant à ne pas reculer face aux démonstrations adverses.

La manipulatrice du Temps contemplait de son singulier visage de porcelaine ces actions vaines qui la concernaient à peine. Il lui suffisait d'accélérer son rythme d'existence ou de faire disparaître ses dommages, elle rappelait ce souvenir d'elle-même encore intacte. La blonde ne comprenait pas tout à ces sabordages du temps, profitant de sa condition physique pour persister à attaquer. Servant de distraction à leur opposante, tandis que Juzô s'appliquait à viser son cœur. Ils en avaient décidé ainsi avant la confrontation.

Saizô s'était jeté sur le Messager leur abandonnant la femme Tokugawa dangereuse. Ils ne pouvaient pas vraiment lui en vouloir quand ils appréciaient de loin la silhouette du brun se défendant laborieusement. Il avait bien assez de gérer le meneur de cette escouade, eux avaient décidé de se soutenir ensembles face à un tel monstre que celui qui se trouvait là. Conscients de leurs capacités, l'aîné avait cherché assidûment une planque d'où il pourrait soigner un tir mortel pendant que la ninja s'était dévouée à jouer les appâts.

Motivée par l'impassibilité hautaine de son ennemie, Anastasia ne retenait en rien ses coups. Créant des pointes glaciales toujours plus acérées qu'elle ne se lassait jamais d'enfoncer dans cette chair fragile. Ces belles images maintenaient sa détermination de trouver la faille, de toucher là où elle était certaine de faire le plus mal avant même que Juzô ne se décide. Mais rien ne semblait blesser définitivement la Tokugawa qui réapparaissait chaque fois plus intacte que la précédente.

Sentant l'agacement monter en elle, Ana dégaina son épée d'un mouvement de poignet élégant. Elle se jeta en avant, piquant une première fois avec rapidité. Reculant tout aussi brièvement de la zone adverse, pour marquer un pas vers la femme en frappant de la pointe de son arme. Une escrime fluide et perverse qui se concentrait sur les points les plus fragiles, mettant à mal la capacité de contre-attaque de la manipulatrice du Temps. Cette dernière apparaissait plus lente à se soigner, dépassée par certaines pluies de coups contre lesquelles elle tentait quelques parades de sa propre lame, maladroites. La blonde s'en jouait habilement, se glissant entre pour atteindre ses objectifs.

Les choses devinrent catastrophiques pour la poupée de porcelaine muette lorsque la Shinobi appela sa glace en même temps que ce vicieux ballet. Solidifiant l'eau par des gestes amples de sa main gauche, elle dirigeait ses créations tranchantes sur son opposante tout en poursuivant ses plongés spectaculaires d'épée. Si bien que la Tokugawa était débordée par les potentiels dangers, se reconstituant à peine d'une estafilade que trois autres paraient son corps. Tentant de se synchroniser sur la blonde en raccourcissant la durée de sa défense, elle ne parvint ainsi qu'à bloquer pendant quelques minutes les offensives avant que sa faiblesse en technique ne se fasse cruellement ressentir. Au point de la faire reculer de plusieurs pas.

Désireuse de ne pas lui laisser de repos, Anastasia la suivit immédiatement, venant à sa hauteur pour imposer une pression de fer à leurs échanges. Convaincue que le travail de Juzô n'en serait que plus simple si leur adversaire était concentrée sur leur duel au point de ne pas réagir suffisamment à temps lorsque la balle pénètrerait dans ses tissus. Ignorant sa propre respiration précipitée, la ninja força l'effort. Profitant d'un de ses abrupts retraits d'escrime, elle projeta sur la femme de l'eau, qu'elle solidifia à ses chevilles, en une prise douloureuse qui l'immobilisa. Usant de cet avantage, son épée vint s'enfoncer brutalement dans son ventre. Elle la poussa jusqu'à la garde, serrant les dents de dégoût. Puis la retirant d'un coup, elle brisa une sculpture gelée proche pour la réorganiser en des projectiles qu'elle lança sur son ennemie, la faisant trébucher sur cet équilibre incertain. L'autre tomba sur ses arrières.

La poupée de porcelaine ainsi effondrée au sol, Ana concentra la majorité de sa glace dans les airs. Il fallût quelques secondes pour que celle-ci prenne la forme d'une entrave immense sous laquelle elle étouffa son opposante sans remords. Puis satisfaite, elle envisagea presque de réclamer à Juzô de sortir de son abris ridicule quand la lame de la femme manqua d'arracher sa gorge. Esquivant gracieusement, elle marqua deux pas en arrière pour considérer l'aspect odieusement sain et sauf de la Tokugawa.

Cette dernière s'accorda même un sourire hautain à son encontre qui termina d'achever sa patience. Animée par la seule soif de sang, la Shinobi se jeta de nouveau en avant, son épée évoluant mortellement en constante menace qui se plantait dans une épaule avant de venir chatouiller une cuisse, un flanc,… Tout était accessible à son emportement tandis que la glace paraissait agir indépendamment de son contrôle, prenant des formes différentes à chaque assaut, elle se liquéfiait en un instant pour évoluer, poussant leur adversaire dans ses derniers retranchements. Rien ne semblait seulement en mesure de contenir la rage d'Anastasia qui ne faisait plus qu'un avec son élément au milieu de cette tempête, enivrée par l'adrénaline. Se soumettant à la volonté du froid qui était la sienne, elle abattait pièce par pièce cet être qui la défiait, sans prétendre à des élans de pitié vains pour cette femme.

Celle-ci assaillie en tous sens perdait complètement la maîtrise du combat comme de son pouvoir. Il se pliait à ses réclamations chaque fois plus incontrôlé et sauvage. Finissant par lui échapper lorsque la jeune manipulatrice invoqua non pas le souvenir passé d'un elle inaltérée, mais celui d'un elle blessée par l'attaque récente de la blonde. Une erreur qui sembla la figer d'effroi alors qu'elle fixait avec stupeur sa peau écarlate de sang qui aurait dû s'avérer immaculée de toutes blessures.

Un claquement.

La balle ajustée vint pénétrer son cœur, traversant son corps pour terminer sa course au loin. Ana ne chercha pas à la suivre des yeux, son attention restait centrée sur la femme Tokugawa qui leva lentement sa tête vers eux, paraissant presque les interroger muettement. La Shinobi crût même un moment, qu'elle avait eu le temps de réagir en conséquence ; la silhouette se tordit pourtant, chutant laborieusement. Finissant sa course folle dans un bruit mat, parmi les herbes et la poussière. Ses cheveux sombres voletant souplement à la tendresse des vents, elle dormait sereinement.

Satisfaite, Anastasia rengaina son épée pour s'approcher de ses créations de glace qu'elle brisa en un claquement de doigts. Puis changeant celles-ci en eau liquide, elle récupéra le bien précieux dans sa gourde ; en vu des combats à venir. Ils devaient se dépêcher de prêter main forte à Saizô et de retrouver Sasuke. Leur Commandant avait disparu des environs avec l'archer.

Juzô la rejoignit, le visage austère. Ils se comprirent d'un regard entendu.


Et dans le silence, il me contemplait.


Crac.

Son monde venait de s'écrouler. Pour une misérable remarque et toutes les implications qui tenaient derrière, ces non-dits qu'il voyait se déliter sous ses yeux. Purulente vérité qu'il n'osât pas croire, tant elle ne semblait qu'aberrante. Incompréhensible. Il la chassa d'un mouvement désordonné de la tête, portant à son front une main tremblante, pour relever le regard vers cet homme qui se tenait devant lui. Qu'il avait affirmé connaître ? Une prétention giflée durement par le Destin. Elle l'abandonnait là, confronté à des incertitudes. Ses pans de son existence sans histoire, sur lesquels il s'était résigné à construire.

Que venait-on foutre désormais à lui balancer ça maintenant ? Il s'en était passé brillamment, résolu à devoir se contenter de spectres. Usant son imagination à peindre, dessiner des portraits de ces personnes, qui auraient dû accompagner sa route. Pas abattu, ni vraiment désolé de son sort quand il existait milliers de gamins comme lui à travers le Japon. Des orphelins qui s'assuraient tant bien que mal. L'étiquette n'était pas franchement confortable, mais elle n'empêchait rien. Ne rendait pas plus malheureux que d'autres, il fallait y trouver son équilibre sereinement. Cette colère qu'il avait pu entretenir de prime abord, s'était fanée avec le temps progressivement, assimilée bien davantage à une cicatrice passée. On ne pouvait pas vraiment envier ce dont on restait ignorant. Alors, pourquoi… ?

Mihari parût retrouver sa voix face à ce silence interminable. Son malaise rendait les mots incertains.

« Je n'aurai pas cru que… Amorça-t-il avant de se résigner, autant ému qu'embarrassé. Je m'étais interdit de songer à nouveau aux possibilités de… Mais si Chie était vivante, alors… »

L'archer se tût, écrasé par ses doutes. Il dévorait son visage des yeux avec un soin analytique. Investi de sa quête et cherchant ses familiarités entre eux, qui apparaissaient presque évidentes désormais. Sasuke baissa le sien à terre, achevé par ce prénom que venait de prononcer la sentinelle. Une unique syllabe liant à son existence, deux autres fils qu'il avait renié des années de cela. Attachés à un terme si curieux qu'il n'osait pas le penser un seul instant au fond de son esprit catastrophé. Ce n'était pas possible.

Ce n'était pas vrai.

« Alors. Reprit l'espion, d'une voix vibrante. Tu es mon… »

Rien ne vient compléter cette intention téméraire.


Et dans le silence, il me contemplait.


« Vingt soldats sont aux prises avec les archers Tokugawa sur le flanc Sud. Ils ont besoin de renforts !

_Transmettez l'ordre à la cavalerie de les soutenir ! Qu'ils forment ensembles, un groupe offensif destiné aux positions reculées de nos ennemis. Il est plus que temps d'envisager de leur couper toute retraite.

_Ce sera fait, Kanetsugu-sama ! »


Et dans le silence, il me contemplait.


Saizô stoppa soudain la préparation de sa technique, se souciant peu de l'étonnement du Messager. Posant son attention sur la Forêt proche qui se chargeait brutalement d'une atmosphère négative et pesante que frisait l'air. Masse obscure inquiétante qui semblait s'assombrir de seconde en seconde. Les végétaux ne formaient plus qu'une forteresse imposante, au centre de laquelle pulsait une énergie que le ninja reconnût. Il eût à peine le temps d'écarquiller des yeux, esquivant de justesse une attaque du Tokugawa.

« Vous êtes beaucoup trop distrait, je trouve cela assez vexant. Vous inquiéterez vous pour Sarutobi ? »

Habitué à ces piques ajustées de son adversaire, le brun siffla d'agacement. Couvant de son regard le plus noir les deux hommes qui lui faisaient face ; dont un négligemment en train de titiller quelques chenilles dans les herbes folles à plat ventre. Ce vassal dont ils ne savaient rien encore ne paraissait pas le plus attentif qui soit, un monstre supplémentaire qui avait au moins le bon goût de respecter suffisamment le noble duel, au point de ne pas y prendre part en élément perturbateur. Saizô n'avait pas exactement tout compris à ces explications nébuleuses que le concerné avait fournies à son meneur résigné. Cela s'apparentait à l'esquisse de principes courtois et curieux, poussiéreux.

Cela arrangeait bien son affaire. Son opposant était assez talentueux comme cela à son goût. Cela ne réclamait pas de soutien arrière qui aurait rendu la confrontation perdue d'avance. D'autant plus quand il ne connaissait rien sur cet autre vassal demeuré discret sur son don personnel. Le Messager occupait la scène à lui seul, se jouant de ses tentatives comme un insecte particulièrement agaçant. Mutuellement, ils passaient leur temps à concentrer leur énergie, l'un dans ses membres, l'autre dans son épée ; pour se rencontrer avec violence sans que personne ne détienne une quelconque suprématie. Ils étaient aussi habiles à cet exercice, de gabarits vifs et souples approchant. Saizô prenait soin à retenir son potentiel, conscient que son opposant faisait preuve d'une intelligence supérieure à la moyenne de celles de ses adversaires habituels. Il valait sans doute mieux prévoir un plan de repli au cas où l'autre garderait une surprise sous sa manche.

Il agissait prudemment, ressentant entre ses doigts l'impatience de Mari qui le traitait de couard. Elle ne se souvenait plus de la défaite qu'ils avaient manqué de subir lors de la précédente attaque menée contre la forteresse par l'escouade. Surtout quand il ne pouvait s'empêcher de surveiller le vassal paresseux du coin de l'œil, s'attendant à le trouver derrière son dos à chaque occasion. Une nervosité qui ne s'était pas calmée, il se rappelait des propos du Singe sur la manière dont le meneur des Tokugawa n'avait pas hésité à libérer la véritable nature de son être. Et c'était cette possibilité-là, qui le faisait plus reculer que combattre parce qu'il savait parfaitement ce qui gambergeait en lui. Il n'était pas prêt à lutter face aux remords, aux échecs dont la blessure ne le rendait toujours pas plus fort.

Il tremblait littéralement de peur et son adversaire le savait.

« Je vous ai connu plus revendicatif… Lâcha-t-il dans un sourire mesquin. Seriez-vous en train de réfléchir un peu, de vous remettre en question ?

_Vous n'avez pas éternellement tenu le Singe en laisse. Vous ne me manipulerez pas non plus. » Gronda-t-il.

Une réaction colérique que le Messager accueillit dans un rire moqueur. Saizô nota encore l'élégance affichée par cet homme, tellement loin des schémas classiques de ninjas ou du profil bourrin du soldat. Sans non plus s'affirmer en héritier du Bushidô, son ennemi approchait davantage de l'aristocrate momifié que du professionnel payé dûment. Cela se lisait dans sa manière de se tenir droit et distingué, le raffinement de ses élocutions respectueuses, jusque dans son attitude lors des confrontations physiques. Celui qui portait cette couche inconfortable de tissus, n'était assurément pas de naissance vulgaire. Le Shinobi en était certain, bien qu'il n'eût pas d'occasions réelles de creuser le sujet.

« Sanada compte sur de drôles de personnages. Insista son interlocuteur qui paraissait lire dans ses pensées, il souriait toujours. Où est-il allé vous recruter ?

_Dans un marché de Kyôto, bradés.

_Ceci explique donc cela. »

Distraitement, le Messager accumula de la pression qu'il relâcha d'un mouvement de poignet dans la direction du Brave. Esquivant l'apparition dangereuse, Saizô eût tout juste le temps de tirer Mari du fourreau pour parer la lame de son adversaire. Ce dernier profitant de l'occasion pour tenter de l'atteindre, il recula à cette défense instinctive. Prenant de l'élan afin de s'élancer de nouveau sur le ninja qui évita la pointe de fer, posa un pied pour bloquer solidement un assaut plus appliqué dans un tintement sonore. Ils se firent face de part et d'autres, instaurant une éphémère lutte de tensions que le manipulateur de Lumière brisa, aveuglant son opposant d'une décharge brutale.

Le Tokugawa se plaça immédiatement en positon de barrière, papillonnant des yeux. Attaquant, il se porta à sa hauteur en empoignant son épée, abattant celle-ci lourdement contre la lame de son ennemi. Une fois, deux fois, dans un mouvement large de rotation horizontale, il réorienta soudain son arme pour fendre, selon un angle de portée différente. Une ruse simple que son adversaire déjoua malgré la perte de sa vue, il parât avec audace, ses bras tremblant sous le choc et la différence de densité de leurs instruments. Saizô se glissait déjà dans son dos, virevoltant encore alors qu'il utilisait Mari comme un pendule dont le déséquilibre lui permettait d'accélérer ses mouvements et la force de ses coups.

Imposant un rythme erratique à leurs échanges qui résonnaient aux alentours, s'emballant jusqu'à la pointe de vitesse déraisonnable qui projeta le Messager hors de la zone de confrontation. L'homme tomba à terre, assis tandis qu'il respirait chaotiquement de cette démonstration du Shinobi. Incapable de se relever, il vit celui-ci saisir sa chance. Saizô planta son épée dans le sol, invoquant un séisme lumineux qui se propagea avec violence jusqu'au Tokugawa, retournant l'herbe et la victime dans les airs. Qui alla atterrir plus loin avec brutalité, roulant à quelques mètres.

Le vassal immobile continuait ses explorations géologiques, ignorant les difficultés de son meneur. Le Messager se redressa en marmonnant furieusement, n'accordant pas plus d'attention envers son partenaire. Il considérait le ninja avec dédain, sûrement vexé par cette technique qu'il n'avait pas pu contrer. Son visage alla s'assombrir et Saizô crût un instant que cette colère lui était destinée quand il perçut dans son dos, deux nouvelles présences familières. Des renforts inespérés qui emplirent le brun de satisfaction, alors que Juzô et Ana s'alignaient sur sa position avec naturelle.

« Vous avez déjà fini ? S'inquiéta-t-il aussitôt, leur jetant un regard incrédule, tour à tour.

_Pour qui nous prends-tu, des amateurs ? S'agaça la manipulatrice de Glace. Elle est morte. »

Stupéfait, Saizô dévisagea leur aîné qui confirma cette information d'un hochement de tête bref. Un retournement de situation inattendue que le ninja ne pût que saluer. Sans cette performeuse du Temps, leur ennemi commun n'aurait plus l'occasion de survivre chaque fois indécemment à leurs tentatives. Finalement ils allaient pouvoir porter la réelle estocade maintenant, à cette escouade qui persistait dans leur agressivité. Eliminer définitivement la menace qui planait depuis trop longtemps sur leurs vies.

« Notre Reine est morte ? » Soupira-t-on alors.

Les Braves baissèrent les yeux vers le vassal inconnu qui toujours allongé, s'étira paresseusement. Se redressant avec une infinie lenteur pour se mettre debout. L'anonyme tendit sa nuque, massant celle-ci sous ses doigts tandis qu'il s'approchait du Messager. Il posa une main amicale sur son épaule un instant avant de la retirer. Un geste de soutien qui parût ne pas égayer l'homme complètement effondré sous ces voilages. Le vassal avait retiré sa propre capuche, dévoilant son visage animé par la soif de meurtre et la rancune amère. Visage comme il en existait tant d'autres de japonais adulte à la barbe prononcée, un regard haineux brillant de détermination cruelle. Il passa ses doigts sur sa bouche inerte pour l'étirer en un sourire glacial.

« Quelles odieuses répugnances s'en vantent ? » Jeta-t-il, durement.

Conscient de l'état dangereux dans lequel l'annonce de la disparition de leur équipière avait placé les opposants qui leur faisaient face, Saizô fût le premier à réagir. Sautant haut lorsque le Messager déchargea à leur égard une vague qu'Ana esquiva habilement mais qui emporta Juzô sur son passage. Le tireur échoua au sol, cible parfaite pour le vassal qui plongea en avant. La blonde vint l'y cueillir, solidifiant l'eau de sa gourde en pointes qu'elle projeta dans sa direction. Le Messager apparût dans le dos de la jeune femme que le ninja d'Iga protégea à son tour, parant l'offensive avec aisance. Relâchant son énergie accumulée dans sa lame, il gratifia leurs adversaires d'arcs de lumière qui les repoussèrent efficacement.

Campé sur sa position, Juzô tira sur chacun d'eux. L'un bloqua mais le vassal prit la balle dans le torse avec force, s'effondrant sur le coup. Ana dégaina son fleuret pour prêter main forte à leur aîné, elle évita une tentative meurtrière du meneur Tokugawa, touchant son pied sèchement. L'ennemi accusa la finesse de son amplitude, profitant qu'elle venait sur lui à nouveau pour échanger quelques passes rapides, entraînant leurs épées dans un mouvement de rotation commun qui lui permit de désarmer complètement la blonde, par un geste ascendant brutal. Il s'apprêtait à la blesser lorsque Saizô se jeta furieusement sur lui, l'entraînant dans son élan à terre où ils roulèrent ensembles.

Juzô les ciblait, guettant l'instant propice pour fusiller le Messager alors qu'Ana récupérait son arme. Tous deux tournants le dos au vassal qui se relevait discrètement, retirant un de ces gants qu'il coinçait entre ses dents. Il s'approcha silencieusement des Braves, s'apprêtant à poser ses doigts sur le tireur quand, grâce à un réflexe instinctif, la blonde balança une gerbe de glace à son attention, qui vint frapper sa main nue. Les raideurs légères de la matière se densifièrent progressivement, tirant sur le doré qui teinta l'extrémité que le vassal avait touchée. En quelques secondes, l'eau gelée se transforma totalement en or, sous les yeux ébahis des manipulateurs d'Eléments.


Et dans le silence, il me contemplait.


La Forêt répondait à son appel, synchronisée sur les pulsations enragées de son cœur. Un cataclysme hurlait à l'aide au fond de son âme, priant la présence de soulager son être. Jamais il n'avait perçu si claire ce lien qui l'unissait à elle intimement. Respirant ensembles, défendant la même existence qu'ils partageaient à d'autres êtres vivants. Chaque conscience qui frissonnait à son passage, le garçon effleurait certaines d'entre elles du bout des doigts. Impérial conquérant dans cet univers qui était sien depuis sa naissance ; il ordonnait son rassemblement sous un objectif commun. Habité par la rancœur envers celui qui avait voulu le tuer alors qu'il n'était qu'un colocataire gênant dans le ventre de sa mère.

Il avait retenu la belle histoire et tout ce qu'elle signifiait avec : son statut d'enfant né d'un viol. Qu'il n'était pas si loin de la charmante réalité en songeant que personne ne voulait de lui à l'abandonner dans les bois. Ironie que ceux-là avaient été plus accueillants que les Hommes en lui fournissant un foyer chaleureux, malgré ses règles impitoyables de survie. Aujourd'hui, il ne faisait qu'appliquer la loi du plus fort en appelant ces vies à se regrouper dans cette chasse, à localiser le fuyard qui essayait d'échapper au Destin.

Sasuke n'avait jamais été aussi certain de vouloir la mort d'un bipède.

Devenu sourd et aveugle aux environs du sous-bois qui s'obscurcissaient de manière alarmante. Il ne progressait plus que pour la quête de cet individu qui souillait sa Forêt de son existence abominable. Révolté par la fuite de Mihari, lorsque ce denier s'était rendu compte de l'hostilité des lieux à son égard. Que croyait-il en l'entraînant dans son vice ? Qu'il allait pardonner son meurtre sous les excuses du temps qui passe et de l'immaturité humaine ? La sentinelle portait dans son corps les traces de sa sanction pour cet impardonnable acte. Lui ne faisait qu'achever le travail en effaçant cette erreur de la surface de la Terre. Sommant ses pairs à s'élever des profondeurs, quitter l'abri tendre des feuillages pour punir l'insolent, les nourrissant du fiel qui emplissait son être.

Dressant ces bêtes sauvages envers ces Hommes irrespectueux qui s'emparaient de leurs territoires, tuaient les leurs pour se parer de leurs peaux douces, arrachaient à des fins vaines ce qui permettaient à leur gorge de respirer. Quand ils n'aspiraient qu'à mener leurs existences tranquillement, au sein de la luxuriante verdure que la Nature leur avait offerte généreusement. Et ces abjectes créations la leur volaient sciemment et dénuées de tout remord ? Allaient-ils persister à accuser ces ravages sans réagir en conséquence ?

Regardez-les, comme ils sont beaux à s'entretuer dans ces plaines. De vrais animaux, songea Sasuke. Un pied à l'orée, admirant machinalement les soldats proches qui s'affrontaient toujours agressivement. Les Tokugawa en surnombre prenaient un avantage marqué sur les troupes de l'Alliance, comptant encore neuf-cents des leurs encore debout quand les défenseurs de la forteresse s'émiettaient autour de leurs blessés. La réelle issue de cette bataille se dessinait peu à peu, et Mihari courrait vers elle. Espérant sûrement trouver, à proximité des combattants de son unité, du soutien. Sa silhouette se pressait sous les cercles menaçants des rapaces qui le surveillaient avec soin.

Sentant son sourire cruel s'élargir, Sasuke quitta la Forêt sereinement. Pistant sa proie d'un pas posé, suivi dans son élan par des centaines de créatures appelées. De tout horizon et de toute taille, autant dans le vaste espace du ciel que sur terre, impressionnantes comme négligeables. Massivement réunie autour de lui, elles soutinrent son avancée dans un silence magistrale. Attirant progressivement les regards des guerriers ; ces derniers jetèrent quelques coups d'œil incrédules, stoppant bientôt leurs affrontements pour considérer avec incertitude ce garçon qui avançait au milieu de ce bétail curieux. Loups, grues, Yama-neko, loutres, rats, tanuki, ours, cerfs, chouettes,… Accompagnés du nuage titanesque d'insectes en tous genres, dont l'intense bourdonnement se percevait au loin. La profession inquiétante les laissa ébahis.

Levant une main devant lui face à l'immobilisme général, Sasuke commanda finalement :

« Brisez-les. »

Bourrasque.

Immédiatement, ses pairs se mirent à courir, le dépassant de tous côtés tandis que les rangs de cette armée surprenante ondulaient. Chassant les humains les plus proches de leurs crocs affamés, la ligne sombre progressa rapidement vers le front, se dispersant vers des cibles différentes. Les premières proies tombèrent sans pouvoir réagir, les autres tentèrent en vain de repousser ces démons de leurs armes maladroites, ceux-là étaient trop nombreux : l'un attaquant, quand les autres guettaient dans le dos de la victime qu'elle oublie leurs existences pernicieuses. Un guerrier s'effondra ainsi, tentant de se défendre, il fût pris à la gorge par la mâchoire d'un loup. Un autre acheva son existence. Les autres écrasèrent son corps sur leur passage. Boules de plumes et de poils, animées par la même inimité envers les bipèdes patauds qui ne parvenaient pas à fuir. Les fragiles répugnances couvraient leurs visages stupidement, apeurées par ces ombres du ciel qui jetaient leur poids sur leur crâne, abattant leur bec férocement, déchirant la chair, plongeant leurs serres à travers la peau. Qu'ils ne trouvaient pas le salut auprès des autres créatures qui coursaient leur échappée, les abattant au sol où ils étaient débordés par la masse révoltée dans un concert de hurlements horrifiés et abominables. Ils disparaissaient pour ne plus réapparaître qu'à l'état de cadavre en partie dévoré, abandonné dans un bain de sang. Les survivants ne duraient pas plus longtemps, empoisonnés par les insectes qui recouvraient toute l'étendue de leur corps, les étouffant en s'introduisant dans leurs voies respiratoires. Ni leurs crises sonores, ni les coups paniqués qu'ils s'octroyaient dans leur folie ne les sauvait de cette étreinte.

Un véritable carnage qu'un témoin constatait avec effroi.

« Arrête-ça, Sasuke ! Ordonna subitement Mihari à son encontre. C'est de la cruauté gratuite, Kami-sama ! »

L'archer s'avança davantage vers lui, épargné par ses pairs obéissants. Il vint agripper brutalement, la souplesse de ses joues d'une main, tournant son visage pour trouver le vide de son regard.

« Fais-les cesser immédiatement ! Tes propres hommes sont en train d'y passer !

_Tu es tellement mieux placé que moi pour parler de cruauté, Chichi. »

Une lame plantée dans le cœur n'aurait été moins douloureuse, la sentinelle le relâcha. Impuissante, accusant le poids de sa propre conscience et pliant dessous. L'homme resta muet un long moment, de honte et de terreur face au spectacle de ces guerriers sacrifiés pour apaiser une colère dont il était le seul initiateur au final. La culpabilité fût la plus forte, il vint saisir le bras de son fils.

« Alors tue-moi, torture-moi autant qu'il te sera nécessaire pour te sentir mieux, mais laisse ces guerriers ! Ils ne sont pas responsables ! »


Et dans le silence, il me contemplait.


« Kyouki ! Kyouki, je suis tellement désolé !

_Tenez-le bon sang ! »

Les soigneurs durcirent leur prise sur le patient qui se débattait depuis plusieurs minutes sur la table. Un guerrier de Mitsunari, fauché par une offensive ennemie impitoyable. Ils l'avaient jeté violemment au sol, pour le couvrir de coups, le poignardant finalement jusqu'à la garde. Le pauvre homme s'était vidé peu à peu de son sang, délirant déjà lorsque l'équipe de transport avait pu enfin parvenir jusqu'à lui. Ils l'avaient mené à l'infirmerie non sans difficultés.

« Maintenez-le !

_Kyouki, ils me retiennent ! Ils me retiennent ! »

Isanami resserra ses doigts autour du bras droit qu'elle tentait de plaquer contre la table d'opération sans succès. La première injection de drogue avait été de l'ordre du miracle a réalisé. Cela semblait pourtant ne pas apaiser le soldat qui continuait à paniquer violemment. Tournant son visage d'un côté et d'un autre, il considérait chacun de son regard le plus écarquillé et furieux. Il emporta dans son affolement des infirmiers ; ils durent tous se concentrer sur la tâche de l'immobiliser alors que le chirurgien s'énervait encore :

« Doublez la dose de calmants !

_Tout de suite, Monsieur ! » Cria la jeune prêtresse.

Une main puissante vint se refermer sur son poignet, l'empêchant de s'éloigner. L'homme étonné de la voir, la contempla bientôt avec adoration.

« Kyouki… Attend-moi, je rentre… Murmurait-il à ses yeux. Kyouki !

_Isanami, dépêchez-vous !

_Je rentre ! »


Et dans le silence, il me contemplait.


Le Haut Commandement n'avait pas désempli avec les heures, bien au contraire. Les ordres transmis n'avaient pas cessé, se multipliant alors que la situation au front se compliquait progressivement. Le nombre de l'ennemi, l'épuisement de leurs troupes limitées avaient rendu leurs mouvements plus incertains. La carte croulait sous les ratures, habitées par quelques pierres de go survivantes. Les noires se faisant encercler ; ils tentaient ces dernières minutes de trouver une solution face à la détermination des Tokugawa à abattre tous leurs bataillons. Ils ne faisaient aucuns prisonniers inutiles.

Yukimura avait réclamé des feuilles blanches qu'il raturait d'un pinceau sèchement, accumulant près de lui un entassement d'hypothèses rejetées. Kanetsugu considérait ces essais, dépliant certains jetés par le dirigeant dans sa frustration tandis que Mitsunari continuait de gérer les informations apportées. Les soldats préposés à la communication se présentant plus nombreux encore qu'au début de la bataille. Ils revenaient à la table fidèlement, chaque fois plus couverts du sang de leurs camarades, chaque fois plus épouvantés. Des terreurs que les Seigneurs ne pouvaient qu'apaiser de vaines promesses quand ils se savaient néanmoins aux profondeurs du déclin.

Abreuvé régulièrement de rapports sur ces Braves intransigeants, Yukimura s'animait de cette même passion. Déterminé à ne pas déposer les armes tant qu'il respirerait encore, il avait maintenu son action dans la gérance de leur Alliance. Parvenant parfois à faire tomber cent adversaires quand leurs guerriers n'étaient que dix, par des plans d'intimidation rondement menés et une capacité d'improvisation impressionnante. Ils avaient sauvé des vies ainsi, mais le dirigeant était plus que conscient des limites de son esprit. A cette heure il se trouvait à un carrefour dont les chemins menaient tous vers des impasses. Il avait beau tissé l'audace de subterfuges, les illusions ne duraient pas indéfiniment. La réalité demeurait dans le nombre croissant de leur quota de blessés et de morts, quand le matériel commençait lui à manquer sérieusement. Au point que ceux, nommés à la défense de la forteresse, avaient dû venir prêter main forte aux premières lignes. Au risque que l'ennemi parvienne à s'introduire dans l'enceinte pendant ce temps-là.

Ils étaient complètement dépassés. La vérité s'imposait cruellement et Yukimura ne parvenait plus à chasser ce mauvais pressentiment qui l'habitait. Envahissant alors qu'il froissait une nouvelle feuille dessinée pour l'envoyer avec les autres d'un geste distrait. Il considérait furieusement le blanc virginal qui le défiait de son immaculé néant, énième page qui allait recevoir une idée brutale, qui s'essoufflerait petit à petit dans les méandres de sa tête lorsqu'il y confronterait la réalité de leur situation. Il s'épuisait lui-même de ses élans de lucidité qui se fanait inexorablement sans qu'il ne puisse rien faire pour qu'ils persistent.

Une entrée remarquée soudaine brisa leur obscure apathie.

« Laissez-moi passer ! Poussez-vous, s'il vous plaît ! » Criait un messager aux couleurs de Kanetsugu, faufilant sa silhouette trapue parmi ses nombreux homologues présents.

Il remonta ainsi la file d'attente sans rougir, ignorant les regards outrés tandis qu'il se présentait à la table, violemment essoufflé. Qu'il tenta de prendre immédiatement la parole, en vain. Mitsunari intrigué, lui fit signe de respirer. S'y appliquant, le guerrier se redressa pour les saluer, avant de parler avec précipitation.

Fort.

« Nos troupes et celles des Tokugawa sont assaillies par un ennemi commun ! C'est un véritable carnage !

_Un ennemi commun ? S'inquiéta aussitôt son maître, l'invitant à poursuivre au plus tôt.

_C'est incompréhensible mais des bêtes sauvages nous attaquent ! Elles sont nombreuses et féroces ! Deux de mes équipiers y sont restés ! Ils ont été dévorés, putain ! » S'acharna l'homme avec terreur.

Un véritable silence accompagna ses paroles. A ses côtés, les autres combattants commençaient à se jeter des regards soucieux, chuchotant furieusement. Mitsunari eût heureusement le réflexe de faire taire la masse, conscient des risques de panique générale que pouvait entraîner une pareille nouvelle auprès de leur armée déjà fortement éprouvée par les conditions de la bataille. Le jeune Seigneur réclama des détails d'une voix posée, se refusant à sombrer dans les doutes à cette heure. Pas quand il restait de l'espoir de remporter la victoire sur Ieyasu.

« Ils sont arrivés d'un coup ! Témoigna le messager. Nous étions en train de nous faire piétiner par l'ennemi, quand elles ont surgi pour foncer sur le front ! Les Tokugawa sont ceux qui essuient le plus de pertes, ils sont décimés depuis plusieurs minutes !

_Ordonnez à tout le monde de se replier dans la forteresse. » Annonça Yukimura, quittant son fauteuil et ses piles de réflexion écrite.

Ignorant les regards outrés de ses collègues à cette initiative, le dirigeant s'approcha du guerrier.

« Conservez les portes ouvertes dans la mesure du possible. Tant que cette menace sévira dans les plaines, il nous faudra demeurer hors de sa route. Où nous serons balayés comme les Tokugawa.

_Le Capitaine ne va pas apprécier. Répondit le messager dans une grimace.

_Il faudra bien qu'il le fasse, je vais vous accompagner. »

La stupeur se peignit sur chaque visage tandis que l'homme portait une main machinale à la poignée de son sabre, virevoltant légèrement aux côtés du soldat muet. Mitsunari fût le premier à réagir :

« Yukimura-san ! Vous n'êtes pas sérieux ?

_Oh ? Releva le principal intéressé. Et bien, je crois que si. Oui, c'est une idée excellente. »

Il marqua un curieux déplacement, semblant presque se parler davantage à lui-même qu'à son cadet étranglé par la colère. Kanetsugu se redressa tout autant, marmonnant quelques austérités envers ce piteux comportement de guignol capricieux. Une insulte qui tira un large sourire à Yukimura, il se plia en révérence face à ces deux spectateurs. Croisant ses doigts dans son dos pour faire volte-face, il ria alors. Longuement ; il porta une main à son visage, se dissimulant derrière.

« Ah, je suis définitivement certain qu'il s'agit d'une excellente idée. Affirma-t-il sous les yeux perdus de tous devant son attitude perchée. Nous avons été imprudents. »

Les choses basculèrent alors abruptement. Une seconde plus tard, il avait dégainé son katana, levant son tranchant de manière à ce qu'il semblait presque menacer la vie de quelqu'un. Il s'avéra que le vide sous sa lame se brouilla, dévoilant la silhouette du vassal invisible de Tokugawa sur lequel Yukimura s'était jeté en avant. Imposant sévèrement sa contrainte, il agrippa la tunique de l'ennemi tout en maintenant la pression à la base de sa gorge. L'obligeant à le suivre, tandis qu'il s'approchait des portes menant à l'extérieur.

« Chers collègues, vous me voyez obligé d'accompagner cet indélicat personnage à notre Capitaine. Je serai prompte à réaliser ma mission, ne vous inquiétez pas. Déclara d'un ton grandiloquent le Seigneur d'Ueda, se tournant vers le chargé de communication resté ébahi. Allons, menez-nous mon grand. »

Le combattant hésita un instant, jetant quelques coups d'œil apeurés vers son maître. Il vint ouvrir le passage devant eux finalement, assez pressé de quitter les lieux. Ecartant efficacement les spectateurs qui se glissaient au plus près, curieux devant cet étrange cortège. Yukimura continuant de tenir en respect le vassal, sa prise de fer n'admettant aucune tentative de fuite. Ce que sembla comprendre le Tokugawa qui demeura silencieux tout le voyage jusqu'à la cour principale.

Le dirigeant en profita pour songer de nouveau aux propos rapportés par le soldat apeuré et ce qu'il n'avait pu s'empêcher de conclure à cette présence massive animalière. Sasuke avait abusé de son contrôle, il n'existait que lui capable de mener une telle quantité de créatures selon sa volonté. Si celles-ci attaquaient aveuglément, sans se soucier du camp de leur proie, c'est que son compagnon n'avait pas songé à préciser la chose. S'il n'y songeait pas, c'est qu'il devait se trouver très en colère, au point d'en devenir dangereux pour leurs rangs. En soi, ce simple fait avait suffi à le pousser hors de la salle de commandement. Il n'avait fait que s'assurer au passage que le Tokugawa se trouvait bien là, comme il l'avait ressenti ces dernières minutes.

Il comptait confier celui-ci au Capitaine de Kanetsugu. Son Commandant avait besoin de lui.


Et dans le silence, il me contemplait.


« N'essaye pas de compatir, c'est ridicule ! »

Sasuke l'avait violemment repoussé, attrapant durement son col de tunique dans son poing. Enfiévré dans cette explosion émotionnelle, ses yeux brûlant de rage et de dégoût le fixaient méchamment. Le garçon rayonnait littéralement de haine à son encontre, il le sentait trembler furieusement à ses côtés, en proie à ce maelström abominable que de bien malheureuses paroles avaient déclenché dans son esprit. Loin du soutien lucide de sa raison, son jeune visage s'était déformé sous une sauvagerie incontrôlable, qui inquiétait de plus en plus Mihari, conscient que la compassion n'éclairerait pas le jugement de son fils. Il ne parvenait pourtant pas à trouver les mots justes pour apaiser sa colère, incapable de limiter les conséquences de ces aveux. Il ne s'était pas attendu à une telle répulsion, à une telle rancune ; à vrai dire, il ne s'était pas attendu à ce que cet enfant comprenne aussi rapidement ce que lui-même, ne parvenait pas vraiment à admettre.

« Comment peux-tu prétendre que tu comprends ? Qu'est-ce que tu peux comprendre ? » Cracha Sasuke.

Le ninja avait resserré douloureusement sa prise sur lui, le portant inconsciemment. Prudent, Mihari demeura muet. Déterminé à ne pas souffler davantage sur l'étincelle, quand le garçon s'avérait armé et prêt, si nécessaire, à le faire disparaître. Il fût dévisagé de haut en bas par son fragile bourreau, ostensiblement ; il percevait clairement son affolement mental, ses errances paniquées, sa douleur peinte sur sa figure tordue… En un témoignage accablant qui tordait son ventre de culpabilité.

« Vous surgissez tous les deux pour foutre ma vie en l'air. Lâcha le Commandant.

_Jamai-

_Comment suis-je censé réagir ? Le coupa-t-il abruptement. Comment pourrais-je seulement rester calme, je n'étais qu'un orphelin il y a quelques heures encore ! Et maintenant… Maintenant, vous revenez tout sourire me chercher. Par accumulation de remords. Pour alléger votre conscience ! Alors que vous avez tout fait l'un et l'autre, absolument tout fait, pour que je disparaisse de ce monde ! »

Ce n'était pas vrai. Il ne savait pas lui-même qu'il continuerait à payer ses erreurs encore aujourd'hui malgré ses tentatives de rédemption récentes. Il les avait cru morts, Chie et lui. Il ne s'était pas douté un seul instant, qu'il se retrouverait père d'un jeune homme dont il ne connaissait rien, au service d'un Seigneur allié à Mitsunari-sama. Le Destin se jouant odieusement de lui par ce rappel amer qui venait ouvrir à nouveau des plaies dont il commençait à peine à guérir. Comme la preuve parfaite qu'il ne pouvait pas échapper au statut de criminel morale collant à sa peau et tout ce qu'il impliquait.

« Menant vos charmantes petites existences sans jamais vous inquiéter de ce qui avait pu m'arriver. Surtout, ne pas poser de questions à ce sujet. Et il faudrait que je sois heureux ? Que je vous félicite peut-être pour ce bel effort que vous réalisez pour moi ? Que je m'incline bien bas ? Alors que pas un d'entre vous n'a une idée de ce qu'à pu être ma vie ? Parce que vous m'avez jeté dans les bois, en m'offrant la pire des maisons ! Sans me laisser une putain de chance ! »

Le ninja le relâcha brutalement, Mihari s'effondra complètement. A quatre pattes devant lui, il sentit avec horreur des apparitions inconnues s'enrouler autour de ses jambes ; baissant la tête pour observer avec une inquiétude grandissante, ces racines qui surgissaient lentement du sol. Semblant comme animées d'une vie propre tandis qu'elles s'étiraient dangereusement sur ses doigts, les maintenant dans leur étreinte serrée à terre. D'autres complétèrent ce tableau, s'allongeant pour venir caresser son visage. L'archer essaya de les chasser par un mouvement précipité, en vain. Elles glissaient sur sa peau, terrifiantes.

Sasuke vint s'agenouiller nonchalamment à sa hauteur. Il le fixait toujours, glacial.

« Vous m'avez offert en pâture à ceux qui ont profité de mon ignorance. Affirma-t-il rageusement. Qu'est-ce que vous savez de ce que j'ai vécu à Koga parce que personne ne m'a empêché d'y aller ? Pourquoi suis-je un ninja selon vous, pourquoi ai-je continué à fermer les yeux tant que j'avais quelqu'un pour me guider ? »

Les racines vinrent gifler sèchement sa joue.

« Pourquoi je ne peux pas dormir sans revoir constamment tous ces gens que j'ai dû tuer ? Pourquoi ai-je les mains aussi sales désormais de tout ce que j'ai pris ? Pourquoi ai-je été puni moi aussi par la Sanction, quand je n'espérais qu'assurer ma survie comme tous les autres de ma meute ? Pourquoi suis-je maudit comme toi, mon dégénéré de paternel ? Quels liens existent-ils seulement entre nos fautes ? »

Se plantant dans sa peau, les griffes végétales tournèrent laborieusement son visage vers leur maître qui s'appliquait à l'examiner. Concentré sur cette activité distraite, comme notant ces similarités apparentes qu'ils partageaient, ensembles. Mihari ne pouvait pas lui en vouloir d'être fasciné, autant qu'il l'avait été par une pareille convergence physique qu'il n'avait retrouvée que dans les traits de son deuxième enfant. Sasuke possédait pourtant la clarté du regard de sa mère, sa masse tumultueuse de cheveux et son nez. Couvert des mêmes taches de rousseur, le premier petit détail que la sentinelle avait relevé, s'alarmant des coïncidences nombreuses. Le Messager avait terminé d'ancrer l'amère vérité, confirmant ses soupçons de ce qu'il avait pu lire dans la nature du garçon en procédant à sa libération.

« J'espère au moins, que tu es fier de savoir que ton rejeton bouffe de l'être humain ? Se soucia placidement le Commandant, usant d'un ton insolemment léger. Ce ne sont pas les fleurs qui poussent dans la pourriture.

_Je ne suis pas responsable de ton abandon ! » S'agaça-t-il, malgré lui.

Un sourire immonde vint s'emparer des lèvres du garçon quand il nia d'un hochement de tête.

« Non, en effet. Ce genre de choses arrive toutes seules…

_Je ne savais pas ! S'exclama-t-il aussitôt. Comment aurais-je pu seulement savoir que tu étais vivant ?

_Reconnais plutôt que tu n'as pas vraiment cherché à savoir et que cela t'arrangeait bien. »

Avec horreur, il vit le ninja lever une main directrice devant lui. Elle tremblait à peine, commandant à la profusion de racines qui s'agitèrent immédiatement. Se resserrant peu à peu sur ses membres, étranglant efficacement sa circulation sanguine. Mihari se sentit paniquer, tentant de se reprendre sans parvenir à faire taire cette peur irrépressible qui naissait en lui à l'idée de mourir ainsi, de la main de son propre fils. Il essaya de se débattre, n'entraînant qu'une prise plus solide des liens végétaux sur lui.

« Après tout, je me suis passé de toi pendant dix-sept ans, Chichi. Remarqua innocemment le garçon. Je vais, simplement, continuer…

_Et ce n'est pas à toi d'en décider, Sarutobi. Ni de supporter ce fardeau. » Rétorqua une voix dans son dos.

Reconnaissant sans difficultés le parfum de Chie, Sasuke ne fit aucun mouvement envers sa mère. Il maintenait son ordre physique, contraignant toujours Mihari à terre de ses racines. Celles-ci recouvrant petit à petit, le corps entier de la sentinelle. Il suffisait d'un pudique claquement de doigts de sa part pour qu'elles transforment ces restrictions en un meurtre précipité. Pour qu'elles apaisent son être, endolori des récentes exactions qui avaient réduit son monde en poussière.

Il n'était plus que poussière…

« Renonce. Ordonna la noble dame, s'imposant à ses côtés, dans son champ de vision.

_Vous défendez votre bourreau ? S'énerva-t-il brusquement. Vous prenez sa défense, alors que cet enfoiré... A complètement brisé votre existence ! Avez-vous oublié ses crimes ? La violence de ses coups quand-

_Je vaux mieux que cela. Le coupa-t-elle froidement. Je ne fais qu'appliquer tes conseils : je cesse d'être trop faible pour lutter contre mon désir de vengeance… Ca ne change rien à ma haine. Mais elle ne concerne que moi. Tu n'as pas à te mêler de ça. »

Ils restèrent ainsi un long moment, à se dévisager rageusement l'un et l'autre. Blessés de cette vaine confrontation qui les obligeaient à se regarder en face, à remarquer les faits douloureux sans pour autant les accepter. Lui ne voulant pas de cette étrangère pour prendre une place que le temps avait sacralisé, lorsque Chie n'apparaissait pas plus désireuse de supporter la vue de cet enfant dont elle n'avait jamais voulu. Porté en son sein comme le témoignage répugnant de sa faiblesse. Qu'il percevait clairement son fervent dégoût à son encontre. Les larmes lui montèrent aux yeux, il déglutit douloureusement.

« Sasuke… »

Dans un monde étrange, Yukimura était présent dans son dos et il venait poser une main affectueuse sur sa taille, soufflant à son oreille que ça n'en valaient plus la peine, qu'ils avaient gagné la bataille. Et lui, se tenait-là, ainsi entouré par ses parents et cette personne qui était la plus importante qui soit sur Terre… Pour un affrontement perdu d'avance.

Son bras retomba mollement ; les racines se retirèrent.

Le visage honteusement baissé à terre, il tentait de retenir ses sanglots pitoyables dans sa paume. La bouche bruyante écrasée contre cette chair pour ne pas trahir ce qui résonnait déjà, embarrassant. Luttant à peine lorsque son Seigneur vint l'étreindre, comme compatissant à sa retenue en fournissant à son attention la parfaite cachette de ses bras où il disparût un moment. Seules ses épaules tressautant trahissant la nature de son affliction, il s'accorda le caprice de cette immaturité. S'abandonnant contre le soutien de cet homme, solide et réconfortant.

Chie avait tendu de son côté, une main impériale et rigide à Mihari qui vint s'en saisir avec émotion ; il adressa à la noble dame un regard incrédule teinté d'une admiration sincère. Une déférence franche qui ne parvint à l'attendrir, elle se détourna abruptement. Visiblement en plein conflit intérieur, Yukimura surprit le coup d'œil incertain qu'elle eût envers son fils. En comparaison, la sentinelle de Mitsunari ne dissimulait rien de son inquiétude pour Sasuke, demeurant néanmoins prudemment en arrière. Après un accueil aussi glacial que celui que leur avait réservé le garçon, le Seigneur ne doutait pas qu'ils allaient réfléchir aux désastreuses conséquences que leur comportement avait eues sur le long terme. Lui n'était pas là pour arbitrer les faits de leur époque comme il en existait malheureusement des milliers d'autres.

Tsch.

Son compagnon continua de trembler contre lui pendant un long instant, finissant par s'apaiser alors que les silhouettes du Messager et de son vassal approchaient dans leur direction. Conscient que son ninja le ressentait, Yukimura vint caresser distraitement ses cheveux. Mince sérénité, quand le dénouement s'avérait cruellement proche. Ils avaient remporté une bataille, sans assurer complètement la victoire. Les Tokugawa ne renonceraient qu'une fois tous à terre ; résolu à ce dernier obstacle, le garçon s'échappa de son étreinte, gentiment. Se retournant vers leurs opposants qui les considéraient hautainement.

Le meneur jetant sans ménagement le corps inerte d'Anastasia que le dirigeant réceptionna aussitôt. Percevant les signes vitaux de la jeune femme, Sasuke concentra son attention sur Saizô qui se tenait au côté de l'ennemi, méconnaissable, tandis que Juzô était tenu en respect par le vassal qui le menaçait au cou de sa main nue. Le Commandant détermina rapidement que ces capacités encore méconnues devaient se révéler dramatiques en cas de tout contact. Notant mentalement d'y prendre garde lorsqu'ils se battraient au corps à corps. Si l'homme avait pris le dessus sur les trois Braves, c'est qu'il disposait d'une ressource certaine.

« Yukimura-san, Sasuke ! Paniqua le tireur en les voyant. Vous devez-

_J'espère que vous ne m'en voudrez pas, Sanada-san. Le coupa le Messager. Je me suis un peu emballé, avec vos charmants oisillons… Adorables. »

Lui dédiant son regard le plus noir, le Seigneur ne perdit pas de temps à répondre, appelant Rokurô à ses côtés. Dans un nuage de poussière, le Page posa fidèlement pied à terre devant lui. Ne protestant pas un seul instant alors qu'il lui réclamait d'emmener la manipulatrice de Glace à l'infirmerie en urgences. Qu'elle y soit soignée dans les plus brefs délais. Peu soucieux pour une fois de la sécurité de son maître, il se précipita une fois la blonde déposée dans ses bras avec soin. Disparaissant bientôt tandis que Yukimura se présentait, aux côtés de son protecteur, une main négligemment appuyée sur la poignée de son katana. Se plaçant dans un statut avantageux d'observateur faussement passif, prêt à contre-attaquer quand nécessaire.

Le Messager était sensible à ce genre de détails, tout comme Sasuke qui marmonnait déjà, face à son comportement imprudent. Conscient toutefois qu'ils ne disposaient pas de force supplémentaire, il garda les frasques de son mécontentement pour lui. Seul, il ne pouvait rien contre un tel rassemblement adverse. Juzô libéré, les choses resteraient quand même terriblement compliquées pour eux.

« Vous pouvez encore déposer les armes. Les invita d'ailleurs poliment, le meneur des Tokugawa.

_Cela vaut aussi pour vous. Rétorqua Chie sèchement, dévouée à ses devoirs de samouraï.

L'homme dédia à la femme de Kanetsugu sa plus élégante courbette.

« Vous m'affligez de vous mettre ainsi en danger pour défaire un criminel de mon rang. Assura-t-il. Je crains, ma Chère, que votre renfort ne changera pas grand-chose, à trois contre cinq.

_Qui a prétendu que nous serions trois ? » Répliqua-t-elle avec ferveur, jetant un regard provocateur évident à Mihari qui était demeuré en retrait jusqu'à maintenant.

Les yeux de noble dame semblaient dire : viens, si tu l'oses. Assume ce que tu prétends être, rend-toi cet honneur. Acquiesçant, l'espion tira élégamment son arc, les rejoignant en face de ces ex-collaborateurs, offensés par cette trahison insolente de dernière minute. Le Vassal contenant un élan brutal envers l'archer, il cracha à ses pieds odieusement. Le Messager lui ordonna d'un signe de se calmer, considérant Mihari avec un fatalisme appuyé.

« Je me doutais bien que tu tenterais de te racheter une conduite. Ne crois pas un seul instant que j'hésiterai à t'épargner lorsque tes nouveaux coéquipiers seront tous tombés, les uns après les autres.

_Pour le moment, c'est plutôt vous qui devriez vous inquiétez davantage. Lâcha Yukimura, nonchalant. Sans votre précieuse amie pour sauver vos existences, ni votre invisible animal de compagnie et deux défections à vos rangs, ce n'est plus une escouade que vous menez…

_Les temps sont un peu durs, Sanada-san. Répondit légèrement le Tokugawa. J'ai eu l'occasion malgré tout, de recruter quelques éléments prometteurs. »

Saizô à sa droite conservait son docile immobilisme, statue vivante au visage des plus austères. Juzô qui continuait de se débattre sous le joug du Vassal fût lui aussi réduit à l'état de marionnette, dans un geste précis du Messager au-dessus de sa tête. L'homme vint fermer ses yeux du bout des doigts, le maintenant au contact sous la pression de son pouvoir et figé. Un instant, avant de le relâcher soudainement. L'aîné des Dix s'effondra au sol abruptement. Lorsqu'il se releva finalement, ses traits s'étaient complètement rigidifiés ; il vint muettement à la gauche du Tokugawa, en soutien inattendu. Sasuke abandonna aussitôt dans son esprit ces plans désormais inutiles de sauvetage. La seule chose qui pourrait briser cette obéissance aveugle serait une sévère correction diplomatique. Ce qu'il allait se faire un plaisir de donner, en tant que Commandant de ces deux crétins et responsable de leur vie.

Il fût d'ailleurs le premier et le seul à bondir subitement, bravant les habituels discours interminables de convenance auxquels tenait particulièrement le Messager avant chaque confrontation. Tirant ses doubles lames, il décocha un coup de poing magistral au meneur qui recula de trois pas sous l'impact. Profitant de ce déséquilibre, Sasuke mania habilement ses jumelles compagnes, virevoltant d'un côté et d'un autre, sa main vint prendre appui sur le genou de son adversaire pour l'entraîner dans une prise acrobatique de ses jambes, roulant pour le projeter dans les airs. L'échange ayant été si bref, que les spectateurs ne réagirent enfin que lorsque le Tokugawa se releva de sa chute, les bras lacérés et riant déjà de cette initiative unilatérale.

« Sarutobi, Sarutobi… Vous êtes un phénomène, mon Ami.

_Je ne vous le demanderai qu'une fois ! Relâchez mes pairs ! Ordonna fermement le ninja, sans se démonter.

_Non. Répliqua tranquillement l'opposant, faisant signe à ses marionnettes de s'animer.

_Très bien. » Souffla-t-il, résigné.

Solidifiant sa position de garde, Sasuke contra douloureusement l'impact physique avec Juzô et Saizô qui se jetèrent sur lui. Bloquant de ses deux lames les tentatives des Braves. Percevant l'agitation certaine de ses équipiers dans son dos, il fût à peine surpris de voir soudain deux flèches ajustées repousser durement la vaillance de ses oppresseurs. Chie et Yukimura avaient eu aussi tiré leurs sabres respectifs, tenant en respect le Vassal. Ils le forçaient aux esquives, attaquant tour à tour talentueusement.

Conservant une attention sur son impétueux Seigneur, le Commandant s'élança fiévreusement sur le trio ennemi qui lui faisait face, évitant une première balle de Juzô. Connaissant les difficultés de celui-ci dans les confrontations directes, il pénétra son périmètre de sécurité, repoussant d'une lame la tentative du tireur de se protéger de son fusil. Venant au contact souplement, il frappa de sa paume solide le ventre du Brave le pliant en deux de douleur. Une vague d'énergie concentrée par Saizô le força à reculer d'un saut ample. Par-terre posant à peine un pied qu'il dût bondir à nouveau pour échapper à une déflagration du Messager cette fois. Il sentit dans son dos l'attente fourbe du ninja d'Iga, se retournant à temps afin de parer son imposante épée. Le tranchant de sa lame fine crissa sous l'effort mais tient bon malgré la différence de poids. Se défiant physiquement l'un et l'autre, Saizô brisant finalement sa défense pour élever dangereusement son arme, au-dessus de sa tête.

Mihari toucha d'une flèche le bras levé de Juzô, l'empêchant de tirer sur le garçon, quand Yukimura de son côté, déboulait avec efficacité, coupant la course du Messager dirigée aussi sur son jeune protecteur. Usant de cet avantage décisif, Sasuke prit appui sur ses deux mains pour accuser l'impact de la plante de ses pieds, repoussant violemment Mari en un geste offensive qui brisa l'équilibre de son adversaire. Se relevant dans la foulée, d'une roulade vers lui, il plongea raisonnablement une de ses lames sur son flanc, alors que sa consœur mordait sa cuisse, traçant de larges estafilades. L'interruption du Vassal qui le cibla, l'encouragea à une prudente retraite.

Ramassant une pierre au sol, Yukimura la jeta sur ce dernier, visant son visage. Mené par ses réflexes instinctifs, le Tokugawa la rattrapa à temps, considérant curieusement la nature de ce projectile. Le satisfait sourire que lui accorda le Seigneur, les yeux rivés sur la pépite d'or qui se trouvait désormais dans sa paume, répondit à son incompréhension. Haussant les épaules devant cet habile déchiffrage, le Vassal abandonna sa preuve à terre pour enlever son deuxième gant entre ses dents. Chie le surprit, en s'approchant brutalement de lui, sans crainte face à cette double menace, blessant son abdomen au passage. Les frappes de la femme étaient mesurées dans leur nombre, délivrant toutefois une force conséquente à l'impact. Son wakizashi alla saigner profondément la chair de son opposant.

Assurant ses arrières, Sasuke termina rapidement aux prises avec Saizô. Son homologue l'inquiétant, plus pour son état psychologique, que ses capacités qu'il connaissait très bien pour s'y frotter le plus souvent quatre fois par jour. Il parvenait sans difficulté à lire les mouvements du Shinobi, son hypersensibilité traçant les profils de probabilité d'existence de ses coups, lui permettant de prévoir la frappe de son ennemi. Il allait alors à choisir la meilleure réponse possible qui assurait à la fois sa défense tout en lui assurant de lancer à la suite, une attaque maîtrisée qui ne manquait pas sa cible. Juzô s'avérait un élément davantage imprévisible, le Brave tirant de loin avec une précision mortelle. Mihari venait le plus souvent lutter sur ce terrain, prenant soin à divertir suffisamment le tireur pour qu'il n'ait pas l'occasion de cibler proprement.

Sasuke ne comptait plus le nombre de fois que l'archer lui avait ainsi sauvé la mise. Quant à Chie, elle s'imposait royale face à leurs opposants. Considérant placidement les démonstrations de force du Messager dont les accumulations dangereuses de pression créaient de véritables distorsions dans les airs qu'il jetait sur eux. La malédiction de l'or ne la faisait pas plus reculer. Au point, que le jeune Commandant devait assurer la possibilité de son retrait pendant qu'elle s'acharnait sur ses adversaires. Jetant un vague coup d'œil à la plaie de son bras lorsque Juzô parvint à l'atteindre d'une balle calibrée. Personne n'osât seulement lui réclamer de s'écarter pour contenir l'hémorragie.

Lui accusa le choc d'un coup au visage porté par Saizô. Sentant son nez se replacer, quelques instants plus tard. Il le frotta brièvement pour s'élancer sur le brun, parant son épée de la main gauche, de telle sorte que Mari alla se coincer à la courbure de sa lame. Il blessa son opposant de sa jumelle agile, effectuant dans l'instant une vrille aérienne qui tordit violemment le bras du Shinobi, manquant de le casser. Assommant son concurrent de son célèbre coup de tête, il n'eût néanmoins pas l'occasion de profiter que celui-ci se trouvait au sol pour tenter de l'immobiliser. Le Messager vint à la rescousse de son allié, projetant des vagues rapides de pression en tous sens. La force dangereuse de ces créations ne pouvant être contrées, Sasuke les esquiva dans un salto avant, décidé à revenir au contact de ses adversaires. Il repoussa Saizô dans un premier temps, se tournant pour accuser la puissance offensive du meneur des Tokugawa dont l'arme hargneuse manquait à peine de panache dans les passes qu'ils échangeaient. Le Commandant parant d'un côté, pour éviter un coup de l'autre, se baissant juste à temps sous les tentatives de la droite, il se releva pour croiser de justesse le fer avec son homologue sur la gauche. Droite, gauche, droite, gauche, gauche, droite…

Yukimura vint lui prêter main forte. Surgissant dans l'instant pour bloquer solidement de son katana, une frappe méthodique de Saizô. Il força ce dernier au recul, concentrant toute sa force dans un mouvement oblique et large que le Messager accusa avec souffrance, son corps se parant d'une plaie béante sur toute sa longueur. Il n'eût pas plus le temps d'empêcher la prise du Seigneur sur sa tunique, celui-ci l'entraînant dans un mouvement de pivot pour le projeter violemment à terre en une démonstration féroce. Un spectaculaire développement qui rendit fou de rage le Vassal, ce dernier se précipitant sur le dirigeant. Jetant ses mains en avant, il s'escrima envers lui rageusement, malgré ses esquives expérimentées.

L'hypersensibilité vint hurler à Sasuke que le prochain contact serait le dernier, arguant que l'homme accuserait un mauvais déséquilibre du terrain accidenté. Faisant pleine confiance à ces probabilités, il bondit devant son Maître pour lui servir de bouclier humain à temps, précipitant une garde improvisée. La main nue du Vassal passa au travers, frôlant ses doigts qui en lâchèrent sa lame.

« Kami-sama, Sasuke ! » Hurla aussitôt Yukimura, le tirant en arrière.

En vain, il percevait avec une clarté effroyable la constitution de son corps changer : ses phalanges se rigidifiant peu à peu, alors qu'elles devenaient dorées. La raie de mutation glissa dans sa paume, jusqu'à son poignet qui se solidifia lui aussi, filant au-travers de son avant bras. Dans un réflexe uniquement guidé par les instincts les plus primaires de son âme, le Commandant leva son bras gauche encore valide, accumulant une énergie conséquente dans son geste pour trancher le droit net, au niveau du coude intacte. Serrant les dents sous la douleur, il jeta à la malédiction un regard terrorisé alors qu'elle dévorait complètement son membre sectionné, tombé à terre. La raie abominable disparût, abandonnant cette sculpture étrange.

Sasuke s'effondra brutalement, son être tremblant violemment. Il fût pris de spasmes abrupts qui se concentraient dans son moignon principalement. Retournant son estomac, il contint de justesse son malaise, s'écroulant complètement par-terre alors que la force invisible qui le secouait devenait insupportable. Le feu dans ses veines redoubla d'intensité, tandis qu'il se retenait de crier de souffrance. Inspirant laborieusement il crût sentir une démangeaison dans son bras sectionné, qui semblait remonter dans le vide. La sensation de cette excroissance qui poussait terminant de lui tirer des hauts le cœur. Il ferma les yeux, inconscient de Chie qui se trouvait à ses côtés, frottant avec inquiétude la sueur de son front.

Lorsqu'il se sentit reprendre conscience après ces dérives de quelques instants, une réplique parfaite de sa main droite le dévisageait malicieusement. La découverte le laissa ébahi, muet d'horreur face à pareille manifestation de sa régénération inhumaine. Etreint par ses peurs de l'immortalité, n'osant pas croire qu'on venait de lui arracher un bras qui s'était intégralement reconstitué à l'identique. Le sifflement admiratif émis par le Vassal devant le phénomène miraculé lui fit lever les yeux vers le Tokugawa stupéfait.

« Et bien, c'est une sacrée sanction qu'ils t'ont offert là-haut. » Ricana-t-il.

Restant impassible malgré la situation, Chie qui se tenait auprès de lui vint le redresser avec autorité, d'une prise dure n'admettant aucune révolte. Elle considéra le visage traumatisé de son fils avec sévérité, ne marquant ni pitié, ni hypocrite tentative de réconfort. Elle se releva, le tirant dans son élan.

« Debout, Sarutobi. Ordonna-t-elle froidement. Debout. »

Pantin désarticulé dans ses bras, le garçon se reprit. S'exécutant inconsciemment sous son charisme, il vacilla à peine sur ses jambes. Hébété, chassant de vigoureux mouvements de tête les pensées qui gelaient son âme d'une oppression malsaine. Comprenant qu'il s'était retrouvé la cible de toutes les attentions, allant à stopper les combats, il s'embarrassa de cette preuve criante de faiblesse dévoilée. Gardant les yeux baissés au sol, il ne réagit pas davantage à la présence discrète de Yukimura. Etranglé par une crainte que la capacité toujours plus rapide et incroyable de son don n'avait pas apaisée. S'il n'était pas, s'il ne pouvait plus… Que se passerait-il seulement si quelqu'un plantait une lame dans son cœur ?

Cette fois-ci, Mihari le bouscula sèchement. Surpris, le ninja lui adressa un regard incompréhensif. La sentinelle tira une flèche qu'elle arma, désignant du menton leurs équipiers qui se défendaient déjà contre la vélocité de Juzô et Saizô, inertes face aux événements. Se reprenant tant bien que mal, il récupéra à terre sa lame changée en or, l'effleurant avec crainte pour s'en emparer devant son apathie. Notant machinalement, le poids qui paraissait avoir doublé ainsi à comparer de son acier. Une balle du manipulateur de Fer portée à sa tête, termina de le pousser hors de ses retranchements. Il l'évita souplement, se pliant pour bondir vers le tireur qu'il écrasa sous lui efficacement. Bataillant au sol avec vivacité, Sasuke profita de son large avantage. Usant de son habileté physique pour dévier les coups précipités de son opposant, il s'assura avec application de le désarmer en quelques gestes précis. S'empressant de jeter le fusil qu'il fit glisser jusqu'à Mihari dans un coup frontal. Juzô le repoussa alors en arrière, il se laissa faire. Se redressant, il orienta dans sa main gauche sa partenaire dorée de manière non létale, la projetant avec violence contre le crâne de son adversaire. Il ne pût qu'assommer l'aîné, le sol achevant le travail lorsqu'il y chuta avec force.

Roulant en arrière, le jeune Commandant considéra l'exclamation outrée du Messager. Ce dernier ne parvenait pas à se soustraire au rythme inégal de Chie. Son Vassal tentant de le soutenir, chatouillait plus les fleurs et les pierres que ne figeait leurs ennemis pour l'éternité dans une parure parfaite. Sous ses actions, ce tableau curieux de plaines typiquement japonaises dorées par touches ponctuelles, s'étirait autour d'eux. Un artiste certain dont chacun se méfiait avec soin, échaudé par le bras sacrifié de Sasuke. Tous ne présentaient pas le moyen de récupérer un membre tranché.

Les choses évoluaient néanmoins en leur faveur, Mihari ainsi débarrassé de son concurrent, joignant leurs efforts. L'archer arrosa copieusement de pluies mortelles la zone de leurs opposants, les déplaçant par ce biais selon son bon vouloir. Il facilitait ainsi la tâche de Yukimura qui se tenait en embuscade, campant des positions pacifiques en attendant le juste moment où l'acte qu'il réaliserait s'avérait efficace. Le dirigeant et Chie vantaient les mérites de l'intervention minimum. Sasuke s'accordant celle de l'appât facile, il venait aux voisinages des Tokugawa, provoquer leurs répliques. Saizô étant toujours le plus prompt à contre-attaquer, il divertissait le brun par des acrobatiques performances, se méfiant de la vitesse de celui-ci qui le dépassait en chaque occasion, venant le cueillir au sortir d'un saut. Il devait alors réagir en conséquence, accusant parfois le caractère de Mari dont la lumière traçait d'éphémères blessures dans son corps.

Quand ils étaient trois à se déchaîner sur lui, le millimètre s'avérait déterminant. Il passait la majorité de son temps à se défendre et à esquiver, n'osant pas attaquer même couvert par trois partenaires studieux, dont la réactivité n'était plus à confirmer. Il suffisait que le ninja soit retenu par une prise adverse téméraire, pour que les flèches de Mihari ne s'abattent en nombre sur son bourreau. Son Maître et Chie se glissant aux angles morts des assaillants pour créer un véritable vent de panique, dos à dos. Rien ne résistant à l'union de leurs techniques portées au sommet. Les opposants ne pouvaient jamais que se soustraire à leurs coups. Fuir aveuglément ces monstres.

Usant de cette distraction parfaite, Sasuke concentra ses efforts sur Saizô. Entraînant son concurrent dans quelques échanges virulents contenus, il tira plusieurs armes de jet de l'épaisseur de sa tunique. Visant, au profit d'un déplacement latéral abrupt, son ennemi avec adresse. Le brun dût reculer, tombant cette fois dans le territoire de Mihari qui le força à dévier aux derniers instants. Le jeune Commandant s'était mû déjà, guettant dans son dos ce revirement de stratégie, l'y cueillit son homologue profitant de l'instant vulnérable. Se jetant sur lui, ses lames manquèrent de peu ses flancs, le ninja d'Iga s'échappa d'un pivot élégant. Il lança en réponse des arcs de lumière que le garçon esquiva, tout en continuant d'avancer sur l'ennemi. Rejoignant celui-ci pour le forcer à un échange sur courte distance. Sasuke s'accorda de se laisser entraîner par Mari, ne jouant que les proies alors que son opposant se pressait à sa hauteur pour venir l'achever. Brisant sa posture inerte, il prit de court cette démarche, utilisant une technique de Koga de gestuelle acrobatique. Tournoyant sur lui-même, il agrippait d'une main son adversaire en l'emportant avec lui. Le relâchant au juste moment, il brisa complètement l'équilibre de Saizô qui reculait sous la force maladroitement. Des Shurikens affirmés ne firent que perturber un peu plus l'instabilité du brun qui avait toutes les peines du monde à rester debout.

Une distraction certaine qui lui fît accuser douloureusement un premier coup de son homologue, aux abdominaux. Sasuke se trouvait au sein de son périmètre, suffisamment proche de lui pour cibler les points à claquer sèchement de sa main tendue. S'élevant jusqu'au ventre, pour remonter violemment le menton, son pied en profita pour faucher la cheville ennemie. Son bras gauche vint précipiter la chute du ninja d'Iga, qu'il projeta contre la carotide de son opposant sans délicatesse. Saizô alla rouler lourdement plusieurs mètres en arrière, se redressant pour tousser avec âpreté. Yukimura vint alors l'achever, maniant son sabre de son côté non-létale, il assomma efficacement le Shinobi qui retomba mollement par-terre.

« Je vais devoir sérieusement songer à diminuer leurs payes. Plaisanta légèrement le dirigeant, traînant avec lui le corps du brun pour l'emmener auprès de son camarade tout autant inerte.

_Cette lutte est vaine, rendez-vous. Releva froidement Chie, considérant le Messager comme un gosse plutôt récalcitrant désormais. Nous épargnerons vos vies. »

Le meneur des Tokugawa n'eût à cet égard qu'un soupir hautain. Se tournant vers son fidèle Vassal ; leurs regards partageant de silencieux échanges. Sasuke ne s'attendait pas à les voir emprunter ce chemin de la raison élémentaire. La fierté n'admettait que la Mort au combat, pourtant il avait perçu comme un certain relâchement progressif chez leurs opposants au sein de leurs offensives. Ils n'étaient plus que deux à essayer de renverser le cours d'une bataille dont la victoire appartenait à l'Alliance. Aussi dotés de divines puissances telles qu'ils y prétendaient, les Sanctions n'étaient pas invincibles. En s'entêtant, ils ne faisaient qu'avancer à grands pas vers leurs fins et ils en avaient aussi consciences qu'eux : ce sacrifice n'en valait pas la peine. Une vérité que le Commandant vit s'installer sur leurs visages résolus.

Ils allaient fuir.

« Courrez ! »

Réagissant immédiatement, il se jeta vers les corps inconscients de Saizô et Juzô, pour les charger sur ses épaules. Le Vassal avait déjà relâché toute la force de son pouvoir, enfonçant ses mains nues dans le sol. La terre se changea, mutant alors qu'une vague dorée se créait aux pieds des Tokugawa pour s'étendre avec rapidité devant eux. Transformant progressivement toute la constitution des plaines en or, se dirigeant droit sur eux. Comprenant maintenant les intentions de Sasuke, Yukimura vint le décharger d'un des Braves, alors qu'ils courraient vers la forteresse, la raie dangereuse filant dans leurs dos. Menaçant de les toucher comme elle changeait tout ce qui se trouvait au contact de la cible initiale : la terre. Semblable à une épidémie, cette propagation titanesque tint bon jusqu'à proximité des remparts où elle cessa finalement, s'épuisant face aux quantités astronomiques à recouvrir de son panache.

Lorsqu'ils se retournèrent, le Messager et le Vassal avaient disparu.


Je dédie ce chapitre à ma saison favorite qui s'étiole gentiment : l'hiver.

Je cours après le temps en ce moment. Tout se déroule comme dans les jeux vidéos : plus on monte de niveaux, moins on a de temps pour les faire. Mais je vais survivre, puisque je suis déterminée à y parvenir.

Heureusement que cette histoire est terminée depuis longtemps en tout cas.

Gratter le papier ça demande des heures.


Brave10 et Brave10Spiral sont la propriété de Kairi Shimotsuki.
Cette fiction reprend le cours de l'histoire à partir du tome 3 de Brave10Spiral.