Bêta : Nanola
NDA : je vous rappelle que les personnages de cette histoire ne sont que des êtres humains (bon ok, des êtres humains magiques dont beaucoup ont un problème de pilosité excessive) alors que ceux qui n'ont jamais commis la moindre erreur leur jettent la première pierre... Bonne lecture !
Chapitre 22
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Un samedi soir sur la plage
L'un des chapitres les plus étonnants de notre histoire qui concerne les Monoïques, fut la création du Temple unique, à Helga. Comme dit précédemment, les Monoïques jouissaient dans ce Royaume d'un attrait et d'un respect qu'ils n'avaient pas ailleurs, notamment dans le Royaume de Serpentard. Les jeunes garçons étaient déjà regroupés dans une grande bâtisse, non loin du palais impérial de la Reine Poufsouffle.
Après la signature du Traité de paix, celui afférant au statut des Monoïques déclara que cet endroit deviendrait un grand Temple où chaque enfant déclaré Monoïque dans l'ensemble du Monde Libre devrait être élevé.
Cette décision fut plutôt bien accueillie par l'ensemble de la population, en dehors de certains seigneurs de Serpentard qui voyaient d'un mauvais œil leur harem de jeunes garçons démantelé.
Pourtant, Zmeï lui-même fut intraitable sur le sujet, pourchassant et punissant chacun dans son royaume qui défierait cette nouvelle loi impériale. Toute personne cachant des esclaves Monoïques fut traquée sans pitié et exécutée par le roi lui-même.
Il étouffa de la même façon tout signe de révolte face au deuxième grand changement que connut l'Empire vis à vis des Monoïques.
En effet, les Monoïques étaient non seulement dorénavant élevés par leurs paires et cachés au reste du monde, mais ils ne seraient présentés aux hommes, une fois prêts, qu'à certaines occasions, et seraient désormais libres de choisir librement leur époux. Ces occasions prirent le nom de « Présentation ».
« L'histoire du Monde Libre » - Chapitre 5 – Iason Werner
... ... ...
Les jeunes Lycanthropes riaient et parlaient fort, tous assis sur de vieilles couvertures posées sur le sable. Le feu de camp brûlait avec entrain, éclairant les visages juvéniles et la nourriture disposée tout autour, à même le sol.
Draco était pour sa part sagement installé, calme et attentif à ce qui l'entourait. Olivier était à sa droite et Harry à sa gauche. Le fils de l'Alpha lui avait semblé plus que contrarié à son arrivé. Draco en avait été blessé avant de comprendre que ce qui contrariait Harry était la main d'Olivier sur la sienne.
Il en avait été très soulagé et avait tenté, à la surprise générale, de faire un fin sourire au mâle en s'approchant de lui. Alors que le brun le prenait dans ses bras, Draco avait humé un parfum pour le moins surprenant. Les deux dominants qui se faisaient face, à savoir Harry et Olivier, dégageaient une odeur masculine puissante. Ils s'étaient jaugés du regard et, en silence, avaient convenu que Draco se mettrait entre eux.
Tout en mâchonnant son poisson grillé, Draco avait compris que cette odeur était celle de la concurrence entre eux, de la compétition. Et aussi de l'attrait sexuel qu'ils éprouvaient pour lui. Il reconnaissait l'odeur et la lueur de la luxure chez un mâle, mais là, c'était différent. Plus respectueux avait réalisé le jeune soumis.
Les autres jeunes s'étaient présentés à lui, même s'ils en connaissaient déjà plusieurs dont Ron et Hermione, les meilleurs amis de Harry, ainsi que Lavande et Lancey. Il y avait aussi la jeune sœur de Ron, Ginny. Cette dernière lui avait jeté un regard peu engageant, empli d'un sentiment que Draco eut du mal à identifier. Pourtant, alors que les rires et les plaisanteries allaient bon train et que la soirée était plus qu'avancée, Draco avait là encore compris de quoi il s'agissait. La jalousie. La jeune louve nourrissait des sentiments pour Harry, voués à l'échec au vu de ses préférences sexuelles. Draco s'étonna que Ginny ne l'ait, a priori, toujours pas admis.
Ils étaient une quinzaine et c'était lui le plus jeune. Tous les autres étaient majeurs. Lancey draguait ouvertement Lavande qui en paraissait à la fois exaspérée et flattée. Alors qu'il respirait discrètement l'air, Draco remarqua alors une chose qui lui avait échappée jusqu'à présent. Tous étaient sexuellement matures. Y compris les femelles. Il n'y avait pas de mâle soumis en dehors de lui.
Le jeune garçon reposa son poisson dans son bol en bois, l'appétit coupé. Comme lui avaient dit Charlie, Harry et Ayase, lui aussi était sexuellement mature, bien contre son gré. Il jeta des coups d'œil discrets à chaque Lycanthrope. Il était certain que Hermione était très consentante avec Ron. Katie semblait en pâmoison devant Seamus. Les autres étaient célibataires mais avaient déjà eu des relations intimes.
« Tu te sens bien, Draco ? tu es tout pâle, » l'interrogea Harry en posa sa main sur celle du plus jeune.
« Oui, oui, ça va, » répondit Draco en tentant une nouvelle fois de faire un semblant de sourire.
« Tu en es sûr ? » renchérit Olivier. « Tu as froid peut-être ? »
Sans attendre de réponse, il sortit du sac de Draco son gros pull et, à l'horreur de ce dernier, son bonnet.
« Tiens, couvre-toi, si jamais tu tombes malade, Ayase me pendra par les tripes. »
« Il est hors de question que je mette ce bonnet ! » s'écria Draco.
« Hou, mais pourtant tu serais adorable avec ça sur la tête, louveteau ! » se moqua aussitôt Lancey.
« Hooper, ta peut-être future petite-amie ne semble pas apprécier que tu sois si près de l'Oméga, » lança innocemment Harry, faisant bondir l'autre mâle vers la jeune femelle, surprise.
« Merci, Harry, » souffla Draco.
« De rien. Tu veux un peu de lait chaud ? »
« Non, ça va, je vous assure, je n'ai pas froid, » persista Draco d'une voix douce.
Les deux autres Loups-garous le regardaient et il ne put s'empêcher de battre un peu des cils, charmeur. Les mâles lui firent un grand sourire avant de retourner à la conversation qui se tenait avec les autres.
Draco sentait Compagnon-Loup frémir de plaisir. Il était plus qu'heureux de l'attention des deux dominants, il avait envie de parader, de faire le beau devant eux, de les séduire.
Mais le garçon, lui, était prudent. En dehors du fait qu'il n'avait aucune, mais alors aucune envie de revivre un accouplement, il ne voulait pas décevoir ses tuteurs.
Depuis son arrivée, il avait fait particulièrement attention à ses faits et gestes, ainsi qu'à sa façon de s'exprimer. Ayase le voulait distingué, élégant, digne d'un Monoïque, il essayait donc de faire au mieux.
Le regard lourd d'un mâle blond, un certain Ritchie qui travaillait aux champs avec Olivier, lui fit lever la tête. Un petit frisson le parcourut aussitôt face aux iris bleus qui le scrutaient une nouvelle fois.
« Draco, mets ton pull, vraiment, » insista Olivier.
Le petit Oméga poussa un soupir tout en obéissant au dominant. Il ne voulait pas lui avouer qu'il n'avait pas froid, du moins pas vraiment, mais qu'il n'aimait pas du tout la façon dont Ritchie le regardait. Si Harry et Olivier étaient prévenants, tentant de faire au mieux pour lui plaire, Ritchie, lui, ne lui avait pas adressé la parole. Il se contentait de le dévorer du regard d'une façon qui rappelait bien trop Daniel et les autres mâles de son ancienne meute au louveteau.
« Allez, on fait une course ? » lança Angelina, une jeune louve à la peau brune. « Où sont les dominants ? Ils dorment ou ils cuvent ? » ajouta-elle, narquoise.
Aussitôt les mâles grognèrent en se mettant debout, paradant.
« Homme ou loup ? » demanda Dean, qui était le demi-frère d'Angelina si Draco avait bien tout compris... à moins qu'ils ne soient cousins ?
« Loup ! » s'écria Alicia en battant des mains. « Pour la course, loup, évidemment ! Et ensuite il faudra faire une lutte ! »
« Quelle sera la récompense ? » demanda aussitôt Lancey en passant son bras autour du cou de Lavande qui le repoussa en soupirant, les yeux au ciel.
« Un baiser pour le vainqueur et un gage pour le perdant, » décréta aussitôt Ginny. « Et les mâles combattent par trio, c'est bien plus drôle ! »
Les femelles se mirent à rire, tout en s'attroupant vers le feu, les mâles eux, qui enlevaient leur chemise, faisaient rouler leurs muscles pour les impressionner.
Draco ouvrit de grands yeux, éberlué. Les hommes lui faisaient penser à des paons en pleine cour, quant aux femelles... plus à des pintades. Hermione lui sourit tout en lui faisant de grands gestes de la main, l'invitant à se joindre à elles. Draco se mordit la lèvre, honteux de ses pensées peu charitables. Il se leva afin de se mettre aux côtés de la brunette.
« Pourquoi êtes-vous aussi enthousiastes ? » demanda-t-il doucement.
Cette phrase anodine déclencha d'autres rires, tant chez les filles que chez les garçons.
« C'est un jeu, voyons, » fit Ginny. « Nous nous amusons souvent à cela. »
« Mais pourquoi ce sont les dominants qui jouent ? Pourquoi pas nous ? »
La jeune fille rousse le regarda, étonnée, avant de reprendre.
« C'est vrai, tu n'es pas un Lycanthrope de naissance, c'est pour cela. C'est un jeu de dominants, Draco, tous les louveteaux font cela. Ils combattent entre eux, c'est une façon pour eux d'évaluer leur force, de montrer leur valeur. C'est une sorte d'entraînement à leur vie. Quand un dominant veut prendre une compagne c'est de cette façon qu'il peut le faire, ou dans certaines meutes, pour devenir l'Alpha. »
Draco étudia les mâles qui ricanaient tout en se dénudant totalement. Le jeune homme rougit, détournant les yeux alors que Harry et Olivier, aussi nus que le jour de leur naissance, se lançaient des coups de poings amicaux sur le torse. Son cœur se mit à battre la chamade, une chaleur étrange envahit son ventre. Sans le vouloir, ses yeux avaient détaillé le corps des deux hommes, notamment leur pénis qui pendait entre leurs cuisses musclées. Oh, par la Reine, il était fou !
« Eh bien, Draco, on dirait que la vision des mâles te fait de l'effet ? » le taquina Hermione.
« Non, non ! » protesta aussitôt l'Oméga, mal à l'aise. « Non, pas du tout ! »
« Oh, allez, tu peux bien l'avouer, nous aussi on en profite pour regarder les dominants, c'est bien normal, » fit Katie. « Il n'y a vraiment pas de mal à ça. »
« Oui, c'est naturel, » renchérit Ginny. « C'est vrai que Lancey est bien membré, Lavande, tu devrais accepter de sortir avec lui, sincèrement. »
« Je ne choisirai pas mon mâle selon la grosseur de son pénis mais uniquement par rapport à sa vaillance ! » claironna Lavande, faisant se retourner les hommes vers les jeunes filles. « Je ne veux plus simplement m'amuser ! Le prochain mâle, je veux qu'il soit mon compagnon, alors il doit me démonter sa force, sa dominance, me prouver qu'il sera capable d'assurer ma protection et celle de nos louveteaux ! »
Une aura parcouru le rang des dominants, pleine de fougue, animale. Draco comprit que Lavande venait de mettre le prochain jeu à un tout autre niveau. La femelle venait clairement d'annoncer qu'elle voulait être mise en compagnonnage, s'accoupler en vue d'une union. La guerre entre les mâles allait s'annoncer pour la remporter.
Est-ce qu'ils allaient se battre ici ?
Une onde de peur traversa Draco tandis que Ritchie s'avançait vers lui, laissant libre court à son aura de domination.
« Et toi, Oméga, veux-tu aussi que nous te prouvions notre dominance ? » gronda-t-il.
« Non, non, moi je ne veux rien, laissez-moi, » gémit Draco en se cramponnant à Hermione.
Tous les jeunes Lycanthropes sentirent ses effluves de peur, sa détresse.
« Draco, calme-toi, il n'y a pas de danger, » le rassura gentiment Ginny en passant une main dans ses cheveux blonds.
Le petit Oméga la dévisagea, perdu. Il savait qu'elle était jalouse de l'attention que lui portait Harry, pourtant, elle n'hésitait pas à se montrer gentille avec lui. Alors qu'il pensait à Harry, Draco enfouit son nez dans le cou de Hermione qui lui caressait le dos.
« Draco ? » questionna la jeune fille, inquiète, alors qu'elle sentait le corps du garçon trembler sous ses doigts.
« Je ne veux pas que les mâles se battent ! Pourquoi se battre ? Je ne veux pas, quand les mâles se battent, ensuite il arrive toujours du malheur, et moi, je ne veux pas qu'on me touche ! »
Une main se posa sur sa nuque, avec douceur, tandis qu'une aura puissante mais bienveillante l'englobait tout entier.
« Draco, calme-toi, personne ne va se battre. C'est un jeu, juste un jeu. Lavande vient de nous apprendre qu'elle souhaite s'unir mais ce n'est pas pour autant que l'on va se battre. Les mâles intéressés vont pouvoir la courtiser en sachant de quoi il retourne, c'est tout. Je sais que tu as peur, mais ici tu es en sécurité, il n'y aura pas de violence, ni contre toi, ni contre aucune femelle, je te le promets. »
La voix grave, chaude et rassurante de Harry fit frissonner l'Oméga tandis que la main ferme le rassérénait autant que les paroles.
« Draco, regarde-moi, » insista le dominant.
« Non, je ne veux pas te voir nu, » souffla Draco, le nez toujours dans le cou de Hermione.
« Draco, il n'y a vraiment pas de mal à nous voir nus, » intervint à son tour Ron qui s'était installé derrière sa petite-amie. « Nous sommes des Lycanthropes, c'est dans notre nature d'être nus, de se voir nus. La nudité est naturelle pour nous. Il n'y a rien de sexuel là-dedans, je t'assure. Être nu ne signifie pas que nous allons nous toucher, tu comprends ? »
« Oui, » murmura Draco.
Le silence s'installa sur la plage avant qu'il ne reprenne.
« Avant, quand j'étais humain, j'étais très pudique. Nous l'étions tous. Et puis après, avec mon ancienne meute, nous étions souvent nus. Mais... » Ses doigts se crispèrent autour de la taille de la jeune fille. « Mais souvent... souvent les dominants... et mes sœurs et moi, alors, on ne voulait pas mais on avait pas le choix et... »
« C'est fini, Draco, c'est fini, plus personne ne te fera du mal. Regarde-nous, » reprit Harry en poursuivant le massage de la nuque gracile.
Petit à petit, le nez de Draco se dévoila, sa tête se tourna vers le mâle qui l'appelait. Il constata alors que tous le regardaient, un air plus ou moins peiné sur le visage.
Harry fit un petit geste, les dominants avancèrent, lentement, s'attroupant autour des femelles et de l'Oméga.
« Montrez-lui, » ordonna le mâle brun.
Les jeunes filles commencèrent elles-aussi à se dévêtir tandis que les dominants, eux, s'asseyaient dans le sable. Bientôt, tous furent nus à part lui, Hermione ayant finalement réussi à se détacher de l'adolescent pour se blottir à son tour dans les bras de son petit-ami.
« Regarde, Draco, » fit Harry.
Garçons et filles étaient côtes à côtes, certains très près, d'autres plus éloignés. Katie vint frotter son nez contre Dean, Angelina laissa Lancey lui caresser le bas des reins, Ritchie prit Ginny sur ses genoux. Puis les personnes changèrent de place, chacun touchant son voisin, sans crainte ni tension.
Draco se détendit un peu. Les seules très légères effluves de désir provenaient des couples déjà formés constata-t-il, il y en avait aussi entre Lancey et Lavande, ainsi que provenant de Harry, Olivier et Ritchie envers lui. Mais il n'y avait pas de danger lui souffla son instinct.
« Tu vois, tout va bien, » dit à son tour Olivier en s'approchant de lui.
Le dominant posa sa main sur le bras du jeune homme qui ne put toutefois se retenir de sursauter au contact.
« Nous allons jouer, comme nous le faisons depuis des années, comme font tous les jeunes Lycanthropes depuis que notre race existe. C'est tout. Si des couples veulent ensuite s'aimer, cela ne regardera qu'eux. Mais toi, Draco, tu es intouchable, nous le savons. Parce que tu es un Oméga, un Oméga bien jeune encore, personne ne te touchera de cette façon-là à part ton compagnon le jour où tu seras lié. Pas avant, » le rassura Olivier.
Draco cligna des yeux. Il n'avait pas le courage d'affirmer une nouvelle fois qu'il ne voulait plus jamais de mâle et qu'il refuserait tout compagnon. Parce qu'il savait, en son for intérieur, que cela ne serait pas possible.
C'était ce que sa partie lupine voulait, ce que le loup en lui réclamait. Et il avait compris que, tôt ou tard, Compagnon-Loup gagnerait. Il n'avait qu'à se rendre compte à quel point ce dernier était satisfait de l'attention que les trois dominants lui portaient, la façon dont il avait envie de leur montrer sa gorge, son ventre, de les laisser le caresser, le soumettre.
L'Oméga soupira en fermant ses yeux.
« Bien, on commence ? » lança alors Hooper d'une voix claire. « J'ai envie de montrer ma vaillance ! Qui veut faire une course avec moi ? Dean ? Si je gagne, tu me devras un baiser, Lavande ! »
Les autres Lycanthropes se mirent à rire, la bonne humeur revint en force alors que les cris de joie et d'encouragement fusaient.
Draco resta sagement assis sur le sable en compagnie des femelles, admirant peu à peu le spectacle des mâles qui couraient, luttaient entre eux, tant sous leur forme humaine que lupine dont ils passaient de l'une à l'autre. Il se surprit à applaudir lui aussi, à rire. Effectivement, même si les hommes se mesuraient les uns aux autres, cela n'avait rien à voir avec ce qu'il avait connu dans le passé.
À chaque fois que l'un d'eux était vainqueur d'une lutte ou d'une course, il venait quémander un baiser à une louve.
Draco sentit son cœur battre alors que Harry gagnait une autre course. Il était rapide, très rapide, et le garçon blond se rendit vite compte qu'il n'avait d'yeux que pour ce mâle-là.
Comme pris d'un accord tacite, personne ne vint réclamer ses lèvres. Ni Harry, ni un autre. Draco remarqua également, avec une étrange joie dans la poitrine, que si personne ne venait l'embrasser, Harry, lui, n'embrassait personne.
Bien plus tard dans la nuit, Olivier le raccompagna chez lui, main dans la main. Draco ne parla pas beaucoup durant le trajet mais il dit bonne nuit au dominant en le gratifiant d'un baiser sur la joue.
Alors qu'il se couchait dans son lit, Draco repensa à cette étrange soirée. Il l'avait aimée, cela était certain. Sa partie lycanthrope l'avait adorée, tout simplement. Pourtant, il s'avoua péniblement, alors que le sommeil le saisissait, qu'elle aurait pu être bien plus agréable si les mâles l'avaient embrassé, lui aussi... ou tout du moins, un mâle.
… … …
Le réveil du lendemain fut difficile pour l'Oméga, néanmoins il n'avait pas le choix. Comme Ayase lui répétait, ils étaient attendus pour déjeuner chez les Weasley. Le Monoïque l'inspecta sous toutes les coutures et lui demanda au moins vingt fois les détails de sa soirée, histoire d'être certain que le plus jeune s'était convenablement tenu. Il coiffa longuement les cheveux blonds de son protégé et lui refit consciencieusement ses tresses, lui arrachant des petites grimaces de douleur au passage.
Enfin, toute la famille se dirigea vers la demeure biscornue de Molly et Arthur Weasley.
Draco était légèrement inquiet. Il connaissait déjà tous les membres de cette famille, du moins ceux vivants dans la meute, mais n'en restait pas moins tendu. Après tout, c'était une réunion de famille, avait-il réellement le droit d'être là ? Il n'était pas le fils de Charlie et d'Ayase. Bien qu'Asami lui donnait la main en babillant, le jeune Loup-garou n'était pas serein.
Toutes ses interrogations s'envolèrent à l'instant même où la porte d'entrée s'ouvrit, révélant Molly Weasley. Asami lui sauta dans les bras, sa grand-mère l'embrassa chaleureusement avant de faire de même avec le jeune garçon blond.
Le dîner se passa dans la bonne humeur, Draco retrouvant avec joie Ron, Ginny et Hermione, également présente.
Après le thé ou le café, Draco se retrouva avec Molly et Ayase dans la cuisine, tous les autres ayant décidé de s'échapper dans le jardin.
« Alors, comment te sens-tu, Aya' ? » demanda soudain Molly tandis qu'elle essuyait sa vaisselle.
Draco l'aidait dans sa tâche pendant que l'autre Oméga rangeait la vaisselle propre. Le visage de ce dernier se rembrunit aussitôt à la question pourtant d'allure innocente de sa belle-mère.
« Toujours pareil, » finit-il par répondre du bout des lèvres.
« Comment ? Mais c'est impensable tout ça. Je sais que tu ne le souhaites pas mais si rien n'évolue, j'irai parler avec mon imbécile de fils ! »
Draco sursauta face au ton et aux mots employés. Visiblement, quelque chose lui échappait. Il jeta un rapide coup d'œil à Ayase, plus sombre que jamais.
« Molly, non, je veux régler ce problème avec mon époux moi-même. »
« Je sais, mais regarde-toi, tu dépéris ! Je suis une femme et une mère, si tu peux tromper d'autres personnes, moi non ! »
« Ayase, tu es malade ? » s'écria aussitôt Draco, inquiet pour son ami.
« Malade ? Non, pas du tout, » sourit doucement l'Oméga brun.
Devant l'air interrogatif de Draco, il poursuivit.
« Nous parlons du bébé que Charlie me refuse. »
« Oh ! »
« C'est ridicule. Charlie est aussi têtu qu'une mule avec ça. Ayase, mon grand, tu dois vraiment user et abuser de tes atouts si tu veux le faire céder, » poursuivit Molly.
« Charlie a dit que les grossesses sont dangereuses, » intervint alors Draco, se souvenant de la discussion du Bêta dans la forêt.
Molly se mit à rire, le surprenant.
« Dangereuses ? C'est bien d'un dominant comme Charlie pour dire de telles idioties. »
« Ce n'est pas dangereux ? » répéta Draco, les yeux écarquillés.
« Non, pas du tout, » continua Molly en souriant.
Elle soupira et, reposant son torchon, elle s'assit sur une chaise autour de la longue table en bois, invitant Draco et Ayase à faire de même.
« Draco, tu es très jeune et tu n'es pas né Lycanthrope, je vais donc t'expliquer ce que nous nous enseignons, nous femelles, de générations en générations. Porter la vie fait partie de notre nature, nous sommes nées pour ça. »
Le garçon se renfrogna aussitôt mais la main de Molly se posa avec bienveillance sur la sienne.
« Cela ne signifie en rien que nous ne sommes bonnes qu'à cela, seulement que c'est notre rôle, nous seules pouvons le faire, pas les hommes. Comme tout être vivant, notamment les humains, tomber enceinte n'est pas toujours évident. Cela dépend des femmes. Enfin, je devrais dire des individus puisque c'est le cas aussi des Monoïques et des Omégas. Certains, comme moi, avons la chance de tomber enceintes rapidement, d'autres non. »
Elle jeta un regard attristé vers Ayase dont le visage pâlit un peu.
« C'est de même pour les grossesses. Certains ont plus de mal que d'autres à les mener à terme. En ce qui concerne notre espèce, le plus difficile reste la première pleine lune et donc, la première transformation in utero. Parfois, l'embryon n'y survit pas. Mais s'il le fait, alors les autres transformations se feront sans problème. Par contre, nos dominants sont très craintifs vis à vis de la maternité. Plus que les Hommes ou les Mages. »
« Pourquoi ? » demanda aussitôt Draco avec curiosité.
« À cause de nos instincts lupins, certainement. Les dominants se sentent investis d'une tâche, d'une mission, celle de nous protéger et de protéger leurs louveteaux. Cela passe aussi par le fait de pouvoir subvenir à nos besoins. C'est viscéral pour eux, plus que pour les autres espèces humanoïdes. Alors ils craignent pour notre santé lorsque nous sommes enceintes et ils ont peur d'avoir beaucoup d'enfants car ils angoissent à l'idée de ne pouvoir les nourrir. C'est sans doute compréhensible dans de petites meutes, mais pas dans la nôtre ! Pourtant, tous les mâles dominants sont ainsi. Atrocement frileux. »
« Pourtant, vous avez eux sept enfants ! » s'exclama Draco.
« C'est vrai, » se rengorgea immédiatement Molly. « Je fais figure d'exception, mais comme je te le disais, je porte très facilement les enfants, je n'en ai perdu aucun et suis tombée enceinte dès que je le voulais. Quant à Arthur, lui aussi fait figure d'exception parmi les dominants. Il n'a jamais eu les craintes habituelles des autres dominants. Il faut croire que Charlie les a toutes prises à son compte, » rajouta-t-elle, un peu amère.
« J'essaye et je finirai bien par le faire changer d'avis, » fit alors Ayase.
« Je l'espère, sincèrement. Je vois bien que tu es malheureux de ne pas pouvoir avoir un autre enfant, » soupira Molly. « Et c'est si difficile pour toi de les porter, c'est pour cela que Charlie est si réticent. »
Draco nota sans peine la lueur blessée dans les prunelles de l'autre Oméga. Son cœur se serra à cette vision. Visiblement, Ayase prenait les paroles de Molly comme des reproches, chose dont la femme ne semblait pas s'apercevoir.
« Charlie finira par comprendre, » dit-il dans un murmure étranglé.
« Nous verrons bien, » déclara Molly en se redressant. « Par la lune, les dominants peuvent être si stupides par moment ! Je ne vais pas te dire comment gérer ton couple, Ayase, mais enfin, tu es un Monoïque, un soumis, fais ce que nous savons le mieux faire ! Amadoue-le ! C'est incompréhensible qu'il te résiste aussi longtemps ! »
« Charlie n'est pas qu'un simple dominant, » tenta de protester Ayase. « C'est le Bêta ! Il n'est pas aussi facile que ça de le manœuvrer. »
Molly haussa les épaules, peu convaincue.
« Certes, ou alors tu t'y prends mal, » assena-t-elle. « Enfin, j'espère que d'ici le solstice d'hiver, tu seras gros, » termina-t-elle en retournant à sa vaisselle.
Draco eut un immense élan de compassion envers Ayase dont les yeux bruns s'étaient dangereusement mis à briller.
« Moi aussi, » dit pourtant l'Oméga en se redressant à son tour et en quittant la pièce.
Draco se leva également, cherchant à le poursuivre dans le jardin, mais il fut devancé par Charlie qui avait dû sentir que son compagnon avait besoin de lui. Le mâle roux prit Ayase dans ses bras, lui chuchotant à l'oreille des paroles que Draco n'entendit pas. Ne voulant pas être indiscret, il préféra retrouver Ron, Hermione et Ginny, qui discutaient à l'ombre d'un prunier.
Sans surprise, leur discussion reprenait une nouvelle fois l'information qui tournait en boucle dans la meute depuis l'aube, à savoir que Lavande Brown avait demandé à être officiellement unie.
Cela avait déjà été un sujet de palabre au dîner et Draco n'avait pas tout compris. Ne voulant pas passer pour un ignare complet, il avait préféré écouter mais, là, n'y tenant plus, il osa enfin parler.
« Pourquoi les choses sont-elles si différentes ? »
« Comment cela ? » demanda Ron.
« Eh bien, Lavande a déjà eu, enfin, vous savez quoi, » rougit Draco.
« Des amants, oui, » sourit Hermione.
« Oui, alors en quoi est-ce différent ? »
Les trois jeunes Lycanthropes se regardèrent brièvement avant de répondre.
« Nous ne savons pas comment cela fonctionne chez les simples humains, » expliqua Hermione. « Nous sommes tous nés Loups-garous, mais pour nous, quand nous devenons pubères, nous sommes très libres. Nous pouvons avoir des relations sexuelles avec qui nous le souhaitons tant que nous ne sommes pas unis. Certains ne se privent pas, d'autres préfèrent ne rien faire. En fait, s'accoupler ainsi ne veut rien dire, ce n'est pas parce que nous avons un amant que nous sommes unis, tu comprends ? »
« Oui, je pense. »
« Par contre, il est important que nous ne tombions pas enceintes, » poursuivit la jeune fille. « C'est pour cette raison que, mâle comme femelle, nous faisons très attention à ce que cela n'arrive pas. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu'alors le couple sera obligé de s'unir pour élever le bébé, c'est évident, » se récria Ginny. « Un louveteau doit avoir des parents, c'est impensable autrement dans une meute de Lycanthropes. »
Draco fronça les sourcils.
« Alors, quand nous sommes enceints, le père du bébé devient notre compagnon ? »
« Oui, » répondit de nouveau Hermione. « Notre partie lupine reconnaît de suite le père de l'enfant et elle considère dès cet instant le mâle comme son compagnon légitime. L'union est alors inévitable. »
Draco déglutit en baissant les yeux. Il comprenait d'un coup bien mieux ses réactions vis à vis de Greyback, quant bien même cela le dégoûtait toujours.
Hermione jeta un coup d'œil à Ron et Ginny, étonnée de sentir la vague de malaise chez l'Oméga. Le jeune Loup-garou ne s'en rendait probablement pas compte, mais il appelait un mâle dominant à ses côtés. Pour quelle raison ?
Ron, sans pouvoir s'en empêcher, se rapprocha du plus jeune puis sa main se posa fermement sur la nuque blanche, incitant ainsi l'adolescent à refréner ses sinistres pensées.
« Et ensuite ? » reprit Draco.
« Disons qu'un jour ou l'autre, nous désirons être unis. Il n'y a pas d'âge précis, pour certains ça peut-être très tôt, pour d'autres plus tard. Mais en tout état de cause, à notre vingt-sixième anniversaire, tous les soumis ou les femelles doivent être unis. Si nous ne l'avons pas décidé avant, c'est notre Alpha qui prendra toutes décisions à notre place pour le faire. »
Hermione s'arrêta afin de laisser à Draco le temps d'assimiler ses paroles. Voyant que le petit mâle était toujours aussi attentif, elle continua.
« Que nous soyons mâle ou femelle, dominant ou soumis, nous pouvons à tout moment demander à être unis. Les mâles dominants peuvent réclamer un soumis et les soumis se déclarer être disponibles. »
« Un soumis ne peut pas réclamer un dominant ? » demanda Draco.
La jeune fille brune sourit d'un air entendu, faisant rosir légèrement les joues de l'Oméga.
« Non, cela ne marche pas comme cela. Tout ce que nous pouvons faire, en tant que soumis, c'est nous déclarer accessible, prêts pour l'union. Et espérer que le mâle qui nous intéresse se manifestera, » termina-t-elle en jetant une œillade enamourée vers le grand dominant roux à ses côtés.
« Et il se passe quoi, une fois que le soumis ou le dominant a fait sa demande ? »
« Dans les deux cas, la cour commence, » expliqua à son tour Ron tout en caressant les cheveux ébouriffés de la femelle brune de son autre main. « Tous les mâles libres et intéressés peuvent bien sûr participer. La cour s'arrête au plus tard lors du solstice le plus éloigné de la demande, avec un délai minimum de trois mois. Dans le cas de Lavande, par exemple, ce sera le solstice d'hiver, parce que celui d'été est trop tôt. Avant cette date, elle devra choisir un mâle qui l'aura courtisée. »
« Et si c'est le dominant qui fait la demande ? »
« C'est pareil, » assura Ron.
Draco cligna un peu des yeux avant que ceux-ci s'éclairent d'une lueur de joie.
« Alors cela veut dire que le soumis a le choix ? Il a le droit de refuser un mâle qui l'a réclamé ? »
« Oui, bien sûr, » déclara Ginny, étonnée. « La seule contraire reste qu'il devra forcément s'unir avant le solstice concerné, c'est tout, avec le mâle qui l'aura réclamé ou un autre qui se sera manifesté. Même s'il n'avait pas envie, à la base, de s'unir si vite. »
Draco se rembrunit aussitôt.
« Et c'est à partir de quand qu'un soumis peut être réclamé ? »
« À partir de la fin totale de sa puberté, c'est à dire vers dix-neuf, vingt ans, » reprit Ron. « Parfois, certains soumis sont réclamés avant, à leur majorité, c'est à dire dix-huit ans, mais c'est très rare. Dans notre meute en tout cas, Gideon a toujours refusé. »
« D'accord, » fit Draco avec comme du soulagement dans la voix. « Et si personne ne veut du soumis ? »
« Si personne dans la meute ne veut du soumis ou de la femelle, car nous sommes bien d'accord que les femelles dominantes sont dans ce cas considérées comme un soumis, ou si le soumis ne veut pas s'unir avec un membre de sa meute, il profite du solstice pour prétendre à un dominant d'une autre meute, » expliqua de nouveau Hermione. « Il a dans ce cas jusqu'au solstice suivant pour trouver un mâle. »
« Mais si personne ne veut du soumis ou de la femelle, nulle part ? » insista Draco.
« Cela ne s'est encore jamais produit, » fit Ron, pensif. « Et quand bien même, dans ce cas l'Alpha de la meute d'appartenance décidera de l'unir à un mâle, consentant ou pas, de sa meute ou d'une autre avec l'accord de l'autre Alpha. C'est ce que mon oncle m'avait expliqué, une fois. La question s'était posée pour une jeune louve du territoire de Serdaigle. Elle avait refusé tous les mâles de toutes les meutes qui s'étaient présentées. Il ne lui restait plus que deux semaines avant le solstice, mais finalement, elle a choisi un mâle d'une petite meute familiale nomade. »
« Pourquoi tu veux savoir tout ça, Draco ? » l'interrogea à son tour Ginny. « De toute façon, cela ne te concerne pas. »
« Comment cela ? » s'exclama Draco, surpris.
Le regard noir de Ron envers sa sœur le mit très mal à l'aise et une étrange boule trouva sa place au fond de son estomac. Il avait espéré avoir un peu de répit d'ici à son vingtième anniversaire, soit encore plus de quatre ans puisqu'il allait fêter ses seize ans. Quatre ans, c'était bien long dans son esprit, cela lui laisserait le temps de s'habituer à sa nouvelle vie, à la meute, voir même d'essayer de plaider sa cause pour qu'aucun mâle ne le réclame avant ses vingt-six ans !
« Tu es un Oméga ! » s'écria Ginny, faisant fi de l'avertissement silencieux de son frère. Elle leva les yeux au ciel et continua sur sa lancée. « Pour les Omégas, c'est très différent. Ils sont donnés lors d'une compétition. »
« Pardon ? » couina Draco, le cœur battant la chamade. Donné ? Avait-il bien entendu ?
« Oui, ils sont mis en jeu lors d'une compétition entre tous les mâles intéressés. Une fois que l'Alpha décide d'unir son Oméga, ou si un mâle le réclame officiellement, il y a des combats entres tous les dominants qui veulent le remporter. Et c'est le vainqueur qui le gagne. Il paraît que c'est un grand événement qui réunit plusieurs meutes ! » termina-t-elle, visiblement très satisfaite de ses paroles.
Draco, lui, pâlit atrocement. Les termes employés lui broyaient le cœur et l'âme.
« À quel âge ? » bredouilla-t-il.
« Ils sont donnés vers vingt ans, » reprit Ginny. « Les Omégas de naissance sont très rares, alors je n'ai encore jamais vu l'une de ces compétitions. Tu seras le premier que je verrai. Mais pour toi, ce sera encore différent puisque tu n'es plus pur. Ce sera bien plus tôt. »
« Ginny ! » s'exclama Hermione.
La jeune fille rousse tiqua au son de la voix de son amie. Elle remarqua enfin, bien qu'un peu tard, l'état de détresse dans lequel semblait se trouver Draco et se mordit les lèvres, soudainement consciente de sa bêtise.
« Excuse-moi, Draco, je ne voulais pas te faire de la peine en disant ça. »
« Quand ? » souffla Draco, la nausée lui tordant le ventre.
« On ne sait pas, » dit gentiment Hermione en lui prenant la main. « Tout va dépendre de ta partie lupine. Si elle réclame un compagnon, ça pourrait se faire d'ici au solstice d'hiver pour toi aussi. Mais si ton loup est calme, peut-être que tu pourras patienter quelques années ? »
Mais Draco sentit sans problème qu'elle n'y croyait pas. Le simple fait qu'elle ait mentionné le solstice d'hiver était un signe, du moins pour lui. Il n'oubliait pas non plus les paroles de Charlie et d'Ayase. Sa nature Oméga avait été enclenchée. Lui-même sentait très bien que Compagnon-Loup voulait un mâle à ses côtés, un dominant, un père pour ses louveteaux. Le jeune Loup-garou serra les poings, retenant son envie tant de pleurer que de vomir.
Il n'avait plus quatre ans de liberté devant lui. Un, dans le meilleur des cas, mais plus certainement à peine plus de six mois.
« Draco, redresse ton dos ! »
La voix d'Ayase surprit les quatre jeunes gens qui sursautèrent tous d'un bon. Draco se tint vivement de façon bien plus correcte, en dépit de son moral au plus bas. Il ne voulait pas, en prime, se faire sermonner par Ayase. Ce dernier ne le lâchait pas depuis la veille, le reprenant sans cesse sur son maintient ou ses paroles.
« Viens, nous rentrons, » ordonna le plus vieux Oméga.
Draco se leva, obéissant.
« Vous partez déjà ? » s'étonna Ron.
« Oui, j'ai à faire à la maison. À bientôt, » répondit Ayase en se détournant.
Draco fit un petit geste de la main à ses amis avant de se placer aux côtés d'Ayase. Il se rendit vite compte que ce dernier était tout aussi morose que lui.
De fait, le retour à la maison se fit dans un silence pesant. Asami avait bien tenté de parler à son père et à son presque grand frère, mais les deux Omégas étaient visiblement perdus dans leur monde.
Une fois tous entrés, le louveteau partit jouer dans sa chambre alors que Charlie se tournait vers son mari.
« Eh bien, on ne peut pas dire que cette journée vous a réussi ! On peut savoir pourquoi vous suintez la tristesse, tous les deux ? »
Draco haussa les épaules, préférant se faire tomber dans un fauteuil plutôt que de répondre. Ce ne fut pas le cas d'Ayase, qui répondit, la voix pleine d'amertume.
« Tu sais parfaitement ce qui ne va pas, Charlie Weasley ! »
Le jeune Oméga se tendit. Il avait rarement entendu Ayase se fâcher, surtout contre son mâle. La seule et unique fois avait été lors du voyage entre Poudlard et la meute. Charlie fronça les sourcils.
« C'est à dire ? »
« C'est à dire que ta mère m'a, encore, demandé pourquoi je n'étais pas enceint de notre deuxième enfant ! » cracha le soumis dont la colère semblait monter.
« Ayase, je ne changerai pas d'avis n'en déplaise à ma mère ou à toi ! » lança durement Charlie.
« Pourquoi ? Hein, pourquoi ? À cause encore de tes stupides considérations de mâle obtus ? Je suis fait pour porter des enfants, tu le savais en t'unissant avec moi, alors pourquoi tu me refuses le droit d'exercer mon don ? » cria Ayase.
« Non ! Je refuse que tu risques ta vie pour un louveteau ! Je refuse que tu perdes un enfant et que tu déprimes encore une fois ! »
« C'est ignoble ce que tu dis, tu ne penses vraiment qu'à toi ! »
« Quoi ? À moi ? Non, c'est à toi que je pense, bien au contraire ! »
« Si tu pensais à moi, tu me ferais un enfant ! Je veux un bébé, Charlie ! Tu comprends pas que c'est maintenant que je déprime ? J'en crève de ne pas avoir un autre enfant ! »
« BONS DIEUX, J'AI DIT NON ! » hurla Charlie.
« ET MOI JE DIS OUI ! » hurla plus fort encore le soumis.
« Ayase, cela suffit ! » gronda alors le mâle dominant d'une voix rauque, faisant exploser à travers la pièce toute la force de son aura alors que ses yeux bleus se teintaient d'ambre.
Face à autant de puissance, Draco couina lamentablement dans son fauteuil tandis qu'Ayase se recroquevillait contre lui-même, fondant en larmes.
« Non ! Charlie, non ! Ne fais pas ça ! »
« Tu vas m'obéir, Oméga, je n'accepte pas que tu me tiennes tête ainsi ! Tu n'auras pas d'autre enfant, c'est un ordre ! Je t'interdis de faire quoi que ce soit pour me désobéir, c'est clair ? Je refuse de te mettre en danger, c'est mon rôle en tant que Bêta et époux que de veiller sur toi ! » grogna cependant Charlie, sans cesser d'asseoir sa dominance sur son compagnon, l'obligeant à céder, lui imposant une totale soumission et obéissance.
« Charlie... Charlie, tu m'avais promis... » pleura Ayase, qui tomba au sol en sanglotant et en dévoilant sa gorge.
Alors que le dominant roux s'approchait de l'Oméga en grondant, Draco se mit à hurler. Sa peur, sa détresse éclatèrent dans le salon de même que ses cris, faisant enfin réaliser à Charlie qu'un autre Oméga était présent, un Oméga jeune et terrifié.
« Draco, calme-toi, ce n'est rien, » tenta-t-il en changeant de direction pour se diriger vers le plus jeune qui s'était plaqué contre un mur, les yeux exorbités.
« Non ! Non, laisse-moi ! Et laisse-le aussi ! Tu es comme les autres ! Tu vas lui faire du mal ! » cria Draco en détournant son visage afin d'éviter le regard du dominant, sachant qu'il ne pourrait plus s'y soustraire et serait condamné à lui obéir s'il le faisait.
« Non, non, je te le promets ! Regarde, je ne vais rien faire à Ayase ! C'est une dispute, juste une dispute, je ne vais pas lui faire du mal, » fit Charlie, désemparé
D'un regard vers son compagnon puis vers Draco, il comprit soudain qu'il avait désormais deux Omégas en pleine crise d'angoisse à gérer.
Ayase, en effet, était toujours au sol, pleurant et tremblant comme une feuille. Charlie sembla hésiter, puis finalement retourna vers son compagnon qu'il essaya de prendre dans ses bras, mais ce dernier le repoussa.
« Laisse-moi, tu me rejettes, Charlie, tu ne veux pas mon bonheur, tu ne veux pas que je porte ton enfant. Tu m'avais promis de ne jamais m'imposer tes désirs avec ton aura de dominant et c'est ce que tu viens de faire ! » pleura Ayase en se reculant lui aussi contre un mur où il se roula en une boule tremblotante.
« Ayase, non, mon amour, je suis désolé. Je t'aime ! Je ne veux pas te perdre, tu ne comprends donc pas ? » murmura Charlie, blessé, en tentant une nouvelle fois de caresser les boucles brunes.
Draco, voyant que son ami se reculait encore du Bêta ne put en supporter d'avantage. Son cœur lui faisait trop mal, des souvenirs horribles lui remplissaient le crâne. Il profita du fait que Charlie ne le regardait plus pour s'enfuir de la pièce en courant, les joues pleines de larmes.
Il sortit à la fois de la maison et du village, trouvant refuge dans la forêt proche. Là, il s'affala dos contre le tronc d'un arbre et laissa libre court à son chagrin. Sa vie lui semblait une nouvelle fois ruinée.
Il n'était qu'un misérable soumis, un Oméga. Il serait donné, mis en jeu entre des mâles qu'il ne choisirait pas. Il ne connaîtrait pas l'amour. Même Ayase, qui pourtant avait choisi Charlie en tant que Monoïque, était en train de souffrir de sa condition d'Oméga.
Ils ne pouvaient donc décider de rien ? Ils ne devaient qu'obéir à leur compagnon ? Charlie, qui aimait Ayase, qui avait été choisi par Ayase, n'avait pas pu se retenir de lui faire subir les ondes étouffantes de la domination quand il était en colère. Alors que lui arriverait-il, à lui, quand il serait de nouveau uni de force à un mâle inconnu qui ne l'aimerait sans doute pas ?
Ses larmes redoublèrent. Il allait de nouveau vivre l'enfer. Au final, il allait vivre ce que Daniel voulait lui réserver mais avec un autre mâle. Contrairement aux femelles, il n'aurait jamais rien de mieux que cela. Il devrait déjà s'estimer heureux s'il ne subissait pas un autre mâle comme Fenrir. En pensant à cela, au bonheur qui lui serait à jamais refusé, Draco se mit à crier tout en pleurant, un bras autour de sa taille, l'autre cramponné à son tronc d'arbre.
Le soir s'annonçait lentement, ses larmes s'étaient taries mais Draco n'était toujours pas rentré. Il avait honte de lui. Il avait abandonné Ayase, l'avait laissé seul avec Charlie. Est-ce que le dominant l'avait blessé ? L'avait-il entraîné à l'étage, à quelques pas de leur enfant, pour l'obliger à s'accoupler avec lui comme faisaient Fenrir et ceux de son ancienne meute ?
Il ne savait pas et cette question le torturait. Il n'arrivait pas à croire que Charlie puisse faire une chose aussi horrible même si le dominant l'avait véritablement effrayé.
Après réflexion, Draco se demandait si Ayase avait eu peur, lui aussi. Il avait été blessé moralement par le comportement de son compagnon, cela était certain, mais avait-il eu peur ?
Au début, le petit Oméga avait cru que oui, mais plus il réfléchissait, loin des cris, de l'aura puissante de Charlie et de sa propre peur, plus il doutait.
Draco avait fini par supposer qu'Ayase s'était peut-être simplement senti trahi par Charlie, et que c'était ce sentiment qui lui avait fait du mal. Sans doute que Charlie lui avait promis autrefois de ne pas utiliser son aura de cette façon contre lui ? Et puis, Ayase voulait un bébé. Est-ce que Charlie, à l'époque où il le courtisait en tant que Monoïque, lui avait promis une famille nombreuse ?
Un bruit de feuilles et une odeur fauve lui fit redresser sa tête qu'il avait posée sur ses genoux. En plissant un peu des yeux, Draco aperçut un peu plus loin un imposant loup au pelage sombre qui le fixait. L'Oméga renifla l'air, se doutant de qui il s'agissait.
« Bonsoir, Harry, » souffla-t-il en reposant sa tête.
… … …
À suivre
… … …
