Et voici le dernier chapitre!

Je remercie miss-sawyer, Feather Ashes, Shiriliz, Tiffvillard, Selminia et Antig0ne pour leurs reviews, ainsi que deux Guest à qui je réponds ci-dessous. 11 reviews, j'ai été très gâtée, merci d'avoir participé à "l'objectif 150" :D. Les RAR aux inscrits devraient arriver en fin de journée (peut-être quelques une dans la matinée si j'ai le temps!)

Louisa: Wow, je n'ose penser au temps que tu as du passer à tout lire d'un coup oO. Heureuse d'avoir réussi à te captiver, en tout cas. Merci pour tous ces compliments :)

Guest: Malheureusement, non, ce chapitre ne fera pas 150 000 mots (je ne suis même pas sûre que l'histoire entière les fasse, à vrai dire). Mais on retrouvera Luth dans d'autres histoires. Merci pour ta review et j'espère que ce chapitre te plaira :)

Quant au titre du chapitre... J'ai eu de bonnes suggestions, dont certaines se rapprochant de la vérité. Mais la solution est... que ce titre n'est pas en anglais par lubie: il s'agit d'une référence à un épisode crucial de la très bonne série Fringe. Je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler ceux qui regardent ou voudraient regarder, mais ce titre et cet épisode reflètent bien l'évolution de Memories (dont j'expliquerai également le titre la semaine prochaine), dont les titres de chapitres ont également évolués vers l'inévitable...

Bonne lecture!


Chapitre 21 : The day we died

Il me semble que cela fait des heures que nous patientons devant l'infirmerie. Je n'en peux plus de patienter devant cette porte sans rien pouvoir faire d'autre qu'attendre un verdict. Mary devra-t-elle être transférée à Ste Mangouste ? Je ne cesse de revoir la fumée violette qui tournoyait autour d'elle quand j'essayais de la soigner sur le… le champ de bataille.

La force de ce simple mot m'écœure. Je ne sais pas si ce sont simplement les sentiments qu'il m'inspire où le fait que tout se soit déroulé dans l'enceinte même de Poudlard. J'ai encore du mal à réaliser. Après l'arrivée du professeur McGonagall, tout est allé très vite. Elle a récupéré toutes nos baguettes d'un « Accio » avant d'envoyer un Poufsouffle chercher Miss Pomfresh. Le reste est flou dans ma mémoire, car ma seule préoccupation a été de suivre Mary transportée à l'infirmerie. Je crois qu'on nous a séparé des Serpentards et que l'on voulait nous conduire chez le directeur. Il y a eu des cris, la voix de Mandy contre celle des enseignants et finalement, nous avons pu rester à fixer les portes closes. Le professeur Sinistra nous surveille du coin de l'œil, mais il n'y a pas grand-chose à voir.

A notre arrivée, nous avons tous parlés dans un grand brouhaha incohérent et choqué, chacun tentant de rassurer – ou d'inquiéter les autres sur ce qu'ils ont bien pu faire à Mary. La colère contre l'agressivité des autres se mêle à l'incompréhension, à la peur. Je raconte ce que j'ai vécu, je sens la haine monter en moi. Puis petit à petit l'adrénaline retombe et c'est la fatigue et la peur qui prennent toute la place. La conversation se tarit et vient l'attente. Interminable.

A mesure que la rumeur de l'incident se répand dans l'école, plusieurs personnes passent voir. Il y a ceux qui sont simplement curieux, et qui partent dès qu'ils comprennent que nous ne dirons rien. Il y a ceux qui s'inquiètent vraiment pour Mary, comme Fabian ou Franck, et qui restent un moment avec nous, à tenter de comprendre ce qui s'est passé, à s'indigner, puis à attendre, avant de repartir en serrant nos épaules. Il y a Caroline, qui vient et fixe la porte sans rien dire pendant un long moment. Je suis incapable d'aller vers elle et de comprendre pourquoi elle s'inquiète tant pour une fille qu'elle ne connaît pas tant que ça, et elle repart, livide, sans un mot.

Des adultes entrent et sortent de l'infirmerie, l'air pressé, affairé, mais personne ne dit rien. J'ai l'impression d'être là depuis des jours, mais la grande horloge n'indique que qu'une heure trente depuis l'incident. C'est fou ce qu'il peut se passer beaucoup de choses et rien du tout, en une heure trente.

Nous commençons à tourner en rond, et Ann fusille Sinistra du regard lorsqu'elle nous suggère de regagner notre salle commune. Je me rapproche de ma meilleure amie instinctivement, retrouvant une présence qui me manquait. James et Lily s'enlacent, comme pour mieux se soutenir. Peter est assis seul contre le mur, pâle comme la mort. Remus et Mandy chuchotent à voix basse, tenant de trouver un sujet pour faire passer le temps. Et si Ann saute sur l'occasion, je trouve la conversation vide de sens. Mon regard dérive inévitablement plus loin dans le couloir.

Je n'ai qu'une envie, c'est me réfugier dans les bras de Sirius, mais je n'ose pas. Je me souviens encore des mots que nous avons eu, de sa jalousie maladive, de son impulsivité déraisonnable. Je suis sûre que la seule chose dont il rêvait dans le couloir tout à l'heure, c'était d'en découdre avec nos chers ennemis. Et, même maintenant, alors que cette même envie court dans mes veines, ne me refuse à cautionner un tel comportement. Je ne peux pas juste tout oublier parce qu'il s'est passé quelque chose. Même si c'est terrifiant d'affronter cela toute seule, même si je suis à deux doigts de m'effondrer en pleurant, même si je trouve ma solitude présente insupportable et que je ne vois qu'un immense gâchis.

Je lui jette un coup d'œil et ferme les yeux pour tenir le coup. Et puis soudain, je sens son odeur près de moi. J'ouvre les yeux et je le vois, juste en face, à quelques centimètres, le regard ombrageux et les bras grands ouverts. Je n'hésite même pas une micro seconde et je courre m'y réfugier. Ses bras se referment autour de moi et je me détends d'un coup, lâchant un sanglot libérateur, mais qui n'est suivi d'aucun autre. Mes émotions sont à la fois violentes et anesthésiées, comme si mon corps ne savait que penser et remettait cela à plus tard, jusqu'à ce que je connaisse les tenants et les aboutissants de la situation improbable dans laquelle je suis. Je ne songe qu'à cette odeur particulière, qu'à ces bras qui se referment sur moi, qu'à ce cou au creux duquel je me niche, et qui me font me sentir moins mal.

- Je suis désolée, je murmure presqu'aussitôt.

Parce que je lui reproche d'être têtu et irresponsable, mais que c'est moi qui vient de l'être, à refuser de mettre ma rancœur derrière moi en cet instant où j'avais pourtant besoin d'aide et de réconfort. J'aurai pu faire le premier pas, oublier un moment ce qui n'est, au final, qu'une dispute sans importance, mais j'ai été trop bornée. Dehors, il n'y aura pas de seconde chance. Je dois l'apprendre et l'accepter.

- On en parlera plus tard, se contente-t-il de répondre, et je comprends ce qu'il veut dire.

L'attente me semble plus supportable, lovée dans les bras de Sirius. Je le sens tout aussi ébranlé que moi et pourtant il ne dit pas un mot, se contentant de me serrer farouchement contre lui. Je ne sais pas si j'aimerai qu'il parle ou non – pas de nous, de ça. D'un côté, je lui suis reconnaissante de ne rien dire et de me soutenir sans flancher. De l'autre, j'ai l'impression qu'il surestime mon traumatisme et tente de faire bonne figure pour être l'homme fort de la situation. J'aimerai qu'il parle, je crois. Je peux le réconforter aussi.

oOoOo

Quelques temps plus tard, le professeur McGonagall passe. Elle nous contemple un moment d'un air désolé et découragé, puis entre dans l'infirmerie. Elle en ressort quelques minutes après, et nous bondissons tous sur nos pieds.

- Miss McDonald est tirée d'affaire, nous dit-elle, et je sens dans sa voix un soulagement intense.

Je pousse un cri étranglé en serrant le bras d'Ann, qui respire longuement, comme si elle venait de courir un marathon.

- On peut entrer la voir, professeur ? demande Lily.

- Miss Pomfresh lui a interdit les visites avant demain matin.

Grondement déçu de la foule.

- Le professeur Dumbledore vous attend.

Son ton ne souffre aucune réplique. Malgré son air sec habituel, je remarque la pâleur de son visage, et ses traits tirés – par la fatigue ou par la colère ? Je ne saurai le dire. Toujours est-il que nous la suivons sans protester. Je me glisse entre Ann et Lily et j'entends Sirius et James chuchoter derrière nous à toute vitesse.

Le soulagement qui m'a envahi laisse place à une forme de fatigue. J'aurai aimé un répit avant de devoir affronter les réprimandes du directeur et le regard déçu de notre directrice de maison, que j'estime beaucoup malgré sa sévérité. Le chemin jusqu'au bureau directorial est court. McGonagall lance un « Dragées surprises » sec et la gargouille s'efface. Lorsque nous pénétrons dans le bureau et nous retrouvons, tous les huit, face au professeur Dumbledore, une énorme nervosité m'envahit. Je me demande subitement ce qui nous attend. Je jette un œil à mes côtés et le comportement des autres me confirme qu'ils pensent à la même chose que moi. Remus est particulièrement blême.

- Asseyez-vous, nous dit notre directrice en faisant apparaître des chaises.

Je me sens bousculée par les garçons derrière moi. On dirait qu'ils veulent se mettre devant nous, mais je les repousse fermement en tirant ma chaise en avant. Nous sommes aussi responsable qu'eux, il n'est pas question qu'ils jouent les machistes protecteurs. Le regard que Lily, Mandy, Ann et moi même leur adressons dans un bel ensemble est sans équivoque. Je déteste ce genre de comportement.

- Vous serez heureux d'apprendre que Miss McDonald n'aura pas besoin d'être transférée à Ste Mangouste. Miss Pomfresh pense qu'elle sera complètement rétablie d'ici une semaine.

Nous poussons tous un soupir de soulagement.

- Bien que j'admire l'esprit de solidarité dont vous avez fait preuve, je ne peux tolérer que les élèves de battent en duel dans mes couloirs.

Derrière lui, McGonagall fronce des sourcils contrariés, jugeant sans doute qu'il est trop gentil avec nous. Il est vrai que la scène tenait plus du règlement de compte ou du pugilat, que du duel à proprement parler. Je m'attends à ce qu'un des garçons proteste mais ils sont étrangement silencieux.

- C'est pourquoi vous aurez chacun une semaine de double retenue. J'enlève également cinquante points à Gryffondor.

Je ne suis pas la seule à avoir du mal à cacher ma surprise. Je m'attendais à bien pire. Cinquante points pour huit personnes et seulement une semaine de retenue ? Nous nous en tirons bien. Tellement bien. Mais maintenant que je sais Mary hors de danger, la colère m'envahit.

- Et à ceux qui ont attaqué Mary, qu'est-ce qu'il va leur arriver ? je demande à notre directeur, la voix tremblante d'une rage à peine contenue.

Dumbledore me regarde d'un air grave par dessus ses lunettes en demi-lune. Il a un regard indéchiffrable et bien moins pétillant qu'à l'ordinaire.

- Nous leur avons confisqué leurs baguettes, elles ne leur seront rendues que pour les exercices scolaires. Ils sont également en retenue jusqu'à la fin de l'année, et privés de sortie à Pré-au-Lard.

- QUOI ?!

Trois voix viennent de vibrer d'indignation à mes côtés. Sirius, Lily et Ann. Drôle de trio, je pense fugacement.

- Professeur, ils ont attaqué Mary avec des maléfices…

- Ils devraient être renvoyés !

- Ils ont utilisé de la magie noire ! Je l'ai vu avec le Charme de Diagnostique ! je renchéris.

- Ce sont de futurs Mangemorts !

- Justement, Miss Evans. Justement.

Un silence suit ses paroles.

- Mais…

- Vous connaissez ces jeunes gens, interrompt le directeur. Vous savez où va leur allégeance. Croyez-vous que ce soit une bonne idée de les relâcher dans la nature quelques mois plus tôt pour qu'ils fassent une entière démonstration de leurs talents ?

- Mais s'ils n'ont plus de baguette… si on leur interdit de pratiquer la magie… répond faiblement Ann.

- Ils auront tôt fait de se procurer de nouvelles baguettes et de disparaître.

Je sens une résistance dans notre groupe. Plusieurs d'entre nous inspirent pour parler, cherchant quoi répondre à cela. Nous savons tous que Dumbledore n'a pas tort : pousser les Serpentard à la clandestinité ne les rendra que plus difficiles à rattraper. Mais les voir rester à Poudlard, quasiment impunis, savoir qu'ils croiseront Mary tous les jours est insupportable. Je nous sens tous sur le point de parler, mais le regard bleu perçant du directeur par dessus ses lunettes en demi-lune nous dissuade de le faire. Pour dire quoi, de toute façon ? Un silence résigné envahit la pièce, et je crois que la conversation va s'arrêter là. Mais c'était sans compter sur James, que je ne remercierai jamais assez d'avoir parlé en notre nom.

- Alors, c'est tout ? On ne doit rien faire et les laisser se pavaner ? finit-il par lancer, plein d'indignation.

- Ai-je dit ça, Mr Potter ? Il existe d'autres méthodes pour gagner une guerre.

Flottement. Lui aussi, il l'a dit. La guerre, la guerre au sein même de l'école.

- Comme votre Ordre du Phénix, professeur ?

C'est Sirius qui a claironné cette phrase, et je lui lance un regard de reproche. Il a un mince sourire, mais je ne sais pas trop à qui il l'adresse. Le professeur McGonagall lève un sourcil étonné, avant de les froncer pour exprimer son inquiétude. Elle doit se demander où nous avons entendu parler de ça, s'il est bien prudent que nous soyons au courant.

- Où avez-vous entendu parler de ça ? demande-t-elle immédiatement.

Mais Dumbledore lève une main apaisante à son égard sans quitter Sirius des yeux. Il n'a même pas cillé ou montré le moindre signe de surprise.

- Je vois qu'il est inutile de démentir. Oui, l'Ordre est une association de lutte contre Voldemort.

- Je veux en faire partie, répondent James, Sirius et Lily en écho.

Je ne sais pas quoi faire de ces réponses. Je ne suis pas étonnée, mais l'idée que ces trois-là soient à ce point au diapason me frappe. Suis-je si différente, à ne pas vouloir foncer tête baissée ? Je jette un œil à Ann, à mes côtés, qui fixe ses chaussures comme si la conversation ne la concernait pas. Elle ne veut pas en entendre parler. Je regarde Mandy, plus loin dans le cercle, qui semble hésiter, et je m'étonne de ne pas l'avoir entendue se porter volontaire également. Remus et Peter étant derrière moi, je ne peux pas jauger leur réaction. Et je n'ai aucune idée de ce que signifie la mienne. Dumbledore, lui, ne semble toujours pas surpris.

- C'est votre droit, commence-t-il.

- Albus, ce sont des élèves ! s'effraie notre directrice de maison.

- Nous sommes majeurs ! contre James.

Encore une fois, Dumbledore joue le médiateur.

- Nous en avons déjà discuté, Minerva. Je ne peux pas vous permettre de rejoindre l'ordre tant que vous êtes à l'école. Il en va de ma responsabilité. Mais – et il lève la main pour couvrir les protestations des intéressés – si vous le souhaitez toujours après vos ASPICs, nous en reparlerons.

Son ton est définitif et il vrille son regard dans ceux de James et Sirius, tout particulièrement.

- Vous ne pourrez rien faire de plus tant que vous êtes à Poudlard, et pourtant, vous avez montré aujourd'hui que c'est déjà beaucoup. Mais rejoindre l'Ordre ne se fait pas comme ça, pour notre sécurité tant que pour la votre. Chacun d'entre vous doit réfléchir aux risques et aux conséquences que cet engagement implique. Je vous demande de les considérer sérieusement.

oOoOo

C'est sur cette conclusion pour le moins ambigüe que le directeur nous a congédié. Le professeur McGonagall nous raccompagne dans les couloirs, d'un pas moins martial à celui auquel elle nous a habitué. Après nous avoir interdit de quitter la salle commune de la soirée, elle nous informe que les elfes nous monterons à manger. Nous avons raté le repas du soir et mon ventre semble soudainement s'en souvenir. Avant que le portrait ne se referme, j'aperçois notre directrice nous fixer avec un regard ému.

Nous sommes seuls dans la salle commune, le reste des élèves étant en train de manger. C'est la première fois que nous nous retrouvons ensemble depuis la bataille de ce matin. Il y a un instant de flottement pendant lequel nous nous regardons tous. Nous savons ce qu'il va se passer d'ici quelques minutes : nos camarades remonterons et il y aura une soirée de veille pour Mary. Il y aura des questions, et je ne me sens pas la force d'y répondre. A vrai dire, j'ai surtout envie de rester dans notre bulle. Je ne veux pas que quelqu'un vienne perturber ce que nous partageons. Un regard vers Ann et Mandy me convainc qu'elles ont la même envie que moi, celle de fuir les autres et d'aller se réfugier dans notre dortoir. Peter jette des regards fréquents à la porte, et je suppose qu'il en va de même pour lui. Même Remus ne semble pas certain de ce qu'il faut faire. Mais je sais très bien qu'il n'en va pas de même pour James, Sirius et Lily. On sent qu'ils meurent d'envie de parler, de tout laisser sortir, de foncer régler leurs comptes avec la bande à Bellatrix. L'emportement de Lily me surprend.

C'est finalement Remus qui prend les choses en main.

- Venez, dit-il en nous entrainant tous vers le dortoir des garçons.

Lorsque nous arrivons, il jette quelques sortilèges pour dégager le sol et conjure des matelas à partir de livres de cours. Mandy se laisse tomber sans même réfléchir sur l'un deux, et Ann s'étend un peu plus loin. Tandis que chacun prend sa place, je sens la main de Sirius qui me tire discrètement vers son propre lit. J'hésite, ne sachant pas si je dois rester avec ma meilleure amie ou céder à l'appel de Sirius. Mais il gagne facilement. J'ai besoin de réconfort, et tout mon être veut rester blottie contre lui, autant par besoin que par désir. Je me laisse donc entrainer, évitant le regard d'Ann, et me love contre mon petit-ami tandis que les autres s'installent pêle-mêle.

J'entends du bruit en bas et je réalise que toute la maison doit être en train de nous attendre pour savoir ce qu'il est arrivé à Mary. Mais les émotions de la journée m'ont vidée et je ne sais plus quoi penser de tout ce que j'ai vécu et entendu. La caresse de Sirius sur mon ventre et son souffle irrégulier dans mon cou achèvent le peu de courage que j'avais et je sombre dans un sommeil profond, sans rêves.

oOoOo

C'est le froid qui me réveille. Je me retourne dans le lit et je constate que Sirius n'est plus là. Je me redresse, perdue, et constate qu'il n'y a plus qu'Ann, Peter, Mandy et moi dans la pièce. Les éclats de voix qui me parviennent de la salle commune m'indiquent que les autres sont sans doute redescendus participer à la veillée. Je me demande pourquoi Mandy est restée, Mandy l'intrépide, celle qui était encore plus déterminée que Lily. Puis mon regard accroche celui d'Ann. Elle est allongée sur le matelas à côté du lit de Sirius et me fixe, les yeux grands ouverts. Je me laisse retomber au bord du lit, sans briser le contact.

Je me sens un peu coupable d'avoir choisi Sirius. Mary a toujours été notre amie à Ann et moi, et la laisser se retrouver seule après ça était sans doute une erreur. Mais qu'aurai-je pu faire ? Qu'aurai-je pu lui dire ? Force est de ne sais plus trouver les mots dont elle a besoin. Alors, je tends ma main vers la sienne et nous nous serrons fort, jusqu'à ce que le sommeil nous emporte. Car même si nous ne savons plus quoi nous dire, il nous reste toujours notre présence.

oOoOo

Je ne me sens guère mieux au réveil le lendemain matin. Sirius est de retour, pourtant, et nous restons un long moment enlacés avant que les autres n'émergent à leur tour. Je sens que mon corps réclame le sien, mais nous ne pouvons pas faire grand-chose dans la pièce bondée. De toute façon, je me sens coupable d'avoir ce genre d'envies après les événements d'hier. Nous nous contentons donc de nous regarder et de nous serrer l'un contre l'autre, des caresses nous échappant par inadvertance. J'aimerai lui demander ce qu'il s'est dit hier soir, mais ce n'est pas le moment non plus. Nous devons toujours avoir cette fameuse conversation, et nous ferions mieux de l'avoir à tête reposée.

Lorsqu'Ann et Mandy se réveillent, Lily et moi les accompagnons jusqu'à notre dortoir. A notre grand étonnement, il est encore tôt et nous ne trouvons personne dans la salle commune. Comment avons-nous pu si peu dormir alors que nous étions autant vidées émotionnellement ? Nous n'échangeons que des regards lourds de sens avant de remonter jusqu'à notre chambre.

oOoOo

En descendant déjeuner, nous constatons que la journée d'hier a provoqué un électrochoc dans l'école. Les murmures de la Grande Salle ont pris la place des conversations animées et enflent sur notre passage. Cette attention me gêne. Je donnerai n'importe quoi pour retrouver l'insouciance d'hier, pour me fondre à nouveau parmi la masse. Je sais que c'est ce qu'il se passera, au bout d'un moment, et paradoxalement, cette pensée me fait peur. Je ne veux pas ! Je ne veux pas que les gens oublient, que Mary ne soit qu'un dommage collatéral de plus, que ces vermines s'en sortent encore.

Certains élèves viennent nous voir, audacieux, naturels ou timides. « Bravo pour hier » nous dit Franck avec naturel. « Comment va-t-elle ? » Ca, c'est Fabian, plein de sollicitude. « Vous avez bien faits ! » lance une fille de Poufsouffle au regard déterminé. Je cherche Caroline du regard, et la trouve prostrée à la table des Serdaigle, une attitude que je ne comprends pas. Depuis quand elle et Mary étaient-elles proches ?

Sirius me prend la main sous la table et je reprends conscience de mes amis autour de moi. De la façon dont nous sommes serrés – collés – les uns aux autres. Je sens James impressionné, à la recherche de quelque chose à dire. Elle n'est pas loin, sa fougue de leader, ses paroles rassembleuses, mais elle n'est pas là quand même. Lui aussi est dépassé, et ça me rassure curieusement plus que ça ne m'inquiète. Lorsque le petit déjeuner commence, la vie reprend ses droits et je me sens mieux. Pas bien. Juste mieux.

Ce n'est que lorsque nous quittons la Grande Salle pour notre premier cours que je réalise une chose : nous n'avons pas vu les Serpentard à leur table, ce matin.

oOoOo

Nous n'allons pas loin, cependant, que nous les trouvons en travers de notre chemin. Eux, les coupables, les brutes, les bourreaux. Ils sont là, sans baguette, chapeautés par un professeur Slughorn sévère, mais l'air toujours aussi arrogant et hautain. Eux aussi stoppent net et nous défient du regard. Bellatrix lève le menton, Rosier penche la tête et me fixe avec un sourire méprisant. Furieuse, je fais un pas en avant, prête à lui arracher cette expression du visage, mais une main sur mon bras me stoppe.

- Non, Luth, me souffle Sirius.

Je suis si surprise que la modération vienne de lui que je ne proteste pas. De toute façon, il a raison : je ne peux pas faire grand chose devant les professeurs et le reste de l'école. Slughorn pousse le groupe en avant, et je ne croise, parmi les cinq, qu'un seul regard triste ou honteux : celui de Rogue. Mais je suis trop en colère pour m'en soucier.

oOoOo

La première chose que nous faisons est de rendre visite à Mary. Certain d'entre nous arriveront en retard en cours, mais tant pis. Je suis à la fois effrayée et rassurée par l'unité qui se dégage de notre groupe, pourtant hétéroclite depuis sept ans, depuis la veille.

Mrs Pomfresh fronce le nez en nous voyant arriver tous ensemble, mais elle nous laisse entrer. Mary est allongée dans son lit, les draps remontés jusqu'aux épaules. Elle a une mine horriblement pâle mais elle est réveillée.

- Wow, je ne savais pas que j'avais un fan-club, dit-elle d'une voie éraillée avant qu'aucun de nous ne puisse ouvrir la bouche.

- Toujours pour notre Survivante, s'exclama James en gambadant jusqu'à elle. Regardez-moi cette vraie Gryffondor : même malade, elle garde le sens de l'humour.

Je remercie silencieusement James d'avoir autant d'entrain et de culot. Je n'avais aucune idée de comment m'adresser à elle sans avoir l'air de veiller un mourant.

- Comment tu te sens ? demande Ann en s'asseyant précautionneusement sur le lit.

- Vivante, grimace Mary.

- Ca fait mal ?

Je sens le double sens dans la question de Remus et tout le monde pouffe, un peu nerveux.

- A mon grand étonnement, oui.

- En tout cas, tu nous as fait une sacrée peur, reprend Ann sans la quitter des yeux.

- Les autres Gryffondor t'envoient ça, au fait !

Et, joignant le geste à la parole, Peter sort de son sac un énorme bocal de confiseries de Honeyduke.

- Voilà donc le résultat des débats d'hier soir, je commente, ironique. Elle survit à ça et vous voulez l'achever en saturant son foie ?

- Ne l'écoute pas, Mary, elle est juste jalouse.

Lily s'approche à son tour du lit.

- C'est vraiment gentil de leur part, déclare Mary, lentement - on sent la reconnaissance dans sa voix en même temps que son embarras. Vous les remercierez pour moi ?

- Tu le feras toi-même, s'empresse de la rassurer Ann.

- C'est que je vais être coincée ici pour un bon bout de temps…

- Personne n'est pressé – enfin, sauf si tu comptes partager, plaisante Remus.

De nous tous, c'est celui qui semble le plus à l'aise.

- On se relaiera pour t'apporter les devoirs.

- Et les ragots !

- Bien sûr, et les ragots !

Il y a un moment de flottement, chacun hésitant à parler des Serpentard, mais personne ne se lance et Remus relance la conversation sur un sujet moins douloureux.

Lorsque nous partons, je reste un moment derrière et je lui glisse discrètement :

- Je ne sais pas si je dois te le dire mais… Caroline a voulu passer, hier, je crois.

Mary me regarde. Son expression est interrogatrice mais ses yeux brillent – mais de quoi, je ne saurai le dire.

- C'est gentil de me le dire, Luth.

- De rien. Repose-toi bien, on repasse tout à l'heure… en plus petit comité, je pense.

Je rejoins les autres, me demandant encore pourquoi j'ai dit ça.

oOoOo

- On va faire un tour ? me propose Sirius, le midi, en sortant de table.

Je n'ai pas envie d'avoir cette conversation maintenant. Je suis bien trop énervée par la vision de la bande de Mangemorts qui mangeait à sa table sans aucune honte. Je n'ai pas pu m'empêcher de les scruter tout le repas, détournant le regard en bouillonnant à chaque fois que Rosier m'adressait un de ses sourires narquois. Mais je sais aussi que je ne peux pas refuser ça à Sirius. J'acquiesce donc et saisi la main qu'il me tend pour m'aider à me relever.

- On vous retrouve en cours, lance-t-il.

Ann m'adresse un regard de reproche, mais je n'ai pas le temps de me justifier que déjà Sirius m'entraîne vers la sortie.

Il m'emmène dans le parc, où il fait froid, mais l'air frais me fait du bien. Rester enfermée ne m'a pas aidé, je réalise en respirant à pleins poumons.

- Ca va ?

Il me demande ça d'un ton nonchalant, comme s'il parlait de la météo, et ça m'enrage.

- NON, ça ne va pas ! Tu as bien vu leur manège à table ! Tu as bien vu comment Rosier me regardait ! Mais bordel de troll, de quel droit ? De quel droit a-t-il décidé de me pourrir la vie ? Juste parce qu'on partage quelques gênes ? Mais il est complètement cinglé ! Je n'ai rien à voir avec lui ! J'en ai marre de leurs conneries sur la pureté du sang et leur supériorité à la con, ils n'ont aucun droit !

Je n'ai même pas vraiment crié sur Sirius, et il doit le savoir – il doit même avoir prévu ma réaction, parce qu'il m'enlace par le dos et pause sa tête sur mon épaule.

- Ca va mieux ?

Cette fois-ci, son ton est vraiment concerné, avec cette petite pointe d'humour qui perce toujours chez lui et que j'aime tant. J'arrive même à lâcher un rire avant un grand soupir.

- Oui, merci.

Il dépose un baiser sur ma joue et nous restons un moment à contempler le lac.

- Tu sais, c'est comme ça qu'ils sont élevés, dit-il au bout d'un certain temps.

Surprise par cette entrée en matière, je mets un moment à comprendre qu'il répond à ce que j'ai crié quelques minutes plus tôt.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Les Sang-Pur ont des valeurs assez… - il cherche ses mots – traditionnelles.

Ce terme si sage venant de lui me surprend, mais je ne peux pas réagir car il continue son explication.

- La famille, l'honneur, la pureté du Sang… Ca ne va pas chercher plus loin. Rosier ne sait probablement rien de toi, sinon que tu fais partie de la tache sur son arbre généalogique.

- Eh ! Tache toi-même !

- Ah, mais j'en suis une grosse, crois-moi !

Je ris mais pour une fois, il semble déterminé à finir ce qu'il a commencé :

- Bref, tout ça pour dire que ce n'est pas contre toi qu'il en a. C'est contre sa petite cousine. Te provoquer n'est jamais qu'un moyen de se défouler, de se faire mousser aux yeux des autres… Et quand tu réponds, tu lui donnes raison, tu l'enfonces dans ses certitudes. Tu nourris le monstre, en fait.

- Attends… je dis en m'écartant pour lui faire face. C'est bien Sirius Black, le gars qui se bat avec sa propre cousine et qui a une sacrée dent contre les Serpentards en général qui me dit ça ?

Je m'attends à ce qu'il s'agace et soupire mais il hausse les épaules. Décidément, son comportement me désempare un peu plus chaque minute qui passe…

- Oui, booon, ça ne fait pas très longtemps que j'ai réalisé ça.

- Pas très longtemps comment ? je demande, suspicieuse.

- Cet été, un peu avant peut-être, répond-il en haussant les épaules, encore. C'est important ?

A vrai dire, je ne sais pas, alors je fais pareil : je hausse les épaules. Décidément. Il y a un moment de flottement pendant qu'il m'entraîne vers un banc. Nous nous asseyons et il me caresse la main tout en regardant à droite à gauche, un peu embarrassé. Nous y sommes, à cette fameuse conversation, et j'ai un million de choses à dire. Mais je vois bien que lui aussi et je préfère le laisser parler. Il semble y avoir réfléchi et a été plus posé que moi depuis l'attaque de Mary, alors je ne veux pas tout gâcher. Je me contente donc de triturer le pendentif argenté qu'il m'a offert, le phénix ayant replié ses ailes, craintif.

- Je dis ça parce que… finit-il par dire, parce que je sais que tu crois que je veux m'engager dans la guerre, dans cet Ordre, par esprit de vengeance ou de revanche contre ma famille, contre les gens comme Rogue. C'est un peu vexant mais je sais que ça doit être l'impression qu'on a donné, tous les quatre, depuis notre entrée à l'école. On n'a pas été des enfants de chœur, il faut bien l'avouer.

Ah ça… je songe, mais sans l'interrompre pour autant.

- Mais on était des gamins, Luth. En sept ans, on a appris à réfléchir. Je ne m'engage pas juste par esprit de rébellion. Et je n'ai aucune envie de me retrouver face à ma famille sur un champ de bataille, je peux te le garantir.

Il y a autant de colère que de souffrance dans sa voix, et je serre sa main pour lui montrer mon soutien.

- Mais alors… Pourquoi, Sirius ? Tu n'as pas à te sentir obligé parce que tu es un Sang-Pur.

- Je ne me sens pas obligé du tout. Mais je me bats par conviction, Luth. Parce que je connais ces gens-là, je sais comment ils raisonnent.

Il soupire.

- Tu sais, lorsque tu grandis dans ce genre de famille, tu n'as que deux chois : absorber complètement les idées sur les Sang-Pur sans te poser de question. Les répéter comme un perroquet, te couler dans le moule et vivre selon leurs codes toute ta vie. Ou alors, réfléchir et les rejeter. Certains préfèrent taire leurs doutes et faire comme si de rien n'était. D'autre ne le supportent pas et… perdent leur famille. Comme moi. Il n'y a pas de juste milieu, de zone grise, de tolérance… C'est tout ou rien.

Je retiens ma respiration. Sirius ne parle jamais de sa famille, de ce qu'il a traversé. Ses amis le savent, je suppose, eux qui ont été avec lui dès son premier jour à Poudlard, ou presque. Mais moi, qui n'ait été qu'une camarade de classe pendant toutes ses années, je n'arrive pas à imaginer, et encore moins à me mettre à sa place. Mes parents et moi avons bien des relations tendues ces derniers mois, mais ils ne m'ont pas reniée pour autant. Sirius continue :

- Quand tu es élevé comme ça depuis ta plus tendre enfance, tout remettre en question n'est pas facile. Surtout par les temps qui courrent, où ça ne parle que de ça, où ceux qui portent la marque sont adulés et valorisés. C'est un peu… tu sais, comme ce que les moldus appellent des religions et des sectes. Les gens croient si forts à leurs idées qu'ils sont prêts à mourir pour elles – ou, pour les plus intelligents, pour le pouvoir. Et – je déteste dire cela parce que leurs idéaux sont détestables – mais je comprends pourquoi. Pourquoi ils sont prêts à mourir ou à tuer. Parce qu'en un sens… je le suis aussi.

Il me regarde franchement pour la première fois depuis que nous nous sommes assis, attendant une réponse, mais je me contente de déglutir. Qu'est-ce qu'il veut que je lui dise ? Que je proteste ? Que je lui fasse une scène, que je le traite de fou ? Comme il l'a dit plus tôt : c'est vexant, mais je comprends qu'il le croie, étant donné mon attitude passée.

- On ne peut pas laisser ces gens-là gagner, Luth – et son ton est désormais suppliant. J'ai besoin que tu comprennes ça. Tu sais jusqu'où ils iront, s'ils le peuvent. Je ne te demande pas de te battre, toi aussi, je n'en ai pas le droit. Mais… mais moi, sur ce sujet, je ne ferai pas de concession.

Et je sens tout le sous-entendu derrière ses paroles, ainsi que ce que cela lui coûte. Il me demande de l'accepter ou de le quitter, et j'enrage que nous soyons obligé d'en passer par là à nos âges. On sort ensemble, ça ne devrait pas être une affaire de vie ou de mort ! On ne devrait même pas avoir à penser à notre avenir commun, et vivre au jour le jour en espérant qu'on s'aimera longtemps, rien de plus.

- Je sais que tu n'en feras pas, je me décide à dire au bout d'un moment. C'est pour ça que j'ai dit que je n'avais pas le choix quand McGonagall m'a parlé de mes relations. Ce n'était pas vraiment une critique…

J'hésite et je vois qu'il se retient de dire quelque chose. Il a beaucoup parlé et c'est à mon tour de le faire.

- Je n'ai pas envie de te quitter, Sirius. Ca peut paraître bizarre, mais c'est ma manière à moi de résister, de ne pas les laisser décider de ma vie pour moi. Et je sais aussi que je n'ai pas le droit de te demander de renoncer alors… alors je ferai avec.

Du moins, j'essaierai. Je lui adresse un sourire gêné et timide, consciente que mes paroles peuvent sembler froides et logiques, dénuées de tout sentiment. Mais c'est finalement le soulagement qui s'affiche sur ses traits et il m'attire contre lui pour me serrer dans ses bras. Je suis aussi soulagée que surprise par l'intensité de son émotion : tient-il donc tant que ça à moi ? Brusquement, je me sens coupable, incapable de savoir si mes sentiments méritent les siens.

oOoOo

Alors que nous rejoignons les autres à l'entrée de la salle de cours, nous croisons Lily et James. Visiblement, eux aussi viennent d'avoir une discussion sérieuse, mais peut-être pas telle que je l'imagine : James est blanc comme un linge, et Lily affiche un air déterminé presque féroce.

Mais mon esprit, plus apaisé, ne s'y attarde pas. En revanche, en découvrant Remus devant notre salle de classe, il réalise un détail – tout petit, insignifiant… ou pas : Sirius et moi n'avons pas mis les choses au clair sur ce point. « Encore une conversation croustillante à venir » se réjouit le neurone de la commère en furie, qui était étrangement silencieux ces derniers temps. Youpi.

oOoOo

Ma chère Audrey,

Plusieurs mois sont passés depuis que j'ai reçu ta dernière lettre, et j'ai honte de ne pas t'avoir répondu. Mais il s'est passé tant de choses ces derniers mois que je ne sais même pas dans quel ordre te les raconter.

Commençons par le plus évident : ma mère. Je ne sais pas ce que tu as appris depuis ton bout du monde, mais certainement plus que moi qui ait découvert par hasard qu'elle avait des problèmes avec son flux magique. Nous nous sommes terriblement disputées après ça et j'ai pris beaucoup de distance par rapport à eux. Je crois que ça les peine, et ça me fait quelque chose aussi, mais tant qu'ils n'auront pas compris que leur silence est dangereux, je ne vois pas comment faire autrement. J'ai essayé d'adoucir les mots dans mes lettres, hélas, leur silence reste le même. Je crois qu'ils attendent que l'été arrive et que je rentre pour que nous ayons une discussion saine et franche. Du moins, je l'espère, car je serai hors de Poudlard pour de bon, cette fois-ci.

Je relis le paragraphe que je viens d'écrire et fait une moue à moitié satisfaite. Je ne parle pas vraiment de l'état de ma mère dans cette lettre, mais peut-être est-ce parce que je n'ai aucune certitude à ce sujet. Les hiboux que mes parents m'envoient m'assurent qu'elle fait des progrès, qu'il n'y a plus de crises à craindre et qu'elle regagne petit à petit le contrôle de son flux magique. J'hésite à les croire.

Le silence qui s'est installé entre nous me peine plus que je ne veux bien l'avouer à Audrey. Mes parents me manquent, même si je reçois toujours autant de courrier. Les lettres sont les mêmes qu'avant, et c'est ce qui les rend si vides. On n'y lit rien de ce qu'il s'est passé, de ce que nous avons traversé. J'espère vraiment que l'été et mon retour à la maison apporteront un vrai changement à la situation. Que nous pourrons discuter sereinement, honnêtement, et qu'ils comprendront que ca y est, je suis dehors et qu'il faut m'aider et non me mettre des bâtons dans les roues. D'ailleurs, en parlant de ça…

Ceci dit, je conserve quelques doutes sur leur bonne volonté au vu de la lettre salée que j'ai reçu de leur part il y a quelques temps. Comme je te l'explique plus bas, j'ai été forcée de me battre contre l'habituelle bande de Serpentard, à tel point que le professeur McGonagall a averti mes parents. Et ils n'ont rien trouvé de mieux à me dire que d'arrêter de provoquer ces abrutis pour ne devenir leur prochaine cible ! Comme si c'était moi qui provoquait, attaquait, avait décidé de ruiner la vie de toutes les personnes qui ne rentrent pas dans mes petites cases étriquées !

Je grince encore des dents à ce souvenir. Je suis la seule à avoir eu droit à une lettre de ce genre – les parents de Sirius n'ont même pas pris la peine de lui envoyer une Beuglante. Même Peter a eu droit à des félicitations de sa mère pour son attitude responsable ! Bon, je suis sûre que mes parents auraient en effet préféré que j'aille trouver le professeur McGonagall, mais… Enfin. Heureusement, j'ai eu droit à du réconfort. De Keith, d'abord, qui a haussé les épaules en me donnant un coup de coude :

- Laisse tomber, ils ne peuvent pas imaginer comment c'était, va. Moi j'te soutiens !

Ca fait du bien d'avoir des gens d'accord avec vous dans votre propre famille. Sous la pression d'Ann, j'ai fini par raconter à mon frère ce qu'il se passait vraiment à la maison. Il a réagi bien mieux que moi, s'est montré étrangement plus compréhensif. Du moins je crois. C'est un garçon qui parle peu de ses sentiments… Un ado, quoi. Mais je pense qu'il comprend nos deux points de vue et ne sais pas trop quel camp choisir.

J'ai fait l'erreur de parler de mon observation à Sirius, et nous avons encore manqué de nous disputer à ce sujet.

- C'est une manie dans ta famille, a-t-il plaisanté lorsque je lui ai fait part des hésitations de mon frère.

- En même temps, à quatorze ans, ça n'est pas très surprenant – bien sûr que j'ai pris la défense de Keith.

Sirius a haussé les épaules. J'ai senti le nom de Regulus flotter dans l'air et je n'ai pu m'empêcher de saisir l'occasion d'en parler :

- Ton frère…

Mais il m'a coupé immédiatement :

- Regulus a choisi son camp, Luth.

- Mais il n'a que quatorze ans ! Et comme Keith, il a plein d'influence divergentes autour de lui… Toi-même, tu as admis que tu n'aurais pas pu faire un choix réfléchi à cet âge !

- Mon choix, je l'ai fait à onze ans, quand le Choixpeau m'a proposé Gryffondor, comme cela me conviendrait, ou Serpentard, où j'aurai la vie facile. J'ai pris ma décision, mon frère aussi, tant pis pour lui. Regarde ses amis, si ça n'en dit pas assez long sur lui.

Je pense, encore une fois, à la photo sous son lit, et je ne comprends pas comment il peut rejeter en bloc toute sa famille. Comment il peut être aussi définitif. Non, je ne comprends pas cette dureté dans son ton, cette façon définitive qu'il a de voir les choses en noir et blanc.

- Désolée…

Je préfère m'excuser plutôt qu'enfoncer le clou. Ca doit être douloureux, je persiste à le penser, et je dois me résigner au fait que je n'ai pas le pouvoir de tout arranger pour lui. Il est adulte, après tout…

- C'est rien, me répond-il après un instant.

Et il m'a pris la main pour rejoindre les autres près du feu dans la Salle commune.

Il y a Mary, aussi. Il y a quelques semaines, elle a été attaquée par la bande de… Je suis encore tellement en colère que je ne trouve pas de qualificatifs assez forts pour les décrire. Ils se sont mis à cinq contre elle. Heureusement que nous passions par là, car je n'imagine pas ce qu'ils auraient fait d'elle.

Je mordille ma plume, hésitant à tout lui raconter en détail, mais c'est au dessus de mes forces de tout écrire. Et je risque d'embrayer encore sur la guerre, la guerre encore et toujours. Je vais en parler suffisamment à cause de cette histoire, et je ne veux pas trop m'engager par écrit. Parler de l'Ordre du Phénix me démange, mais je préfère me taire, tant cette organisation me semble secrète.

Bref. Après plusieurs jours à l'infirmerie, elle est remise et de retour en cours. Et elle m'impressionne. Je ne savais pas comment elle réagirait à ça, mais je n'imaginais pas qu'elle serait aussi courageuse : elle continue comme si de rien n'était. Elle ne baisse pas le regard devant les Serpentards, bien au contraire, elle les fixe sans peur ni honte, sans être bravache non plus. Elle donne l'impression de s'être juste pris une porte par mégarde… Je crois qu'ils détestent ça, ce qui semble être une absence de réaction. Depuis qu'elle est sortie de l'infirmerie, ils sont bien moins arrogants et hautains qu'avant. Ils ne peuvent pas faire grand-chose, avec un professeur collé aux basques tout le temps et sans leur baguette (de vrais moldus, bien fait pour eux !), et peut-être que cela joue aussi.

J'envie son courage à Mary. Je sais que j'aurai été incapable d'agir comme elle si la situation avait été inversée. J'espère que j'aurai été plus furieuse qu'apeurée, mais je n'ai aucune certitude, et ce simple doute m'effraie. Et quand je vois ma tempête intérieure, je n'ose imaginer ce qu'elle cache derrière cette façade de bonne humeur. Est-elle vraiment aussi solide qu'elle en a l'air ? J'essaie de la soutenir, d'être présente, mais Mary reste Mary : discrète, solitaire, presque… secrète. Parfois, elle disparaît pendant une heure ou deux, et revient plus apaisée. Mais par quoi ? Par qui ? Lorsque je me pose cette question, je songe à Caroline qui s'inquiétait pour elle lorsqu'elle a été attaquée, et je me demande encore pourquoi. Est-ce elle qu'elle va voir ? Et si oui, pourquoi nous cacher son amitié ? Je sais que nous ne sommes pas forcément très ouvertes aux autres maisons, mais à moins qu'elle ne devienne amie avec Bellatrix, nous ne l'exclurions pas pour autant.

Cette attaque – car c'en est une, au sein même de l'école – nous a tous mis face à des choix à faire. Partir, comme toi, vivre en sécurité ? Rester ? Mais rester pour quoi : pour se battre, pour subir ? Tu connais sans doute déjà le choix des garçons. Mais dans mon dortoir, certaines prises de positions m'ont surprises. Ann, comme d'habitude, n'a rien dit. Je ne l'en blâme pas, mais cela nous fait (encore, hélas) un point commun de moins. Lily se battra – cela, j'en avais la certitude depuis quelques mois. Je suppose que sortir avec James n'a rien arrangé, et que les restes de son amitié pour Rogue ont été balayés par l'attaque de Mary.

Je mordille ma plume, me rappelant cette conversation avec Lily. Alors que Sirius a enfin compris ma décision de ne pas intégrer l'Ordre, elle est celle qui tente de me convaincre de le rejoindre.

- On ne te demande pas de te battre Luth. Tu utilises toujours ce terme, mais il y a plein de moyens de contrecarrer Voldemort, qui ne nécessitent pas forcément d'être un expert en Défense !

- Je sais, mais appartenir à une organisation secrète c'est comme placer une cible au dessus de ma tête.

- Tu es la première à dire que tu l'as déjà, la cible. Tu es amie avec moi, tu as Rosier comme cousin, tu sors avec Sirius ! Alors autant avoir une vraie raison de…

Je hausse un sourcil d'avertissement.

- De t'engager.

- Et toi, tu seras toujours aussi engagée quand tu te retrouveras face à Rogue ?

L'attaque est lâche, je le sais. Lily blêmit et serre les dents, mais je dois lui reconnaître un sacré cran puisqu'elle répond presqu'aussitôt, enjouée :

- C'est pour ça qu'on a inventé le Stupéfix, non ?

Et je me demande encore une fois si elle lui est vraiment devenue indifférente.

Mais celle qui me surprend le plus, c'est Mandy. Moi qui la croyais fonceuse, aussi déterminée que les garçons à affronter Tu-Sais-Qui, je la vois douter, hésiter. J'ai l'impression que ses parents – et surtout les problèmes de ma mère, qui est proche de la sienne – la font hésiter. Sans parler d'un autre événement, plus trivial, qui lui fait prendre un peu de recul.

Mandy et moi, encore une grande histoire. On ne s'appréciera jamais plus que ça, je pense, même si elle finit par se remettre de son amour pour Sirius. Mais nous avons quand même quelque chose, ce même quelque chose qui retient les Gryffondor dans la salle commune les soirs de drame. Une certaine idée de l'entraide, peut-être ? Quoiqu'il en soit, Mandy ne deviendra finalement pas Auror. Elle a demandé un internat chez les Oubliators. Surprise, surprise.

D'ailleurs, je comptais t'en parler, de ce quelque chose de trivial. Ca va te réjouir. Comment te dire… l'énigme du garçon Mystère a été résolue – il y a quatre mois maintenant. Il se trouve que je sors désormais avec ce charmant jeune homme, Gryffondor de son état et… Hum, non, je crois que je ne t'en dirai pas plus, car je noircirai trois rouleaux de parchemins. Nous aurons tout le temps d'en discuter cet été.

Eh oui, cet été ! J'ai vraiment hâte : du soleil, pas de guerre, plus d'ASPICs… la belle vie ! J'attends juste de croiser Caroline pour qu'on se mette d'accord sur l'organisation du voyage et on sera enfin près de toi.

Sur cette note réjouissante, je m'arrête avant d'aborder un sujet qui l'est moins. Restons optimiste, c'est la clé, n'est-ce pas ? Passe le bonjour à ta mère et à ce cher Anton – j'espère que tu nous le présenteras, hein !

Luth.

Je jette un œil à Sirius, assis près de moi, et masque un sourire. Lorsque je lui ai parlé des trois semaines que j'allais passer en Australie, il a râlé que c'allait être long. Bien sûr, on se manquera mutuellement mais je pense aussi que c'est pour le mieux. Il est déjà installé, mais il en profitera pour retrouver ses amis, s'occuper de l'Ordre – et il vaut mieux que je sois loin pour ça. Et ça nous laissera aussi le reste de l'été, avant qu'il ne commence sa formation d'Auror avec James et que je n'entre à Ste Mangouste.

Je suis heureuse d'avoir terminé la lettre d'Audrey sur une note optimiste, ça montre que j'en suis encore capable malgré toutes les épreuves passées et celles qui m'attendent. Après tout, je suis plutôt chanceuse : une famille vivante, qui, malgré des tensions, s'entend plutôt bien, un métier passionnant qui m'attend, un petit ami que j'aime et des amis qui me correspondent. Des amis qui changent, aussi, je songe en regardant Ann et Lily penchées sur leurs révisions. Mais c'est la vie. A part la fin de la guerre, que souhaiter de mieux ?

oOoOo

Le mois d'avril touche à sa fin et le temps commence, lentement mais sûrement, à se réchauffer. Les ASPICs arrivent à grand pas et nous croulons tous sous la charge de travail, ce qui laisse peu de place à l'actualité, aux rancœurs dans les couloirs et même aux moments passés en amoureux. Heureusement que nous pouvons encore réviser entre amis, sinon j'aurai cassé ma baguette moi-même.

Le dernier week-end d'avril est l'occasion d'une sortie à Pré-au-Lard. La dernière avant les ASPICs, la dernière de notre scolarité. Après de nombreux débats, nous décidons de tous y aller ensemble. Mary semble un peu déçue par cette décision, me ramenant encore une fois à mes interrogations. Quant à Peter, les garçons insistent lourdement pour qu'Agatha nous accompagne, mais il tient bon.

- Ma main à couper qu'il va s'éclipser dans la journée, me souffle Lily le matin dit, alors que nous franchissons les grilles du portail.

- On devrait faciliter sa fuite, tu ne penses pas ? je rétorque en jetant un œil aux quatre garçons en grande conversation quelques mètres derrière nous.

- C'est la moindre des choses.

Lily suit mon regard et ajoute :

- D'ailleurs, c'est moi où ils sont encore en train de comploter ?

- Je me demande même pourquoi tu poses la question.

- On n'a jamais terminé notre investigation, alors…

D'ailleurs, il faudrait que je lui parle de ma conversation avec Remus. Avec tout ce qu'il s'est passé, j'ai complètement oublié, et il est évident que monsieur le discret en sait bien plus long que ce qu'il a bien voulu m'avouer. Comme des choses au sujet de notre discrétions, à Lily et moi.

- C'est vrai qu'on a été un peu occupées, concède-t-elle. Je te propose que dès nos ASPICs terminés, on sorte le grand jeu.

Je lève un sourcil sceptique.

- Ca dépend quel sens tu donnes au grand jeu…

- Luth !

Je ris tandis que le neurone de la groupie en furie frétille d'impatience à l'idée d'essayer quelques techniques de son crû. « Rabat-joie » grommelle-t-il devant mes réticences. « C'est pas ma faute si tu parles de Remus et de grand jeu en même temps ». Mais faites le faire ! « Heureusement que Sirius n'est pas legilimens », se moque le neurone de la commère. Pour une fois que je suis d'accord avec lui…

- Oh, ça va, on vous a surpris suffisamment de fois pour savoir que tu n'es pas aussi… respectueuse du règlement que tu voudrais le faire croire.

- Tu peux parler !

- Eh, mais moi je ne suis pas Préfète-en-Chef !

Nous arrivons en vue du village lorsque je sens Sirius qui m'attrape doucement la main etme retient alors que les autres avancent toujours.

- Tu veux bien venir un moment ? J'ai… quelque chose à te dire.

Je lui fais face, inquiète, mais il m'adresse un sourire rassurant, quoiqu'un peu crispé. Mon cœur s'accélère. Je jette un coup d'œil aux autres qui s'éloignent. Seuls Ann et Remus nous jettent un bref coup d'œil. Celui de la première est entendu, le second plutôt anxieux. Je remarque alors que James retient également Lily en arrière. Après quelques paroles, ils se rapprochent de nous.

- On y va ? demande James à son ami de toujours.

Il confirme d'un mouvement de tête. Lily et moi échangeons un regard d'incompréhension. Les garçons nous entrainent dans une rue moins fréquentée à la sortie du village. Je vois encore la rue principale et mes amis flâner autour de Zonko. Une pression de Sirius sur ma main me ramène vers lui.

- Bon ! s'exclame James en prenant une grande inspiration. Euh…

- Voilà, les filles… On doit vous avouer quelque chose, continue Sirius d'un ton un peu sec.

- On fait ça parce que euh… C'est la fin de l'année et…

- On aimerait bien que vous restiez avec nous après…

Lily éclate de rire en enlaçant son cher et tendre.

- Ne me dites pas que vous n'aviez pas le courage de nous faire une déclaration chacun de votre côté ?

- Quoi ? Non, bien sûr que non ! rougit James.

J'adresse un sourire timide à Sirius qui essaye de me le rendre, sans succès. Son ami se défait de l'étreinte de Lily et, croisant son regard, redevient sérieux.

- C'est que... C'est un secret qu'on ne pourra plus vous cacher dehors

Aussitôt, je m'inquiète. J'ouvre de grands yeux et reprend ma main à mon petit ami pour croiser les bras sur ma poitrine.

- Je savais bien que vous faisiez des choses dangereuses ! Ann le répétait tout le temps ! Je ne voulais pas la croire mais elle avait raison ! Ne me dites pas que…

- Luth ! s'écrie Sirius. Ca n'a rien de… véritablement dangereux ! Plus maintenant en tout cas.

- Quoi, parce que ça l'était avant ?

Je les toise, furieuse.

- Tu veux bien écouter ce que nous avons à dire et t'énerver après ? s'exaspère James.

Je grogne pour seule réponse, leur intimant de parler vite. Ils se regardent, incertains, ne sachant visiblement pas par quel bout commencer.

- C'est quelque chose qui date de la cinquième année, commence Sirius. On a commencé à étudier les mét…

Soudain, un hurlement nous transperce les oreilles. Je sursaute violemment. Les garçons pivotent vers la Grande Rue, baguettes tirées. Je manque de m'évanouir de frayeur. Des capes noires. Des jets verts. Mangemorts. Des Mangemorts à Pré-au-Lard. Des Mangemorts parmi les élèves. Ann ! Ann est là-bas au milieu ! J'esquisse un geste, un bond en avant, mais me sens tirée brutalement en arrière.

- Tu es folle ! me dit Sirius. Suis-nous et sort ta baguette !

J'obéis. Mes mains tremblent. Les trois autres ont réagi bien plus vite que moi. Sirius me tient fermement la main. Nous empruntons de petites rues parallèles et vides pour remonter vers Zonko. On entend des cris. Et une odeur inidentifiable, celle de la peur et de la mort.

Nous arrivons en face de Zonko. De l'autre côté de la rue principale, nos amis, encerclés par trois ombres. Baguettes sorties, ils recherchent un abri. Je vois McKinnon se battre contre un Mangemort, non loin. Remus et Mandy sont devant les autres. Mary est à peine en retrait. Peter, caché derrière, pointe quand même sa baguette. Et au fond, Ann, figée et blême, les yeux agrandis de terreur. Baguette inutilement pointée vers le sol. Peur. Elle va se faire tuer. Sans sommation. Et si je vais l'aider, je vais mourir aussi.

- A trois, tu lances un Stupéfix, murmure une voix à mon oreille.

Je sursaute. J'ai peur. Sirius m'a surprise. Je déglutis et raffermis ma prise sur ma baguette. Ne pas hésiter.

- Un… deux… TROIS ! crie James.

- STUPEFIX ! je hurle comme un automate.

Deux sorts sur un Mangemort qui tombe. Un éclat violet atteint Mandy qui s'effondre. Reste deux silhouettes noires qui n'ont pas été touchées par les sortilèges. Surgir dans la rue principale. Ne pas tourner la tête pour ne pas voir des milliers de Mangemorts marcher sur des corps. Sauver mes amis. Et moi.

Les deux Mangemorts indemnes se collent dos à dos, chacun tenant un groupe en joue. Je crois entendre une voix moqueuse apostropher Sirius. Il attaque. James l'aide. Je ne m'arrête pas. Aider les autres. Evitant un sort d'un bond, je m'affale sur Mandy.

- Peter, aide-moi !

Nous la trainons lourdement dans un ruelle adjacente, encombrée de cartons et de poubelles. Cul-de-sac. Pris au piège. Pas le choix.

- Réveille-là ! j'ordonne à Peter en repartant chercher Ann.

Je tremble en déboulant dans la rue où les sortilèges fusent. Lily aide James et Sirius. Mary tente vaillamment de soutenir Remus, mais le combat est trop inégal. Ils reculent vers un coin sans issue.

- INCARCEREM ! je vocifère sans réfléchir.

Les cordes jaillissent et entravent le Mangemort. Il tombe. L'Impedimenta de Remus et le Stupéfix de Mary l'achèvent. Je me jette sur Ann. Qui ne réagit pas. Panique. Je la secoue. La gifle.

- Faut partir, Ann ! Bouge ! Mais BOUGE !

Lui attraper le bras, la trainer sans ménagement vers notre semblant d'abri. Mary nous suit. Pas Remus. Va aider ses amis.

Dans le refuge, Peter tremble mais guette. Je jette presque Ann derrière une poubelle. Mandy est réveillée. Je lui tends sa baguette, même si elle est encore un peu sonnée. Il y a urgence. Puis je me tourne vers Ann qui semble sortir de sa torpeur. Je ne peux pas faire mieux.

- Qu'est-ce qu'on fait ? demande Peter ?

On essaye de survivre, putain !

- Il faut rentrer au château, murmure Mary. Le plus vite possible.

- Par les petites rues, j'ajoute. Mais ça veut dire qu'on doit retraverser la Grande Rue…

- On ne peut pas abandonner les autres ! lance Mandy en se redressant brusquement.

- J'ai jamais dit ça !

Mandy lance un rapide coup d'œil à l'extérieur en se frottant l'épaule, là où le sortilège l'a touchée.

- OK, ils sont quatre contre deux. On sort tous en même temps, on les vise, on les met KO. On ne s'arrête surtout pas, on récupère les autres et on fonce dans une petite rue en face. Prêts ?

C'est plus un ordre qu'une question. Mary me surprend en se tournant, impassible, vers le danger. Peter acquiesce en tremblant. Bon. Pas prête, mais pas le choix. J'attrape la main d'Ann.

- On y va !

Surgir, courir, viser. Maléfice du Saucisson. Il tombe. Garder la main d'Ann. Ne pas s'arrêter. J'entends la voix d'un professeur, peut-être McGonagall, qui hurle aux élèves de rejoindre l'école. Panique. Hurlements. De peur, de douleur. Sirius a du sang sur le visage. James, un bras qui pend, inutile. J'aperçois Mandy attraper Lily en passant près d'elle et l'entrainer. Les autres emboîtent le pas sans sourciller.

Je pousse un soupir de soulagement lorsque nous arrivons enfin loin de la rue principale. Mais nos meneurs ne nous laissent pas de répit. Le château. La sécurité. Bifurquer sur la gauche. Continuer de courir. Peur. D'autres élèves nous rejoignent dans notre course. Je m'essouffle. Tirer Ann m'épuise.

Soudain, je suis projetée à terre. Ann, sur moi, ne réagit pas. Je la repousse sans ménagement. Un rire derrière moi. Un ricanement familier. Qui ?! Je me redresse d'un bond. Une forme noire devant moi lève sa baguette.

- STUPEFIX ! je braille instantanément.

Raté. Le Mangemort vise ma meilleure amie. Il rit, il me fait l'impression d'un fou.

- Protego !

C'était une ruse. La protéger elle, c'est me rendre vulnérable. Il ne prend même pas la peine de lance un maléfice sur elle, dévie sa baguette droit sur moi. Crier. Peur. Je l'évite sans savoir comment.

- INCARCEREM ! je hurle de nouveau.

Touché. Il fait de grands gestes pour éviter les cordes qui jaillissent de ma baguette. Ne pas attendre.

- STUPEFIX !

Il tombe. Sa cagoule glisse.

Rosier.

Le fait de voir un visage connu, trop connu, enclenche mon instinct de survie. Rapidement, fébrilement, sans réfléchir, j'enchaîne les geste. Partir, fuir, partir très loin. Fou, dangereux, malade. Réveiller Ann. Enervatum. La pousser vers l'école. Elle comprend. Elle courre. La suivre. Le Mangemort va revenir à lui. Je l'entends déjà bouger. Courir.

« SELWYN ! » cri rageur. Bruit de course derrière moi. Courir. Plus vite.

James et Sirius. A contre courant. Nous cherchent ? Je suis presque à eux. Rosier s'approche. Accélérer encore. Désespérément. N'y arrive pas. Je distingue un nouveau sortilège :

- OUBLIETTE !

Peur, terreur, transplaner. Ma dernière sensation est un grand froid dans le dos. Et ensuite, le néant.


Bon, cette fois ci, Luth ne peut hélas pas vous dire grand chose...

Quant à Caprice, elle vous donne rendez-vous très prochainement pour l'Epilogue. Peut-être pas la semaine prochaine car elle part visiter le pays de Harry (à moi les studios HP *o*) [J'essaierai de poster quand même, ceci dit, en préparant le chapitre avant mon départ]. Elle espère que vous lui laisserez quand même vos impressions sur cette fin un peu brutale et vos pronostics sur le contenu de l'épilogue... *tend des mouchoirs* Bon dimanche, sinon!