Bêta : Nanola
La voie de l'Oméga
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Chapitre 23
Mon amie,
Je suis mortellement inquiet pour vous, ce d'autant que notre ami commun m'a transmis la teneur de votre dernier courrier.
Les nouvelles que j'ai réussies à glaner autour de moi ne sont pas bonnes, non pas au sujet de votre enfant, de ce côté-là je peux soulager votre cœur immédiatement, mais bien celles vous concernant directement.
Narcissa, je vous en conjure, vous devez quitter votre époux et le Royaume de Serpentard le plus rapidement possible. Prenez contact dès que faire se peut avec ceux qui sont à l'origine du sauvetage de votre premier-né, ils seront sans doute à même de vous aider à votre tour ou, au moins, de vous soustraire à la folie destructrice de Lucius pendant un temps.
De mon côté, je vous assure que je m'emploie à trouver des solutions durables pour vous garder en vie.
Narcissa, sauvez-vous, ou je ne pourrai plus rien faire pour vous.
Votre dévoué ami,
S.
… … …
Le mâle s'approcha de lui puis s'assit sur son arrière train en continuant de le dévisager de ses yeux verts mêlés d'ambre. Draco se surprit à penser que les yeux de Harry étaient différents en tant qu'humain. L'ambre n'était plus là, ne laissant place qu'au vert profond qu'il aimait tant. Sans savoir pourquoi ni même chercher à se contrôler, Draco enlaça le cou du loup, cachant son nez dans la fourrure sombre et douce. Il avait tant besoin d'être câliné, rassuré.
Des craquements se firent entendre, le corps sous lui mouva et finalement, ce furent deux bras humains qui l'enserrèrent contre un torse d'homme nu.
« Charlie m'a demandé de te retrouver, » murmura Harry en caressant les cheveux blonds, le nez de Draco toujours dans son cou. « Notre Bêta était bien embêté. Il est désolé de t'avoir fait peur. Et plus encore d'avoir blessé Ayase. »
« Il lui a fait du mal ? » s'écria Draco, l'angoisse au ventre.
« Non ! Non, il ne lui a rien fait. Il l'a blessé dans le sens où il l'a fait pleurer, tu comprends ? » se reprit Harry, comprenant son erreur.
Il s'assit plus confortablement et installa le plus jeune entre ses jambes. Draco sentit ses joues rougir en réalisant que le dominant était entièrement nu du fait de sa transformation. Compagnon-Loup, quant à lui, s'en moquait comme d'une guigne ! Son mâle préféré, celui qui lui plaisait plus que tout autre le tenait contre lui, c'était bien le plus important ! Le fait qu'il soit nu ne le gênait nullement. Au contraire, cela lui permettait de mieux sentir son odeur, sa chaleur. Il n'avait qu'une envie, celle de lui montrer sa gorge, lui lécher le cou, les joues, lui dévoiler son ventre. Il voulait le puissant dominant pour lui. Draco frissonna, tentant une nouvelle fois de refréner sa partie lupine tout en se délectant des caresses que lui prodiguait Harry.
« Je suis passé vous voir tout à l'heure. J'ai trouvé Charlie tout seul avec Asami, désemparé. Il m'a expliqué ce qui s'est passé. Ayase s'est réfugié dans sa tente monoïque. Charlie voulait aller gratter à sa porte pour le convaincre de revenir mais il ne voulait pas te laisser vagabonder seul il ne savait où, ni laisser Asami. Du coup, je me suis proposé pour te rechercher. Il est normal qu'il aille auprès de son compagnon. »
« Ils ont crié très fort, » chuchota Draco, ses lèvres bougeant contre la peau lisse du creux du cou de Harry qui ferma les yeux sous la sensation. « Charlie s'est mis en colère. C'est le Bêta, il est fort, son aura était écrasante. J'ai eu très peur. »
« Charlie ne te fera jamais le moindre mal, ni à toi, ni à Ayase, » assura Harry.
« Je sais, enfin, une partie de moi le sait. Mais sur le coup, j'ai totalement paniqué. Et puis, j'ai eu peur pour Ayase aussi. Il pleurait. »
Ses doigts pâles s'enfoncèrent dans la chair de Harry.
« Je l'ai laissé tomber. Je me suis enfui et je l'ai abandonné. Je suis un lâche. »
« Non, » le contredit Harry en le berçant doucement. « Non, tu n'es pas un lâche, tu es juste très jeune. Ne t'inquiète pas, je suis sûr qu'Ayase ne t'en veut pas du tout. »
« Il veut un bébé. »
« Oui, je sais. »
« Molly dit que les dominants sont des idiots, qu'ils ne veulent pas beaucoup de louveteaux parce qu'ils ont peur de ne pas pouvoir les nourrir. »
« Je suppose que c'est vrai, notre nature nous impose de prendre soin de notre compagnon et de nos enfants. C'est à la fois humain et lupin, d'autant que dans une meute de loups, seul le couple dominant peut avoir des louveteaux. Les autres n'en ont pas, tout le monde se dévoue pour la survie et le bien-être des louveteaux. Je pense que c'est pour cela que nous, dominants Loups-garous, nous agissons ainsi. Nous préférons en avoir moins mais qu'ils ne manquent de rien. »
« Ayase et Charlie n'ont qu'Asami, pourtant. Et Charlie est le Bêta, ils peuvent bien avoir un autre enfant. »
« Draco, ce n'est pas que cela. Ayase a failli perdre la vie en mettant au monde Asami. Il voulait un autre enfant, Charlie a fini par céder, mais il a du mal à tomber enceint et n'a pas pu dépasser le stade de la première lune pour ses grossesses suivantes. Il l'a très mal vécu. Charlie ne veut plus prendre de risques. Ni pour la santé d'Ayase, ni pour son état psychologique. »
« Mais Ayase désire tant un enfant ! Molly... »
« Molly devrait faire un peu plus attention à ses paroles, tout comme Ginny, » le coupa Harry.
Draco sursauta dans ses bras, tant en raison de la voix grondante, dominatrice, qu'en raison de ce que disait le jeune homme.
« En fait, si je suis passé chez vous, c'est parce que Ron et Hermione sont venus à la maison tout à l'heure. Ils m'ont répété ce que Ginny t'avait dit. »
Le petit soumis blond se cramponna à lui et se remit à pleurer.
« Draco, non, ne pleure pas, bébé, » fit Harry en le serrant un peu plus fort contre lui.
« Je ne veux pas être donné, Harry. Je ne veux pas qu'un mâle me prenne, enfin, me gagne lors d'un jeu. Je veux pouvoir choisir mon compagnon, » pleurnicha l'adolescent.
Harry eut le sentiment que son cœur ratait un battement. Il reprit ses caresses sur les cheveux et le dos du soumis avec plus de ferveur.
« Tu ne refuses plus l'idée d'un compagnon ? »
« Je... Ma partie humaine ne le veut pas, mais je ne suis pas stupide, j'ai parfaitement saisi que ma partie lupine, elle, ne veut que ça. C'est vrai, j'ai besoin d'un mâle, d'un dominant. J'ai besoin que l'on me rassure, que l'on me cajole. Dominant ou soumis, les autres ne me satisferont plus encore très longtemps, » avoua Draco à mi-voix.
Il releva son visage, plongeant ses yeux gris dans les verts de son vis à vis.
« Mais je ne veux pas de n'importe qui. Je ne veux pas être gagné. Je ne veux pas revivre ce que j'ai déjà vécu. Harry, je ne veux plus de ça. »
Harry déglutit, perdu dans la contemplation du visage fin. Sa main se posa sur la joue pâle, faisant fermer les yeux à Draco qui s'appuya contre la paume chaude et douce.
« Ce que Ginny ne t'a pas dit, c'est que toi aussi, Draco, tu pourras donner ton avis. Tu ne décideras pas seul, c'est vrai. Tes parents et l'Alpha auront le dernier pouvoir de décision parmi les mâles vainqueurs des différents combats. Pas toi. Mais ne te méprends pas. Ton loup ne voudra pas d'un perdant de toute façon. Il le rejettera. Tu es un Oméga, le plus délicat des soumis existants de notre espèce. »
« Je suis le plus faible, » fit Draco, amer.
« Non, tu es le plus précieux. Surtout à mes yeux, » répondit Harry, son souffle se perdant sur les lèvres de l'autre garçon.
« Harry, » souffla Draco, éperdu. « Toi, tu es fort. Est-ce que tu gagnerais les combats si demain un mâle me réclamait ? »
« Personne ne va te réclamer pour le moment, Draco. Profite des instants présents, profite de la nouvelle vie qui s'offre à toi. Tu es aimé, choyé dans cette meute. Préservé. Cesse de te torturer l'esprit. Nous te protégeons. »
Draco se perdit dans la contemplation des perles vertes, vibrantes, vivantes, qui le dévoraient. Un feu étrange grondait dans son ventre, lui faisant ressentir des sensations inconnues. Harry reprit ses caresses sur sa joue tout en murmurant de nouveau.
« Mais oui, je me battrai pour toi, Draco. »
Puis dans un mouvement lent, il abaissa son visage et vint écraser ses lèvres pleines sur celles roses du plus jeune qui frissonna.
La pression se relâcha rapidement alors que Harry se redressait, prenant la main de Draco dans la sienne.
« Viens, je te ramène chez ton père. »
… … …
Le jeune dominant se transforma de nouveau en loup peu avant leur arrivée au village. Draco posa alors sa main, qui était jusqu'alors fermement tenue par celle de l'autre homme, sur le crâne épais de l'animal, ses doigts glissant dans les poils noirs.
Le petit Oméga blond était un peu perdu. Régulièrement, sa main libre venait se poser sur ses lèvres, comme s'il ne pouvait y croire et voulait tenter de retrouver les sensations, certes fugaces, de ce qui avait été son premier baiser.
Car c'était bien de ça dont il s'agissait, n'est-ce pas ?
Cependant, il n'eut pas trop le temps d'y réfléchir plus avant car ils atteignirent rapidement la demeure de Charlie. Le Bêta sortit sur le devant de la porte alors que Draco l'approchait, ses sens à l'affût l'ayant sans aucun doute prévenu de son arrivée.
« Draco ! » s'écria le mâle roux en le prenant contre lui. « Par la lune, ne me refais plus jamais une peur pareille ! Où étais-tu ? »
L'adolescent resta interdit, ne sachant quoi répondre. Il sentait la réelle inquiétude du dominant. Cela le surprenait. Bien que Charlie tenait à lui, il n'aurait jamais pensé que sa ''fuite'' aurait pu le contrarier à ce point.
« Juste un peu plus loin dans la forêt, » répondit-il, sans chercher à se soustraire de l'étreinte paternelle de l'homme.
« Ne refais plus ça, mon garçon, je suis désolé de t'avoir fait peur, mais ne pars plus aussi loin tout seul, d'accord ? » fit Charlie en refermant ses bras plus fermement encore contre le dos du plus jeune.
« Oui, d'accord, » murmura Draco en frottant son nez contre la chemise de Charlie.
Il le frotta et le frotta encore, s'empreignant de l'odeur de nouveau rassurante, apaisante de son père adoptif. Puis il releva légèrement son visage afin de lécher le menton râpeux, le contour de la mâchoire et au final, rejeta sa tête en arrière afin de dévoiler sa gorge. Aussitôt, les dents et la langue du Bêta la parcoururent, montrant ainsi son pardon et son affection pour l'Oméga.
Enfin, Charlie libéra Draco de son accolade et se pencha vers le grand loup noir qui étudiait la scène, impassible.
« Merci beaucoup, Harry. Draco et moi devons discuter à présent. Demain, après la classe du matin, je te l'enverrai sur la plage. Je te confie mon fils. »
L'animal grogna en signe d'acquiescement puis leva son museau vers le soumis qui s'accroupissait devant lui.
« Merci beaucoup, Harry, » chuchota Draco à son tour. « J'ai vraiment apprécié notre discussion, tu sais, ça m'a fait du bien de parler avec toi. »
Les yeux gris dérivèrent vers le sol et les joues pâles se teintèrent un peu tandis que Draco pensait qu'il n'avait pas apprécié que la discussion entre le mâle et lui. Un grondement proche du rire lui répondit. L'adolescent redressa son visage, il prit le cou imposant entre ses bras et plongea son nez dans la fourrure ébène.
« J'ai hâte d'être à demain, » souffla-t-il si bas qu'il espérait que seul Harry puisse l'entendre.
Cette fois, le loup émit un nouveau grognement, clairement satisfait. Alors que Draco frottait son nez contre la truffe humide, le loup en profita pour lui lécher le visage, sa langue passant sur les joues, le petit nez pointu et les lèvres.
« Arrête, tu me chatouilles ! » rigola Draco alors qu'il tombait, fesses au sol.
Mais Harry, ravi, ne s'arrêta pas si vite et continua ses léchouilles, faisant éclater de rire le garçon. Finalement, Draco se laissa lécher en riant, ses mains bataillant gentiment contre les poils noirs qui le chatouillaient allègrement.
Alors que Harry décidait d'enfin arrêter ses attentions, Draco saisit la gueule de l'animal et l'embrassa juste sur le dessus de la truffe.
Il riait encore, puis le rire s'estompa, jusqu'à disparaître. Mais le sourire sur les lèvres du garçon, lui, resta, devant les yeux étonnés de Charlie et Harry.
Au bout de quelques secondes, Charlie se sortit de la douce torpeur dont le sourire de Draco les avait plongés.
« Draco, va faire un brin de toilette et passe à table, je t'attendais pour dîner. J'ai une chose à voir avec Harry, »
« Oui, » dit simplement Draco d'une voix claire en s'avançant vers les escaliers sur un dernier signe de la main et un dernier sourire pour le loup.
Une fois le garçon disparu, Harry se transforma une nouvelle fois en homme alors que Charlie lui tendait ses vêtements.
« Merci, Charlie, » fit Harry en se rhabillant.
« Merci à toi. »
« Tu n'as pas à t'en faire, il a eu peur mais c'est parce que cela lui rappelle des mauvais souvenirs, c'est tout. Il sait très bien, au fond de lui, que tu n'es pas violent. »
« Je vais quand même en parler avec lui, histoire de le rassurer. Par contre, il s'est passé quelque chose dans la forêt ? Il a souri ! Il t'a souri ! »
Les yeux verts se mirent à pétiller.
« Son premier sourire a été pour moi, » ronronna presque le jeune homme.
… … …
Quand Draco pénétra dans la cuisine, Charlie était en train de remplir leurs deux assiettes de soupe de poisson. L'adolescent s'installa à sa place, puis attendit que le dominant prenne place à son tour. Il avait très faim mais, malgré le fait que Charlie lui ait autorisé à le faire, il ne se permettait pas de commencer à manger avant l'homme.
Pourtant, Charlie ne fit rien, attendant visiblement quelque chose. Draco s'agita un peu sur sa chaise. Le mâle lui avait dit qu'il l'avait attendu pour dîner, alors que faisait-il ? Asami et Ayase avaient déjà dû souper avant eux, non ? Le doute s'installa dans le cœur de Draco.
« Charlie, où sont Asami et Ayase ? »
« Asami est couché. Quant à Ayase... Il est encore dans sa tente monoïque, » avoua Charlie, mal à l'aise.
Draco dévisagea le dominant.
« C'est quoi, sa tente monoïque ? »
« C'est une petite cabane qu'il a fait construire dès son arrivé dans la meute. Elle est juste un peu plus loin. Je sais qu'il voulait te la faire visiter. »
« Et il y a quoi à l'intérieur ? »
« Aucune idée, seuls les Monoïques peuvent y entrer, ou les très jeunes enfants. » Le mâle renifla, dépité. « Encore l'un de leurs nombreux secrets. »
L'amertume dans sa voix frappa Draco. Charlie était très malheureux, cela se voyait. Draco tourna sa cuillère dans sa soupe, ne sachant quoi faire ou quoi dire. Il sentait parfaitement le mal-être du dominant.
« Écoute, » le devança ce dernier. « Je suis sincèrement désolé de m'être emporté tout à l'heure, ce n'était pas contre toi. Je ne suis pas comme les mâles de ton ancienne meute.
« Je sais, c'est moi qui suis désolé, Charlie, » dit avec précipitation le petit Oméga.
« Je ne veux plus que tu t'échappes de la sorte, c'est certain, » rétorqua Charlie en plantant ses yeux bleus dans les gris. « Je me suis fait un sang d'encre pour toi. Je ne pouvais pas te chercher à cause d'Ayase et d'Asami. »
« Comment va Ayase ? » demanda Draco après quelques secondes de silence.
« Je ne sais pas trop. Il m'en veut. Il s'est enfermé dans sa cabane et depuis, il refuse de me parler. Je ne sais même pas s'il est encore là ! »
« Comment cela ? »
Charlie eut un petit rire sans joie.
« Les Monoïques peuvent faire des tas de choses, Draco, sois en sûr. Ils ont de la magie en eux. Et ils utilisent des instruments magiques. Je sais qu'Ayase utilise des pierres qui lui permettent de retourner au Temple, à Helga. Il est peut-être parti là-bas. Peut-être... »
À l'horreur de Draco, les yeux de Charlie se mirent à briller, sa voix s'étrangla alors qu'il posait sa main sur sa bouche. L'Oméga sentit tous ses instincts prendre le dessus, ainsi que son bon cœur. Il bondit hors de sa chaise pour prendre l'homme dans ses bras.
« Oh, Charlie, je suis sûr qu'Ayase est encore là ! Il ne partirait pas comme ça, il t'aime trop, jamais il ne pourrait t'abandonner ! Il est très malheureux à cause du bébé mais il t'adore, tu es son compagnon ! »
« Il ne comprend pas ! Je ne veux pas le perdre ! » s'exclama Charlie alors que Draco se reculait un peu, satisfait de voir que le dominant s'était rapidement repris.
« Mais enfin, pourquoi penses-tu à cela ? »
« Il a failli mourir pour Asami... »
« Charlie, tu sais, ma mère était institutrice, avant. Elle était très aimée et allait souvent rendre visite aux familles de ses élèves. Plus d'une fois, je l'ai accompagnée et j'écoutais ce qu'elles se disaient avec les mères de famille. Toutes les grossesses comportent un risque, comme tous les accouchements, mais ce n'est pas parce que la naissance d'Asami a été difficile que les suivantes le seront également. »
« On a essayé. Mais il a fait des fausses-couches et à chaque fois son moral était au plus bas. »
« Je peux le comprendre... » murmura Draco en pensant à sa propre douloureuse expérience.
Compagnon-Loup et lui avaient été si malheureux à la perte du bébé. Alors que c'était l'enfant de Fenrir, issu de viols sordides et douloureux.
« Je ne sais plus quoi faire, » continua Charlie. « C'est mon rôle de le protéger. »
« Tu sais, je crois que Molly a raison. Vous, les mâles dominants, parfois, vous vous prenez un peu trop la tête. Ayase veut un autre enfant et toi aussi, je le sens bien. Alors pourquoi vous faire souffrir pour des peut-être ? Essaye, et si Ayase n'arrive pas à passer la pleine lune, alors tu joueras ton rôle de protecteur et de compagnon en le soutenant, » proposa Draco.
Charlie sourit en le regardant.
« Tu penses que c'est aussi simple que cela ? »
« Oui, je le pense. Vous vous aimez, alors je ne comprends pas pourquoi vous vous faites du mal pour rien. »
Charlie hocha simplement la tête, dubitatif.
« Mange, on avisera de tout ça demain, » ordonna-t-il au plus jeune.
Plus tard dans la nuit, Draco, allongé dans son lit, passait et repassait ses doigts sur ses lèvres. Harry l'avait embrassé. Son premier baiser. De nouveau, un petit sourire naquit qu'il sentit fleurir. Il n'avait pas réalisé qu'il avait souri au jeune mâle sur le coup, mais dans la tranquillité de la nuit, ce fait avait pris toute son importance.
Compagnon-Loup était plus que satisfait de la situation. Il avait envie de montrer son ventre au dominant, qu'il le courtise, que le mâle le veuille, l'exige. Si Petit-Homme, désormais, partageait une grande partie du point de vue du loup, il craignait encore tout ce qui avait trait à l'intimité d'un couple. La simple idée de s'accoupler le terrorisait toujours. Or, qui disait union devait forcément signifier accouplement.
Le souvenir de la légère pression des lèvres du mâle envahit une nouvelle fois son esprit. Dans le fond, était-ce vraiment un baiser ? Quand Charlie et Ayase s'embrassaient, c'était bien plus que cela ! Même les baisers gagnés lors des jeux des jeunes de la meute, la veille sur la plage, lui avaient semblé plus affirmés, du moins pour certains.
Draco bâilla en soupirant. Il avait besoin des conseils d'Ayase. La pensée de son frère Monoïque le remplit de tristesse. Est-ce qu'Ayase serait de retour le lendemain ? Il l'espérait de tout cœur.
Effectivement, le lendemain matin, l'Oméga était présent pour préparer le petit-déjeuner. Son visage était très pâle et ses yeux rougis méchamment cernés. Les deux soumis et Asami se préparèrent puis les deux plus jeunes partirent pour l'école sans que rien d'autres que des banalités ne soient échangées.
La journée passa à une vitesse folle pour Draco, entre les leçons qu'il donna aux jeunes enfants et son travail sur la plage. Harry et lui avaient nagé en fin d'après-midi, avant de rentrer chez eux. Si le mâle lui avait donné la main, il ne l'avait pas embrassé de nouveau.
Le soir, Ayase l'attendait sur le parvis de leur porte.
« Draco, viens, je dois te montrer quelque chose, » dit simplement l'Oméga.
Draco le suivit docilement. Ils s'éloignèrent un peu du village jusqu'à atteindre une petite bâtisse en pierre. Ayase s'arrêta devant la porte en bois et posa sa main dessus. La porte s'ouvrit aussitôt, bien qu'aucune poignée ne soit présente. Draco fronça les sourcils, circonspect. Il avança à la suite du mâle, prudemment.
Une fois à l'intérieur, ses yeux s'agrandirent. La pièce était sombre, Ayase s'occupa d'allumer d'abord des bougies puis un petit feu pour l'éclairer, aucune fenêtre n'étant présente. Il y avait, à en juger par son premier regard, deux pièces dont l'une était encore cachée par un rideau pourpre tiré au fond de la salle ronde. Des étagères encombrées de fioles, de plantes et d'objets divers ornaient les murs. Il y avait au sol plusieurs coussins, une immense natte, une table, qui faisait office de bureau, jonchée de feuilles, de fioles encore et également d'un petit chaudron que l'Oméga prit pour le poser au dessus de l'âtre.
« C'est ton repère de Monoïque ? » demanda Draco.
« Oui. Comme la suite du Temple. C'est ici que je viens faire les potions, les huiles, que j'écris dans mon cahier et mes courriers, que je fais certaines de mes ablutions et où je viens me réfugier, me ressourcer quand mes frère me manquent. »
« Comme hier soir ? » fit Draco d'une voix douce en posant sa main sur le bras hâlé.
Ayase déglutit péniblement tout en hochant la tête.
« Oui, exactement. »
« Charlie s'en veut beaucoup, tu sais. »
« Je le sais. Il est venu jusqu'à ma porte et on a discuté aujourd'hui. Hier soir, je ne voulais pas le voir. »
« Il avait peur que tu partes. »
« Je ne peux pas le quitter, » rétorqua Ayase. « Je suis devenu un Oméga, je suis lié à la meute désormais. Je ne pourrai plus vivre loin de la meute très longtemps. J'ai perdu cette liberté en acceptant de m'unir avec lui. »
« C'est la seule raison pour laquelle tu ne pourrais pas le quitter ? »
Ayase darda ses iris noisette sur Draco.
« Non. Je ne peux pas parce que je l'aime. Mais cette nuit, j'avais besoin de mes frères. »
Cette dernière phrase résonna comme une accusation aux oreilles de Draco qui baissa la tête, honteux.
« Je suis désolé de t'avoir abandonné, hier soir. J'ai paniqué, comme le chiot stupide que je suis. »
Ayase sourit avec douceur en prenant Draco dans ses bras. Il lui embrassant le front gentiment tout en marmonnant.
« Tu n'as pas à être désolé, tu étais effrayé, c'est logique au regard de ton passé. Je ne t'en veux pas du tout. C'est moi qui m'en veux d'être parti sans attendre ton retour. Je me suis enfui, moi aussi, j'avais tant besoin d'être avec mes pairs ! J'ai passé la nuit au Temple et à l'aube, j'ai discuté avec le Grand Maître. Il m'a demandé où en était ton initiation. Donc, je t'annonce, mon cher disciple, qu'à compter de ce jour, je veux que chaque soir tu me rejoignes ici après le dîner. Tu pourras y venir seul très prochainement. Tu as beaucoup de livres à étudier sur notre caste, » termina Ayase en lui montrant d'un geste de la main une étagère débordante de livres et parchemins divers.
Devant le regard perplexe de Draco, Ayase s'écria en riant :
« Quoi ? Ne me dis pas que tu as peur d'un peu de lecture ? »
« Comment cela, tu as passé la nuit au Temple ? Comment as-tu pu voir ce maître ? »
Ayase s'esclaffa franchement avant de prendre les mains de Draco dans les siennes.
« Tu as tant de choses à apprendre, à comprendre sur notre espèce, mon cher disciple. Que sais-tu des Monoïques ? »
« Ce sont les descendants directs des Sylphes unis aux Hommes, nés de la malédiction de la Terre sur les Mages. Mais contrairement aux Mages, ils ne possèdent pas de magie. »
« Faux, nous en avons. »
Draco haussa une épaule.
« La seule magie que nous possédons réside dans notre ventre. »
« Encore faux, » sourit Ayase.
Face aux sourcils froncés de Draco, il poursuivit.
« Je vais t'expliquer les grandes lignes, mais c'est aussi pour cela que tu devras venir étudier ici le soir. Ensuite, quand tu auras bien avancé et que tu seras initié, je t'emmènerai au Temple pour que tu termines ton éducation. Je sais que c'est très rapide, tu vas devoir apprendre en quelques mois ce que nous mettons des années à faire. Mais tu rattraperas ton retard peu à peu, au fur et à mesure de nos visites au Temple. »
« Mais comment ? » s'écria Draco. « Comment veux-tu aller au Temple ? Je n'y comprends rien ! »
« Vois, petit Monoïque, » dit Ayase en prenant sur la table deux pierres rondes et brillantes.
L'une était noire marbrée de blanc, l'autre blanche marbrée de noir.
« Ceci est le cadeau accordé à chaque Monoïque le jour de son mariage ou de son union. Ce sont des pierres Aller-Retour. Elles nous permettent d'aller au Temple, » expliqua-t-il en montrant la noire, « ou de rentrer chez nous, » termina-t-il en désignant la blanche.
« Mais comment, par notre Reine ? »
« Grâce à notre magie, Draco. Ces pierres sont créées par les Monoïques eux-mêmes, au Temple tout d'abord, puis ensuite là où nous résidons. Nous avons de la magie dans nos veines. C'est le premier des grands secrets de notre espèce. Nous sommes des créatures magiques. Certes, notre magie est plus faible que celle des Mages mais elle a un avantage. » Ayase montra la paume de ses mains puis son tatouage. « Contrairement aux Mages, nous n'avons pas besoin d'artefact pour l'exercer, elle réside dans nos mains et notre ventre. Les autres espèces pensent que c'est la magie de nos ventres qui nous permet d'avoir des enfants et que c'est là notre seul héritage magique. Il n'en est rien, ou du moins, ce n'est pas l'entière vérité. Nous ne sommes pas physiquement comme les autres hommes, nous possédons un utérus, comme les femmes. L'un de nos héritages sylphes. La magie permet la fécondation, mais elle permet bien d'autres choses. »
« Nous sommes vraiment des Mages, alors ? »
« Non, pas vraiment. Nous sommes bien une espèce à part. Mais c'est pour cette raison que les Monoïques naissent principalement dans les familles de Mages ou ayant des gènes de Mages. Dans toute notre histoire, il n'y a que cinq Monoïques qui seraient nés dans une famille d'Hommes sans aucune ascendance mage connue. Nous sommes à même de faire des potions, des médicaments comme les Mages, nous pouvons utiliser la magie pour ressentir les choses, pour créer, pour nous protéger. Cette tente, par exemple, est protégée grâce à de nombreux sorts que j'ai posés moi-même. Seul un Monoïque ou un très jeune enfant peut rentrer. Il en est de même au Temple, à l'exception des nourrices. Je suis sûr qu'étant enfant, tu as fait des choses que les autres ont trouvées étonnantes, comme sauter très haut, retomber sur tes jambes alors que tu tombais, réussir à atteindre ta cible à chaque coup... Ce sont les traces de notre magie. Avec le temps, nous apprenons à la canaliser, à l'exploiter à bon escient. C'est pour cela que nous sommes si doués dans les arts, en général, car notre magie est essentiellement créative. »
Ayase soupira et s'installa sur un coussin, jambes croisées.
« Je me rends bien compte qu'il y a tant de choses à t'enseigner ! Allez, assieds-toi, ta première leçon commence ! Donc, les Monoïques naissent généralement dans les familles de Mages, ils sont détectés à la naissance et ensuite, tout dépend des parents. »
« Oui, certains comme mon père préfèrent encore nous assassiner, » grommela Draco avec hargne.
« C'est un fait, mais ils sont peu nombreux. Beaucoup préfèrent purement et simplement nous abandonner au Temple. »
Devant l'air morose du plus jeune, Ayase soupira une nouvelle fois.
« Draco, même s'ils nous confient au Temple, cela ne signifie pas qu'ils nous détestent. J'ai été le témoin de plusieurs de ces dons et la plupart des parents étaient véritablement déchirés de le faire. Ils pensaient que c'était le mieux, afin que nous soyons élevés uniquement par nos pairs. Certains le font par honte, c'est exact. Dans les familles de Mages de sang-pur, notamment d'un certain royaume, c'est souvent un déshonneur que de donner naissance à un Monoïque... mais un honneur que d'en épouser un, » termina-t-il en lui faisant un clin d'œil.
« C'est ridicule. »
« Certes, mais c'est ainsi. »
« Et toi, tes parents t'ont abandonné aussi ? »
« Oui. Ils ne m'ont pas nommé non plus, c'est le Grand Maître de l'époque qui l'a fait à leur place. Donc je suppose que mes parents faisaient partie de ces personnes qui voyaient ma naissance comme un affront à leur rang. Tout comme toi. À la différence que ta mère t'a nommé, toi. »
« Elle avait laissé un médaillon autour de mon cou. C'est pour cela que je me nomme Draco, parce que mon père, enfin, je veux dire mon père adoptif, me l'a laissé. Les Monoïques aussi m'auraient appelé Draco ? Draco comment ? Ma mère ne voulait pas que l'on sache que je suis un Malfoy de naissance. »
« Tu te serais appelé Draco en raison du médaillon. Aucun Monoïque n'a de nom de famille. Nous portons ensuite celui de notre époux, mais n'en avons pas à la naissance. Tu aurais été Draco, comme je suis Ayase. Les enfants qui ont un prénom dans leur berceau, autour du cou, sur une gourmette ou dont les parents le disent de vive voix, le gardent. Pour les autres, c'est le Grand Maître ou un Monoïque désigné par lui qui leur donne un prénom. »
« Et si les parents veulent garder leur bébé ? Ça doit bien arriver, non ? »
« Oui, bien sûr. Mais la plupart finissent par les laisser assez rapidement. Tu sais, c'est assez dur pour les parents, et aussi pour les enfants, quand ils restent dans leur famille. L'enfant monoïque a le droit de rester dans sa famille jusqu'à son septième anniversaire, même s'il est souvent visité par des gardiens ou, s'il habite près de Helga, vient régulièrement au Temple. Ensuite, il devient pensionnaire du Temple, ne pouvant retourner chez lui que pour les vacances d'hiver et d'été. C'est souvent un grand choc pour ces enfants-là. Et un déchirement pour la famille. L'année de ses quatorze ans, chaque Monoïque doit recevoir son tatouage et à ce moment-là, il intègre définitivement le Temple. »
« Oh... » ne put s'empêcher de dire Draco.
« Tu recevras le tien un jour, Draco, je te le garantis. »
« Je ne sais pas, je ne suis jamais allé au Temple, moi. »
« Non, mais je vais t'instruire. Tu auras ton tatouage. En fait, tu le portes déjà en toi, sans le savoir. »
Draco ouvrit en grand ses yeux. Ayase, quant à lui, déboutonna sa chemise, puis enleva son pantalon, se mettant nu devant le garçon.
« Allez, Draco, fais comme moi. »
Rougissant, le garçon obéit. C'était étrange, pensa-t-il, comme son comportement avait encore changé. Avant d'être mordu par Fenrir, il était très pudique. Ensuite, la notion de pudeur avait perdu tout sens. Et depuis qu'il avait été sauvé à Pré-au-Lard, celle-ci était revenue en force. Alors qu'il était un Werwulf, désormais. Comme Ron, Hermione et les autres le lui avaient rappelé, les Hommes-loups n'étaient pas pudiques en raison de leur transformation.
« Draco, tu n'as pas à être gêné devant moi, tu le sais. Cependant, tu dois savoir aussi que je refuse que tu te mettes nu devant d'autres personnes que notre famille ou des Monoïques, » lança à ce moment précis l'Oméga brun.
« Pourquoi ? » ne put s'empêcher de demander l'adolescent.
« Réfléchis ! Tu es un Monoïque, bon sang. Notre tatouage est sacré ! »
« Je n'ai pas de tatouage, » objecta Draco.
« Pas encore, mais agis déjà comme si tu le possédais. Il n'est pas visible mais tu portes la trace de ton sang. Allez, viens par là, donne-moi tes mains. »
Les mains dans celles du plus âgé, Draco attendit. Puis Ayase les plaça sur son ventre, en coupe sur le calice qui marquait sa peau.
« Ferme les yeux, ressens notre magie à travers nos mains et mon ventre. Concentre-toi. »
Le jeune Oméga ferma donc ses yeux, tentant de faire ce que lui demandait l'autre homme. Au bout d'un instant, une vague de chaleur posséda ses paumes, ses bras, glissait sur sa peau, l'envahissant peu à peu, comme une caresse, un souffle. Une sensation de force enfla dans sa poitrine. Il haleta et rouvrit ses yeux, les plongeant dans ceux d'Ayase.
« Je sens la magie, » souffla-t-il.
« Oui, concentre-toi encore et laisse-moi te montrer ton rang, Draco. »
Ayase lâcha les mains de Draco pour placer les siennes sur le ventre pâle, en coupe sous le nombril. La chaleur devint plus intense, presque douloureuse à cet endroit pour Draco qui respira plus vite, plus fort. Sa vision se voila un peu alors qu'autour d'eux, une étrange aura argentée semblait les entourer.
« Regarde, Draco, regarde qui tu es, » murmura Ayase en retirant ses mains.
Draco baissa son regard et poussa un petit cri de surprise.
Des marbrures parcouraient son ventre, lianes faites de brun et d'ocre qui se liaient et se déliaient entre elles, elles couraient autour de son nombril, s'estompaient plus haut et descendaient plus bas, vers ses cuisses.
« Tu es un Monoïque, mon frère, doté d'une grande intelligence et de beaucoup de sensibilité, » commenta Ayase en suivant de son doigts les différentes marques. « Tu as un talent certain pour les travaux fins, précis, ainsi que pour tout ce qui demande de l'équilibre. Tu devrais être un très bon danseur. »
L'homme sourit à l'adolescent qui regardait tout autour de lui.
« Ayase, les objets volent ! »
« Quelques uns, oui. C'est sans importance. Maintenant, laisse-moi reprendre le contrôle, referme tes yeux et je te guiderai. »
Draco obéit sans rechigner. Peu à peu, la chaleur disparut pour laisser place à une immense fatigue. Alors que les mains d'Ayase se retiraient de son corps, Draco se sentit tomber sur les coussins.
« Fatigué ? » demanda Ayase en s'allongeant à ses côtés.
« Épuisé, » confirma Draco.
« C'est normal, c'est ta première expérience. Mais comme cela tu as pu voir les prémices de ton futur tatouage. »
« Les tatouages suivent nos marques ? »
« En grandes parties. Le reste dépend de l'humeur du tatoueur. Tu devras choisir les couleurs de ton ornement. Tu peux avoir du noir, du brun, de l'ocre, du vert et du bleu profond. Pas plus de deux, trois couleurs maximum. Réfléchis à cela. Normalement, les enfants ont des années pour le faire, toi, juste quelques semaines. »
« Si peu ? Tu penses vraiment que je recevrai mon tatouage aussi vite ? »
« J'en suis certain. »
« Et il se passe quoi, ensuite, une fois que l'on a reçu notre tatouage ? » voulut savoir l'adolescent.
Ayase était heureux de son enthousiasme. Jusqu'à présent, Draco semblait réticent à tout ce qui était monoïque, ou plutôt, faisait comme si cela ne le concernait pas vraiment. Ayase se doutait que c'était plus par crainte de ne pas en être digne que par rejet, et il en avait désormais la preuve. Draco avait les yeux qui pétillaient, la joie qu'il avait ressentie en découvrant ses marques monoïquales avait été palpable. Le jeune Oméga était impatient d'apprendre leurs coutumes, de savoir qui il était.
« Après avoir reçu notre ornement, les enfants deviennent disciples, ils sont officiellement pubères et donc aptes à être initiés. C'est pour cette raison qu'à compter de ce jour, ils ne sortent plus du Temple. Ils doivent être préservés et ne fréquenter que leurs camarades, les gardiens ou les nourrices. »
« Qui sont les nourrices ? »
« En générale ce sont des femmes qui ne peuvent avoir d'enfants, ou des mères de Monoïques qui décident de venir vivre au Temple une fois leur enfant uni. Une nourrice doit avoir plus de quarante ans et elle signe, en acceptant ce rôle, la fin de sa vie sociale. Son existence est ensuite liée au Temple et aux Monoïques qu'elles servent jusqu'à leur mort. Ce sont elles qui s'occupent le plus souvent des nourrissons et apprennent aux plus âgés des novices à s'en occuper aussi, les formant ainsi à leur futur rôle de parent. Nous sommes à la fois mère et père pour nos enfants. Bien qu'en général, les autres hommes nous considèrent plus comme les mères puisque nous les portons. Mais je trouve cela un peu étrange pour tout te dire. Les nourrices sont très aimées et respectées. Elles seules, en dehors de notre époux ou nos frères, peuvent nous voir nus ou sans nos tresses. Quoique, pour ces dernières nous les portons dès que nos cheveux ont la taille nécessaire, je les ai donc, dans mes souvenirs, toujours connues et je les fais moi-même depuis aussi longtemps, » se mit à rire Ayase.
« C'est quoi l'initiation ? » poursuivit Draco, imperturbable.
« Nous sommes initiés au plaisir, évidemment, par nos maîtres plus âgés, nos gardiens, » déclara Ayase. « En fait, les enfants savent depuis toujours quel est notre rôle, notre destiné. Mais la véritable expérimentation se fait après que nous ayons reçu notre tatouage, et selon notre degré de maturité. »
Draco le dévisagea, perplexe.
« Attends, tu veux dire que vous... vous vous accouplez ? »
« Non, le terme que tu utilises n'est pas le bon. Nous faisons l'expérience de l'amour physique, du plaisir. Chaque Monoïque est initié par deux Maîtres, deux gardiens si tu préfères. Nous ignorons qui le fait puisqu'ils restent cachés ou que l'on nous bande souvent les yeux. Je te l'ai dit, Draco, nous somme une race tactile, nous nous touchons, nous nous aimons. »
« Mais, je croyais... Enfin, vous pouvez faire ça ? » fit Draco, éberlué.
Ce fut Ayase qui le regarda avec étonnement cette fois-ci.
« Faire quoi ? Faire l'amour ? Bien sûr. Mais nous connaissons les limites. Nous savons que nous sommes destinés à être courtisés et aimés d'un homme que nous choisissons lors des Présentations. Nous sommes des artisans, des spécialistes de l'amour. Nous expérimentons nos plaisirs, nos désirs entre nous, mais nous ne devons pas tomber amoureux d'un de nos frères, nous ne le pouvons pas. J'ai eu des amants au Temple ainsi que des prétendants. C'est pour cela que j'ai pu choisir Charlie en toute connaissance de cause. »
« Tu veux dire que tu avais couché avec Charlie avant ? » s'écria Draco.
« Oui, bien sûr. Il avait les yeux bandés, évidemment. Je savais depuis très longtemps que je n'aimais pas être actif durant l'acte. J'ai horreur de ça en fait. Alors il me fallait un époux qui ne soit qu'actif, c'était primordial. Charlie était l'homme parfait, » fit rêveusement Ayase, les yeux dans le vague, visiblement perdu dans ses souvenirs d'anciennes Présentations. « Il était beau, si fort, si viril. Il dégageait une telle puissance ! Il était rassurant et à la fois très doux. Et il me faisait merveilleusement bien l'amour. Je n'ai pas mis très longtemps à le choisir, crois-moi. »
Ayase sembla revenir sur terre en voyant le visage rougeoyant de Draco.
« Quoi, j'ai dis quelque chose qui te choque ? »
« Je sais pas trop, ça me gêne, c'est tout. Et puis, il n'y a rien de plaisant pour moi dans l'amour, surtout dans notre cas. »
« Tu dis ça parce que tu ne connais pas l'amour, Draco. Tu connais la violence. Ce que tu as vécu n'a rien à voir avec l'amour, je t'assure. »
« Je ne veux pas le savoir. »
Ayase soupira intérieurement devant l'air pour le moins fermé du plus jeune.
« Nous verrons bien. Il y a quelque temps de cela tu refusais l'idée même qu'un dominant s'approche de toi. Et aujourd'hui, tu frémis d'impatience dès que l'on parle de Harry. »
Draco rougit un peu plus.
« Harry, c'est différent. »
« Pourquoi donc ? »
« Je ne sais pas, mais c'est différent, » insista Draco.
Il hésita un peu avant de reprendre.
« Tu sais, hier, il m'a fait rire, il m'a parlé, consolé. J'ai ri. Et j'ai souri. »
« Je sais, » murmura Ayase en caressant la joue imberbe de Draco. « C'était bien, alors ? »
« Oui, » fit Draco sur le même ton en fermant les yeux. « Quand il est là, je me sens bien. Compagnon-Loup aussi. Nous sommes si bien avec lui. Compagnon-Loup voudrait que Harry soit encore plus présent, mais j'ai peur. J'aimerai être tout le temps avec lui mais je ne veux pas aller plus loin que... » l'Oméga s'arrêta brusquement.
« Que quoi ? »
« Je crois que les baisers, c'est agréable. Quand je vous regarde, Charlie et toi, ou Ron et Hermione, ou tous les autres couples, ça a l'air agréable, » chuchota Draco.
« C'est très agréable, c'est vrai, » admit Ayase.
« Tu sais, hier soir, Harry a posé ses lèvres sur les miennes. C'était très doux. J'aimerais bien qu'il recommence, mais pas plus. »
Ayase sourit. Harry avait avancé à pas de géant avec le petit Oméga.
« Il t'a embrassé si je comprend bien ? »
« C'était pas un vrai baiser, je pense pas... mais c'était vraiment bien, » avoua Draco.
« Je suis heureux pour toi, Draco. Néanmoins, ne te précipite pas, tu as raison. Tu as tout ton temps. Tant que ta nature Oméga te laisse en paix, profite de l'instant présent. »
Draco regarda son ami et, à l'émerveillement de ce dernier, il lui sourit, à lui aussi.
« J'ai encore peur de l'avenir mais je me sens bien ici, avec toi, avec Charlie, Asami, Harry et la meute. »
« Nous avons tous peur, Draco. Tu sais, je savais depuis ma naissance ce qui adviendrait de moi, pourtant, le jour où j'ai dû monter sur l'estrade pour la première fois, j'étais terrorisé. »
« Je me souviens, à Pomona, quand Harry m'a vu. Le plus jeune Monoïque, il pleurait. J'ai eu tellement de peine pour lui. Ma mère et ma sœur trouvaient que la façon dont on vous traite était indigne. Et quand je l'ai vu pleurer, je me suis dit que peut-être elles avaient raison. »
« C'est notre destiné. Nous ne sommes pas malheureux pour autant. Nous sommes chanceux par bien des côtés. Nos ancêtres étaient des esclaves sexuels, Draco. Nous, nous sommes libres, nous nous gouvernons par nous-mêmes grâce à Svarog, notre sauveur. C'est vrai, on nous présente et nous devons prendre un époux. Mais nous avons le choix, nous sommes aimés. Et si notre mari se montre indigne, le Temple nous protège. Bien que sincèrement, cela est plus que rare... Je me souviens de Paul, il était proprement terrifié. »
« Paul ? »
« C'est ainsi que se nomme le Monoïque dont tu parles. Il est toujours au Temple. Il a un prétendant attitré cependant depuis que tu l'as vu. »
« Oh... Est-ce qu'il est heureux ? » demanda Draco, la gorge bizarrement serrée.
« Oui, Draco. Il est heureux. Tu auras sans doute l'occasion de le revoir un jour. Je ne pense pas qu'il s'unisse tout de suite. Nous sommes présentés vers quinze, seize ans et nous pouvons attendre nos vingt-deux ans, vingt-trois parfois, avant de nous décider à prendre un époux. Paul a eu dix-sept ans en janvier, il est encore très jeune, il a le temps. »
« Finalement, il aura bien plus le temps que moi... et plus de choix, » conclut Draco.
« Draco, » fit Ayase en le prenant contre lui. « Je suis si désolé de ta situation. Mais ne perds pas espoir, je suis persuadé que tout va bien se passer. »
Le jeune homme hocha la tête, laissant le plus âgé lui caresser les cheveux.
« Ayase, si je vais au Temple, est-ce que les gardiens vont m'initier ? » interrogea-t-il d'une vois chevrotante.
« Je ne pense pas, non, et c'est bien dommage si tu veux mon avis. Je sais que tu penses le contraire, mais moi, je crois que cela t'aiderait. Malheureusement, tu es aussi un Oméga et cela contrarie cette initiation : l'Alpha refuse que tu aies la moindre relation sexuelle. »
Draco releva la tête, ce que venait de lui dire Ayase lui rappelant un point important de leur discussion.
« Au fait, si j'ai bien compris, les Monoïques peuvent aussi être dessus ? »
« Oui, bien sûr. Tu confonds ta situation d'Oméga avec celle de Monoïque. Les Omégas sont des soumis, ils ne peuvent pas être actifs lors d'une relation intime avec un autre Homme-loup. C'est contre leur nature. Mais ils le peuvent tout à fait avec un Homme, un Monoïque ou un Mage. Sauf que la partie lupine n'apprécie pas ces personnes-là, pas en tant que compagnon potentiel j'entends. Les dominants Loups-garous, eux, n'acceptent pas ce genre de pratique, ils sont forcément actifs. Par contre, les Monoïques peuvent choisir leur position et beaucoup d'entre nous sont versatiles. C'est bien pour cela que nous apprenons toutes les formes de plaisir et que nous apprenons à être de bons amants, quelque soit ce que nous faisons. C'est aussi pour cela qu'il est important d'être honnête avec nos désirs lors des Présentations et avec nos prétendants. »
« Je pensais que les prétendants nous voulais uniquement pour... enfin, tu vois, pour pouvoir... »
« Je vois, en effet, » s'amusa Ayase devant l'air pour le moins déconfit et embarrassé de Draco. « Mais ce n'est pas le cas. Ce n'est pas parce que nous pouvons porter des enfants que nous sommes condamnés à écarter les cuisses. »
« Moi je le suis, » marmonna Draco.
« Et j'en suis, encore une fois, désolé, » reprit Ayase. « Bien, le temps des mots est terminé. Mets-toi bien à plat sur le dos, Draco, je vais t'apprendre autre chose. »
« Quoi donc ? » fit Draco en se rallongeant docilement sur les coussins.
« À apprécier ton corps, à connaître le plaisir des massages, des caresses. Pour le moment, tu te contenteras de recevoir, et un jour, tu apprendras à répéter les gestes. »
Ayase prit une bouteille et versa un peu d'huile qu'elle contenait dans le creux de sa main.
« Ferme les yeux, » ordonna-t-il.
Draco obéit alors que son odorat tentait de reconnaître l'odeur de la substance.
« C'est une huile que nous fabriquons, comme le savon dont je m'étais servi à la rivière, tu t'en souviens ? »
« Oui, » répondit Draco en rougissant.
Ce jour-là, Ayase l'avait touché très intimement et l'avait emmené à l'orgasme. Il pouvait difficilement l'oublier.
« Nous nous en servons pour les massages et aussi pour les rapports intimes. Je t'apprendrai à la fabriquer. N'oublie pas, Draco, rien de ce que tu apprends ici ne doit être dévoilé, à qui que ce soit. »
« Oui, » dit une nouvelle fois l'Oméga alors que les mains d'Ayase se posaient sur lui.
« Et maintenant, savoure... »
… … …
À suivre
… … ...
