Bêta : Nanola
Chapitre 24
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Suivre sa voie
Aujourd'hui, Artémis est mort. Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom l'a tué. Il était le préféré du roi Salazar, est-ce pour cela ? Je n'en sais rien et je tremble à l'idée de ce qui va suivre.
Artémis... C'est lui qui m'avait appris à lire et écrire, de la même façon que j'apprends aux plus jeunes qui sont avec moi, ici dans les cachots. Je suis le plus âgé et je sais que bientôt, les gardes viendront me chercher pour me placer dans une chambre. Et là, je devrais attendre que le nouveau roi vienne me visiter, comme l'ont fait tous ceux avant moi et comme le feront tous ceux après moi.
Mais je ne veux pas. Je voudrais pouvoir sortir à l'air libre, pouvoir sentir le soleil sur ma peau quand je veux et où je le veux.
Salazar ne nous frappait presque jamais, alors que mes frères hurlent à chaque fois que le Seigneur Sombre vient les voir. Nos cachots sont remplis d'autres prisonniers, qu'ils torturent, lui et ses Mangemorts. Nos nuits et nos jours sont faits de sang, de larmes et de cris.
Je m'appelle Svarog, j'ai seize ans et je ne veux pas mourir.
« Livre de Svarog »
… … …
Les semaines s'écoulèrent doucement pour Draco. Le petit Oméga prenait ses marques vis à vis de la meute et rapidement, il en connut les membres. Certes, les prénoms lui échappaient encore régulièrement, mais au moins, il pouvait donner un nom de famille pour chaque maison.
Ses journées étaient pour la plupart bien réglées, ce qui lui convenait parfaitement. Le matin, il faisait les classes avec Remus, puis il partait ensuite avec Ayase et Adélaïde. Il n'avait pu retourner que quelques fois fois à la plage, ce pour une raison simple : les pêcheurs avaient été réquisitionnés pour participer aux champs. Sa présence n'était donc pas nécessaire, quand bien même désormais tous étaient retournés à leur barque
Tout à son travail, l'Oméga reprenait confiance en lui, en la vie. Il avait finalement décidé d'écouter les conseils de Harry et Ayase, à savoir profiter des instants de douceur qu'elle lui amenait, en essayant de se soucier le moins possible du futur. Compagnon-Loup étant du même avis que lui, cela lui facilitait grandement la tâche.
À vrai dire, sa partie lupine était ravie. Il était dans une meute accueillante, avait un mâle dominant puissant qui lui servait de père, un autre Oméga qui le cajolait, un louveteau dont il pouvait s'occuper, sans compter tous ceux de sa classe.
Là dessus, trois mâles lui faisaient les yeux doux, ce qui lui plaisait énormément. Bien plus qu'à Petit-Homme qui le traitait de tous les noms dès qu'il s'avisait de battre un peu des cils devant eux.
Le mois de mai avait filé à une vitesse folle, mais alors qu'il s'éteignait, le cœur de Draco s'était à nouveau attristé. Il n'en avait pas d'abord compris la raison, ou plutôt, avait refusé de l'admettre. Compagnon-Loup avait grondé si férocement dans son crâne que le pauvre Oméga avait fini par ouvrir les yeux. Le fait de ne voir les jeunes dominants qu'à l'occasion des soirées à la plage ou lors de la dernière pleine lune ne lui suffisait plus.
Draco soupira à fendre l'âme tout en reposant son livre. Ayase redressa son visage, ses yeux lui posant une question muette.
« Je suis juste un peu fatigué, » répondit -il.
« Si tu le dis, » fit Ayase en retournant à la préparation de sa potion.
Draco admira une nouvelle fois son ami, son maître, son frère, concentré sur les plantes et les différentes huiles qu'il manœuvrait.
Ça aussi c'était une chose que Draco adorait dans sa nouvelle vie : la tente monoïque. Chaque soir, il venait y passer un peu de son temps, allant d'une demi-heure à de longues heures. Ayase l'avait autorisé à s'y rendre seul au bout de trois jours à peine. Draco avait dévoré une grosse partie des livres, avait lui aussi essayé de faire des huiles, et enfin, avait divinement profité de celles-ci entre les mains expertes de son aîné.
Les massages et les caresses s'étaient faites de plus en plus poussées au fil du temps, mais Ayase ne l'avait plus jamais touché de la façon dont il l'avait fait dans la rivière.
L'homme n'était éclairé que par la lumière douce des bougies et du feu, les flammes donnant des reflets d'or sur ses boucles douces. Draco étudia attentivement les courbes du visage fin, le torse nu élégamment musclé et totalement imberbe, et enfin le tatouage qui se perdait sous la courte tunique.
Ayase se mit à sourire doucement alors qu'il touillait une dernière fois dans son chaudron avant de l'enlever de l'âtre. Il releva la tête, ses yeux noisette brillants et rieurs. Avec grâce, il posa l'ustensile sur une pierre plate, puis, de ses mains libres, il souleva les mèches brunes autour de son visage, les faisant ensuite retomber doucement sur ses épaules. Il sourit de nouveau au plus jeune qui déglutit face à la démarche sensuelle de l'homme qui s'approchait de lui.
« La vue te plaît, disciple ? » ronronna doucement Ayase en s'asseyant à côté de Draco sur la natte et les coussins.
Draco acquiesça lentement, incapable de mentir. Ayase émit un petit rire de gorge et s'allongea sur le dos tout en gardant appui sur ses coudes, faisant cambrer son corps. Il rejeta sa tête en arrière, dévoilant sa gorge.
« Et comme cela, tu aimes aussi ? »
« Oui, » murmura Draco.
« Touche-moi, alors. Tu en meurs d'envie. »
« Non, ça non, je ne peux pas, c'est... »
Ayase se tourna vers lui et posa prestement deux doigts sur les lèvres du garçon.
« Non, Draco, ne dis pas que c'est mal car ce n'est pas le cas. Nous sommes des Monoïques, c'est normal de nous toucher, tu le sais. Ce qui se passe ici, dans ce lieu, dépend du Temple, pas de la meute. Tu me trouves attirant, je le sens, ce soir encore plus que les autres soirs. Je sais aussi que ce n'est pas moi que tu désires vraiment, au fond de ton cœur. Mais tu t'interroges beaucoup, n'est-ce pas ? »
Draco hocha une nouvelle fois la tête tout en tripotant l'un de ses tresses nerveusement. La main plus hâlée d'Ayase s'enroula autour de ses doigts, comme pour le rassurer.
« La dernière pleine lune a été très... excitante, n'est-ce pas, » chuchota Ayase en incitant Draco à s'allonger sur la natte.
L'adolescent céda, une main d'Ayase dans ses cheveux, l'autre sur son torse.
« Oui, c'est vrai... Ayase, Compagnon-Loup a été stupide durant cette pleine lune. »
« Pourquoi dis-tu cela ? » questionna Ayase en ouvrant délicatement la chemise du garçon qui ferma les yeux en inspirant lentement.
« Parce que... Parce qu'il s'est comporté de façon totalement déplacée... »
« Oh, tu parles du fait que tu n'as pas cessé de montrer ton ventre à Harry, ainsi qu'à Olivier dès qu'ils montraient le bout de leur truffe ? Ou alors quand tu leur léchais les babines avec tant d'application ? Ou peut-être parles-tu du moment où les mâles se sont comportés comme des vrais... dominants, tout en puissance, en force, quand ils ont fait ce semblant de combat et que tu gémissais de joie en les voyant faire ? À moins bien sûr que tu ne fasses référence aux petits gibiers qu'ils ont déposés à tes pieds et que tu as délicieusement grignotés du bout des crocs tout en les chatouillant si adorablement de ta queue ? »
« Ayase ! Arrête de te foutre de moi ! » s'écria Draco, rougissant, alors que l'autre Oméga explosait de rire tout en s'étalant sur la natte de tout son long.
« N'empêche, c'était très, très, drôle, j'ai bien cru que Harry allait finir par s'en manger la moustache, surtout quand tu l'as si consciencieusement débarbouillé après le repas. Non, vraiment Draco, tu l'as léché avec tellement d'application qu'il en avait le museau trempé ! »
« Oh, » gémit Draco, un bras sur ses yeux. « J'ai été ridicule, c'est bien ce que je pensais ! »
« Non, non, pas du tout, tu as été parfait, bien au contraire. »
« Parfait ? Tu te moques de moi, Aya'. »
« Non, je t'assure, » Ayase poussa un petit soupir tandis que sa main repartait dans les cheveux blonds. « Draco, tu testes les dominants, c'est logique, normal, au vu de ce que tu es, à savoir un Oméga déclaré. »
Le garçon fit une grimace.
« Oui, je sais aussi, tu ne le voulais pas, personne ne le voulait. À chaque fois je m'en veux terriblement. »
« C'est pas ta faute. »
« En partie, si, j'aurais dû insister pour te voir dès le jour même, j'aurais dû venir te chercher, t'emmener avec moi au Temple. Je te demande pardon, Draco.
« Ayase, arrête. »
« Bien, mais dans ce cas, arrête toi aussi de te torturer. Oui, tu es un Oméga sexuellement mature. Oui, ce que tu as vécu est atroce, mais tu dois suivre ta voie, Draco, que ce soit celle d'un Oméga ou celle d'un Monoïque. Tu vas t'unir à un homme, l'aimer et tu seras aimé. »
Draco émit un rire sans joie.
« Tu sais ce que je pense de l'amour, Ayase. »
« Oui, je sais. Mais je sais encore plus que j'ai raison. Draco, ta partie lupine n'est pas seule responsable de tes agissements. Ta nature monoïque ressurgit aussi. Si tu étais venu au Temple, tu aurais reçu ton tatouage et tu aurais été initié à l'heure qu'il est, tu participerais aux Présentations et... »
« Arrête, bon sang, Ayase ! » s'écria Draco.
Le jeune brun se redressa, découvrant le teint pâle de Draco et ses lèvres tremblantes.
« Je... Je le sais, bon sang, je le sais bien. Mais justement, tu me parles de choses qui ne sont pas arrivées et qui n'arriveront jamais plus ! Oui, j'aurais pu monter sur l'estrade, avec toi à mes côtés et alors Harry... » La voix de Draco se fendit. « Mais ça n'arrivera pas, Ayase. Tu comprends pas ? Compagnon-Loup aime qu'Olivier et même ce crétin de Ritchie, qui ne sait rien faire d'autre que me montrer ses muscles ou vouloir me tâter les fesses, me tournent autour, mais pas moi ! Moi ce que je voudrais... ce que je voudrais... »
« Tu veux Harry ? »
Les yeux gris se posèrent sur les bruns mêlés de vert.
« Je me dégoûte, Aya'. Par ce que je fais. Et aussi parce que malgré cela... Oui, j'aimerais être avec Harry, mais sans qu'il me baise. »
Ayase sursauta devant le terme employé.
« Draco ! C'est très mal poli de dire ce mot ! »
« C'est le seul que je connaisse, Ayase. Le seul que l'on m'a appris dans la meute. Je ne connais rien à l'amour et tout à la baise, à l'accouplement forcé. Je ne suis bon qu'à ça ! Comment Harry pourrait vouloir de moi, hein ? Je veux dire pour autre chose que ça ? Et moi, je ne veux plus redevenir un ventre que l'on baise ou que l'on engrosse. »
Ayase passa sa main tendrement sur la joue lisse et douce.
« Draco, je ne peux imaginer ta souffrance et tes douleurs, c'est vrai. Mais je peux t'assurer que tu connaîtras l'amour. Le fait que tu sois aussi... aguichant, il n'y a pas d'autres termes, avec Olivier et même Ritchie quand tu es un loup ne doit pas te perturber à ce point. Harry ne t'en veut pas pour cela, je le sais, c'est ta nature lycanthrope qui prend le dessus dans ces cas-là, c'est tout. Est-ce que tu aimes Harry ? »
« Je ne sais pas. J'aime être avec lui, oui. »
« Alors tranquillise-toi, ne t'en demande pas trop. Je te promets, petit disciple, que tu connaîtras l'amour, je t'en fais le serment. Pour ce qui est de ta crainte de l'acte sexuel, je ne peux pas vraiment t'aider parce que tu es un Oméga et un Oméga si fragile... je ne peux pas aller aussi loin avec toi que ce qui se passerait au sein du Temple. Mais je pense pouvoir t'apprendre à te détendre et à apprécier certaines choses. »
Ayase posa ses mains sur le torse de Draco, lui ouvrant totalement sa chemise et la lui ôtant.
« Tu vas me faire un massage, Aya' ? » demanda le garçon avec timidité.
« Oui, mais ce soir, toi aussi tu vas me toucher. Je voudrais que tu me touches, Draco, comme je te toucherai, je voudrais que tu te rassures à travers mon corps comme je vais essayer de te rassurer à travers le tien. »
Bien plus tard, alors qu'ils étaient allongés nus l'un contre l'autre, Ayase ne put s'empêcher de repenser à ce que lui avait dit le jeune Oméga.
Il avait rapidement constaté que Draco était très habile de ses mains, lui aussi. Certes, pas en ce qui concernait les massages, là, il avait encore beaucoup à apprendre, mais en matière de masturbation, il était très doué. Si seulement Ayase ne savait pas comment et dans quelles conditions il l'avait appris, il en aurait été heureux. En effet, une fois pris dans le plaisir, Draco s'était relâché et avait, de lui-même, saisi la verge tendue de son maître pour la caresser. Ils avaient joui quasiment en même temps. Le futur amant de Draco serait comblé, à n'en point douter.
Ayase referma ses bras plus fermement autour de Draco. Contrairement à leur Alpha, il était toujours persuadé que Draco devrait se faire initier par les gardiens. Certes, il comprenait la décision de Gideon, à savoir qu'aucun Loup-garou ne puisse toucher Draco, mais les Monoïques étaient différents. Pourtant, il pouvait difficilement aller contre l'Alpha, et il ne pouvait pas non plus expliquer au dominant les coutumes du Temple. S'il s'en tenait aux désirs de leur Alpha, Draco devrait découvrir l'amour physique uniquement entre les mains de son futur compagnon.
« Draco, » souffla-t-il. « Qu'est-ce que te contrariait, tout à l'heure ? »
« Hummm ? » fit Draco, à moitié endormi en redressant son nez. « Oh, c'est parce que... En fait, ça rejoint ce dont on parlait tout à l'heure. Compagnon-Loup voudrait passer plus de temps avec les jeunes dominants. Et en fait, moi aussi. Enfin, pas forcément avec les dominants, mais c'est vrai que j'aime bien être avec toute la bande. Ils sont sympas. »
« Vous ne vous voyez pas assez souvent selon toi ? »
« Ben... la dernière soirée remonte à samedi dernier et... »
« Et tu n'as pas revu Harry depuis. »
« Non... » marmonna Draco, peu ravi d'être découvert une nouvelle fois.
« En fait, c'est bien Harry qui te manque le plus. »
« Oui, voilà, je l'admets, oui, Harry me manque ! »
Ayase explosa de rire suivi ensuite par Draco. Cependant, ce dernier s'arrêta rapidement.
« Aya', tu es sûr que ce que nous faisons n'est pas mal ? Je veux dire, tous les deux ? »
« Oui, j'en suis sûr. Cela doit rester entre nous parce que ce sont nos coutumes, c'est tout. »
« Mais tu ne trouves pas que tu trompes Charlie ? »
« Quoi ? Bien sûr que non ! J'aime Charlie, de tout mon cœur ! Jamais je ne le tromperai ! Mais je ne peux pas non plus renier ma nature. Draco, en tant que Monoïque uni, je suis devenu un gardien, tu comprends ? C'est mon rôle que de retourner régulièrement au Temple afin d'enseigner aux plus jeunes, d'assister à certaines Présentations et même de faire des initiations. Mais cela ne veut absolument pas dire que je trompe Charlie. D'ailleurs, en parlant de ça, je te le confierai la semaine prochaine, je dois partir au Temple. Prends soin de mon mâle et de mon louveteau. »
« Tu pars au Temple ? » s'écria Draco en se redressant.
« Oui. La semaine prochaine et ensuite en juin normalement, mais je reviendrai avant le solstice. Ne t'inquiète pas, je serai là aussi pour ton anniversaire. »
Les yeux gris s'écarquillèrent sous la surprise.
« Mon anniversaire ? »
« Ben, tu es bien né le 5 juin, non ? »
« Si... C'est juste... J'avais oublié. »
… … …
La semaine qui suivit fut plutôt étrange pour Draco. Il était seul à devoir gérer la maison de Charlie, le mâle dominant n'étant absolument pas fait pour tout ce qui était intendance ménagère. Il partait souvent pour toute la journée, veillant sur la meute tout en travaillant dans les bois. Draco le trouva un peu tendu mais mit cela sur le compte de l'absence d'Ayase.
Le jeune Oméga se sentit un peu débordé entre ce qu'il y avait à faire à la maison, s'occuper d'Asami et ses classes à préparer. Par contre, la bonne nouvelle vint d'Adélaïde, dès le lundi. Celle-ci n'avait pas besoin de lui à l'infirmerie, contrairement aux pêcheurs. Draco put donc regagner la plage tous les après-midi.
Il y retrouva Hermione, Ron, et surtout Harry.
Comme de bien entendu, la semaine passa à une vitesse folle, notamment les heures où le jeune Oméga était en la compagnie du beau mâle brun.
Pendant la journée, Draco était heureux, véritablement heureux.
C'était en tout cas ce qu'il pensait alors que Harry et Ron chahutaient sur la plage. La pêche avait été bonne, les poissons vidés, les filets réparés. Avec l'après-midi qui finissait, tous les autres Lycanthropes étaient retournés au village, sauf eux.
« Vas-y, Harry ! » cria Draco alors que le jeune homme tentait de mettre Ron à terre.
« Bas-toi, Ron ! » cria à son tour la brunette à ses côtés.
Au même instant, le mâle roux chuta lourdement sur le sable.
« Oui ! Harry a gagné ! » hurla Draco en se levant d'un bond.
Le susnommé s'approcha de lui, fier comme un paon. Draco sourit en le couvant des yeux, sa main se raccrochant instinctivement à l'une de ses tresses.
« Tu as aimé ? » fit Harry d'une voix claire alors que Ron bougonnait en se redressant.
« Oui, tu es vraiment très fort, Harry, » gazouilla Draco.
Compagnon-Loup était aux anges. Petit-Homme avait enfin décidé de plaire au dominant et lui laissait plus ou moins carte blanche pour le séduire. Certes, il ne voulait toujours pas entendre parler d'accouplement mais c'était toujours mieux que rien.
Les yeux verts de Harry se mirent à briller de joie.
« Tu trouves ? Tu veux que je fasse autre chose ? »
Draco se mit à rire devant l'air pour le moins sérieux et fier de son vis à vis.
« Je sais pas. Qu'est-ce que tu pourrais faire ? »
« Tout ce que tu veux. »
« Tout, vraiment ? »
« Oh, par les Éléments, mais au secours, » râla Ron derrière eux en levant les yeux au ciel.
« Je veux... » Draco mit un doigt dans sa bouche tout en réfléchissant sous les yeux gourmands de Harry qui ne perdait pas une miette du spectacle ''innocent'' de l'Oméga.
« Harry, tu voudrais bien récupérer cinq minutes ton cerveau ? Et toi, Draco, non mais franchement, qu'est-ce que tu vas lui demander ? Moi je vous préviens que si ça continue, je... »
« Des perles ! Ou de la nacre ! » s'écria subitement Draco, faisant taire Ron par la même occasion.
« Des perles ? » répéta Harry, surpris.
« Oui, » fit Draco avec une douce timidité. « La première fois qu'on est venu sur la plage, tu te souviens ? »
Draco sourit lentement, sans se soucier de l'expression exaspérée de Ron et de l'exclamation ravie à sa vue de Hermione qui s'était rapprochée de son rouquin. Ses sourires étaient encore rares, il le savait, surtout ceux aussi francs et resplendissants qu'il n'accordait qu'à Harry.
« Oui, bien sûr, » fit Harry en portant l'une de ses mains dans les cheveux blonds.
« Tu m'avais dit que tu m'offrirais de la nacre ou des perles si je voulais un jour. Eh bien j'aimerais beaucoup. Ayase possède un collier avec des coquillages et de la nacre, et des boucles d'oreille en perle. Je n'ai pas les oreilles percées, je sais, mais peut-être qu'un jour je... »
« D'accord, » le coupa Harry. « D'accord. Je te chercherai ça et tu auras le plus beau collier qui existe dans cette meute. C'est normal. Tu es ce qu'il y a de plus beau dans cette meute, de plus beau dans tout le Monde Libre ! Je serais si heureux, Draco, que tu portes un ornement que j'aurais fait de mes mains. »
« Je serais heureux de le porter, » rajouta Draco sans cesser de sourire.
« Par la lune, arrêtez ou je vais vomir ! » s'exclama Ron en attrapant Harry par le bras. « Non mais franchement, mon pote, tu vas arrêter de te comporter comme un idiot recouvert de miel ? Je te jure que ça me flanque la nausée ! Allez ramène tes fesses, on doit nettoyer les bateaux. Hermione, prends ce petit... »
« Ron ! »
« Ce petit vil flatteur et retournez au village, on vous rejoint, je dois discuter avec monsieur j'ai-oublié-ma-paire-de-couilles Potter ! »
« RON ! »
Harry éclata de rire devant l'air outré de Hermione et atrocement gêné de Draco.
« C'est bon, Ronnie, pas besoin de péter une crise, ma paire de couilles va très bien, merci pour elle. Allez-y, on vous rejoint, » lança-t-il aux deux soumis tout en accompagnant Ron qui râlait toujours.
Hermione les regarda partir, dépitée.
« Bon, viens, Draco, on rentre, mais je te jure parfois, les dominants ! »
« Hermione, » fit Draco en marchant à ses côtés. « Tu crois vraiment que j'ai exagéré avec Harry ? »
« Non, pas du tout, » rigola la jeune fille. « Ron manque cruellement de romantisme si tu veux mon avis. Certains dominants pensent qu'il suffit de jouer les gros bras pour nous séduire, d'autres préfèrent aussi joindre un peu de douceur à leur force brute. Par les dieux, parfois je me demande encore comment Ron a réussi à m'attirer dans sa couche ! »
« Je ne veux pas rejoindre la couche de Harry, » dit alors précipitamment le jeune Oméga, bien que Compagnon-Loup gronda après lui.
« Bah, tu verras bien, » éluda Hermione, visiblement peu convaincue. « C'est bizarre, pourquoi veux-tu un collier ? Toi qui ne cesse de dire et répéter que tu n'es pas une fille, c'est pourtant très féminin. »
« Non ! » protesta Draco avec énergie. « Ayase en porte ! Et Charlie et Harry aussi ! »
« Les dominants ne portent qu'un cordon en cuir avec une pierre ou une dent de requin fossilisée, pas de la nacre, des coquillages ou des perles, » rectifia à son tour Hermione.
« Ayase en porte, lui, » insista Draco.
« Tu veux absolument toujours tout faire comme Ayase ? »
« Tout... non, je crois pas, » répondit Draco après une seconde de réflexion. « Mais Ayase... C'est mon modèle, 'Mione. Il est... c'est mon maître Monoïque, mon ami Oméga. Alors oui, je voudrais être comme lui : racé, élégant, intelligent. Ayase est mon idole. Si seulement je pouvais lui ressembler un petit peu, » soupira-t-il.
Hermione s'arrêta de marcher pour le regarder, éberluée.
« Euh, Draco, tu ressembles déjà énormément à Ayase. Toi aussi tu es racé, élégant, intelligent et tout le reste. »
« Non, je ne suis qu'une pâle copie. »
« N'importe quoi. En plus, je ne vois pas l'intérêt d'être identique. Tu es toi et il est lui. Sincèrement, je t'assure que vous vous ressemblez beaucoup. Pas au niveau des traits mais dans le comportement et la grâce. Tu es aveugle ou borné pour ne pas le voir. »
« Il me manque, » continua Draco sur le même ton bas que précédemment.
« Draco, ça ne fait pas encore une semaine qu'il est parti ! »
« Je sais, mais il me manque. »
Devant l'air déconfit et subitement malheureux du plus jeune, Hermione eut un sourire attendri.
« Allez, ne pense plus à ça. Ayase va vite revenir et en attendant, je te rappelle que demain soir on se retrouve tous sur la plage. Tu devrais être content, Harry va pouvoir encore faire l'idiot rien que pour toi. Olivier va sûrement vouloir s'y mettre aussi. »
Draco lui fit une jolie moue en réponse avant de se cramponner à son bras.
« Hermione, tu pourras rester avec moi ? Ritchie va encore vouloir me tripoter, j'en suis sûr. »
Cette fois, la jeune fille fronça les sourcils.
« Tu sais, Draco, je crois que je vais en toucher deux mots à Harry et Olivier. Je n'aime pas la façon dont fait Ritchie avec toi. Ron est un peu brusque et n'est pas très doué avec les mots, mais il m'a quand même draguée. Ritchie se contente de te dévorer du regard et de te peloter quand il passe à côté de toi. Ce n'est pas correct. »
« Moi non plus je n'aime pas ça mais je ne veux pas d'histoire. »
Hermione haussa les épaules.
« Il n'empêche, si je le vois faire je lui mets une taloche, dominant ou non ! »
Ils continuèrent encore à marcher dans le silence avant que Draco ne le brise.
« 'Mione, c'est vrai que je suis ridicule à demander un collier à Harry ? »
« Qui a dit que tu étais ridicule ? »
« Ben, Ron. »
« Mais non, voyons. Et tu n'es pas ridicule. En fait, c'est plutôt marrant. »
« Comment cela ? »
« Sans le savoir, puisque tu n'es pas Lycanthrope de naissance, tu as fait ce que nous faisons toutes ou presque quand nous sommes jeunes. Demander un coquillage, un fruit en haut d'un arbre, une pirouette... c'est une façon de tester les dominants que nous faisons souvent, nous soumis, quand nous sommes enfants. »
« Je ne suis pas un enfant... » murmura Draco.
« Je sais bien, mon p'tit loup, » fit tendrement Hermione en passant son bras sur les épaules de l'Oméga. « Mais tu es un jeune Lycanthrope, tu... Tu as été transformé tôt et tard à la fois, tu as vécu des choses qui ont fait que... Enfin bref, ne t'inquiète pas de ça. Oui, parfois tu as un comportement un peu enfantin, mais cela ne nous choque pas. Tu t'en sors très bien, Draco, crois-moi. Ne te pose pas tant de questions et laisse-toi guider par ton instinct, c'est de cette façon que tout ira pour le mieux. »
Le soir, alors qu'Asami était endormi et que Charlie faisait sa ronde dans le village, Draco se repassa une nouvelle fois la journée en boucle dans sa tête. Il aurait voulu s'accrocher aux aspects positifs, à tout ce qui faisait que ses journée lui semblaient belles. Mais une fois encore, il ne pouvait pas. Alors, comme chaque soir de la semaine, Draco serra son oreiller contre lui et fondit en larmes.
Car si ses journées étaient heureuses, ses nuits étaient malheureuses.
Draco s'endormait toujours après avoir sangloté un long moment. Il allait avoir seize ans, comme le lui avait rappelé Ayase. Avec la tombée de la nuit, quand il était seul dans son lit, Compagnon-Loup n'arrivait plus à monter la garde contre ses souvenirs. Et dans son esprit torturé, il ne cessait de repenser à ses quinze ans. À cette date, Morag mourrait. À cette date, Fenrir l'engrossait après l'avoir violé sous sa forme lupine. À cette date, la meute entière l'avait possédé.
Si Barbatus n'avait pas précipité sa fausse-couche, est-ce qu'il aurait mis au monde l'enfant de Fenrir ? Est-ce qu'il s'en serait sorti vivant ? Et si Daniel avait réussi à le mettre enceint, il en serait à environ sept mois de grossesse. Pour Draco, c'était comme s'il avait perdu deux bébés. Mais en aurait-il voulus ? Les aurait-il gardés ou les aurait-il confiés à une autre meute ? D'ailleurs, est-ce que Gideon l'aurait accepté ici, s'il avait déjà un louveteau à nourrir ? Pire, est-ce que Harry, Olivier et Ritchie auraient voulu de lui, s'il était père ?
Épuisé, Draco finit, comme chaque soir, par s'endormir en tenant toujours son oreiller trempé contre lui. Ses rêves l'emmèneraient sans doute loin d'ici, dans son ancienne meute, avec au lointain un loup noir aux yeux verts qui l'appelait à lui.
Quand Charlie rentra de sa garde, il monta les escaliers et se dirigea vers la chambre de son fils. Le louveteau dormait profondément, son index dans la bouche. Charlie sourit et se pencha pour le lui retirer, puis l'embrassa sur le front et remonta sa couverture fine sur les petites épaules.
Une fois fait, il sortit de la chambre en refermant doucement la porte. Puis il marcha jusqu'à la chambre de celui qui était devenu comme son deuxième enfant. Dans l'obscurité de la pièce, il devina la forme recroquevillée de l'adolescent. Charlie s'avança encore, découvrant sans surprise le visage défait et humide de Draco. Il dormait, ses poings serrant le tissu de son oreiller, comme un nouveau-né le sein de sa mère. Le dominant soupira en s'asseyant sur le rebord du lit. Il passa sa main dans les cheveux doux et raides, si différents de ceux bouclés de son fils et de son amant.
« Draco, mon grand, que t'arrive-t-il ? » chuchota-t-il. « C'est Ayase qui te manque ? Ou c'est tes hormones qui te perturbent ? Je ne sais pas quoi faire pour t'aider parce que tu ne me dis rien. »
Draco grimaça dans son sommeil, son nez se plissa alors sur ses mains se refermaient avec plus de force sur l'oreiller.
« Charlie... » murmura-t-il.
« Oui, louveteau ? » fit Charlie sur le même ton.
« J'ai peur... » souffla Draco.
« Oh, mon grand, n'aies plus peur, je suis là. Tu es à la maison, avec moi, Ayase et Asami. Tu es ici, Draco, dans ta nouvelle meute. Je te protège, » continua de murmurer Charlie à l'adolescent endormi sans cesser ses caresses.
Ce dernier soupira lentement, ses doigts relâchèrent le tissu tandis que ses traits s'apaisaient enfin.
Charlie continua de le câliner un instant avant de se décider à se lever. Au même moment, Draco se retourna, un fin sourire étira ses lèvres.
« Harry... » lança-t-il dans un souffle à peine audible.
À l'entente du prénom du jeune mâle, le Bêta se mit à sourire lui aussi, puis il sortit de la pièce en fermant doucement la porte, laissant le garçon à ses rêves enfin rassérénés.
… … …
Draco s'étira dans son lit, appréciant la douce torpeur qui l'envahissait alors qu'il s'éveillait. Les bruits et les odeurs de la maison traversèrent peu à peu les brumes de son sommeil. Il entendit les oiseaux qui chantaient, mais leurs gazouillis étaient couverts par la voix d'Asami qui babillait au rez-de-chaussée, sans doute dans la cuisine.
Le jeune homme soupira alors que les effluves du petit-déjeuner montaient jusqu'à lui. Soudain, son nez pointu se plissa. Il y avait une autre odeur en plus de celle du lait frais, du pain beurré, de la confiture et des fruits.
Les yeux gris s'ouvrirent d'un coup, Draco bondit hors de son lit en rejetant les couvertures et dévala les escaliers dans un bruit d'enfer.
« Ayase ! » cria-t-il en percutant le corps de l'Oméga, surpris, qui manqua faire tomber la cruche de lait qu'il avait dans la main.
Ayase posa prudemment la cruche sur la table tandis que Draco frottait son nez avec bonheur contre lui.
« Tu m'as manqué, » souffla-t-il.
« Vraiment ? Je ne m'en serais pas rendu compte tout seul, dis-donc ! » se moqua avec tendresse le plus vieux en refermant ses bras autour du corps fin.
Ce faisant, l'Oméga constata que son jeune congénère s'était encore étoffé. Il avait grandi, s'était musclé et son visage avait bronzé.
Asami se mit à rire tout en secouant ses boucles rousses et en regardant son père, visiblement amusé par le comportement de son grand frère d'adoption.
« Les soumis, parfois, ils sont vraiment mignons, hein, papa ? »
« Oui, fiston, sans aucun doute, » sourit Charlie avec indulgence en caressant les cheveux fous de l'enfant.
Les soumis en question ne dirent rien, Ayase se contentant de tirer la langue à son mari et son fils qui pouffa, la main sur la bouche. Draco, lui, n'avait semble-t-il rien entendu, ou faisait comme tel. Il continuait de frotter son nez sur la chemise fine de son ami, ses bras enserrant son torse. Oui, Ayase lui avait atrocement manqué. Sans pouvoir se retenir, il se mit à gémir, petits couinements plaintifs étrangement lupins pour ce corps humain.
« Draco ? Ça va ? » l'interrogea Ayase, un peu inquiet.
« Tu m'as manqué, » répéta Draco en gémissant.
Ayase jeta un coup d'œil interrogatif à Charlie qui lui fit un petit geste de la main, lui indiquant qu'ils en parleraient plus tard, loin des oreilles enfantines.
« Je suis de retour, Draco. »
« Tu ne retournes plus au Temple ? »
« Si, je retourne toujours au Temple, mais pas avant un moment, » le rassura l'Oméga. « Ça s'est mal passé pendant mon absence ? »
« Non, j'ai travaillé, je me suis occupé d'Asami et Charlie, et je suis retourné à la plage, » murmura Draco, sans réussir à se décoller du torse de l'homme.
« Bien, bien, » fit Ayase en lui caressant les cheveux, perplexe.
« Draco, » ordonna gentiment Charlie au bout d'un petit instant. « Maintenant il faudrait que tu lâches un peu Aya' et que tu déjeunes. Allez, lâche-le. »
L'adolescent se recula, bien qu'à contrecœur. Il aurait aimé rester encore dans les bras de celui qui était comme son frère et son père, tout à la fois. Le fait de retrouver Ayase l'avait plongé quelques mois en arrière, quand ce dernier était venu le chercher à Poudlard. Un vilain creux s'était formé dans son ventre que seul l'autre Oméga pouvait combler par sa présence. Néanmoins, Charlie avait parlé. Le fait que le mâle roux était, aux yeux du garçon, lui aussi comme son père désormais le fit obéir.
Draco s'assit donc à table et piocha dans les fruits, picorant plus qu'il ne mangea.
« Demain nous irons manger chez mes parents, » lança subitement Charlie, faisant pousser des cris de joie à Asami et un lourd soupir à Ayase.
Face à ce dernier, Charlie fronça des sourcils mais ne dit rien. Cependant, il envoya prestement Asami jouer dehors puisqu'il avait fini de déjeuner.
« Je peux savoir pourquoi tu bondis visiblement de bonheur à cette nouvelle, Ayase ? » demanda-t-il au jeune brun.
« Tu sais très bien pourquoi. »
« Bon sang, tu sais parfaitement que ma mère ne voulait pas te blesser ! Elle est désolée de t'avoir fait de la peine, tu ne vas quand même lui en vouloir pour le restant de tes jours ! »
« C'est facile pour toi de dire ça ! Je sais qu'elle ne voulait pas me faire mal, mais c'est ce qu'elle a fait, et ce qu'elle fait à chaque fois ! Tu sais quoi ? Eh bien j'abandonne ! Je lui dirai qu'elle tente donc de te faire changer d'avis puisqu'elle pense que je suis si nul que ça ! »
Draco se terra sur sa chaise, sentant la colère de l'Oméga. Il regarda craintivement Charlie, s'attendant à une explosion. À sa surprise, le Bêta ne dit rien, il se leva et alla chercher une petite boite en bois sur une étagère qu'il ouvrit devant Ayase, brusquement très pâle.
Le garçon se redressa un peu afin d'apercevoir ce qu'elle renfermait. La vue des feuilles séchées vertes et violettes lui envoya une décharge douloureuse dans la poitrine. Les feuilles contraceptives que prenaient ses sœurs louves mais que lui-même n'avait pas eu le droit de prendre.
Ayase regarda Charlie, ses jolis yeux noisette remplis eux aussi de douleur.
« Pourquoi me montres-tu cela, Charlie ? Je les prends le dimanche, pas le samedi, tu... tu ne me fais pas confiance ? » balbutia-t-il.
« Si. Entièrement. Je refuse que tu demandes quoi que ce soit à ma mère, Ayase. Je veux que tu prennes ces feuilles. »
« Mais... » commença l'Oméga.
« Je veux que tu prennes ces feuilles, » l'interrompit Charlie. « Et que tu les ranges à l'infirmerie. Tu n'en as plus besoin. »
Draco poussa un petit cri de surprise alors qu'Ayase se mettait à pleurer de joie en silence. Charlie fit trois pas dans sa direction, le leva de sa chaise et le prit dans ses bras.
« Je suis d'accord, Ayase, je veux un autre enfant avec toi. Mais, mon amour, promets-moi que tu ne te mettras pas dans tous tes états si tu ne tombes pas enceint tout de suite, d'accord ? »
« Oui, » sanglota Ayase en se cramponnant aux épaules de Charlie.
Draco baissa la tête. La joie, l'immense soulagement, le bonheur qui émanaient du couple étaient palpables. Pourtant, bien qu'il partage tous ces sentiments avec eux, le nœud qu'il avait à l'estomac ne se défit pas.
« Félicitations, » réussit-il malgré tout à articuler.
« Je ne suis pas encore enceint, » sourit Ayase en se séchant les joues.
Il était toujours dans les bras de Charlie et l'embrassait régulièrement. Draco les dévisagea, une grande tristesse envahissant subitement son cœur.
« Je suis heureux pour vous. Tu seras vite enceint, Ayase, j'en suis sûr. »
« Ça, on ne peut pas le savoir ! » dit Charlie, prudent. « C'est pour cela que je ne veux pas que vous en parliez à quiconque, ma mère y compris... Surtout à ma mère ! »
« Ne t'inquiète pas, on ne dira rien, et je te promets de ne pas me prendre la tête non plus si ça ne marche pas tout de suite, » fit Ayase en le gratifiant d'un autre baiser.
Draco baissa la tête, il émietta une tranche de pain en silence. Pourtant, il ne tint pas longtemps avant de se remettre à parler.
« Moi j'ai mis du temps avant de tomber enceint. Fenrir croyait que je le faisais exprès, il me disait que je n'étais qu'un incapable. Je savais même pas de quoi il me parlait. Il me punissait parce que je ne lui donnais pas satisfaction. Et puis... et puis je suis tombé enceint. Juste après qu'il m'ait baisé sous notre forme lupine. »
Sa voix résonna étrangement dans le silence de la cuisine, seul le tic-tac de l'horloge trouvant réponse aux propos du garçon dans un premier temps.
« Draco... Ce que t'a fait ce monstre était ignoble, » fit Charlie en s'approchant de lui afin de poser sa main sur sa nuque qu'il massa doucement.
« Charlie, » continua Draco en redressa son visage vers lui. « Je sais que c'est tabou, mais peut-être que l'on tombe plus facilement enceint si on se fait prendre en tant que loup ? »
La tension dans la pièce grimpa d'un cran. Charlie et Ayase se regardèrent brièvement avant que le Bêta ne réponde.
« Je ne sais pas, Draco. Peut-être. Mais même si c'était le cas, il faudrait que l'on soit vraiment désespérés, Ayase et moi, pour tenter l'expérience. C'est un tabou. Je ne suis même pas sûr de pouvoir arriver à... Enfin bref. Draco, je n'aime pas le terme que tu as employé, mon grand, même si je comprends pourquoi tu l'as employé. Ayase et moi nous ne baisons pas. »
« Vous vous accouplez, » affirma Draco, ses yeux gris remplis d'une étrange innocence qui fit mal aux deux autres hommes.
« Non, nous faisons l'amour, Draco, » le reprit gentiment Ayase.
« Et l'amour, pour nous, ne conçoit pas la douleur. Or le genre de relation que tu cites, à savoir sous notre forme de loup, est forcement douloureuse, » continua Charlie.
« Je sais... » murmura Draco.
Il regarda attentivement le couple.
« Mais... euh... ça ne fait pas... enfin... » il rougit et baissa son regard.
« Tu veux savoir si j'ai mal quand nous faisons l'amour ? Non, Draco, je croyais te l'avoir déjà dit, mais non. Je n'ai pas mal, » le rassura Ayase.
« Okay, » fit Draco en hochant la tête.
« Draco... Tu es sûr que ça va ? » redemanda tout aussi gentiment l'Oméga.
« Oui, je suis juste un peu fatigué ces temps-ci, je dors pas très bien, ne t'inquiète pas. Mais je vais bien. » Il se força à sourire. « D'ailleurs, ce soir il y a une soirée à la plage avec mes amis. Je peux y aller ? »
« Oui, » répondit Charlie. « Je demanderai à Harry ou Olivier de te ramener vers minuit, pas plus tard. Je ne voudrais pas que tu t'endormes à table demain. »
Draco sourit cette fois d'un vrai sourire.
« C'est Harry qui viendra me chercher ce soir. »
« Oh, et comment va notre cher Harry ? » voulut savoir Ayase, un brin taquin.
Cependant, le jeune Oméga ne sembla pas s'en rendre compte car ses yeux s'éclaircirent aussitôt alors qu'il se mettait soudain à jacasser, trouvant apparemment le sujet ''Harry'' très intéressant.
La soirée apporta à Draco de bonnes surprises, puisqu'on lui souhaita à cette occasion ses seize ans.
Ses amis lui fêtèrent son anniversaire autour du foyer sur la plage. Chacun lui apporta de petits présents, pour la plupart des biscuits, bonbons, des objets décoratifs faits en bois et coquillages, et, dans le cas de Harry, un livre. Le jeune Oméga avait été particulièrement touché et il avait avoué que c'était la première fois pour lui qu'il fêtait son anniversaire avec des amis. Quant à ses quinze ans, Compagnon-Loup montrait ses crocs s'il essayait d'y penser.
En plus du livre, Harry lui avait offert un petit sachet de cookies. Le jeune dominant avait bombé le torse en affirmant qu'il les avait faits lui-même selon la recette de Molly Weasley, faisant ricaner Ron et Ginny au passage.
Draco avait parfaitement compris que Harry voulait qu'il les goûte de suite. Il s'était empressé de le faire, sous le regard étrangement avide du brun. Le petit Oméga n'avait pas eu le cœur d'avouer au pâtissier en herbe que les cookies étaient loin d'être aussi délicieux que ceux de la matriarche Weasley. Bien au contraire, Draco, le cœur battant, s'était avancé vers le Lycanthrope pour lui embrasser la joue, tout en murmurant à son oreille que les biscuits étaient divins.
Pourtant, le plus beau cadeau de la soirée fut pour plus tard. Harry n'avait pas lâché le jeune homme blond, grognant sourdement si un autre dominant cherchait à s'en approcher. Draco avait légèrement frémi, se rendant compte qu'Olivier et Ritchie y répondaient.
Ginny lui avait expliqué, confirmant par la même ce qu'il supposait, que la tension entre les trois mâles avait gonflé, Harry déclarant clairement qu'il désirait le soumis. Certes, ce n'était pas encore une déclaration officielle mais le message était limpide. Harry courtisait l'Oméga et ceux qui voulaient faire de même n'avaient qu'à bien se tenir.
D'autorité, à minuit pile, le fils de l'Alpha s'était levé, avait saisi la main de Draco et avait déclaré d'une voix claire et sans appel que la fête pour Draco était terminée et qu'il le ramenait chez ses pères.
Le trajet s'était déroulé sans encombre. Draco appréciait la chaleur des doigts du dominant autour des siens, sa voix grave et de plus en plus sensuelle à ses oreilles.
Devant la porte de Charlie et Ayase, ils s'étaient tenus, l'un en face de l'autre. Draco avait levé ses yeux clairs vers les verts, la poitrine douloureuse tant son cœur battait durement et rapidement sous ses côtes. Compagnon-Loup avait redressé la truffe pendant que Draco, nerveux, avait espéré une démonstration de tendresse et s'était entortillé l'une de ses tresses autour de son index.
Le jeune homme brun l'avait dévoré du regard, leurs visages s'étaient insidieusement rapprochés, puis, alors que Draco n'y croyait plus, les lèvres douces, légèrement salées du dominant s'étaient posées sur les siennes.
Tout comme dans les bois la première fois, ce ne fut qu'une simple pression, la bouche de Harry s'était décollée doucement, avant de revenir déposer un autre bécot un peu plus appuyé sur les lèvres tentatrices de l'Oméga.
Draco avait souri, Harry aussi.
« C'est un baiser ? Un vrai baiser ? » avait murmuré le jeune blond.
« Oui, un baiser. Je voudrais pouvoir déposer un baiser sur tes lèvres chaque jour que les dieux créent, » avait répondu sur le même ton le dominant.
Draco avait battu des cils, une fois ou deux de plus que la normale en raison de l'étonnement et du plaisir de cette déclaration. Il avait lui aussi posé un léger bisou sur la bouche de son mâle indubitablement préféré, puis lui avait soufflé à l'oreille « Moi aussi » avant de rentrer à l'intérieur de la maison.
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À suivre
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NDA : Si le cœur vous en dit, je poste actuellement un recueil d'OS, intitulé "Et la suite ?" Le dernier, posté aujourd'hui, est un cadeau pour ma licornette, ma bêta adorée Nanola, pour son anniversaire :)
