Auteur : Crazyitachi-la-malade-de-Shaka~
Encore merci :) Je n'ai pas pu répondre à chacun mais au prochain chapitre reply pour tous!
Une Légende oubliée
Chapitre 7
Grimmjow avait eu du mal à se remettre de ce soir-là. Celui où ils avaient miraculeusement été sauvés, où tout ceux qu'on avait cru être des ennemis s'étaient avérés des amis, où des inconnus venaient se mouiller pour prêter main forte, où Ichigo s'enfuyait sans la moindre explication.
Une explication oui. Le pêcheur en aurait voulu une. Au moins pour qu'il puisse avoir quelque chose à faire, un os à ronger, pendant qu'il vivait complètement isolé du reste du monde à la crique. Cet endroit était le plus sûr de tous les environs. Pour y accéder il n'y avait que le tunnel d'Urahara et d'après ce que le marchand lui avait dit, seul le Protecteur avait le pouvoir de calmer les violents courants qui bordaient la crique et la rendaient impraticable par voie maritime.
Pourquoi Ichigo s'était-il enfui ? Grimmjow avait eu le temps, depuis un mois maintenant, de se poser la question et même d'imaginer des réponses. Au départ, il avait pensé que « Mer » avait un rôle là-dedans. Qu'après avoir eu peur de perdre son enfant, elle le gardait jalousement pour punir les humains. Mais d'après Kisuke qui pouvait à peu près décoder le monde marin, cela semblait peu vraisemblable car elle n'imposait qu'une chose à son fils coûte que coûte : que son devoir soit rempli. Si Ichigo voulait se lier d'amitié avec un humain, dans la théorie, elle ne s'y serait jamais opposée.
L'ennui, c'était que si cette réponse n'était pas la bonne, elle impliquait donc d'autres questions. Dire que tout était de la faute de la mer était simple et permettait d'avoir un bouc émissaire sur lequel crier pour se défouler. Mais comme ce n'était pas le cas, il fallait se pencher sur les autres possibilités.
Si Ichigo avait disparu en parlant sur le ton des adieux, c'était parce qu'il l'avait choisi.
Pourquoi ? Grimmjow ne cessait de retourner ce problème dans sa tête. Pourquoi ? Il y avait tant de possibilités, tant d'imagination ! Comment pouvait-il savoir ce qui passait dans l'esprit d'un ondin qui avait des pouvoirs si grands qu'il pouvait presque lire l'avenir ? Le pêcheur se rabroua à cette pensée, Kisuke l'avait éclairé un peu. Ichigo pouvait voir l'avenir que s'il n'était pas directement concerné.
Ce qui, résumé, voulait dire que si l'avenir de Grimmjow et d'Ichigo était lié, l'ondin ne pouvait pas savoir avec certitude de quoi il serait fait. Et l'homme au chat s'était dit que cela pouvait être une des raisons. Etre humain signifiait avancer vers le futur sans savoir ce qui arriverait. Peut-être qu'Ichigo avait pris peur en voyant qu'il était dans la même situation. Peut-être était-il paralysé par la crainte de ne pas savoir son destin.
Tant de questions, mais aucune réponse.
C'était à devenir fou.
Grimmjow soupira longuement et laissa ses yeux vagabonder sur l'eau limpide du bord de la jetée. Il avait beau appeler le Protecteur, il ne répondait pas. Dans sa langue ou celle de la mer, ses appels restaient sans échos et c'était peut-être ce qui le rendait le plus triste. Ichigo ne lui faisait-il pas confiance ?
Le vent se leva tout à coup et souffla violemment, le tirant de ses pensées sombres. Grimmjow se redressa alors, se disant qu'il était sans doute temps de rejoindre sa maison de fortune. Urahara avait retapé avec l'aide de sa clique une cabane abandonnée dans la crique. Maintenant, elle était parfaitement vivable et le pêcheur y avait élu domicile avec Pantera.
La chatte n'aimait pas ce nouvel environnement et elle ne manquait pas de le faire remarquer à son maître. Régulièrement, elle se plantait sur le ponton et regardait successivement la mer et le pêcheur avec un air mauvais. Elle voulait retourner en mer et pêcher comme avant. Mais Grimmjow n'avait même plus le droit d'aller en mer.
Après la fuite de l'ondin, Ieron avait été en émoi. Partout on avait cherché Grimmjow pour qu'il redevienne un appât et permette de récupérer la créature qui leur aurait permis d'amasser énormément d'argent. On avait même pris le bateau de Jaggerjack dans l'espoir que l'ondin ne remarque pas que le navigateur n'était pas la même personne… Sasakibe avait été fou de rage en voyant Edorad complètement saoul la nuit de l'escapade et s'il n'avait encore rien compris des manigances de sa fille et de Nnoitra, les concernés n'étaient pas pressés de se dénoncer.
Certaines personnes étaient déjà parties d'Ieron, sachant pertinemment que si jamais Grimmjow réapparaissait un jour, il ne ferait plus le pêcheur et donc qu'ils auraient toujours plus de mal à survivre. Ils avaient alors rassemblé leurs affaires pour partir à la vraie ville, quitter la bulle du village qui les enfermaient étrangement dans un autre monde. L'acheteur Barragan Luisenbarn était arrivé pour qu'on lui annonce que l'affaire ne pouvait se conclure. Chojirô dut rendre l'acompte versé mais, fort heureusement pour les apparences, on avait pu conserver des photos de la créature et l'honneur fut sauvé.
Cependant, rien n'effaçait le fait que la pêche était maintenant compromise et si les autres travailleurs de la mer redoublaient d'ardeur pour subvenir aux besoins d'Ieron, les rumeurs naissaient déjà. On disait que Grimmjow avait un pouvoir grâce à l'ondin, que maintenant qu'on les avait mis en colère, le poisson fuirait la région.
L'homme solitaire marchait vers sa cabane, complètement isolé du reste du monde. Fut un temps, il n'aurait pas senti ce poids sur ses épaules, la présence de son chat au sale caractère lui aurait suffi amplement. Fut un temps. Aujourd'hui, il pensait à Ichigo, il se torturait de ses questions.
Et ce soir-là, comme tous les autres soirs depuis un mois maintenant, il s'allongea sur son lit et laissa l'épuisement le conduire dans les affres du sommeil.
~ o ~
Dire que Barragan Luisenbarn avait été mécontent d'être venu à Ieron, un trou paumé, pour rien, aurait été un euphémisme. L'homme à la soixantaine bien tassée, assez mal conservé il fallait l'avouer, avait le tempérament colérique d'un Poséidon et Sasakibe avait dû user de trésors de diplomatie pour que le vieillard se calme.
Luisenbarn avait des cheveux blancs, courts et épais. Son visage était caché d'une grosse barbe blanche elle aussi et son visage était ce qu'il y avait de plus hideux lorsqu'on le comparait à son second et assistant, Syazel Aporro Grantz. On aurait pu évoquer toutes les antithèses et les oxymores possibles, rien n'aurait été assez parodique et sérieux pour décrire véritablement l'opposition qu'ils représentaient à eux deux.
Et pourtant ce n'était pas le roturier le moins royal. Syazel avait très vite calmé le jeu en la faveur du maire d'Ieron, désirant peu voir son employeur se causer un infarctus et donc perdre un travail qui rapportait largement et lui offrait de magnifiques latitudes en ce qui concernait ses hobbys.
Ainsi, l'acheteur potentiel s'était trouvé furieux d'avoir fait le déplacement pour des prunes et il était reparti sans un mot de plus. Mais les spectateurs avertis tels que Loly ou Nnoitra saisirent le regard en coin de l'assistant aux cheveux roses, assistant qui semblait bien trop ravi pour que ça soit honnête.
De retour dans la voiture pour rentrer à la capitale, Syazel demeurait dans ses pensées à côté du chauffeur. Barragan était derrière et ruminait bêtement en buvant un verre et en s'empiffrant de gâteaux. L'assistant préférait ne pas regarder. Il était un temps où Barragan était noble et irradiait d'une puissance contenue, mais depuis qu'il avait perdu sa mainmise ancestrale sur la recherche scientifique sous-marine, il allait en decrescendo et nourrissait une haine farouche envers son détrôneur.
Aizen Sôsuke. On ne savait d'où il était sorti, mais un beau jour il avait lancé une société financée par d'abord par des dons et s'était vite émancipé, devenant le Mécène Marin, qui protégeait la nature et subventionnait les recherches sur le développement durable, la création d'aquarium où il réunissait des espèces en voie de disparition, prônait les programmes d'élevage…
« Où allons-nous, Monsieur Grantz ? demanda discrètement le chauffeur.
-A sa résidence. »
Pendant tout le long voyage qui fut entrecoupé d'escales et de nuits à l'hôtel, l'assistant médita. Il leur fallait retrouver cet ondin. Cette créature leur permettrait de remonter la pente. Et son employeur n'avait pas besoin de savoir que s'ils parvenaient à l'acquérir, Syazel expérimenterait sur lui.
Il fallut une semaine tout juste pour que l'acheteur contrarié rejoigne sa « maison » gigantesque et tout autant à Syazel pour contacter la bonne personne. Il lui donna rendez-vous dans un hôtel, profitant de la discrétion de l'établissement. Il attendait dans la salle de réception, un verre de whiskey irlandais à la main. Régulièrement, il remontait ses lunettes sur son nez avec une mimique agacée à l'idée que son projet pouvait peut-être échouer. C'était souvent le risque lorsqu'il ne dirigeait pas toutes les opérations lui-même.
« Syazel Aporro Grantz ? » résonna tout à coup une voix.
L'homme aux cheveux roses avisa le nouveau-venu. Un homme de forte carrure aux cheveux bruns gominés en arrière. Un visage carré, brut, et un regard sûr de lui. Avec sa tenue, ensemble de cuir et veste à bord en fausse fourrure blanche, il avait tout de la dégaine d'un chasseur.
« Vous auriez pu vous vêtir en accord avec la classe de l'hôtel. »
Le mal-vêtu afficha un sourire amusé et, en s'asseyant, rétorqua :
« Et vous m'auriez cru être un bon chasseur de prime si j'avais mis un costume de pingouin ? »
L'élégant eut un reniflement dédaigneux et glissa un dossier vers son vis-à-vis sur la table basse. Il était assez épais et contenait beaucoup de feuilles volantes à en voir la tranche. L'inconnu le prit et le feuilleta rapidement, haussant un sourcil en avisant la cible qu'il devait capturer.
« Oui cette créature existe, Monsieur Kuugo. »
Ginjou Kuugo, réputé officieusement pour être le meilleur dans son domaine. Sa carte de visite portait le titre de chasseur de primes, mais homme à tout faire dans l'illégalité aurait été plus correct. On le connaissait, bien que n'ayant pas de preuves, pour avoir braqué les plus grands musées d'Europe et avoir volé des œuvres de maîtres sans problème. On le connaissait aussi pour avoir délivré de nombreuses cargaisons d'armes à tel dictateur ou encore pour avoir réussi à retrouver des trésors perdus. Quand on parlait de Kuugo, on disait toujours qu'aucune limite ne pouvait lui résister.
« Je dois le rapporter vivant je suppose ?
-Et le moins blessé possible. Sa valeur est… Syazel marqua sciemment un blanc pour appuyer sur le dernier mot. Inestimable. »
Ginjou afficha un sourire amusé. On ne lui avait jamais confié ce genre de mission, rapporter une créature imaginaire… Si le commanditaire n'avait pas été le second du grand Barragan Luisenbarn, il aurait éclaté de rire en demandant où se trouvait la caméra cachée. Il ouvrit brièvement le dossier pour voir les photos prises de la sirène.
« Techniquement, cette créature hybride est un ondin, ou un triton, informa Syazel. Il me faudrait l'étudier pour en être certain.
-Bah, sirène ça fait le même effet. »
L'élégant redressa ses lunettes sur son nez, vexé devant tant d'inculture. La conversation se poursuivit sporadiquement, se résumant à de simples questions d'ordre pratique. Après quelques minutes ainsi, les deux hommes se séparèrent d'une poignée de main.
Syazel retourna à son poste d'assistant, déjà pressé à l'idée de pouvoir étudier une nouvelle créature. Ginjou était un peu plus mitigé, élaborant déjà des plans d'attaque. Kidnapper quelqu'un ne le dérangeait pas, du reste, c'était ses missions préférées et souvent il les expédiait vite fait bien fait. Le problème se trouvait dans le détail que l'ondin vivait sous l'eau et attaquer une créature qui devait avoir quelque pouvoir sur son propre terrain était dangereux.
Le chasseur de primes rentra chez lui et profita d'un temps de solitude pour prendre une douche rafraichissante. Cela ne prit pas plus de cinq minutes car il sortit en entendant un bruit dans le salon. Seulement vêtu d'une serviette à la taille et les cheveux dégoulinant encore d'eau, il remarqua qu'il avait un visiteur.
« Tsukishima ? lança-t-il faussement étonné. Qu'est-ce que tu fais là ?
-J'ai vu que tu avais un nouveau contrat, il montra le dossier sur la table basse.
-Ouais, et ?
-J'ai déjà capturé cette créature une fois. »
Ginjou écarquilla les yeux, cette fois-ci réellement surpris. Il s'assit sur le fauteuil face à celui de son ami, dans le salon, et le pressa de s'expliquer plus en profondeur.
« Je n'ai pas vraiment capturé cette ondin, commença-t-il. A l'époque j'étais sous les ordres de Tia Hallibel.
-Celle qui bossait sous les ordres de Barragan et qui s'est noyée ?
-Oui. Pourquoi ? demanda-t-il, tu la connaissais ? »
Ginjou fronça les sourcils. Syazel Aporro Grantz était assez futé d'après l'impression qu'il lui avait faite pour savoir de qui il s'entourait pour le travail. En s'adressant à lui, s'était-il dit qu'il en parlerait à son associé Tsukishima ?
« Non, mais c'est l'assistant de Barragan qui me demande de le capturer à nouveau.
-Je crois que Barragan n'a jamais su qu'on l'avait capturé. Pour l'histoire, une fois que Tia l'a pêché, elle s'est posé des questions. L'éthique et la morale n'avaient pas leur place à bord et quelqu'un, un allié humain de l'ondin sans doute, en a profité pour le libérer.
-Je vois. Il faut donc redoubler de surveillance, conclut Ginjou. Mais dis-moi, comment avez-vous réussi à l'attirer ? »
Tsukishima esquissa un sourire amusé.
« Nous avons lu des livres de contes. L'un parlait d'un Protecteur, on a essayé.
-Et comment ? pressa Ginjou qui commençait à s'impatienter.
-Cet ondin doit protéger tout le monde. A l'époque j'étais un enfant, donc l'image de l'innocence. Tia a fait semblant de me couler et l'ondin est venu me sauver. C'est là que je l'ai paralysé avec un produit spécial et on l'a pêché. »
Kuugo afficha un large sourire. Quel plan parfait. Et en plus, le refaire ne serait sûrement pas inutile car après tout, comment savoir si une personne qui se noie joue la comédie ou pas ? Et depuis le temps, le triton ne se poserait sans doute pas la question.
« A-t-il vraiment autant d'instincts protecteurs ? s'enquit le chasseur de primes. Il a déjà été capturé récemment, il risque d'être sur ses gardes.
-Je n'en sais rien, soupira sincèrement le vis-à-vis. Mais essayer ne coûterait rien. »
Les deux hommes continuèrent leur discussion un petit moment encore, Kuugo réunissant toutes les informations. Combinées à celles que lui avait donné l'extravagant aux cheveux roses, il aurait largement de quoi mener une expédition. Il lui faudrait sûrement quelque chose comme deux semaines de préparation et il pouvait espérer toucher le pactole.
« Tsuki, ça mérite bien une récompense ça, hein ? »
Le jeune homme afficha un petit sourire et vint se mettre aux pieds de son interlocuteur. Une main passa dans ses cheveux et lui fit pencher la tête vers la serviette de bain. Ils échangèrent un regard complice et Tsukishima ferma les yeux avant d'approcher sa bouche de l'entrejambe face à lui.
~ o ~
Deux semaines plus tard, selon l'emploi du temps escompté, Ginjou Kuugo était opérationnel et accompagné de son équipe de choc. Il travaillait habituellement seul mais pour mener cette mission à bien, il valait mieux avoir le personnel compétent. Il avait trouvé son appât en la personne de Ggio Veda, un gosse qu'il avait plus ou moins ramassé dans la rue et qui le suivait partout et Tsukishima s'occupait de superviser la capture en elle-même.
Ils avaient dans l'idée de jouer aux touristes, avec les maillots de bains et les parasols sur un petit bateau de plaisance. Un autre bateau plus gros et plus sécurisé était prêt à partir depuis la côté après la capture de l'ondin et la calle était aménagée pour le garder le temps qu'il fallait.
Ginjou avait prévu de passer une semaine au large d'Ieron à mouiller comme le ferait un bon vieux touriste. Ils plongeaient un peu, nageaient, profitaient du soleil. Ggio s'était même amusé en disant qu'il n'avait jamais fait un job qui lui demandait de faire semblant d'être en vacances. Et il fallait avouer que cela avait quelque chose d'euphorisant.
Quand il y repensait, Ginjou n'avait pas trouvé la capture particulièrement difficile. Les petites vacances bien jouées, il avait fait semblant de partir et Ggio, en bon enfant maladroit qu'il devait jouer, était tombé à l'eau avec ses habits et comme il ne savait pas nager (depuis le début du séjour il était le seul à ne pas avoir plongé pour le faire croire) avait commencé à se noyer.
Tsukishima gardait un œil discret sur la scène, caché lui aussi avec Ginjou. Ce dernier s'occupait tout juste de surveiller, presque sûr que tout se déroulerait sans anicroche. De plus, Syazel lui avait fourni un produit anesthésiant au cas où la créature serait trop énervée. Les cris de Ggio avait tout à coup cessé et Ginjou se redressa d'un bond en entendant presque immédiatement une exclamation suivie d'un « venez m'aider ! ». Aucun doute, le gosse avait réussi sa partie du plan.
Le second de Kuugo fut le premier à lancer le filet pour y attraper l'ondin et le hisser sur le pont. Mais il fut étonné par la force de ce dernier car dans ses souvenirs la capture avait été plus en douceur. C'est seulement là qu'il comprit que Ggio avait crié pour réellement avoir de l'aide.
« Ginjou ! Ggio est en train de couler ! »
L'homme haussa un sourcil, soupirant.
« Récupère d'abord l'ondin. »
Shukuro acquiesça mais dans le filet, la créature se réveillait et se débattait furieusement. Il dut demander l'aide à Kuugo car il sentait sa force se faire dépasser de seconde en seconde.
Ichigo tirait sur les mailles du filet avec ardeur. Il ne se ferait pas de nouveau avoir ! Il aurait dû deviner pourtant ! Il aurait dû le savoir plutôt que d'écouter son cœur et toujours vouloir aider les gens dans le besoin ! Ichigo mordait et tentait d'arracher les mailles, s'en faisant saigner les doigts et les ongles. Il sentait déjà une boule se former dans sa gorge à l'idée d'être de nouveau suspendu dans un port pour agoniser plusieurs jours. Pourquoi lui voulait-on autant de mal ? Il protégeait les gens, ils auraient dû lui ériger des statues plutôt !
Ichigo lâcha un cri entre peine et rage en sentant le filet se relever, il ne devait pas quitter l'eau. Il ne voulait pas quitter Mer, pas encore une fois. Pourtant il avait pensé qu'en se séparant de Grimmjow tout redeviendrait normal.
« Noooon ! cria-t-il, laissez-moi ! »
Plus haut, les deux hommes se demandèrent bien ce que pouvait dire ce cri mais ils ne cherchèrent pas bien longtemps avant de préparer le pistolet avec la fléchette tranquillisante. Ichigo sentit une légère piqûre dans son dos puis, sans qu'il ne puisse lutter, ses forces l'abandonnèrent. Et alors qu'il était lâché sans plus de cérémonie sur le pont du bateau, il pensa simplement qu'il regrettait d'avoir abandonné son pêcheur qui devait le détester maintenant pour l'avoir laissé seul à sa crique.
Le seul humain qu'il aurait souhaité voir à cet instant.
Ginjou souffla alors que l'ondin était enfin maîtrisé. Il signifia à Tsukishima qu'il allait l'emprisonner comme il fallait et qu'il n'avait qu'à plonger pour voir si Ggio était encore vivant. Quelques minutes plus tard, la prise était solidement attachée et Tsukishima remontait trempé et bredouille. De toute évidence, Ggio avait dû rater son coup pour la première anesthésie, l'ondin n'avait pas apprécié et l'avait frappé. Mais heureusement pour eux, il n'avait pas eu le temps de s'enfuir.
« Alors on fait quoi ? demanda le plus maigre.
-Bah, grogna Ginjou, le gosse servira de bouffe aux poissons. Y'a plus qu'à attendre l'autre avec son bateau et appeler Syazel pour convenir d'un lieu de rendez-vous.
-Il ne faut pas oublier de le plonger régulièrement dans l'eau. Je crois que Syazel l'a précisé dans ses informations, non ?
-Ouais. »
En disant cela Ginjou attrapa la pompe à eau installée à bord et lança le tuyau vers son acolyte.
« Occupe-t'en. »
L'homme obtempéra sans broncher et, tous les quarts d'heure, il interrompait sa lecture pour asperger consciencieusement l'ondin qui gisait sur le sol. Il n'était pas évanoui totalement, mais le produit devait l'empêcher de bouger jusqu'à sa mâchoire pour parler. Ses yeux étaient fermés mais on voyait qu'ils s'agitaient sous les paupières.
Le bateau sécurisé avec un aquarium aux vitres blindées arriva assez rapidement. On déplaça rapidement mais prudemment la créature dedans, toujours attachée et Ginjou décida de prendre le chemin de la terre ferme dans les plus brefs délais. Le temps virait à l'orage et la mer s'agitait de plus en plus, annonçant probablement une dépression.
Rentrés à bon port, les chasseurs de primes déchargèrent l'aquarium blindé pour le mettre dans un camion également sécurisé. L'échange s'effectua sans souci autre que de quitter le bord des côtes le plus rapidement possible.
Alors qu'ils quittaient la baie d'Ieron, perdue au milieu de nulle part, Tsukishima observa le ciel. Ils étaient déjà en train de traverser les cols, donc en altitude, aussi la vue était plongeante sur la baie. Il put ainsi voir que le ciel s'était considérablement assombri et que, au loin, la mer devenait violente.
« Une tempête se prépare, constata-t-il dubitatif.
-Ouais, et alors ?
-Crois-tu que ça a rapport avec la capture de cette créature ? »
Ginjou jeta un coup d'œil au ciel et haussa un sourcil.
« Bah si ça en a j'aimerais pas vivre dans ce petit village. Ils vont sûrement boire la tasse bientôt. »
Shukuro ne répondit rien. C'était dommage pour les habitants du village en effet. Mais comme on disait : Tuez-les tous, Dieu reconnaitra les siens. Le jeune homme reprit sa lecture ensuite, n'y pensant pas plus que cela.
Le voyage du retour fut le plus éreintant et les chasseurs de prime crurent bien à un moment qu'ils devraient rentrer à la capitale avec la prise. L'ondin était plutôt calme, surtout quand ils injectaient dans l'eau une solution préparée également par Syazel pour le maintenir calme, mais il fallait régulièrement renouveler l'eau dans laquelle il baignait pour qu'il reste en bonne santé et s'occuper des animaux n'avait jamais été le fort de Ginjou.
Ils avaient donc été agréablement surpris quand l'assistant de Barragan leur donna rendez-vous dans une ville sur le chemin. L'échange ne s'éternisa pas. Syazel fit signer un contrat forçant au silence, ce qui se résumait donc à présenter des preuves accablantes envers Kuugo. Si ce dernier n'apprécia pas, il fut forcé de reconnaître que le chantage était efficace : il n'oserait jamais révéler qu'il avait pu voir une créature aussi improbable que celle qu'il avait capturée aujourd'hui.
L'homme aux cheveux roses lui donna aussi son salaire pour avoir réussi la mission dans de brefs délais, en gardant la prise en bonne santé. Bref, l'affaire avait été rondement menée et les chasseurs de primes s'en repartirent tranquillement.
~ o ~
Quelques jours plus tard, Ichigo reprit enfin ses esprits. Depuis qu'il avait été capturé tout n'avait été qu'un brouillard étouffant parsemé çà et là d'images vives qu'il n'aurait su identifier. Mais ce qui le rassurait un peu, c'était qu'il baignait dans l'eau. Il se ressaisit cependant et prit le temps d'observer son environnement. Il apercevait un simili de milieu sous-marin, avec des plantes qui venaient de là-bas mais en s'en approchant, elles étaient beaucoup trop grandes pour être naturelles. Le sol était étonnement bas par rapport au plafond et ce qui étonna l'ondin fut de pouvoir distinguer un deuxième paysage derrière l'eau.
Quel était donc cet endroit ?
Ichigo s'approcha, se demandant pourquoi il pouvait voir des murs comme ceux des maisons à travers l'eau qui l'entourait. Il heurta tout à coup quelque chose et se recula, surpris. Il avança sa main fébrilement et fronça les sourcils quand elle fut arrêtée par une surface transparente. Une vitre ? Sentant tout à coup l'anxiété monter en lui, l'ondin longea la vitre et fut horrifié de découvrir qu'il pouvait en faire le tour.
On l'avait enfermé dans un rectangle d'eau ? Lui pour qui l'océan était sa maison ?
Le triton essaya de garder son calme et continua d'explorer. Il remarqua bien vite que la surface avait été condamnée par un toit métallique infranchissable. Il pensa tout de suite à fracasser la vitre pour s'enfuir, il en était capable. Mais briser la surface pour se retrouver par terre était inutile, lui qui ne pouvait pas marcher. Ichigo se laissa tomber sur le sol. Au moins, c'était du vrai sable qu'il sentait sous ses écailles et sa peau, mais il n'y avait aucune vie dans cet endroit. Les algues à la taille démesurées ne comptaient pas vraiment dans cet environnement stérile ou même la voix de Mer ne lui parvenait pas.
Pour la première fois de sa vie, Ichigo expérimenta une solitude sèche et cela l'effraya même s'il tenta de garder bonne figure. Mais d'une certaine manière, il ne pouvait que paniquer. Il ne savait pas où il était, ce qu'on allait faire de lui… Qui l'avait capturé ? Pourquoi ? Allait-il rester longtemps dans cet endroit mort ? Il ne pouvait même pas espérer s'enfuir, il était cerné par la terre ferme ! Il pouvait juste espérer.
Et quand on avait indirectement renié le seul humain qui nous aimait, il fallait avouer que les espoirs étaient maigres.
« Te voilà réveillé… »
Ichigo sursauta. Il avisa quelqu'un de l'autre côté de la vitre, un gros monsieur aux cheveux blancs. L'ondin fronça les sourcils, il n'avait pas pu entendre ce qu'on avait dit à travers la vitre et cela le contrariait. Il frappa un coup sec contre la prison transparente pour manifester son mécontentement mais le vieux se contenta de sourire et de faire signe.
Un autre homme, tout son opposé, nota Ichigo, entra alors. Il tenait un genre de manettes dans ses mains et échangea quelques mots avec l'autre. L'hybride cogna contre la vitre plus fortement. Peut-être qu'ils seraient effrayés et le laisseraient partir ? Il sentait la colère prendre le pas sur la peur mais tout à coup il entendit quelque chose dans l'eau. Il leva les yeux et aperçut un nuage qui se formait près du plafond. Inquiet, il se retourna et en vit un autre au sol. D'énormes nuages violets se développaient dans l'eau et il ne savait pas comment leur échapper. Car il se doutait bien que ces nuages devaient contenir un produit quelconque…
Progressivement, il sentit ses forces le quitter à nouveau et il tomba sur le sol sablonneux, inconscient.
En dehors de l'aquarium gigantesque, Barragan jubilait. Enfin il allait pouvoir récupérer les lauriers ! Il avait attendu des années et lancé des recherches monstrueusement chères pour obtenir cette créature. Depuis que Syazel lui en avait parlé il y avait de cela quelques années maintenant, le magnat ne rêvait que de pouvoir l'avoir pour lui seul et l'exhiber fièrement comme sa première richesse.
« Monsieur ? demanda Syazel. Avez-vous réfléchi pour…
-Bien sûr ! tonna Luisenbarn. On va ouvrir le parc aquatique dans deux jours et je veux qu'il soit le clou du spectacle ! Prépare-lui le plus beau et le plus grand des aquariums, avec le plus de plantes possibles qu'il se sente comme à la maison ! »
Syazel nota tout rapidement, blasé par le manque d'imagination de ce gros balourd. Exhiber l'ondin comme un simple poisson était une perte pour la recherche. Une honte et un crime. Qu'à cela ne tienne, il fabriquerait cet environnement comme on le lui avait demandé mais aux heures de fermeture, il saurait garder l'ondin pour lui et s'amuser avec. Mais patience.
~ o ~
Les deux jours qui s'écoulèrent ensuite furent les plus longs de la vie d'Ichigo. Pourtant il vivait depuis plus de cinquante ans maintenant et jamais il n'avait eu à la fois tant de peine et tant de colère en lui.
Lui qui protégeait et qui se sacrifiait jour après jour à son devoir de protecteur, en regardant la terre rêvée sans espoir de marcher un jour dessus… Lui qui donnait tant, c'était ainsi qu'on le remerciait ? En le torturant ? En le traitant comme une bête de foire ?
En voyant les autres animaux aquatiques qui l'entouraient dans ce fameux parc aquatique, il avait été pris à la gorge. Il pouvait encore comprendre que les humains de considèrent pas des requins ou des poissons rouges comme leurs égaux. Mais lui ? Il avait le même corps ou presque qu'eux ! Plutôt que de l'exhiber et lui faire subir toutes sortes de choses, ils auraient dû essayer de nouer le contact pour découvrir son monde !
Comme Grimmjow l'avait fait…
« Merveilleuse acquisition, n'est-il pas ? s'exclama la voix hideuse de Luisenbarn. Il est magnifique ! »
Ichigo dressa l'oreille et tourna lentement la tête pour voir le vieil homme. Cet homme dégoûtant qui le sortait de l'eau pour lui faire toutes ces choses qui le répugnaient… L'ondin baissa la tête et partit se cacher derrière une plante, faisant tout juste attention aux deux inconnus qui accompagnaient son bourreau.
« Magnifique en effet, répondit une voix d'une politesse forcée.
-Ça vous en bouche un coin Aizen ! »
Le dénommé Aizen se garda de grincer des dents trop ouvertement. Il n'avait pas osé croire à la nouvelle de Barragan quand ce dernier lui avait envoyé un carton d'invitation VIP, mais maintenant il comprenait. L'homme montrait sa réussite pour le rabaisser.
Le Mécène Marin laissa son rival en affaire parler de longues minutes, à s'extasier sur la créature et à lui parler comme à un petit animal, répondant de temps en temps pour entretenir le monologue. Quand Luisenbarn se décida enfin à les laisser, Aizen repartit avec son acolyte, resté jusqu'alors silencieux.
« Gin ? »
L'homme paraissait légèrement plus jeune qu'Aizen et arborait un air absolument contrarié assez étrange avec ses yeux plissés et ses cheveux gris argenté.
« Il n'est pas bien traité.
-Comment cela ?
-Ses blessures guérissent plus lentement. Ils le droguent pour qu'il ne puisse pas se servir correctement de ses pouvoirs. »
Aizen se frotta le menton de deux doigts, pensif. Il avait bien une petite idée derrière la tête. Et avec un sourire amusé il pensa qu'il était temps de renouer le contact avec de vieux amis.
~ o ~
Ieron était déserte.
Avant, il n'y avait pas foule c'était vrai mais depuis le Jour Noir comme il avait été surnommé, il y avait encore moins de monde.
Une après-midi, tout à coup, le ciel s'était obscurci violemment. La mer avait pris de l'ampleur, son va-et-vient devenant plus saccadé, plus agressif. Urahara avait immédiatement compris que la mer était en colère, très en colère. Il ne sut pas pourquoi exactement mais prévint rapidement les gens les plus exposés et qui le croiraient.
Le soir-même, juste au moment où le soleil disparut sur l'horizon, le vent se leva et souffla comme jamais, renversant les voitures, abattant les arbres. Les vagues grossissaient de plus en plus et il ne fallut pas quinze minutes à la mer pour atteindre le sommet de sa rage et déverser des trombes d'eau sur le port et les maisons les plus au bord du littoral.
Ieron était en ruines le lendemain. Il ne restait plus que les plus gros bâtiments en état, les bateaux avaient tous coulés ou presque. Beaucoup de gens étaient portés disparus, d'autres morts. Et quand Urahara parcourut la ville pour observer et se faire son idée de l'étendue des dégâts, il réalisa avec effroi que ceux qui étaient morts ou disparus étaient les gens ayant encouragé le maire à vendre Ichigo. Il comprit alors que Mer s'était vengée.
Ce qu'il ne saisit pas, c'était le pourquoi d'un tel décalage ? Ichigo s'était enfui depuis un mois maintenant.
Le marchand baissa les yeux en regardant l'océan maintenant si calme. Il cachait bien son jeu… Isshin et ses filles ne cessaient de courir à travers le village pour soigner les blessés tandis que les hommes en bonne santé dégageaient les décombres et tentaient de redonner vie au village brisé. Il n'y avait qu'un seul bateau en parfait état, celui de Grimmjow. On ne lui demanda pas son autorisation pour s'en servir pour la pêche et subvenir aux besoins des survivants.
Le maire était parvenu à joindre la ville voisine et cette dernière leur envoyait de l'aide composée de vivres, de mains d'œuvres et de produits médicaux. Il avait fallu presque deux semaines pour que le village comprenne ce qui s'était passé et les deux semaines suivantes ne furent pas de trop pour qu'il se redresse.
Deux mois après la fuite d'Ichigo du port, la population d'Ieron avait bien baissé entre les morts, les disparus et les fuyards, et ceux qui restaient priaient tous les soirs pour calmer la mer et pour le retour sains et saufs des pêcheurs sur leur barque de fortune. Kisuke regardait ça d'un œil blasé. Il fallait que le Ciel leur tombe sur la tête pour que les mortels réalisent qu'il pouvait être dangereux.
Enfin maintenant, Ichigo n'aurait plus ce village à craindre, restait à savoir s'il réapparaitrait un jour…
~ o ~
« Regarde, Maman comme il est beau !
-Oui, hein ! Et ses cheveux orange sont vraiment brillants, n'est-ce pas ?
-Tu crois qu'il nous comprend ? »
Ichigo ne faisait même plus l'effort de regarder autour de lui. Il restait allongé sur le sable, abattu. Il ne pouvait qu'attendre et cela le tuait car plus les jours passaient, moins il espérait. Des gens passaient et poussaient des murmures d'émerveillement, d'autres frappaient violemment à la vitre et lui ordonnaient de bouger.
Etait-il un animal ? Il finissait par se poser des questions. Pourtant, quand il était avec Grimmjow, ce dernier le traitait comme s'il était un genre de divinité. Il voyait l'émerveillement sincère et l'adoration dans ses yeux. Et il n'avait même pas besoin de lire ses pensées pour savoir à quel point le pêcheur l'admirait et surtout, combien il l'aimait.
Etait-ce pour ces gens-là qu'il avait sacrifié tant d'années ? Pour eux qu'il subissait les échos lancinants des âmes en peine dans les profondeurs… ? Si c'était le cas, il regrettait.
Depuis un mois enfermé dans cet aquarium, il regrettait même amèrement.
~ o ~
Loly se leva ce matin-là avec un pressentiment. Son père ne savait toujours rien de sa participation au sauvetage d'Ichigo et elle tenait bien à le garder ainsi. Edorad avait tout pris contre lui et ce n'était pas plus mal. Non, quand elle se leva, se doucha et s'habilla, il y avait quelque chose qui la taraudait.
Exceptionnellement, elle vida la boîte aux lettres jour-là, on ne recevait le courrier qu'une fois par semaine à Ieron, l'accès était trop compliqué autrement et il ne fallait même pas parler de couverture internet. Enfin, elle scanna les lettres et tomba sur une un peu plus différente. Elle était adressée à la mairie mais destinée à Urahara. Malgré la politesse, elle ne put s'empêcher de l'ouvrir en voyant l'adresse de l'expéditeur.
Aizen Sôsuke était connu même chez eux pour être le rival de Barragan Luisenbarn, celui qu'elle soupçonnait fortement d'avoir été le second acheteur !
Elle la cacha dans ses habits et déposa le reste à son père comme si de rien n'était. Elle se réfugia ensuite dans un coin isolé pour l'ouvrir et en découvrir le contenu. Bien lui en prit. A chaque mot qu'elle lisait elle s'en voulait un peu plus d'avoir révélé l'existence d'ichigo car elle apprit à ce moment que Barragan avait réussi à le capturer et l'exhibait dans son parc aquatique comme un animal. Elle eut alors en tête les souvenirs de l'ondin et de Grimmjow sur le bateau, alors qu'ils se parlaient de manière si intime…
Elle avait conduit à ça ?
De rage elle se frappa la tête. Quelle idiote elle était ! Et quoiqu'elle pouvait faire, rien ne changerait sa faute. Cependant elle ne se laisserait pas abattre. Le ton de la lettre d'Aizen était assez amer et elle ne savait s'il fallait le comprendre comme de l'opiniâtreté ou comme du dégout. Après tout, il devait bien exister des gens qui n'appréciaient pas qu'on rabaisse des créatures si magiques et grandioses qu'Ichigo !
Loly fourra la lettre dans sa poche. Certes elle avait lu un courrier qui ne lui était pas adressé et après toutes ses bêtises, elle aurait pu faire profil bas. Mais c'était dans son caractère de vouloir contrôler et au final, elle savait que le marchand aurait besoin d'elle et de son accès à la richesse de son père pour tenter quoique ce soit d'héroïque. Isshin avait le zodiac pour s'enfuir rapidement, elle pouvait avoir des voitures et des camions.
Sans se poser de questions ou se soucier de rien, elle se précipita chez Urahara, bien consciente de l'urgence. Ichigo n'était pas réapparu depuis deux mois et à cela il fallait rajouter le temps de voyage de la lettre. Le cachet datait de trois semaines ! Elle n'osait imaginer la solitude et la douleur d'une créature si libre coincée dans un aquarium et traitée comme une bête. La brune se présenta à l'échoppe et toqua brièvement mais fortement.
« Un problème Miss Loly ? »
Elle sursauta à la voix de Kisuke et baissa les yeux, encore penaude quant à ses actions.
« La Mairie a reçu cette lettre pour vous ce matin, c'est très importante !
-Et comment le savez-vous ? Kisuke haussa un sourcil et avisa l'ouverture faite avec le doigt. J'espère qu'avoir lu mon courrier en valait vraiment la chandelle…
-Ça parle d'Ichigo ! s'exclama-t-elle. Aizen dit qu'il a été capturé ! »
Urahara écarquilla les yeux et saisit la lettre d'un geste brusque, trahissant sa stupéfaction. Il la parcourut rapidement des yeux et laissa, à la fin de la lecture, un soupir lui échapper suivi d'un grognement agacé. Ce manque de contrôle inquiéta Loly.
« Que… Qu'est-ce qu'on peut faire ? »
L'homme vérifia que personne ne les avait vu et fit entrer la jeune fille dans son salon. Il lui désigna un siège distraitement d'un signe de la main tout en relisant encore la lettre. Les choses se bousculaient, les évènements étaient en contradiction. Il lui fallait tout organiser pour mieux voir dans ce chaos impossible.
« Pour le moment, vous ne dites rien, ordonna-t-il, répondant finalement à la question posée. Surtout pas à Grimmjow il détruirait encore une partie de mon magasin…
-Mais…
-Rien j'ai dit !
-Bien ! »
Cependant Loly demeurait perplexe. Urahara n'allait pas rejoindre cet aquarium pour sauver Ichigo ?
« Je peux vous voler les clés d'une des voitures de mon père ! lança-t-elle sérieusement. Une avec le plein d'essence qui roule bien dans les montagnes. Je peux même vous préparer de la nourriture pour le voyage et… »
Le marchand lui fit signe de se taire et, voyant sa rudesse, s'excusa brièvement. Intriguée par le bruit venant du salon, Yoruichi s'y rendit et haussa un sourcil à l'invitée. Elle regarda ensuite son acolyte qui faisait les cent pas en rond avec l'air qui demandait des explications.
« Ichigo a été capturé par Barragan, déclara Kisuke. Il faut réfléchir à… »
Le marchand s'interrompit dans sa phrase en entendant le grincement typique de la trappe qui menait au tunnel de la crique. Il y eut quelque pas et quelqu'un remonta par l'échelle, et à l'atmosphère absolument glacée qui se répandit alors, le locataire de la crique avait tout entendu. Le loup avait bien choisi son moment pour sortir de sa tanière.
« Ichigo a été capturé ? répéta lentement Grimmjow la voix pleine de venin. Comment ça ? »
Kisuke se passa une main dans les cheveux, presque dépassé par les évènements. Il secoua la tête et voulut inviter le pêcheur furieux à s'asseoir mais ce dernier le repoussa violemment.
« Qui ?! Je veux savoir et où il est ! J'vais l'buter. »
Le calme apparent de Grimmjow en inquiéta plus d'un dans le salon. Ils étaient plus habitués à le voir prendre une chaise pour la fracasser sur un meuble. Ou à l'entendre hurler tout en réorganisant le mobilier, mais là… Il irradiait d'une ire froide qui était bien plus effrayante.
« Barragan, soupira Urahara. Il faut réfléchir à un plan d'attaque.
-On y va, coupa Grimmjow brutalement. Et c'est pas négociable.
-Oui oui, Jaggerjack ! s'exclama Yoruichi agacée. On va y aller le sauver ! Tu crois que y'a que toi qui l'aime ?! Alors pose ton cul sur un siège et laisse Kisuke expliquer comment on va le sauver ! Parce que tes techniques de bourrin on les a vues à l'œuvre ! »
Le pêcheur fusilla la femme du regard mais acquiesça. S'il avait fui en premier lieu, jamais on n'aurait eu l'idée de se servir de lui comme appât. Sa bêtise le faisait encore enrager parfois.
« Il faut aller voir ce qu'il en est déjà. Les motivations d'Aizen me paraissent étranges…
-Je pense que c'était le deuxième acheteur, intervint Loly. L'écriture est la même j'ai l'impression.
-Pourquoi à toi ? questionna Yoruichi.
-… Parce que… »
Tout le monde regarda Kisuke avait un air étonné et curieux, le pressant d'en dire plus maintenant qu'il avait ouvert la boîte à mystères.
« Je connais Aizen. Il sait que je connais beaucoup de choses… y compris des moins normales. C'est pour ça que je suis venu à Ieron à la base, il le sait. Ce village est absolument coupé du monde et des champs magnétiques étranges s'y trouvent, l'endroit idéal pour que naissent les légendes à fond de vérité. »
Grimmjow gardait le silence, scrutant de ses yeux perçants le comportement du marchand. Il se foutait royalement de savoir ses liens avec ce gars, là, Aizen. Tout ce qui lui importait était de savoir si ce zigoto pouvait les aider à sauver Ichigo. Et s'il ne le pouvait pas, il trouverait un moyen tout seul s'il le fallait.
Après de longues discussions on parvint à élaborer une stratégie. En premier lieu, il fallait arriver au lieu où se trouvait l'aquarium et pour cela on allait user de l'aide de Loly sans vergogne, empruntant voiture et vivres à la mairie d'Ieron. Ensuite il s'agissait de faire le tour de l'aquarium comme un vrai touriste pour étudier les lieux et convenir des méthodes de sauvetage. Tout paraissait clair et même Grimmjow n'y trouva rien à redire. Hormis qu'il voulait partir sur-le-champ.
Ce qu'il imposa sans trop de difficultés.
~ o ~
Ichigo entendit avec un désespoir grandissant les bruits de pas et les coups à la vitre. Encore une journée dans cet enfer aux allures d'océans, isolé, traité comme un animal, humilié, trituré par le fou aux cheveux roses.
Si seulement ils le traitaient assez mal pour qu'il meure, tout irait plus vite. Car à ce rythme, il allait tenir au moins vingt ans. C'était trop long pour une vie aussi médiocre et insipide.
Ichigo se recroquevilla sur lui-même. Les plantes avaient poussé et il s'était caché à leur base, se sentant relativement à l'abri couvert par les feuilles génétiquement modifiées qui atteignaient des hauteurs impossibles. Roulé en boule sur lui-même, il imaginait la chaleur. Il essayait de se remémorer les après-midi sur le bateau où il se sentait bizarre à chaque fois que Grimmjow voulait l'embrasser.
L'ondin serra contre son cœur la petite statuette de bois taillé. Il y avait une chose qui le soulageait quand même dans son état : lorsqu'on pleurait dans l'eau, ça ne se voyait pas.
J'espère qu'il vous aura plu... initialement il aurait dû être un peu plus long mais j'ai coupé plusieurs scènes que je trouvais (et c'est moi qui parle) trop douloureuses... Vous en entendrez parler dans les prochains chapitres quand même rassurez-vous! (ou pas?)
Merci d'avoir lu!
