Bêta : Nanola

NDA : Allez, une petite NDA, sinon une certaine parmi vous se sent abandonnée ;) Alors avant de commencer sa lecture, on n'oublie pas que Draco est un adolescent, et que je connais peu d'adolescents qui obéissent aveuglement aux adultes ^^ C'est vrai pour ce chapitre, comme pour le suivant. Bon courage ! Euh, non, je voulais dire, bonne lecture, évidemment, où avais-je la tête ? ^^"


Chapitre 28

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Peur


Lord Lucius Malfoy, son dévoué époux,

Scorpius Malfoy, son fils unique bien aimé,

les familles Malfoys, Black, Rosier et Lestrages,

Ont l'immense tristesse ainsi que le profond chagrin de vous annoncer le décès prématuré de

Lady Narcissa Malfoy, née Black,

Survenu de façon accidentelle dans sa quarante et unième année.

Les funérailles se feront dans la plus stricte intimité familiale.

« La Gazette du Mage »

… … …

Draco était tétanisé sous le regard vert du dominant qui lui tournait désormais autour lentement, semblant apprécier les odeurs de peur et de soumission du jeune mâle.

Le petit loup blanc gémit et trembla, la terreur le dévorant tout entier. Pourtant, son cerveau tentait de réfléchir à l'horreur qui lui arrivait.

Fenrir l'avait donné à sa meute. Toute sa meute. Chacun avait possédé son corps, s'était accouplé avec lui. Et en l'absence de compagnon véritable, d'union accomplie entre lui et Fenrir, chacun de ces mâles pouvait être le compagnon avéré de l'Oméga. Seule la crainte de leur Alpha avait empêché l'un des dominants de terminer l'union. Ou plutôt, avait empêché Daniel de le faire.

Le second Bêta n'avait pas commis la même erreur que Fenrir. Ce dernier lui-même avait tenter de rectifier le tir après sa fausse-couche. Mais c'était trop tard pour l'Alpha. Daniel, lui, n'avait laissé aucun autre mâle l'approcher, marquant tout de suite son territoire.

Malgré tout, le mal avait déjà été fait.

Draco était le compagnon potentiel de chaque mâle de son ancienne meute. Si l'un des mâles avait voulu s'unir à Draco, il n'aurait pas été en état de refuser, tout comme il ne pouvait se soustraire à leur coït. Ils avaient tous eu l'ascendant sur lui, tous avaient eu le pouvoir de le faire céder, le faire plier, il avait été soumis à chacun d'eux de façon totale, absolue, en raison de leur accouplement.

Peut-être que c'était la volonté de Fenrir, après tout ?

Et le mâle, devant lui, possédait ce pouvoir.

S'il l'exigeait, il pouvait le soumettre, lui imposer de le suivre et de quitter le territoire de la meute des Rives du Sud. Il pouvait l'emmener, le mordre en lui injectant son venin et faire de lui son compagnon ou sa putain. Et Draco ne pourrait pas s'y opposer.

Une seule question folle tournoyait désormais dans sa tête apeurée, alors qu'il sentait son corps le lâcher et qu'il s'allongeait au sol afin de dévoiler son ventre et sa gorge au loup noir.

Pourquoi Epsilon le voudrait-il ? Ou inversement, pourquoi refuserait-il le cadeau qui lui était présenté ?

L'Oméga frissonna et ferma les yeux tandis que la gueule de l'autre Loup-garou se refermait sur sa gorge.

Un loup ne peut pas pleurer. Pourtant ce furent des bruits ressemblant étrangement à des sanglots humains qui s'échappèrent d'entre les babines blanches. Petit-Homme pleurait à chaudes larmes.

Il pleurait sa frayeur et son avenir détruit.

Draco voulait Harry. Il voulait Charlie et Ayase, mais plus que tout, il voulait Harry. Harry qui le sauverait, comme dans ses rêves.

Le mâle le relâcha et s'assit sur son arrière-train tout en continuant de le scruter. Le jeune loup ne savait plus quoi faire. Il se retourna et s'aplatit sur le ventre, au sol.

Est-ce que Epsilon lui ordonnerait, par un geste de son museau, de le suivre ? Pourrait-il pousser un dernier hurlement afin d'avertir sa meute de sa situation désespérée s'il le faisait ?

Plusieurs minutes passèrent où chacun regardait l'autre. Epsilon fixement, Draco par de brefs et rapides coups d'œil.

Le fait qu'Epsilon semblait réfléchir donna un peu d'espoir à Draco.

Epsilon n'était pas un mâle particulièrement intéressé par un autre mâle. Il préférait les femelles. Il avait été longtemps d'avis de Brutus et Barbatus, estimant que Fenrir aurait dû jeter son dévolu sur une femelle dominante de la trempe de Hannah qui était plutôt rare. Cependant, s'il estimait qu'une telle femelle avait sa place aux côtés d'un Alpha comme Fenrir, était-ce ce qu'il désirait pour lui ? Rien n'était moins sûr, pensa Draco, un nœud au ventre.

Et même s'il préférait les formes féminines, il n'avait jamais refusé le corps tendre de Draco non plus.

Draco gémit, tout en posant sa tête sur ses pattes avant. Il leva les yeux sur Epsilon, s'imposant de supporter son regard, pour le supplier.

Il ne voulait pas quitter sa meute, pas quitter Harry, pas revivre l'enfer. Il couina, pleurnicha, tentant d'amadouer le dominant qui le surplombait. Après tout, Epsilon était aussi un solitaire et l'un de ceux qui avaient trahi Fenrir en premier pour suivre Daniel. Il n'était pas aussi violent ou mauvais que beaucoup d'autres. Il l'avait soigné et avait soulagé ses douleurs...

Draco rampa vers lui et lui lécha les pattes tout en continuant de geindre, lui demandant ainsi de lui laisser la vie sauve.

Soudain, le mâle au pelage noir se redressa. Il se pencha vers la forme blanche recroquevillée et le huma profondément. Certains faisaient cela aussi avant de les posséder, ses sœurs et lui. De terreur, Draco se fit pipi dessus.

Le regard vert chercha le gris. Draco se ratatina encore plus, si cela était possible. Il y avait tant de choses dans ce vert mêlé d'ambre. Le jeune loup y vit de la colère, du doute, des interrogations, quelque chose qui ressemblait un peu trop à du désir. C'était un véritable tourbillon, trop d'émotions, de volonté, de dominance.

Draco gémit et baissa les yeux. Epsilon était de son ancienne meute, les soumis n'avaient pas le droit de regarder les dominants dans les yeux dans cette meute. Il frissonna et attendit. Attendit les crocs dans son cou comme punition ou la fraîcheur d'une truffe sur son oreille qui lui indiquerait au contraire le pardon, ou encore le grondement qui lui ordonnerait de le suivre et d'abandonner sa nouvelle vie afin de retrouver l'ancienne. L'Oméga continua de geindre doucement, petit murmure fait de peur, de supplication.

Le mâle noir grogna, il redressa la gueule, sa truffe semblant trouver d'autres odeurs. Sa patte s'abattit sur le dos de Draco qui arrêta tout bruit et mouvement. La patte demeura là un instant avant que la gueule d'Epsilon ne se penche au dessus du crâne de Draco.

Sa langue râpeuse et pendante laissa un sillon humide alors que le mâle léchait les poils blancs et courts entre les oreilles rabaissées. Draco sursauta. Epsilon ne l'avait jamais léché de la sorte. Ils échangèrent un dernier regard et puis, d'un bond, Epsilon sauta à plusieurs mètres de l'Oméga et se mit à courir en direction des frontières de la meute.

Draco ne perdit pas une seule seconde, sa vie peut-être en dépendait. Il ne savait rien d'Epsilon depuis la débâcle de Pré-au-Lard. Avait-il réintégré une nouvelle meute, tout aussi cruelle ? L'Oméga en doutait, mais en cet instant, il ne voulait pas y réfléchir ni surtout prendre le risque que le dominant soit simplement parti chercher d'autres Lycanthropes. Il courut vers la sécurité, vers sa meute protectrice, vers ses dominants, vers Harry, hurlant sa peur, sa détresse alors que l'air lui brûlait les poumons dans sa hâte.

Totalement affolé, l'Oméga ne sut combien de temps il courut, sautant les branches mortes au sol, s'emmêlant parfois les pattes. Seul son instinct lupin le guidait.

Il ne réalisa pas vraiment que des odeurs familières s'approchaient de lui, que d'autres hurlements couvraient ses propres cris, mais quand il le réalisa enfin, il ne se passa que quelques malheureuses secondes avant qu'il ne se retrouve submergé par une meute de loups hurlants, grognants, leurs poils ébouriffés par leur course et les babines retroussées sur leurs crocs luisants.

La meute était en colère, furieuse, les dominants tournaient autour de Draco qui s'effondra au sol, épuisé, ne trouvant la force que de pleurer dans la langue lupine.

Un immense loup à la couleur fauve se pencha vers lui, le lécha avec application et glissa sa truffe humide dans les moindres recoins de poils blancs.

Charlie redressa la gueule, une fois son inspection terminée, et poussa un hurlement de rage pure. Draco redressa sa tête et enfouit sa gueule dans le poitrail rassurant de son père d'adoption. Il continua de geindre, tout en léchant et mâchouillant les poils fauves, en quête de réconfort.

Rapidement, tous les autres dominants virent le renifler, le lécher, donnèrent des petits coups de tête ou de truffe sur le corps tremblant. Mais leur colère enflait sans cesse, et, surplombant celle des autres, celle aussi noire que le Loup-garou lui-même, dominait celle de Harry.

Draco sentait ce mâle en particulier autour de lui, entendait sa demande de vengeance. Les mâles ne savaient pas avec exactitude ce qui s'était passé, le langage lupin était bien moins pratique que celui humain pour expliquer ce genre de chose, mais tous savaient que leur jeune Oméga, leur fragile Oméga, avait vécu une expérience terrifiante avec un Loup-garou inconnu à la meute.

Un loup avait pénétré les frontières de leur territoire et avait touché, léché leur petit Oméga qui s'était uriné dessus de frayeur.

Ce simple fait était intolérable pour l'Alpha et son fils. Quant à l'état de terreur absolue de Draco, elle demandait vengeance.

Les loups crièrent, se houspillèrent entre eux, visiblement en proie à une discussion lupine dont Draco ne voulait pas se mêler, quand bien même il l'aurait pu.

Charlie, Harry et l'Alpha étaient les plus vindicatifs, à n'en pas douter. Mais toute cette tension n'était pas faite pour rassurer Draco ou pour calmer son cœur qui battait la chamade.

Rapidement, des décisions parurent se prendre et deux groupes se formèrent. Les plus nombreux avec l'Alpha à leur tête se regroupèrent en direction de la frontière, là où avait eu lieu la rencontre entre l'Oméga et le loup inconnu.

Draco se retrouva seul avec deux autres mâles bien plus calmes qui le léchèrent avec application, tentant de calmer et de se faire redresser le jeune soumis par leurs câlins. Olivier et Remus. Leur présence rassurante fit du bien à Draco, apaisa enfin son esprit tourmenté, néanmoins, son cœur, lui, lui hurlait un tout autre message. Harry ne restait pas avec lui, Harry l'abandonnait. Bien sûr, il savait que c'était pour le défendre, pour chasser la menace potentielle de ce mâle qui l'avait effrayé, mais cela ne changeait pas grand chose dans l'esprit de Draco. Il aurait tant aimé que Harry reste avec lui.

Ce fut donc le cœur déchiré qu'il partit dans une direction, encadré par Olivier et Remus, alors que la quinzaine d'autres mâles en colère prenait la direction opposée.

Olivier et Remus menaient bon train, sans toutefois imposer un rythme trop soutenu au plus jeune qui était visiblement épuisé. Rapidement, ils arrivèrent à la clairière où attendaient les autres membres inquiets de la meute, regroupés autour du feu de camp mourant.

Draco courut vers Ayase et Asami qui se jetèrent sur lui en geignant. Ils se léchèrent, se mordillèrent affectueusement. Puis Draco s'effondra de nouveau au sol, sans plus pouvoir faire un pas de plus. Ayase s'allongea d'un côté, Olivier de l'autre. Le petit Asami se posa devant lui, ses grosses pattes maladroites de bébé posées sur celles plus fines du jeune loup blanc.

Ils restèrent ainsi un long moment, la meute calme, attendant le retour des guerriers auto-proclamés. Draco apprécia la chaleur des Lycanthropes, la truffe froide d'Ayase régulièrement dans son cou ainsi que les petits coups de langues affectueux d'Olivier sur ses oreilles.

Les dominants ne revenaient pas alors que la lune, elle, tombait peu à peu et que le ciel se faisait moins noir. D'un grognement, Ayase se redressa et intima l'ordre à Draco et Asami de faire de même.

De nouveau escorté par Olivier et Remus, le trio regagna la maison de Charlie dont la porte était laissée ouverte. Les deux dominants rentrèrent les premiers, inspectèrent les pièces, la truffe en alerte, avant de laisser la famille Weasley regagner définitivement sa demeure.

Les trois Lycanthropes attendirent, allongés sur le plancher, que les rayons de la lune les libèrent. Leurs corps se mirent à onduler, leurs os à craquer alors que des halètements sourds emplissaient la pièce. Enfin, les loups cédèrent la place aux humains. Aussitôt, Asami bondit sur ses pieds et se précipita sur Draco, toujours au sol et transpirant.

« Draco ! Draco comment tu vas ? Tu as eu peur ? Pourquoi tu pleurais ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Le petit garçon entoura de ses bras le cou de Draco qui le serra contre lui. Le jeune Oméga fourra son nez dans les boucles rousses, inspirant l'odeur sucrée et douce de l'enfant. Puis il fondit en larmes, son cœur s'emballant alors qu'il repensait à cette rencontre pour lui terrifiante, à ce qui aurait pu se passer dans cette forêt, à cette famille qu'il aurait perdue. À tout ce qu'il aurait perdu. Les larmes se firent sanglots déchirants tandis qu'Ayase se redressait à son tour pour l'enlacer.

Malgré les paroles douces, le jeune homme ne pouvait prononcer un mot, trop choqué. Il laissa Ayase le traîner dans la salle de bains où il lui passa un gant trempé sur le corps, enlevant ainsi la souillure qu'il s'était faite et aussi les différentes traces de salive. Draco tremblait et reniflait, tandis que le soleil apparaissait.

Il suivit ensuite le père et le fils dans la chambre parentale, s'allongea en collant son corps contre celui d'Ayase, Asami de l'autre côté. Là, il ferma les yeux et s'endormit, bercé par les voix tendres et douces.

Lorsque Charlie rentra chez lui, l'aube s'était levée depuis bien longtemps. Il n'hésita pas et grimpa directement à l'étage où il savait trouver son compagnon et ses fils. Il ne s'attendait cependant pas à les voir tous les trois recroquevillés dans le même lit, à savoir le sien, les bras et les jambes emmêlés dans un joyeux désordre.

Alors qu'il s'avançait doucement, Charlie sentit son cœur se serrer. En réalité, il n'y avait rien de joyeux ici. Draco était pâle, ses poings étaient serrés, crispés, son corps tendu malgré le sommeil. Ayase et Asami étaient cramponnés à lui, comme si quelqu'un ou quelque chose allait venir pour leur arracher l'Oméga des bras.

Le Bêta soupira tout en s'accroupissant vers son amant.

« Aya', mon amour, réveille-toi. »

L'homme brun ouvrit immédiatement ses prunelles chaudes.

« Vous avez trouvé ? » murmura-t-il.

« Non, descends, s'il te plaît, » fit Charlie sur le même ton. « Et couvre-toi, nous ne sommes pas seuls. »

Ayase s'extirpa avec précaution du lit et des deux enfants endormis. Il passa rapidement une tunique propre aux Monoïques puis suivit Charlie jusqu'au rez-de-chaussée. Sans surprise, plusieurs Lycanthropes attendaient dans la cuisine. Remus avait pris sur lui de préparer du thé pour tout le monde, s'appropriant la cuisinière et la casserole familiale des Weasley.

« Alors ? Qu'avez-vous trouvé ? » redemanda Ayase.

« Un Loup-garou étranger est venu sur nos terres, c'est un fait, » répondit Gideon en jetant un sucre dans sa tasse. « Mais nous ne savons pas ce qui s'est passé avec Draco. Il ne semblait pas blessé quand nous l'avons trouvé. »

« Non, il ne l'est pas. Mais il est terrifié. »

« Toujours ? Que vous a-t-il dit ? » voulut savoir Harry.

« Rien. Il n'a rien dit. »

« Pardon ? » s'exclama sourdement Francis Dubois. « Il n'a pas dit ce qui s'était passé ? »

« Non, pas un mot, » confirma une nouvelle fois Ayase. « Asami l'a harcelé de questions mais rien, il n'a fait que pleurer. »

L'Oméga brun passa une main nerveuse dans ses boucles folles.

« J'ai déjà vu Draco avoir peur, vous le savez bien, Charlie, Remus, comme quand nous sommes venus le chercher chez les Mages. Il s'était uriné dessus aussi ce jour-là. C'était pareil ce matin, voire encore pire. C'est comme... comme s'il avait vu le diable en personne. »

« Ou Greyback. »

La vois sourde, presque caverneuse de Harry fit se retourner les autres Lycans vers lui.

« Greyback est mort, » lui rappela Gideon.

« Je le sais. Mais ce Loup-garou l'a effrayé alors que Draco ne porte aucune trace visible de lutte ! Pourquoi !? Et pourquoi ce loup s'est enfuit ? C'est incompréhensible ! »

« Peut-être a-t-il lui-même eu peur de la réaction de Draco ? Après tout, notre Oméga ne connaît pas d'autres Lycanthropes que nous, sa meute. Les seuls autres Werwulfs, comme il nous nomme parfois, qu'il a connus n'étaient pas, loin de là, des modèles de douceur ou de vertu. Il a sans doute cru que cet étranger lui voudrait du mal à son tour, comme du temps de son ancienne meute et ... » La voix de Remus mourut d'un coup.

« Et ? » interrogea Charlie.

« Par la lune... Greyback est mort, oui, mais souvenez-vous, d'après ce qu'avait déclaré Draco, au moins un homme de son ancienne meute avait survécu. Et si c'était lui ? Ou si d'autres n'avaient pas été tués ou capturés à Pré-au-Lard ? Nous ne savons pas exactement combien de membres cette meute comportait. Et ils étaient lancés à la poursuite de fuyards quand ils se sont faits avoir. Serait-il possible qu'ils soient plus nombreux ou que ce loup survivant ait voulu finalement chercher Draco ? »

Harry pâlit brusquement avant d'exploser de colère.

« Non, c'est ridicule ! Pourquoi le ferait-il ? Et si c'était le cas, alors pourquoi aurait-il laissé Draco s'enfuir ? S'il le cherche depuis cet hiver, il l'aurait tué, blessé ou aurait fait en sorte qu'il le suive, que sais-je ! »

« Harry, calme-toi. Ce que dit Remus est plein de bon sens, comme souvent, » tempéra aussitôt Francis. Il réfléchit et continua. « Il n'y avait l'odeur que d'un seul loup inconnu. Je ne pense donc pas que ce soit une meute ou un groupe à l'origine de la frayeur de Draco. Et si ce que tu supposes est juste, Remus, alors ce pourrait bien être ce survivant qui a terrorisé notre Oméga. »

« Si tel est le cas, nous devons le savoir. Savoir si c'est ce loup et savoir surtout si d'autres loups de la meute de Greyback ont survécu. Charlie, va chercher Draco, il doit répondre à nos questions, » ordonna Gideon.

« Il dort, » dit Ayase.

« Peu m'importe. La sécurité de ma meute est plus importante que le sommeil de ton protégé, Ayase, » lança fermement l'Alpha.

Plusieurs minutes plus tard, alors que tous avaient enfin une tasse de thé fumante entre les mains, ce fut un Draco livide qui pénétra dans la pièce, la main de Charlie posée sur son épaule. Ayase retint un soupir de frustration. Le garçon avait remis une chemise et un pantalon long, comme autrefois. Ses cheveux lui cachaient une partie du visage mais il avait quand même pensé à refaire convenablement ses tresses. Le garçon avait les bras croisés sur son torse, comme une mince protection. Le retour en arrière était flagrant.

« Draco, cette nuit tu nous as appelés à ton secours. Tu étais vers notre frontière Est, près de la rivière Antès. Pourquoi ? Pourquoi cette détresse ? Quel était le danger ? »

Draco baissa un peu plus la tête faces aux paroles de l'Alpha. Il ne regardait personne, préférant se ronger nerveusement un ongle à la place. Tout dans son être hurlait la peur.

« Draco, j'attends une réponse. »

Mais le garçon secoua la tête.

« Draco, réponds à notre Alpha. Qu'as-tu vu ? » répéta Charlie.

Seul le silence se fit entendre avant qu'un grognement sourd ne se propage, provenant de la gorge de Gideon. Puis son poing s'abattit avec violence contre la table faisant sursauter le gamin qui sembla se ratatiner un peu plus sur lui-même.

« Par les Éléments, Oméga, tu vas me répondre ! Que crois-tu donc ? Que tu peux ainsi me défier et défier la meute entière ? Tu avais pour ordre de ne pas t'éloigner et on te retrouve aux confins de nos frontières ! Tu nous as appelés à toi, nous avons tous senti à des kilomètres de là ta détresse, ta peur, ton besoin de protection ! Nous avons senti sur toi la frayeur et l'odeur d'un mâle inconnu, alors réponds ! » cria Gideon.

Draco se recula contre un mur, les bras pliés devant son visage. Des sanglots se firent entendre alors qu'il secouait frénétiquement la tête.

« Non ? » fit Gideon en se rapprochant de la forme tremblante. « Non ?! Te moques-tu de moi, enfant ? Je t'ordonne d'obéir ! »

L'Alpha saisit les épaules du garçon qui se mit à hurler, à pleurer, cherchant à se défaire de la poigne du mâle en se protégeant de coups invisibles qui ne viendraient pourtant jamais.

« Qui était ce loup ?! » exigea Gideon, son aura de pouvoir et de domination écrasant tout sur son passage.

Ayase gémit, ses mains se crispèrent sur son ventre, faisant bondir près de lui Charlie qui le cacha contre son torse. Ses bras se refermèrent avec douceur et possessivité autour du corps hâlé. Draco, lui, continua de crier tandis que l'Alpha se saisissait de ses poignets pour dévoiler son visage humide et torturé.

« Qui était ce loup ?! » répéta Gideon en accentuant la pression.

Les yeux clos, le jeune Oméga se sentit plus que jamais en danger et fragile, sa détresse emplit la pièce de la même façon que la colère de l'Alpha l'avait fait quelques secondes auparavant. Puis il poussa un cri déchirant.

« Harry ! »

Le jeune mâle aux cheveux noirs sursauta. Ses yeux s'écarquillèrent alors qu'il se mettait à protester avec vigueur.

« Moi ? Non ! Non, ce n'était pas moi, Draco ! »

Gideon lâcha l'Oméga qui s'effondra au sol, assis en position fœtale, les jambes repliées et les bras par dessus sa tête.

« Harry, Harry, » répéta-t-il en boucle.

Harry s'approcha de lui avec prudence avant de s'agenouiller devant Draco. Il posa sa main avec douceur sur l'un des genoux prit de frissons malgré la chaleur.

« Draco... Draco, ce n'était pas moi... Ce n'était pas moi dans le bois. »

L'Oméga se recroquevilla un peu plus si cela était possible. Harry regarda ses compagnons, désemparé.

« Je vous jure, ce n'était pas moi ! » commença-t-il.

« Pas de problème, Harry, nous le savons tous. Il avait l'odeur de ce mâle inconnu sur lui et nous savons aussi que tu ne lui ferais jamais peur ainsi, » fit doucement Remus.

Le jeune dominant déglutit tout en tournant ses yeux verts de nouveau en direction de Draco.

« Draco... Draco, regarde-moi... pourquoi dis-tu mon nom ? Pourquoi, Draco ? Je n'étais pas là et... »

Soudain Harry se tut. Non, il n'était pas avec lui. Et c'était peut-être bien ça le problème. Il n'était pas avec lui pour le protéger. Était-ce cela que voulait dire le soumis ?

« Draco ? » répéta-t-il.

Les tremblements des mains pâles s'estompèrent un peu alors que l'adolescent les enlevait doucement de sa tête, révélant peu à peu son visage, baissé vers le sol.

« Draco, réponds-moi. »

« Harry... »

« Oui ? »

« Pourquoi... »

« Pourquoi quoi ? »

« Pourquoi c'était pas toi ! » cria Draco en levant soudainement ses yeux clairs noyés de larmes vers ceux de l'autre homme.

Il se remit à pleurer tout en cachant une nouvelle fois son visage.

« Parce que... parce que c'était pas toi... c'était pas toi... Et je voulais... Harry, c'était... pas toi... et... dans mes rêves parfois... Est-ce que c'est toi ces fois-là ? Ou non ? Est-ce que c'est toi ? Ou lui ? Quand j'étais là-bas, parfois je pensais... un loup, noir... des yeux verts... Oh, Harry, pourquoi c'était pas toi ? Est-ce que c'était toi ? »

Un silence imprégné de malaise remplit la pièce. Harry dévisagea chacune des personnes présentes, toutes aussi perplexes que lui.

« Draco... » dit-il d'une voix la plus douce possible. « Je ne comprends pas vraiment mais... Dans tes rêves, quand tu penses à ce Loup-garou noir aux yeux verts, est-ce qu'il est bon pour toi ? Ou est-ce qu'il te fait peur ? »

Draco renifla misérablement, ses mains tombèrent sur ses genoux.

« Dans mes rêves, c'est toujours pour me sauver. Je voulais tellement être sauvé... Ce Werwulf, il est bon pour moi dans mes rêves. »

« Alors c'est moi, » assura fermement Harry.

Il tendit les mains pour prendre celles de Draco entre elles.

« Si ce loup ou cet homme est bon pour toi, alors c'est moi. Je ne te ferai jamais de mal, Draco. Je veux te sauver. Mais dans cette forêt, cette nuit, ce n'était pas moi. Tu as eu peur. Ce n'était pas moi. Qui était cette personne ? »

Le pouce du jeune homme passait et repassait en cercle apaisant sur le dessus de la main du plus petit. Comme un signe de paix, de douceur dans son monde de douleur.

Les larmes coulèrent sur les joues pâles, les yeux gris se focalisèrent dans les verts.

« Epsilon... » souffla l'adolescent, si bas que seule l'acuité auditive des Lycanthropes leur permit de l'entendre.

« Qui est Epsilon ? »

Les mains se remirent à trembler violemment, le visage pointu se fissura mais rien ne sortit de la bouche crispée.

« Draco... » reprit Harry en accentuant ses caresses. « Qui est Epsilon ? »

« Je suis... Je suis à lui, Harry... » pleura Draco.

« Non, non, voyons. Tu ne lui appartiens pas, » le rassura le jeune dominant.

Un mouvement sur sa droite lui fit tourner la tête alors que Charlie s'agenouillait également et posait sa main dans les cheveux faits d'or blanc.

« Draco, cet Epsilon, c'est bien le Loup-garou de ton ancienne meute, pas vrai ? Celui qui a survécu à l'attaque de Pré-au Lard ? »

Draco hocha la tête, sembla hésiter puis se jeta dans les bras de Charlie, cherchant le réconfort, la protection de son père d'adoption.

« C'est fini, c'est fini, mon grand, » le rassura l'homme en le serrant contre lui.

« Est-ce qu'il est seul ? » demanda d'une voix grondante Gideon, faisant frissonner le petit Oméga.

« Je ne sais pas, » murmura-t-il. « Je n'ai vu que lui, personne d'autre. »

« Non, ce n'est pas ma question, louveteau. Es-tu certain que lui seul a survécu ? »

« C'est le seul corps que je n'avais pas vu. Tous les autres y étaient, » répondit Draco, le visage toujours niché dans le cou de Charlie.

« Est-ce qu'il s'était accouplé avec toi ? »

La question résonna dans la cuisine. Gênant tous les Lycanthropes. Draco se cramponna plus fort au corps massif du Bêta. Il eut une sorte de hoquet malheureux.

« Draco, » fit Charlie en passa ses doigts dans les mèches pâles. « Réponds, s'il te plaît. »

« Ils... Ils se sont tous accouplés avec moi. Tous. Le seul qui ne l'avait pas fait s'est enfui avec l'une de mes sœurs. Epsilon... Il... C'est pour ça... »

Le garçon se recula un peu du torse réconfortant et leva un visage défait, ne se concentrant cependant que sur Harry.

« C'est pour cela que je lui appartiens. Il est venu. Il pouvait faire de moi ce qu'il voulait. Ce n'est pas mon Alpha, mais j'aurais dû... J'aurais dû le suivre... et vous perdre. »

« Tu ne lui appartiens pas, Oméga, » déclara abruptement l'Alpha. « Tu appartiens à cette meute tant que tu n'as pas de compagnon attitré. Mais c'est pour cette raison, » le mâle se baissa et sa voix se durcit encore, « que tu ne devais pas t'éloigner de ta meute et c'est pour cette raison qu'à partir de maintenant, tu as interdiction de te promener seul. Est-ce clair ? Tu es fragile, Oméga, fragile et prêt dans ton corps à être donné. Je refuse qu'un mâle inconnu à notre meute ne te vole à nous. Ça ne se passera pas ainsi. Nous ferons les choses selon les règles et les coutumes des Lycanthropes, pas autrement. »

« Il ne reviendra pas, » chuchota Draco en frissonnant, les yeux rivés au sol, incapable de soutenir le regard du dominant suprême.

« Tu n'en sais rien. »

« Il n'était pas là pour moi, il a hésité... il a hésité à m'emmener. Mais il s'est décidé, il ne l'a pas fait. Il ne reviendra pas. »

« Les hommes peuvent changer d'avis. Surtout ceux qui ont vécu dans une meute comme celle de Greyback. Ils sont instables, dangereux. Il peut avoir envie de goûter de nouveau à ta chair. Le veux-tu, Oméga ? Veux-tu qu'il te reprenne ? »

Aussitôt des larmes chaudes jaillirent des paupières de l'enfant.

« Non... non, pitié, plus jamais. »

« Alors. Tu. Ne. Sorts. Plus. Seul. »

Draco hocha la tête, toujours sans lever les yeux vers le mâle grisonnant.

« Bien. Mes hommes, nous finirons cette réunion chez moi. Ayase, veille sur le Prédare. »

« Oui, Alpha, » répondit Ayase d'une voix blanche.

« À la prochaine mésaventure de ce genre, je lance la compétition. Sa sécurité physique passe avant son bien-être mental. C'est ma décision. »

L'Alpha sortit de la pièce, suivi de Remus et Francis. Harry hésita mais Gideon l'appela de l'extérieur, le faisant se redresser.

« Je reviendrai te voir Draco. Je reviendrai. »

Se retrouvant seul avec Ayase et Charlie, Draco se redressa, acceptant la main tendue de Charlie pour se faire.

« Ayase, ça veut dire quoi, Prédare ? »

Ayase regarda Charlie avant de répondre.

« C'est le nom que l'on donne aux Omégas qui vont être mis en compétition, Draco. »

… … …

Le jeune Oméga n'était pas sorti de sa chambre de la journée. Il avait peur, encore, mais pas tant en raison d'Epsilon potentiellement présent dans les environs du territoire de la meute que par ce que lui avait expliqué Charlie.

L'Alpha pensait qu'il était une menace pour lui-même. Il pensait qu'il devait être mis en compétition, très prochainement. C'était pour cette raison qu'il avait changé officiellement son statut « d'enfant » à Prédare. Celui qui pouvait être donné, à tout moment.

Draco en avait pleuré toute la matinée. Il était une menace ? Parce que Gideon estimait qu'un loup de son ancienne meute pouvait le prendre ? Et alors ? En quoi cela représentait un danger pour la meute ?

Charlie lui avait expliqué avec une patience infinie qu'il ne s'agissait pas que de la meute ou d'Epsilon. Il pouvait être blessé par un loup adulte. Draco réclamait un mâle de plus en plus et les dominants devenaient de plus en plus excités à son encontre. Un dérapage était toujours possible, un dérapage qui le condamnerait peut-être à vivre avec un loup qui n'aurait pas combattu pour le gagner.

Mais cela, Draco ne le comprenait pas. Il ne comprenait pas quelle pouvait bien être la différence entre le fait qu'un homme, peut-être, défierait la meute entière et les traditions pour s'accoupler avec lui et le prendre comme compagnon de force, et le fait que ce même homme le remporte dans un jeu.

L'esclavage serait le même. Il le savait, il l'avait vécu.

Ayase lui avait assuré que ce ne serait pas ça, qu'il ne vivrait pas à nouveau ce qu'il avait vécu. Que les hommes qui se présenteraient à la compétition seraient de bons mâles, de bons dominants qui prendraient soin de lui.

Charlie et Ayase avaient fini par le laisser, seul avec sa peine, son chagrin et ses peurs. Draco le leur avait demandé, il n'en pouvait plus d'entendre toutes ces règles, ces coutumes.

L'enfant s'accouda à sa fenêtre alors que la chaleur écrasante faisait rage dehors, en plein soleil. Il rêvait de liberté. Il ne voulait plus de cette douleur, plus connaître la rage de l'acte. Il rêvait d'une vie où il aurait pu choisir l'homme qui partagerait sa vie. Un homme qui ne le jetterait pas au sol afin de se vider en lui, comme une bête.

Un homme, pas un Werwulf.

Il savait, il avait fini par admettre sa nature Monoïque. Plus encore, il savait qu'il aimait les hommes malgré ce qu'il avait vécu avec la meute de Greyback. Les filles ne l'avaient jamais vraiment attiré, aussi loin que remontaient ses souvenirs. Le désir, il l'avait connu un jour en regardant un jeune homme à moitié nu sur une estrade.

Draco soupira. Il était fatigué. La nuit avait été plus que courte et surtout éprouvante. Il aurait aimé sortir et aller remercier Olivier. Le mâle l'avait si bien consolé alors que les autres dominants courraient derrière Epsilon.

Le garçon se leva puis s'étira en gémissant et bâillant à la fois. Il aurait voulu dormir, mais il n'osait pas. Et s'il rêvait de ce Werwulf brun comme il le faisait si souvent ? Et s'il découvrait que ce n'était pas Harry, mais Epsilon, Epsilon qui l'appelait dans son sommeil pour le faire venir à lui ?

Non.

C'était Harry.

Cela avait toujours été Harry.

Draco se laissa tomber sur son lit, simplement vêtu de son sous-vêtement. Il faisait chaud. Très chaud.

Sans s'en apercevoir, il s'endormit.

… … …

Quand il se réveilla, Draco sut de suite que la nuit s'était écoulée pendant son sommeil. Il n'avait rien mangé depuis la pleine lune et c'était la faim qui l'avait réveillé. C'était à peine l'aube, la maison était calme, silencieuse.

Non, pas si silencieuse que cela.

Draco se leva, et sortit de sa chambre, ses sens en alerte. Il entendait des sons étranges, provenant du fond du couloir. Relevant la tête, le garçon inspira longuement. Asami n'était pas là. Sans doute avait-il passé la nuit chez Remus et Dora avec Teddy ? Ou bien chez son papy et sa mamie Weasley ? Cela lui arrivait fréquemment après une pleine lune.

D'autres odeurs frappèrent l'adolescent, coupant court à ses réflexions. Il se raidit. C'était les odeurs bien connues de l'excitation sexuelle. Il s'en rappelait sans peine malgré les mois passés. L'air était saturé en phéromones.

Pris de curiosité et malgré sa crainte, Draco s'avança à pas de velours là où l'odeur était la plus forte. Il s'accroupit et par la porte entrouverte, il jeta un coup d'œil rapide dans la pièce qu'il savait être la chambre de Charlie et Ayase. Son souffle se coupa.

Les deux hommes étaient sur leur lit, dans toute leur glorieuse nudité. De là où il était, Draco pouvait voir Charlie, de trois quart, à genoux sur le matelas. Dans ses bras, Ayase se laissait aller, la tête rejetée en arrière, calée contre l'épaule et la clavicule du rouquin. Il soupira et sa tête se pencha lentement en avant alors que ses mains se posaient sur le mur juste devant lui, un bras de Charlie toujours autour de sa taille. Il gémit, son indécent aux oreilles de Draco car synonyme de plaisir. Il connaissait les gémissements que poussait Ayase quand il était perdu dans le plaisir. Et là, Ayase était proche de la jouissance, à n'en pas douter.

Draco déglutit alors qu'il ne pouvait empêcher ses yeux d'étudier les deux corps qui s'imbriquaient l'un dans l'autre, avec une tendre vigueur. L'odeur de leur sueur, de leur plaisir, de leur désir remplissait ses narines, les bruits qu'ils faisaient avec leur hanches et leurs bouches remplissaient quant à eux ses oreilles.

Charlie grogna, les muscles de son dos se tendirent alors qu'il accélérait le rythme et touchait de façon intime à l'aide de ses mains son compagnon qui ne put s'empêcher de gémir plus fort. Ayase se rejeta de nouveau en arrière, ses fesses bougeant au rythme du bassin de Charlie dont le bas ventre claquait sur la peau plus mate.

« Ch... Charlie... Oh, par les Dieux, Charlie... » souffla l'Oméga brun dont les boucles dansaient sur son visage.

« Je t'aime, amour, je t'aime, » répondit Charlie en mordillant avec application l'épaule nue et humide devant lui.

« Encore, encore ! » s'écria Ayase, la nuque arquée, la tête sur l'épaule parsemée de taches de rousseur. Ses bras se projetèrent derrière lui pour attraper les cheveux de Charlie.

« Viens, viens... Oh, Ayase, viens ! »

Ayase se mit alors à pousser des petits cris, à geindre, ses dents malmenant ses lèvres. Son souffle se fit de plus en plus rapide et erratique tandis que la main de Charlie voyageait avec rapidité sur sa hampe tendue. Les mouvements de la danse éternelle s'accélèrent encore, puis les deux hommes poussèrent un cri de jouissance, l'air de la chambre s'emplit de l'odeur marine du sperme, faisant plisser le nez à Draco qui se recula avec prudence. Il eut juste le temps de voir Ayase s'effondrer sur Charlie, un sourire béat aux lèvres, alors que le Bêta s'écroulait quant à lui sur le lit, le poids de son amant contre son corps.

Draco entendit le bruit d'un petit rire, Charlie, celui de baisers humides et la voix d'Ayase qui murmurait des mots d'amour.

Troublé, le garçon recula encore, sans faire le moindre bruit. Il descendit prudemment les escaliers et, sans demander son reste, s'enfuit purement et simplement de la maisonnée en direction des rues désertes du village.

Il marcha lentement, sans trop savoir où il allait, perdu dans ses pensées.

Ayase aimait faire l'amour avec Charlie. C'était très clair. Il le lui avait dit, bien sûr, mais jusqu'à présent Draco ne l'avait cru qu'à moitié.

Évidemment, son initiation avec les Monoïques l'avait obligé à revoir un peu son opinion sur les relations intimes. Mais il n'en avait que peu de souvenirs et ils restaient flous. Alors, entre ça et le fait que ceux qui l'avaient pris étaient des hommes réputés pour leur douceur, il était facile pour lui de mettre cette expérience de côté. Les Monoïques étaient capables de faire l'amour dans le plaisir pour les deux partenaires. Les Werwulfs ? Non, certainement pas.

Sans savoir pourquoi, le cheminement de ses pensées et de ses pas le conduisirent vers Harry. Le jeune garçon stoppa sa marche devant la maison du dominant. Il passa une main dans ses cheveux, nerveux.

Est-ce que Harry serait comme Charlie ? Doux ? Draco sentit ses joues se mettre à chauffer alors que les images qu'il venait de voir dans la chambre de ses parents adoptifs se rejouaient dans sa tête mais avec deux acteurs très différents, à savoir Harry et lui.

« Draco ? Qu'est-ce que tu fais là ? Gideon ne veut pas que tu te promènes seul ! »

La voix de l'objet de ses tourments fit sursauter le garçon alors que l'homme au cheveux noirs s'approchait de lui. Il n'avait même pas entendu la porte s'ouvrir mais Draco le réalisa à peine alors que ses yeux s'accrochaient au torse nu et bronzé du mâle.

Sa respira s'accéléra brusquement, une chaleur insidieuse prit naissance dans son ventre alors que le désir, ce ne pouvait être que lui, s'installait dans ses veines. Harry s'arrêta tout aussi brusquement, à quelques centimètres de lui. Son souffle se coupa tandis que, comme Draco, ses pupilles s'élargissaient dans ses yeux.

Le dominant sentait, dans tous les sens du terme, le désir, l'appel du jeune soumis. Pour lui. Draco avait envie de lui. Harry déglutit, perdu dans les yeux gris qui semblaient sombres en cet instant.

« Draco... »

Par la lune, Harry en avait tellement envie, tellement envie ! Il fit un pas de plus vers le plus jeune qui ne broncha pas, se contentant de redresser son visage vers lui. Les lèvres pâles s'entrouvrirent, une main blanche se posa sur le torse mat.

« Draco... » souffla de nouveau Harry. « Draco... je ne sais pas... il ne faut pas... »

Harry sentait que la situation était très différente de toutes les autres fois où il s'était retrouvé en face du jeune Oméga, différente même des fois où ses lèvres avaient rencontré les siennes. Cette fois, l'appel était plus fort, plus puissant, plus profond. Draco voulait un mâle. Plus que tout, il le voulait, lui, il le désirait, lui. Harry n'était pas sûr que s'il commençait à l'embrasser, il serait capable de s'arrêter avant d'aller trop loin. Et il était bien certain que s'ils allaient trop loin, il serait obligé de le réclamer comme compagnon. Alors la mise en compétition débuterait pour l'Oméga.

Draco combla le peu d'espace entre eux, son corps se plaquant contre celui, chaud, ferme, du dominant. Sa main, mue d'une vie propre, commença à parcourir le torse, l'épaule de Harry dont la respiration se fit haletante.

« Harry... C'est toi... Ça a toujours été toi... Est-ce que tu seras tendre avec moi ? » murmura le garçon en ne le quittant pas des yeux.

« Tendre ? Oh, par les Dieux, Draco, je serai tout ce que tu veux... » gémit Harry en se mordant les lèvres.

« Harry, bordel, je peux savoir ce que tu glandes ?! »

Draco et Harry sursautèrent et se décollèrent d'un bond, tandis que Ron faisait son apparition à côté d'eux.

« Salut, Draco. Bon, Harry, il faut y aller, là. Allez, putain, arrête ton cirque, là, et ramènes tes fesses, on doit aller bosser ! Draco, je pense que tu devrais rentrer chez toi, rapidement. »

« Mais... »

« J'ai dit : Draco, rentre chez toi, maintenant ! » ordonna le grand jeune homme roux tout en tirant Harry par le bras de son côté.

« Draco, rentre chez toi, » reprit Harry dont les yeux redevenaient de plus en plus verts. « On se verra plus tard, d'accord ? Ce n'est pas prudent que tu restes dehors tout seul. D'ailleurs, on te raccompagne. »

Draco hocha la tête, une grande sensation de vide dans son estomac. Son excitation, car cela avait bien été de l'excitation, était retombée, le laissant plus que perplexe.

Ron se plaça entre les deux autres Lycanthropes, il leur jeta des regards noirs tout le long du chemin et fit en sorte qu'ils ne puissent pas rentrer directement en contact. Alors qu'ils arrivaient devant la maison de Charlie et Ayase, il soupira.

« Putain, il faudrait vraiment vous décider, les mecs. Moi je veux bien vous aider à vous calmer mais si vous faites pas gaffe, un de ces quatre vous risquez des problèmes. Draco, ne joue pas trop avec le feu. »

« Mais je... »

« Non, tu sais parfaitement de quoi je parle, fais pas ton innocent avec moi ! Tu es là à dire que tu ne veux pas de compagnon, que tu ne veux pas que ta mise en compétition commence, alors déconne pas et réfléchis à ce que tu fais ! L'Alpha t'a à l'œil et tu laisses tes phéromones traîner partout ! Putain, Draco, tu empestes l'envie, l'appel du mâle, alors viens pas te plaindre si l'un d'entre eux te réclame ! »

« Arrête, Ron, tu n'es pas très juste. »

« Oh toi, tout Parvis que tu es, ferme-là. De toute façon dès qu'il s'agit de Draco, tu ne te sers plus de ton cerveau. Perso, j'en ai rien à foutre que vous vous sautiez dessus, au contraire, ça enlèverait toute cette tension sexuelle qui plane toujours au-dessus de vos têtes et qui commence gentiment à me rendre dingue. Baisez un coup et qu'on en finisse, voilà ce que j'ai envie de vous dire ! Sauf que Draco est un Oméga et que ça peut pas se passer comme ça. Alors vous savez quoi, les mecs ? Soyez aveugles tant que vous voulez, mais moi, ce que j'en pense, c'est qu'il faut que Draco soit mis en jeu et le plus tôt sera le mieux ! »

« Non ! » s'écria Draco.

« Non ? J'vais te dire, Draco, grandis un peu, » asséna durement Ron avant de reprendre Harry par le bras et de l'entraîner loin de l'Oméga.

Draco resta stupidement devant sa porte, sans rien dire ni rien faire, se contentant de regarder les deux dominants qui partaient en direction de la plage et de la pêche qui s'annonçait. Un énorme vide s'installa dans sa poitrine, un atroce sentiment d'abandon. Il ne savait pas si c'était simplement la perte de la présence de Harry ou si c'était dû aux paroles de Ron. Sans doute les deux. Il leva les yeux aux ciel, perdu.

« J'ai peur, pauvre idiot, peur ! C'est la seule raison qui me fait dire non, tu comprends pas, crétin de rouquin ?! » lança-t-il à l'immensité bleue au dessus de lui.

« Qui c'est que tu traites de crétin de rouquin ? »

Draco sursauta une nouvelle fois, se maudissant de ne pas faire suffisamment attention à son environnement.

« Pas toi, Charlie. »

« J'espère bien, » rigola le Bêta. « Tu étais passé où ? Je te cherchais. Viens, je t'accompagne à l'école, tu vas être en retard et ça fait très mauvais genre pour un professeur. »

« Charlie, j'ai pas eu le temps de déjeuner, » se plaignit Draco.

L'homme fronça ses sourcils cuivrés.

« Tu étais où, Draco ? » redemanda-t-il, sérieux.

« Nulle part, je me promenais dans le coin. »

Charlie garda son air soucieux.

« Draco, tu n'as pas le droit de te promener seul, c'est un ordre de l'Alpha ! »

« J'étais vraiment pas loin, » maugréa Draco en baissant les yeux.

Charlie réfléchit quelques secondes avant de soupirer.

« Bon, file te prendre un truc à manger, je t'attends, mais ne traîne pas ! »

… … …

À suivre

… … …