Bêta : Nanola

NDA : un chapitre beaucoup plus calme que les précédents, avec la découverte du Temple, des Monoïques et de leurs coutumes. Bonne lecture :)

Petite dédicace : Un gros bisous à ma chérie, sinon elle est toute triste et j'aime pas quand ma chérie est triste :)


Chapitre 30

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Bienvenue chez toi


Le Seigneur Noir est parti. Il a levé son armée et a quitté le château en direction d'une autre contrée. Zmeï est revenu me voir, plusieurs fois. Quand il vient dans ma chambre, il est inquiet, angoissé, parfois en colère voire furieux. Mais quand il me quitte, il est toujours apaisé.

Je sais que je suis devenu son favori, même plus que cela puisqu'il ne voit que moi. J'en suis fier, c'est vrai, mais j'ai peur aussi du retour du Seigneur. Et s'il le découvre ?

Depuis son départ, j'ai tenté de convaincre mon Prince d'améliorer un peu notre vie. Il m'a entendu car nous avons de nouveau le droit de nous voir dans la journée. Joshua et moi pouvons aider les enfants, nous pouvons aussi de nouveau sortir un peu dans la petite cour, sentir le vent et le soleil.

Les petits sont faibles, malades. Ils ont été délaissés pendant de trop longs mois. Si seulement je pouvais aider mes frère, les sauver.

Zmeï est peut-être notre salut ? Salazar et les nobles avant lui n'ont jamais aidé leurs esclaves Monoïques mais Zmeï est peut-être différent ?

Quand je pense à cela, je me sermonne. Joshua dit que je suis fou, que d'autres avant moi ont eu ce genre d'illusions, comme Artémis, comme Sporus et comme tant encore dont on ne sait plus le nom. Et tous sont morts seuls, dans la tristesse et la peine.

Je ne ferai pas exception, a-t-il dit.

Pourquoi ne puis-je tuer l'espoir en moi ?

Pourquoi, à chaque fois que mon Prince me rejoint dans ma couche, je ne peux m'empêcher de lui raconter mes rêves, ma vie, mes espérances ?

Zmeï m'écoute. Puis il me fait l'amour. Puis c'est lui qui me parle et moi qui l'écoute. Je ne comprends pas tout ce qu'il me dit, ces plans, ces batailles, ces alliances, mais c'est sans importance. Puis nous refaisons l'amour et nous nous endormons dans les bras l'un de l'autre.

J'aimerais tant qu'il me sauve.

Ou alors, mourir dans ses bras.

Peut-être est-ce le seul espoir accessible que j'ai, après tout.

« Livre de Svarog. »

… … …

Tout autour de lui était flou et mouvant. Il n'avait pas le sentiment que son corps bougeait mais que c'était le paysage et son environnement qui le faisaient, à une vitesse folle. Enfin, le contour des objets devint plus net, les couleurs plus vives et distinctes.

D'un coup, son corps sembla peser plus lourd puis tout s'arrêta alors qu'une atroce envie de vomir lui enserra l'estomac.

« Ça va, Draco ? Tu as la nausée ? » demanda aussitôt Ayase en le prenant contre lui.

« Ça va passer, ça va passer, » marmonna Draco, le nez dans le giron de l'autre homme.

Il garda prudemment les yeux clos, tout en attendant que les sensations se tassent tant au niveau de son ventre que de sa tête. Petit à petit, il se reprit et se décolla d'Ayase, curieux de découvrir où ils étaient.

La pièce était grande et haute de plafond, faite de marbre et de faïence teintée de différentes sortes de rouge et de crème. De larges colonnes en marbre blanc montaient du sol jusqu'au plafond qui faisait comme une arche au dessus de leurs têtes.

« Qu'est-ce ? » murmura Draco.

« Nous sommes dans la salle Aller-Retour du Temple. Là où nous arrivons lors d'un voyage grâce aux pierres du même nom et là où nous repartons du Temple de la même façon. Je pense que notre arrivé a déjà dû être signalée. Viens, sortons, une nourrice doit nous attendre derrière la porte. »

Ayase saisit la main de Draco dans la sienne et l'entraîna vers l'immense et unique porte de la pièce, faite en bois noble, clair, et d'argent pur. Il l'ouvrit, révélant l'extérieur à Draco qui sentit sa bouche s'ouvrir de surprise.

Ils étaient dans un large couloir, également fait de marbre et de faïence claire. Le plafond était voûté, des colonnes sculptées s'alternaient avec des fenêtres majestueuses qui laissaient passer le soleil. Elles étaient ouvertes, laissant la chaleur mais aussi les bruits de l'extérieur venir jusqu'à eux. En face de lui, Draco voyait par ces mêmes fenêtres une autre aile du bâtiment. L'extérieur était bâti en larges pierres beiges, les toits faits en tuiles rouges.

Le garçon regarda tout autour de lui. C'était immense, véritablement immense. Il s'approcha de la fenêtre. Oh oui. Immense. L'aile dans lequel ils se tenaient se poursuivait sur sa gauche, assez loin, ainsi que sur sa droite où elle faisait un large U avant de revenir en face de lui. À ses pieds s'étendait un magnifique jardin, flamboyant de fleurs multicolores, de pelouse parfaitement tondue, d'arbres majestueux ainsi que de plusieurs fontaines et même, d'un grand bassin à l'eau limpide. Des cris de joie, des rires, lui firent découvrir les enfants qui jouaient et couraient entre les arbres, alors que des Monoïques plus âgés discutaient sur un banc ou sur l'herbe, pas petits groupes. Tous portaient la tunique et leurs cheveux longs reposaient sur leurs épaules.

« Je suis au Temple, » murmura Draco. « Je suis au Temple ! »

Il se tourna vers Ayase, la gorge serrée par l'émotion.

« Je suis vraiment au Temple ! »

« Oui, Draco. Tu es chez toi, » confirma Ayase avec un sourire doux.

« Ayase, c'est toi mon enfant ? Que fais-tu ici, rien de grave n'est arrivé au moins ? »

Une vieille femme s'avançait d'un pas précipité vers eux. Alors qu'elle se rapprochait, elle avisa le jeune Monoïque que tenait Ayase dans les bras.

« Oh, par l'Air ! C'est Draco ! »

Le garçon écarquilla les yeux, étonné que cette femme le connaisse. Cependant, il n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit qu'elle l'enlaçait et le serrait contre son cœur.

« Oh, mon fils, je suis si heureuse de te voir ! Depuis le temps que nous attendions ta visite ! Vite, vite, je vais sonner la cloche ! »

Elle embrassa l'adolescent estomaqué sur les deux joues, le regarda une dernière fois en poussant un petit cri de joie, puis détalla aussi vite qu'elle le pouvait.

« Euh... » fit Draco en dévisageant Ayase qui se retenait de rire. « C'était quoi, ça ? »

« Ça, mon frère, c'était l'une de nos nourrices et le début de l'accueil que le Temple te réserve. Maria va avertir tout le monde de ton arrivé. Viens, allons, nous aussi, dans la Grande Salle, » répondit Ayase en capturant une nouvelle fois la main de Draco pour l'entraîner rapidement dans le couloir. « C'est par là. Tout le monde était si impatient de te voir, Draco, tu ne réalises pas, je crois. »

« Non, c'est évident, » dit Draco en suivant son compagnon.

En chemin, une cloche, dont le rythme ressemblait beaucoup à celui des Présentations, retentit. Draco regarda Ayase mais celui-ci ce contenta de sourire.

Le son de la cloche eut pour effet que les halls et les couloirs se remplirent de bruits : conversations, cris, rires, portes que l'on ouvre, pas précipités et courses dans des escaliers. Ayase et Draco descendirent justement un grand escalier de marbre gris, le jeune Oméga se faisant même bousculé au passage par un petit garçon brun aux cheveux frisés qui lança une vague excuse sans même se retourner.

« Où vont-ils ? »

« Dans la Grande Salle aussi. Maria les a informés qu'une grande nouvelle allait être annoncée. »

Draco déglutit, soudain intimidé. Il n'eut cependant pas le temps de se poser plus de questions qu'Ayase le faisait entrer par une immense porte à double battant dans une pièce encore plus vaste que la précédente et richement décoré de tentures, de tableaux et de statues.

Nombre de Monoïques de tout âge étaient déjà là, ainsi que des nourrices, et tous se tournèrent vers eux. Des cris de joie et de surprise fusèrent après quelques secondes d'étonnement.

Avant même de pouvoir réagir, Draco se retrouva encerclé et câliné de toute part. Les enfants lui touchaient les bras, les jambes et tout ce qui était à leur porté alors que les plus âgés et les nourrices le prenaient contre eux dans une brève étreinte. Chacun l'embrassait et l'appelait par son prénom.

Draco ne savait plus où donner de la tête. Néanmoins, il se sentit sourire et répondre doucement à toutes ces marques d'affection. Un sentiment de bonheur intense, d'amour, envahissait peu à peu son cœur.

Tous l'attendaient, le voulaient, l'aimaient, tel qu'il était.

« Eh bien, eh bien, que d'empressement ! »

Draco se retourna vers la voix et donc l'homme qui venait de rentrer. Sa timidité revint avec force. Ils étaient quatre, vêtus de carmin et tous plutôt âgés. Celui qui venait de s'exprimer portait autour de son cou une épaisse chaîne en or avec pour médaillon un calice.

Ayase s'inclina devant lui avec respect.

« Grand Maître Hylas, je vous présente le novice Draco, comme vous vous en doutez. »

Le Grand Maître s'approcha d'Ayase et le prit contre son cœur.

« Bienvenue, mon frère. C'est une grande joie de te revoir si vite. Et une plus grande encore de te voir enfin accompagné de notre jeune frère. »

Le vieil homme se dirigea vers Draco qui ne savait pas quoi faire. C'était le Grand Maître, une personne de la plus haute importance, le chef, en quelque sorte, des Monoïques. Le jeune garçon se maudit intérieurement, ne se souvenant absolument pas si Ayase lui avait expliqué ce qu'il devait faire en sa présence.

Pourtant, à sa surprise et avant qu'il ne puisse esquisser le moindre geste, le Grand Maître le prenait lui aussi contre son cœur, le serrant dans une douce étreinte.

« Draco, je suis tellement heureux de te voir parmi nous, mon enfant. Ton absence nous a été si cruelle, si difficile. Nous savions ce qu'il advenait de toi, bien sûr, nous étions là à chacun de tes pas depuis que nous t'avons retrouvé. Mais ta présence ici est le plus grand bonheur que nous espérions pour nous tous. »

Draco rendit l'étreinte, ému au possible. Les autres membres du Conseil vêtus de rouge l'entourèrent. L'adolescent sentit son souffle se faire plus court tant la joie, la douceur envahissaient son cœur.

Il se sentait tellement à sa place, ici, entouré, aimé. Pour la toute première fois de sa vie, il avait l'impression de pouvoir être lui-même, sans faux semblant, d'être là où il devait être. Ici, il n'y avait pas la crainte de dominants ou la crainte de ne pas faire les choses comme il le fallait. Il pouvait laisser ses sentiments s'exprimer, dire ce qu'il voulait, de la façon qu'il le voulait et bouger de la façon qu'il voulait. Il ne serait pas jugé, personne ne le trouverait trop précieux, trop fragile, pas assez ceci ou trop cela. Il était lui.

Sans qu'il ne puisse le contrôler, il se mit à trembler doucement, relâchant de cette façon toute la pression qui envahissait sa vie depuis toujours.

« Bienvenue à la maison, mon frère, bienvenue chez toi, » fit Hylas en lui caressant les cheveux.

Après plusieurs minutes, Draco se calma et regarda plus attentivement toutes les personnes présentes. Le Grand Maître et Ayase lui présentèrent chaque Monoïque ainsi que les nourrices. Le jeune garçon avait un peu la tête qui lui tournait, d'autant que chacun d'eux souhaitait de nouveau un câlin, un baiser, notamment les plus jeunes qui lui sautaient dans les bras.

« Maître Ayase, je suis heureux de vous revoir, » fit un jeune homme en embrassant l'Oméga plus âgé.

« Ah, te voilà enfin, toi ! » s'écria Ayase en prenant le garçon contre lui avec vigueur. « Draco, j'avais si hâte de te le présenter. »

Avec un sourire, il tourna le Monoïque aux cheveux châtains vers Draco qui écarquilla les yeux de surprise. Le jeune homme lui sourit et le prit lui aussi dans ses bras.

« Draco, mon frère, Maître Ayase m'a tant parlé de toi ! Il paraît que tu te posais beaucoup de question à mon sujet ? »

« Paul... »

Draco se recula un peu et passa sa main dans les cheveux bouclés de Paul. Ils étaient très doux, comme ceux d'Ayase, mais les boucles étaient un peu plus rebondies et avec des reflets dorés. Ses yeux étaient aussi bleus qu'un ciel d'été et ses lèvres pleines étaient en forme de cœur.

C'était bien lui, le jeune Monoïque qui avait pleuré lors de la dernière Présentation que Draco avait vue.

« C'est toi... »

« Oui, c'est moi, » déclara doucement Paul en se saisissant de la main de Draco, pas celle qui était toujours dans ses cheveux, mais celle restée libre.

« Je suis content que vous vous rencontriez, les garçons, » fit Ayase. « Je pense que vous allez bien vous entendre et je suis certain que vous avez des tas de choses à vous dire. Maître Hylas, Draco va rester ici pendant plusieurs jours, mais je ne peux moi-même m'absenter aussi longtemps de la meute. »

Le Grand Maître fronça ses sourcils

« Un problème avec la meute, Ayase ? »

L'Oméga pinça ses lèvres avant d'avouer.

« La compétition a été lancée. »

Hylas tiqua à cette information alors que les trois autres membres du Conseil se dévisageaient d'un air sombre.

« Maîtres, est-ce que Draco peut dormir à mon étage ? Il y a deux chambres de libre, » voulut savoir Paul qui n'avait pas lâché la main du garçon blond.

« Bien sûr, conduis-le dans une des chambres et fais-lui visiter le Temple, » répondit gentiment l'un des Conseillers. « Nous avons à parler avec Ayase mais nous nous reverrons tous pour le déjeuner. Allez, les enfants, retournez à vos occupations » continua-t-il en faisant claquer ses mains. « Que les plus âgés aident les plus petits. Les classes seront bientôt finies et dimanche, certains parmi eux retournent chez leurs parents. Alors il faudrait que les valises commencent à être préparées ! Et je compte aussi sur vous pour que ce soir les chambres soient rangées ! »

Dans un bruit de ruche, tous les Monoïques sortirent de la pièce accompagnés des nourrices pour les plus jeunes, à l'exceptions d'Ayase et du Conseil.

« Va avec Paul, Draco, je vous rejoindrai, » dit Ayase.

Draco hocha la tête, un peu perplexe. Néanmoins, Paul le traînait déjà à sa suite.

« Tu vas voir, Draco, le Temple est vraiment magnifique. En plus, à cette époque de l'année, le parc est agréable et si joli ! Je t'emmène d'abord à ta chambre et ensuite je te fais tout visiter ! La chambre d'Antoine est libre parce qu'il s'est marié il y a trois mois. Elle est juste à côté de la mienne, alors tu vas prendre celle-là. J'ai tant de choses à te dire, mon frère, que je ne sais plus par quoi commencer ! Mais je suppose que toi aussi, tu as plein de questions, non ? » babilla le garçon brun.

Draco se contenta d'abord de sourire et d'affermir sa prise sur la main de son nouvel ami.

« Oui, beaucoup ! Mais je suis si heureux d'être là que moi non plus, je ne sais pas par quoi commencer ! »

Pendant que les garçons marchaient dans le couloir, les quatre membres du Conseil entourèrent Ayase.

« Ayase, que s'est-il passé avec la meute ? » voulut savoir l'un d'eux.

« L'un des prétendants de Draco, Ritchie, l'a réclamé. Gideon a donc lancé la compétition. »

« Il ne pouvait pas reporter ? » demanda un autre homme.

« Non, Maître Gabriel, il ne le pouvait pas. J'aurais préféré, ainsi que Charlie et bien d'autres, mais c'était impossible. »

« Pourquoi ? »

« Parce que le loup de Draco est prêt. Il réclame une union et cela agit sur le comportement de mon novice. Il a beaucoup flirté avec ses prétendants, surtout l'un d'eux comme vous le savez. Le fait de l'avoir initié a sans doute joué aussi. Pas dans le sens où cela a accéléré le processus, je suis persuadé que non, pas sur ce point, mais notre initiation a calmé beaucoup d'angoisses de Draco, l'a apaisé. Son côté humain était plus réceptif alors la partie lupine en a profité. »

« Dans ce cas, cela a joué, alors, Ayase. »

L'Oméga secoua ses boucles brunes.

« Non, Maître Ivan. Le loup de Draco aurait fini par prendre le dessus, très rapidement. C'était une question de jours, guère plus. La différence, c'est que Draco est moins terrifié que si on ne l'avait pas fait, tout simplement. »

L'homme habillé de carmin hocha la tête, pensif.

« Combien de temps Draco doit rester parmi nous ? »

« Je pensais tout le temps de sa mise en quarantaine, Maître Hylas. »

« Bien, bien. Cela correspond à combien de temps ? »

« Environ vingt-cinq à trente jours. Gideon devait fixer la date exacte quand je suis parti. »

« Cela ne sera pas trop long pour le novice ? » demanda le premier homme.

« Je ne pense pas, Maître. D'autant que je reviendrai régulièrement. Si je vois que ça ne va pas, je le ramènerai pour quelque heures ou une journée et demanderai à Charlie de rester avec lui. »

« As-tu informé ton Alpha de notre décision de participer à la compétition en tant que gardien ? » questionna Hylas.

« Oui, Grand Maître. Mais il n'en est pas heureux, c'est évident. J'en ai parlé à Draco aussi. Lui, par contre, en semble ravi. Tout comme l'initiation, cela le rassure. Il pense qu'ainsi la compétition se rapprochera un peu d'une Présentation. »

Les quatre membres sourirent.

« Que voilà une heureuse nouvelle. Notre novice aurait été parfaitement à sa place parmi nous ! » déclara Benjamin.

« Cela est certain, Maître. »

« Pas heureux à quel point, Ayase ? » continua cependant Hylas.

Ayase fit une moue dubitative.

« Je ne sais pas du tout pour être franc. Mais que les choses soient claires, si je suis seul je n'aurai aucune autorité. Je suis un Oméga et... »

« Un Monoïque ! » l'interrompit d'une voix ferme Gabriel. « Un Monoïque ne cesse jamais d'en être un ! Quand bien même il s'unit ! C'est une loi fédérale et ton Alpha ferait bien de ne pas l'oublier ! »

Ayase s'inclina devant le conseiller. Gabriel n'était pas connu pour être le plus calme des Monoïques, loin de là. Son caractère entier, fort et coléreux en avait fait frémir plus d'un. Y compris au Royaume de Serpentard où il s'était marié.

« Bien sûr, Maître. Cependant, dans le cadre d'une compétition, seuls les dominants peuvent s'exprimer. »

« Bien, dans ce cas cette compétition sera une Présentation, » décida Gabriel.

« Gaby, Gaby, mon frère, calme-toi, » fit Benjamin en l'enlaçant tendrement. « Nous ne pouvons pas agir de façon aussi frontale. Nous devons respecter certaines traditions lupines, malgré tout. Draco doit être uni à un Werwulf, il ne faut pas l'oublier, et froisser leur susceptibilité n'engendrera rien de bon. »

« Tu voudrais peut-être que l'on abandonne notre novice, notre frère, à leurs décisions arbitraires ? » s'offusqua l'autre Monoïque.

« Bien sûr que non, mon ami, bien sûr que non, » continua Benjamin en accentuant son étreinte et en l'embrassant dans le cou.

« Il est évident que nous n'allons pas laisser l'enfant sans soutien, » fit Hylas. « Toutefois, il faudra aussi que la compétition se déroule selon les traditions Lycanthropes. Du moins en ce qui concernent les jeux, » termina l'homme avec un fin sourire. « Ivan, retrouve Sylvanus à Traverse. Il doit être tenu au courant des derniers événements. Je veux aussi qu'il aille à la Cour Impériale. Si conflit il doit y avoir entre les Werwulfs et les Monoïques, nous aurons le dernier mot, c'est une évidence. Autant que les représentants Impériaux sachent de suite que nous ne céderons pas. Gabriel, tu assisteras Ayase durant le temps de la compétition. Ayase, désires-tu qu'Antinoüs soit également présent ? »

« Avec grand bonheur, Maître. »

… … …

Paul lui avait fait visiter tout le Temple. Draco en avait encore la tête dans les nuages et les yeux écarquillés d'émerveillement. Le Temple était un endroit extraordinaire. Plus encore que le château de Poudlard. Certes, il n'était pas aussi grand puisque tous les bâtiments ne comportaient que deux étages, mais il était plus clair, plus richement décoré et surtout, il était le domaine réservé des Monoïques.

Tout comme à Poudlard, il y avait des salles de classe, bien moins nombreuses, et toutes au rez-de-chaussée de l'aile Ouest. Une grande salle commune où les Monoïques et les nourrices mangeaient. Là encore, contrairement à Poudlard, les tables étaient plus petites, rondes et chacun pouvaient s'asseoir là où bon lui semblait. Il y avait deux bibliothèques, plusieurs salles communes de repos appelées salons, des salles de jeux selon les âges. Paul lui avait mentionné le quartier des tout-petits et des nourrices, mais ils étaient passés devant sans pénétrer dans les lieux, ainsi que devant une autre salle dont il avait oublié le nom. Il en fut de même pour les bureaux et les quartiers des membres du Conseil et pour le salon des Maîtres Monoïques.

« Les enfants et les novices n'ont pas le droit d'entrer là, Draco, sauf en cas d'urgence. Je suppose qu'Ayase te les montrera quand même, mais moi, je ne préfère pas y aller seul avec toi, » lui avait expliqué le garçons aux mèches folles.

« Pourquoi, on risque d'être puni ? »

« Non, mais ce n'est pas correct, » avait simplement répondu Paul.

Les parcs, les jardins étaient tous plus beaux les uns que les autres, de l'avis de Draco. Il avait hâte de pouvoir en profiter. Puis Paul lui avait fait visiter les différents quartiers où dormaient les Monoïques. Il y en avait plusieurs, répartis dans les ailes et étages du bâtiment principal, celui-là même qui était en forme de U.

Paul l'avait ensuite entraîné dans son propre quartier et lui avait ouvert une chambre, vide, juste à côté de la sienne.

« Antoine s'est marié, alors elle est libre désormais. Je suis content qu'il ne soit parti qu'après l'arrivée d'Alcibiade. »

« Pourquoi ? »

« Parce que du coup, il est au bout du couloir, pas juste à côté de moi et donc, c'est souvent Blaise qui s'en occupe, c'est lui le plus près. Ça lui fait les pieds ! » se moqua Paul.

Devant l'air perplexe de Draco, Paul se mit à rire. Il s'allongea sur le lit, entraînant Draco avec lui puisqu'il ne lui avait toujours pas lâché la main.

« Je t'explique. Tous les enfants restent avec les nourrices dans la nursery jusqu'à sept ans. Ensuite, ils intègrent une chambre. Comme celle-ci, » dit-il en faisant un geste de la main.

Draco en profita pour détailler la pièce. Elle était plutôt spacieuse, claire, avec une large fenêtre qui laissait entrer le soleil. Le lit était double, accompagné d'une table de chevet, d'une armoire et d'un bureau. Il y avait aussi deux fauteuils et une petite table basse. Les murs, peints en blanc avec une frise d'un bleu sombre, étaient nus de toute décoration.

« C'est normal que ça fasse aussi vide ? Vous n'avez pas le droit de décorer ? »

Paul le regarda, éberlué.

« Bien sûr que si ! Mais elle vient d'être refaite suite au départ d'Antoine, c'est pour cela. »

Draco étudia encore sa chambre, avant de se tourner vers l'autre Monoïque.

« Il ne reviendra pas ? »

« Si, bien sûr que si ! Mais quand il le fera, il sera dans les quartiers des Maîtres désormais, plus dans celui des disciples ! Quand un Monoïque se marie, il perd son statut de novice pour prendre celui de Maître. Écoute, de la naissance à sept ans, les Monoïques vivent à la nursery, ce ne sont que des enfants... »

« Ayase m'a dit qu'ils pouvaient aussi aller chez leurs parents, pour ceux qui en ont, » le coupa Draco.

« Oui, c'est fort juste, mais en général, ils ne retournent chez eux que pour les vacances, le reste du temps ils sont ici. Ceux qui restent chez leurs parents plus longtemps, c'est surtout les moins de cinq ans. Mais ils viennent quand même très souvent au Temple et sont visités par leur Maître référent. »

« Leur quoi ? »

Paul leva les yeux au ciel.

« Draco, ne me dis pas que tu ne sais pas, je suis certain qu'Ayase te l'a dit ! Leur Maître Monoïque référent, celui qui les guide, les conseil, leur explique le plus de choses sur la vie des Monoïque. Toi, c'est Ayase. Comme moi. »

Draco cligna un peu des yeux.

« Ayase est ton Maître ? »

« Pas mon Maître, mon Maître référent. Celui qui me guide, celui que je vais voir en cas de problème. En priorité. C'est pour cela qu'il était présent lors de ma première Présentation, c'est normal. »

Draco fronça ses sourcils, visiblement perdu dans ses pensées.

« Qu'il y a-t-il, Draco ? »

« Ayase m'a dit un jour qu'il était mon Maître et moi son disciple. Mais j'ai cru que c'était, je sais pas, parce que je suis aussi un Oméga, ou bien parce que c'était parce que j'étais seul. Je n'ai pas compris que c'était pour tous pareil et surtout, qu'il en avait un autre... »

Paul le prit dans ses bras et lui embrassa doucement la joue, surprenant une nouvelle fois Draco.

« Pourquoi tu as fait ça ? »

« Parce que tu semblais triste, » répondit Paul, lui aussi un peu surpris mais par la question. « Alors je te fais un câlin. »

Draco sembla encore plus perdu. Paul le serra plus fort, lui embrassa cette fois les cheveux puis s'enroula littéralement tout autour de lui, telle une pieuvre.

« Qu'est-ce qui va pas ? Tu es triste ? »

« Je... je sais pas, en fait. Je crois que je suis un peu jaloux, » avoua Draco. « Et puis, tu sais, j'ai pas vraiment l'habitude qu'on me touche ou qu'on m'embrasse aussi... naturellement, je dirais. Pas de cette façon. Il n'y a qu'Ayase qui le fait dans la meute. »

« Normal, » répondit Paul en le câlinant un peu plus. « C'est un Monoïque, il fait comme nous le faisons tous. Nous sommes une espèce très tactile, Draco. Chez nous, le toucher est essentiel. On s'embrasse, on se fait des câlins, pour tout et pour rien. Pourquoi jaloux, par contre ? Je ne comprends pas bien. »

« Je pensais qu'Ayase ne faisait ce qu'il fait qu'avec moi, » dit tristement Draco.

Paul réfléchit un peu avant de reprendre.

« Tu sais, je pense qu'Ayase est plus proche de toi qu'il ne l'est de moi ou de n'importe qui d'autre. À part sans doute Antinoüs, mais c'est normal, ils ont le même âge et ont toujours été proches. »

Avisant que Draco gardait le silence, Paul poursuivit sans cesser ses caresses.

« Bref, je te disais que les petits sont, de toute façon, dès leurs sept ans, placés dans une chambre. Et à cette date, même ceux qui ont des parents ne peuvent les voir que pendant les vacances. Tu vois, là, ils sont une petite vingtaine à rentrer chez leur parents. Et seuls trois d'entre eux ont dix ou plus de dix ans. D'ailleurs, ça me fait penser que Blaise doit absolument aider Alcibiade à faire sa valise et ranger sa chambre, sinon, on est foutu ! »

Paul soupira et embrassa le front de Draco, suspendu à ses lèvres.

« Mais quand un jeune prend une chambre, sa chambre de disciple, il n'est pas isolé, jamais, le pauvre, ce serait terrible autrement. Alors on le place dans l'un des quatre quartiers de nuit des disciples. Nous, on est dans le trois. On est entre quinze et vingt par dortoir, enfin, espace nuit. Nous sommes donc mélangés au niveaux de nos âges. C'est important, parce que comme ça, il y a toujours des grands pour s'occuper des petits. On garde notre chambre jusqu'à notre mariage. C'est vraiment notre espace, on peut faire ce que l'on veut dedans, la décorer comme bon nous semble, les maîtres et les nourrices ne nous empêchent rien. Une fois unis, nous perdons le statut de novice et nous devenons maître à notre tour. Quand on revient au Temple, on dort dans l'une des chambres du quartier des maîtres. Là, ce n'est plus notre chambre personnelle, les maîtres ne dorment pas dans une chambre qui leur est propre. C'est logique. Seuls les membres du Conseils ont un appartement privé. Eux, et les Monoïques qui décident de venir finir leur vie au Temple. »

« Les Monoïques ont le droit de revenir ? » chuchota Draco.

« Évidemment ! C'est notre maison ici, Draco. La mienne, la tienne, la nôtre à tous. Enfin, pour toi et Ayase c'est un peu différent parce que vous êtes des Werwulfs, alors je sais que vous ne pouvez pas vous éloigner de votre meute trop longtemps. Mais malgré cela, Ayase vient très souvent au Temple, comme tous les maîtres. C'est normal, ce sont eux qui donnent les leçons aux enfants, qui nous guident, nous dirigent et nous apprennent. Il y a les nourrices, bien sûr, et parfois des professeurs qui viennent de l'extérieur pour certains apprentissages, comme la lecture, l'écriture, ce genre de chose. Mais toute notre culture, nos traditions, notre façon de vivre, viennent de nos frères plus âgés. »

« Pourquoi tu parles de disciples et ensuite de novices ? »

« Oh, en fait, c'est un peu la même chose, mais souvent on parle de disciple pour ceux qui ne sont pas tatoués et initiés, et novice pour les autres, comme nous, qui sont présentés aux hommes. Mais bon, parfois on utilise le terme disciple pour les deux. »

Paul reprit ses caresses cette fois dans les cheveux de Draco.

« Tes cheveux sont vraiment magnifiques, tu sais. »

« Merci, » fit Draco avec un grand sourire. « J'aime beaucoup les tiens, ils sont tout doux. »

Paul se mit à rire et sans sommation, frotta son nez contre celui de Draco.

« Tu es trop mignon. Je veux dire, là, » expliqua-t-il en tapotant le front de Draco avec son index. « Parce que sinon, physiquement, tu es à l'image de tes cheveux : magnifique. »

« Merci, » répéta Draco en rougissant un peu.

Les compliments de l'autre garçon le touchaient beaucoup, lui mettaient un énorme baume au cœur.

« Tu sais, Draco, je persiste à dire qu'Ayase est différent avec toi qu'avec nous autres. Tu es spécial pour lui. Parce que tu es un Oméga, bien sûr, mais aussi... je pense comme une sorte de fils, plus qu'un simple frère Monoïque. »

Draco ferma les yeux et entoura la taille de Paul de ses bras tout en se collant contre lui. Certes, ce n'était pas un Werwulf mais son étreinte était très apaisante et réconfortante.

« Paul, tu me raconteras ta première Présentation ? Tu me parleras de notre espèce ? »

« Bien sûr, mon frère. Je crois que je pourrais passer des heures entières, des journées entières avec toi dans mes bras, à simplement te parler, » répondit Paul en souriant.

Les deux garçons parlèrent effectivement encore un long moment, puis le son d'une cloche les avertit que le repas était servi. Ils descendirent donc manger dans la salle commune en compagnie des autres. Draco s'étonna que tous les Monoïques et les nourrices discutaient ouvertement et sans gêne d'une table à une autre, sans tenir compte de la distinction d'âge. Les plus grands s'occupaient des plus jeunes d'une façon très maternelle et professionnelle à la fois. Les membres du Conseil étaient parmi eux, à plusieurs tables différentes. Draco remarqua aussi quelques adultes qui devaient être mariés.

Il fut cependant un peu chagriné qu'Ayase ne soit pas avec lui à table. L'Oméga était un peu plus loin, avec un membre du Conseil, un autre adulte, deux enfants, dont un très jeune qui jouait sans cesse avec les boucles brunes de son ami, et deux disciples.

« Ça ne va pas, Draco ? » lui demanda justement une nourrice installée à sa table, une vieille femme à la peau aussi ridée qu'une pomme blette.

« Si, si, madame, » répondit-il poliment, faisant exploser de rire un bambin de trois ou quatre ans assis à côté de lui.

« C'est Sirine ! Pas madame ! » dit-il en secouant ses cheveux noirs comme la nuit.

« Draco ne connaît pas encore nos prénoms à tous, Bastian, alors ne te moque pas, ce n'est pas bien, » le rabroua gentiment un jeune garçon d'environ treize ou quatorze ans.

À l'étonnement de Draco, le dénommé Bastian le regarda et ses yeux, d'un brun profond, s'embuèrent.

« Oh, pardon, Draco ! »

Sans plus de cérémonie, il sauta dans les bras de l'Oméga pour le dévorer de bisous tout en se nichant sur ses genoux.

« Euh, c'est pas grave, » bafouilla Draco, surpris.

Il tapota le dos du bambin, incertain de ce qu'il devait faire. Son étonnement monta d'un cran quand le garçon qui avait repris le petit se leva et fit de même, tant avec l'un qu'avec l'autre. Bastian passa des genoux de Draco aux bras du garçon qui le porta pour le remettre sur sa chaise, après un dernier câlin.

« Tu vois, Draco, nous sommes une espèce tactile, » commenta simplement Paul, assis à ses côtés.

« Nous sommes combien ? » demanda d'un coup Draco.

« En tout ? Environ quatre cents. »

« Quatre cent vingt-huit au dernier comptage de fin d'année, Paul, » le reprit Sirine.

« Ici ? » s'écria Draco.

« Non, comme Monoïques. Ici au Temple nous sommes moins nombreux. Il y a environ... »

« Pas environ, Paul, sois précis. »

« Oui, Sirine, » soupira Paul. « Je crois que nous sommes, ici au Temple, quatre-vingt-trois. »

« Non, quatre-vingt-un. Antoine est parti, de même que Freyr et Adam. Tu n'as jamais eu la mémoire des chiffres, mon pauvre Paul, sauf lorsqu'il s'agit de pièces. »

« Ça fait quatre-vingt, alors, » grommela Paul, vexé.

« Non, un nouveau-né nous a été emmené il y a deux jours. Il n'est pas encore nommé. »

« C'est à dire ? » demanda Draco, curieux.

« C'est à dire que c'est un bébé qui a été donné au Temple sans que ses parents ne lui donnent de nom, » expliqua Sirine. « Hylas le fera ou un autre membre du Conseil, à moins qu'il ne demande à une autre personne de le faire. Qui a été initié, récemment ? Parfois Hylas demande à un jeune initié de nommer le nouveau-né. »

« Moi, on ne veut toujours pas m'initier, c'est pas juste ! » protesta le garçon qui s'occupait apparemment de Bastian.

« Tommy, tu n'as pas encore quatorze ans, un peu de patience ! Tu n'es qu'un enfant, » fit Paul en levant les yeux aux ciel.

Draco sourit. C'était l'une des mimiques préférées de son ami, a priori. Et le jeune Tommy devait être bien impatient sur ce sujet puisque Sirine le sermonna à son tour, lui rappelant que ce n'était pas parce qu'il demanderait tous les jours la même chose que son vœu s'exaucerait plus vite.

« Tu as hâte d'avoir ton tatouage ? » voulut savoir Draco, comprenant l'impatience du garçon sur ce point.

Lui-même l'avait désiré avec ardeur, alors qu'il était Monoïque, enfin, qu'il savait qu'il était Monoïque, depuis bien moins longtemps que Tommy.

« Oh, le tatouage, ça je l'aurai bientôt, dès mon anniversaire, mon Maître me l'a dit et j'ai déjà choisi les couleurs. Non, je parle de l'initiation au plaisir. Je voudrais tellement être un novice et que mes Maîtres m'apprennent le plaisir. »

Pour le coup, la fourchette de Draco tomba dans son assiette.

« Mais... mais... »

« Tu es trop jeune, Tommy ! » se fâcha Paul. « Les Maîtres te le diront quand tu pourras être initié mais ils ne feront rien tant que tu n'es pas prêt ! Et non, ce n'est pas parce que tu hurles sur tous les toits que tu l'es que c'est le cas. Nos Maîtres sont bien plus sages que toi. »

Draco ne suivit plus vraiment la discussion qui se déroulait à sa table. Il regarda Ayase, de loin, se sentant subitement perdu. L'Oméga brun redressa la tête, comme s'il avait senti que quelque chose n'allait pas, ce qui était sans doute le cas. Il fronça ses sourcils et se redressa afin de se diriger d'un pas alerte vers Draco.

« Quelque chose ne va pas, Draco ? »

« Ayase, je suis un peu fatigué, en fait. Tu pourrais me raccompagner dans ma chambre ? Je crois que je risque de me perdre. »

« Je peux le faire, si tu veux, Draco, » proposa Paul.

« C'est gentil, Paul, mais profite de ton repas. Je vais rester un peu avec Draco, j'ai bien peur de l'avoir quelque peu délaissé. Mais je suis content de voir que mes deux novices s'entendent aussi bien. »

Les deux garçons sourirent tandis que Draco se levait de table. Ayase et lui dirent quelques derniers mots de politesse avant de quitter la salle.

Ils regagnèrent le quartier de Draco sans encombre, mais ce fut quand Draco lui indiqua sa chambre qu'il réalisa qu'Ayase savait parfaitement où est-ce qu'il dormait. Un petit nœud se forma dans son estomac.

« Draco, qu'est-ce qu'il y a ? Tu t'inquiètes de ton séjour ? Ou de la compétition ? » lui demanda Ayase en refermant la porte de la chambre.

« Comment tu savais que j'étais dans ce dortoir, enfin, dans ce quartier ? » attaqua aussitôt Draco.

Ayase stoppa net.

« Ah. Je vois. Bien, assieds-toi à côté de moi, on va discuter, » fit l'Oméga en s'installant sur le lit.

Draco le suivit, toujours un peu tendu.

« Draco, je sais que Paul dort ici, et il a demandé à ce que tu prennes la chambre à côté de la sienne. »

« Comment tu sais qu'il dort là ? » fit Draco, toujours légèrement agressif.

« Parce que c'est mon novice. C'est ça, le fond du problème ? Tu es jaloux de Paul ? »

« Un peu, » avoua Draco. « Je pensais que j'étais, tu sais, un peu unique pour toi. »

« Tu es unique, » le rassura Ayase en le prenant contre lui et en s'allongeant, tout comme l'avait fait Paul quelques heures auparavant. « Draco... oui, Paul est mon novice. Toi, tu es à la fois mon novice, mon frère Oméga et comme mon fils. Je vis avec toi tous les jours, je suis venu te chercher, tu es une personne tellement importante à mes yeux. En fait, ce serait plus à Paul d'être jaloux... sauf que Paul a été élevé au Temple et qu'il sait, il a appris qu'on ne peut être jaloux de ses frères, et surtout pas à cause de son maître. »

Draco baissa la tête et la nicha dans le cou d'Ayase. Il était à la fois rassuré mais aussi un peu honteux.

« Tu sais, j'ai tellement envie d'être important pour un homme. Mon père biologique a voulu me tuer, mon père adoptif ne me comprenait pas, Fenrir et les autres mâles... enfin bref, tu vois ce que je veux dire. Même ceux de la meute, je leur plais, c'est vrai, mais je ne sais pas si je suis important à leur yeux, tu comprends ? »

« Tu es important à mes yeux, Draco. Et je sais que tu es important aux yeux de Charlie, d'Asami et sans aucun doute, aux yeux de Harry. »

Draco hocha la tête, il se serra contre Ayase et, laissant parler tant sa nature lupine que monoïque, il lui embrassa d'abord le menton avant de lui donner deux petits coups de langue. Ayase se mit à rire puis lui embrassa pour sa part le front.

« Et sinon, tu as pu discuter avec Paul ? »

« Oui, il a commencé à m'expliquer le fonctionnement du Temple. Tu vas dormir dans le quartier des Maîtres, alors ? »

« Quand je resterai ici pour la nuit, oui. Si quelque chose ne va pas, tu pourras venir me trouver. Et si je suis reparti dans la meute, tu as toujours Paul à côté ou un autre Maître qui sera là pour toi. »

« Un Maître du Conseil ? »

« Les Conseillers sont dans un autre quartier. Ils vivent à demeure ici, pas comme les Monoïques mariés qui viennent de temps en temps au Temple. Mais oui, tu pourras aussi aller les voir si besoin. »

Draco resta pensif un instant.

« Ils vivent tous les quatre là ? Et leur époux ? Ils n'ont jamais été marié ? »

Ayase caressa un instant les cheveux blonds.

« Non, Draco. Ils ont été mariés. C'est une obligation pour chaque Monoïque. Nous devons être unis au plus tard le jour de notre vingt-deuxième anniversaire. C'est une loi fédérale. Une fois unis, nous quittons le Temple pour vivre avec notre conjoint avec qui nous devons concevoir au moins un enfant. »

« C'est une loi ? » s'étonna Draco.

« Oui, » répondit sombrement Ayase. « Les lois qui régissent notre peuple datent de l'accord entre les quatre Monarques après la seconde guerre, celle contre le Seigneur Noir. À cette époque, il était impensable que les Monoïques échappent totalement aux relations intimes. Alors il a été décidé de ce mariage afin de les protéger. Je pense aussi que c'était une façon pour Gryffondor, Serdaigle et Poufsouffle de faire accepter le traité à Zmeï. Ils ignoraient, bien sûr, qu'il voulait lui aussi ce traité pour les Monoïques. »

« Le voulait-il vraiment ? » demanda Draco d'une voix faible.

« Draco, toi qui lis tous les jours ou presque le livre de Svarog, tu l'ignores ? »

« Je... Je n'ai pas réussi à lire tout le livre. Je bute toujours sur un passage et je n'ose pas aller plus loin, » avoua Draco.

« Tu devrais le lire jusqu'au bout, alors, » répondit Ayase avant de poursuivre. « Les Monoïques se marient, devenant ainsi des Maîtres pour les plus jeunes. Chaque Monoïque marié revient au Temple afin de former, d'éduquer les plus jeunes. Nous prenons aussi un enfant sous notre aile, devenant ainsi son référent. C'est le référent qui participe au tatouage et qui soutient le jeune durant chaque phase de son apprentissage. »

« Y compris l'initiation sexuelle ? » demanda Draco.

« Je ne peux pas répondre à cette question, Draco. C'est un secret de Maître. Nul ne doit savoir avec exactitude qui sont les deux Maîtres qui l'ont initié. Par contre, il est de coutume qu'ensuite, le Maître et le disciple aient des relations intimes s'ils le souhaitent, c'est vrai. De même que l'initié peut tout à fait avoir des relations avec d'autres Monoïques, qu'ils soient novices ou maîtres. »

Draco sentit ses joues chauffer.

« Mais toi, tu n'as pas... avec moi. »

« Non, comme je te l'avais expliqué, notre relation est trop particulière, Draco. Je ne pourrais pas en tant que Monoïque, et nous ne le pouvons pas vraiment en tant que Werwulfs. Nous sommes deux soumis. Avec des humains, nous pouvons avoir des relations mais comme actifs cette fois-ci, car notre loup ne supporterait que très difficilement de se soumettre à un Homme. »

« Et avec Paul ? » continua Draco.

« Moi et Paul ? »

Draco hocha la tête et regarda l'Oméga brun avec de grands yeux interrogatifs.

« Je... oui, » avoua Ayase. « Oui, j'ai eu des relations avec Paul. Et avec d'autres novices. Par contre, je n'ai plus eu le moindre rapport avec un Monoïque uni depuis mon mariage avec Charlie. Je ne le veux pas. Mais c'est mon rôle en tant que Maître d'initier et d'éduquer les plus jeunes. Je ne veux ni les rejeter ni leur refuser des conseils ou un soutien. Si l'un d'entre eux me le demande, si je participe à une initiation, je le fais. »

Cette fois, les joues de Draco prirent une teinte de rose soutenue. Imaginer Ayase avoir une relation intime avec l'un des jeunes était plutôt gênant. Surtout vis à vis de Charlie.

« Et Charlie ? »

« Cela ne regarde pas Charlie. C'est une affaire de Monoïques. Je suis le Maître, vous êtes les novices. Nous vous montrons, vous apprenez. »

« Oui, Ayase, » murmura Draco.

L'homme le reprit contre lui, tendrement.

« Nous vivons ainsi. Une fois notre premier enfant mis au monde, chaque Monoïque regagne sa liberté. Nous restons mariés sauf si nous désirons une séparation. C'est très rare. En général, ce qui sépare un Monoïque de son époux, c'est la mort. Benjamin est donc une exception. »

« Benjamin ? »

« Oui, l'un des Conseillers que tu as vu. Il s'est séparé de son époux il y a de ça plusieurs années. Gabriel, Ivan et Hylas sont veufs. Sylvanus est toujours marié, mais il ne vit pas avec son mari, sauf quand il est à Traverse comme en ce moment. Chaque Conseiller officie à tour de rôle à la Cour Impériale de Traverse. Il n'y a que quand il est là-bas que Sylvanus vit avec son mari, ils se sont arrangés ainsi. »

« Et leurs enfants ? »

« Ils les voient tous toujours, rassure-toi. Moins que les autres Monoïques, c'est vrai, mais c'est leur choix. Quand un Monoïque perd son époux, il fait ensuite comme il l'entend. Il peut se remarier, rester seul, revenir vivre au Temple, voire même, à ce moment-là, vivre avec l'un de ses frères. Gabriel et Benjamin sont dans ce cas. Ils sont amants et se sont unis. »

Draco écarquilla ses yeux. Décidément, il avait encore de nombreuses choses à apprendre sur les Monoïques. Les jours qui allaient suivre allaient passer très vite, il en était certain. Ce qui d'ailleurs, constata-t-il brutalement, n'était pas pour lui plaire car le retour dans la meute signerait aussi sa mise en jeu.

… … …

À suivre

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