Bêta : Nanola ... et aussi ma chérie parce que j'ai craqué devant ses beaux yeux de chatons et que je lui ai filé tous mes fichiers ^^" oui, je suis faible.

NDA : J'annonce qu'il n'y aura certainement pas de publication la semaine prochaine, pour des raisons personnelles de débordement IRL qui font que là, j'en peux plus ^^ Donc, oui, je sais, cette fiction est terminée à l'écriture, donc c'est peut-être dur à comprendre pour vous, mais là, je n'y arrive plus IRL. Alors merci de votre compréhension et de votre soutien et à dans 15 jours.


Chapitre 31

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La salle aux souvenirs


J'ai peur. L'Air, j'ai si peur.

Ce matin des hurlements se sont fait entendre dans les cachots. Ce n'était plus arrivé depuis le départ du Seigneur Noir, il y a de cela plus de deux mois. Le Seigneur avait interdit l'entrée aux cachots à ses sbires, seuls les princes ont le droit de le faire et parmi eux, seul mon Prince l'a effectivement fait.

Les prisonniers et nous autres, esclaves, pensions donc être en paix durant encore un peu de temps.

Mais ce matin, une purge a eu lieu. Qui l'a décidée, je l'ignore. Je ne sais même pas qui est encore vivant. Il m'a semblé entendre Joshua pleurer et les enfants crier, plus bas, dans la cellule où ils sont entassés.

L'odeur du sang et de la peur était partout présente.

Puis ma porte s'est ouverte, trois hommes sont rentrés. Je saigne.

Mon Prince est arrivé, lui aussi. J'ai cru qu'il venait pour me sauver. Il m'a regardé tandis que ces hommes étaient avec moi et me faisaient de nouveau connaître la douleur. Il avait l'air froid, hautain. J'ai eu du mal à le reconnaître et ma souffrance n'était pas seule en cause. Il leur a dit de partir, ce qu'ils ont fait bien qu'en protestant.

Je pleurais. J'ai cru qu'il allait venir me consoler, me soigner, comme il l'avait fait auparavant. Il s'est avancé vers moi, et alors, il m'a giflé. Il est reparti sans rien me dire, sans rien faire, m'a abandonné sur ma couche tachée de sang.

Ce soir j'ai peur, parce que je veux mourir et que je ne sais pas quand la mort viendra enfin me délivrer.

« Livre de Svarog. »

… … …

Draco referma le livre d'un coup sec. Non, il ne voulait pas lire plus encore. Il soupira et reposa le livre sur le tapis au sol.

« Pourquoi cet air si dépité ? »

« Je crois que je n'arriverai jamais à le lire en entier. »

Paul se redressa un peu afin d'étudier la couverture du livre en question.

« Svarog ? Pourquoi tu n'y arriverais pas ? Tu as lu des choses bien plus compliquées, il me semble. Le livre de Svarog est l'un des premiers que l'on donne à lire aux enfants. Svarog est comme notre père à tous. C'est grâce à lui que le temple est ce qu'il est. »

« Je sais, » soupira de nouveau Draco. « Mais sa vie... il n'a pas été aimé, lui non plus. Il y a cru mais il s'est trompé. Et je... Paul, je me sens si proche de lui, tu comprends ? En fait, peut-être que non, tu ne comprends pas, parce que toi, tu es né ici, ou tout comme. Tu n'as pas connu la violence, juste l'amour. Pas moi. Pas Svarog. Et quand il a cru qu'il allait être aimé, qu'il allait être sauvé, regarde ce qui lui est arrivé ! Et moi, je veux pas... » Le visage de Draco se fissura alors que ses yeux se remplissaient de larmes. « Je veux pas qu'il m'arrive la même chose ! »

Sans surprise, Paul se leva du fauteuil où il était installé et se précipita sur le lit, à côté de Draco qu'il enlaça immédiatement.

Cela faisait déjà une semaine que Draco était au Temple. Il s'y était bien vite habitué. Il avait suivi non pas les cours classiques mais ceux de culture. Il avait aussi participé aux chants, aux danses et s'était de nouveau essayé à l'art. Il connaissait désormais tous les jeunes et les nourrices, ainsi que les Maîtres qui avaient été présents durant ces jours.

Par-dessus tout, Draco s'était très rapidement fait aux habitudes tactiles et câlines des Monoïques. Chacun se touchait, se câlinait pour des raisons diverses et variées. Il avait croisé nombre de ses frères qui se tenaient par la main, de façon innocente pour la plupart, parfois plus licencieuse pour d'autres.

Draco avait remarqué que les enfants étaient particulièrement protégés, aimés, dorlotés. Les choses changeaient un peu avec la puberté, les jeunes devant tenir le rang de leur caste avec dignité. Puis, une fois que le tatouage avait été apposé, les jeunes étaient traités de façon encore différente. À la fois avec plus de respect mais aussi plus de contraintes et d'exigences. Venait ensuite l'initiation qui était une sorte d'entrée dans l'âge adulte, bien que le novice n'ait que quinze ou seize ans à ce moment-là. Le Monoïque devait être un exemple, un modèle pour les petits, un élèves appliqué, dévoué et attentif vis à vis de ses maîtres.

Mais quel que soit l'âge ou le statut, tout se faisait dans l'amour et le respect de l'autre.

Plusieurs enfants avaient quitté le Temple pour rejoindre leurs parents. Draco avaient embrassé chaque petite tête aux cheveux longs et tressés avant qu'une nourrice ne conduise l'enfant dans le bâtiment le plus éloigné, celui qui donnait dans la grande rue et la Place de Helga. Là, dans une salle, l'attendait sa famille qui l'emmènerait loin de ses frères pendant quatre longues semaines.

Tous les Monoïques pleuraient cette séparation, quand bien même beaucoup de petits étaient ravis de revoir leurs parents. L'un d'eux, en particulier, avait attiré l'attention de Draco. Le garçon lui avait semblé morose jusqu'à ce jour, et là, il pleurait d'impatience.

« On aura des problèmes avec lui, » avait déclaré un Maître Monoïque à ses côtés.

Draco n'avait pas compris et n'avait pas cherché à comprendre sur le moment.

Paul et lui étaient ensuite montés dans la chambre de Paul afin de se reposer et de lire un peu avant l'heure du dîner.

L'Oméga se laissa aller à pleurer entre les bras de son ami. Ici, il le pouvait, sans honte, sans crainte. Les Monoïques étaient des créatures que les autres jugeaient fragiles car elles vivaient les émotions de façon plus intense, passant du rire aux larmes facilement. Ils ne se retenaient pas, cela n'était pas dans leur nature et jamais personne ne les avait sermonnés, à l'instar de Draco, que les hommes, les vrais, se devaient d'être forts et de ne pas pleurnicher.

C'était un véritable soulagement pour Draco de laisser ses sentiments s'exposer ainsi, sans aucun tabou. Si un Monoïque pleurait, les autres le consolaient. Si un Monoïque riait, ses frères riaient avec lui et l'embrassaient.

Si tout pouvait être aussi simple et aimant, avait plus d'une fois pensé Draco.

Paul lui caressait les cheveux ainsi que la nuque. Il avait rapidement compris, à moins que ce ne soit Ayase qui le lui avait expliqué, que le garçon avait besoin de cette caresse très particulière quand il avait de la peine ou éprouvait de l'angoisse.

« Draco, pourquoi penses-tu à quelque chose d'aussi triste ? Bien sûr que Svarog a été aimé, tout comme tu le seras ! »

« Non, » pleurnicha Draco. « C'était un mensonge, Zmeï ne l'aimait pas ! Et moi, si Har... si mon mâle ne m'aime pas, qu'est-ce que je vais devenir ? »

Paul se saisit en se contorsionnant un peu du livre abandonné au sol.

« Quelle page ? »

« Là, » lui montra Draco en séchant ses joues d'un revers de main.

Paul lut les quelques lignes incriminées.

« Oh, je vois... Tu devrais lire la suite, tu sais. Quand tu l'auras fait, je te montrerai une salle que tu n'as pas encore visitée. La salle aux souvenirs, je pense que ça va te plaire. »

Il embrassa le front de l'autre garçon qui le regardait attentivement.

« On peut y aller maintenant ? »

« Non, finis le livre d'abord. Si tu n'as pas envie de lire tout de suite, on peut discuter. C'est qui Harry ? Ton prétendant ? »

« Comment tu connais Harry ? » voulut savoir Draco en se redressant sur un coude.

« Tu as dit ''Har'' tout à l'heure et j'ai entendu Ayase un jour parler d'un Werwulf de ton clan qui se nomme Harry et qui, a priori, te tourne pas mal autour. C'est ton prétendant ? Il est comment ? »

Draco se rallongea de tout son long, le dos bien à plat sur le matelas. Ses yeux fixèrent le plafond, un peu perdu.

« Ce n'est pas mon prétendant, enfin pas comme tu l'entends. Je n'ai pas été présenté et je ne le serai jamais. Je vais être gagné lors d'une compétition. »

Sans pouvoir s'en empêcher, une larme roula sur sa joue. À chaque fois qu'il y pensait, cela le rendait triste. Paul ne dit rien mais il l'essuya gentiment.

« Harry, c'est un garçon de ma meute. Il va avoir vingt-quatre ans à la fin du mois. Il est beau, avec des cheveux noirs en bataille, et des grands yeux verts. Il est très fort aussi. Et gentil. Il me fait rire et j'aime bien être avec lui. Je voudrais que ce soit lui qui me remporte. »

« Tu l'aimes ? »

« Je... je crois pas à l'amour, pas vraiment, pas pour moi... mais... je l'aime beaucoup, oui, » admit Draco.

« Tu l'aimes beaucoup, » répéta Paul.

Il sourit et se pencha sur l'autre garçon.

« Moi, je crois que tu es amoureux, » le taquina-t-il. « Et lui, il ''t'aime beaucoup'' aussi, comme tu dis ? » rajouta-t-il en mimant les guillemets avec ses doigts.

Draco ne répondit pas tout de suite, bien que ses joues rosées parlaient pour lui.

« Je crois, oui. On s'est embrassé, tu sais, » avoua-t-il en levant les yeux sur son ami.

« C'est vrai, c'est trop génial !, s'exclama Paul, enthousiaste.

Il se rassit en tailleur sur le lit.

« Allez raconte, c'était bien ? »

« En fait, » fit Draco en s'asseyant à son tour de la même manière. « Oui, c'était vraiment bien. Il m'a embrassé dans le cou, puis là, sur la mâchoire et ensuite sur la bouche. Et là, waaa, c'était vraiment génial... Il a mis la langue, en plus. »

Les deux garçons se mirent à rirent de concert. Draco aimait ces moments de complicité entre eux, lui qui n'avait jamais eu d'ami de son âge.

« Vous avez fait l'amour ? »

Cette fois, Draco vira crevette.

« Non, je peux pas m'accoupler avec un dominant, sinon, je serais potentiellement à lui. »

Paul fronça les sourcils, apparemment en pleine réflexion. Finalement, une lueur de compréhension éclaira ses yeux bleus.

« Ah, ok, donc en fait, tu le feras après ton union. C'est dommage, tu ne vas pas essayer les mâles alors, savoir lequel te conviendrait le mieux. »

Draco manqua s'étouffer.

« Je n'ai aucune envie d'essayer des mâles ! J'ai déjà eu bien trop de mâles ! »

« Pardon, Draco, c'était maladroit. Parfois j'oublie que... Enfin, que tu n'as pas été ici, tu vois... » s'excusa de suite le garçon.

Draco réfléchit de son côté.

« Paul, tu sais, quand je t'ai vu la première fois, Harry était là. C'est lui qui m'a dénoncé à Ayase, il avait senti mon odeur. »

« Oooh ! Alors c'est lui, le fameux Harry ? Je n'avais pas fait le rapprochement ! Bon sang, je me souviens de ce jour comme si c'était hier ! Déjà, c'était ma première Présentation, donc forcément, ça marque, et ensuite, il y a eu un tel scandale ! Ton père était dans une colère noire sous la tente, il m'a fait presque peur. »

« Tu l'avais vu ? » s'étonna Draco.

« Non, mais entendu, ça oui. Et ensuite ce jeune homme était avec Ayase, lui je l'ai vu. Très bon choix, » dit-il avec un clin d'œil. « Quand même, il est fort pour avoir senti que tu étais un Monoïque. Ayase m'a dit que nous avions effectivement une odeur particulière mais elle est très légère quand on est jeune. Elle se développe quand on a fini notre puberté ou quand on est excité. Il a un sacré flair ton Harry, parce que tu avais quoi, quatorze ans c'est ça ? Les Monoïques finissent en général leur puberté vers quinze, seize ans, alors... » Paul se tut d'un coup, ses yeux se plissèrent avant de s'écarquiller brusquement. « Draco ?! Tu étais excité ? »

Draco gémit et se cacha le visage dans un oreiller.

« Ça alors ! Tu étais excité par la Présentation ! Alors ça, c'est trop drôle ! » s'esclaffa le Monoïque, hilare.

« Arrête de te moquer de moi, Paul ! En fait, pour être franc au départ j'étais pas excité, du tout, bien au contraire, j'étais même plutôt triste. À cause de toi en plus ! Et puis ensuite... ensuite je sais pas, j'ai pas contrôlé mes réactions, » lâcha Draco plus rouge que jamais.

Ces paroles coupèrent le fou rire de Paul qui le dévisagea.

« C'est parce que j'ai pleuré, c'est bien pour ça ? »

« Oui. Ma mère et ma sœur, Laura, elles n'aimaient pas les Présentations. Elles disaient que vous n'étiez pas des morceaux de viande. »

« Nous ne le sommes pas, c'est vrai. »

« Alors pourquoi tu pleurais ? »

« Je... C'est pas facile à expliquer. On est Monoïques, notre vie est réglée. On naît et on vit selon des règles strictes. On a pas le choix, c'est vrai. Mais ces règles, cette vie, font aussi de nous des êtres très privilégiés dans notre Monde. Enfin bref, disons que ce jour-là, j'étais très impressionné. C'était la première fois que je quittais le Temple de cette façon, que j'allais rencontrer des hommes qui n'étaient pas des Monoïques. J'avais peur d'eux, mais j'avais peur aussi de ne pas leur plaire. C'était très contradictoires comme sentiments. Je voulais plaire, ne pas être le seul Monoïque dont personne ne voudrait, et en même temps, j'étais terrorisé parce que voilà, ça voulait dire que j'allais vraiment rencontrer des hommes, parler avec eux, faire l'amour avec eux et me marier un jour avec l'un d'eux, quitter le Temple, mes frères, afin de remplir mon rôle. Et... même encore maintenant, ça me fait un peu peur. Ayase est super d'ailleurs quand je me sens pas bien à ce sujet. Il est vraiment gentil, c'est un ange. Il me dit que j'ai le temps, que je ne dois pas me précipiter et qu'il faut que je rencontre plusieurs hommes avant de me décider. Il a raison. J'ai eu à peine dix-sept ans, j'ai encore le temps. »

Paul s'interrompit, il avisa le teint pâle de Draco et le prit de nouveau dans ses bras.

« Je suis désolé, Draco. De t'avoir fait de la peine ce jour-là, de t'avoir fait de la peine tout à l'heure et de t'en faire encore en disant tout cela. Je sais que toi, tu n'as pas le temps et de ce que tu en dis, pas vraiment le choix. Pourtant, mon frère, ne sois pas triste. Il est une vérité dans ce Monde depuis l'avènement de Svarog : c'est que chaque Monoïque connaît l'amour. Toi aussi. De plus, j'ai confiance en notre Grand Maître et en Ayase. Ils n'abandonneront pas l'un des nôtres ainsi, j'en suis sûr. »

« Merci, Paul, » murmura Draco. « Tu sais, je comprends vraiment ce que tu dis au sujet de l'ambivalence des émotions que tu ressentais. C'est un peu pareil. J'ai pas envie d'être donné mais je n'ai pas envie non plus que personne ne veuille se battre pour moi. »

« Draco, tu es l'un des plus magnifiques Monoïques que notre terre a porté. Ils vont se battre pour toi, c'est évident ! »

« Je sais pas... Et puis dans ce cas, alors Harry a peut-être moins de chance de me gagner ? J'ai pas envie d'être donné à un autre mâle que lui et j'ai pas envie de quitter ma meute, Ayase et Charlie. »

Paul le câlina un long moment puis déclara.

« Bon, on va se promener dans les jardins, ça nous fera du bien ! On pourrait même nager un peu dans le bassin, qu'en dis-tu ? Et ce soir, tu liras, comme ça, demain ou après-demain, je t'emmènerai voir la salle ! »

… … …

Je suis malheureux, si malheureux. Pourquoi m'avoir fait naître, pourquoi ? Si seulement j'avais un peu plus de courage, j'essayerais de faire comme Sporus et tant d'autres, j'essayerais de trouver un moyen de me libérer de ces chaînes et je me suiciderais.

J'ai cherché mais à part me laisser mourir de faim, je crois qu'il n'y a rien.

J'avais cru que peut-être Zmeï m'aimerait assez pour me sauver ou, au moins, pour me protéger. Je paye aujourd'hui ma naïveté, mon ignorance, ma stupide confiance.

Je voulais tellement y croire, tellement...

Joshua est vivant. Il pleure. Moi aussi. Nous sommes chacun collés contre le mur de notre chambre, ce mur maudit qui nous sépare. On avait découvert un endroit où on peut s'entendre et nous sommes là, tous les deux, à pleurer dans cette chambre qui sera notre tombeau. Si seulement je pouvais être avec lui, je me sentirais moins seul, j'aurais moins peur avec un de mes frères dans mes bras.

Pourquoi lui ai-je fait confiance ? Joshua m'avait prévenu, il me l'avait dit. Je me sens tellement stupide.

Je lui ai donné mon cœur et il l'a brisé. Je lui ai donné mes rêves, mon corps, mes espoirs. J'ai eu tort, j'aurais dû savoir depuis longtemps que je ne possédais rien de tout cela, je ne possède rien depuis le jour où la femme qui me portait m'a mis au monde.

J'entends du bruit. Il y a un homme qui vient. Oh non, non, j'ai peur.

« Bon sang, je dois vraiment lire ça ? C'est stressant ! Et en plus, ça ne m'aide pas du tout, Paul ! Tu veux me faire sombrer dans la déprime, c'est ça ? »

« Arrête de râler et lis. Si tu es très sage, après tu auras droit à un gros câlin. »

Le garçon blond souleva l'un de ses sourcils et regarda son compagnon, négligemment allongé à côté de lui. La chambre de Paul était plongée dans la pénombre, seule la lumière des bougies sur la table de chevet permettait à Draco de lire. Paul, lui, tentait d'écrire un poème depuis la fin du souper.

« Gros comment ? »

La question fit sourire le garçon aux cheveux bouclés.

« Pour l'instant, je dirais gros comme : tu pourrais dormir ici, dans mes bras ? Ce serait très réconfortant, tu ne trouves pas ? »

Draco sembla réfléchir un instant.

« D'accord, » abdiqua-t-il avant de replonger dans sa lecture.

Joshua ne me croit pas. Je lui ai parlé, tout à l'heure, mais il refuse de me croire. Je pense qu'il a dû partir à l'autre bout de la pièce parce que je ne l'entends plus.

Si lui n'y croit pas, peut-être devrais-je faire pareil ?

Pourtant, j'ai de nouveau un peu d'espoir dans mon cœur.

Zmeï est revenu. C'était lui tout à l'heure. Il n'est pas resté longtemps. Il m'a soigné mais il m'a dit qu'il reviendrait, très vite. Là-haut, dans le château, les choses bougent.

Nous ne le voyons pas ici-bas, bien évidemment.

Certains Mangemorts sont revenus du champ de bataille. Ce sont eux qui ont demandé à ce que la purge chez les prisonniers soit faite. Et ils ont estimé aussi qu'ils avaient le droit de s'amuser un peu avec nous.

Je n'ai pas compris s'ils avaient agi sur l'ordre du Seigneur Noir. Tout ceci me dépasse un peu, je le crains. Mais j'ai quand même compris une chose, ce soir.

Zmeï veut venger son père et son grand-père. Il œuvre dans l'ombre, il a des alliés puissants et veut entraîner la chute du Seigneur Sombre.

À partir d'aujourd'hui je vais prier pour qu'il réussisse.

Quand il est entré dans ma chambre, j'ai cru qu'il allait me frapper. Qu'il m'avait montré son vrai visage tout à l'heure et qu'il allait de nouveau me frapper.

Mais au contraire, il m'a pris dans ses bras, moi qui étais en boule sur le sol, m'a porté sur le lit. Je me suis mis à pleurer, encore. Nous autres Monoïques ne sommes bons qu'à cela d'après les Mangemorts. Pleurer et être baisés.

Zmeï ne m'a pas fait pleurer, et il ne m'a pas baisé non plus. Il a caressé mon visage, mes cheveux longs. Il a pris mes joues en coupe dans ses mains, et là, il m'a embrassé. Il m'embrasse peu souvent de cette façon. J'aime quand il m'embrasse de cette façon. J'ai le sentiment d'être différent quand il fait ça, d'être important.

Il a encore caressé ma joue et m'a demandé pardon.

« J'étais furieux, en colère, et j'ai eu peur. J'ai cru que j'arriverais trop tard et quand bien même tu es toujours vivant, je suis effectivement arrivé trop tard. Quand je t'ai vu, avec eux, je ne sais pas ce qui m'a pris. Je crois que je n'ai jamais autant éprouvé de jalousie et de haine envers quiconque. »

J'ai tiqué, parce que j'ai pensé tout d'abord qu'il me haïssait, moi. Il a vu la douleur dans mes yeux et s'est empressé de m'embrasser encore.

« Ce n'est pas toi que je hais, Svarog, ce sont eux, et c'est moi. »

Zmeï m'a affirmé alors que les trois Mangemorts dans ma cellule ne feront plus jamais de mal, à personne, il y a veillé lui-même.

Il m'a serré dans ses bras, très fort.

« Mon Prince, vous n'avez pas à être jaloux, » ai-je dit. « Je ne peux leur dire non, c'est le destin de ma naissance. Mais même s'ils possèdent mon corps, mon cœur, lui, n'appartient qu'à vous. »

« Alors je hais aussi le destin de ta naissance, » m'a-t-il dit.

J'ai fermé les yeux, je me suis cramponné à lui et je lui ai avoué mon amour, même si je sais qu'il le savait déjà.

J'ai pris un risque cette nuit. J'ai supplié mon Prince de nous sauver. Je sais que dans un autre Royaume, les Monoïques sont respectés. Alors j'ai demandé à Zmeï de faire partir mes frères dans cet endroit.

Il a eu l'air triste, d'un coup.

« Tu dis que tu m'aimes mais tu veux que je t'éloigne de moi ? »

« Non, mon Prince. Je vous demande simplement de sauver mes frères. Je ne partirai pas. »

J'ai fermé les yeux et j'ai pris sa main dans la mienne.

« Vainqueur ou vaincu, je resterai avec vous jusqu'à mon dernier souffle. Si vous devenez le Seigneur de ce Royaume, alors peut-être pourriez-vous faire en sorte que chaque Monoïque né sur ce Monde ne vive plus ce que nous subissons ici. Si vous perdez cette lutte contre le Seigneur Noir, je ne vous demande qu'une seule chose : tuez-moi de vos propres mains. Je voudrais mourir dans vos bras. »

« Et si je deviens le nouveau Seigneur de ce royaume, que demandes-tu pour toi ? » murmura mon Prince.

J'ai compris qu'il était temps pour moi de lui avouer ce que je sais depuis quelques jours à peine. J'ai posé nos mains enlacées sur mon ventre et j'ai regardé ses yeux si clairs.

« Je vous demande, ô Seigneur, de ne pas me condamner à la même peine que votre grand-père Sporus et de me permettre d'élever notre enfant à vos côtés. »

« Il était enceint ! » s'écria Draco, faisant sursauter Paul.

« Oui, il l'était. »

Paul se tourna vers Draco et lui prit le livre des mains.

« En réalité, quand le Seigneur Noir est parti en guerre contre les autres Monarques, il avait interdit l'accès des chambres de ses Monoïques, à tous. Zmeï en a forcé l'entrée parce qu'il était l'un des princes héritiers de Salazar et qu'il avait surtout beaucoup d'appuis parmi le personnel et les habitants du Royaume. Il était le sixième fils du sixième fils. »

« Tout le monde dit ça comme si c'était une évidence ! Pas pour moi, » déclara Draco.

« Comme tu le sais déjà puisque tu as lu le bouquin jusqu'ici, Salazar Serpentard avait un harem de Monoïques. Son favori, à une époque, était Sporus. Il a eu un enfant avec lui, Amatus. Salazar était fou de ce bébé qui avait hérité des traits de Sporus. Mais il n'a pas pour autant libéré le père de son enfant qui est resté dans les cachots. Il était veuf de sa première épouse, avec qui il avait eu son premier fils. Il n'aimait ni l'une, ni l'autre, et il s'était remarié avec une autre femme qu'il appréciait plus et avec qui il a eu d'autres enfants. Il avait aussi des maîtresses et au moins deux d'entre-elles lui ont aussi donné une descendance. Amatus est le seul enfant qu'il a eu d'un Monoïque. »

Paul soupira, l'air triste.

« Sporus devait penser qu'ayant porté sa descendance, Salazar lui permettrait de quitter le harem, qu'il serait libre, lui aussi, de marcher dans les couloirs du château avec son enfant. Comme son épouse et ses maîtresses. D'autant que tout le monde disait que Salazar aimait ce Monoïque plus que sa femme et ses favorites. Mais il ne l'a pas fait. Il l'a laissé dans les cachots et pire encore, quand Amatus a eu trois ans, il l'a enlevé à son père pour l'élever comme un prince. Il a annoncé qu'Amatus serait son héritier au trône. Ceci n'a pas été bien pris par l'aîné du clan, comme tu t'en doutes. Quant à Sporus... Il en est mort. »

Les deux garçons se dévisagèrent puis se prirent par la main, leurs épaules collées l'une contre l'autre.

« Amatus a été élevé comme le prince héritier qu'il était désormais. Il se savait issu d'un Monoïque, mais n'a jamais rien su ou voulu savoir d'autre. Il n'est jamais descendu dans les cachots. La mort de Sporus avait profondément choqué Salazar, de ce que l'on en sait. Pourtant, il a continué à visiter ses Monoïques et a pris ensuite d'autres favoris, dont Artémis. On raconte par contre que l'amour qu'il avait pour Amatus est devenu démesuré à la mort de son amant. Son fils premier-né, Tom, a haï son jeune frère. Sa haine s'est ensuite transmise à son propre fils unique, qui est devenu par la suite Celui-Dont-On-Ne-Devait-Pas-Prononcer-Le-Nom, faisant de lui l'être abject que l'on connaît. Amatus a grandi, il s'est marié et a eu cinq enfants, tous garçons, et tous ressemblaient à leur mère. Une femme que Salazar n'aimait absolument pas, comme tu t'en doutes. Elle est morte en donnant naissance au sixième fils, Zmeï, qui lui ressemblait trait pour trait à son père et à son grand-père monoïque. Salazar a aussitôt vénéré cet enfant, au même titre qu'Amatus. Ensuite, les historiens ne sont pas d'accord, mais toujours est-il qu'Amatus est décédé quand Zmeï n'avait pas encore quinze ans. Les uns disent qu'il est mort d'un accident de cheval, d'autres que Celui-Dont-On-Ne-Devait-Pas-Prononcer-Le-Nom l'a assassiné. Ce qui est le plus probable. Il espérait ainsi reprendre la place qui lui était due, à savoir celle d'héritier au trône. Salazar a porté le deuil de son fils jusqu'à la fin de sa propre vie et contrairement aux espérances de son premier petit-fils, il a désigné Zmeï comme héritier. Zmeï n'avait pas un caractère tendre, loin de là, cependant, il n'était pas un fou tyrannique comme le Seigneur Noir. Après la montée sur le trône de ce dernier, ceux qui étaient fidèles à leur ancien roi et tous ceux qui ne voulaient pas suivre le Seigneur Sombre se sont ralliés à Zmeï. Si Gryffondor a pu le vaincre, c'est en partie grâce à la trahison de Zmeï et à ses espions qui informaient les autres monarques des décisions de guerre. Celui-Dont-On-Ne-Devait-Pas-Prononcer-Le-Nom n'en a jamais rien su, et il a laissé Zmeï, bien plus jeune que lui, tranquille. Grossière erreur. De même qu'il l'a laissé au château quand il est parti en guerre. Zmeï avait toujours fait croire au Seigneur sombre qu'il le respectait, en tant qu'homme et en tant qu'héritier, et que lui ne voulait pas du trône. Ce qui était bien sur complètement faux. Il le haïssait et désirait reconquérir ce qui lui était dû. »

« Et il en a profité pour mettre enceint Svarog, » dit Draco.

« En fait, il ne le savait pas. Les Monoïques, dans les cachots, prenaient une contraception, celle que tu dois connaître, la petite feuille séchée. »

« Oui, je connais. »

« Bien. Mais quand le Seigneur des Ténèbres est parti, il a interdit aux gardiens des Monoïques de leur en fournir et a détruit lui-même les réserves. Ça, Zmeï l'ignorait, de même que Svarog. »

« Comment pouvait-il l'ignorer ? » s'exclama Draco.

« En fait, de ce que l'on a appris par la suite, les esclaves Monoïques ne savaient rien de tout cela. Leur contraception était mélangée à leur nourriture. C'est de cette façon que leurs maîtres contrôlaient les naissances. Les Monoïques ne pouvaient pas tomber enceints par accident mais uniquement quand leur maître le décidait. Ils n'avaient aucun moyen d'arrêter eux-mêmes leur contraception puisqu'ils ne savaient même pas qu'ils en prenaient une. Tout comme ils ignoraient si leur maître décidait un jour de les engrosser ou non. »

Draco se blottit dans les bras de Paul, étonné par la soudaine tristesse du garçon blond. Il ne savait pas que Draco avait lui aussi été mis enceint par son ancien Alpha et qu'il l'ignorait tout des plans de Fenrir à l'époque. Paul lui embrassa le dessus du crâne avant de reprendre.

« On ne sait pas pourquoi le Seigneur Noir avait pris cette décision. Sans doute voulait-il s'assurer de la fidélité de ses vassaux et ainsi, si un Monoïque tombait enceint durant son absence, cela aurait voulu dire que quelqu'un lui avait désobéi. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé. Là encore, certains historiens pensent qu'il nourrissait des soupçons envers Zmeï, tant en ce qui concernait ses Monoïques que s'agissant de sa fidélité en général, et que c'était pour cette raison qu'il l'avait laissé au château au lieu de l'emmener en guerre avec lui. Bref, toujours est-il que si les Monoïques n'avaient plus de contraception, ils passaient toujours tous les quinze jours un test de grossesse. Les gardiens leur donnaient régulièrement une potion dont ils devaient déposer quelques gouttes dans un récipient rempli d'urine. Svarog a dû le faire et a découvert qu'il était tombé enceint un peu avant la purge des cachots. »

Draco resta confortablement installé dans le giron de Paul.

« Paul, qu'est ce qui s'est passé, ensuite ? Ils ont gardé le bébé ? Il est né ? »

Paul donna une tendre étreinte à son compagnon.

« Tu le sauras en lisant la suite du livre, Draco. Mais je crois qu'il est tard et que tu as été très touché par ce passage. Alors le mieux, c'est que nous dormions maintenant. »

« Je reste avec toi ? »

« Oui, bien sûr, c'était ce qui était convenu, non ? » sourit Paul en ramenant sa fine couverture sur leurs deux corps.

Ils restèrent enlacés tous les deux, puis Draco reprit la parole, en murmurant.

« Paul... ils étaient amoureux, alors ? »

« Hum ? Svarog et Zmeï ? »

« Oui. »

Paul embrassa le front de l'Oméga.

« Oui, Draco. Ils étaient amoureux. Demain, je te montrerai la salle et je répondrai à tes questions. Je te l'ai dit, Draco, depuis Svarog, chaque Monoïque dans ce monde connaît l'amour. Toi aussi. »

« Je ne sais pas, » chuchota Draco, le nez sur la clavicule hâlée. « J'aimerais. J'espère que mon compagnon m'aimera et que je l'aimerai. J'espère que ce sera Harry. »

« Je l'espère aussi, » répondit Paul.

Draco ferma les yeux. Aussitôt l'image de son dominant préféré s'imprima dans sa tête. Harry. Harry lui manquait. Il aurai aimé être dans ses bras, il aurait aimé être libre de vivre sa vie avec lui, de le choisir, comme ses frères choisissaient leur compagnon. Il aurait voulu que Harry soit là et l'embrasse.

… … …

Comme à l'accoutumée, la main de Draco était dans celle de Paul, leurs doigts enlacés lâchement. Ils venaient de finir de manger après une matinée pour le moins studieuse.

« Alors, tu as fini le livre ? »

« Non, mais bientôt. Paul, je peux voir cette salle alors ? En quoi est-elle spéciale ? »

Le garçon aux cheveux bouclés regarda son compagnon, un grand sourire aux lèvres.

« Tu aimes beaucoup Svarog, n'est-ce-pas ? »

« Oui, je me sens proche de lui. Je sais qu'il est très important, pour nous tous Monoïques, c'est en partie grâce à lui si ce Temple existe, du moins tel qu'il est et c'est grâce à lui, sans aucun doute, si le traité été signé entre les rois. Mais, contrairement à vous, on a une histoire un peu semblable, tu comprends ? Toute ma vie, j'ai eu le sentiment d'être en prison, de ne pas être libre de mon futur. Et ensuite... ensuite, tu sais bien, on a vécu des moments difficiles. Comme lui, mon corps ne m'appartenait plus. C'est très dur, tu sais, même si on te répète que tu es né pour ça, que tu n'as pas le choix et qu'au fond de toi, tu penses que ceux qui te disent tout ça ont raison. »

Paul lâche la main de Draco, uniquement pour passer son bras autour de sa taille.

« Ils avaient tort, Draco. »

« Non, pas vraiment. Ils n'avaient pas vraiment tort, » murmura Draco.

Compagnon-Loup dans sa tête poussa une légère plainte. Il ne fallait plus penser à cela, plus penser à Fenrir qui n'avait pas été un bon compagnon mais un monstre, plus penser à Daniel et à tous ceux de la meute qui l'avaient possédé, ne plus penser à Epsilon qui par deux fois l'avait comme abandonné. Non, il devait penser à son futur compagnon, un bon cette fois, qui prendrait soin de lui et qu'il pourrait chérir. Un compagnon avec qui il allait fonder une famille et élever leurs louveteaux. Rien d'autre ne devait compter pour le moment.

Draco secoua la tête, comme pour chasser ses pensées. D'accord, il voulait bien ne plus penser à son ancienne meute, mais il ne voulait pas non plus imaginer son futur.

« Et donc, je me sens proche de Svarog. Il n'a pas eu le choix, pour rien. Même pour Zmeï. Mais... mais il l'a trouvé et il a été bon avec lui. »

« Zmeï l'a aimé, Draco. »

« Oui, peut-être... »

« Non, sûrement, » affirma le Monoïque. « Tout comme ton Harry t'aime, j'en suis sûr. »

« Tu n'en sais rien. »

« Draco, tu ne cesses de soupirer après lui, et de ce que tu m'en dis tout comme ce que j'en avais entendu par Ayase, je suis sûr qu'il éprouve des sentiments pour toi ! »

« Il me désire. »

« C'est déjà un bon début, non ? »

Draco réfléchit tout en continuant sa marche.

« Peut-être, je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que j'ai le sentiment d'être proche de Svarog, comme si je le connaissais ou que l'on partageait quelque chose, tous les deux. »

« Alors tu vas adorer cette salle, Draco, » fit Paul tandis qu'ils s'approchaient d'une grande porte. « Car tu vas le rencontrer, lui, et tous nos frères. »

L'Oméga sembla surpris, mais cette surprise devint stupéfaction alors que Paul ouvrait la porte et le faisait pénétrer dans une vaste salle. Elle était longue et haute de plafond, les murs recouverts jusqu'à hauteur d'homme de portraits à peine plus grand qu'une main. Juste devant ses yeux, Draco aperçut une première statue. Un Monoïque à en juger la tunique et les tresses.

Il s'avança avec déférence.

« Est-ce que c'est lui ? »

« Oui, c'est Svarog. C'est une statue qui a été faite deux ans après la monté sur le trône de Zmeï. C'est lui qui a instauré notre coiffure, les cheveux longs et les tresses. La tunique, elle, était déjà l'habit traditionnel des Monoïques du Royaume de Poufsouffle. Alors, première impression ? »

« Il est très beau. »

« Oui, comme nous tous. Pourtant, Svarog était persuadé de ne pas être un Monoïque particulièrement désirable. Il se jugeait très banal. »

Paul entraîna Draco vers l'un des murs et lui fit découvrir les portraits.

« Ce sont les premiers Monoïques du Temple, je veux dire, du Temple à partir de Svarog. Il a été notre premier Grand Maître. Depuis, chaque Monoïque voit son portrait être fait et accroché ici au moment de ses noces, avec son nom en dessous. »

« Ce sont tous des Monoïques ? Tous ces garçons ? »

« Oui, un jour j'aurai mon portrait dans cette salle et toi aussi. Ici ce sont les plus anciens, de l'époque de Svarog, et puis en remontant cette salle, on remonte le temps. Regarde, tu ne reconnais pas certains noms ? »

Draco suivit la direction qui lui indiquait le doigt de son ami. Son regard clair tomba sur le portrait d'un jeune garçon du nom de ''Joshua'', puis plus loin, celui de ''Sporus''.

« Ce sont l'ami et le bébé dont parle Svarog dans le livre ? » s'exclama Draco.

« Oui. Ils sont venus ici, au Temple. Et ils se sont mariés. Eux aussi ont eu droit à la liberté avec la chute du Seigneur Noir et la fin de l'esclavage des Monoïques. »

Draco marcha lentement, dévisageant tous les visages souriants qui lui faisaient face. Puis Paul se saisit de nouveau de sa main pour l'entraîner plus loin.

« Regarde, ce tableau, là-bas, il est important. »

Draco suivit son ami devant un tableau bien plus grand, représentant deux hommes. Sa respiration eut un raté.

Un Monoïque aux cheveux longs, bruns, était dans les bras d'un homme à la beauté à couper le souffle. Le Monoïque levait ses yeux d'un marron tendre vers le visage de son amant. Car ils étaient amants, c'était certain. Ils se tenaient dans les bras l'un de l'autre et se contemplaient avec comme de l'adoration dans le regard. L'homme était grand, ses cheveux étaient d'un blond presque blanc et il avait des yeux couleur d'argent.

« Je te présente Zmeï et Svarog. Comme tu peux le constater, Svarog attend un heureux événement sur ce tableau. Leur deuxième enfant. »

Draco s'avança lentement, une boule dans la gorge.

« Leur deuxième ? »

« Oui. Leur premier enfant était un garçon. Baldr Serpentard. Le roi actuel du Royaume de Serpentard est l'un de ses descendants. La lignée de Zmeï a toujours conservé le trône. Leur deuxième enfant était une fille. Si Baldr ressemblait à Svarog, on dit que Glaur, ressemblait à Zmeï. Elle s'est mariée à un noble de ce pays, un certain lord Malfoy. »

Draco pâlit d'un coup.

« Draco, ça ne va pas ? » s'inquiéta Paul en le soutenant.

Le garçon ne répondit pas, ses yeux rivés sur le visage de Zmeï.

« Je... Paul... C'est une idée à moi ou... »

Paul suivit le regard de Draco.

« Non, c'est vrai. Tu lui ressembles. C'est marrant, tu te sens proche de Svarog, ce que je comprends, et tu ressembles physiquement à Zmeï. C'est étrange, non ? » rigola le Monoïque.

« Oui... oui, c'est vrai, » fit Draco en souriant péniblement.

… … …

Le temps passait vite au Temple. Vite et d'une façon des plus agréables. Draco se sentait bien en ce lieu. Certes, parfois le besoin de la meute se faisait sentir et il avait passé certaines nuits à errer dans les jardins, le plus souvent en compagnie d'Ayase venu spécialement pour le faire afin de combler son manque de plus en plus grandissant.

Néanmoins la présence des Monoïques l'apaisait. De plus, le fait qu'Ayase passe régulièrement calmait Compagnon-Loup. Draco savait qu'il ne pourrait pas rester non plus trop longtemps, mais savait tout autant que l'attente était moins pénible en ce lieu qu'elle ne l'avait été à Poudlard.

Il était retourné plusieurs fois dans la salle aux souvenirs, avait étudié chaque visage et noté qu'au moins quatre Monoïques partageaient avec lui la blondeur lunaire de ses cheveux et ses yeux pâles. Cela l'avait un peu perturbé, du moins un instant. Puis il avait décidé de ne plus y penser. Peut-être que le fait de naître Monoïque était aussi dû à une certaine forme d'hérédité, pas uniquement au pur hasard. Néanmoins, Draco décida que la réponse n'avait au final pas vraiment d'importance car quand bien même, cela ne changerait rien.

Le garçon avait cherché et trouvé le portrait d'Ayase, qu'il avait regardé avec tendresse.

Ce fut donc avec une grande émotion qu'il s'installa à son tour sur un tabouret pendant qu'un Maître Monoïque faisait son propre portrait. Comme lui avait dit Paul, il était un Monoïque et il allait bientôt s'unir. Son portrait serait de ce fait accroché sur ce mur dès son départ du Temple.

Oui, la vie semblait douce ici, entre la danse, les chants, les promenades dans les jardins et même de temps en temps une sortie dans les rues de Helga, les jeunes Monoïques fermement encadrés par les Maîtres devenus gardiens pour l'occasion.

Draco comptait les jours, non pas parce qu'il voulait partir, mais au contraire parce qu'il aurait aimé que ceux-ci ne s'arrêtent pas, pas aussi vite en tout cas.

Bien sûr, Charlie, Asami et Harry lui manquaient, mais ce temps passé au Temple pansait bien des plaies, soulageait bien des peines.

C'était avec une certaine tristesse que Draco avait barré un autre jour sur son calendrier. Plus que cinq et il devrait retourner dans la meute, Gideon ayant officiellement arrêté la date du début de la compétition.

« Draco ? Le Conseil te demande, tu dois aller dans la salle du Conseil, tout de suite, » lui lança un bambin alors que Draco lisait à l'ombre d'un cerisier.

« Maintenant ? »

L'adolescent n'attendit cependant pas de réponse et se dépêcha d'obéir. Il héla Paul au passage, qui pataugeait dans le bassin en compagnie d'autres Monoïques. Ce dernier s'empressa de sortir de l'eau afin d'accompagner son camarade.

« Paul, tu penses vraiment que te présenter devant nos Maîtres complètement trempé est une bonne idée ? »

« Bah, c'est pas bien grave ! Et puis regarde, je me sèche en même temps. »

« Non, tu ne sèches pas, tu dégoulines ! En plus, tu es en caleçon ! Non mais vraiment ! »

« Par l'Air, Draco, calme-toi, on dirait Ayase quand tu parles comme ça ! » rétorqua Paul en prenant un air désespéré et en levant les yeux au ciel.

L'autre garçon lui jeta un regard noir malgré ses yeux pâles.

« C'est pas le moment, Paul ! Je suis déjà bien assez inquiet comme ça ! Pourquoi ils me convoquent ? J'espère que ce n'est pas parce que je dois partir, j'ai encore cinq jours normalement. »

« Arrête, ne commence pas à te ronger les sangs. Ce ne doit pas être si grave que cela. »

Draco ne répondit pas. Inutile, il savait parfaitement que son ami était aussi inquiet que lui, autrement il n'aurait pas ainsi abandonné sa baignade.

Les deux garçons arrivèrent bientôt à destination. Après un dernier regard un peu anxieux échangé entre eux, Draco toqua à la porte.

« Entre, Draco. »

L'adolescent obéit et entra dans la salle ronde, tapissée de rouge et de blanc, suivi par Paul. Quatre conseillers étaient présents, de même qu'Ayase.

« Eh bien, Paul, que signifie cette tenue ? » le rabroua immédiatement l'Oméga bouclé.

L'adolescent concerné baissa la tête en ronchonnant à voix basse à Draco.

« Tu vois, je te l'avais dit que tu étais comme lui ! »

« Ayase, que fais-tu ici ? » demanda Draco en allant se blottir contre le torse d'Ayase.

« Je suis venu sur demande du Conseil, » répondit en souriant l'Oméga.

« Bonjour, Maître Hylas, Maître Gabriel, Maître Benjamin, Maître Ivan, » saluèrent ensemble les deux novices en s'inclinant légèrement.

« Bonjour, jeunes gens. Paul, pourquoi es-tu venu aussi ? » voulut savoir Ivan.

« Eh bien, Maître, je ne voulais pas que Draco soit seul. Il était inquiet. »

« C'est très aimable de ta part, jeune novice. Mais Draco n'a pas à être inquiet. Nous l'avons fait appeler pour une bonne nouvelle et une mission qui fera, je l'espère, plaisir à son cœur, » répondit Hylas.

À cet instant une autre porte, située derrière eux, s'ouvrit, laissant passer une nourrice qui portait un bébé dans un lange. Paul sourit et s'avança vers la femme, entraînant Draco avec lui par la main.

« Oh, comme il est beau ! C'est notre nouveau frère, Maîtres ? Celui qui est arrivé il y quelques semaines et qui n'est pas nommé ? »

« Oui, Paul, celui-là même. Draco, approche donc un peu plus. Selena, donnez le bébé à Draco, je vous prie, » fit Hylas.

La bouche de Paul s'ouvrit sous la surprise alors que Draco, inquiet, prenait le bébé dans ses bras.

« Maître, je ne suis pas sûr de savoir le tenir, c'est la première fois que j'ai un bébé aussi jeune dans les bras et... »

« Calme-toi, Draco, tu t'en sorts très bien, » le rassura Ayase en se plaçant derrière lui. « Regarde, comme ça, soutiens-lui bien la tête. »

Draco écouta les conseils et bientôt, il sourit à l'enfant dans ses bras. Il était tout chaud, tout rose, avec quelques cheveux bruns sur le crâne. Le bébé bailla et entrouvrit ses yeux à la couleur indéfinissable. L'adolescent sembla soudain oublier le temps et l'espace, admiratif devant ce bébé. Il lui parla, murmura des paroles un peu bêtes mais douces. Il sentit une chaleur s'épanouir dans son ventre. C'était bien d'avoir cet enfant dans les bras. Il pensa à la vie de ce bébé, aux bébés que lui-même aurait sans doute un jour et il pensa aussi au bébé qu'il avait perdu. La chaleur devint émotion vive.

« Draco, ne pleure pas, jeune novice. Un jour, tu auras un enfant bien à toi dans les bras. Celui-ci est Monoïque et sera élevé au Temple. Il a besoin d'un nom et aura besoin d'un guide. Penses-tu pouvoir être celui qui lui trouvera un nom et qui sera ce guide ? » demanda d'une voix douce Benjamin.

Draco redressa son visage, humide de larmes qu'il n'avait pas eu conscience de laisser couler. Il regarda tour à tour toutes les personnes présentes.

« Moi ? Moi, Maîtres ? Mais je... Je suis un novice... Et je n'ai pas été élevé au Temple. Je serai un guide épouvantable, je serai peut-être même un père épouvantable et... »

Il ne put finir, tant en raison de ses pensées et ses sentiments que parce qu'Ayase le prenait contre lui, le bébé doucement bloqué entre leurs deux corps.

« Nous pensons au contraire que tu seras une chance pour cet enfant. Svarog n'a pas été élevé dans un Temple mais dans un cachot, il a connu une vie misérable et pourtant, il a été un père aimant et notre guide à tous, » souffla l'Oméga en l'embrassant sur le front.

« Draco, veux-tu être celui qui nomme l'enfant ? » redemanda Hylas en lui souriant.

Draco prit une longue inspiration pour se calmer, il se décolla du torse d'Ayase, embrassa le bébé et répondit, ému.

« Oui, oui, Maître, j'en serais très honoré. »

Il regarda encore l'enfant qui dormait désormais paisiblement entre ses bras.

« Quel est son nom ? » fit Gabriel.

« Il s'appellera Baldr. »

Les autres Monoïques sourirent et applaudirent. Draco étudia Ayase, anxieux de savoir s'il avait bien fait. Le jeune homme hocha la tête, l'embrassa. Puis tous se mirent à parler et à rire.

Après quelque temps, Draco remit le bébé à la nourrice après un dernier câlin et la promesse de revenir le voir bientôt.

Ayase resta avec lui toute la fin de la journée. Il devait cependant repartir le soir-même. Les préparatifs pour la compétition allaient bon train, Charlie était débordé et Asami leur en faisait voir de toutes les couleurs.

Il embrassa donc Draco le soir venu, mais, à la surprise du garçon, demanda à rester seul un instant avec Paul.

« Allons, Draco, tu oublies que Paul est aussi mon novice. J'ai besoin de lui parler. Il doit participer à une Présentation le mois prochain et j'ai des choses à voir avec lui. »

« Okay. À plus tard, Ayase ? » répondit Draco, toujours un peu tristounet.

« Oui, je reviendrai sans doute demain ou après-demain. »

« Okay. Tu passes dans ma chambre après, Paul ? »

« Oui, pas de soucis. »

Draco s'en alla donc, laissant les deux autres Monoïques seuls. Ces derniers prirent une autre direction, afin de se rendre dans la salle où Ayase partirait pour rejoindre sa meute.

« Que veux-tu, Maître ? Il y a un problème ? Pourtant je n'ai pas fait de bêtises ! » s'inquiéta de suite le novice.

« Non, ne t'inquiète pas, tout va très bien. En réalité, je voulais que l'on parle un peu, notamment de Draco. En fait, Paul, j'aimerais savoir une chose. »

« Oui ? »

« Draco est devenu ton ami, n'est-ce pas ? »

« Oh oui, Ayase. Je l'aime énormément. Je suis triste qu'il doive partir, et encore plus triste de savoir que l'on a perdu tout ce temps loin l'un de l'autre. En plus, il va s'unir et quand il reviendra, il sera un maître, plus un novice, » fit Paul avec une grande tristesse dans la voix.

« En fait, c'est une très bonne nouvelle pour moi de savoir que tu l'aimes à ce point. Je ne pense pas me tromper sur ce que cela peut signifier, si ? » rétorqua Ayase avec un large sourire taquin.

Paul baissa un peu la tête, les joues rosées.

« Non, Maître, tu ne te trompes pas. »

« Je vois. Dans ce cas, n'oublie pas que Draco est comme moi : un Oméga. Tu comprends ce que cela signifie ? »

« Oui. »

« Alors le reste ne me concerne pas, il s'agit de vos seuls choix. Sache néanmoins que tu as toute mon approbation. Bien, parlons un peu de tes prétendants maintenant. »

… … …

À suivre

… … …