Bêta : Nanola
NDA : rien à dire à part bonne lecture et bisous à ma chérie ^^ Ah si... La compétition commence ! ... puisse le sort lui être favorable ^^"
Chapitre 33
.
La Présentation
J'écris sous le soleil. C'est la première fois que je peux faire une telle chose : écrire sous le soleil.
Je sens l'air sur mon visage et mes cheveux, j'entends le chant des oiseaux, le bruit du vent, et celui de l'eau du petit ruisseau non loin.
Ici je suis en paix. Bien sûr, je crains encore pour l'avenir. Zmeï a risqué sa vie pour nous tous et le Seigneur Noir n'est pas encore vaincu. Là-bas, sur le territoire de Traverse et de Poudlard, une bataille va bientôt avoir lieu, et de sa conclusion dépend notre destinée à tous.
J'ai foi en l'homme que j'aime. Je sais que là où il est, il va combattre pour notre liberté. Il ne sera pas un combattant dans la lumière, non, il mène sa quête dans l'ombre, sapant les défenses du Seigneur Noir, troublant ses alliés, trahissant son armée et espionnant pour le compte des autres grands monarques. Nul ne doit savoir, pas même eux, qui est ce Prince inconnu, ce Serpent à Trois Têtes comme il se fait appeler et dont il a fait son emblème. Quand la victoire viendra, que la paix sera établie, alors le temps des révélations viendra. Mais pas avant.
Une nuit, Zmeï est venu, avec des soldats. J'ai reconnu parmi eux certains de nos gardiens. Ils nous ont pris, nous tous, les Monoïques. Ils nous ont faits courir dans des couloirs sombres et secrets, traverser des chemins oubliés, au-delà du château. Ils ont porté les plus jeunes alors qu'ils pleuraient de terreur. Mes frères, mes petits frères.
Où sont-ils désormais ? Zmeï nous a promis, quand nous nous sommes séparés mes frères et moi, qu'il les faisait emmener par des êtres de confiance très loin de ce Royaume, dans celui béni, pour nous autres Monoïques, de Poufsouffle. Là-bas, dans la bonne ville de Helga, il est un lieu qui nous accueille.
Joshua et moi, nous nous sommes embrassés. Il avait peur, nous avions tous peur. Je lui ai promis à mon tour que quand la guerre sera finie, je viendrai les revoir et qu'à Helga, là où ils seront désormais, nous bâtirons en ce lieu de refuge une maison qui sera comme un temple pour les Monoïques, un lieu sacré, où nul autre que nous ne pourra pénétrer et qu'en ce lieu, sera élevé, protégé et aimé chaque enfant issu des Sylphes.
Zmeï m'a juré qu'ils seraient en sécurité et que je les reverrai, comme je leur ai promis. Il m'a fait le serment de m'aider à ce qu'un jour les Monoïques soient libres partout dans ce monde.
Puis il m'a emmené ici. Je ne sais où est ce manoir, si je suis toujours sur les terres du Royaume de Serpentard ou non. Et je m'en moque.
Je suis seul, en compagnie d'un de ces êtres étranges que mon Prince appelle Elfe de maison. Encore des esclaves, bien que d'un autre genre.
J'attends le retour de mon amant sous ce soleil que j'ai cru un jour ne plus jamais revoir. Je l'attends, libre, en caressant mon ventre qui s'arrondit et dans lequel s'épanouit le fruit de notre amour.
« Livre de Svarog. »
… … …
Sa dernière journée en tant qu'homme libre venait de s'achever. Du moins, c'était ainsi que Draco voyait les choses. Il s'avança vers sa fenêtre largement ouverte d'un pas prudent, voulant apercevoir les derniers rayons du soleil qui disparaîtraient, annonçant ainsi le retour à un peu de fraîcheur.
Il avait fait particulièrement chaud depuis son retour du Temple. Il était moite et pire que tout, il puait la sueur. Ce dernier point le contrariait grandement. Le garçon soupira. Il n'y pouvait rien. Quelques heures à peine après son retour, l'Alpha était revenu chez Charlie et Ayase et avait clairement exprimé ses exigences. Draco devait rester dans sa chambre, fenêtre ouverte et avait eu interdiction de se laver durant les deux journées qui le séparaient de la compétition. Son odeur devait imprimer les lieux, leur avait déclaré Gideon. Les mâles dominants avaient le droit de passer sous sa fenêtre dans l'espoir de pouvoir l'apercevoir et le sentir.
Draco avait été écœuré. Lui qui, petit, n'avait jamais vraiment aimé les bains, avait appris à les apprécier. Sentir la transpiration n'était pas du tout quelque chose d'attrayant pour lui. Il se sentait sale. Compagnon-Loup n'était pas particulièrement dérangé, il comprenait que son odeur puisse attirer les mâles, puisse les exciter et c'était, après tout, le but de sa mise en jeu : attirer le plus de mâles possible. Draco n'était pas du tout de son avis mais n'avait pas le choix.
Les journées torrides lui avaient semblé bien longues et ennuyeuses. Il avait recherché dans un premier temps la fraîcheur de la brise marine, mais dès qu'il s'approchait d'un peu trop près de sa fenêtre, il les voyait. Les hommes qui rôdaient. Ils lui faisaient peur et cela n'arrangeait en rien son problème d'odeur corporelle, au contraire. La peur, l'angoisse, il le savait, lui faisaient à chaque fois appeler la protection d'un mâle par ses phéromones.
Quelle absurdité, pensa Draco. Plus les hommes lui faisaient peur, plus il les appelait.
Quant à la pleine lune de la nuit, elle avait été atroce, confiné comme il l'avait été, ses sens lupins en éveil ressentant plus encore la présence des mâles.
Le garçon s'approcha néanmoins une nouvelle fois de sa fenêtre ouverte. Il avait espéré, à chaque fois, apercevoir la tignasse noire et les yeux verts de Harry. C'était le seul qu'il aurait aimé apercevoir. Mais il avait été le seul à ne pas se montrer.
Plus tard dans la nuit, Ayase vint le trouver. Ils discutèrent longuement tous les deux, puis l'Oméga plus âgé se décida à dormir dans le lit du plus jeune. Draco se calfeutra dans ses bras, se sentant triste, comme abandonné et surtout, de plus en plus apeuré par la journée du lendemain.
… … …
« Viens, Draco. Tu dois manger un peu. »
« Je n'ai pas faim, Ayase. »
« Bois un peu de lait ? »
Le garçon leva son nez pointu et ses yeux malheureux vers son ami. Pour lui faire plaisir, il trempa ses lèvres dans la tasse de lait chaud et sucré au miel qu'il lui tendait. D'habitude, il adorait ça, mais ce matin...
« J'ai fini. Je n'ai plus faim, » déclara-t-il de sa voix atone.
« Bon... Allez, on va dans la salle de bains te faire une petite toilette, alors, » abdiqua Ayase.
« Je peux enfin me laver ? »
« Oui, et heureusement, » ronchonna Charlie.
« C'était pas de ma faute, » bougonna en retour Draco.
« Je ne dis pas le contraire et je ne dis pas non plus que tu empestes, Draco. Juste que tu embaumes l'air de ton parfum de Prédare et d'appel. Même pour moi, ça devient épuisant. »
Draco rougit tout en baissant les yeux.
« Une fois encore, je ne dis pas que j'ai envie de te sauter dessus, Draco, » soupira Charlie. « Juste que c'est assez... disons... perturbant et que ça me donne des idées peu chastes en ce qui concerne mon compagnon. Et j'en ai aussi ras le bol de voir tous ces mâles idiots qui viennent pisser dans mon jardin ! »
« Ils ont fait pipi dans le jardin ?! » s'écria Draco.
« C'était une expression, » ronchonna de nouveau Charlie alors qu'Ayase levait les yeux au ciel.
« Bien, cette discussion hautement philosophique est certes passionnante mais tu dois te préparer, Draco. C'est un grand jour pour toi et je tiens à ce que tu sois parfait. »
Draco se leva et suivit Ayase dans la salle de bains en traînant des pieds. Il laissa l'homme le laver, le materner, le coiffer avec application. Ayase lui passa ensuite une tunique claire faite dans la soie la plus douce et huila son ventre afin que son tatouage soit encore plus visible, éclatant.
Draco ferma les yeux durant cette caresse. Il se souvint de Paul, quand il le touchait. Le tatouage était si érogène, si sensuel pour eux. Il exacerbait les sensations, les transportait proche du septième ciel lorsque les caresses devenaient trop insistantes. Paul avait, comme tous les Monoïques, son intimité entièrement tatouée. Il avait dit à Draco que de ce fait, la pénétration était encore plus excitante pour eux, plus électrisante. Cette zone, déjà érogène à la base pour tout un chacun, était devenue encore plus réceptive aux stimulations sexuelles pour eux. Paul lui avait expliqué qu'il ne fallait pas se leurrer. C'était autant pour eux, leur plaisir, que surtout pour leur faire accepter le rôle de passif lors de relations intimes. La majorité des hommes aux Présentations les voulaient dans leur lit parce qu'ils aimaient les hommes, certes, mais aimaient surtout les posséder. Sans compter que pour avoir un enfant, il fallait forcément qu'ils tiennent ce rôle-là.
Draco soupira, une nouvelle fois. Lui n'aurait pas le choix, une fois de plus. Il serait forcément dominé. Son soupir devint plus triste. Oui, il serait dominé, et selon son futur compagnon, ce ne serait pas uniquement de domination sexuelle dont il s'agirait.
« Allons, Draco. Tout ira bien. Je sais que c'est un moment très stressant pour tout Monoïque. Même si dans ton cas c'est encore un peu différent, c'est comme une Présentation. Nous sommes tous inquiets ce jour-là. Apeurés. Mais ça ira bien. »
« Merci, Ayase. »
La voix terne de Draco, tout comme ses yeux, n'échappa cependant pas à Ayase dont le cœur se serra. Il aurait tant aimé pouvoir rassurer Draco plus qu'il ne le faisait.
Une fois prêts, les deux hommes sortirent de la salle de bains. Puis, Charlie les accompagna dehors. Draco prit aussitôt la main de ses pères dans les siennes.
« J'ai peur. On va où ? Où sont les autres ? Pourquoi c'est si silencieux ? »
« L'Alpha a ordonné à ce que personne ne sorte de chez lui avant huit heures trente. Nous avons donc une demi-heure pour t'emmener dans la clairière. C'est là qu'auront lieu ta Présentation et ta mise en compétition, » répondit Charlie.
Leur marche se fit en silence. Enfin, alors qu'ils arrivaient à destination, le souffle de Draco se coupa. Dans l'immense clairière qui tenait lieu de réunion et de fête à la meute, était dressée une estrade qu'il connaissait bien. C'était celle qu'il avait admirée tant de fois avec ses yeux d'enfant. Elle était haute d'un bon mètre cinquante, très large, avec dans le fond la tente aux voiles rouges, là où se cachaient les Monoïques et leurs gardiens avant d'être présentés à la foule. Il n'y avait pas de gradin, contrairement à Poufsouffle, néanmoins, sur le côté droit, il y avait bien le stand où se tiendraient les prétendants.
« C'est... c'est comme une Présentation, » murmura Draco.
« Non. C'est une Présentation, » le reprit Ayase. « Viens, Draco, tu dois passer par derrière et aller dans la tente. Je t'accompagne. Toi, Charlie, tu nous attends sur l'estrade, je dois voir deux ou trois choses en privé avec mon novice. »
« Ça m'aurait étonné, » râla Charlie. « Bien, je vais donc aller faire la potiche sur l'estrade alors. »
« Mais non, mon amour, tu n'es pas une potiche. Pendant que l'on travaille sur les détails, tu seras chargé de parquer les prétendants. À tout de suite. »
Ayase embrassa amoureusement son compagnon et entraîna ensuite Draco derrière l'estrade. Le garçon était étonné bien qu'enchanté. C'était pour lui une surprise, mais aussi un baume sur son cœur. Il allait vivre une Présentation, finalement. Une seule et il n'aurait ni le temps ni le choix, contrairement à ses frères, mais au moins, il serait passé par cette étape cruciale dans la vie d'un Monoïque, lui aussi.
Ils gravirent les quelques marches et soulevèrent l'un des pans carmins afin d'entrer dans la tente. L'odeur propre aux Monoïques était présente dans la clairière, mêlée à celle des huiles et parfums qu'ils utilisaient. Néanmoins, alors qu'il pénétrait dans la petite pièce de toile, l'odorat de Draco l'informa d'un fait important. Il n'était pas seul.
« Antinoüs ! Gabriel ! » s'écria le garçon en courant vers les maîtres qui avaient déjà revêtu la tenue officielle des gardien.
On ne voyait d'eux que leurs yeux, cependant, Draco n'avait pas besoin de sa vue pour les reconnaître. Son flair suffisait désormais. Il se jeta dans leurs bras. Les deux hommes l'entourèrent, le cajolèrent et l'embrassèrent tour à tour.
« Je suis si heureux que vous soyez là ! »
« Nous te l'avions dit, Draco, que nous ne te laisserions pas, » lui rappela Antinoüs en lui caressant les cheveux. « Montre-nous ? Oui, tu es magnifique. Qu'en penses-tu, Maître Sylvanus ? »
Draco se pencha un peu afin de découvrir le troisième homme qui se tenait derrière les deux autres, sa tête encore libre. Sylvanus, le seul membre du Conseil qu'il ne connaissait pas. Il s'approcha de lui, le plus près possible, toujours un peu timide devant des inconnus. Le Monoïque ouvrit ses bras, Draco n'hésita pas plus et se lova contre lui.
« Merci, Maître, d'être venu. Vous me faites trop d'honneur. Deux membres du Conseil sont présents. C'est trop, » murmura Draco.
« Non, jeune Draco. Au vu de la situation, c'est normal. Le Temple est avec toi, ne l'oublie pas. »
L'homme referma ses bras dans son dos et Draco sentit des larmes perler dans ses yeux. Ses frères étaient là. L'odeur de Sylvanus fit également son chemin. Draco fronça les sourcils.
« Vous aussi, Maître ? Vous êtes l'un de ceux qui m'ont initié ? »
« Mon enfant, il est des secrets qui ne peuvent être dévoilés, même entre nous, » sourit en réponse Sylvanus.
Draco leva ses yeux, étudia attentivement ceux noirs de l'homme. Il acquiesça et se détacha de lui. Les billes bleues d'Antinoüs étaient joyeuses, tendres. Les iris marron de Gabriel emprunts, comme à l'accoutumée, de détermination.
Leur présence rassurait Draco. Antinoüs et Sylvanus étaient les maîtres qui l'avaient initié, il le savait. Ils avaient pris soin de lui et le feraient encore durant ces jours de compétition. Quant à Gabriel, il était connu pour son caractère fort, entier. Il n'était pas un Monoïque qui aimait la contrariété ou ne craignait la peur. Oui, Gabriel était une force, il le protégerait.
L'attente commença. Une longue et douloureuse attente pour Draco dans le stress augmentait au fil des minutes. Il ne voyait pas la clairière mais entendait parfaitement le bruit de la foule qui s'agglutinait devant l'estrade.
« Toute la meute sera présente, » dit Ayase. « Une Présentation et une compétition, c'est un événement tellement rare ! Les délégations des autres meutes sont venues nombreuses pour cette raison, malgré le délai très court. Très peu sont ceux qui ont connu l'une ou l'autre, c'est certain. Il y a eu tellement de monde que Charlie a failli y laisser ses nerfs. C'est lui qui était chargé de les accueillir et de veiller à la sécurité. Ils se sont installés, pour la plupart, au nord du village ou à la lisière de la forêt Est. Une délégation est aussi sur la plage. C'est quand même une sacrée pagaille. Le nombre de Lycanthropes a presque doublé ! »
« Combien de prétendants ? » demanda Sylvanus.
« Je ne sais pas vraiment. Une vingtaine, je pense. Je crois que certains ne sont ici que par curiosité. Je ne sais pas combien vont se déclarer au final comme compétiteurs, ni combien vont être présélectionnés. »
Draco commença à se ronger un ongle avant d'être brusquement interrompu par une tape sur la main de la part de Gabriel qui lui fit les gros yeux.
« Un Monoïque ne se ronge pas les ongles, surtout pas avant de rencontrer des prétendants ! » le sermonna-t-il.
« Oui, Maître. »
« Bien, de toute façon, il est temps. Ayase, viens avec moi, je vais aller sonner le gong. »
Draco vit l'homme en carmin prendre l'énorme instrument en bronze ainsi que le bâton. Puis lui et Ayase soulevèrent l'un des pans de la tente afin de sortir sur l'estrade. Le garçon déglutit alors que la tension montait encore d'un cran. Le silence se fit à l'extérieur, puis ce furent les bruits du gong, forts, presque assourdissants pour les oreilles de Draco, qui retentirent.
« C'est à nous, Draco, » déclara ensuite Antinoüs en lui prenant la main.
Comme dans un rêve, Draco se laissa entraîner par l'ombre rouge. Il souleva le pan de la tente et Draco sortit en pleine lumière. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine alors que ses yeux effrayés découvraient la clairière comme il ne l'avait encore jamais fait.
Il était en hauteur, surplombant de ce fait la foule, immense à ses yeux, juste devant lui et qui remplissait la clairière toute entière. Au moins deux cents personnes si ce qu'avait dit Ayase était juste.
Draco déglutit, sa main tremblait dans celle d'Antinoüs qui la lui serra avec plus de force. Le gardien l'emmena jusqu'au bord de l'estrade. Une fois là, Draco regarda vers sa gauche, là où se tenait le stand des prétendants. Il remarqua à peine qu'Ayase et Charlie se tenaient de ce côté-là tant ses yeux étaient focalisés sur les mâles présents.
La peur l'envahit alors qu'une trentaine au moins de paires d'yeux le dévoraient. Il balaya du regard les dominants, les trouvant, dans sa panique, tous avides, effrayants et dangereux. Et aucune tignasse noire reconnaissable n'était parmi eux.
Antinoüs leva son bras et commença à le faire tourner lentement sur lui-même. Draco eut un léger sanglot alors qu'une larme coulait sur sa joue. Il ferma les yeux, la peur, la tristesse envahirent son cœur.
« Calme-toi, mon frère, » murmura une voix.
Draco ouvrit rapidement les yeux, découvrant le regard rassurant d'Antinoüs. Il ne voyait pas ses lèvres bouger puisqu'elles étaient cachées sous le tissu rouge, mais c'était bien sa voix qui lui parvenait. Il referma ses yeux.
« Je sais que tu as peur, pire sans doute, tu dois être terrifié. Sache que c'est ce que nous avons tous ressenti, Draco, lors de notre première Présentation. Mais nous n'étions pas seuls, tu comprends ? Comme tu ne l'es pas, aujourd'hui. Nous sommes là, tes frères veillent sur toi. Tout ira bien. »
« Il n'est pas là, » réussit à souffler à son tour le garçon. « Harry n'est pas là. »
« Je suis sûr que si. C'est la peur, toute cette tension qui t'aveugle. Il est là, Draco, j'en suis certain. »
Antinoüs continua de le rassurer de sa voix basse. Draco aimait cette voix, il se souvint de cette journée passée avec Ayase, Antinoüs et Paul, à l'ombre des arbres du parc du Temple. Ils étaient là, Gabriel, Sylvanus et Antinoüs. Et à travers eux, le Temple tout entier.
Draco inspira longuement alors que son gardien le stabilisait, face à la foule.
« Ouvre tes yeux, mon frère. »
Il obéit, se rendant compte subitement du silence très présent. Tous le regardaient avec comme de l'émerveillement dans les yeux. Et de la luxure pour les prétendants. Alors qu'il regardait en direction de ces derniers, son cœur fit un bond dans sa poitrine. Harry était bien là et ne le lâchait pas des yeux.
Enfin, Charlie s'avança.
« Amis, compagnons, voisins des meutes alliées. Nous vous avons conviés pour un événement exceptionnel. Notre meute met aujourd'hui en compétition son Oméga Prédare. Je vous rappelle que Draco, car c'est son nom, est comme mon fils. À ce titre, je surveillerai moi-même le bon déroulement des jeux. Comme il est de coutume, les volontaires devront passer devant moi, mon compagnon et notre Alpha afin de s'inscrire. Nous serons en droit de refuser une candidature si cela nous semble nécessaire. »
Charlie s'arrêta un instant. Il ouvrait la bouche pour reprendre son discours quand il fut interrompu par un homme dans la foule qui prit la parole. Draco le reconnu immédiatement, rien qu'à sa voix. C'était le délégué qui avait tant énervé Charlie chez eux, celui qui l'avait touché.
« Pourquoi les gardiens du Temple sont présents, Bêta ? Il s'agit d'un Oméga, non ? Alors pourquoi ce tatouage ? Pourquoi ce spectacle qui n'a rien à voir avec nos coutumes !? Quant à ton jeune Oméga, nul ici ne peut nier sa beauté, moi le premier. Mais il n'est pas pur... L'Oméga a déjà connu le mâle, il a été sali. Son intérêt est moindre. »
Draco eut l'impression d'avoir été giflé. Ses joues s'humidifièrent de nouveau alors que sa main était maintenue fermement dans celle d'Antinoüs. Il ressentit l'énorme vague de protestation, de colère, venant de sa meute, de Charlie et d'Ayase. Mais son âme souffrait. Le vieux mâle avait raison, pleurait Compagnon-Loup. Il n'était pas pur, il ne méritait sans doute pas d'avoir un compagnon.
« Non, non, Draco, ne pleure pas, » chuchota Antinoüs.
Le gardien ne put poursuivre car une deuxième ombre rouge s'avança à son tour afin de se placer aux côté de Charlie.
« Eh bien, Werwulf, que voici de sottes paroles... »
Sylvanus eut un petit rire alors qu'un grondement provenait du dominant offensé.
« Pourquoi nous sommes là ? Pourquoi Draco porte le tatouage des Monoïques sur sa peau ? Parce que nous sommes Monoïques, tout comme lui. »
Sylvanus éleva la voix.
« Que personne ici n'oublie ce que je dis ! Werwulfs ! Nous acceptons votre mise en jeu parce que notre frère a été arraché et contaminé par l'un des vôtres ! Il a été martyrisé ! Mais le Temple n'oublie pas ! Le Temple n'abandonne pas ! Draco est un enfant des Sylphes, notre présence ici n'est pas une simple tolérance que votre race nous accorde ! Draco relève du Temple ! Que ceux qui ne sont pas prêts à accepter ce fait se retirent de la compétition car celui qui le remportera devra signer avec nous, Monoïques, le contrat d'engagement. »
Le ton devint mordant, dur.
« N'espérez pas une seule minute que nous plaisantons sur ce point. Cet enfant est né Monoïque, il vivra certes comme un Oméga, mais le regard du Temple sera toujours sur lui. Et si vous ne le respectez pas en tant qu'enfant de l'Air, vous en répondrez devant la Cour Impériale. »
« Tu oses nous menacer, humain ? » cria le Werwulf en colère.
« Oui, j'ose ! Et toi, Werwulf, ne sous-estime pas notre pouvoir et notre légitimité ou il t'en cuira ! Tant à toi qu'à celui de ta meute qui souhaite mettre mon frère dans sa couche. Si Draco ne vous convient pas, alors allez-vous-en ! Si l'un de vous voulait un Monoïque dans son lit, il ne serait pas pur, comme tu le dis, non plus. La pureté d'un Monoïque n'est pas dans son corps mais dans son cœur ! De plus, si cet enfant n'est plus pur c'est à cause de la barbarie d'un Werwulf, ne l'oublie pas plus. Alors encore une parole méprisante envers mon novice, Werwulf, et je n'hésiterai pas à poser mon droit de veto à chaque membre de ta meute qui souhaiterait monter sur cette estrade. »
De nouveau le silence se fit, bien que perturbé par des grognements qui s'élevaient de la foule ainsi que du stand des prétendants.
« Gideon, tu acceptes cette ingérence dans ta meute ? » demanda le vieux Werwulf.
« Il s'avère, Tiberius, que Draco n'est pas un né Oméga mais un né Monoïque. Quand bien même il appartient à ma meute, les Monoïques ont également un certain droit de regard sur mon louveteau. Mais je suis bien certain que nos deux espèces arriveront à s'entendre sans heurt, n'est-ce pas ? Les Monoïques sont ici, Draco est présenté à nos mâles selon leurs coutumes, mais les jeux se dérouleront selon les nôtres, » affirma Gideon.
Chacun put sentir l'avertissement dans la voix de l'Alpha, tant envers les siens qu'envers les Monoïques. Néanmoins, cela ne sembla pas gêner outre mesure ces derniers.
« Cela va sans dire, » répondit d'une voix légère Sylvanus. « Il serait tellement regrettable que les enfants issus de la malédiction de l'Air et de la Terre ne se déchirent. Nous vallons mieux que cela, c'est certain. »
Draco regardait tour à tour la foule, les prétendants, son Alpha, Charlie, mais surtout ses frères Monoïques. La peur était encore bien présente dans son cœur, mais il savait néanmoins que sans eux, ce serait de la terreur pure. Sans aucun doute, il aurait paniqué, aurait cherché à s'enfuir, à se cacher au sommet d'un arbre ou dans un terrier abandonné.
« Que les Prétendants se fassent connaître ! » s'écria Gabriel de sa voix forte.
Le petit Oméga sursauta. Sa main se crispa sur celle d'Antinoüs, qui ne l'avait toujours pas lâchée.
« Ça va aller, Draco, ça va aller. »
« J'ai peur, Antinoüs, j'ai si peur... » murmura-t-il.
De nouveau, ses yeux se remplirent de larmes qu'il combattit. Les dés étaient jetés. Le pire était que des sentiments bien différents bataillaient les uns contre les autres. Compagnon-Loup avait hâte, il voulait voir qui étaient les mâles qui se battraient pour lui. Petit-Homme était terrifié à l'idée que l'un de ces mâles devienne son compagnon, qu'il soit violent, qu'il l'oblige aux accouplements. Draco avait peur que trop de mâles ne se battent, mais ne voulait pas non plus que ces derniers le rejettent, le jugent indésirable, trop impur pour eux. Il n'y avait qu'un seul point qui faisait l'unanimité : tout son être voulait que Harry se manifeste et qu'il gagne la compétition.
Dans le stand, les dominants bougèrent et commencèrent à se battre pour monter sur l'estrade.
« Calmez-vous ! » ordonna Charlie. « Nous allons procéder par meute. Chacun devra nous donner son nom, son âge et la raison qui le pousse à réclamer l'Oméga. En quelques mots, nous n'avons pas trop de temps à accorder à chacun de vous aujourd'hui. Ceux qui seront présélectionnés iront ensuite un par un dans la tente des Monoïques et pourront discuter plus longuement avec Draco. »
« Viens, Draco, » chuchota Antinoüs en le poussant légèrement vers la tente.
« Les mâles ne vont pas venir me voir ici ? »
« Non, ils sont trop nombreux et c'est à la meute que revient le droit de faire un premier tri parmi eux. Tu vas les attendre dans la tente et ils viendront un à un, ce sera bien mieux. »
Draco acquiesça, visiblement rassuré. Au moins, ici, dans la tente, il était protégé du regard de la foule. Mieux, il ne verrait les mâles que un par un et sous la surveillance de ses frères. Tous les Monoïques retournèrent donc sous la toile rouge sang, y compris Ayase. Draco soupira de soulagement une fois le pan de tissu rabattu.
« Allez, va donc dans le renfort, là-bas, » ordonna Gabriel. « Il y a des tapis, des coussins, deux fauteuils et des nattes confortables. »
« Des... des nattes ? » s'étrangla Draco.
« Rassure-toi, Draco, ce n'est pas comme une Présentation classique, les dominants ne s'accoupleront pas avec toi. »
« Et quand bien même, » protesta Gabriel. « Ce n'est pas si différent ! Les prétendants n'ont pas le droit d'exiger quoi que ce soit durant une Présentation ! Draco, écoute-moi, mon garçon : aucun Monoïque n'est tenu à avoir des relations s'il ne le désire pas. Ni lors d'une Présentation, ni au Temple, ni jamais. Jamais, tu comprends ? »
Le garçon fronça ses sourcils clairs.
« Jamais... même après une union ? »
« Exactement, même après une union. »
« Ayase, c'est vrai ? » s'exclama Draco. « Est-ce que ça veut dire que j'aurai le droit de refuser de m'accoupler avec mon compagnon ? »
« Attention, Draco, ce que dit Gabriel est juste, à quelques précisions près, » rectifia l'Oméga, faisant se ternir les yeux clairs. « Tu es un Oméga, malgré tout. Ce qui veut dire que lors de ta cérémonie d'union avec ton compagnon Lycanthrope, tu devras avoir une relation intime avec lui. De même, ton mâle voudra une descendance. C'est l'une des raisons qui font que les hommes qui aiment les hommes veulent s'unir avec nous, que nous soyons Oméga ou Monoïque de naissance. N'oublie pas non plus que ton compagnon devra signer le contrat d'engagement du Temple, comme tous ceux qui se marient avec l'un de nous. Or, si ce contrat le lie, toi aussi, Draco, tu es lié. Tu te souviens de ce que doit accomplir chaque Monoïque, ce qui nous a été imposé lors du traité gérant notre liberté. »
Draco hocha la tête.
« Je dois fournir un héritier à mon époux. »
« Oui, tu le dois. Et il n'y a pas d'autre solution pour le faire que de s'accoupler. »
Draco hocha encore une fois la tête, misérablement.
« Draco, ce n'est plus le Monoïque qui te parle, mais l'Oméga. Je sais que tu as encore peur des Werwulfs, des dominants. Mais rappelle-toi ce que d'autres hommes peuvent faire avec leur corps, rappelle-toi ton initiation ou ton séjour au Temple. Ton compagnon ne sera pas différent de nous, j'en suis certain. Il prendra soin de toi. Et quant à toi, mon frère, ton loup voudra s'accoupler avec son mâle. Il le voudra. Tout se passera bien, Draco. »
Draco haussa les épaules, les yeux rivés au sol.
« Ça ne va pas, petit ? »
« Maître Gabriel, » fit Draco en redressant la tête. « Allez-vous rester ici jusqu'au bout ? Vous tous ? »
« Oui. »
Draco renifla, puis, il se jeta dans les bras d'Ayase.
« Oh, Aya', je voudrais tellement avoir le choix ! Je voudrais tellement que ce soit Harry mon compagnon ! »
« Garde espoir, Draco, garde espoir. »
De nouveau, le temps s'écoula lentement pour les hommes sous la tente. Heureusement, il y avait provision de nourriture et d'eau claire. Les gardiens avaient enlevé les tissus qui recouvraient leur visage tant la chaleur commençait à se faire sentir.
« Ils arrivent ! » les avertit soudainement Ayase.
Aussitôt, chacun replaça sa protection carmine et Draco se redressa. Gideon, Charlie et un homme inconnu avançaient vers eux.
« Draco, tu vas rencontrer les mâles intéressés issus de la meute des Grandes Rocheuses. Voici le premier : Andrew Kirke. »
Le jeune Oméga déglutit péniblement tandis que le dominant s'approchait de lui, sourire aux lèvres.
« Bonjour, Oméga. »
« Draco, » grogna Gabriel.
Ce dernier était redressé, les jambes droites et raides, et tenait entre ses mains le bâton du gong, maintenu debout sur le sol. Il jouait véritablement son rôle de gardien.
Andrew grogna un peu mais se reprit.
« Oui, je voulais dire, Draco. Je suis très heureux de te rencontrer. Tu es aussi magnifique que la rumeur le disait. Quant à ton odeur, elle est divine. »
« Merci... » balbutia le garçon.
« On pourrait peut-être s'asseoir, non ? » proposa le jeune dominant.
Draco étudia le visage de l'homme. Il était toujours souriant et ne semblait pas agressif pour deux sous. L'Oméga huma l'air. Il sentait l'odeur d'un dominant, c'était certain, il était d'ailleurs en train d'en jouer pour le rassurer, le séduire. Draco pencha de façon presque imperceptible la tête de côté, en pleine réflexion. Ses cheveux roulèrent sur son épaule, faisant bouger le regard du Lycanthrope vers les mèches blondes. Quand il revint sur lui, Draco sentit l'ombre d'un sourire germer sur ses propres lèvres.
« Oui, je veux bien, » dit-il d'une voix douce en tendant la main vers le mâle qui s'en saisit.
Ils allèrent s'installer sur la natte, pour discuter sous le regard des trois gardiens positionnés à côté d'eux.
Le défilé des prétendants commença, avec des bonnes et des moins bonnes rencontres. La majorité des mâles restaient courtois, cherchaient à discuter un peu afin de connaître l'Oméga. Mais d'autres ne s'embarrassaient pas de ce genre de détail. Ils se contentaient de deux ou trois questions et de le dévorer du regard. Ceux-là mettaient Draco mal à l'aise, surtout qu'il savait aussi qu'ils cherchaient à respirer son odeur, qu'ils s'en délectaient.
L'un des moments les plus éprouvants fut lors de l'entrée dans la tente d'un jeune homme au corps massif et aux cheveux blonds et drus. Ce ne fut pas tant le mâle en question qui fit frémir Draco, plutôt le fait qu'il était accompagné du fameux Tiberius.
« Cormac Mclaggen, de la meute Garval, » annonça Charlie.
« Pourquoi deux hommes ? Surtout toi, vieillard ? » demanda aussitôt Antinoüs.
« Cormac est mon neveu ! » s'écria Tiberus.
Ayase se pencha vers Draco.
« C'est une meute plutôt petite et assez familiale. Ils sont semi-nomades. L'Alpha est un Ogden, comme Tiberius. »
« Et alors ? » poursuivit Antinoüs.
« Alors, en tant que parent et délégué de ma meute, je suis en droit de l'assister ! »
« Oh non, sûrement pas. Le prétendant doit être seul. S'il n'est pas capable de se présenter à notre frère sans aide, il n'en est pas digne. Qu'en penses-tu, Charlie ? Est-ce digne pour un de vos dominants de revendiquer un Oméga en étant accompagné ? »
« Non plus, » répondit Charlie avec un sourire moqueur.
« Tonton, dégage, » lança alors Cormac.
« Quoi ? » s'offusqua le vieil homme.
« J'ai dit, dégage, il est hors de question que je ne gagne pas cette compétition, et encore moins par ta faute. »
Tiberius rougit de colère, néanmoins, après avoir jeté plusieurs regards assassins aux autres personnes présentes, Draco y compris, il se retourna d'un geste rageur.
« Tâche quand même de vérifier si ce soumis en vaut la peine ! Il m'a l'air bien petit et malingre, sans compter qu'il a déjà été engrossé et n'a pas été capable de mener sa grossesse à terme ! »
Draco ferma les yeux sous les paroles venimeuses alors que les gardiens, Ayase et Charlie se tendaient.
Tiberius sortit, laissant son neveu seul. Ce dernier s'avança d'un pas décidé vers Draco. Sans lui demander son avis, il l'attrapa par les poignets et l'attira vers lui afin de lui humer intensément le cou.
« Tu sens très bon, Oméga. »
« Draco, » grogna Gabriel.
Cormac haussa une épaule tout en continuant son inspection de son nez et de ses mains qu'il faisait courir sur le corps du jeune homme. Draco se crispa, supportant difficilement ces attouchements qui lui faisaient vraiment penser à un fermier palpant une bête avant de l'acheter.
« Tu sens bon, » constata Cormac une nouvelle fois.
Il se mit à genoux, le nez sur le nombril du garçon, ses mains sur ses fesses. Draco sursauta, chercha à s'éloigner mais l'homme le retint de ses mains.
« Bouge pas ! » ordonna-t-il.
« Respect, » grogna Gabriel, qui contrairement aux autres gardiens qui s'étaient assis, était lui toujours debout aux côté de Draco, ses mains posées sur le bâton du gong.
Cormac ne répondit pas, il se contenta de faire tourner Draco et de lui renifler le derrière.
« Non ! » cria Draco alors que les mains du Lycanthrope cherchaient à se faufiler sous la tunique.
Il n'eut pas le temps de réagir plus qu'il se sentit repoussé en arrière par une masse rouge et atterrit directement dans les bras d'Ayase. Il se retourna pour apercevoir Gabriel, les jambes solidement ancrées au sol. Il avait dégainé l'arme en acier cachée dans son fourreau de bois qui servait de bâton. L'arme n'était pas tranchante comme une épée, la lame était ronde, brillante et pourtant dangereuse. En cet instant, elle était placée sous la gorge du dominant qui grondait, les yeux fixés dans ceux du Monoïque.
« Un mouvement de plus, Werwulf, et je te broie la trachée, » menaça Gabriel.
« Tu penses pouvoir me vaincre, gardien ? Je suis un Lycanthrope, je suis un dominant, je suis fort, tu es faible. »
« Et moi je suis armé. Quant à ma force, elle pourrait t'étonner. »
Comme pour accentuer ses dires, Gabriel releva son arme et poussa un peu plus le mâle vers l'arrière.
« Je pourrais te déchiqueter la gorge, te mordre et te transformer. Tu es un Monoïque, je le sens. Et alors tu deviendrais un Oméga, toi aussi, un être faible, ridicule qui ne peut vivre sans la force d'un dominant à ses côtés, » se moqua alors Cormac.
« Bouge encore un seul muscle et on verra qui de nous deux sera ridicule. »
« Cela suffit ! » cria Charlie en pénétrant dans la tente carmine.
Il lança un regard à Draco et Ayase. Le plus jeune comprit que d'une façon ou d'une autre, Charlie avait senti que son compagnon et son fils adoptif avaient besoin d'aide. En cet instant, il bénit les appels silencieux de leurs phéromones si particulières.
« Que se passe-t-il ici ? » grogna le Bêta d'un ton menaçant.
« Cet homme est fou ! » lança aussitôt Cormac en se redressant tandis que Gabriel enlevait sa hampe d'acier de sous la gorge du Lycanthrope.
Néanmoins, il ne la replaça pas dans son fourreau de bois.
« Non, mais toi, petit garçon, tu mériterais une bonne leçon pour manquer ainsi de respect à un Monoïque. »
Le regard de Charlie fondit sur Cormac qui haussa les épaules avec un air narquois sur le visage.
« Je ne fais que contrôler la bonne santé de l'Oméga. »
« En lui tâtant les fesses alors qu'il est clair qu'il ne le veut pas ? »
« C'est une façon de faire comme les autres. Les soumis savent que nous pouvons le faire ! » se défendit Cormac.
« McLaggen, ne manque plus de respect à Draco. Les gardiens ici sont chargés de veiller à sa sécurité et à sa vertu. S'ils estiment que tu dépasses les limites, tu auras affaire à notre Alpha. »
La voix de Charlie claqua comme une sentence. Draco en soupira de soulagement, Cormac se contenta de hausser une nouvelle fois ses épaules. Il s'avança de nouveau vers Draco et recommença à le palper, avec plus de douceur toutefois.
« Pas là, » murmura Draco en posant ses mains sur le devant de sa tunique, anticipant le geste de Cormac qui descendait vers elle.
Le garçon grogna, son odeur se fit plus forte, son aura de dominance envahit l'espace. Draco ferma les yeux, ses mains tremblèrent. Les autres Monoïques ne pouvaient pas sentir ce qu'il faisait, ils n'étaient pas Oméga.
« Ne joue pas à ça, Cormac, » fit alors Ayase.
Draco rouvrit ses yeux. Ayase était là, lui aussi, il partageait avec lui sa nature Oméga. Le jeune dominant se mit à rire.
« Je suis très satisfait de constater que mon aura à un tel impact ! Cela ne m'étonne pas, je suis très fort, Oméga, très... »
« Draco ! » s'exclama Gabriel.
« Oui, oui, Draco, si vous voulez, » éluda Cormac avec un geste de la main. « Je suis donc très fort, et puissant. Je saurai te maîtriser, Omé... Draco, te rassurer. Tu seras bien avec moi. Même si tu es petit et frêle, tu es très appétissant, ton odeur est divine. Tu seras un très bon soumis, j'en suis persuadé, qui saura me satisfaire. J'ai juste un doute et pour cela, malgré ce que vous en pensez, gardiens, je dois le toucher un peu plus intimement. »
« Non ! » cria Draco.
Il se recula de nouveau et se rapprocha instinctivement de Gabriel qui se plaça de suite entre lui et le dominant.
« Non, » répéta-t-il.
Cormac sembla pour le moins contrarié. Ses pommettes rougirent, ses sourcils se froncèrent.
« Bon... Alors dans ce cas, j'exige de pouvoir au moins le sentir. C'est un minimum ! Si vous refusez, je demanderai à l'Alpha de nous départager. Comment voulez-vous que je puisse postuler si je ne peux faire toutes les vérifications nécessaires ? »
« Que veux-tu savoir, McLaggen ? » intervint Ayase.
« Je veux savoir si l'Oméga est mûr, s'il est prêt et capable de m'assurer une descendance. Nous savons qu'il a été transformé trop tôt, accouplé encore plus tôt au regard de sa nature et qu'il a perdu un louveteau. »
Draco baissa les yeux. Son cœur saigna. À chaque fois que l'on évoquait cette partie de sa vie, la terrible perte de son bébé, Compagnon-Loup était désespéré.
Le silence se fit, puis Ayase poussa un lourd soupir.
« Bandez-lui les yeux, » abdiqua-t-il.
« Pourquoi ? » protesta aussitôt Cormac.
« Parce qu'il est hors de question que tu vois le tatouage dans son entièreté. C'est un privilège accordé aux époux, pas aux amants, et encore moins aux simples prétendants, » cassa Gabriel.
Antinoüs et Sylvanus se levèrent. Ce dernier se plaça derrière le dominant, lui banda les yeux avec un tissu carmin épais. Antinoüs, lui, vint devant Draco et lui dégrafa sa tunique qu'il plia ensuite avec soin.
« N'aie pas peur, frère, nous veillons, » chuchota-t-il au garçon.
Draco ne répondit pas, il ferma les yeux alors que Cormac posait son nez sur lui. Il le renifla longuement. Sa main voulut se porter sur sa peau nue mais un coup sec de l'arme de Gabriel arrêta son geste. Il grogna férocement, faisant trembler Draco, mais ne recommença pas.
Le jeune Oméga subissait sans rien dire, sans bouger. Il se souvint subitement de Daniel quand il l'avait, en quelque sorte, examiné une nuit. Et lui avait offert un orgasme, le seul qu'il avait eu durant toute la période maudite qu'il avait passée au sein de cette meute.
Enfin, le mâle se redressa, Antinoüs remit la tunique à Draco et Sylvanus enleva le bandeau rouge.
« Bon... ça devrait le faire. Il était sous-alimenté quand il a perdu le louveteau, c'est bien cela ? »
« Oui, » répondit Ayase après quelques secondes.
Il avait jeté un rapide coup d'œil à Draco et constaté qu'il ne pouvait pas répondre, visiblement.
« Et il était plutôt maltraité, c'est cela ? »
Draco eut un sanglot amer. Sylvanus s'approcha de lui, le prit avec gentillesse dans ses bras pour le consoler.
« C'est une évidence, » rétorqua Ayase avec une pointe de mépris dans la voix.
« Okay, » fit Cormac. « Bon, avec un peu de soin, il devrait pouvoir y arriver. Et puis, je ne m'inquiète pas trop, mes louveteaux seront forcément solides, eux aussi ! Tu verras, Oméga, tu me donneras de beaux bébés ! »
Là-dessus, il fit un large sourire et se détourna d'eux afin de passer sous le pan de toile.
« Draco, abruti, il s'appelle Draco ! » cria Gabriel alors que le tissu carmin retombait derrière le Lycanthrope.
« Ça va, Draco ? » s'inquiéta Sylvanus.
« Par nos ancêtres, ces Lycanthropes sont des sauvages ! » s'offusqua Antinoüs.
« Pas tous, » répondit de sa voix douce Ayase qui s'était approché pour prendre lui aussi le plus jeune Oméga dans ses bras.
« Ayase, j'en ai assez, pourquoi cela ne s'arrête pas ? Pourquoi je ne vois pas ceux de ma meute ? » gémit Draco.
« Ils passeront en dernier, c'est la coutume. Cela ne devrait plus tarder d'ailleurs. »
La tente s'ouvrit sur ces paroles, révélant Charlie accompagné de Ritchie.
« Regarde, Draco, qu'est-ce que je te disais ? » sourit Ayase.
« Draco ? Ça ne va pas ? » fit Ritchie.
Le petit soumis s'extirpa des bras de ses frères Monoïques, et à la surprise de Charlie et de Ritchie lui-même, il alla se réfugier dans les bras du dominant blond.
« Ritchie, je suis fatigué, » pleurnicha Draco en fourrant son nez dans son cou.
Ritchie fronça les sourcils, ses bras se refermèrent dans le dos de Draco.
« Je suis désolé, p'tit loup. Je crois que Harry et Olivier avaient raison, après tout. Je n'aurais pas dû te réclamer tout de suite... Mais tu nous appelais si fort, je n'ai pas pu résister. Allez calme-toi. Est-ce que ce grand crétin de McLaggen a fait quelque chose de mal, Draco ? Tu trembles, mon p'tit loup. »
Draco leva des yeux perdus vers Ritchie. C'était la première fois qu'il lui parlait autant et aussi gentiment, l'appelant même par le surnom que lui donnait souvent toute leur petite bande d'amis. Compagnon-Loup se mit à gémir de contentement, vite rejoint par le garçon qui s'empressa de donner des petits coups de langue dans le cou du jeune homme.
« Draco, il t'a blessé ? » grogna Ritchie, son aura devenant un peu plus menaçante.
« Il a dit des choses terribles, » se plaignit Draco. « Et il m'a tripoté alors que je ne voulais pas. Ritchie, je ne l'aime pas ! »
« Je lui ferai payer, d'accord ?
« Oui, oui ! » continua de geindre Draco en se frottant contre le dominant.
Ce dernier l'entraîna sur la natte où ils s'assirent, comme lors du solstice, Draco pelotonné entre ses jambes et contre son torse.
Antinoüs s'approcha d'Ayase qui, lui, avait rejoint Charlie devant le pan de l'ouverture de la tente.
« Aya', c'est normal ce comportement ? » s'étonna-t-il.
« Oui, totalement. C'est un Lycanthrope, mon frère. »
Antinoüs jeta un coup d'œil à Draco qui continuait à se plaindre en poussant des gémissements à la fois humains et canins alors que le dominant lui caressait les cheveux, sans mot dire. Puis ses yeux bleus revinrent sur Ayase, maintenant dans les bras de Charlie.
« Toi aussi. »
« Oui, moi aussi. »
« Et... tu réagis ainsi ? »
Ayase eut un petit sourire.
« Oui, parfois. »
Antinoüs lui rendit son sourire, bien qu'emprunt d'une légère tristesse.
« J'ai choisi cette vie, contrairement à Draco, » affirma Ayase. « Je sais que tu ne l'aurais pas voulu pour toi, Anti', mais j'aime ma vie. »
« Et Draco ? » fit de nouveau le Monoïque.
« Il l'aimera aussi, » affirma Ayase.
Ritchie finit par se lever, remplacé par Olivier. Draco fit avec le dominant brun comme il avait fait avec le blond. Tous constatèrent qu'il cherchait plus encore les câlins et caresses d'Olivier, alors qu'il se calmait véritablement dans ses bras.
Olivier finit pas partir, lui aussi, après un baiser sur la joue glabre de l'Oméga qui lui fit un grand sourire.
Quand il sortit de la tente, tous purent voir Draco devenir fébrile, ses doigts s'entremêlaient avec nervosité alors qu'il ne cessait de scruter le pan en toile.
« Ayase, il va finir ? Il va venir ? N'est-ce pas ? » demanda enfin le garçon alors que le temps s'étirait. « Il ne va pas m'abandonner ? »
Le désespoir était palpable dans la voix juvénile. Néanmoins, Ayase n'eut pas le temps de répondre que la tente s'ouvrait une dernière fois, révélant un jeune homme aux cheveux noirs impossibles.
« Harry ! » cria Draco.
Puis sans attendre il courut, se jeta dans les bras du dominant et écrasa ses lèvres sur les siennes.
… … …
À suivre
… … …
