Bêta : Nanola
NDA : Tout d'abord, MERCI ! Cette fiction a dépassé les mille reviews, je sais pas quoi dire tellement je suis émue. Merci de me lire, de commenter et de simplement aimer cette histoire :)
Merci aussi à tous ceux qui ont pensé à moi, je vais beaucoup mieux et j'avoue que lire tous vos messages cette semaine ça m'a mis du baume au cœur, à défaut de faire que j'ai moins mal ^^"
Eh bien sûr, un gros bisous à ma petite fiancée ;) et aussi, bonne lecture !
Chapitre 35
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Sauve-moi !
Cher Sirius,
Je fais suite à ton dernier courrier et m'excuse par avance du délai de réponse ainsi que de la brièveté de ma lettre.
Malheureusement, les nouvelles ici sont plutôt mitigées. Même si tout le monde va bien (Dora grossit de jour en jour mais il ne faut surtout pas lui dire !) la nature lupine de Draco l'a emporté et sa compétition a été lancée.
Elle vient de débuter et ici, c'est l'effervescence. Je ne manquerai pas de vous tenir informés de la suite et surtout, du compagnon qui lui sera choisi. Nous tous, de la meute, espérons qu'il s'agira de Harry. Draco ne pense et ne voit que lui. Quant à notre Parvis Alpha, il en est de même. Je ne sais pas comment ils réagiraient, l'un comme l'autre, si ce n'était pas le cas. Pour être très franc, je crains le pire et ne suis pas le seul, si Harry ne le remporte pas.
Tu comprendras aisément que dans ces conditions, je n'ai pas voulu lui dire ce dont tu m'as informé au sujet de sa mère. Je crains qu'apprendre son décès ne soit insupportable pour lui actuellement.
Je t'embrasse et te promets de te donner rapidement d'autres nouvelles.
Remus.
… … …
« Comment est-ce que c'est possible ?! Comment a-t-il pu franchir la limite ?! »
« Personne n'aurait pu prévoir qu'il allait se jeter en plein milieux des combats, Alpha. »
« Vraiment, Charlie ? Pourtant votre façon de faire est si douce, si respectueuse, on se demande vraiment pourquoi, en effet, mon frère a agi de la sorte ! »
« Gabriel, par pitié, le sarcasme n'aidera personne ce soir. »
Autour de la table de la cuisine de Charlie, les cinq Werwulfs juges de la compétition, Charlie, Ayase, Sylvanus et Gabriel se faisaient face, tous plus nerveux les uns que les autres.
« C'est une grande première, Gideon. Les compétitions de ce style sont forts rares, tout le monde ici le sait. Mais jamais, au grand jamais, je n'ai entendu dire qu'auparavant dans notre histoire, un Oméga s'était ainsi lancé dans la lutte ! Pour défendre un mâle ! » fit l'un des juges, un vieil homme aux cheveux neigeux et aux yeux pâles.
« Draco n'est pas un simple Oméga ! C'est avant tout un Monoïque ! »
« Gabriel, je t'en conjure, calme-toi ! »
« Maître, je comprends ta position, qui mieux que moi ici peut vous comprendre, tous, et plus encore Draco ! » s'exclama Ayase.
Il se passa une main nerveuse dans ses cheveux bouclés.
« Draco a agi de façon totalement inconsidérée, je suis d'accord, dangereuse pour lui et les combattants, c'est l'entière vérité. Mais en dehors même de la préférence affichée qu'il présente pour Harry, le fait que les mâles fassent des alliances contre lui, le mettant forcément à un moment donné en infériorité, le révoltait avant même qu'il n'intervienne. Je pense sincèrement que c'est pour cela qu'il a voulu protéger Harry. »
« Ce n'est pas le rôle d'un Oméga, et encore moins d'un Oméga non uni de protéger un homme. C'est celui de son dominant, » fit remarquer un autre juge.
« Oh, je le sais. Néanmoins, permettez-moi de vous dire que j'aurais agi de la même façon que lui pour défendre Charlie s'il s'était trouvé dans un guet-apens, tout Oméga que je suis, » sourit Ayase.
« Je suis ton compagnon, Ayase, Harry n'est pas celui de Draco, » dit doucement Charlie en remettant avec tendresse une mèche brune derrière l'oreille de son amant.
L'Oméga se recula dans les bras du Bêta et frotta son nez dans son cou. Il était fatigué, si fatigué. Les émotions qu'il percevait sans cesse, la tension, tout ceci influait sur sa nature douce et empathique. Il soupira, profitant d'un instant de douceur et de soutien si bienvenu.
Les autres hommes le regardèrent faire, les Lycanthropes ressentant son besoin de paix, de tranquillité, ainsi que son inquiétude. De la même façon, l'aura d'Ayase glissa sur eux, les apaisant eux aussi légèrement.
« Comment vont les prétendants ? » demanda Charlie qui avait pris son compagnon contre lui et le berçait lentement.
« Ils sont un peu choqués. Surtout Hagrid. Il a eu peur d'avoir blessé l'Oméga. S'agissant de leurs blessures, elles sont sous contrôle et ne sont pas trop importantes. Nous pensons que les quatre derniers combattants pourront participer demain. À savoir donc Hagrid, Potter, Vargr et Grímr. Il ne devra n'en rester que trois pour le combat final de demain soir, » déclara Gideon.
Les autres juges acquiescèrent en silence.
« Et pour Draco ? » continua l'Alpha.
« Il est lui aussi très choqué, » les informa Sylvanus. « Antinoüs garde son chevet. Nous lui avons donné une potion afin de le calmer. Il n'est pas blessé, du moins, ne l'est plus. Votre nature a réellement des capacités de guérison prodigieuses. »
« Bien... Demain matin, nous nous entretiendrons avec les dominants. Ensuite, il y aura un jeu de lutte humaine et une course de fond, sur quinze kilomètres. Toujours sous forme humaine. Draco pourra, s'il le souhaite, regarder la lutte et l'arrivée de la course. Le combat lupin final aura lieu vers dix-huit heures. Par contre, j'interdis à Draco de rentrer en contact avec ses prétendants. Ils auront besoin de repos l'après-midi de toute façon. Quant au combat du soir, je refuse qu'il soit présent. »
« Pourquoi ? » s'offusqua Ayase en redressant son visage qu'il avait gardé enfoui dans le cou de Charlie.
« Avec ce qui s'est passé ce soir ? Je ne préfère prendre aucun risque. C'est autant pour le protéger lui que les participants, Ayase, » décréta Gideon. « Ce combat sera de courte durée, quoi qu'il en soit. Ensuite, chacun devra regagner ses quartiers ou demeure et ne pas en sortir. C'est un ordre pour tout Lycanthrope présent sur le territoire de ma meute. Nous viendrons ici, afin de tenir conciliabule sur la décision et la désignation du vainqueur. Je rappelle à ce titre que bien que chacun sera écouté, y compris Draco, » Gideon lança un regard noir à Gabriel en insistant sur le prénom de l'Oméga, « je suis le seul à décider au final du compagnon de l'Oméga de ma meute. »
Gabriel grogna, mais la main de Sylvanus sur son bras retint le Monoïque de s'exprimer plus encore. Gideon se leva, faisant faire de même aux autres juges.
« À demain. »
Quand il ne resta plus que le couple et les Monoïques, Sylvanus se décida à reprendre la parole.
« Bien. Ayase, nous allons dormir dans ta tente. Dis à Antinoüs que nous l'attendons. »
« Oui, Maître, » répondit Ayase en s'extirpant à regret des bras de Charlie.
Il gravit d'un pas lourd les escaliers en bois et pénétra dans la chambre de Draco, plongée dans la pénombre.
« Comment va-t-il ? » chuchota-t-il à Antinoüs qui s'était redressé du lit en voyant la porte s'ouvrir.
« Il dort. »
Le regard du Monoïque passa du lit où dormait le garçon à son ami dont les traits étaient tirés.
« Dur temps pour les Omégas, n'est-ce-pas ? » murmura-t-il à son tour.
Ayase hocha la tête. Antinoüs s'approcha de lui, le prit dans ses bras et lui embrassa avec délicatesse la tempe.
« Tu devrais te reposer, mon frère. Ton époux se doit de prendre soin de toi cette nuit. »
Ayase serra le corps de son ami plus fort contre le sien, sa tête reposant sur l'épaule voisine.
« Antinoüs, je crains pour la suite. »
« Non, nous sommes là, mon frère. Je pense que cette nuit une visite au Temple s'impose, voire peut-être même à Traverse. Mais cela n'est pas de ta préoccupation. Laisse-nous nous occuper de tout. Tu es Oméga désormais, je ne veux en aucun cas que tu ais le moindre souci avec ta meute, d'accord ? »
Antinoüs prit avec douceur le visage d'Ayase en coupe et lui releva la tête. Ses pouces caressèrent un bref instant les joues faites de soie, puis ses lèvres vinrent se poser tendrement sur celles pleines et sèches de l'Oméga.
« Dors toi aussi, mon frère, mon merveilleux ami, mon ancien et magnifique amant. Dors, fais l'amour à ton mari, qu'il te donne du plaisir et de l'oubli. Tout se passera bien. »
Ayase sourit, d'un sourire las et épuisé. Puis les deux hommes sortirent de la pièce sans faire de bruit.
… … …
La clairière baignait dans la lumière du matin. Draco regardait avec inquiétude les mâles qui lui faisaient face. L'estrade avait été démontée la veille, avant le combat, il n'avait donc plus de hauteur face à eux. Il se rongea un ongle, sentant la désapprobation qui émanait de leur être. Tout du moins, de la part de certains d'entre eux. Vargr avait le regard sévère et son aura transpirait le désaccord. Draco aurait juré que s'il l'avait pu, le dominant l'aurait volontiers puni pour ce qu'il avait fait la veille. Le tout était de savoir quel genre de punition était capable de faire ce mâle-là en particulier et s'il se contenterait de remontrances verbales.
L'Oméga baissa les yeux, son regard clair tombant sans le vouloir sur les parties intimes des quatre dominants encore en lice, le faisant frissonner. Il ferma les yeux un instant et avala sa salive avec difficulté avant de reprendre son inspection sans qu'il ne puisse se contrôler.
Les cuisses de Grímr étaient encore marbrées des coups de la veille. Ce mâle ne résisterait sans doute pas aux épreuves de la matinée car il semblait véritablement épuisé. Draco ne s'attarda pas sur lui. Comme indépendamment de sa volonté, le corps de Vargr se présenta de nouveau face à lui. Sa peau était hâlée, plus que celle de Harry et ils partageaient la même couleur de cheveux. Les yeux du dominant étaient tout aussi sombres que ses cheveux, mais Draco ne les voyait pas pour le moment. Les muscles du ventre de l'homme se contractèrent, ses mains fermées en un poing se rejoignirent sur son pubis, montrant ainsi clairement à l'Oméga qu'il savait parfaitement ce qu'il étudiait.
Le garçon sentit ses joues rosir.
Pourquoi regardait-il le sexe de ces hommes ? Pourquoi ? Parce qu'il savait que bientôt, sans aucun doute le lendemain soir s'il avait tout compris, l'un d'eux pénétrerait son corps ? Voulait-il les voir, au repos, comme inoffensifs, avant qu'ils ne se tendent en une arme impudique et vicieuse ? Une arme comme celle qu'utilisaient ceux de la meute de Greyback, source d'une douleur sourde et pâle si le mâle était plutôt clément, violente et rougeoyante du désespoir s'il était brutal ?
Certainement.
Draco passa au mâle suivant, poursuivant son calvaire visuel sans s'accorder de pitié ou de sursis. Ce qu'il vit lui fit trembler les lèvres.
Le ventre de Rubeus était large, couvert de poils bruns et teintés de roux. L'homme était indéniablement poilu, épais et ne respirait pas la propreté selon Draco. Ce n'était pas à cela que pensait néanmoins le garçon présentement, mais plutôt à l'épaisseur et la grosseur de ce qui pendait entre les cuisses musculeuses. La détresse de Draco monta d'un cran. Même ainsi, en parfait repos, elle lui semblait énorme, autant que celles de certains mâles de son ancienne meute quand ils étaient en pleine excitation. Il ne put s'empêcher de se mordre la lèvre, retenant par la même un petit hoquet de désespoir de s'échapper. Jamais il ne pourrait s'accoupler avec ce mâle sans souffrir mille tortures ! Il lui semblait être si petit, si ridiculement fragile face à ce Werwulf ! Greyback lui-même était moins grand que lui, leur différence de taille moins importante à l'époque où il était devenu son...
Compagnon-Loup gémit dans sa tête, l'implorant de ne pas penser à ces abominations. Draco inspira lentement, son regard clair passa enfin au dernier mâle. Il connaissait déjà chaque parcelle de ce corps qu'il avait vu nu plus d'une fois qu'à son tour. Était-ce pour cette raison que le pénis reposant sur la toison noire et bouclée ne lui semblait pas menaçant ? Draco redressa lentement son visage, détaillant une fois encore le corps musclé et pourtant plutôt fin de Harry. Il avait des marques de morsures et de griffures sur son flanc et ses épaules. Pourtant, ce fut avec un sourire bienveillant et des yeux verts lumineux que le dominant le regardait. Cette vision réchauffa le cœur de Draco.
Harry.
Il voulait Harry.
Il aimait Harry ?
Ce sentiment doux, chaud, épais, qui glissait sur lui, c'était de l'amour ? Il ne savait pas, ne voulait pas vraiment savoir, pas encore. Tout ce qu'il savait, c'était que si ce n'était pas de l'amour, alors cela en était proche et qu'il pourrait aimer Harry. Harry était celui qu'il voulait aimer. Il en conçut un dégoût encore plus grand pour les trois autres hommes qui se dressaient entre eux comme autant d'obstacles.
L'un d'eux serait peut-être désigné pour être son compagnon le lendemain matin.
« Viens, Draco. »
La voix fatiguée d'Ayase, tout autant que sa main sur son épaule fit se reculer le jeune Oméga. Il ne dit rien, s'assit sur le sol mousseux entre les jambes de l'Oméga plus âgé et le plus près possible de Charlie. Gabriel et Antinoüs se tinrent debout, derrière la famille réunie. Depuis le réveil, Sylvanus ne semblait être nulle part.
Les autres spectateurs s'installèrent également, puis, après un long coup de sifflet d'un homme, les doigts dans sa bouche, les prétendants attaquèrent.
C'était de la lutte humaine. Elle semblait de ce fait moins impressionnante à Draco. Toutefois, il devint rapidement évident que les trois autres s'étaient ligués contre Harry. Du moins jusqu'à ce que Rubeus, d'un violent coup de poing, n'assomme purement et simplement Grímr, surprenant Vargr au passage.
Draco reprit un vague espoir. Si chacun jouait en solo, alors Harry avait une chance d'en réchapper. D'autant que le futur Alpha de la meute était d'une rapidité impressionnante. Rusé, vif, il glissait comme une anguille, échappait aux terribles mains fortes et pourtant maladroites du demi-géant ou de celles habiles du soldat. Régulièrement, il réussissait à leur mettre un coup de poing ou de pied.
Ce combat était minuté, tout comme le serait celui du soir auquel il était exclu. Draco était en parti déçu de cette exclusion. En parti seulement car la simple idée de voir Harry se faire massacrer lui donnait une atroce envie de vomir. Par contre, le fait que la joute se fasse en un temps donné assez court lui donnait là encore de l'espoir.
Harry avait une chance de tenir.
Il leva son visage vers le profil tendu de Charlie. Ce dernier n'avait d'yeux que pour Harry, lui aussi. Draco se mordilla nerveusement un second ongle. Charlie avait raison. Il ne suffirait pas à Harry de simplement tenir. Pour que l'Alpha lui accorde son propre fils, il fallait que ce dernier gagne la compétition, à défaut du combat du soir.
Les perles grises se reportèrent donc sur la lutte qu'avaient engagée les trois mâles. Les cris des spectateurs arrivèrent à percer le nuage d'inquiétude de Draco. Il réalisa alors que la grosse majorité encourageait Harry. Il s'obligea à étudier avec attention les Lycanthropes. Certes, sa meute était venue en masse, il était donc logique qu'elle encourage son représentant et Parvis Alpha. Mais il n'y avait pas qu'eux. Les membres des autres meutes présentes, les anciens prétendants, lui semblaient être eux aussi en majorité pour le jeune homme.
Draco leva cette fois le nez vers Ayase dont les yeux noisette d'ordinaire si gais et pleins de vie reflétaient désormais une grande fatigue.
« Aya', tous ces encouragements pour Harry, c'est bon signe, n'est-ce pas ? » souffla-t-il.
Ayase lui offrit un fin sourire et lui embrassa le front.
« Oui, Draco. »
Le cœur gonflé d'une nouvelle dose d'espoir, Draco retourna à la vision du combat. Les coups pleuvaient, faisant gémir l'Oméga à chaque fois qu'ils atteignaient Harry. Vargr réussit à un moment à se jeter sur le jeune homme, le fit rouler dans la poussière. Draco poussa un cri alors que la poigne de Charlie se refermait sur lui, lui interdisant de se lever.
Harry se débattait, il fit un mouvement que ne comprit pas Draco, placé là où il était, mais le jeune homme parvint à désarçonner son adversaire et à inverser leur position. Désormais sur l'autre dominant, Harry lui tordit un bras qu'il retourna dans le dos, ses cuisses de part et d'autre des hanches de Vargr qui criait de rage et de douleur mêlées. Harry le maintint au sol ainsi de longues secondes, sous les hourras de la foule, avant de se redresser et se de reculer en haletant sous l'effort fournit.
Les yeux rivés vers son adversaire qui se relevait, Harry se rendit compte un instant trop tard que Rubeus était sur lui. Draco poussa un cri là encore, mais de peur, il devint exclamation enthousiaste. Harry sembla faire rouler le grand et lourd homme sur son dos, se servant de sa force et de sa vitesse contre lui, projetant de cette façon le mâle qui tomba lourdement sur le sol.
La foule fut en délire, les cris de liesse retentirent alors que Rubeus et Vargr se mettaient côte à côte, le regard plein de revanche. Ils s'élancèrent ensemble en direction du brun qui choisit de s'échapper d'un bond sur le côté. Malheureusement, il ne fut pas assez rapide pour échapper au coup de Vargr, qui lui coupa visiblement le souffle et l'envoya rouler à son tour au sol.
« Harry ! »
« Draco, reste assis ! » scanda durement Charlie.
Enfin, après encore de longues minutes, un nouveau coup de sifflet arrêta le combat. Draco se fit violence, une fois encore, de ne pas se lever pour se précipiter vers Harry. Olivier était déjà auprès de son ami, il lui passait de l'eau sur son visage tuméfié.
« Ils vont se reposer et se faire soigner. La course ne commencera pas avant au moins deux heures. Rentrons, » décida Charlie.
Draco obéit à son père adoptif. Il quitta la clairière, le cœur douloureux en ne cessant de jeter des coups d'œil inquiets en arrière. Harry ne semblait pas s'être relevé. Le trajet du retour lui sembla terriblement long. Ils passèrent devant le campement d'une meute, celle des Terres Arides à moins qu'il ne s'agisse des Grandes Rocheuses. Draco ne savait plus et s'en moquait comme d'une guigne.
Il savait par contre qu'il ne croiserait pas celle de la Garde de Godric. Les prétendants et leurs accompagnants s'étaient réfugiés sur la plage, à l'écart des autres.
Draco laissa son regard s'attarder sur les maisons et le paysage qu'il connaissait désormais bien. Il lui semblait si injuste de devoir peut-être tout quitter !
Au début de la compétition, il avait imaginé ce que cela serait de rester ici, dans cette meute, mais uni avec un autre mâle que Harry, c'est à dire soit Olivier soit Ritchie. Cela lui avait semblé atroce.
Vivre ici, marcher dans les ruelles mais avec un autre mâle à ses côtés, continuer de voir Harry sans pouvoir être avec lui, le voir un jour s'unir à un autre. Porter des enfants qui ne seraient pas les siens alors que dans le même temps, Harry construirait sa propre famille. Et être tous les jours les témoins de ce que vivrait l'autre. Même encore maintenant, cette idée le rendait affreusement triste.
Pourtant, alors que ces pas traînant l'emmenaient jusqu'à son nouveau chez lui qui ne le serait plus pour encore très longtemps, Draco se demanda si cette hypothèse n'était pas préférable à celle de quitter la meute, sa famille et Harry de façon définitive.
D'ici au surlendemain, il pourrait être uni à la meute de la Garde Royale ou des Plaines du Gouffre. Cette dernière hypothèse lui donnait irrémédiablement une atroce envie de pleurer, voire de mourir. Il ne voulait pas être le compagnon de ce Hagrid, quitter la mer pour vivre une vie qu'il imaginait triste et douloureuses dans des plaines inhospitalières. Charlie lui avait bien expliqué que ce n'était pas le cas, que les Plaines du Gouffre étaient verdoyantes, paisibles et agréables, mais dans l'esprit de Draco, elles ressemblaient invariablement à l'enfer ou, au mieux, au purgatoire.
Le fait de partir à Godric lui semblait légèrement moins cruel, du moins en ce qui concernait le lieu-même. Être à la capitale du Royaume de Gryffondor lui donnait le sentiment qu'il ne vivrait pas comme un sauvage, comme à l'époque de Greyback. Cette idée lui venait sans doute aussi du fait que le Temple des Monoïques était à la capitale de Poufsouffle. Cependant, le minuscule sentiment de tranquillité qui accompagnait cette idée était vite balayé par celui, bien plus oppressant, de vivre dans cette meute dite d'élite. Là encore, Charlie avait beau lui dire qu'il serait très bien traité, Draco était terrifié. Il ne voulait pas vivre entouré de soldats. Son père avait voulu faire de lui un soldat et il avait toujours rejeté avec force ce futur. Ce n'était pas pour se retrouver dans une meute vivant en caserne, gouvernée par des règles strictes où, pour Draco tout du moins, le fait de rire serait peut-être considéré comme un affront ou une rébellion. De toute façon, pensa tristement le garçon, ce n'était pas comme s'il allait beaucoup rire s'il se retrouvait uni à Vargr. Grímr aurait peut-être été préférable, il semblait plus doux et était plus beau. Mais non.
Draco essuya rapidement la larme qui coulait en silence sur sa joue. Il ne dit rien, se contenta de garder la tête basse et de se réfugier dans sa chambre à peine la porte d'entrée de la maison ouverte.
« Cette journée n'a pas finie d'être atroce, » commenta Ayase d'une voix faible.
« Allez, courage vous deux. Vous transpirez la fatigue et le désespoir, pourtant, tout se déroule de la meilleure façon pour le moment, » le consola Charlie en lui embrassant le front.
« Es-tu aveugle, Charlie ? Plus le temps passe, plus Gideon semble vouloir donner Draco à une autre meute. Pourquoi agit-il ainsi alors que Harry est, de l'avis général, excellent ? »
« Je ne sais pas, sincèrement. »
Draco refusa d'aller à l'arrivée de la course à pied. Il apprit par la suite que c'était Harry qui l'avait remportée, suivi de très près par Grímr, Vargr et ensuite par Rubeus, loin derrière eux. Allongé sur son lit ou posé sur l'encadrement de sa fenêtre ouverte, l'Oméga ne cessait de compter les points de chaque mâle restant.
Grímr serait très certainement éliminé d'ici à ce soir. La dernière lutte verrait se battre Harry, Rubeus et Vargr.
Entre les trois mâles, la bataille était serrée. Chacun avait remporté des épreuves différentes. Même s'il lui semblait que Harry était en tête, Draco ne pouvait en être sûr. Quand bien même Harry était en tête, est-ce que cela suffirait à convaincre Gideon de lui accorder l'Oméga ? Draco avait bien compris, au fils des jours, que cette compétition n'était pas aussi simple qu'elle en avait l'air. Elle était aussi l'occasion d'échanges, tout comme l'étaient les grandes réunions des solstices. Échange de personnes, de biens, occasion d'alliances diverses et variées qui faisaient que les meutes interagissaient continuellement entre elles.
Le jeune Lycanthrope savait qu'il devait s'estimer chanceux. Sa mise en compétition avait été rapide, non prévue. S'il avait été mis en jeu un peu plus tard et proche du début d'un solstice, bien plus de meutes auraient été présentes, y compris certaines des Royaumes de Serdaigle et de Poufsouffle.
À la mention des deux autres Royaumes du monde libre, Draco sentit son cœur se serrer un peu plus.
Où étaient Ralph et Megan, aujourd'hui ? Ralph provenait des terres froides de Serdaigle, c'était là-bas qu'ils se dirigeaient lors de leur fuite. Mais désormais ? Megan aurait-elle voulu retourner à Pomona, retrouver les survivants du massacre ? Allait-elle annoncer à Laura qu'il était toujours vivant ? Sa sœur, et peut-être son père s'il était encore de ce monde, se lanceraient-ils à sa recherche ou les nouvelles que leur donnerait Megan leur suffiraient à le croire perdu ou à se détourner de lui ? Et puis, Megan ne voudrait peut-être pas revenir à Pomona, ne voudrait peut-être pas voir les décombres de son ancienne vie.
Draco n'en savait rien et cela ajouta à sa mélancolie.
Si aucun d'eux n'allait à Traverse, lisait attentivement les comptes-rendus du procès de Greyback, alors personne ne saurait jamais qu'il était encore vivant et encore moins qu'il était l'Oméga d'une nouvelle meute.
Le jeune homme leva les yeux vers le ciel. De cette meute ou d'une autre d'ici quelques heures, lui rappela son âme malheureuse.
Le soleil déclina peu à peu, bien qu'il resta encore brillant. Du haut de sa fenêtre, Draco vit au loin et entendit les adultes qui partaient en direction de la clairière. Ils parlaient fort, riaient tout autant et semblaient pour le moins joyeux. Tous discutaient bien sûr du futur combat, des hommes encore en course et de leurs chances respectives de remporter l'Oméga.
Loin de toute cette agitation et cette euphorie, Draco se décida à refermer sa fenêtre malgré la chaleur. Il entendit Ayase et Charlie qui partaient, eux aussi, après lui avoir adressé un rapide salut du rez-de-chaussée.
Antinoüs s'était proposé de rester avec lui mais Draco avait refusé. Il voulait être seul. Juste seul. C'était sa dernière soirée en tant qu'Oméga non uni. Demain matin, Gideon désignerait le vainqueur. Il serait ainsi promis. Le garçon ignorait par contre comment se déroulerait la journée. Seules les meutes des deux fiancés seraient autorisées à rester pour la cérémonie d'union, les autres partiraient dans la journée. Mais est-ce que lui serait obligé de rester avec son fiancé ? Pourrait-il dormir encore une fois dans la tente avec Ayase ou ici ? Il ne savait pas, ou alors, il avait oublié.
En tout état de cause, au plus tard le jour suivant la délibération, il serait uni à son compagnon selon les rites des Lycanthropes. Lesquels incluaient une nouvelle morsure de la part du dominant envers le soumis. C'était la seule chose qu'il avait retenue et, malgré les paroles de réconfort d'Ayase lui assurant que ce ne serait pas vraiment douloureux, il avait fondu en larmes.
Draco attendit encore, puis se décida à rouvrir sa fenêtre, laissant passer l'air qui se rafraîchissait enfin. Au loin, dans la forêt, il aperçut l'éclat de l'immense feu de camp que sa meute avait allumé. Des clameurs se faisaient déjà entendre bien que le combat n'ait sans doute pas encore commencé.
L'Oméga resta longtemps ainsi, à écouter les bruits qui lui parvenaient. Enfin, la lutte s'engagea. Draco ferma les yeux et alla se rouler en boule dans son lit. C'était la fin.
Le temps s'écoula une nouvelle fois lentement. Vraie ou fausse impression. Puis Draco entendit les bruits du retour des spectateurs, tous enthousiastes. Le nom des Loups-garous qui combattaient était souvent cité. Harry, Vargr et Rubeus, sans surprise.
Pourtant, il se passa encore ce qui lui sembla être des heures avant qu'enfin, la porte de la maison ne s'ouvre et que les voix des juges, de l'Alpha et des Monoïques se fassent entendre, ainsi que celles de ses pères.
Draco se redressa avec lenteur de son lit. Il défroissa d'un geste malhabile sa tunique et passa une main tremblante dans ses cheveux.
L'attente l'avait torturé, plus qu'il ne l'avait imaginé. Le pire était qu'elle n'était pas terminée. Certes, tous allaient pouvoir discuter du choix de son futur compagnon mais la décision finale reviendrait à Gideon. Est-ce qu'il suivrait les indications des autres ? Et d'ailleurs, qu'elles seraient-elles ?
« Draco ? »
Le garçon leva la tête vers celle de Charlie, dans l'entrebâillement de sa porte.
« Tu descends, mon grand ? »
« J'arrive, » murmura Draco en s'avançant avec lenteur. « Charlie ? »
« Oui ? »
« Qui a gagné ce soir ? »
Le Bêta posa une main ferme et rassurante sur la nuque gracile qu'il massa doucement.
« Cela a été un combat très rude. Il est difficile d'affirmer qui a réellement gagné, au vu des circonstances. »
« Quelles circonstances ? » souffla Draco, la peur au ventre.
« Eh bien... Disons que dans un premier temps, il a été très clair que Harry était le plus fort des trois... et puis... » Charlie soupira. « Vargr et Hagrid se sont ligués contre lui quand ils ont réalisé que seul, il les battrait. Harry a été légèrement assommé quelques minutes avant la fin du combat. Mais il s'est relevé, » s'empressa de rajouter Charlie devant le visage livide du garçon.
« Est-ce qu'il... Est-ce qu'il va bien ? » demanda Draco d'une voix étranglée.
« Oui, rassure-toi. Tes trois prétendants ont été emmenés à l'infirmerie et nous avons discuté avec chacun d'eux. Ils sont repartis dans leur quartier, tous sur leurs deux jambes. »
« Je me moque des autres, » continua Draco sur le même ton.
« Je sais, mon grand, je sais. Allez, viens, il est temps de discuter. »
Draco hocha le tête et suivit son père dans les escaliers, la main du mâle toujours sur sa nuque.
Les autres hommes n'étaient pas dans la cuisine mais dans le salon. Étonnamment, Draco réalisa pour la première fois qu'aucune femme n'était présente. Il n'avait pas réalisé avant, n'avait rien demandé et n'avait pas la force de poser la question désormais, alors que tous le regardaient entrer dans la pièce.
Les trois Monoïques formaient un bloc uni sur la gauche de la pièce. Draco avisa qu'ils avaient remis leur manteau rouge, sans la capuche. Sylvanus était là, lui aussi, après son absence inexpliquée du matin.
Assis de l'autre côté, se tenait Gideon et les quatre juges. Enfin, assis dans un fauteuil au milieu du salon, le visage pâle et fatigué, se tenait Ayase.
Draco n'hésita pas et avança vers lui. Sans un mot il s'assit sur ses genoux et passa ses bras autour du cou de son ami en fermant les yeux, sa tête sur l'épaule nue.
« Bien, » commença Gideon. « Nous devons donc départager les trois prétendants restants. Je propose que nous débattions de chaque mâle, à moins que vous préfériez donner déjà votre avis sur le compagnon potentiel de Draco ? »
« Je veux Harry, » déclara Draco d'une voix claire bien que faible.
« Cela semblait pour le moins évident, mon petit, » commenta le juge au cheveux neigeux. « Mais tu n'as pas un autre mâle préféré ? Entre Vargr et Rubeus, qui voudrais-tu ? »
« Harry. »
La réponse sembla résonner dans la pièce.
« Entre Rubeus et Vargr, Draco, » répéta Gideon.
Les lèvres de l'Oméga se mirent à trembler.
« Non... »
« Draco, réponds, s'il te plaît, » murmura Ayase contre lui, sa main hâlée parcourant les mèches blondes avec tendresse. « Cela ne veut pas dire que Harry est exclu, d'accord ? Juste que nous avons besoin de savoir l'ordre de tes préférences. »
Le garçon ouvrit les yeux et déglutit.
« Vargr, » murmura-t-il finalement.
« C'est bien dommage pour Hagrid, » fit aussitôt un autre juge aux cheveux poivre et sel. « C'est un très bon mâle qui le mérite largement. Gideon, tu dois sérieusement y penser. Ta meute y trouvera un bon parti. J'ai ouïe dire que de nombreuses jeunes femelles de cette meute recherchent un dominant. Pour ceux de ta meute, ce serait une aubaine ! Sans compter que leurs exploitations minières te permettraient sans doute de négocier de l'or, en échange de ton garçon. »
« Draco n'est pas une marchandise à vendre, » gronda aussitôt Gabriel.
« Pourtant, cela fait partie des choses dont je dois aussi tenir compte, » contra Gideon. « Il est vrai que Vargr nous donnerait un prestige certain, si je lui accorde Draco, mais ceux du Gouffre ont bien plus à nous apporter en matière d'échange. Les négociations contre le fer et le charbon nous seraient avantageuses si je leur confie l'Oméga. »
« Cela reste considération marchande, » affirma Antinoüs. « Et donc, est étrangère à notre décision. »
« Le Temple se prononce en faveur du Lycanthrope Harry James Potter, » continua Sylvanus d'une voix ferme.
Gideon fit une moue circonspecte.
« Les pères de Draco se prononcent aussi en faveur du Lycanthrope Harry James Potter et Parvis Alpha de notre meute, » affirma à son tour Charlie, tout aussi fermement.
Draco lui jeta un regard éperdu.
« Merci, merci... » bafouilla-t-il.
Au moins cinq personnes ici suivaient son avis, cela lui redonnait un brin d'espoir.
« Je sais que Harry a été très bon tout au long de cette compétition, néanmoins, il s'agit de mon propre fils, je ne veux pas que les autres meutes pensent que je le privilégie et encore moins m'attirer leur ressentiment. Ce pourrait être catastrophique pour la meute, » déclara pourtant Gideon, tuant l'espoir de Draco dans l'œuf.
Ce qu'il craignait depuis le début était bien exact. Gideon ne voulait pas lui donner Harry.
« Personne ne pourrait te faire ce genre de reproche, Gideon, » fit alors le mâle aux cheveux neigeux. « Le fils de James a porté haut le nom des Potter durant ces jeux. Et il a toujours été le choix privilégié du garçon. »
« Je persiste à dire que Rubeus est une aubaine à ne pas négliger, » le coupa l'autre juge.
« Je pense en effet que Rubeus pourrait tout à fait convenir pour Draco, » enchérit Gideon.
Draco se redressa, les poings serrés.
« Non ! Non, je refuse ce mâle ! »
La pièce s'emplit des phéromones de peur, d'appel, l'aura de Draco explosa dans le salon. Son corps fut pris de tremblements alors qu'il se mettait à crier.
« JE REFUSE ! Je refuse, vous entendez !? »
« Draco, calme-toi ! » tenta Charlie
« Non ! Non, je ne veux pas de lui ! »
« Mais pourquoi ? » s'exclama à son tour le mâle aux cheveux poivre et sel. « Tu te comportes comme un enfant, Oméga ! Rubeus serait parfait pour toi ! Il est fort et puissant, c'est un bon mâle. »
« NON ! » hurla Draco, les yeux brillants de larmes. « IL EST VIEUX ! MOCHE ! IL PUE ! C'EST UN BALOURD SANS ÉDUCATION INCAPABLE DE TENIR UNE CONVERSATION ! JE LE DÉTESTE ! JE PRÉFÈRE MOURIR ! MOURIR, VOUS ENTENDEZ ? PLUTÔT QUE DE M'ACCOUPLER AVEC LUI ! »
« Draco, calme-toi ! » fit de nouveau Charlie en prenant le garçon par les épaules.
Draco se mit aussitôt à hurler et à se débattre, sans pouvoir s'en empêcher.
« VOUS ÊTES DES BARBARES ! » cria Gabriel en se redressant. « DES VENDEURS D'ESCLAVES ! PIRE, VOUS VENDEZ VOS PROPRES ENFANTS ! »
« Nous voyons ce qui est le mieux pour eux ! » se récria aussitôt le quatrième juge, resté jusque-là silencieux. « Parfois mieux que ce que ne voient les yeux de jeunes amants ! »
« MENSONGES ! » cria à son tour Ayase en se redressant. « VOUS NE VOYEZ QUE VOS INTÉRÊTS ! HARRY A GAGNÉ ET C'EST CET HOMME-LÀ QUE DÉSIRE DRACO ! »
« SILENCE ! » hurla Gideon.
Tous les hommes s'étaient redressés, Draco toujours hurlant dans les bras de Charlie qui le maintenait.
« Draco, calme-toi, mais calme-toi, mon petit cœur, » suppliait le Bêta au garçon qui se mit à sangloter.
« Je préfère mourir, mourir, » répéta Draco en s'effondrant. « Je me tuerais s'il le faut... »
Il n'échappa de tomber au sol que grâce aux bras musculeux de Charlie qui le tenait toujours.
« Le meilleur pour lui, pas vrai ? » se moqua aigrement Gabriel.
« J'ai dit : stop ! » répéta Gideon. « Nous devons tous nous calmer. Charlie, remonte l'Oméga dans sa chambre, sa voix a été entendue. »
« Tu l'as entendue, Alpha, mais vas-tu écouter ce que te dit l'enfant ? » demanda Sylvanus d'une vois étrangement douce.
Gideon passa une main dans ses cheveux alors que Charlie portait Draco en pleurs et sortait de la pièce.
« Pas Rubeus, je l'accorde. Discutons de Vargr, » concéda-t-il sans que Draco ne l'entende.
Draco se sentit être déposé en douceur sur son lit. Il agrippa son oreiller, toujours en pleine crise d'hystérie.
« Pas Hagrid, pas lui, » se remit-il à sangloter.
« Oui, calme-toi, calme-toi. »
« Charlie, redescends, je vais donner à Draco une potion pour le calmer et vais rester jusqu'à ce qu'il s'endorme, » proposa Antinoüs qui les avait suivis.
Le Bêta sembla hésiter un instant, peu désireux de quitter le garçon aux cheveux pâles qui pleurait.
« Va, Charlie. Ayase est épuisé. Il a besoin de toi, de ta présence. Je m'occupe de Draco, » insista Antinoüs en appuyant sa main sur l'épaule de Charlie.
Ce dernier finit pas céder sa place auprès de Draco et sortit de la pièce après qu'Antinoüs lui ait tapoté l'épaule une dernière fois.
« Draco ? Draco, mon frère, calme-toi, » murmura-t-il en caressant les cheveux blonds sur le front du garçon.
« Je veux pas, Antinoüs, je veux pas. »
« Je sais. Le Temple est avec toi, tes frères sont avec toi. Tu ne seras pas uni avec Rubeus, Gideon a renoncé. »
« Je veux Harry. »
« Oui, mon frère. »
Draco secoua la tête.
« Non, tu comprends pas, je veux Harry maintenant, j'ai besoin de lui, j'ai si besoin de lui, » gémit l'Oméga.
Compagnon-Loup gémissait avec lui, réclamant de toutes ses forces le mâle qu'il désirait plus que tout. Son compagnon, son ami, son futur amant.
« Draco, bois cette potion tout ira bien, allez, mon frère, » insista Antinoüs en redressant le corps de Draco en position assise.
Le garçon leva des yeux remplis de détresse vers le Monoïque.
« Antinoüs, si tu restes, ils décideront sans toi. »
« Sylvanus a déjà parlé au nom du Temple, Draco. La voix des Monoïques s'est levée. »
Draco fronça ses sourcils, sentant qu'une chose lui échappait mais sans réussir à comprendre quoi. Il prit la tasse qui contenait la potion et la porta à ses lèvres avant de la reculer pour de nouveau parler.
« Antinoüs... Je voudrais être seul, s'il te plaît. Tu veux bien fermer ma porte et dire que je ne veux voir personne avant demain ? »
« Oui, » fit Antinoüs en se levant, respectant le désir du jeune homme. « De toute façon, tu vas rapidement dormir. »
Il sortit de la pièce et se retourna pour fermer la porte, avisant Draco qui le regardait et avait de nouveau la tasse aux lèvres. Il sourit légèrement avant de fermer la porte. Une fois fait, il soupira et entreprit de descendre l'escalier en bois afin de retourner dans la pièce où de nouveaux éclats de voix colériques se faisaient entendre.
Draco attendit que les bruits de pas s'éloignent en direction du brouhaha du salon. Une fois qu'il fut certain qu'Antinoüs était bien parti, il se leva, ferma sa porte à clef et marcha à pas feutrés vers sa fenêtre. D'un geste sûr, il jeta par-dessus la rambarde le contenu de sa tasse, tout en avisant d'un œil neuf la distance qui le séparait du sol.
Bien, le fait de sauter ne lui poserait sans doute pas de problème. Non, celui-ci se présenterait pour remonter. Draco se retourna et regarda dans toute la pièce. Soudain, son visage s'éclaira. Il se dirigea sans faire le moindre bruit vers son armoire qu'il ouvrit. Il en retira un vieux sac, celui qu'il avait déjà quand il était parti de Poudlard. Il allait encore lui servir. Il l'ouvrit tout aussi silencieusement et en sortit des affaires totalement oubliées, tel un vieux cahier d'écolier, un livre sur l'histoire de la magie, un vieux t-shirt réduit en une boule chiffonnée, et enfin... son ancienne corde, qu'il avait réalisée lui-même à l'époque maudite de Greyback. Elle lui avait déjà rendu de nombreux services, l'aidant à survivre parfois. Neuri et Archus l'avaient aidé à la fabriquer, il s'en souvenait encore.
Chassant ce souvenir, comme à chaque fois qu'il pensait à cette meute maudite, il se saisit de la corde et la glissa de nouveau dans le sac vide. Dans l'armoire, il prit un pantalon long en toile, sombre, un haut tout aussi noir et s'en revêtit rapidement.
Une fois fait, le garçon retourna vers la fenêtre. Il la gravit et aussi délicatement que possible, se tint sur le rebord, assis en équilibre. Il referma un peu et avec délicatesse sa fenêtre à la poignée de laquelle il noua solidement sa corde.
Il leva un regard inquiet vers le ciel. Certes, ce n'était pas la pleine lune mais il était clair malgré tout. Draco se mordit les lèvres. Son salut venait que sa chambre n'était pas du côté de la ruelle et du village, mais donnait plutôt vers la forêt. Avec un peu de chance, personne ne verrait la corde qui allait pendre contre la façade en bois foncé.
Draco tira sur la corde, testant sa solidité, puis il entreprit de descendre en se tenant à cette dernière et en prenant appui contre la façade. En à peine quelques secondes, il se retrouva sur la terre ferme. Il se baissa tout en se collant le plus possible contre le bois sombre.
Une fois arrivé à l'angle de la maison, l'Oméga accéléra le pas pour se réfugier en bordure des arbres. Il continua lentement, prenant garde à là où il mettait les pieds, quand une odeur connue lui effleura le nez. Il eut le réflexe de se jeter par terre, un peu trop tard.
« Draco ? Draco, c'est toi ? Réponds, je t'ai vu et je te sens, je suis sûr que t'es là ! » fit l'ombre à qui appartenait l'odeur alors qu'elle s'approchait à tâtons de lui.
Dépité, Draco se mit assis tout en la hélant doucement.
« Je suis là. Ginny, par ici. »
La jeune fille fut aussitôt à côté de lui, elle lui sourit et le prit dans ses bras.
« Comment vas-tu ? On était inquiet pour toi ! Tu avais l'air terrible ce matin. Et hier, avec le combat, c'était atroce ! » débita-t-elle à toute vitesse et à voix basse.
« Ouais, je sais, » marmonna Draco.
« Mais qu'est-ce que tu fais là ? L'Alpha avait ordonné le couvre-feu ! Surtout qu'en plus, c'est toi l'enjeu de cette compét', tu te rends compte ? » s'offusqua-t-elle soudain.
« Eh, t'es gonflée, toi aussi tu braves l'interdiction de Gideon. Pourquoi es-tu là, toi ? » protesta le garçon.
Ginny haussa les épaules avant de secouer ses cheveux roux tout en étouffant un petit rire nerveux.
« On a tiré à la courte paille avec Ron et Hermione... Et quelques autres. Mais j'ai triché, je voulais absolument venir et entendre de mes propres oreilles. Et puis bon, je suis encore jeune, une femelle, si je suis prise, je risque moins gros. Pas comme toi, » termina-t-elle d'un air soucieux.
« Ginny ! Dis-moi pourquoi ! » répéta Draco.
« Parce qu'on veut savoir, triple pomme ! On veut savoir qui est pour qui et dans quel état d'esprit est Gideon. Harry en est malade, tu sais, comme beaucoup de la meute. Pour ne pas dire toute la meute. On a bien senti qu'il désirait te donner à un autre mâle. Personne ne le comprend. Le nom de Vargr est en tête des pronostiques. Alors bon... On est inquiet, pour vous deux. »
Draco retint à la fois un sourire et un sanglot. Le fait de savoir que Ginny et ses amis s'inquiétaient pour lui, le soutenaient et ne comprenaient pas Gideon le réconfortait. D'un autre côté, il avait confirmation que tous doutaient de la décision de leur Alpha. Pire, Harry aussi allait mal.
« Draco, et toi, que fais-tu là ? »
« Je dois aller voir Harry. J'ai besoin de le voir, » avoua le jeune homme après une demi-seconde de silence.
« Draco ! C'est strictement interdit ! » s'écria Ginny.
« Je sais, mais je dois le voir ! » s'entêta l'Oméga.
La jeune fille le regarda avec intensité, puis se décida à lui prendre la main tout en se redressant.
« Okay. Je vais t'aider. Je passe devant, reste bien à couvert. Comme ça, au pire, si je me fais prendre, tu pourras te cacher. »
Draco se redressa lui aussi et suivit la louve. En trottinant et en se cachant du mieux qu'ils le pouvaient, ils arrivèrent bientôt près de la maison de Harry, elle aussi proche de la forêt. Alors que Ginny s'approchait de l'arbre où Draco avait fait rire les enfants, il y avait de cela il lui semblait une décennie, Draco lui attrapa le bras.
« Ginny, pourquoi tu fais ça ? »
Elle le regarda, ses yeux bruns étonnés.
« Pourquoi ? Parce que tu es mon ami ! »
Draco sentit là encore une douce chaleur l'envelopper.
« Merci, Ginny. Mais, tu comprends, enfin, je sais bien qu'avant, tu aimais beaucoup Harry alors... » bafouilla-t-il, mal à l'aise.
Le petite louve le prit de nouveau dans ses bras et lui embrassa la joue.
« Oh, Draco. Oui, j'étais amoureuse de Harry, c'est vrai. Mais j'étais jeune et j'ai compris qu'il ne serait jamais pour moi. Pas parce que je ne suis pas assez bien, mais parce qu'il me manque certaines choses que toi, tu possèdes, » fit-elle, taquine, en jetant un coup d'œil appuyé sur le bas-ventre du garçon qui sourit. « Et puis, tout le monde ici a bien vu l'attrait que tu as pour Harry, vous êtes... comme des âmes sœurs, tous les deux. Vous vous cherchez sans cesse, vous vous regardez, vous bougez en fonction de l'autre... Vous vous entendez bien, Draco, et vous formez déjà un beau couple. Tu as besoin de lui et je pense que toi aussi tu es ce qu'il lui faut. En plus, tu es mon ami, » conclut-elle de nouveau.
Sans lui laisser le temps de répondre, elle lui reprit la main et ils glissèrent tous les deux vers la façade de la maison des Potter. Une fois près de la porte, Ginny se pencha vers l'Oméga.
« Écoute, il est vraiment tard, sans doute que Harry est déjà couché. Alors hésite pas à frapper plusieurs fois à la porte. »
« Tu ne restes pas ? »
« Non. Je vous laisse discuter. Tu penses en avoir pour longtemps ? »
« Aucune idée, » répondit avec sincérité le garçon.
« Bon... Alors je vais retourner à l'orée de la forêt. Je vais t'attendre pendant une demi-heure environ, d'accord ? Comme ça, on fera pareil pour le retour. Mais je peux pas bien plus, ensuite je voudrais aller dire aux autres ce qui s'est passé chez toi. D'ailleurs, comment ça s'est passé ? Je n'ai rien pu entendre du coup. »
« Le Temple, Charlie et Ayase sont pour Harry. Je pense que l'un des juges aussi. Par contre, un autre des juges avait très envie de me donner à Rubeus. »
Ginny ne cacha pas une grimace à cette nouvelle.
« Mais de ce que j'ai compris, ils discutaient de Vargr désormais. »
Cette fois, la louve hocha la tête.
« Draco... Dis-moi... est-ce que tu serais fâché si des jeunes filles de notre meute étaient, disons, intéressées par certains de tes anciens prétendants ? »
« Euh, non, pas du tout, pourquoi ? »
« Eh bien tu n'as pas très bien réagi quand Lug flirtait alors... »
« Lug n'était pas encore éliminé ! C'était incorrect ! » s'offusqua de suite Draco, Compagnon-Loup grondant avec lui.
« Oui, je sais, je sais, » se dépêcha d'ajouter Ginny. « Mais là, du coup, ça te dérangerait pas ? »
« Non, pas du tout. Qui est intéressé par qui ? » voulut-il savoir.
À sa propre surprise, les joues de Ginny semblèrent foncer dans la pénombre.
« Eh bien... Je dois avouer que je trouve Egill très séduisant... Et il est de la Garde Royale en plus, alors... »
Draco sourit et se pencha afin d'embrasser Ginny sur la joue.
« Fonce, ma belle. »
La jeune fille lui adressa un sourire éclatant, puis après un petit geste de la main, elle se sauva sous les arbres. Draco n'attendit pas très longtemps avant de frapper à la porte en bois, le cœur battant la chamade. Face au silence de la nuit, il recommença encore une fois. Il allait pour taper une troisième fois sur le montant en bois quand il entendit enfin Harry qui marchait en direction de son entrée.
« J'arrive, mais qui que vous soyez, vous avez conscience qu'il était interdit de sortir, cette nuit ? » bougonna la voix fatiguée du dominant à travers la porte.
Il ouvrit cette dernière mais avant d'avoir pu réaliser ce qui lui arrivait, une petite tornade blonde et noire se jetait à l'intérieur de sa demeure et refermait la porte avec rapidité.
« Draco ?! » s'exclama Harry, plus que surpris.
L'Oméga étudia un instant le mâle, celui qui était dans son esprit son mâle.
Harry avait des contusions sur les bras, le torse et aussi une coupure sur l'arcade sourcilière. Ses cheveux étaient plus en bataille que jamais et il y avait des cernes sous ses yeux verts. Malgré cela, Draco le trouva plus séduisant, plus rassurant et désirable que jamais.
Face à lui, toute la peur, les doutes, tout ce qui l'étouffait sembla à la fois gonfler et s'envoler.
Il se jeta contre son torse, serra ses bras autour du cou de Harry.
« Sauve-moi ! Harry, je t'en supplie, sauve-moi ! »
Puis sans attendre de réponse, il embrassa la bouche de Harry, avec violence et possessivité. Par automatisme, Harry passa ses bras autour de la taille de Draco, le plaquant plus encore contre lui. Une de ses mains resta posée sur le bas des reins cambrés, l'autre remonta la colonne vertébrale et se positionna enfin sur la nuque gracile, sous les cheveux doux.
Le baiser entre eux devint soudainement passionné. Draco pencha la tête sur un côté et ouvrit la bouche, exigeant plus. Harry ne perdit pas l'occasion de faire glisser sa langue entre les dents blanches, afin de venir taquiner son humide voisine.
Les deux hommes gémissaient alors que leurs bouches ne se décollaient plus ou avec difficulté. Draco en voulait encore, encore ! Il enroulait sa langue autour de celle de Harry, la caressait avec ferveur tout en s'enivrant des merveilleuses sensations et en savourant le goût du dominant. Il aurait voulu se fondre en lui.
Enfin, haletant, ce fut Harry qui rompit le baiser. Il posa son front sur celui de Draco et tenta de reprendre ses esprits.
« Draco... Draco on ne peut pas. Tu ne devrais pas être là. »
L'Oméga gémit, il se recolla le plus possible contre Harry et frotta son nez, son visage, sur la peau nue en face de lui.
« Harry... Harry, sauve-moi. »
« Te sauver ? » répéta Harry.
Draco leva les yeux vers lui.
« Je ne veux personne d'autre que toi, Harry. Si demain Gideon me donne à un autre mâle, je veux que l'on s'enfuit, tous les deux, avant la cérémonie d'union. Avec ou sans toi, je partirai de toute façon. Mais j'ai besoin de toi, Harry. Je te veux. Viens avec moi. »
… … …
À suivre
… … …
NDA : Hum ? De quoi ? Comment ça la fin est frustrante ? Sadique, moi ? Oui, c'est possible ^^" Surtout que vous savez quoi ? La semaine prochaine, c'est Pâques, donc postage lundi et non pas dimanche. Aïe ! Non, on ne me jette rien à la figure, sinon je poste pas du tout ! Bonne semaine :)
