Bêta : Nanola

NDA : OMG ! Chapitre 40, vous savez ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'il ne reste plus que 5 chapitres et il faudra se dire adieu... Bon, ben bonne lecture quand même ^^


Chapitre 40

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Trois jours après


Remus, mon ami, j'ai bien pris note de ton dernier courrier. Ici aussi, c'est l'effervescence, tant en raison de tes nouvelles que d'autres, que je dois encore vérifier.

Dis-moi vite si Draco va bien, s'il est uni à ce garçon dont tu me parles sans arrêt.

Par pitié, ne lui dis rien au sujet de sa famille, il y a beaucoup de choses qui sont en train de se passer, Dumbledore refuse de m'en parler, tant que lui-même n'en sait pas davantage.

Je te recontacte dès réception de ton courrier.

Sirius.

… … …

Les trois jours de leur union passèrent dans une douce félicité. Quand bien même l'orage cessa le deuxième jour, ni Harry ni Draco ne voulurent sortir de leur maison, voire de leur chambre.

Le jeune Oméga était heureux. Il passait son temps à se faire câliner, dorloter, chouchouter par un Harry des plus tendres. Ils avaient passé des heures à discuter et, pour la première fois depuis des mois, des années peut-être, Draco avait ri comme jamais.

Harry était drôle, vivant. Il le faisait rire tout en le chatouillant, puis l'embrassait et lui racontait des bêtises qui le faisaient rire de nouveau.

Draco ne se souvenait pas d'avoir jamais été aussi détendu et à l'aise avec quelqu'un, y compris Paul ou Ayase. Parce qu'en plus de toute cette complicité, il y avait du respect et surtout, de l'amour. Du véritable amour, comprit l'adolescent alors que Harry, une fois encore, lui faisait l'amour.

Cela aussi avait été une surprise pour l'Oméga : le nombre de fois où Harry l'avait mené au septième ciel. Il avait connu le plaisir dans les bras de ses frères Monoïques, mais avec Harry... avec Harry, tout était différent, plus intense, plus profond, comme plus vrai.

Avec Harry, Draco était celui qui recevait, non pas celui qui donnait à la différence d'avec Paul, or jamais, jamais, il n'aurait pensé qu'avoir de nouveau un homme - plus qu'un homme, un Werwulf - voyageant entre ses reins pourrait être aussi délectable.

Ayase lui avait dit que ce qu'il avait vécu n'était pas de l'amour, que c'était de la violence, de la barbarie pure. Draco, tout en le sachant, n'arrivait pas à imaginer que cela pourrait être autrement. Désormais, il savait.

« À quoi tu penses ? »

La voix douce de Harry lui arracha un autre de ses nombreux sourires. Le mâle se pencha vers lui afin de lui effleurer les lèvres.

« Elles sont un peu gercées, » constata Harry.

« C'est de ta faute, tu passes trop de temps à m'embrasser, » ronronna Draco. « Et je pensais à toi. »

Harry se mit à rire. Il embrassa l'épaule nue devant lui, ses mains vinrent flatter les côtes de Draco qui se tortilla aussitôt sur le lit.

« Tu penses à moi alors que je suis juste là, n'est-ce pas merveilleux ! Je suis ton monde, ton tout, le centre de ton univers ! » fanfaronna l'homme brun.

Draco explosa de rire, il se positionna sur l'un de ses flancs, ses yeux expressifs dévorant son compagnon qui lui faisait face. Il tendit sa main et la posa avec tendresse sur la joue devenue barbue de Harry.

« Prétentieux ! »

Son sourire se fana peu à peu, son visage prit une expression sérieuse, faisant froncer les sourcils noirs.

« Mais tu as sans doute raison... Tu es mon tout. Sans toi, je ne peux plus vivre. Je ne suis plus rien sans toi... »

Harry prit la main blanche dans la sienne, il la caressa lentement avant de déposer un baiser dans la paume.

« Ne dis pas ça, Draco. Tu n'es pas rien, tu ne seras jamais rien. »

Le garçon secoua sa tête, faisant voler ses mèches blondes.

« Je suis un Oméga, je ne peux pas vivre sans... »

« Sans une meute, » le coupa Harry.

« Sans un dominant près de moi, » poursuivit néanmoins Draco. « C'est pour cela que j'ai été uni, non ? »

Harry garda le silence un instant.

« Tu as été mis en compétition car tu avais besoin d'un mâle, c'est vrai. Pourtant, je ne pense pas que cela te condamne à avoir toujours un dominant à tes côtés. Maintenant que tu as été uni, vraiment uni, je pense que si je venais à mourir, par exemple, tu pourrais vivre dans la meute sans... hé ! » s'exclama Harry alors que le soumis s'était jeté contre lui en tremblant, la tête contre son torse.

« Ne dis pas ça ! » s'écria Draco.

Harry posa sa main dans la chevelure douce, perplexe. Draco semblait heureux, détendu, depuis qu'ils s'étaient unis, il ne comprenait pas cette angoisse subite.

« Hey, p'tit loup, qu'est-ce qui s'passe ? » murmura-t-il en le caressant.

Les bras du garçon se refermèrent un peu autour de lui.

« Ne dis pas que tu vas mourir ! »

Les yeux de Harry s'écarquillèrent sous la compréhension.

« Mais non, mon cœur, je ne vais pas mourir, pas avant de longues années tout du moins. Allez, calme-toi, je disais ça comme ça, juste pour t'expliquer qu'en fait, tu pourrais vivre dans le futur sans dominant, sans moi et ... »

« Je veux pas ! » le coupa une nouvelle fois Draco avec véhémence.

« Draco... » soupira Harry, qui décidément ne comprenait pas cet excès de frayeur.

« Je veux pas que tu meurs, » pleurnicha Draco. « Ni vivre sans toi, je veux pas que tu me laisses, je veux pas être tout seul, sans toi. »

Harry se rallongea convenablement et serra son compagnon contre lui.

« Je n'ai jamais dit ça. Écoute, excuse-moi si je t'ai fait de la peine, d'accord ? Je vais rester avec toi, pour toujours, je te le promets. »

Draco hocha la tête, son visage reposant sur la poitrine de Harry. Ils restèrent un instant ainsi, allongés l'un sur l'autre, Harry parcourant de ses doigts le dos pâle.

« Pourquoi tu as réagi comme cela, mon ange ? »

Draco soupira puis il se mit à parler à voix basse.

« Tu savais que les anges, c'était l'ancien nom des Sylphes ? »

« Euh, non, je l'ignorais. »

« C'est de cette façon que certains hommes nommaient les Sylphes, au début de leur venue sur terre. C'est Laura et Angus qui me l'avaient dit. Angus, il savait des tas de choses. Enfin, il sait... je sais même pas si je dois parler de lui au passé ou pas. »

« Qui est Angus ? »

« C'était l'employé de mon père, son second à la ferme. Il était vraiment gentil. Papa aussi mais il n'aimait pas trop que je sois dans ses pattes... En fait, je crois que toute notre relation était faussée dès le départ avec mon père. Il m'aimait, je crois, mais il savait pas comment me prendre et moi non plus. Je l'admirais tellement ! Mais souvent, j'avais l'impression qu'il me rejetait, ou, je sais pas, qu'il avait comme peur de moi, de ce que j'étais. C'était ça, tu crois ? Il avait peur de ce que je pouvais être ? »

« Euh... je sais pas, » répondit prudemment Harry, étonné désormais par le babillage soudain et désordonné du garçon.

« Moi je crois que c'est ça. Il savait que j'étais pas son fils, il avait des doutes sur ce que j'étais, j'en suis persuadé. Angus, lui, il savait pas. Il m'aimait bien. Il n'habitait pas à Pomona, alors peut-être... peut-être qu'il n'a pas été tué, cette nuit-là. »

Draco frissonna. Harry embrassa le dessus de sa tête tout en réaffirmant son étreinte, se doutant que le frisson n'avait rien à voir avec la fraîcheur de la nuit qui était tombée.

« Ils sont quasiment tous morts, cette nuit-là, » termina Draco à mi-voix.

Il prit une courte inspiration, Harry sentit ses cils battre contre sa poitrine avant que l'adolescent ne reprenne.

« Ma mère, et Susan, elles sont mortes à la maison. On était sorti dans la cour, elle m'a poussé dehors, avec Édith. Mais un Werwulf lui a sauté dessus, l'a faite tomber sur le plancher et l'a égorgée. Susan a pris un tisonnier, elle a voulu défendre maman, mais elle était déjà morte, et le loup lui a sauté dessus, à elle aussi. Moi j'étais pétrifié... comme un crétin... c'est Édith qui a pris ma main et m'a obligé à courir. On s'est lâché et... et ensuite, Fenrir m'a attrapé. Édith a voulu me sauver, mais elle a été tuée, elle aussi. C'est ma faute si elle est morte. Si j'avais couru plus vite, si j'avais pas traîné alors... »

« Alors rien du tout, ce n'est pas ta faute, Draco. Tu n'étais qu'un enfant. Ce sont Fenrir et sa bande les responsables de ce carnage, pas toi. »

Draco essuya une larme qui roulait sur sa joue.

« Tu dis que j'étais un enfant, mais c'était pourtant il n'y a pas si longtemps, à peine plus d'un an. J'avais quatorze ans quand il m'a pris... »

Harry le serra plus fort contre lui, ne pouvant pas, ne voulant pas imaginer ce que Draco avait subi et à un âge aussi tendre.

« J'ai eu quinze ans dans cette meute. Lisa était morte. Ensuite Morag. Puis Hannah... »

Draco éclata en sanglots.

« J'ai tout perdu, Harry, à chaque fois j'ai tout perdu... Et... ma maman me manque, mes sœurs me manquent... Ils me manquent tous, ça fait mal, tellement mal... je voudrais revoir mon papa, Laura, Megan et Ralph, savoir s'ils sont vivants... je voudrais aussi revoir ma maman, ma vraie maman, mais c'est impossible, parce que mon père me déteste et me tuerait... Et toi... toi, je veux pas te perdre ! »

« Tu ne me perdras pas, Draco, jamais, » promit une nouvelle fois Harry avec une réelle conviction.

Tout en consolant son amant, il se fit une promesse silencieuse. Il allait aimer Draco, il l'aimait déjà mais il allait l'aimer comme rarement on avait pu aimer sur cette terre. Il l'aimerait, le rendrait heureux et aussi... il l'emmènerait un jour dans son ancien Royaume et ils partiraient à la recherche des siens encore vivants. Draco en avait besoin. Son cœur se serra. Draco était si jeune et il avait vécu déjà tant d'atrocités, plus que beaucoup ne vivrait jamais durant toute leur vie. Le fait qu'il réclame ainsi ses mères, son père... Par certains côtés, il n'était encore qu'un enfant. Mais aussi un homme comme Draco le lui démontra, interrompant ainsi le fils de ses pensées.

Il avait senti son compagnon se détendre sous ses caresses, puis, là, des lèvres fines qui embrassaient sa peau nue. Harry ferma les yeux, tout en parcourant de ses mains le dos de Draco. Enfin, une langue chaude et humide lécha l'un de ses mamelons, une bouche se referma sur son téton qui durcit aussitôt, de même qu'une autre partie de son anatomie.

« S'il te plaît, » fit Draco, dont le souffle sur la peau humidifiée de salive créa des frissons au dominant. « Fais-moi l'amour, prends-moi, encore et encore. »

« À tes ordres, » murmura Harry d'une voix rauque tout en le retournant sur le lit, emprisonnant ainsi le corps pâle entre le sien et le matelas.

… … …

Draco se sentit tout groggy alors qu'il clignait des yeux sous le soleil aveuglant.

« Mal aux yeux ? » se moqua gentiment Harry, un bras autour de la taille du soumis.

« Et pas que, j'ai l'impression de boiter, » ronchonna Draco.

Harry explosa de rire avant de déposer un baiser sur la tempe blonde.

« Ça, c'est de ta faute, tu as été totalement insatiable cette nuit ! Et pas que cette nuit d'ailleurs, » poursuivit le jeune homme en embrassant cette fois le cou de son amant.

Draco sourit mais se détacha un peu.

« Harry, s'il te plaît, on est plus à la maison, on peut nous voir, » protesta-t-il.

Il désigna de la main les quelques habitants du village qui arpentaient les rues.

« Et alors ? Où est le problème ? Nous sommes un couple uni, personne n'a rien à nous dire ! »

Draco poussa un soupir et haussa les épaules. Harry cessa cependant ses baisers, se contentant de lui saisir la main. Ils marchèrent tous deux dans un silence plaisant jusqu'à la plage où attendaient les pêcheurs.

Si Draco n'avait encore rien de prévu, Harry, lui, devait réintégrer son équipe. Leur courte lune de miel était terminée, à la plus grande déception de Draco. Dans son Royaume, les nouveaux mariés partaient en voyage après leurs épousailles, mais à l'évidence, cela n'était pas d'actualité.

Harry lui avait expliqué qu'en dehors de la pêche, tous les hommes devraient aider aux récoltes, à la chasse et aux salines. Gideon avait déjà prévu qu'à l'automne une délégation marchande partirait vendre leurs biens et leurs trésors à Godric. Le sel était une valeur sûre qui leur permettrait de gagner de l'argent et d'acheter des tissus, de la soie, mais aussi des mets plus rares et distingués comme du sucre de canne, du chocolat, du thé, du café, qui provenaient d'îles à la fois plus éloignées de leur côtes et plus proches des Terres Arides.

L'adolescent soupira une nouvelle fois, pour une toute raison. Ce n'était pas demain la veille que Harry et lui pourraient partir tous les deux en amoureux.

« Hey ! Regardez qui voilà ! Des revenants ! » s'écria une voix forte.

« Lancey Hooper, quel bonheur, » bougonna Draco à voix basse, sans lâcher la main de son époux.

Toutefois, sa mauvaise humeur s'évanouit bien vite alors qu'ils étaient entourés de visages amis et souriants, y compris celui de Lancey. Tout le monde les félicita de nouveau, Hermione l'embrassa sur les deux joues alors que Ron jetait un rapide regard sur sa morsure d'union qui avait pris une teinte blanche et légèrement argentée.

Les grosses billes bleues du jeune homme s'écarquillèrent de façon grotesque alors que Harry passait négligemment sa main dans ses épis faits d'ébène.

« Ben merde ! Tu t'es fait mordre toi aussi durant l'union ? »

Harry eut l'air surpris, il étudia son avant-bras où la morsure de Draco s'inscrivait toujours, bien que finement. Elle avait néanmoins des reflets doucement argentés qui ne pouvaient tromper.

« Sérieux, mec ? » s'exclama à son tour Lancey.

Plusieurs dominants voulurent voir la morsure que Harry montra, un peu gêné, alors que les femelles entouraient cette fois Draco. Un brouhaha s'éleva, chacun voulant commenter la morsure du mâle dominant

« Il t'a autorisé à le mordre ?! »

« Comment tu as fait ça ? »

« Ben, euh... »

Draco se sentit piteux, mais surtout un brin inquiet. Il jeta un regard vers Harry, ne sachant quoi faire ni quoi dire.

« C'est bon, c'est bon, on se calme, » fit ce dernier en obligeant les pêcheurs et tisseurs à leur faire un peu d'espace.

Il s'approcha de Draco et le prit dans ses bras.

« Oui, Draco a posé sur moi une marque d'appartenance pendant l'union. »

« Draco, comment tu as pu faire ça ? » demanda une nouvelle fois Lavande.

« Je, je sais pas... » bafouilla l'adolescent, rouge écrevisse. « J'ai pas réfléchi, c'était dans le feu de l'action et... »

De rouge, il devint vermillon tandis qu'un grand éclat de rire reconnaissable entre tous éclatait

« Oh ? Vraiment, je serais très curieux d'en savoir plus et... Eh ! Espèce de brute ! »

La claque retentissante de Heimich sur l'arrière du crâne de Lancey eut le mérite de le faire taire.

« Tu la fermes, Hooper ! Draco, tu n'as pas à te justifier, et toi non plus, Parvis Alpha. Au contraire, je suis honoré de voir que votre union vous a permis un tel rapprochement et plus honoré encore de savoir que le couple qui dirigera un jour notre meute est aussi soudé et sage. »

« Merci, Heimich, » murmura Draco avec un petit sourire.

Harry sourit également, il embrassa rapidement Draco sur les lèvres, redonnant quelques couleurs aux joues pâles.

« Draco est mon compagnon, je suis le sien. Je suis très fier de porter sa marque ! » renchérit Harry.

Draco constata que plusieurs louves le regardaient avec adoration. Sans comprendre pourquoi, voir leurs yeux de merlans frits lui fit monter la tension. Harry était sien, comme il venait de le dire. Un grognement sourd vibra dans sa gorge alors qu'il se collait contre le torse de son mâle. Il jeta aux impudentes un regard noir et força la tête de Harry dans sa direction, afin de l'embrasser à son tour.

« Eh bien, on voit ça, » constata Ron, dubitatif. « On dirait que ton union t'a fait sortir les griffes, p'tit loup. »

« Harry est mon compagnon, » cracha Draco.

« On le sait, on le sait, t'affole pas, » le rassura Hermione. « C'est juste que c'est si romantique, » termina-t-elle en soupirant et en regardant Ron qui leva les yeux au ciel.

Son soupir fut suivi par d'autres, tous aussi mélancoliques, de la part de plusieurs jeunes femelles. Le garçon cligna des yeux, étonné.

« Bon, on doit y aller. Draco, on se voit ce soir ? » murmura Harry en lui caressant la joue.

« Euh... oui, bien sûr, » répondit ce dernier.

« Et tu veux qu'il aille où, vous vivez ensemble maintenant, » se moqua une nouvelle fois Hooper... une nouvelle fois interrompu par une claque retentissante de Heimich derrière son crâne.

« À ce soir, » fit Draco avec un petit sourire.

Il se redressa légèrement afin d'embrasser Harry et s'en fut sur un dernier signe de la main en direction de ses amis.

Si Harry devait travailler, ce n'était pas encore son cas. L'école était fermée et personne ne l'avait réclamé pour l'infirmerie. Draco avait donc décidé de passer la journée avec Ayase et Asami. Il avait timidement demandé à Harry le matin durant leur petit-déjeuner s'il l'autorisait à aller chez ses tuteurs. Le jeune homme l'avait regardé, surpris. Puis il lui avait pris la main, en avait embrassé la paume comme il le faisait de temps en temps, avant de lui assurer qu'il pouvait faire ce qu'il voulait, qu'il n'avait pas à lui demander la permission de quoi que ce soit.

Draco en avait été ému, une nouvelle fois.

Alors qu'il regagnait le village, Draco réalisa à quel point il se sentait différent. À quel point il était différent depuis son union avec Harry. Il ne craignait plus de mauvaises rencontres, il n'avait plus d'appréhensions. Il était un Oméga uni, un Loup-garou adulte de cette meute malgré son très jeune âge. Il était protégé et se sentait libre tout à la fois.

Alors qu'il s'approchait de son ancienne maison, une silhouette familière un peu plus loin lui fit de l'œil.

« Olivier ! Olivier ! » cria Draco en se mettant à courir vers l'homme.

Il arriva près de lui et sans réfléchir, l'embrassa sur la joue.

« Ça va ? Qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'es pas aux champs ? »

Sa bonne humeur et sa joie de revoir son ami s'évanouirent alors qu'il découvrait son regard triste.

« Olivier ? Ça ne va pas ? » s'inquiéta-t-il aussitôt.

Le regard sombre d'Olivier se teinta d'une pointe de douleur alors qu'il dévisageait l'Oméga. Ce dernier baissa soudain les yeux et se mordit les lèvres, incertain.

« Je vais bien, Draco. Et toi... tu as l'air rayonnant. »

Pour le coup, Draco piqua un fard. Il se sentit mal pour l'autre garçon. Évidemment, Olivier avait fait partie de ses prétendants et avait perdu. Même s'il avait ensuite soutenu Harry et l'avait aidé, comme un véritable ami, à préparer la maison pour leur union, il était évident que le dominant regrettait son échec.

« Je... tout va bien, oui, » murmura Draco, honteux de lui montrer son bonheur tout en n'arrivant pas à s'en sentir désolé pour autant.

« C'est bien, c'est bien, » continua Olivier.

Il prit une courte respiration avant de poursuivre.

« Tu sais, je suis content que tu sois avec Harry. Il te méritait et puis... et puis vous vous aimiez déjà tellement. »

La dernière phrase contenait tant de chagrin que Draco redressa le nez.

« Olivier, je... »

« Non, ne dis rien, » le coupa le garçon. « Je préfère pas. Nous savons tous que c'est la vérité et chercher à me consoler n'arrangera rien, bien au contraire. En fait, je suis content de te rencontrer, comme cela je peux te dire adieu dès à présent. »

Draco ouvrit grand ses yeux.

« Adieu ?! Mais pourquoi ?! » s'écria-t-il.

« J'ai décidé de partir, de quitter la meute. J'en ai beaucoup parlé avec mes parents depuis la fin de la compétition et je viens d'en informer Gideon. Je ne peux pas rester, » déclara calmement Olivier.

Il dévisagea le visage un peu perdu de Draco et lui sourit gentiment.

« Draco, si j'avais gagné, ou Ritchie, qu'est-ce que cela t'aurait fait de voir Harry tous les jours ? De le voir s'unir à un autre ? D'avoir une famille ? »

Draco déglutit. Il connaissait la réponse à ces questions puisqu'il se les était déjà posées.

« Tu vois ? » répondit à sa place Olivier au bout de plusieurs secondes de silence.

« Oui, sauf que moi je n'aurais pas eu d'autre choix que de faire avec, » ne put s'empêcher de rétorquer Draco avec une certaine acerbité.

Olivier en sembla surpris mais se reprit rapidement.

« Peut-être que nous serions partis, tous les deux. Mais cela n'est pas la question. J'ai décidé de partir, seul, faire mes preuves. J'ai envie de faire le point et je ne pourrai le faire qu'en étant solitaire. Après tout, c'est aussi dans notre nature. En prenant de l'âge, de la maturité, beaucoup de jeunes mâles décident de passer quelques mois ou années loin de leur meute d'origine. Je rejoindrais peut-être une autre meute plus tard. »

Draco hocha la tête.

« Et... tu sais déjà quelle meute tu voudrais rejoindre ? »

« Non, aucune idée. Je ne veux pas faire de projet. J'ai uniquement promis à mes parents de les tenir informés de mon état de santé. Je pars avec ma chouette, elle leur apportera des nouvelles. »

L'Oméga étudia un moment le visage sombre, triste et pourtant étrangement serein de l'homme.

« Je te souhaite bonne chance, Olivier. Peut-être que tu reviendras ici. Je l'espère en tout cas. Je t'aime beaucoup, sois sûr de cela, et tu comptes énormément pour moi. »

Olivier sourit enfin.

« Merci, Draco. Je te promets d'être très prudent. Et puis, je reviendrai, c'est certain, je n'abandonne pas ma famille et mes amis. »

Les deux garçons s'étreignirent dans une accolade sincère. Olivier embrassa Draco sur la tempe, puis il s'éloigna sans jeter un regard en arrière.

Draco resta un instant dans la rue de terre, simplement à le regarder marcher. Il était triste du départ d'Olivier, bien qu'il le comprenne. Sa nature d'Oméga le poussait à aller vers lui, à lui assurer que tout irait bien, qu'il ne devait pas partir, bref, à le consoler. Mais l'homme savait que cela était inutile. Olivier souffrait et avait besoin de s'éloigner de la meute. Après un bref soupir, Draco se détourna lui aussi et se mit à courir en direction de la maison de Charlie et Ayase.

Alors qu'il allait frapper à la porte pour s'annoncer, celle-ci s'ouvrit en grand, dévoilant un Charlie aux traits fatigués.

« Charlie ? Ben, tu n'es pas au boulot ? » s'exclama Draco, s'attirant un regard noir.

« Bonjour à toi aussi, Draco, oui, merci je vais plutôt bien malgré le fait que je ne dors pas de la nuit. Je suppose que toi non plus mais sûrement pas pour les même raisons, » répondit Charlie avec amertume.

Le garçon rougit, se sentant pris en faute.

« Euh... désolé... Bonjour, Charlie, » fit-il, penaud.

Une main rude ébouriffa ses cheveux.

« C'est bon, gamin, il n'y a pas de mal. »

La voix du Bêta se perdit dans un bâillement. Draco fronça les sourcils. Charlie n'avait effectivement pas très bonne mine. Il n'eut toutefois pas le temps de poser de nouvelles questions qu'une tornade rousse bondissait dans ses bras en criant.

« Draco ! Enfin tu es revenu ! »

« Bonjour, Asami. Comment vas-tu, petit lapin ? »

« Bien ! Mais Papou, lui, il est malade, » dit l'enfant du ton de la confidence.

Draco tourna vivement sa tête vers Charlie, inquiet.

« Premiers mois de grossesse, » répondit laconiquement le mâle. « Allez, viens, Asami, lâche un peu ton grand frère et viens avec papa, je t'emmène chez papy et mamie. »

L'enfant roux râla tout en se cramponnant avec plus de force au cou de l'Oméga.

« Non, je veux rester avec Draco ! »

« Asami, » gronda Charlie, la voix lourde de menace.

« Je veux rester avec Draco ! » pleurnicha le bambin.

« Écoute, je suis fatigué, j'ai vraiment pas le temps de discuter, alors tu viens, mamie t'attend et j'ai du boulot, dépêche-toi ! » tempêta Charlie.

« Si tu veux, je pourrai le garder avec moi demain ? » proposa Draco. « Je ne fais rien alors si je peux aider... »

« Oui, oui ! » approuva aussitôt le petit garçon.

Charlie les dévisagea, perplexe.

« En fait... puisque tu n'es pas de corvée, je me demandais si tu pouvais rester avec Ayase, » dit-il.

« Je peux faire les deux, je viendrai ici et je m'occuperai d'Asami et d'Ayase pendant ton absence. »

Le Bêta sembla réfléchir un instant, puis il hocha la tête, récupéra fermement son fils, embrassa Draco avant de franchir le pas de sa porte.

« Ayase est au lit, Adélaïde est avec lui mais je pense qu'il a besoin de toi. »

« Vraiment ? » demanda Draco.

Charlie haussa les épaules.

« Je suppose qu'entre Omégas et Monoïques, vous avez plus de choses à partager, à comprendre. Si vous n'avez pas encore quelques secrets que vous gardez quand vous êtes malades, vous avez tellement de secrets pour tout, de toute façon. »

Draco nota sa peine la pointe d'amertume dans la voix de Charlie. Cependant ce dernier lui fit un sourire fatigué et se détourna, coupant court aux questions de l'Oméga.

Le jeune homme ne réfléchit pas plus. Sans doute que Charlie avait encore du mal à digérer ce qu'il avait appris au sujet d'Ayase et d'Antinoüs, et donc, sur ce qu'il avait compris qui se passait au Temple. Draco gravit rapidement les escaliers afin de retrouver Ayase et de constater son état de santé.

Des bruits de vomissements l'accueillirent alors qu'il allait rentrer dans la chambre, lui faisant plisser son petit nez pointu.

« Allez, mon garçon, il faut pourtant bien que tu réussisses à boire cette potion, » l'encourageait Adélaïde en lui soutenant le front tandis que l'Oméga brun, à moitié allongé sur son lit, vomissait une nouvelle fois dans une cuvette.

« C'est immonde, » bafouilla Ayase en se redressant et en s'adossant contre son oreiller, pâle comme la mort.

« Oh, Ayase, » gémit Draco en s'approchant de lui.

Adélaïde lui jeta un rapide regard, empli de peine. Draco baissa les yeux, sachant très bien à quoi pouvait bien penser la mère d'Olivier. La femme épongea une nouvelle fois le front de l'Oméga enceint, lui tendit un verre d'eau dont il se servit non pas pour boire mais pour simplement se rincer la bouche. Une fois qu'il eut craché l'eau, elle se redressa en prenant la cuvette.

« Je vais la vider. Tu en as une propre de ce côté, Ayase. Draco, tu penseras à le refaire tout à l'heure ? » demanda-t-elle d'une voix lasse sans regarder le plus jeune.

« Oui, bien sûr. Je vais m'occuper d'Ayase. »

Adélaïde hocha la tête avant de sortir de la pièce. Draco s'allongea aussitôt contre le corps fatigué et transpirant de son ami.

« Tu es bien malade, Aya' ? »

« C'est l'enfer, » gémit l'Oméga. « Je ne sais pas pourquoi mais dès la fin de ta cérémonie, j'ai commencé à vomir et depuis, je n'arrête plus. J'en ai marre, je suis crevé. »

Ayase ferma les yeux tandis que sa main partait en tâtonnant à la recherche de celle de Draco. L'adolescent la prit dans la sienne, en réconfort.

« Je suis content que tu sois là, ça va aller mieux, désormais, » murmura Ayase.

Il tourna sa tête aux boucles emmêlées sur son oreiller afin de pouvoir voir Draco.

« Pourquoi ? » chuchota ce dernier en lui remettant une mèche derrière l'oreille.

« Tu es un Monoïque, alors même si je suis plus malade que pour Asami, au moins tu seras à mes côtés, » fit Ayase en souriant faiblement.

Draco fronça ses sourcils.

« Pour Asami aussi tu avais été malade comme ça, à vomir ? »

« Vomir, oui, les trois-quatre premiers mois. Ensuite, ça allait mieux. Mais là, c'est bien pire. Pour Asami j'arrivais à retenir un peu de nourriture et d'eau, ainsi que les potions. Là, ça fait trois jours que rien ne passe. Je sais que Charlie est inquiet et... je ne peux pas me rendre au Temple, mais tu es là, j'en suis heureux. »

« Mais pourquoi ? » insista Draco. « Enfin, je veux dire, il y a une chose en plus que je peux faire pour toi, en tant que Monoïque ? »

« Oui, » souffla Ayase.

Il se saisit des mains de Draco et les posa sur son ventre.

« Utilise ta magie, aide-moi, mon frère, » le supplia presque Ayase.

Draco eut un petit sursaut de surprise.

« Aya', je peux pas, je ne sais pas quoi faire et si je faisais n'importe quoi ? » commença-t-il à babiller.

« Calme-toi, tu ne peux pas me faire de mal, je te le promets. Écoute, tu vas me soulager un peu, ensuite, j'essayerai de boire et de dormir. Tu resteras avec moi, d'accord ? »

« Oui, bien sûr. »

« Bien. Et après, il faudra que tu ailles au Temple pour moi. On a des potions plus efficaces que celles d'Adélaïde. J'aurais dû les faire mais... disons qu'avec la compétition, j'ai un peu oublié le fait que je ne prenais plus de contraception et... »

Ayase haussa les épaules, sans finir sa phrase. Malgré ses traits tirés, ses cernes foncés, son sourire restait lumineux. Draco pouvait sentir la joie de l'Oméga à être de nouveau enceint. Draco se détendit un peu, il laissa Ayase lui placer ses paumes bien à plat sur son ventre.

« Vas-y, laisse-toi guider par ton instinct. Essaye de penser à notre don. »

Les deux hommes fermèrent les yeux. Draco prit une longue inspiration tout en laissant sa magie prendre possession de lui. C'était toujours un sentiment étrange qu'il avait eu l'occasion de pratiquer plus d'une fois au Temple, sous la surveillance des Maîtres. La chaleur prenait vie dans son ventre là où sa réserve de magie se tenait. Puis elle parcourait son corps pour venir se réfugier dans ses mains. Il lui fallait ensuite la faire sortir de lui, en douceur, afin qu'elle soigne et apaise son ami.

Draco remercia intérieurement ses enseignants monoïques au Temple. Il allait pouvoir aider Ayase. Il ne sut pas combien de temps exactement il passa ainsi, ses mains sur le ventre plat de son ami, à tenter de l'apaiser. Pourtant, bientôt la fatigue se fit sentir, lui faisant choisir d'arrêter. Il ne voulait pas prendre le risque de faire une mauvaise manipulation et blesser Ayase ainsi que l'embryon.

« Viens, mon frère, » l'invita Ayase en lui désignant le matelas de la main.

Draco s'allongea une nouvelle fois à côté de lui, sa tête blonde partageant l'oreiller avec la brune. Instinctivement, les deux Monoïques se serrèrent l'un contre l'autre, Draco passa son bras sur le torse nu et le caressa doucement.

« Tu te sens mieux ? »

« Oui, toujours fatigué mais la nausée est passée. Je vais enfin avoir un peu de paix, » soupira Ayase.

Il y avait une telle lassitude mâtinée de reconnaissance dans sa voix que Draco culpabilisa.

« Tu aurais dû envoyer Charlie me chercher ! Je serais venu tout de suite si j'avais su ! »

« C'était ta nuit de noce, ta lune de miel, je ne voulais pas vous interrompre, Harry et toi. Je savais que c'était important pour vous deux. »

Draco ne répondit pas, les paroles de son ami lui rappelant de délicieux moments. Ayase se mit à rire doucement, il se pencha un peu plus vers Draco pour lui embrasser la joue.

« J'en déduis à ton air rêveur que tout s'est bien passé ? »

Il y avait pourtant une véritable question malgré le ton badin. Draco rendit donc rapidement le baiser tout en souriant.

« Oui, très bien. »

Il se cala plus encore contre son ami, sa main parcourant l'épaule nue.

« En fait, j'ai assez peu de souvenirs de la chasse. Je me souviens juste que j'étais terrifié, tous mes souvenirs se sont mélangés, tu vois, et donc, je ne voulais pas que Harry me retrouve. »

Ayase hocha la tête.

« C'est une des conséquences de la drogue que nous prenons pendant la cérémonie. Elle réveille notre instinct de survie. J'étais assez inquiet à ce sujet, au vu de ton passé, » ajouta l'Oméga plus âgé.

Draco ne dit rien pendant quelques secondes avant de reprendre.

« Une fois à la maison, Harry a été génial. En fait, il est toujours génial avec moi, depuis le tout début. C'est pas étonnant que je sois amoureux de lui. »

Ayase sourit gentiment face à l'annonce, sans interrompre son compagnon.

« Mais on n'a rien fait, enfin, rien de vraiment, enfin... tu vois quoi, » s'embrouilla Draco.

« Je pense que je vois à peu près. »

« Et donc, » continua Draco, « le lendemain, on était super bien et... et il y avait l'orage et aussi... et aussi... » Il se mordit la lèvre. « Ayase, Harry m'a fait l'amour et j'ai adoré ça. »

L'homme serra l'adolescent contre lui, aussi fort qu'il le pouvait.

« Je suis si heureux pour vous deux, Draco. »

« Je l'aime vraiment. C'est étrange, tu ne trouves pas ? Quand j'y pense, je ne le connais pas depuis très longtemps, mais c'est comme s'il m'avait accompagné durant tous ces mois, sans que je ne le sache. Il était là, pourtant. Dans ma tête. J'étais heureux de le revoir et je savais que je l'aimais, même si je ne voulais pas le reconnaître. C'est pour cela que je ne voulais que lui, depuis le début. Depuis la Présentation de Chourave, c'est comme si Harry m'avait lié à lui. C'est stupide. Surtout qu'en plus, je ne sais pas si lui m'aime à ce point... » termina Draco.

« Hum, là, je crois que tu cherches surtout à te rassurer, ou plutôt, que je te rassure. Tu sais parfaitement que Harry t'aime au-delà de tout. Il était prêt à abandonner sa meute, son père, sa vie, pour toi. »

Draco releva la tête, étonné.

« Comment... ? »

Il laissa sa phrase en suspens, incertain.

« Antinoüs m'a parlé de ton escapade nocturne. Et j'ai parlé avec Harry. Si tu avais été donné à un autre, vous n'auriez pas été seuls bien que je n'aurais pu partir avec vous dans un premier temps. Je n'approuve pas la façon de faire des meutes avec les Omégas. Ils devraient avoir le droit de choisir librement leur compagnon. Mais bon, peut-être qu'on se trompe, c'est ce qu'a sous-entendu l'un des juges. Que les Omégas avaient le choix parmi les derniers vainqueurs, que leur voix finissait toujours par gagner. Cela n'est plus d'actualité de toute façon. »

Il sourit à son ami.

« Harry t'aime, Draco. Lui aussi, il ne pense qu'à toi depuis de longs mois. Vous étiez faits l'un pour l'autre. Dès qu'il t'a vu, il a su. Tout comme Charlie avec moi. Cela arrive parfois aux Lycanthropes. Ils se sentent attirés par une personne, de façon totale, inconditionnelle. Vous êtes de véritables compagnons. »

Draco cessa un court instant les caresses qu'il faisait machinalement sur la peau hâlée d'Ayase.

« C'est possible, ça ? C'est comme si on est, je sais pas, comme des âmes-sœurs ? »

« En quelque sorte. Le loup interne reconnaît celui qui lui convient le mieux. Et l'homme aussi. C'est à la fois animal et réfléchi. Certainement aussi magique, après tout les Monoïques et les Lycanthropes sont des créatures magiques. Je ne sais pas trop et cela n'arrive pas pour tout le monde. Nous sommes donc chanceux. »

Ce fut au tour d'Ayase de réfléchir avant de se lancer à nouveau.

« Quand Harry t'a vu, la première fois, il m'a harcelé. Il voulait que l'on aille te chercher tout de suite, qu'on te retrouve et t'oblige à aller au Temple, malgré ton père. Il était comme fou. Fou d'angoisse à l'idée de te perdre. J'avais beau lui dire qu'il fallait faire d'abord des demandes auprès de ma hiérarchie, il ne voulait rien entendre. Il a commencé à m'écouter uniquement quand j'ai abordé la question de ton âge. Tu étais jeune, très jeune, tu n'étais pas prêt et intouchable. »

L'homme jeta un rapide coup d'œil au garçon.

« C'est ça qui l'a calmé. Il ne voulait pas donner le sentiment d'être, tu vois, un gros pervers qui regarde un enfant. »

La bouche de Draco forma un pli amer alors qu'il pensait à d'autres hommes qui n'avaient pas eu ce regret là.

« Mais ensuite... ensuite, ça a été terrible. On a appris l'attaque de la meute. Ton décès supposé ou ton kidnapping. Harry a été effondré. Je veux dire, vraiment effondré. »

Une fois encore, Draco releva sa tête vers Ayase afin d'étudier les yeux noisette qui le regardaient.

« On a eu peur pour sa santé, je te l'avoue. Il refusait de manger, de parler. Pendant des semaines, il ne faisait rien d'autre que ruminer dans son coin. Gideon a cru qu'il allait quitter la meute. Nous avons craint qu'effectivement, il ne s'en aille sans peut-être revenir. J'ai essayé de lui proposer d'autres Présentations mais il a toujours refusé. C'était toi qu'il voulait, toi qui hantait ses rêves, et seulement toi. »

Ayase soupira.

« Il était certain que tu étais en vie, quelque part. C'était comme s'il entendait ton appel, m'a-t-il dit un jour. Il voulait partir à ta recherche. On a réussi à lui faire comprendre, Remus en tête, que cela ne servirait à rien. Les mois ont passé, sa mélancolie est restée mais il allait mieux. On espérait tous que petit à petit, il finirait par surmonter ça. Et puis... »

Ayase sourit au garçon contre lui.

« Et puis je t'ai retrouvé, Draco. Et j'ai su qu'enfin, Harry serait heureux. Je savais qu'il finirait par te séduire, par s'unir avec toi, et qu'il était ce qui serait le mieux pour toi. Il t'avait attendu pendant si longtemps. »

Draco lui rendit son sourire.

Ainsi, Harry avait vécu quelque chose de fort, lui aussi, pendant toute cette longue année de torture. Mais maintenant, ils étaient enfin réunis et plus rien ne pourrait les séparer.

« Ayase, j'ai tant rêvé de lui quand j'étais avec eux. Est-ce que je l'appelais, pour de vrai ? Est-ce qu'il m'entendait ? »

Ayase réfléchit un instant.

« Je l'ignore. Peut-être, peut-être pas, comment savoir ? Nous sommes des créatures magiques, doublement dans notre cas. Si vraiment tu l'appelais et qu'il t'entendait dans ses songes, alors je suis encore plus responsable de ta peine, car nous l'avons convaincu de ne pas se lancer à ta recherche. Peut-être que s'il l'avait fait, ton calvaire aurait pris fin plus tôt. »

Ce fut au tour du plus jeune Oméga de réfléchir.

« Non. Ne t'en veux pas. Si Harry m'avait retrouvé quand j'étais dans la meute, ils l'auraient tué et j'aurais perdu à jamais mon âme-sœur. Alors, au fond, la réponse n'a que peu d'importance. L'important c'est que nous soyons ensemble aujourd'hui. »

Les deux Omégas ne parlèrent plus. Rapidement, Ayase s'assoupit, prenant enfin un peu de repos maintenant que les nausées s'estompaient. Draco ne bougea pas, le laissant s'endormir totalement.

Une fois fait, il se leva sans faire de bruit, quitta la maisonnée et se dirigea rapidement à leur tente. Un curieux sentiment l'étreignit alors qu'il se saisissait des pierres aller-retour qui lui appartenaient.

Il était un Monoïque accompli, un Oméga uni. Un homme adulte et responsable par bien des côtés. Il allait retourner au Temple afin de faire ce que lui avait demandé Ayase. Cela ne faisait pas si longtemps qu'il l'avait quitté et pourtant, tant de choses avaient changé.

Peut-être que sa vie allait enfin devenir un peu plus calme, désormais ?

En attendant, Draco se sentit serein et plus âgé qu'il ne l'était réellement alors qu'il faisait tournoyer les pierres dans sa paume. Oui, malgré ses seize ans à peine, il était un homme, un vrai, comme son père l'avait un jour souhaité... même si ce n'était sans doute pas de la façon dont Peter l'aurait voulu.

Il y eut comme un souffle dans la pièce alors que le corps de Draco disparaissait.

… … …

À suivre

… … …