Bêta : Nanola

NDA : il n'y aura pas de publication dimanche prochain, désolée, mais comme vous le constatez, en ce moment, c'est chaud ^^"


Chapitre 41

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Ces gens du passé


Le plafond de la salle était haut, richement décoré de peintures et d'or. L'homme n'avait jamais compris l'intérêt de peindre des foutus plafonds. Un plafond, c'est fait pour protéger de la pluie et du froid, point, pas pour être une œuvre d'art !

De toute façon, il n'avait jamais trouvé l'art particulièrement intéressant, ne l'avait jamais compris.

Pas comme son fils, son ange absent. Lui aimait l'art, sous toutes ses formes. Y compris la danse comme il l'avait découvert par la suite.

Il n'avait jamais compris son fils non plus, songea l'homme avec un regain d'amertume.

Pourtant, cela faisait plus d'un an qu'il essayait de comprendre son enfant, de le faire vivre à nouveau, au moins dans son cœur si ça ne pouvait être à ses côtés.

Draco avait toujours été un cadeau des Dieux, et il n'abandonnerait jamais, il passerait le reste de sa vie à essayer de le retrouver, à tenter de comprendre celui qu'il était et ce qu'il lui était arrivé depuis cette nuit maudite.

Peter poussa un lourd soupir fatigué tout en reculant le livre qu'il lisait depuis des heures dans cette salle immense, froide et au plafond honteusement décoré.

Il avait parcouru des kilomètres et des kilomètres, voyagé au-delà des frontières qu'il connaissait, traversé des villes, des villages... des capitales.

Aujourd'hui, il était au centre du Monde Libre. Draco aurait tant aimé venir ici, faire toutes ces découvertes, lui-aussi. Il avait été si avide de savoir, de culture.

Sa main se leva pour venir se crisper sur le collier et le médaillon en or gravé au nom de son fils qui ne quittait jamais son cou balafré. Peter se reprit, comme à chaque fois qu'il pensait à son enfant au passé. Non, Draco aime le savoir, il aime la culture, l'art, la danse. Il aime les fruits frais et la douceur de la confiture sur une tartine beurrée, il aime la belle saison et les papillons verts qui volent au-dessus des fleurs du jardin de Pomona. C'est un garçon bon, aimable et aimant. Son enfant.

Les poings serrés, la gorge nouée, l'homme reprit avec hargne sa lecture. Ces registres étaient indigestes au possible mais c'était là qu'il lui fallait chercher la meute de Werwulfs maudits qui lui avait ravi sa femme, deux de ses filles et peut-être son fils. Là qu'il pourrait lire les comptes-rendus du procès. C'était ce qu'il avait appris, à Godric. Si Draco avait été enlevé par Fenrir Greyback, alors ce dernier avait été capturé et exécuté. Et là, au milieu de ces feuilles, se trouvaient peut-être les réponses à ses questions.

« Peter Bones, de la vile de Chourave, Royaume de Poufsouffle ? » résonna une voix grave derrière lui.

L'ancien soldat se retourna tout en se redressant, suspicieux. Un homme habillé de noir, entouré de gardes dévolus à l'Empire, lui faisait désormais face.

« Oui. »

« Au nom de l'Empire et de nos quatre souverains, vous êtes en état d'arrestation pour vol d'enfant et séquestration de Monoïque. »

… … …

Le brouhaha de la ville semblait sans fin, pourtant, ce n'était pas cela qui interpellait Draco alors qu'il tenait fermement la main de son amant dans la sienne. C'était les couleurs, les odeurs, mélanges intrigants de parfums qui titillaient ses sens.

Godric était plus grande que Helga, mais surtout, elle semblait plus vivante, plus vibrante.

À moins, comme se dit le garçon, que ce ne soit dû qu'à cet immense marché, le plus important du Monde Libre d'après Remus.

Ici, sur l'immense place et les non moins imposantes halles, s'étalaient les richesses de tout l'Empire. C'était là, durant les quinze jours ininterrompus d'achats, de ventes et d'échanges que les différents membres du monde, ou tout du moins de Gryffondor, se rencontraient.

La meute de Gideon était là, comme chaque année. Et comme chaque année, les gens se battaient pour avoir leur sel au goût particulièrement apprécié, notamment sur les tables des quatre souverains, mais aussi leurs poissons séchés, leurs bijoux en nacre et leurs perles.

Draco avait été surpris par cette foule, plus encore de voir que les habitants de cette ville ne tremblaient pas devant des Loups-garous. Ce n'était pas toujours le cas des habitants des autres royaumes. Mais ici, dans tout le royaume de Gryffondor et plus encore à Godric, les Werwulfs étaient acceptés. Voire, en ce qui concernaient ceux de la Garde Royale, vénérés.

Harry et Remus avaient décidé que leur groupe se rendrait de suite à la rencontre de leur congénère de la Garde, justement. Ainsi, à peine avaient-ils atteint les remparts de la ville qu'ils s'étaient dirigés vers la caserne dédiée à cette unité d'élite.

Draco avait été tendu. Il allait revoir pour la première fois ses anciens prétendants et craignait cette rencontre. Néanmoins, toutes ses appréhensions s'étaient révélées sans fondement. La délégation de la meute des Rives du Sud avait été accueillie dans la joie, la bonne humeur et l'amitié. Draco avait même pu parler plus librement avec Egill, Grímr, Úlfr et Vargr, bien plus agréables et accessibles maintenant que le stress de la compétition était passée. Avec eux, Draco avait compris ce que Gideon, Charlie et tant d'autres lui avaient expliqué à l'époque. C'était vrai, il aurait été choyé ici, et sans aucun doute aimé et respecté par son vainqueur.

Cette constatation, sans lui faire regretter le moins du monde ses choix ou son amant, lui mit un étrange baume au cœur. Depuis son union, Draco avait le sentiment que, une à une, chacune de ses plaies et blessures à l'âme se refermait doucement.

La délégation dormait donc ici, avec la meute de la Garde Royale, et passait ses journées sur le gigantesque marché, soit pour vendre, soit pour acheter. Cependant, comme tous l'avaient prédit, un des membres de leur délégation ne quitta bientôt plus la meute de Godric : Ginny.

Malgré les reniflements dédaigneux de Charlie et ses frères, les inquiétudes de leur mère, la jeune et fougueuse louve avait décrété qu'elle accompagnerait la délégation afin de revoir l'homme qui l'avait séduite et avec lequel elle n'avait cessé de correspondre depuis, à savoir Egill.

Draco releva le nez vers Harry, tout sourire, alors qu'ils déambulaient parmi les marchands. Ils avaient décidé de s'accorder une trêve. Aujourd'hui était pour eux, ils parcouraient le marché pour leur satisfaction personnelle, pas pour la meute. Harry lui avait aussi proposé de manger le midi au marché et le soir dans un restaurant avant de se promener en amoureux dans la vieille ville.

Le jeune Oméga était aux anges. Cette journée avec Harry, il l'attendait depuis leur cérémonie d'union.

En effet, une fois les trois jours de lune de miel finis, la vie dans la meute avait repris ses droits. Harry était très sollicité, que ce soit à la pêche, aux salines, dans les champs au vue de la saison et enfin, en raison de sa reconnaissance officielle en tant que Parvis Alpha.

Gideon le voulait près de lui le plus possible et à chaque réunion du conseil de la meute. Harry partageait avec lui chaque décision, chaque conseil, chaque avis ou demande.

Combiné à ça le fait que Draco, de son côté, devait veiller sur Ayase, Asami et que deux bébés étaient nés, à savoir le fils de Remus et Tonks et celui de la grande sœur d'Olivier, le jeune Oméga n'avait pas pu passer beaucoup de temps seul avec son époux.

Ayase avait été très malade. La grossesse le rendait plus que nauséeux, il avait perdu du poids malgré la présence de Draco à ses côtés et les remèdes du Temple. Un peu avant la pleine lune, Draco avait été dans l'obligation de demander de l'aide à ses maîtres. Deux Monoïques étaient venus pour le soutenir dans les soins à son ami. Ayase, en plus du fait d'être malade et affaibli, était angoissé au possible à l'idée de perdre son bébé durant la pleine lune. Seule la présence de ses frères avait réussi à le calmer.

Cela n'avait pas été tout à fait du goût de Charlie. Depuis sa brutale compréhension des relations entre Monoïques, il avait vu l'arrivée de ces derniers auprès de son compagnon d'un mauvais œil. Son sentiment d'impuissance devant l'état de santé et du moral d'Ayase n'avait rien fait pour arranger son humeur. Malgré cela, Charlie avait pu constater de lui-même qu'Ayase se portait mieux en leur présence. Le Bêta en avait été profondément malheureux, se jugeant totalement inutile.

Draco avait donc été dans l'obligation de lui remonter le moral et de prendre soin de lui également. Harry l'avait assisté dans cette tâche qui avait eu pourtant un effet secondaire pour le moins négatif sur leur propre couple. Outre le fait qu'ils ne se voyaient plus beaucoup, Harry était devenu atrocement jaloux, lui aussi, des autres Monoïques.

À chaque fois que Draco partait au Temple ou les rencontrait, le mâle devenait agressif, quand bien même Draco lui avait expliqué ce qui se passait au Temple et ce que lui en pensait, à savoir qu'ils ne trompaient pas leurs époux. Ils apprenaient simplement aux plus jeunes, leurs accordaient du plaisir ou du réconfort quand ces derniers le désiraient.

Ils s'étaient disputés à ce sujet, le summum ayant été atteint le jour où Harry était devenu également jaloux d'Ayase et de la relation qu'il entretenait avec Draco. Cette nuit-là, le dominant dormit seul sur le canapé.

Ce n'était d'habitude pas le cas quand Draco était en contact avec les Monoïques. Au contraire, la jalousie de Harry ne trouvait d'apaisement que lorsque Draco lui démontrait de façon claire que son cœur, ainsi que son corps, n'appartenaient qu'à lui. Si le jeune soumis n'appréciait pas la jalousie en elle-même de son compagnon, sa fougue, son désir et le plaisir qu'ils en retiraient ensuite pendant toute la nuit lui convenait parfaitement. Pas cette fois-là. Le simple fait que Harry critique sa façon de faire avec Ayase, le temps qu'ils passaient ensemble ou leurs chastes câlins, lui avait hérissé le poil. Un grondement sourd était sorti de sa gorge, avant qu'ils ne s'engueulent copieusement. Mais Draco n'avait rien lâché. Après sa nuit solitaire, Harry avait abdiqué et ils s'étaient ensuite dignement réconciliés sur l'oreiller.

Harry n'avait plus jamais rien dit au sujet d'Ayase, reconnaissant même qu'il avait été ridicule sur ce point. Il ne disait rien non plus pour le Temple, même si Draco savait que cela avait été plus dur pour lui à accepter. Ils s'étaient promis de tout se dire, y compris le jour où Draco agirait de cette façon-là au Temple. L'Oméga ne comptait pas rompre cette promesse, il voulait être le plus honnête possible avec Harry. Le dominant le méritait et lui l'aimait si fort qu'il ne voulait pas le trahir ainsi. À l'issue de cette discussion, Harry avait semblé être apaisé.

Les mois depuis son union avaient donc paru bien longs à Draco, dans le sens où il ne voyait pas assez Harry selon lui. Même s'ils se voyaient tous les jours, il se languissait de son mâle. Draco aussi s'était jeté corps et âme dans ses tâches, ce qui ne l'empêchait pas d'espérer que Harry et lui pourraient passer des journées juste tous les deux, en amoureux.

Avec l'annonce du départ de la meute pour le grand marché annuel ainsi que celui des festivités du solstice, un mois plus tard, le garçon avait été effondré. Harry devait s'y rendre, sur ordre de l'Alpha, afin de représenter la meute. L'annonce que Harry était devenu le Parvis Alpha de cette grande meute se ferait ainsi.

Draco avait pleuré dans les bras d'Ayase dont le ventre était devenu très rond malgré le peu de mois de grossesse et son manque de santé des premiers temps, certain que Harry ne voudrait pas de lui pour ces longs voyages.

Il s'était lourdement trompé. Harry ne voulait pas voyager sans lui, il lui avait même promis qu'après les fêtes du solstice, ils passeraient l'hiver juste tous les deux et feraient de cette façon ce fameux voyage de noces dont Draco lui avait tant parlé. Leur seule contrainte durant cette période hivernale était leur date de retour dans la meute, à savoir février, afin que Draco soit présent pour l'accouchement d'Ayase.

Une délégation avait été désignée afin de partir pour Godric. Certains reviendraient ensuite chez eux, d'autres continueraient leur voyage jusqu'aux fêtes du solstice. À cette date, d'autres Lycanthropes de la meute partiraient et tout le monde se rejoindrait aux frontières de Traverse, là où devaient se tenir les réjouissances de décembre.

Harry avait expliqué à l'Oméga que les Lycanthropes avaient plusieurs lieux de rencontre pour ces grandes fêtes, y compris en dehors de tout territoire d'une meute.

L'adolescent avait écouté, attentif. Ces fêtes étaient très importantes pour les Werwulfs, surtout quand elles coïncidaient avec une pleine lune. Elles duraient pendant une bonne semaine et nombre de Lycanthropes de tous âges venaient. C'était une occasion de partage, d'échange, y compris entre membres des meutes, d'autant que les soumis qui s'étaient déclarés disponibles devaient choisir leur dominant avant la fin de celles-ci.

À ce sujet, Lavande et Lancey étaient enfin officiellement en couple. Leur union aurait lieu après les fêtes. Quant à Ginny, elle s'était elle aussi déclarée, avant d'annoncer qu'elle partirait à Godric avec la délégation. Tout le monde savait donc parfaitement pourquoi.

Draco était heureux à déambuler ainsi dans les rues pavées de la ville. Harry l'embrassait de temps en temps, alors que les gens se retournaient souvent sur leur passage. Draco savait qu'il en était la cause. Voir un Monoïque était toujours une source de surprise et de joie pour les habitants du Monde libre, surtout en dehors des Présentations. Plusieurs marchands ou passants, notamment les vieilles femmes ou les jeunes mamans, venaient à lui pour lui embrasser la main ou lui demander une bénédiction pour leurs enfants. Le jeune homme y répondait continuellement par l'affirmative, ce malgré les quelques grognements de Harry quand des hommes faisaient de même. Mais l'Oméga n'était pas dupe. Le dominant transpirait de fierté, voire de vanité, à marcher ainsi aux côtés d'un Monoïque, montrant à tous qu'il en était l'époux et qu'il avait donc réussi l'exploit de séduire l'un de ces êtres si recherchés.

Draco resserra sa prise sur la main de son compagnon, avant de lui offrir un grand sourire.

« Tu es heureux, Draco ? »

« Très. »

Harry lui rendit un sourire resplendissant, il se pencha et l'embrassa de nouveau sur ses lèvres roses.

… … …

« Parvis Alpha, tu es sûr de ton choix ? »

« Certain, Remus. De toute façon, c'était convenu comme cela avec Gideon, il est parfaitement au courant. »

Remus jeta un regard soucieux à son futur Alpha.

« Vous n'êtes pas très nombreux... »

« Nous le sommes suffisamment. Vous non plus, vous n'êtes pas très nombreux, et en plus, c'est vous qui avez toutes nos provisions et notre recette, » fit remarquer avec justesse Harry.

Il donna une accolade à son ami.

« Ne t'inquiète pas, Remus, tout se passera bien et nous nous reverrons pour les fêtes. »

L'homme hocha la tête.

« Je m'inquiéterai toujours un peu pour toi, Harry, d'autant que c'est la première fois que vous vous retrouverez ainsi, en meute nomade. Mais je suppose que c'est ainsi, vous grandissez, et même si je vois toujours les louveteaux que vous avez été, ce n'est plus le cas. Vous êtes des hommes. Bien, nous nous reverrons alors aux fêtes, si Dora et les petits peuvent venir. Sinon, je te dis à dans plusieurs mois. »

Ils s'embrassèrent puis se séparèrent, chacun rejoignant le groupe dont ils prenaient la tête.

Celui de Remus retournait vers les Rives, tout aussi chargé ou presque qu'à l'aller. Ce n'était plus du sel ou du poisson dans les sacs et les carrioles, mais du sucre, du chocolat, du café, des épices et différentes sortes de tissus. Ils étaient, quoi qu'en dise Harry, bien plus nombreux que son propre groupe qui lui voyagerait sur les Terres de Gryffondor et d'Espérance avant d'aller au lieu de fête pour le solstice.

Harry et Draco voyageraient en la compagnie de Ron et de Hermione, comme de bien entendu, mais aussi en celle de Lancey et Lavande, ainsi que de Ginny et Egill, en couple reconnu depuis la veille. Lancey disait au revoir à son frère, Geoffrey. Quand Draco s'était rendu compte, aux Rives, que les deux frères Hooper faisaient parti du voyage, il en avait gémi de désespoir. Un Hooper était déjà difficile à supporter, alors deux ! Pourtant, il s'était avéré que Lancey et Geoffrey étaient mutuellement leur victime préférée, laissant ainsi en une paix toute relative les autres membres du groupe. Les frères se séparaient désormais, chacun partant dans une direction opposée.

« Bien, » lança Harry joyeusement. « En route ! »

Les quatre couples se mirent en branle, sur leurs deux jambes. Ils traversèrent les remparts de Godric, Draco ne cessant d'admirer une dernière fois la ville alors qu'ils le faisaient. Tout comme à Chourave et même Helga, les alentours de la ville étaient composés de champs, de vergers et de petits villages d'agriculteurs.

Peu à peu, les chemins délaissèrent leurs pavés pour de la simple terre battue, puis devinrent de plus en plus étroits alors qu'ils s'éloignaient des dernière habitations. Enfin, le petit groupe pénétra dans une forêt clairsemée puis s'enfonça en elle, la rendant de plus en plus sombre.

L'automne quittait le Royaume de Gryffondor, cela était visible ici et plus encore alors qu'ils montaient vers le Nord, en direction d'Espérance.

Bien qu'il ne le désire nullement, ce voyage rappelait à Draco celui qu'il avait fait avec son ancienne meute à cette période de l'année. Compagnon-Loup avait beau le gronder, rien n'y faisait.

Cela faisait quelques jours que le groupe s'était séparé. La forêt était belle malgré la saison, le temps encore doux dans la journée bien que les nuits soient fraîches. Draco semblait perdu, son regard gris fixant les flammes qui dansaient devant lui. Là encore, cela lui rappelait son ancienne meute.

Non, se secoua mentalement le garçon. D'accord il y avait un feu de camp, d'accord ils se transformaient pour chasser, mais le reste du temps, ils marchaient comme des hommes, prenaient leur temps, discutaient. Ils dormaient dans des tentes, une pour chaque couple, pas à la belle étoile. Les traces de leur humanité étaient encore là, ne serait-ce que dans les gamelles et les ustensiles qu'ils utilisaient.

« Tu te sens bien, mon p'tit loup ? »

Draco sourit à Hermione alors qu'elle passait l'un de ses bras par-dessus ses épaules.

« Ça va. Un peu fatigué. »

« Vraiment ? On marche trop vite pour toi ? » s'inquiéta de suite Harry qui lui tendait une gamelle pleine de ragoût.

« Non, rassure-toi, Harry, j'ai dû avancer bien plus vite... avant... »

Le garçon plongea son nez dans son bol, tout en touillant des morceaux de viande du bout de sa fourchette, sans rien ajouter de plus. Le silence se fit dans la petite clairière où ils s'étaient installés pour la nuit.

« Bon... » fit finalement Harry. « Mange, on ira se coucher tôt ce soir, d'accord ? »

Draco redressa un peu la tête, lui adressa un petit sourire avant de commencer à manger. Les discussions reprirent autour du feu, ainsi que les rires de Ginny et Egill, très amoureux.

Une fois sa pitance avalée, Draco lança un rapide « bonne nuit » à ses camarades et partit se réfugier dans sa tente. Il se passa un morceau de tissu humide sur le visage avant de se glisser sous sa couverture.

Il était allongé sur une peau de bête, comme avant. Les poings de l'adolescent se crispèrent alors qu'il fermait les yeux. Il ne voulait pas pleurer. Il tenta de s'imaginer Compagnon-Loup à ses côtés, bien réel. Nul doute qu'il lui mordrait les fesses pour le remuer un peu. Le passé était le passé, se noyer dedans ne changerait rien. D'autant qu'il n'avait rien à regretter, rien.

Malgré toute sa bonne volonté, le souvenir de son bébé perdu, puis de Daniel et d'Epsilon qui l'avaient laissé dans cette clairière le fit éclater en sanglots amers.

« Draco ? »

Harry venait d'entrer dans la tente, sans qu'il ne l'entende. Le garçon essuya rapidement ses joues, sans se retourner.

« Oui ? » marmonna-t-il en se raclant la gorge.

« Tu pleures ? Ça ne va pas ? »

« Non, » répondit Draco sur le même ton. Il se racla de nouveau la gorge avant de poursuivre. « Je veux dire, non je ne pleure pas, j'ai juste un chat dans la gorge. Je vais bien. »

Harry s'assit à côté de lui. Il enleva sa chemise, se passa lui aussi le linge sur le visage et le torse avant de s'allonger à son tour, le corps plaqué contre le dos de son époux.

« Un chat dans la gorge ? Vraiment ? Voilà qui est ennuyeux, surtout pour un Loup-garou, tu ne crois pas ? »

Draco sourit faiblement mais préféra ne pas se retourner.

« Sans doute, si, » murmura-t-il.

Les bras de Harry l'enveloppèrent avec tendresse puis le dominant fit basculer lentement le garçon vers lui. Draco nicha aussitôt son visage dans le cou de l'homme. Harry le câlina, lui embrassa le dessus du crâne.

« Draco, et si tu me disais ce qui te tourmente ? Tout allait bien à Godric, tu étais heureux. On pouvait passer du temps tous les deux, comme tu le souhaitais. Pourtant, depuis que l'on est parti, je te sens de moins en moins bien. Tu regrettes ? Tu aurais voulu, je ne sais pas, que les autres ne soient pas là ? Ou peut-être que tu voulais retourner aux Rives, avec Ayase ? »

La tristesse dans la voix de Harry, notamment sur les derniers mots, n'échappa pas à l'oreille attentive de Draco. Il embrassa la peau nue sous lui.

« Non, Harry, non je ne regrette rien. Je suis bien avec toi. »

Il se terra un peu plus contre le corps de son amant, ses mains s'arrimèrent aux épaules rondes.

« Je suis si bien avec toi, Harry, n'en doute pas une seule seconde. Je t'aime. »

Harry lui rendit son étreinte.

« Mais ? » demanda le dominant, cherchant à faire parler Draco, à se qu'il se confie à lui.

« Mais... » Draco se mordit la lèvre. Non, il ne voulait pas pleurer ! Il n'était pas faible ! « Mais... Asami me manque, » lâcha-t-il enfin d'une voix étranglée.

Harry écarquilla ses yeux de surprise. Il s'était attendu à tout, sauf à celle-là.

« Asami ? » répéta-t-il.

La tête blonde nichée dans son cou bougea pour acquiescer. Le cerveau de Harry se mit à bouillonner alors qu'il réfléchissait, cherchant à comprendre comment le fait qu'Asami ne soit pas là cause autant de détresse à son amant.

« Et... euh... il te manque vraiment ? Je veux dire, pourquoi il te manque à ce point ? Tu as l'air si malheureux, Draco... »

« Je... J'aime Asami, et ma nouvelle famille. Ils me manquent tous. Et puis, il va bientôt y avoir un nouveau bébé... »

Draco se tortilla, comme mal à l'aise. Harry lui caressa le bras, les cheveux, l'esprit toujours en alerte.

« Tu sais, Charlie ne voulait pas de bébé après Asami. C'était dommage parce que lui il est très content d'avoir un petit frère ou une petite sœur. »

Harry se figea un instant avant de reprendre ses caresses.

« Draco, nous aussi on aura une famille, des enfants. On en a déjà parlé et je n'ai pas changé d'avis. Je veux des enfants avec toi. Mais pas tout de suite, tu es encore trop jeune et... »

L'homme brun stoppa brusquement alors qu'un nouvel éclair de compréhension le frappait. Il déglutit, chercha un instant ses mots.

« Tu auras tes bébés, Draco, je te le promets, » reprit-il d'une voix très douce tout en accentuant ses caresses. « De beaux bébés, forts, vigoureux et en pleine santé. »

« Tu n'en sais rien, » murmura Draco en fermant douloureusement ses yeux.

« Je le sais. Mon amour, tu as pu porter la vie dans des conditions atroces. Ce n'était pas ta faute si... enfin, je veux dire, tu étais maltraité et... Draco, je ne suis pas à ta place, je ne peux sans doute pas comprendre cette perte, c'est vrai, mais ce qui s'est passé l'année dernière, c'était sans doute ce qu'il y avait de mieux pour toi et cet enfant. Vous n'auriez pas survécu dans cette meute. Et si tu as pu être enceint avec eux, alors si, je sais que tu nous feras de beaux enfants. Je n'ai aucun doute sur ce point. »

Draco embrassa le creux du cou de son homme, ému par ses paroles maladroites.

« S'il était né, s'il était vivant, tu te serais quand même battu pour moi ? » chuchota-t-il à voix basse. « Est-ce que tu l'aurais accepté auprès de toi ? »

« Je me serai battu pour toi, oui, sans l'ombre d'un doute. Quant à l'enfant, j'aurais fait selon ton souhait. Si tu avais voulu le garder, alors je l'aurais élevé comme mon fils. Et si tu avais voulu le confier à une autre meute, alors je t'aurais soutenu. Parce que je t'aime, Draco. »

L'adolescent hocha la tête. Il bougea, se plaça dans une position plus confortable, la tête calée sur l'épaule de Harry.

« Merci, » souffla-t-il enfin.

Les yeux toujours clos, le garçon sentit comme un poids quitter son cœur. Ce bébé ne serait plus, jamais. Il n'avait même jamais été. Mais en cet instant, c'était comme s'il en faisait enfin son deuil.

Harry le caressait encore alors qu'il sombrait dans le sommeil.

Le lendemain, Draco se réveilla à l'aube. Il s'étira et décida de réveiller dignement Harry. Quand ils sortirent de la tente, un grand sourire aux lèvres et les cheveux de Harry plus ébouriffés que jamais, ce fut pour être accueillis par les moqueries de Lancey.

« Eh bien, on peut dire que vous avez été en forme ce matin, pas vrai ? Je ne savais pas que ta voix montait si haut dans les aigus, Draco. Et toi Harry, joli coupe de cheveux. Au fait, fait gaffe, ta braguette est ouverte, ce sera dommage qu'elle prenne froid après tant d'efforts. »

« Mais tu vas te taire, espèce de crétin ? » fit Draco, les joues rouges.

« Oh ! Draco est enfin de retour parmi nous ! Quel bonheur ! »

« Lancey, mon amour, la ferme, » lança Lavande en lui pinçant le flanc, faisant ricaner l'homme.

Malgré tout, Lancey se tut après un dernier clin d'œil complice à un Harry stoïque, qui avait quand même pris le temps de vérifier que sa braguette était bien fermée, contrairement à ce que lui avait dit l'abruti. Harry s'installa aux côtés de Draco. Hermione leur tendit une tasse de café à chacun, qu'ils burent ainsi, collés l'un à l'autre. Enfin, Harry l'embrassa doucement, tendrement, mettant ainsi des étincelles dans le ventre encore sensible du plus jeune.

« Je suis heureux d'être là avec toi, » murmura l'Oméga.

« Asami te manque moins ? »

Draco sourit.

« Oui, bien moins. Je pense que je vais pouvoir bien plus apprécier la suite de ce voyage. »

« Tant mieux. Mais si tu sens qu'il te manque de nouveau, lui ou quoi que ce soit d'autre, viens m'en parler tout de suite, d'accord ? »

« D'accord, » sourit Draco.

Néanmoins, la suite du voyage se déroula sans que cela ne se produise.

Leur groupe franchit les frontières d'Espérance mais ils décidèrent de ne pas se rendre à Traverse. Ron et les filles n'en voyaient pas l'intérêt. Harry et Lancey étaient sans opinion, Draco, lui, refusait d'y mettre un pied. Pour lui, Traverse était le lieu où Greyback avait été jugé, condamné et exécuté. Egill, le seul qui aurait aimé voir la capitale de l'Empire, se rangea donc à la majorité.

Draco émit par contre le désir de retourner à Poudlard et aussi à Pré-au-Lard. Il n'avait pas pu dire au revoir dignement à certains de ses amis et surtout, il avait très envie de revoir Poppy, Sirius, les professeurs Brûlopot et Dumbledore. Il expliqua aussi à Harry, une nuit, qu'il aimerait parler au professeur Snape afin d'avoir des nouvelles de sa mère biologique. Il avait bien envoyé des lettres à son professeur pour les lui faire suivre, mais il n'avait reçu qu'une seule réponse de sa maman, peu après son arrivée dans la meute. Depuis, il n'avait aucune nouvelle de Narcissa, par qui que ce soit.

« Tu préfères que nous nous rendions d'abord à la clairière des fêtes, Harry, ou d'abord à ce Champ-au-Lardon ? »

« Pré-au-Lard, Ron ! » fit Draco en levant les yeux au ciel.

« Oui, bon, ça ressemble, » bougonna le dominant. « Alors, on fait quoi ? »

« On pourrait sans doute s'arrêter avant les fêtes. On a du temps devant nous alors si ça peut faire plaisir à Draco, » proposa Harry.

« D'un autre côté, une ou deux nuits dans une auberge ne serait pas de refus, » fit à son tour Lavande alors qu'elle se brossait les cheveux d'un air désappointé. « Puisque ce sont des Mages, ils auront un peu plus de confort. J'avoue que je rêve d'un bain chaud et d'un peu de repos dans un bon lit. »

« Lavandounette, tu es bien douillette, » la taquina Lancey.

Draco soupira en se détournant du couple qui se chamaillait gentiment. L'Oméga n'avait pas prévu d'aller à Pré-au-Lard ou Poudlard quand il avait préparé son voyage. Il n'y avait pas pensé lorsqu'ils étaient encore dans la meute, ni même à Godric. Étonnamment, c'était Remus lui-même qui lui avait mis l'idée en tête quand le Loup-garou l'avait interrogé sur la question. Draco avait été surpris, n'ayant en réalité pas réalisé que leur petit voyage vers les festivités du solstice les conduirait à un ou deux jours seulement de marche de ces lieux si chargés en souvenirs et émotions pour lui. Néanmoins, il avait rapidement secoué la tête, en négation, quand Remus lui avait demandé s'il comptait s'y rendre. Remus l'avait ensuite encouragé dans cette voie, lui soutenant que c'était bien trop tôt pour lui de s'y rendre à nouveau.

L'insistance du Lycanthrope ne l'avait pas interpellé sur le moment, pourtant, plus ils se rapprochaient du village et de l'école des Mages, plus le garçon s'interrogeait. Pourquoi Remus avait-il insisté de la sorte ?

Sa curiosité naturelle était piquée au vif, et bien qu'il sache que cela n'était pas toujours sans risque, l'envie de retourner en ces lieux le taraudait méchamment.

« Draco ? »

L'adolescent redressa son nez, réalisant que tous le regardaient.

« Euh... oui ? »

« Cela fait deux fois que Harry te demande si tu préfères qu'on y aille avant, » s'impatienta Egill.

« Oh ! Pardon, je réfléchissais. Oui, j'aimerais beaucoup, » répondit enfin l'Oméga, faisant sourire Hermione.

« Toujours un peu dans la lune, ce petit, » dit-elle avec douceur.

« Je ne sais pas si c'est une bonne idée, » fit cependant Ginny. « Après tout, les Mages de ce pays ne sont pas comme les Gryffondors, ils n'aiment pas vraiment ceux de notre race. En plus, la dernière fois qu'ils se sont retrouvés confrontés à une meute, eh bien... » son regard se fit lourd de sens, « on ne peut pas dire que cela se soit bien passé. »

« Non, c'est même un euphémisme, » dit Draco avec aigreur. « Je te rappelle que j'y étais. »

« Je le sais bien. D'où mon inquiétude. Ils pourraient croire que nous sommes comme eux. »

Draco fut étrangement reconnaissant à la louve de ne pas prononcer le nom maudit de son ancien Alpha. Même s'il lui en coûtait d'admettre que Ginny pouvait avoir raison, il savait tout autant que son raisonnement n'était pas dénué de sens. C'était aussi l'un des arguments qu'avait utilisés Remus, nota-t-il soudain.

« Au contraire, » fit Ron à son tour avec sa bonhomie coutumière. « Ils vont reconnaître Draco, ils savent bien qu'ils n'est pas un mauvais Lycanthrope ! »

Après quelques palabres, Harry se redressa du tronc d'arbre abattu sur lequel il s'était assis.

« Bien, même si je comprends tes doutes, Ginny, je préfère que l'on s'y rende maintenant. Draco a très envie de retourner là-bas, nous sommes tous curieux de voir ne serait-ce que de loin cette école si extraordinaire dont tous les Mages se vantent. Et ce n'est pas quelques jours de plus ou de moins qui changeront quoi que ce soit à la suspicion possible des habitants envers une meute de Loups-garous errante. Alors autant y aller avant les fêtes ! Lavande a raison, de bons bains chauds ne nous ferons pas de mal ! »

Sur ces paroles, ils levèrent le camp et partirent en direction de Pré-au-Lard et Poudlard. Alors qu'ils avançaient, Draco sentait l'excitation l'envahir... ainsi qu'une certaine angoisse sourde qu'il n'arrivait pas à comprendre.

… … …

Peter tournait en rond, tel un lion dans sa cage tandis qu'il arpentait une nouvelle fois la petite pièce sombre dans laquelle il se trouvait depuis ce qui lui semblait des semaines, voire des mois. Ce n'était pourtant pas le cas, du moins pour ces derniers.

Son geôlier lui avait annoncé qu'une visite lui était annoncée. L'ancien officier avait retrouvé un peu d'espoir à ces mots. Après son arrestation, il lui avait semblé que sa vie tournait au cauchemar, une fois encore.

Il avait été entendu par trois juges puis enfermé dans cette cellule dans l'attente, lui avait-on dit, de son véritable procès.

De ce que Peter en avait compris, ce qu'il avait fait durant la nuit du 5 juin 1580 n'était plus un secret et l'enfant qu'il avait arraché des bras de cet être étrange, était bien un Monoïque. Mais faisant fi de ses suppliques, les juges avaient refusé de lui dire ce qu'il était advenu de son enfant, s'il avait été avec Greyback, s'il était toujours vivant, quelque part.

Peter se rassit avec désespoir sur sa paillasse. Le fait que Draco soit effectivement un Monoïque n'était pas une surprise pour lui. Au fur et à mesure que Draco grandissait, les doutes avaient aussi grandi dans son cœur. Il n'avait jamais voulu admettre la vérité, même si cette maudite Présentation de Chourave l'avait mise en première ligne. Malgré cela, Peter avait toujours eu l'infime espoir que non, il n'avait pas enlevé un Monoïque cette nuit-là, qu'il n'avait pas privé l'un de ces êtres sacrés de sa destiné. Il ne voulait pas avoir commis ce crime.

Puis alors les souvenirs de la créature et du bébé, de Caroline et du berceau vide, de son petit garçon, si beau, si doux, qu'il aimait par dessus tout même s'il ne le comprenait pas toujours, lui broyaient le cœur.

L'homme serra les poings avec rage alors que sa voix rauque se faisait entendre dans le silence pesant de la pièce.

« C'est mon fils ! Mon fils ! Je me moque de ce que vous pouvez bien dire, c'est mon enfant ! Vous entendez !? »

Des bruits de pas, suivis du cliquetis de la serrure de sa porte en fer le firent se redresser. L'homme adopta de suite une posture fière et guerrière. Au diable les accusations, il restait un soldat, un officier de la Garde Royale de son Altesse de Poufsouffle. Il n'était pas un vulgaire manant ou un bandit de grand chemin.

La porte s'ouvrit, révélant une forme sombre qui portait un lourd manteau dont la capuche recouvrait la tête. Peter fronça les sourcils. L'être marchait d'un pas si léger qu'elle semblait flotter au dessus du sol.

« Votre fils ? Vraiment ? » fit alors une voix derrière la forme noire.

… … …

Les jeunes gens marchaient d'un pas rapide dans les ruelles sombres et désertes. La nuit était tombée, le mauvais temps venant avec elle. Il faisait froid, le brouillard était épais et nul doute que la pluie, peut-être même la neige, était en chemin.

« Alors, c'est par où ? » demanda Hermione.

« Là-bas. Les Trois Balais est plus agréable, je l'admets, mais je préfère que l'on s'annonce à la Tête de Sanglier. Le propriétaire est le frère du directeur de Poudlard, et c'est lui qui m'a sauvé. C'était là aussi que Megan et Ralph avaient dormi, » répondit Draco de sa petite voix fatiguée.

Harry se retourna, soucieux. Son amant était pâle. Il lui avait pourtant pris sa charge et avait veillé à ce qu'il soit bien couvert. Sans rien dire, il accéléra le pas dans la direction qu'avait indiqué Draco. Le futur Alpha savait que ce n'était pas de la fatigue physique qui mettait Draco dans cet état. Du moins, pas seulement. Le fait qu'il parle de Ralph et Megan en était l'un des signes les plus évidents. Draco était anxieux et plus que tout, il mourait d'envie d'avoir des nouvelles de ses anciens compagnons.

Cette constatation renforça Harry dans l'idée qu'il avait choisi la meilleure solution. Leur visite à Pré-au-Lard n'était que le début, la première étape dans sa recherche des deux fuyards de la meute de Greyback. Draco avait besoin de savoir ce qu'ils étaient devenus. De la même façon, il fallait qu'ils aillent à Poufsouffle afin de retrouver sa sœur et son père. Certes, le temps leur était plus que compté, étant donné qu'ils devaient être de retour aux Rives du Sud courant février, Draco voulant absolument être présent pour la naissance du bébé d'Ayase et Charlie, prévu en mars.

Tant pis, pensa-t-il une nouvelle fois. Ils pourraient peut-être avancer un peu dans les recherches, peut-être même retrouver Megan et Ralph, et ensuite, partir pour Poufsouffle à l'automne suivant. Gideon ne serait pas ravi mais le bien-être de Draco passerait avant.

Ils arrivèrent enfin devant l'étable dont les larges fenêtres faites de petits carreaux de verres jaunâtres éclairaient la ruelle.

Harry soupira alors que les filles faisaient une moue dubitative devant l'aspect peu engageant de l'établissement.

« C'est mieux à l'intérieur, promis. Et on y mange très bien ! » soutint Draco, cette fois l'impatience palpable dans sa voix.

Egill haussa une épaule, puis, sans s'attarder davantage, il frappa lourdement à la porte avant d'entrer.

Il savait que son allure imposerait un minimum de respect. Il avait gardé son manteau de la Garde Royale de Gryffondor avec les armoiries de la classe d'élite de Godric. Certes, l'emblème à tête de loup brodé à côté indiquait aussi clairement sa nature mais il savait tout autant que peu le remarquaient de prime abord en dehors de leur propre Royaume. Et quand bien même, les Loups de Godric étaient respectés et craints dans tout le Monde Libre.

En effet, son entrée coupa court aux discussions et rires gras de la grande salle. Tous les visages se tournèrent vers le grand soldat qui pénétrait dans la pièce.

Le fait qu'il soit suivi de camarades bien moins prestigieux fit également froncer des sourcils mais les choses avait été placées.

« Eh bien, un soldat de Godric, de son Altesse lui-même. Que me vaut l'honneur ? » demanda un homme à la barbe grise en s'avançant vers eux.

Les Lycanthropes surent de suite que l'homme, comme tous ceux présents ici, était un Mage.

« Nous sommes venus de très loin, afin de vous rencontrer, si vous êtes bien Abelforth Dumbledore, » déclara Harry d'une voix claire en s'avançant vers lui.

Le Mage croisa ses bras sur sa forte poitrine, ses sourcils broussailleux collés l'un à l'autre dans la suspicion.

« Oui, c'est bien lui, Harry, » fit alors Draco en enlevant la capuche qui lui recouvrait la tête, dévoilant sa longue chevelure blonde.

Des exclamations de surprises se firent entendre dans la salle, Abelforth poussa un cri proche du rugissement et s'approcha du garçon afin de le prendre dans les bras.

« Draco ! Mon garçon, comment vas-tu ? J'étais si furieux contre mon imbécile de frère quand j'ai su que tu étais parti précipitamment, sans même venir nous dire au revoir ! »

Draco sourit et s'extirpa de l'étreinte de fer dont il était l'objet de la part du Mage.

« Je vais très bien. Je vous présente des amis, ils viennent de ma nouvelle meute, à Gryffondor. Enfin, sauf Egill qui un ami de la Garde de Godric. Et lui, c'est mon époux, Harry Potter, » expliqua Draco, visiblement ému.

Il était revenu quelques fois à Pré-au-Lard lors des sorties autorisées aux élèves le week-end. À chaque fois, il était passé voir ceux qui l'avaient aidé dans la clairière, les premiers à l'avoir sauvés, Abelforth en tête, ainsi qu'Ambrosius et Aglaé qui tenaient la boutique de sucrerie.

« Mais regardez-moi ça ! » s'exclama une femme outrageusement maquillée. « Le petit loup est devenu un Monoïque dans toute sa splendeur ! Les rumeurs étaient donc vraies. »

Draco jeta un regard interrogateur à Abelforth.

« Tu ne peux pas te taire un peu ? Tu as du travail, Anabella ! »

Il soupira et continua.

« Après ton départ, le fait que tu sois né Monoïque est devenu une certitude. Parce que certains doutaient encore avant cela. Le procès de Greyback avait fait couler de l'encre, des questions s'étaient posées ici et puis bon, beaucoup dans le coin ont radoté sur ta supposé lignée. Tu sais, une certaine famille de Serpentard. »

« Ah ! Supposée ? J'espère que tu plaisantes, vieux bouc ! Ce n'est pas pour rien si l'épouse Malfoy est morte ! Tout le monde se doute que c'est son mari qui l'a tuée ! Même le fils y serait mêlé ! » s'écria la dénommée Anabella alors qu'elle servait à boire de grosses pintes de bières à une table.

« La ferme, pétasse ! » cria Abelforth.

Le manteau que Draco avait enlevé de ses épaules tomba au sol. Ses traits s'affaissèrent alors que sa peau devenait proche du cadavérique.

« Que... Quoi ? » s'écria-t-il d'une voix stridente.

Abelforth lança un regard noir à son employée, il attrapa Draco par le bras et l'entraîna derrière le bar, vers une petite porte en bois crasseuse.

« Pas ici. Venez, vous autres, je vais vous conduire à des chambres pour la nuit. »

Le ton était sans appel et quand bien même, aucun Lycanthrope n'aurait eu envie de protester. Tous avaient senti le profond désespoir qui avait envahi Draco. En dehors de Harry, personne ne comprenait de quoi il s'agissait mais ils étaient bien certains que leur jeune Oméga venait d'apprendre une terrible nouvelle.

Draco se laissa entraîner dans un couloir, grimpa quelques marches et déboula enfin dans une autre pièce. Il savait, pour y être déjà venu, que c'était la salle où Abelforth prenait ses repas et où il se reposait quand l'auberge était fermée. Au dessus, il y avait sa chambre. Celles des clients étaient accessibles par une autre porte du couloir qu'ils venaient de traverser.

« Asseyez-vous, » offrit-il aux voyageurs en leur montrant une table, plusieurs chaises et tabourets ainsi que deux fauteuils autour d'une cheminée. « Je vais vous donner de quoi boire et manger, ensuite, je vous conduirai à vos chambres. »

« Abelforth, s'il vous plaît, qu'a dit cette femme ? Qui est morte ? »

Draco était affolé. Harry s'approcha de lui, l'entoura de ses bras afin de le calmer. Abelforth soupira une nouvelle fois tout en insistant d'un geste de la main pour que les Lycanthropes s'installent.

« Non, » protesta Draco en secouant la tête alors que Harry l'incitait à s'asseoir sur ses genoux. « Je veux savoir ! Alors, est-ce que c'est vrai ? »

« Draco, » fit Hermione d'une voix timide. « De quoi s'agit-il ? »

L'adolescent se retourna vers elle, les yeux brillants.

« Je veux savoir si c'est vrai ! Si c'est vrai que ma mère est morte ! Et si c'est vrai que mon salopard de père l'a tuée ! » hurla-t-il.

Harry l'attrapa et l'assit d'autorité sur ses genoux. Là, il le tint contre lui avec force alors que l'Oméga fondait en larmes.

« Chuut, calme-toi, mon cœur, calme-toi. Je suis là. »

« C'était ma maman, » pleura Draco. « Pourquoi, pourquoi tout ce que j'ai, on me le reprend ? Pourquoi ? »

Harry le berça tendrement tandis qu'Abelforth déposait sur la table une miche de pain, du fromage et de la charcuterie. Il prit aussi une cruche de vin, de l'eau et une bouteille de lait. Enfin, il s'installa et découpa des morceaux de pitance qu'il distribua aux jeunes gens tout en parlant.

« Ça c'est passé quelque temps après que tu sois parti. Tout le monde ici savait que le père Malfoy, le Lord, » se moqua-t-il en insistant sur le mot, « était furieux de ce qui s'était passé. Il paraît qu'il avait voulu te voir et convoquer Albus quand il a appris ta présence à Poudlard. Vous pensez bien que mon cher frère n'a pas pour habitude d'obéir à des ordres, encore moins quand il s'agit d'interférer dans ses petites affaires. Mais j'ai de grandes oreilles, je sais ce qui se passe dans les familles de Mages, même aussi éloignées que celles de Serpentard. Le gosse Malfoy avait fait trop de vacarme, ce p'tit con. Alors c'était difficile pour le père d'étouffer l'affaire. Quant à la mère, elle soutenait elle aussi que son fils, son petit Draco, était mort. Mais bon, personne n'a été dupe. Un Draco qui atterrit du ciel, beau comme un Sylphe, Monoïque, blond et du même âge que le Draco Malfoy mort durant les couches ? Personne n'y a cru. Et si une chose est sûre, c'est que ce n'est pas Lucius qui aurait sauvé son fils. Pas ainsi. Sans doute que beaucoup ont pensé qu'ils t'avaient abandonné, Draco, comme il est de coutume de faire avec les enfants Monoïques... mais... il était tellement furieux ! Alors c'était la preuve qu'il était pas au courant, qu'il te croyait réellement mort. Quant à ta mère... Et puis un jour, on a appris qu'il y avait eu un accident. »

« Un accident ? » bredouilla Draco en redressa son visage qu'il avait caché dans le cou de son époux.

Personne ne releva qu'Abelforth parlait de Narcissa Malfoy comme de la mère véritable de Draco.

« Eh bien, Narcissa Malfoy était une Lady, elle pratiquait de nombreux sports, dont la voile. Ils sont fous, ces Serpentards, faire du bateau sur leurs lacs, passe encore, mais sur leurs rives ? Toujours est-il qu'elle, son mari et son fils sont partis en week-end à l'Océan, loin du monde pour se détendre et s'éloigner des médisances, selon la version officielle. Elle aurait décidé de partir naviguer, seule. Elle n'est jamais revenue, on a seulement retrouvé l'épave de son embarcation échouée sur un rivage. Sauf qu'il s'est avéré par la suite que les cordes de la voile avait été entaillées et la coque fragilisée. Certaines de ses servantes, et de ses amies, ont clamé que jamais Narcissa ne partait seule et qu'elle détestait faire de la voile sur l'océan, d'autant qu'il y avait un vent violent ce jour-là. Mais Lucius, bien qu'il ait été entendu, s'en est sorti blanchi. Son fils aussi a été interrogé et il a défendu son père bec et ongle. Ils ont dit que Narcissa avait été très affectée par les ragots, que cela lui avait rappelé le décès de son enfant. Ils ont plus que laissé sous-entendre qu'elle s'était suicidée. Beaucoup le pensent aussi. »

« Ma mère ne se serait jamais suicidée ! » s'exclama Draco, les joues humides et les poings serrés. « Elle... elle m'aimait ! »

« Bien sûr, Draco, bien sûr, » le consola de nouveau Harry dans le silence revenu de la petite pièce.

Il se sentait totalement impuissant et aussi inquiet pour son compagnon. Cette nouvelle était-elle de mauvaise augure pour la suite ? Que se passerait-il pour Draco, sa santé et son moral s'ils découvraient que son père était mort durant l'attaque, si Megan et Ralph avaient totalement disparus ou si Peter et Laura le rejetaient à cause de sa nature ? Harry n'était pas sûr du tout que Draco le supporterait. Cela le briserait.

Pour autant, tandis que le garçon sanglotait contre son épaule, le dominant se reprit. Non, déjà, il était impossible que tout ceci se produise. De ce que Draco lui en avait dit, Laura ne rejetterait jamais son frère. Quant à son père, s'il était vivant, il ne le voyait pas rejeter son fils non plus. L'homme qu'il avait vu à Chourave était un homme en colère, mais parce qu'il ne voulait pas que des inconnus fassent potentiellement du mal à son enfant en dévoilant le secret de sa naissance. En ce qui concernait Ralph et Megan, il espérait les retrouver un jour. La jeune fille voudrait sans doute elle aussi savoir ce qu'il était advenu de Draco... non ? Quoi qu'il en soit et alors qu'il couvrait de baisers la tête blonde, Harry se persuada de plusieurs choses. Il fallait, plus que jamais au contraire, qu'ils retrouvent toutes ces personnes issues du passé de Draco. Malgré les apparence, Draco était fort moralement. Il l'avait prouvé en survivant à toutes les épreuves et atrocités que la vie avait mises devant lui, alors, quoi qu'ils trouvent, il ne s'effondrerait pas. Et surtout, lui serait là pour le soutenir.

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A suivre

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