Bêta : Nanola
NDA : Crevée, dormi 7 heures depuis vendredi, donc pardon si j'ai oublié des réponses aux reviews (surtout que ce p*** de site a encore buggué) ou si des boulettes de mise en page sont sur ce chapitre, mais là je vais vous dire bonne nuit et j'aviserai demain ^^"
Chapitre 42
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Retour à Poudlard
Benjamin,
Suite à ta visite en urgence, je te confirme ce que nous avons décidé lors de la réunion du Conseil.
Je compte sur toi pour que notre voix soit entendue et, cela va de soi, respectée à Traverse.
Par ailleurs, nous avons appris par Ayase que Draco et son mari sont partis voyager au Centre, leurs fêtes du solstice devant se dérouler sur cette terre. Sois donc vigilant sur ce point et fais-le intercepter si besoin. Il est sans doute temps pour lui de renouer certains liens.
Gabriel t'embrasse, mais il est urgent qu'Ivan te remplace à Traverse, il devient intenable tant tu lui manques.
Hylas
… … …
Peter écarquilla ses yeux alors qu'une autre forme se mouvait derrière la première. Autant celle-ci était sombre, autant celle qui avait parlé lui sembla claire. L'homme fit un pas en arrière, plus que surpris par la créature qui lui faisait face.
« Pourtant, Peter Bones, l'enfant que vous appelez votre fils n'est pas de votre sang, » reprit l'homme en avançant encore.
Peter se redressa un peu plus.
« De mon sang ou d'un autre, Draco est et restera à jamais mon fils, quoi que vous en pensiez, Monoïque ! »
Benjamin se mit à rire, son léger et incongru dans ce lieu sinistre. Sa tunique d'un rouge carmin laissait son visage entièrement découvert, elle était ouverte sur son ventre, laissant ainsi voir son tatouage ainsi que le pantalon long et large, d'un blanc crème, qui lui recouvrait les jambes.
« Et vous, Peter, quoi que vous en pensiez aussi, je suis heureux d'entendre ces paroles. Je suis Benjamin, Maître du Conseil et détaché ici à Traverse en tant que représentant des Monoïques. »
Peter fronça les sourcils, son regard se détacha du Monoïque et s'attarda vers la première silhouette, toujours silencieuse.
« Et vous, qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ? »
La forme souleva ses bras, enleva la lourde coiffe de sa cape, révélant des cheveux blonds et une peau pâle. Peter rata une inspiration. Non, impossible ! Pourtant, une certaine ressemblance avec Draco était bien là.
« Je suis comme vous, Peter, je suis ici pour mon fils. »
Puis, devant les yeux étonnés de l'homme, l'une des mains blanches sortit une chaîne en or du col de la cape, dévoilant un médaillon brillant qu'elle fit tournoyer devant Peter.
« Draco est aussi mon enfant. Et il est en vie. »
À ces mots, Peter porta sa propre main sur sa chaîne, serrant dans son poing le médaillon jumeau qui ne le quittait jamais.
« Il est en vie, mon fils est en vie. »
Puis Peter, officier de la garde Royale de Poufsouffle, homme fier et droit, se permit de pleurer sa joie devant ces inconnus.
… … …
Draco avait très mal dormi bien que la literie soit, de façon fort surprenante, confortable. Abelforth avait logé chaque couple dans une chambre, emplissant ainsi son établissement.
L'adolescent se regardait devant le miroir de la petite salle d'eau, perturbé. Ce corps, il le connaissait même s'il n'avait pas souvent l'occasion de se regarder ainsi en pied. Il avait pleuré la mort de sa mère toute la nuit, ne trouvant le réconfort et ensuite le sommeil que grâce à l'amour de Harry. Amour aussi bien émotionnel que physique. Transporté par ses coups de reins emprunts de douceur, il avait pu s'évader, oublier, pour enfin dormir une fois l'orgasme passé.
Son dominant n'avait tout d'abord pas voulu lui faire l'amour, disant qu'il était trop perturbé pour cela. Mais Draco avait fini par le convaincre du contraire. Il en avait besoin d'autant plus qu'il était perturbé.
Draco parcourut son corps de sa main, ses doigts longs et fins retraçant les lignes de son tatouage.
Ayase comme tous ses maîtres avaient raison. Ils étaient androgynes. Plus que cela, ils étaient comme les Sylphes, portant en eux les réminiscences des deux genres. Ils en étaient un troisième, à part. Son ventre, bien que mince, était comme ceux des femmes, un peu rond, un peu mou, fait pour porter la vie grâce à l'utérus qui s'y cachait.
Une femme, comme sa mère, comme ses mères, mortes toutes les deux. Et comme elles, il porterait lui aussi un jour la vie.
Est-ce que c'était à cause de cette nouvelle ? Ou parce qu'il avait pensé dernièrement à sa fausse-couche ? Toujours était-il que Draco avait de plus en plus envie d'avoir un enfant. Il soupira. Oui, c'était sans aucun doute une réaction face à la perte de sa mère.
Son regard fixé sur son ventre vide, le garçon vit une main plus brune envelopper la sienne.
« Tu es beau. »
« Merci, » répondit l'Oméga.
Il leva son visage et regarda dans le miroir l'homme derrière lui qui l'enlaçait.
« Harry, quand ? »
Le visage confus de l'homme le fit sourire.
« Euh... quand ? Quand quoi ? »
« Quand est-ce que tu me fais un bébé ? »
Ce ne fut plus de la confusion mais quelque chose qui ressembla étrangement à de la panique qui envahit cette fois le visage et les yeux verts de Harry.
« Euh, oulà, on va se calmer un peu, hein ? Je veux dire, on est pas pressé, on va prendre notre temps, tu es encore trop jeune et moi aussi de toute façon ! Gideon voudrait que je devienne l'Alpha d'ici quelques années et on a encore beaucoup de chose à vivre à deux, juste à deux, et puis un bébé, ça prend beaucoup de temps et ça demande des soins, je me sens vraiment pas prêt et... »
Harry prit un air piteux alors que Draco, contre toute attente, se retenait visiblement de rire.
« Et tu veux bien qu'on attende encore ? Je sais pas moi, quand tu auras plus de vingt ans ? » supplia presque le jeune homme. « Je te promets que je veux des enfants, mais pas tout de suite. »
Draco se retourna dans les bras du dominant.
« Oui, respire Harry, je crois que je ne t'ai jamais vu aussi proche de la panique ! »
Harry se mit à rire.
« Attends un peu de me voir le jour où tu me diras que tu es enceint, ou pire, le jour où tu accoucheras ! Là, je serai proche de la panique. »
Ils se sourirent et s'embrassèrent. Harry était soulagé de voir que Draco semblait mieux que la veille, bien qu'il soit triste.
Ils descendirent main dans la main et retrouvèrent Abelforth déjà installé derrière son bar. Ils prirent leur petit-déjeuner tout en bavardant avec le Mage, les autres Lycanthropes les rejoignant les uns après les autres.
« La nouvelle que tu es de retour a déjà fait le tour du village. Rosmerta est passée, de même qu'Aglaé. Tu as intérêt à aller les voir ce matin, sinon, tu risques gros, » déclara Abelforth en caressant sa barbe grise. « J'ai aussi reçu un hibou d'Albus. Lui aussi est au courant que tu es là. Il veut te voir absolument en fin d'après-midi. Il avait l'air peu heureux que cette idiote d'Anabella t'ait raconté pour ta mère. »
« Pourquoi ? »
« Sans doute parce qu'il voulait te l'annoncer lui-même ou que sais-je encore ! Albus aime bien trop les potins et les cachotteries pour laisser filer une telle occasion, j'imagine, » fit Abelforth, grognon. « À moins qu'il ne veuille t'annoncer autre chose, je n'en sais rien et sincèrement, je ne préfère pas savoir. Il m'a dit que vous pourriez passer par le portail principal cet après-midi. Tu pourras faire visiter Poudlard à tes amis ainsi que dire bonjour à qui tu le souhaites, sous réserve de ne pas perturber les cours, m'a-t-il dit de te rappeler. Tu es attendu dans son bureau à 17h00. »
Draco hocha la tête puis finit sa tasse de lait.
Malgré le temps froid et pluvieux, annonciateur sans nul doute des premières neiges de la région, le petit groupe passa une très bonne matinée. Draco s'efforça de chasser sa peine et au mieux, de la cacher. Tous n'avaient pas à subir sa mélancolie, avait-il décidé. Cela avait suffi durant les premiers jours de leur voyage.
Cette décision fut d'autant plus facile à tenir qu'il était particulièrement occupé et heureux de revoir les Mages du village, du moins ceux qu'il connaissait et qui l'avaient aidé l'année d'avant.
Son excitation grimpa en flèche dès qu'ils traversèrent le portail de Poudlard. Ron et Lancey restèrent pour leur part plus concentrés sur le sac de friandises qu'ils avaient acheté à Pré-au-Lard que par le château pourtant majestueux devant eux.
Il insista pour leur montrer le dortoir et la salle commune qu'il avait occupés, reçut nombre d'accolades et d'embrassades de la part de ses anciens camarades.
Sa venue n'était en effet nullement une surprise. Les élèves couraient dans les couloirs pour l'apercevoir entre deux cours, certains même oublièrent de s'y rendre. Tous s'exclamaient avec ravissement des changements qu'ils voyaient sur le jeune homme, cette fois Monoïque accompli... et uni, à la plus grande déception de Cédric et Ernie.
Harry, quant à lui, jetait un œil torve à tous ces jeunes gens, bien trop tactiles et familiers à son goût vis à vis de son soumis.
Draco leur présenta aussi les professeurs Chourave et Brûlopot, avec lequel Egill, Ginny et Lancey décidèrent de rester afin de discuter plus longuement. Quand enfin il se rendit à l'infirmerie, Draco ne put retenir sa joie face à Poppy. Cette dernière l'embrassa longuement, ravie.
« Je suis si heureuse de te revoir ! Comme tu es beau, Draco, tu as grandi et tu t'es bien remplumé. Je trouve que tu as une très bonne mine », fit l'infirmière tout en le dévisageant d'un œil expert.
Le garçon sourit de toutes ses dents avant de se retourner vers ses compagnons.
« Poppy, je vous présente des amis, membres de ma meute... enfin, tout du moins ceux qui nous ont suivis, d'autres ont préféré rester avec le professeur Brûlopot. Voici Ron Weasley, le petit frère de Charlie, notre Bêta, je pense que vous vous en souvenez. Sa fiancée, Hermione Granger. Lavande Brown. Son fiancé, Lancey, est avec les autres dehors, et c'est le petit frère de Geoffrey, il était venu me chercher lui aussi, et enfin... » les yeux clairs se remplirent de bonheur mais aussi, nota l'infirmière, d'une certaine fierté, « voici Harry Potter, mon mari, fils de notre Alpha et futur Alpha lui-même. »
L'infirmière sourit pour sa part avec indulgence, heureuse en son for intérieur par toutes les paroles de l'enfant. La façon dont il avait parlé de Ron et de Charlie l'avait rassurée. Il y avait beaucoup de respect, d'admiration dans le simple prénom de l'homme qui avait pourtant été si dur, selon elle, quand le petit Oméga avait été emmené loin de Poudlard. Surtout, elle savait parfaitement, grâce aux lettres de Remus et aux liens de Dumbledore avec le Temple des Monoïques, que Draco avait été mis en compétition. Son brave cœur en avait pleuré de douleur, tant elle craignait pour le jeune garçon. Alors, le voir ainsi en pleine forme et surtout, visiblement aussi amoureux, était un immense bonheur.
« Je suis heureuse pour toi, Draco, » dit-elle simplement.
Ils discutèrent longuement, tous ensemble, puis vint l'heure du rendez-vous avec l'honorable directeur. Seul Harry l'accompagna, les autres préférant rejoindre le reste du groupe à l'extérieur du bâtiment. Bien qu'avec l'hiver la nuit soit bientôt là, Draco ne s'inquiétait pas pour leur confort, Poppy ayant déjà déclaré qu'elle irait avec eux afin de finir de leur faire visiter le château avec Brûlopot et Chourave, puis qu'ils iraient ensuite tous boire une bonne tasse de thé dans la salle des professeurs.
Ce fut donc dans le calme et un silence tout relatif que Harry et lui se retrouvèrent devant la gargouille, gardienne du passage vers le bureau du directeur.
« Tu as remarqué, » fit Draco alors que la gargouille s'écartait devant eux suite au mot de passe que leur avait indiqué Poppy. « Personne ne me parle de ma mère. Alors que je suis sûr qu'ils sont au courant. »
« Ils ne veulent pas te faire de peine, je suppose, » déclara Harry en resserrant ses doigts sur la main de son amant.
Draco hocha la tête tout en gravissant les marches de pierre. Arrivés devant la porte, il eut à peine le temps de frapper que déjà la voix de Dumbledore leur demandait d'entrer.
Le vénérable Mage était debout, à la différence des autres personnes assises confortablement dans des fauteuils installés autour de la petite table couverte de pâtisseries, sandwichs et où attendaient des tasses de thé.
« Prenez un siège, Draco, Harry, » offrit aimablement Dumbledore après les salutations d'usage.
« Professeur McGonagall, professeur Black, professeur Snape, » dit poliment Draco tout en s'asseyant, Harry à ses côtés.
« Alors voici ce fameux Harry Potter, » lança Sirius, les yeux brillants. « Remus m'a tant parlé de toi depuis quelques mois que c'est comme si je te connaissais. En fait, j'ai connu tes parents, je les avais rencontrés un jour avec Rem', justement. »
« Enchanté, » fit simplement Harry en retour, sur la réserve.
Le dominant restait sur ses gardes. Certes, il savait que ces Mages ne feraient pas de mal à son compagnon, mais il ne les connaissait pas et quand bien même ils semblaient inoffensifs, voire bienveillants, il avait le sentiment que ce rendez-vous était plus important qu'il n'y paraissait. Son instinct lui dictait que les personnes en face de lui étaient nerveuses, bien qu'elles tentent de le cacher. Quant à l'homme habillé de noir et à la peau blafarde, il ne lui inspirait que moyennement confiance.
Les premiers temps de la discussion le renforcèrent dans son idée. Plus le temps passait, plus il semblait évident que le vrai sujet de leur venue ici n'avait pas encore été abordé. N'y tenant plus et sentant son impatience grandir, le mâle se lança.
« Messieurs, madame, loin de moi l'idée de vouloir paraître désobligeant, mais pourquoi avez-vous demandé à Draco de venir ici, de façon aussi formelle ? En clair et pour faire bref, qu'est-ce que vous lui voulez et qu'avez-vous de si important à lui dire ? »
Le professeur Snape lui lança un regard noir, accentué par ses iris sombres.
« Je vous trouve bien insolent, jeune homme, » grinça-t-il.
« Et moi j'ai horreur que l'on tourne autour du pot ! Surtout quand il s'agit de mon compagnon. Draco a déjà appris une bien mauvaise nouvelle en arrivant sur ces terres, il est de mon devoir de m'assurer que tout ira bien pour lui, » gronda pour sa part le futur Alpha.
« Et cela n'a pas effleuré votre petite cervelle que peut-être ce que nous avons à lui dire ne vous regarde en rien ? » riposta à son tour le professeur de potion, peu heureux qu'une aussi jeune personne se permette de lui répondre sur ce ton.
« Je suis son dominant, tout ce que vous lui direz me concerne et vous n'avez certainement pas à vous mêler de nos affaires, » dit Harry, menaçant, alors qu'il retroussait ses lèvres et dévoilait ses dents.
Le grondement sourd qui s'échappa de sa gorge montra clairement que sa patience était en effet fortement entamée et que plus le temps passait, plus il considérait les Mages comme une menace potentielle. Sirius s'empressa donc de répondre tout en jetant un rapide coup d'œil à Draco, lui demandant ainsi une aide silencieuse.
« Ne t'inquiète pas, Parvis Alpha, nos intentions sont bienveillantes envers ton compagnon. Nous avons appris en effet qu'une idiote lui avait annoncé une triste nouvelle et si nous sommes ici aujourd'hui, c'est bien pour cette raison. Nous ne voulons que le bonheur de Draco et donc, le tien. N'est-ce pas, Draco ? »
« Oui, je le sais. Harry, calme-toi, dominant, tout va bien, je vais bien, » renchérit le petit Oméga en frottant son nez contre le cou du mâle.
Il le sentait tendu, tout comme Charlie l'avait été quand il était venu ici. Les Lycanthropes, notamment les mâles dominants, étaient méfiants envers ceux qui ne l'étaient pas, surtout quand ils étaient dans une telle situation d'infériorité numérique. Et plus encore quand ils n'étaient pas sur les terres amies de Gryffondor.
Harry avait également dû gérer toutes ces personnes, ces Mages, qui avaient tourné autour de son compagnon, l'avaient touché. Il avait senti pour certains leur désir, leur déception à le savoir uni, avait entendu certains commentaires sur leurs physiques respectifs. Tout cela combiné, plus sa nature hautement chevaleresque, lui avait mis les nerfs en pelote.
Draco laissa donc son aura bienveillante et calmante entourer son amant, le rassurer. Il continua ses légers attouchements, il les compléta même de petits coups de langue, se moquant comme d'une guigne des airs surpris pour ne pas dire offusqués de la prude Minerva McGonagall et du sinistre Severus Snape. Sirius Black, lui, avait pour sa part l'air de trouver le spectacle divertissant et instructif. Draco espéra brièvement qu'il ne s'en servirait pas comme exemple en classe, puis décida là encore de s'en moquer complètement la seconde suivante. L'important était Harry, lui dictaient son cœur autant que son instinct d'Oméga.
« J'ai effectivement l'intention de parler de sa mère biologique à Draco, jeune dominant, » déclara à son tour le professeur Dumbledore. « Cependant, je comprends l'inquiétude de notre ami Severus. Tout comme je comprends les tiennes. Il s'avère que Severus et moi sommes directement concernés par certaines informations que vous ignorez. Sirius, en tant qu'ami de Remus Lupin, a été lui aussi informé bien que récemment de ces dernières nouvelles, de même que Minerva. Cela me semblait important. »
« Et quelle est donc cette nouvelle si remarquable et qui doit rester secrète, si ce que je déduis de votre long discours est correct ? » l'interrompit Harry, faisant renifler Snape de mépris.
Les yeux bleus pétillèrent derrière les verres en demi-lune. Le Mage sourit et se tourna vers Draco.
« Draco, ta mère n'est pas morte. »
« Quoi ? » s'écria l'Oméga.
« Non, elle ne l'est pas, » fit Snape d'une voix sinistre. « L'accident ou le ''suicide'' de votre mère a été savamment orchestré afin de la protéger d'une véritable embuscade que son époux, Lucius, avait décidé de lui tendre durant leur retraite sur les dunes. Le temps nous était compté, nous avons dû agir vite et bien. Je sais de source sûre que Lucius est persuadé que sa femme s'est effectivement suicidée, préférant cette solution à son courroux. L'imbécile, » finit-il à voix basse, la bouche tordue par le mépris.
Draco cligna des yeux, plus que surpris. Son cœur s'emballa soudain.
« Vous... Vous voulez dire que ma mère est bien vivante ? »
« Oui. Des membres d'un réseau, dont je fais partie ainsi que l'homme qui vous a sauvé à votre naissance, l'ont recueillie et placée en lieu sûr. »
L'adolescent se redressa soudain, implorant.
« S'il vous plaît, dites-moi où elle est ! La seule raison qui faisait que je ne pouvais pas la voir était mon père, mais s'il la croit morte alors peut-être... » Il ne finit pas sa phrase, tant l'émotion le submergeait.
« Le fait que Lucius Malfoy pense votre mère décédée ne vous éloigne pas du danger, jeune homme, » claqua la voix de Snape. « Du moins, ne l'éloigne pas d'elle. En agissant ainsi, en vous révélant au monde magique, » son regard sombre se posa avec lourdeur sur Dumbledore qui sirota une gorgée de thé, insensible aux éclairs accusateurs, « Narcissa a été immédiatement condamnée. À la mort ou à l'exil. Il était évident que jamais Lucius ne lui aurait pardonné ce qu'il juge comme une trahison. »
« Vous oubliez que Lucius aurait lui aussi pu être complice, nous ignorions qu'il avait voulu réellement assassiner son fils. Cela n'aurait pu être qu'une mascarade destinée à cacher un abandon d'enfant Monoïque. C'est ce que beaucoup font, » contrecarra Minerva.
« Beaucoup, certes, mais pas Lucius Malfoy, » ricana Snape.
« Quoi qu'il en soit, tout se termine pour le mieux aujourd'hui, » fit Dumbledore d'un ton un peu trop guilleret sans doute pour la santé mentale de Snape, qui explosa.
« Pour le mieux ? Le mieux ? Non, le mieux aurait été de laisser ce garçon caché à l'infirmerie ou de l'emmener de suite à Traverse, pas de le faire se pavaner dans nos couloirs où tout le monde le verrait et constaterait sa ressemblance avec Scorpius Malfoy, y compris ce dernier ! Aujourd'hui, Narcissa doit vivre recluse, nous avons mis des semaines à la cacher et trouver une solution ! Vous lui avez imposé de choisir entre ses enfants, entre la vie et la mort ! Elle, qui avait dû abandonner Draco, a dû faire face à la colère de son deuxième fils, fils qu'elle a dû abandonner à son tour ! » cria l'homme en colère. « Jamais vous n'auriez dû recueillir ce maudit gamin ! Sa venue n'a apporté que conflit et perturbation, sa place n'était pas là, il fallait le laisser et... »
Le grondement menaçant de colère provenant de Harry le stoppa dans sa diatribe. Le dominant s'était redressé lui-aussi, ses yeux verts mêlés d'ambre.
« Ne finis pas ta phrase, humain, » grogna-t-il d'une voix méconnaissable et lourde de menaces.
Sirius se saisit de la manche de Severus pour tirer dessus afin de le faire asseoir.
« Je... » commença le Maître des potions
« La ferme, Snape, » le coupa le professeur de défense contre les forces du Mal. « Tu la fermes et tu arrêtes de t'agiter. »
Sirius pensa rapidement que Snape venait de faire la brillante, bien qu'involontaire, démonstration que pour rendre fou furieux un Loup-garou dominant, il suffisait de s'attaquer ne serait-ce qu'en parole à son soumis. Soumis qui à l'heure actuelle était pâle, tremblant, et totalement inefficace pour calmer le dominant. Snape devait donc se taire, s'asseoir et ne plus bouger une oreille que cela lui plaise ou non ! Fort de cette constatation, Sirius le tira une nouvelle fois, le faisant tomber sur son fauteuil.
Un silence pesant emplit la pièce, que rompit Dumbledore en se raclant la gorge.
« Certes, Severus, je conçois que cela soit pénible pour Dame Narcissa. Mais en tout état de cause, Draco devait être sauvé, soigné, et protégé. Tout comme sa mère actuellement. »
« Et Scorpius ? » fit la petite voix de Draco.
Tout le monde fut étonné de la demande.
« Scorpius ? Eh bien... » commença Sirius, mal à l'aise. « Il a été semble-t-il assez affecté par les différentes rumeurs et commérages sur sa famille. Il... Il a aussi soutenu très fermement son père. »
Snape émit un nouveau reniflement dédaigneux.
« Professeur, » demanda Draco en s'adressant à Severus. « Vous êtes de Serpentard, vous connaissez mes parents biologiques. Comment va mon frère ? »
« Scorpius n'est pas votre frère, jeune Potter, » fit Snape d'une voix glaciale. « Vous partagez sans doute le sang de la famille Malfoy mais vous n'êtes pas l'un d'eux. Plus vite vous aurez intégré cette vérité, mieux cela sera, pour tout le monde. »
Avant que quiconque puisse protester, il continua.
« Je n'inclue pas votre mère dans ce discours. Elle-même a cessé d'être une Malfoy, désormais. Et pour répondre à votre question, je n'en sais guère plus que vous. Scorpius a été manifestement plus touché par votre découverte et ses conséquences sur sa famille que par le décès de votre mère. Scorpius ressemble énormément à Lucius, il y a peu de doute à avoir sur ce point, » conclut le Mage.
Draco hocha la tête, plus pâle que jamais.
« Et ma mère ? Où est-elle ? »
« À l'heure actuelle, Narcissa est en sûreté, cachée dans un lieu protégé de Traverse. Nous sommes ici les quelques rares personnes à savoir qu'elle est en vie, » répondit Dumbledore qui avait retrouvé son sourire. « En fait, en dehors de ceux se tenant autour de cette table, il semblerait, mon cher Draco, que seuls les membres du Conseil des Monoïques soient au courant. »
« Mes Maîtres ? » s'exclama le garçon, plus que surpris. « Mais... Mais pourquoi ne m'ont-il rien dit !? J'étais au Temple dernièrement et... et rien. »
Harry se concentra immédiatement sur l'Oméga, délaissant du regard l'homme sombre qui lui déplaisait tant, peu importe qu'il ait participé au sauvetage de Narcissa Malfoy. Son compagnon se sentait trahi.
« Ils ne sont au courant que depuis peu. En fait, juste avant votre départ de la meute. Un autre événement a fait qu'ils ont été, disons, occupés. Mais votre référent à Traverse souhaite votre venue le plus tôt possible. »
Draco retint de lui demander qui était ce maître en question. Dumbledore l'ignorait certainement. Le représentant des Monoïques à Traverse se tenait toujours face cachée quand il parlait au nom du Temple. Les autres délégués du Monde Libre les reconnaissaient, d'une certaine façon, grâce à leur tatouage, mais nul ne devait connaître leur visage ou leur nom dans ces moment-là.
« Il s'avère qu'à Traverse, une autre personne a pris connaissance de l'existence de votre mère. Et il veut lui aussi vous voir. »
« Qui ça ? » demanda Draco, le cœur battant la chamade pour une raison qu'il ignorait.
« Mais votre père, Peter Bones, » lâcha Dumbledore en souriant toujours.
Cette fois, Draco eut le sentiment que son cœur, qui battait si vite la seconde avant, venait de s'arrêter. L'air lui manqua, sa vision devint noire alors que son esprit se vidait.
Son père... Peter.
Il se tourna vers Harry, paniqué et désespéré à la fois. Ce dernier le prit aussitôt dans ses bras, sentant le corps fin trembler contre lui. Draco ferma ses yeux.
Peter. Celui qui l'avait pris, il ne savait où ni comment, alors que Narcissa Malfoy avait réussi a le sauver d'une mort certaine. Peter, qui l'avait empêché par cet acte de pénétrer au Temple et d'être reconnu en tant que Monoïque. L'homme qui l'avait privé de son destin.
L'homme qui l'avait élevé et aimé comme son fils, malgré ses erreurs. L'homme qui avait cru le protéger envers et contre tous.
Son papa, qui le prenait sur ses genoux quand il lui expliquait la carte du Monde. L'homme si fier quand il avait accroché cette même carte sur le mur de sa chambre, le jour de ses sept ans. Celui qui lui avait appris à monter à cheval et à lacer ses chaussures, qui lui beurrait ses tartines et lui racontait des histoires le soir au coucher.
Son père, qui voulait qu'il soit un homme fort, comme lui, un guerrier.
Pas un Monoïque, pas un Oméga.
Draco se mit à pleurer, le cœur déchiré. Il voulait voir son papa, vouloir revoir Narcissa, sa mère. Mais il avait peur, tellement peur que Peter le rejette, qu'il le regarde avec dégoût ou mépris. Il avait peur de lire la déception dans les yeux de cet homme qu'il admirait tant. Qu'il aimait.
« Draco, Draco, bébé, calme-toi, allez, calme-toi. Tout va bien, » ne cessait de lui murmurer Harry.
Les yeux verts semblaient furieux, totalement en désaccord avec ses paroles tendres. Il en voulait à ces Mages sans cervelle qui depuis hier jetaient des informations comme d'autres des lances, sans chercher à comprendre la sensibilité exacerbée de son compagnon ni les effets que cela pouvaient avoir sur lui.
« Voyons, Draco, c'est une très bonne nouvelle, non ? Tu dois être impatient de revoir tes parents, » dit Minerva. « C'est cela sans doute, trop d'émotions, » ajouta-t-elle à l'intention de Sirius et Severus en pinçant ses lèvres.
Harry se retint de grogner et de lever les yeux au ciel. D'autant que Draco cessait enfin de pleurer et reniflait désormais sourdement, le nez contre lui. Les yeux clairs se levèrent vers les siens. Harry y lut tant de questions, tant de crainte et d'espoir mêlés que son cœur se serra.
« Tout se passera bien. Je serai là et ton père sera si heureux de te revoir. J'en suis persuadé. »
Draco acquiesça, peu convaincu. Il se tourna de nouveau vers Dumbledore tout en restant le plus possible collé à son compagnon.
« Comment je peux les voir ? Quand ? Où sont-ils à Traverse ? » balbutia-t-il.
« Ta mère est désormais sous la protection du Temple, comme tu t'en es peut-être douté suite à mes propos. L'un des conseillers, ou un Maître, je ne sais, doit venir te chercher dans... » il leva ses yeux bleus vers l'horloge étrange au-dessus de leur tête. « eh bien d'ici très peu de temps, en vérité. Quant à ton père, je suis au regret de t'annoncer qu'aux dernières nouvelles, il était à Azkaban. »
« Quoi ?! » s'écria Draco, les yeux exorbités.
Harry cette fois ne put retenir un grognement exaspéré tout en roulant des yeux. Mais c'était pas vrai ! À chaque fois qu'il pensait que plus rien ne pouvait leur tomber sur la tête, ce Mage fou en rajoutait une couche !
« Mais pourquoi ?! » s'effondra Draco alors que de nouveau les larmes perlaient à ses yeux.
« Cela me semble évident, » déclara à son tour Sirius. « Toi ! »
« Moi ? » fit l'enfant pâle.
« Mais vous êtes tous complètement crétins ou vous le faites exprès ! » hurla Harry, se sentant proche du massacre. Ses yeux virèrent brutalement un peu plus vers l'ambre, ses dents semblèrent s'allonger dangereusement.
« Je veux dire, à cause de ce qu'il t'a fait, » s'empressa d'ajouter Sirius un reculant prudemment son fauteuil, tout comme Minerva et Snape, face à la colère du Loup-garou. « Nous savons qu'il t'a pris à l'Elfe de maison qui avait pour mission de te déposer au Temple. Il t'a ensuite caché, a menti sur ta naissance. Cela est répréhensible aux yeux de la loi fédérale. Il a enlevé un Monoïque confié au Temple. »
« Draco n'était pas encore confié au Temple, Mage, et de ce que nous en savons, il n'a fait que protéger un nouveau-né qui lui semblait être torturé par une créature maléfique, » fit une voix derrière eux alors qu'un homme vêtu de carmin et de crème entrait dans la pièce.
Tous se retournèrent. Draco quitta le giron réconfortant de Harry pour courir se réfugier dans les bras du Monoïque.
« Maître ! » s'écria-t-il.
« Bonjour, mon fils, » dit Benjamin en lui caressant les cheveux.
« Maître Benjamin, je suis si content de vous voir, » murmura Draco.
Harry sentit aussitôt la jalousie l'envahir. Et voilà, dès qu'un de ces maudits Monoïques apparaissait, Draco se détournait de lui. La tristesse vint s'ajouter alors dans son cœur. Draco était un Oméga, un Lycanthrope et surtout, son compagnon. Pourquoi avait-il tant besoin d'eux ? Pourquoi lui n'arrivait-il pas à le combler ?
Pourtant, son cœur se réchauffa dès que le soumis quitta le Monoïque pour revenir vers lui et se plaquer contre son torse. Draco leva son visage, il embrassa la joue râpeuse, comprenant sans doute que son mâle avait besoin d'attention. Il lui sourit tendrement et lui accorda ensuite un petit coup de langue dans le cou.
« En quoi cela change-t-il le fait que cet homme a commis un crime ? » dit Sirius, coupant court à l'instant de tendresse entre les amants.
« Cela change tout, Mage. Comme nous vous l'avions déjà dit, seuls les Monoïques sont compétents pour juger ce qui est de leur ressort. »
« Mais ! Que l'enfant soit Monoïque ou non, ce Bones l'ignorait, il a tout simplement volé un nouveau-né ! »
« Non, il l'a sauvé, » s'entêta Benjamin.
Nul ne pouvait voir son visage, caché par le voile carmin, mais ses yeux, eux, transpercèrent l'impudent qui le contredisait.
« Bones doit être jugé, » continua cependant Sirius.
« C'est mon père ! » s'offusqua subitement Draco. « Pourquoi vous en parlez comme d'un criminel ! »
« Il devait te confier aux autorités compétentes et s'il le souhaitait vraiment, entamer ensuite des démarches pour t'adopter ! Sauf qu'il ne l'aurait jamais fait parce que tu es un Monoïque ! »
« Et allez, tout en finesse de nouveau, » râla Harry alors que Draco reculait d'un pas, comme giflé par les paroles de l'homme.
Ces dernières lui renvoyaient tous ses doutes au visage.
« Vous l'ignorez, » poursuivit de sa voix calme Benjamin. « Vous ne pouvez préjuger des intentions de cet homme, s'il aurait refusé d'adopter Draco ou non en sachant ce qu'il était. Ce que nous savons par ailleurs, c'est qu'il a pris soin de celui qu'il considérait comme son fils durant toutes ces années, qu'il l'a élevé dans un foyer aimant et lui a donné une bonne éducation. »
« À coups de ceinturon et de mépris ? » se moqua alors Sirius.
Draco baissa les yeux et se mordit la lèvre, maudissant les paroles et les souvenirs qu'il avait autrefois confiés à son professeur.
« Il ne m'a frappé qu'une fois, » chuchota-t-il si bas que sa phrase faillit passer inaperçue.
« Une seule fois ? » ricana Sirius. « Ce n'est pas ce que tu disais il y a un an de cela, quand tu as appris la vérité. »
« J'étais en colère, » se défendit Draco. « Oui, mon père a été parfois dur avec moi, oui on ne se comprenait pas toujours, mais c'est mon père ! Il a toujours été là pour moi et je... »
Draco stoppa net.
« Et tu l'aimes, sans le moindre doute, » termina Benjamin.
« Oui, Maître, » affirma Draco. Il déglutit et reprit. « Je ne sais pas comment il réagira quand il saura... ce que je suis devenu, ce que j'ai fait, mais je ne veux pas qu'il aille en prison à cause de moi. C'est... c'est du passé, » conclut Draco en baissant de nouveau la tête.
Benjamin s'avança vers lui, il posa ses mains sur les épaules autrefois frêles, plus fortes et épaisses aujourd'hui.
« Ton père n'ira pas en prison. Et il t'attend avec une grande impatience, crois-moi. »
« Comment cela, il n'ira pas en prison ? » s'écria Sirius.
« Le Conseil des Monoïque a pris une décision, Mage, qui a été soumise à délibéré aujourd'hui-même en Conseil extraordinaire de l'Empire, devant les représentants ou les Monarques de chaque Royaume. Je te le dis, comme il leur a été dit. Ce que font les Monoïques, ce que décident les Monoïques, ne peut être remis en cause par nul autre qu'eux-mêmes. Ceci est la loi. »
« Il a commis un crime ! »
« Sauf que la mère légale de cet enfant réfute elle-même cette notion de crime. Elle a confié son enfant pour qu'il soit élevé dans l'amour, chose qu'a faite Peter Bones. »
« Narcissa a témoigné en faveur de Bones ? » blanchit Severus.
« Oui. »
L'homme serra les poings.
« Elle a ruiné sa couverture. »
« Réellement ? Auriez-vous si peu confiance en votre Roi, professeur Snape ? Pensez-vous que le descendant de Zmeï et Svarog Serpentard trahirait la confiance d'une femme acculée, dont la vie est menacée par son époux et son fils, alors qu'elle tente de sauver son enfant Monoïque ? »
Severus plissa les yeux, incertain.
« Si mon Roi était présent, c'est une chose, mais il n'était pas seul. »
« Non, il était en compagnie d'hommes ou de femmes de confiance. Le représentant de Gryffondor, le Roi de Poufsouffle et la Reine de Serdaigle, pour être très précis. »
« Nul autre ? » s'étonna Dumbledore lui-même.
« Cela ne nous a pas semblé opportun. »
Personne ne vit le sourire du Monoïque, mais il était tellement visible dans sa voix que cela était rendu inutile.
« Si c'est une décision de l'Empire... » abdiqua Sirius.
Draco ne dit rien, pourtant, dans son for intérieur, il ne put s'empêcher de penser à ce que ceux de sa race étaient désormais capables de faire. Eux, qui autrefois étaient réduits en esclavage pouvaient aujourd'hui être les véritables maîtres de leur destinée ou de ceux qui les côtoyaient.
« Es-tu prêt à venir, fils ? » déclara Benjamin à Draco.
« Maintenant ? Mais comment ? »
« Il y a un passage magique entre Poudlard et le palais impérial de Traverse, » l'informa alors Dumbledore tandis que Benjamin acquiesçait.
Draco se tourna vivement vers Harry. Benjamin, qui avait déjà commencé à s'avancer vers la porte du bureau directorial, s'arrêta pour le regarder.
« Harry vient avec moi, » décida alors l'Oméga.
Le dominant eut un sourire alors que son ventre, si froid la minute auparavant, se réchauffait délicieusement. Il n'avait pas voulu intervenir lors des échanges entre son amant, le Monoïque inconnu et les Mages, se sentant de plus en plus exclu et malheureux. Son époux lui tendit la main, qu'il prit aussitôt dans la sienne.
« Je ne vais nulle part sans Harry, » poursuivit fermement Draco, ses yeux clairs plantés dans les verts.
« C'était une évidence, » dit Benjamin. « Allons-y. Professeur Dumbledore, inutile d'attendre leur retour et si vous craigniez que leur présence tardive ne dérange vos élèves, ils ne reviendront que demain. »
Albus éluda la question d'un revers de la main.
« Ne vous embarrassez pas de ce genre de détail. Draco et Harry sont les bienvenus, ici ou à Pré-au-lard. Qu'ils fassent comme il leur semblera le mieux. Et vous, ne vous inquiétez pas pour vos amis, » ajouta-t-il à l'adresse des jeunes hommes. « Nous les informerons de votre absence. Le couvert leur sera proposé et le gîte leur est assuré chez Abelforth. »
Harry hocha la tête bien qu'il se sentit pris en faute. Il aurait quand même dû en informer lui-même les membres de son groupe. C'était son devoir en tant que chef, après tout. Il n'eut pas trop le temps de se poser plus de questions car Draco le traînait déjà à sa suite pour suivre le Maître Monoïque. Ils descendirent l'escalier de pierre mais au lieu de passer devant la gargouille, Dumbledore posa sa main sur le mur. Celui-ci sembla se fissurer, dévoilant alors la forme d'une porte qui s'ouvrit d'une poussée. Une petite pièce ronde était comme creusée dans la roche brute, sans ornement, décor ou mobilier autre... qu'une cheminée en marbre blanc.
« Euh... certes, et que faisons-nous ? » demanda Harry.
« De la magie, sans l'ombre d'un doute, » fit le vieux Mage en agitant sa baguette sous le nez du Loup-garou, interdit.
Des flammes s'illuminèrent dans l'âtre tandis que Harry reniflait l'air, plus circonspect que jamais. Benjamin, lui, s'était approché de l'âtre et avait mis sa main dans une cruche en terre, posée sur le rebord de la cheminée. Il en prit de la poudre qu'il jeta dans les flammes, les teintant de vert.
« Quel est ce prodige ! » s'écria Harry.
« Poudre de cheminette, » répondit Benjamin, comme si cela expliquait tout. « Venez, entrez dans l'âtre. »
« Vous êtes malade ? Hors de question de rentrer là-dedans, on se brûlerait. »
« Non, Harry, nullement. Ceci est un passage entre Poudlard et différents lieux de Traverse, dont celui menant à l'aile des Monoïques, au Palais Impérial. Venez avec moi, vous ne risquez rien. »
Joignant le geste à la parole et comme pour confirmer ses dires, le Monoïque entra au milieu des flammes, tout sourire. Il tendit la main vers eux. Draco allait pour s'en saisir quand il fut poussé en arrière par Harry qui le plaça derrière lui.
« Moi d'abord, » fit le dominant.
Il dédaigna la main tendue mais pénétra à son tour dans la cheminée. Une fois à l'intérieur et avisant que cela ne lui causait aucune blessure, il tendit sa propre main à Draco, lui montrant son souhait silencieux de la prendre. La sienne, pas celle du Monoïque.
Draco soupira, prit les deux mains tendues avant que le dominant ne le hisse à ses côtés. Benjamin sourit avec indulgence puis cria : « Domus Monoïques Traverse ! » Draco ferma les yeux alors que le monde tourbillonnait autour d'eux.
Ils atterrirent dans une autre cheminée, semblait-il, Draco devant se retenir à Benjamin alors que Harry manquait s'effondrer au sol, l'entraînant dans sa chute.
« Mais c'est quoi cette merde ! » cria le dominant, furieux, avant d'éternuer et de cracher de la suie.
« Allons, allons, ne t'énerve pas de la sorte. Tiens, prend donc ce linge pour t'enlever ce que tu as sur le visage, » fit placidement Benjamin.
Harry, vexé comme un pou, s'épousseta rapidement tout en constatant qu'il était le seul des trois à s'être sali et avoir manqué s'étaler par terre. Une fois fait, il rejoignit les deux Monoïques qui l'attendaient vers la porte. Cette pièce, bien qu'elle ne soit pas en roche comme à Poudlard, semblait vide en dehors de la cheminée.
« Maître, est-ce que c'est aussi une salle Aller-Retour ? » demanda Draco.
« Oui, c'est ici que nous pouvons voyager et nous rendre au Temple ou à d'autres lieux qui nous accueille, comme les quatre palais royaux. »
« Mais pourquoi Harry a pu venir ? »
« Hey ! » s'exclama le sus-nommé, de nouveau vexé et ne comprenant rien à la discussion des deux autres.
« Parce qu'il est avec nous et que ce n'est pas le Temple, » répondit Benjamin sans s'émouvoir de l'état d'énervement du Lycanthrope.
« Et au Temple ? Que se passerait-il si un non-Monoïque nous accompagne, vous savez, lorsque nous venons dans la salle ? » fit Draco.
Cette fois, Harry sentit ses nerfs s'agacer sérieusement. Il savait que Draco et son Maître parlaient de choses qui lui étaient inconnues. Il n'aimait pas cela. Du tout.
« Je sais parfaitement que tu vas au Temple régulièrement, pas besoin de parler par énigme, » cracha-t-il.
« Eh bien en fait, Draco, si Harry ou un autre non-Monoïque te touche quand tu voyages vers le Temple, vous n'arriveriez pas à la salle Aller-Retour, mais dans une autre pièce située dans le bâtiment des visites. Une alarme sera donnée, comme à chaque fois qu'un voyage a lieu, sauf que celle-ci sera donnée aux Gardes Royaux affectés à ce bâtiment, pas aux nourrices. Ainsi, » termina Benjamin en regardant Harry, « nulle invasion ne peut intervenir dans nos murs et nos enfants restent protégés des hommes ou des créatures qui voudraient pénétrer dans notre sanctuaire. Nos portes ont la même protection que les tentes Monoïquales, comme celle d'Ayase dans votre meute. Seuls les Monoïques peuvent les franchir. »
Harry fronça les sourcils. Pourquoi ce Maître lui disait cela ?
« Je n'avais pas l'intention de poursuivre Draco, de l'espionner ou d'essayer de venir avec lui quand il va au Temple ! » se défendit-il.
« Je le sais, jeune Alpha, mais je ne fais que répondre aux questions et interrogations de ton conjoint. Autrefois, certains hommes, peu heureux de voir leur harem démantelé, ont tenté de pénétrer au Temple afin de voler des enfants. C'est pour cette raison que si nous donnons les moyens aux Monoïques unis de pouvoir voyager entre le Temple et leur lieu de résidence, nous avons dû aussi penser à nous protéger afin que personne ne puisse commettre ce genre de chose. Si un jour Draco souhaite venir avec toi à Helga, il le pourra, mais vous n'arriverez pas au sein même du Temple. De la même façon, si un jour le besoin ou la nécessité se fait sentir pour toi d'emmener Harry avec toi, il ne risquera rien en t'accompagnant, » poursuivit Benjamin cette fois à l'adresse de Draco.
Ce dernier sembla visiblement soulagé, à la surprise de Harry.
« Draco, tu pensais m'emmener au Temple avec toi ? » s'étonna-t-il.
« Pas exactement, » répondit le jeune mâle avec hésitation. « C'est juste... disons que nous allons voyager seuls plus tard et je me disais... tu sais, si on se fait attaquer ou quoi, j'aurai toujours la possibilité de m'échapper, de ''voyager'' au Temple. Mais je ne savais pas si je pouvais t'emmener avec moi lors de ce voyage sans risquer ta vie. »
« Tu le pourras, » insista Benjamin.
Harry le dévisagea longuement. Il prit Draco dans ses bras et l'embrassa chastement sur les lèvres.
« Merci, p'tit loup, de t'inquiéter pour moi et ma sûreté. Mais tout se passera bien durant notre voyage. »
Draco haussa les épaules.
« Je sais, je préfère juste savoir, » murmura-t-il.
Harry savait que Draco ne le pensait pas vraiment, néanmoins il préféra ne pas insister. Après tout, entre ce qui lui était arrivé avec Greyback ou ce qui était arrivé à ses parents, il pouvait comprendre les craintes de l'adolescent. Ils sortirent donc de la pièce en silence, parcoururent quelques couloirs éclairés par des torches et enfin, s'arrêtèrent devant une lourde porte richement décorée.
« Bien, » fit Benjamin. « Prêt à revoir ton père et ta mère, Draco ? »
Le garçon pâlit, ses doigts s'accrochèrent plus fortement à ceux de Harry.
« Je crois, oui. »
… … …
À suivre
… … …
