Bêta : Nanola
NDA : bon, très, très en retard, pour les mêmes raisons que la semaine dernière ^^" Donc bref, chapitre livré tel quel et reviews répondues mais si erreur, pas taper, merci :P Et bisous à ma fiancée, ça faisait longtemps :)
Chapitre 43
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Les fêtes du solstice.
Les solstices sont importants pour toutes les espèces du Monde, mais ils revêtent une importance encore plus grande pour les Loups-garous.
Leurs fêtes durent une grande semaine, parfois plus pour le solstice d'hiver car les Lycanthropes aiment à faire coïncider cette période avec une pleine lune. Les fêtes de l'hiver sont privilégiées sans doute en raison du fait que c'est à cette période qu'a lieu la majorité des unions Lycanes. Cela est peut-être dû à leur nature lupine magique ou tout simplement le fait que les hommes ont plus de temps libre de la fin de l'automne au début du printemps.
En effet, après une union, il est de coutume que les conjoints passent le maximum de temps ensemble afin de consolider leur lien.
Car si nous ignorons comment les couples s'unissent, nous savons en revanche que le lien entre les compagnons est fort pour autant, il est nécessaire pour eux de passer le plus de temps possible ensemble et de s'accoupler souvent en début d'union afin que ce lien très particulier ne puisse être dissout ou remis en cause par un autre Lycanthrope.
« Les différences espèces du Monde Libre » - Chapitre 12 ''Les Loups-garous '' - Basile Beasth
… … …
La porte s'ouvrit, révélant à l'adolescent pâle un petit salon aux allures confortables. Draco entra, son regard parcourant la pièce avec avidité et angoisse. Il vit tout d'abord une femme blonde et belle qui se levait d'un divan.
Elle ouvrit les bras et se précipita vers le garçon en l'appelant par son prénom. Draco ne réfléchit pas plus, il courut lui aussi vers elle. Ils s'enlacèrent, chacun prononçant le nom de l'autre.
« Tu es encore plus magnifique que la dernière fois que je t'ai vu, » murmura Narcissa en regardant son fils dans les yeux. « Tu es très beau et tu es habillé comme un Monoïque. »
« Je suis un Monoïque, » répondit Draco sur le même ton. « J'ai cru que tu étais morte, j'ai été si malheureux. »
« Je suis là, je suis bien là, » le rassura Narcissa. « Et j'ai fait la connaissance de gens vraiment merveilleux. Comme tes maîtres Monoïques, mais aussi comme lui. Il m'a tant parlé de toi ! Grâce à lui j'ai pu connaître ton enfance. Je ne pourrais jamais remercier suffisamment ta maman Caroline pour tout ce qu'elle a fait. »
Narcissa se recula, montrant à Draco une forme qui se tenait près de la fenêtre close. Draco fit un pas, sa salive se coinçant dans sa gorge. Cette silhouette, il l'aurait reconnue entre mille.
Grand, massif, Peter Bones s'approchait de lui. Alors qu'il sortait de l'ombre, Draco identifia ses traits. Il sentit ses yeux s'embuer, malgré lui. Peter avait changé, vieilli. Ses cheveux s'étaient furieusement teintés de gris, des rides avaient fait leur chemin sur son visage, notamment son front et vers ses yeux. L'homme avait maigri. Draco avança, lui aussi. Ils se firent face, sans un mot. L'adolescent vit ensuite les yeux de son père, sombres et tristes, sa pomme d'Adam qui montrait qu'il avait la gorge serrée alors qu'il déglutissait.
Néanmoins, Draco le remarqua à peine car alors ses yeux se focalisèrent sur la cicatrice qui s'étalait sur le cou de l'homme. Puis ce fut l'éclat d'or d'une chaîne qu'il connaissait bien, ainsi qu'un médaillon qui reposait sur la chemise de l'ancien soldat. Ce fut ce qui ouvrit les résistances de Draco.
« Papa, » fit-il en se jetant contre son père. « Je te demande pardon, pardon. Je suis si désolé, c'était pas vrai, je pensais pas ce que je disais, je t'aime, pardon, pardon. »
Les bras de Peter se refermèrent autour de lui avec force, presque violence.
« Pardon ? C'est moi qui te demande pardon, mon fils, » dit Peter d'une voix que Draco reconnut à peine.
« Je suis désolé, » continua pourtant l'adolescent, ne pouvant retenir quelques larmes même s'il savait que Peter n'aimait pas les pleurnichards. « Je suis pas le fils que tu espérais, je sais, mais même si je t'ai déçu, je t'aime, tu sais. Et je pensais à toi, à ce que je t'avais dit, ou ce que j'avais dit à maman. C'était pas vrai, je voulais pas que tu meurs, j'ai cru que tu étais mort et... Et je te demande pardon. J'ai essayé, tu sais, j'ai essayé d'être fort, de résister, mais... mais je pouvais pas toujours... Papa, ils... ils m'ont... Papa, je suis si désolé, s'il te plaît, ne m'en veux pas... »
Draco se sentit comme étouffé, enserré dans les bras de son père.
« Oh, mon garçon, si tu savais. »
Puis Peter le recula et à cet instant, Draco eut l'un des plus gros chocs de sa vie. Peter Bones, l'officier, avait les yeux rouges et les joues humides. Son père pleurait ! Il ne l'avait jamais vu pleurer.
« Draco... Mon fils... Écoute-moi bien, mon garçon. Aucun homme sur cette terre n'est et ne pourrait être plus heureux ou fier que je ne le suis. Tu as été... » Peter déglutit avec difficulté, il s'essuya les yeux et eut un pauvre sourire. « Tu as été si courageux, si fort. Jamais je n'aurais pu survivre à ce que tu as vécu. Mais toi, regarde-toi. Tu es là, devant moi, vivant, et si magnifique. Vivant, Draco, vivant. Je suis si fier de toi, Draco, comme aucun père ne pourra jamais l'être plus de son fils. »
Les deux hommes se reprirent avec force l'un contre l'autre, pleurant tous deux. Draco pleurait des larmes de joie, de soulagement intense. L'amour de son père était là, bien vivant, il l'enveloppait tout entier, nettoyait ses plaies, réparait tout entre eux.
« Je t'aime, papa. »
Les minutes passèrent, puis les heures.
Les personnes présentes dans le petit salon s'étaient installées sur les fauteuils et canapés, face à face ou face à la cheminée. Draco était entre Harry et son père. Sa mère sur un fauteuil était si proche que souvent, elle s'avançait pour venir lui prendre la main. Benjamin se tenait plus éloigné et le visage découvert. Cela avait un peu surpris Draco avant qu'il ne comprenne que son père et sa mère le connaissaient déjà et qu'ici, en ce lieu, ils étaient comme dans une succursale du Temple, pas dans un lieu officiel où l'homme devait se comporter comme le représentant du Conseil.
Les discussions se firent de plus en plus lentes, apaisantes et douces. Harry, Narcissa et Peter avaient de suite fait connaissance. Le jeune homme voulait se montrer sous son meilleur jour vis à vis de ses officiels beaux-parents. Il était soulagé que Draco ait retrouvé son père et que, comme il l'espérait, cela se soit bien passé. C'était une énorme épine du pied qu'on lui avait enlevée. Même si cela lui coûtait, du moins dans une certaine mesure, il remerciait intérieurement les Monoïques pour leur intervention envers Peter.
Narcissa avait justement demandé à son beau-fils pourquoi l'ancien officier n'était pas devenu Lycanthrope à la suite de son attaque et de la morsure qu'il avait eue. Harry, après un instant de réflexion et en se souvenant des discussions qu'ils avaient eues au sujet de Greyback, supposa que c'était parce que seul l'Alpha voulait décider qui était susceptible d'être transformé en Lycan. Les autres membres de sa meute n'étaient donc pas autorisés à injecter leur venin lors d'une morsure. Narcissa et Peter avaient semblé très intéressés par cette information, apprenant par la même que le venin pouvait être insufflé ou non, selon la volonté du Loup-garou à le faire. Les médecins, Hommes et Mages qui avaient soigné Peter à Chourave lui avaient passé nombre de crèmes, fait boire moult potions et lui avaient jeté plusieurs sorts afin d'éviter toute contamination. Certains parmi eux avaient effectivement évoqué l'hypothèse que les morsures n'étaient pas toutes contagieuses, que cela dépendait de la volonté du Lycanthrope, de la quantité ou de la qualité du venin injecté. Peter, pour sa part, s'était juste estimé très chanceux d'éviter la malédiction de la lune.
Ce dernier prit justement la parole, ramenant Harry au présent.
« Quand viendrez-vous à Pomona ? La maison n'avait pas été détruite, Laura, Steven et moi on a pu retourner y vivre rapidement. Certaines maisons ont été rasées, d'autres réparées, mais le village reprend vie. Laura est enceinte. Elle sera si heureuse que tu puisses voir son bébé. »
Benjamin les avait informé que Laura, son mari et par voie de conséquences, tout ceux qui les connaissaient, avaient été tenus au courant de l'arrestation de Peter, de son absolution et tout aussi important, de la survie de Draco et de celle de Megan. Son père et Jonas, le plus jeune de la fratrie, avaient effectivement pu se sauver. Ils espéraient désormais des nouvelles d'elle.
Draco avait eu une vague de culpabilité quand il l'avait appris. Après tout, il aurait pu faire tout cela bien avant, dès que les Monoïques avaient appris son existence et son histoire. Il ne l'avait pas fait. Par lâcheté, s'accusa-t-il mentalement, tant il avait peur du rejet de sa propre famille.
« Eh bien, Draco et moi devons voyager après les fêtes du solstice. En février, notre deuxième Oméga doit accoucher, la présence de Draco à ses côtés est nécessaire. Après cela, il y a beaucoup de travail à la meute, sans compter que mon père me forme en vue de prendre sa place dans les prochaines années. Donc, je ne sais pas, sans doute à l'automne prochain, après les moissons ? Qu'en penses-tu, Draco ? Aller à Pomona est un long voyage, même si le fait de pouvoir se rendre à Helga plus rapidement nous sera d'une grande utilité, » ajouta-t-il, un peu à contrecœur.
Malgré l'empressement de Draco à lui montrer le Temple - du moins ce qui était autorisé - et l'avantage que représentaient les pierres Aller-Retour dont son compagnon lui avait révélé l'existence, Harry n'avait que moyennement envie d'y aller, et encore moins que Draco passe du temps avec les Monoïques... enfin, disons certains d'entre eux.
« L'automne prochain, oui, » fit le garçon doucement. « Le bébé de Laura sera né, et Harry et moi pourront nous absenter de la meute. »
Il leva ses yeux si clairs vers ceux de sa mère.
« Et toi, maman, que vas-tu devenir ? Où vas-tu aller ? Est-ce que je te reverrai ? »
Appeler Narcissa ''maman'' était étrange dans sa bouche. Sa mère était Caroline, mais Narcissa l'était aussi, même si elle n'était venue que bien tard dans sa vie. Parfois, Draco avait l'impression de trahir sa mère, néanmoins, il avait besoin d'appeler la femme blonde de cette façon. Après tout, elle aussi était sa mère et elle l'avait sauvé. En plus de cela, Draco ne voulait pas perdre le contact avec elle. Maintenant qu'elle était, pour beaucoup, décédée, il espérait vraiment qu'il la reverrait.
« Eh bien, je suppose que oui, Draco, nous nous reverrons. Sans doute assez souvent, » répondit la Mage en souriant.
« Vraiment ? Tu... tu vas où ? »
Narcissa sourit et regarda Peter, puis Benjamin.
« Ton père m'a proposé de venir vivre chez lui. Mais j'ai refusé. Je suis navrée, Peter, ce n'est pas contre toi ou ta famille, mais j'aurais trop peur qu'un jour ma véritable identité ne soit découverte et que je vous mette une nouvelle fois en danger. »
Draco qui avait connu une demi-seconde de joie baissa le nez. Pourtant, si Narcissa habitait à Pomona, cela aurait été plus simple de la voir.
« Mais j'ai reçu une autre proposition, que j'ai accepté cette fois, » continua la femme en prenant entre ses mains celles de son fils. « Je vais venir au Temple, dès que Benjamin me le permettra. »
Draco redressa vivement la tête.
« Au Temple ? Tu veux dire... mon Temple ? Celui des Monoïques à Helga ? »
« Oui, » rit Narcissa, « Je n'en connais pas d'autre ! »
« Mais... » le garçon fronça ses sourcils avant qu'un éclair de compréhension n'illumine son visage.
« Nourrice ! Tu seras une nourrice ! »
« Oui, » confirma Narcissa avec un sourire resplendissant face à la réaction pleine de joie de son enfant. « Je vais pouvoir m'occuper des enfants Monoïques, moi qui n'ai pas pu le faire avec le mien. Là-bas, je serai en sécurité et je pourrai... » ses yeux se mirent à briller, « d'une certaine façon réparer mes erreurs passées. J'ai envie de le faire, j'ai besoin de le faire. J'ai tant d'amour à donner. Là-bas, je sais aussi que j'en recevrai et puis... et puis ainsi, je pourrai être près de toi, mon fils. »
Draco sourit à sa mère, le cœur remplit de joie. Oui, il reverrait sa mère, souvent.
« Maman, au Temple, je suis le Maître, le référent d'un tout petit enfant. Il s'appelle Baldr. Tu prendras soin de lui en mon absence ? »
« Oui, Draco, oui, » affirma Narcissa.
… … …
Draco porta son verre à sa bouche tout en soupirant intérieurement. Là, cette fois c'était clair, il s'ennuyait.
Pourtant, il n'y avait pas de raison concrète à cet ennui. Sauf une. Harry.
Harry lui manquait terriblement.
Après leur départ de Poudlard et Pré-au-Lard, le petit groupe avait mis à peine deux jours pour rejoindre le lieu des festivités du solstice. Sitôt arrivé, Harry avait été véritablement happé par les autres Lycanthropes. Que ce soit ceux de leur meute, également présents, que tous les Alphas, Bêtas et autres personnes importantes des différentes meutes. Draco avait vu son compagnon disparaître avec eux pour ne le revoir que par intermittence ou la nuit, quand il venait enfin le rejoindre dans leur couche. Mais le mâle était si épuisé qu'il l'embrassait à peine avant de s'endormir comme une masse.
Tant que ceux des Rives avaient été présents, la solitude de Draco avait été supportable, même si à chaque fois qu'il voyait des couples passer du temps ensemble, à se câliner, à chasser, danser ou simplement manger côte à côte, l'absence de Harry lui faisait mal. De plus en plus mal.
Pourtant, les fêtes étaient fantastiques, l'ambiance, malgré le froid et la neige qui s'était invitée, formidable. C'étaient sans doute les plus belles et les plus grandiose fêtes du solstice qu'il vivait. Tout était danse, chant, musique et bonne chair.
Draco avait aussi eu plus d'une fois son moment de succès. Rien que son arrivée au camp avait été source d'émois divers parmi les Lycanthropes. Un Monoïque devenu Oméga, c'était une fête dans la fête !
L'adolescent savait que son histoire avait rapidement fait le tour des plus de cinq cents Loups-garous présents. Quelques-uns avaient grommelé qu'il était injuste que sa mise en compétition ait déjà eue lieue, mais comme les plus grandes meutes de Gryffondor, sa terre d'adoption, avaient été conviées, il leur était difficile de protester davantage.
Le jour même du solstice, les Lycanthropes n'avaient pas dormi tout le temps de la longue nuit. Draco, sous les encouragements de sa meute, avait dansé, seul, l'une des danses propres à son peuple. C'était sans aucun doute l'un des meilleurs souvenirs de cette semaine de festivité. Draco avait senti sur son corps le regard brûlant des dominants, il en avait joué, attisant sans le moindre remords la jalousie dévorante de son compagnon. Cela avait aussi été la seule nuit, depuis cette fois-là à la taverne d'Abelforth, où Harry et lui avaient fait l'amour.
Le jeune homme avait profité des fêtes pour rechercher Olivier, en vain. Il avait par contre aperçu, heureusement de loin, Cormac Maclaggen. Il avait aussi discuté avec d'autres de ses anciens prétendants, dont Lug. Celui-ci lui avait annoncé qu'il allait s'unir dans sa meute, après les fêtes, avec le jeune soumis de la meute de Godric.
Draco avait d'ailleurs constaté de visu que lors de ces fêtes, de nombreux Lycanthropes avaient formé des couples officiels qui s'uniraient dans les jours à venir dans leur meute respective. Comme Lancey et Lavande ou Ginny et Egill.
La jeune louve n'était pas repartie avec ceux de sa meute. Elle était restée avec celle de la Garde Royale. Et Draco était resté avec eux également.
Beaucoup de Loups-garous avaient quitté le campement afin de rejoindre leur territoire ou leur errance pour les nomades. Draco attendait que Harry termine ses interminables discussions, réunions et autres conciliabules. Seul ou parfois en compagnie de la jeune fille rousse.
Ce soir, il était seul. Il n'avait aucune envie de se mélanger au reste de la foule qui dansait, riait et chantait autour du foyer pour la dernière fois. Au loin, il apercevait les dirigeants des meutes, dont Harry, qui continuaient leurs mystérieux accords. Qu'ils passent autant de temps ensemble, loin des autres, était incompréhensible pour Draco.
Ce soir, il se sentait triste. C'était heureusement leur dernière soirée ici. Le lendemain, ils partaient juste tous les deux. Harry voulait qu'ils aillent vers le nord et l'est, à la recherche de Megan et Ralph. Du moins, Draco supposait que c'était pour cette raison. Harry ne lui avait rien avoué, mais il n'était pas stupide. Pour quelle autre raison continueraient-ils leur montée dans les Terres Froides alors que l'hiver avançait ?
L'Oméga, accolé à un arbre, regardait de loin la foule, le cœur lourd. Le vent froid lui brûlait un peu les yeux et les joues, tout en rejetant ses longs cheveux en arrière. Il huma l'air qui venait vers lui, sentant le feu, la chaleur, la senteur de la nourriture et des boissons, celles des corps transpirants et aussi celle de...
Ses yeux s'écarquillèrent de stupeur, une main se posa avec rudesse sur sa bouche alors que son corps était retourné contre le tronc d'arbre puis traîné quelques mètres plus loin, à l'abri des regards.
Il ne pouvait détourner le regard de l'homme qui lui faisait face, son cœur tambourinant durement sous ses côtes. Puis le Werwulf brun se pencha vers lui, lui murmura à l'oreille.
« Ne crie pas, Oméga, je ne te veux aucun mal. Je veux juste discuter avec toi, mais si je vois que tu cherches à donner l'alerte, je te ferai taire, crois-moi sur parole. Tu as compris ? »
Draco hocha lentement la tête. Oui, il savait parfaitement de quoi ce dominant était capable, sans l'ombre d'un doute. La pression sur sa bouche se retira peu à peu. Le garçon s'humecta les lèvres, reconnaissant aussitôt l'odeur et le goût du mâle qu'il avait déposés sur elles.
« Que... que veux-tu, Epsilon ? » murmura-t-il d'une voix blanche. « Tu ne peux plus rien contre moi, je suis uni. »
L'homme se mit à rire doucement, d'un rire sans joie.
« Oh, tu es uni ? Tu ne m'apprends rien, je le sais, tout le monde ici le sait, ton compagnon a suffisamment été orgueilleux pour te montrer à tous. Pourtant... » Il renifla le cou du garçon qui trembla. « Le lien ne me semble pas si puissant que cela sur toi. À croire qu'on pourrait le briser, avec un peu de bonne volonté. Étonnant. J'étais persuadé que toi et ton jeune dominant étiez fous amoureux, selon ses dires. »
Draco ferma les yeux. Les paroles du Loup-garou lui perçaient le cœur, le blessaient atrocement. Sans doute parce qu'il savait que c'était vrai. Le lien de l'union n'était pas assez puissant, il s'était amenuisé petit à petit à cause du peu de temps qu'ils passaient ensemble, Harry et lui.
Un silence s'installa alors que Draco avait le sentiment que de la glace prenait possession dans son ventre. De la glace, de la peur, mais aussi de la colère et de la tristesse.
« Pourquoi, » demanda-t-il en serrant les poings. « Pourquoi me revoir ? »
Il leva les yeux, les planta dans les verts. Ils n'étaient pas aussi beaux que ceux de Harry, pensa-t-il immédiatement.
Epsilon le dévisagea.
« Je ne sais pas, » avoua-t-il. « Je voulais... savoir comment tu allais. »
Ce fut au tour de Draco de rire sans aucune joie, rire triste et amer.
« Comment je vais ? Comment je vais ? » Il passa une main nerveuse dans ses mèches blondes. « Tu... Toi, tu veux savoir comment je vais ? »
Les larmes montèrent à ses yeux, la rage envahit son être. Il s'élança contre le dominant et frappa ses poings contre son torse.
« Tu m'as violé, tu m'as terrorisé et tu me demandes comment je vais ? Tu es un monstre, un assassin ! Tu n'as pas le droit de me demander ça ! Tu n'as plus aucun droit sur moi ! Comment... Comment tu as pu faire tout ça et venir ici, me voir, et me demander ça ! Espèce de salaud ! »
L'homme le maintint contre lui, peu ébranlé par les coups désordonnés qu'il recevait.
« Je sais... » chuchota-t-il. « Mais maintenant je t'ordonne de te calmer, Oméga. »
Un grondement sourd résonna dans sa gorge, faisant frissonner le garçon. Aussitôt, il cessa ses coups, obéissant à l'ordre du dominant qui l'écrasait de son aura. Les larmes, elles, ne cessèrent de couler. Harry, il voulait Harry. Pourquoi Epsilon avait encore tant de pouvoir sur lui ? Et surtout, pourquoi se laissait-il maintenir, presque couler contre lui ? Il était l'un de ses anciens tortionnaires, il l'avait possédé, il l'avait traité en esclave, il l'avait... il l'avait...
« Tu m'as abandonné ! » s'écria Draco, se méprisant pour les paroles qui sortaient de sa bouche, presque contre sa volonté.
Pourtant c'était ce qu'il ressentait, ce qui les faisait encore souffrir, Compagnon-Loup et lui. Et Harry qui n'était pas là, qui avait laissé le lien entre eux se disloquer. Qui l'abandonnait, lui aussi ?
« Tu m'as abandonné, Epsilon, pourquoi ? Pourquoi est-ce que je comptais si peu... »
Il était en larmes, désormais, son corps secoué de sanglots désespérés. Les bras autour de lui le maintinrent un peu plus. Draco détesta le fait d'apprécier en partie l'étreinte. Il avait besoin, il avait tant besoin de savoir, de réponses.
« Abandonné, Oméga ? Pourtant, dans cette forêt, tu m'as supplié de te laisser. Tu avais l'odeur d'une nouvelle meute sur toi, tu ne voulais pas que je te prenne avec moi. »
Draco essuya ses joues et ses yeux, décolla sa tête qu'il avait plaquée contre le poitrail du mâle.
« Pas cette fois-là. Avant, dans la clairière. Toi, Daniel et tous les autres, vous m'avez abandonné. »
Les yeux verts dévisagèrent l'adolescent qui gardait les siens clos. Le garçon pleurait, les poings serrés.
« Oméga... »
Epsilon prit une grande inspiration avant de parler, d'une voix sourde.
« Dans la meute de Fenrir, il n'y avait pas le choix. Lui nous avait choisis, mordus pour faire partie de sa meute, et même pour certains transformés en Lycanthrope à cette occasion. Archus, Daniel, Neuri et d'autres, comme moi, nous étions des nés-Lycans, mais ce n'était pas le cas des autres. » Il eut un temps d'attente. « Mais tu as raison, Lycanthropes ou non, aucun d'entre nous n'était un enfant sage quand notre route a croisé celle de notre Alpha. Il nous a intégrés à sa meute. C'était notre vie et nous la vivions ainsi, à l'image de Greyback. J'ai passé de nombreuses années avec lui, avec eux. Nous chassions, nous répondions aux ordres de nos commanditaires... Nous tuions. Parfois, Greyback ordonnait un raid sur un village et alors... alors nous prenions avec nous quelques femelles. Tu sais pourquoi. »
Un sanglot étouffé lui répondit alors que Draco baissait la tête.
« Un jour, nous sommes tombés sur deux jeunes hommes qui rentraient chez eux, dans le territoire de Serdaigle. Greyback a voulu d'eux. Je ne sais pas pourquoi. »
« Ralph ? » supposa Draco d'une voix douce, sans redresser le nez.
« Oui, et son petit frère, Enguerand. Le gamin était jeune, très jeune. C'était la première fois que Greyback, à ma connaissance, en choisissait un aussi jeune. Ils n'étaient pas comme nous. »
« Ralph était un homme bon, lui, » fit Draco dans un sanglot.
« … Oui... » admit le dominant. « Le gamin aussi. C'était un louveteau. Notre louveteau, parce que tous les mâles faisaient partis de la meute, ce depuis toujours. Mais il n'acceptait pas sa Lycanthropie, ce que nous étions, ce que nous faisions. Ralph et lui ne s'intégraient pas et Greyback ne le supportait pas. Un jour, environ six mois après leur morsure, quand Ralph et d'autres de la meute sont partis en mission, Greyback... Il a pris Enguerand. C'était la première fois qu'il goûtait à un homme. La nuit suivante, Enguerand s'est suicidé. Pendaison. Greyback n'a jamais dit à Ralph ce qu'il avait fait. Il lui a juste dit que son frère s'était tué en chutant d'un arbre. »
Draco frémit. Il savait ce que les mots prendre ou goûter signifiaient dans la bouche de ces hommes. Est-ce que Ralph avait compris ce qui était arrivé à son frère, malgré le mensonge de l'Alpha ?
« C'est à ce moment-là que Daniel et moi, on s'est posé pour la première fois la question de la santé mentale de Greyback. Je ne te parle pas de sa cruauté, mais bien de la démence qui peu à peu l'a envahi. Greyback n'a jamais été un homme bon, c'était l'un des pires criminels de ce monde, mais sur la fin... il était fou. »
Epsilon passa une main dans les cheveux de Draco, pensif.
« Après cela, nous avons continué notre vie, nous avons enlevé des femelles. L'une d'elle est tombée enceinte. Pourquoi, comment, je l'ignore. Archus était persuadé qu'il était le père. Il voulait garder l'enfant. Fenrir est devenu enragé, il a massacré la femelle et a frappé Archus. C'est là qu'il nous a dit que le seul louveteau que compterait jamais cette meute serait le sien. On a tous cru que de toute façon, il plaisantait, enfin, comme lui seul pouvait le faire. Mais... »
« Mais plus tard, vous êtes venus à Pomona... » termina Draco, d'une voix étranglée.
« Oui. Et il t'a vu. Tu aurais dû mourir, cette nuit-là. Sauf que lorsque Fenrir était sur toi, qu'il a senti ton odeur, il a reconnu le parfum subtil de l'Oméga en toi. Et il t'a voulu. »
Draco cacha son visage entre ses mains, ne voulant pas se souvenir de l'enfer qui avait suivi.
« Au départ, on a tous cru que ce n'était qu'une lubie, qu'il se lasserait vite de toi, qu'il ne voulait pas réellement de progéniture. Pourtant, plus le temps passait, et plus il était évident que c'était ce qu'il voulait. Cela nous a... surpris. Plus encore quand, une fois engrossé, il t'a donné à nous. Nous n'y croyions pas au départ, nous les nés-Lycans. Non... Nous n'avons pas compris. »
L'homme fut interrompu par un poing lancé contre son torse.
« Et pourtant vous m'avez pris ! Tous ! » pleura Draco. « Comme les monstres que vous étiez ! »
Epsilon attrapa le poignet de Draco, le plaqua de nouveau contre lui.
« Oui, oui nous t'avons pris ! Parce que c'est ainsi que nous agissions avec les femelles ! Vous n'étiez pas de la meute, vous n'existiez pas pour nous ! Et nous t'avons pris ce jour-là parce que c'était ce que Greyback voulait ! Et les jours suivants, parce que nous avions envie de ton corps. C'était ce que nous avions toujours fait ! Mais toi... toi, tu as tout changé ! Parce que tu étais enceint et que ce n'était pas normal de se comporter comme ça avec toi ! Pas alors que tu aurais dû être le compagnon de celui qui t'avait fait ça, » gronda l'homme, obligeant le garçon à se calmer en raison de ce bruit sourd accompagné de son aura.
« Sans compter Daniel. Il te voulait. Il t'a voulu dès l'instant où il t'a vu, lui aussi. Alors oui, nous nous sommes accouplés avec toi, faisant de toi un soumis docile qui devait obéissance totale à tous les dominants présents ! Certains ont pris plus de plaisir à te prendre que d'autres, pris du plaisir à te faire souffrir parce qu'ils te haïssaient, Oméga. Pas moi. »
Draco continua de pleurer, sans se débattre.
« Mais... On ne comprenait pas ce que tu étais. Ce n'était pas... non, pas normal de faire comme ça avec toi. Tu étais enceint de notre Alpha. C'était... perturbant. Surtout pour nous, les nés-Lycans. Avec le temps, Daniel a décidé de devenir le Bêta, il guignait la place depuis quelque temps déjà, puis ensuite celle de l'Alpha. Je l'ai suivi avec Neuri et Archus, parce que Greyback n'était plus digne de l'être. Et qu'avec Daniel, une vie meilleure nous attendait. Quant à toi... peu à peu, tu as fait partie de la meute. Tu es devenu à la fois notre louveteau et à la fois celui qui portait la vie. Surtout après la fuite de Ralph et de sa louve. Et tu devais devenir le futur compagnon de notre nouvel Alpha. Te souviens-tu, Oméga ? Nous ne te touchions plus. »
« Brutus, Barbatus et David... » bredouilla Draco.
« Étaient aussi fous et cruels que Greyback. Nous ne voulions plus d'eux. Mais il nous fallait rassembler les autres, les convaincre. Cela a été plutôt facile avec Vircolac d'abord, puis ensuite Heimdall après la mort de Berserkir. Heimdall était celui qui nous manquait jusqu'alors. »
Epsilon posa sa main sur la nuque tendre.
« On a commis une erreur. Vircolac avait raison, jamais nous n'aurions dû attaquer ce village, on aurait dû se battre, entre nous, tuer Greyback, Brutus et David. Sans doute même Dereck. Mais Daniel et Archus pensaient qu'il valait mieux le faire à l'occasion d'un raid. Ce fut notre perdition. Brutus et David avaient tout compris et Greyback, malgré sa démence, savait lui aussi. L'attaque à Pré-au-Lard était un double guet-appens. Eux aussi voulaient notre mort à cette occasion. Ce que personne ne savait était que les villageois, au moins une partie d'entre eux, étaient au courant que nous venions et nous attendaient. Si nous avons échoué, cette nuit-là, c'est à cause de cela.
L'homme obligea le garçon à se décoller de lui.
« Regarde-moi, Oméga. »
Draco obéit péniblement.
« Quand nous t'avons laissé dans cette clairière, nous savions qu'il était possible que certains d'entre nous ne reviennent pas. Mais jamais nous n'avons pensé qu'aucun ne reviendrait. On pensait vaincre Greyback, ne pas attaquer le village et revenir. Nous ne voulions pas t'abandonner. »
« Daniel... il m'a laissé du poison, pourtant... » pleura Draco.
« C'était au cas où Greyback soit vainqueur. Mais il n'y croyait pas. Personne n'y croyait, nous étions plus nombreux. Pourtant, nous qui avions été si prudents jusqu'alors, nous avons commis cette nuit-là la pire erreur : nous étions trop confiants. Et nous nous sommes faits massacrer. »
Draco hoqueta misérablement, perdu dans ses souvenirs. Oh, par la lune, comme il voulait Harry près de lui !
« Mais tu m'as laissé, Epsilon, » dit-il entre deux sanglots. « Tu m'as laissé, tout seul... Tu as survécu et tu m'as abandonné ! »
Il fondit une nouvelle fois en larmes et se laissa reprendre contre le torse du dominant.
« Je... je suis revenu vers toi, Draco, » murmura Epsilon. « Je t'ai vu, attaché à ton arbre, en train de te débattre. Pendant quelques secondes, j'ai hésité. Je savais pas... Qu'est-ce que j'aurais fait, avec toi ? Tu étais faible, il fallait encore que tu te transformes alors que les Mages étaient juste derrière moi. Et puis ensuite... Nous aurions été seuls, avec toi peut-être enceint de l'enfant de Daniel. Je... J'aurais dû m'unir à toi ou te confier à une meute pour qu'il prenne soin de toi et du louveteau. Et je ne savais pas si j'étais capable de faire l'une ou l'autre de ses possibilités. » Il prit une grande inspiration. « J'ai décidé de te laisser avec les Mages. Quiconque te voyant comprendrait de suite que tu n'étais pas comme nous, que tu étais un prisonnier, pas un bourreau. J'ai cru que c'était ce qu'il y avait de mieux à faire. Pour toi comme pour moi. »
Il prit le visage de Draco, le releva vers lui.
« Ai-je eu tort ? N'es-tu pas plus heureux aujourd'hui avec ton compagnon plutôt qu'avec moi ? »
Draco regarda le visage buriné, les yeux verts si différents de ceux de Harry.
« Est-ce que tu te serais uni avec moi ? Comme un vrai compagnon ? »
« Je ne sais pas. Je préfère les femmes, mais si je n'avais pas rencontré de meute, si l'enfant était né... Comment savoir... »
« Est ce que... » Draco avala péniblement sa salive. « Est-ce que tu aurais été violent, comme avant ? »
« Non. Tu étais de ma meute, désormais. Je crois... je crois que c'est pour cela que je voulais te voir aujourd'hui. »
Draco ferma les yeux, ses lèvres tremblèrent.
« Tu m'as abandonné, Epsilon, mais je suis heureux dans ma meute. Plus que je ne l'ai jamais été. Et j'aime mon mari. Je ne t'aurais jamais aimé et toi, tu ne m'aurais jamais aimé non plus. Même Daniel n'aurait jamais pu m'offrir ce que Harry me donne. Aucun d'entre vous. »
Un long silence s'installa entre eux, que brisa finalement le dominant.
« Alors je ne regrette pas mon choix. »
Draco ne dit rien, ne savait pas quoi répondre. Il était épuisé et n'avait qu'une envie, que Harry le prenne dans ses bras.
« Je te dis donc adieu, Draco. Je vais rejoindre celle qui va devenir ma compagne, » déclara soudain Epsilon en s'éloignant.
« Ta compagne ? »
Le Loup-garou brun se décolla des arbres derrières lesquels ils étaient cachés. Il lui indiqua au loin la foule de Lycanthropes qui riait et buvait dans un coin de la clairière, là où se tenaient la nourriture et les boissons.
« Là-bas... la jeune fille rousse avec une natte et la robe violette. »
Le cœur de Draco se serra dans sa poitrine.
« Elle... elle ressemble à Morag... »
« Peut-être... »
Epsilon sourit, un vrai sourire cette fois-ci, un rare vrai sourire que Draco avait vu sur ce visage rude alors qu'il regardait en direction de la femme.
« Elle s'amuse et demain nous repartirons. C'est elle qui a voulu absolument venir. Je ne voulais pas trop mais au final, je suis heureux d'avoir cédé, cela m'a permis de te revoir. »
« Tu aurais pu... tu aurais pu la sauver, nous sauver tous, si vous n'aviez pas été aussi lâches... » murmura l'adolescent, ses pensées toujours tournées vers Morag, Hannah et Megan.
« Encore une fois, peut-être. Mais nous ne pouvons refaire le passé, Oméga. Nous n'étions pas prêts. Cela a coûté la vie à ma meute, à tous mes amis. Je le regrette sans aucun doute plus que toi. »
« Est-ce qu'elle sait ? » bredouilla Draco, ses yeux rivés sur la femme.
« Non. Elle n'a pas à savoir. Je l'ai rencontrée, elle est venue avec moi, elle sait que je suis nomade et que j'ai été un solitaire, ce qui est vrai, et aussi que j'ai fait partie d'une meute aujourd'hui dissoute. Elle n'a pas besoin d'en savoir plus. Nous allons nous unir et vivre notre vie, en meute familiale. C'est tout ce que nous souhaitons pour le moment. »
« Et si... si un jour tu rencontres un nouveau Greyback ? Que feras-tu, Epsilon ? »
Le dominant ne prit qu'une seconde avant de répondre.
« Si je ne peux la sauver, alors je préférerais la tuer de mes propres mains, elle et les louveteaux que nous aurions, plutôt que de les faire vivre dans une meute comme cela. »
Les larmes de Draco coulèrent en silence sur ses joues alors qu'il fermait les yeux. L'homme posa ses mains sur les épaules de L'Oméga, le fit se retourner vers lui.
« Je te dis adieu, Draco, j'espère que tu seras heureux, désormais. »
Draco ne sut s'il devait rire ou hurler, aussi ne fit-il ni l'un, ni l'autre. Le dominant le dévisagea, puis fit quelques pas en direction de la foule avant que l'adolescent ne se décide, lui aussi, à lui dire :
« Adieu, Epsilon. »
Le dominant se contenta de hocher la tête, sans se retourner, puis continua son chemin, disparaissant ainsi à jamais de la vie de Draco.
Ce dernier s'adossa au tronc d'arbre. Son cœur lui semblait vide. Pourtant, c'était comme si une page venait de se tourner avec le discours de l'ancien dominant de sa première meute. Celui qui avait été, lui aussi, comme un compagnon pour l'Oméga qu'il était. Draco savait que bien qu'il n'ait rien dit, tout le discours d'Epsilon était une demande implicite de pardon. Il ne savait pas, cependant, s'il était prêt à le lui accorder.
Compagnon-Loup gémit dans sa tête, aussi perdu que lui. Draco s'effondra sur le sol, prit son visage entre ses mains et pleura à chaudes larmes sur les restes de ce passé maudit.
Il se redressa plusieurs minutes plus tard. Il ne jeta aucun regard sur les Lycanthropes autour du feu, préférant aller directement vers le campement de la meute de Godric, là où était Ginny, mais aussi là où Harry et lui avaient planté leur tente, leur meute s'étant installée à côté des gardes royaux.
Il ne vit la jeune fille ou Egill nulle part mais reconnut par contre Vargr et Grímr qui discutaient ensemble. Sans mot dire, il alla vers eux et s'assit entre les deux mâles, surpris alors qu'il leur prenait la main. Ils ne dirent rien, se contentant d'étudier le visage fin, triste, les yeux rouges de l'Oméga. Sans se concerter, ils l'entourèrent, le prirent contre eux, le cajolèrent et le laissèrent pleurer de nouveau, sans poser de questions, jusqu'à ce qu'il s'endorme dans leurs bras.
Draco fut réveillé par des éclats de voix. Il ouvrit un œil, reconnaissant de suite la tignasse noire de Harry, ainsi que son aura en colère.
« … mon compagnon ! » termina justement le dominant.
« Ton compagnon, ça, nous le savons ! Mais tu n'étais pas là, Potter ! Et c'est vers nous qu'il est venu ! Tu voulais quoi ? Qu'on laisse un Oméga en détresse, seul, sous prétexte que c'est le tien ? Jamais ! » gronda Grímr. « Nous avons plus d'honneur que cela ! »
« Nous savons que tu es devenu le Parvis Alpha de ta meute, mais ton compagnon souffre de manque, votre lien s'étiole. Que veux-tu donc ? Le renier ? » continua Vargr. « Si c'est ça, ce n'était pas la peine de te battre pour lui ! »
« Non ! » fit Draco en redressant sa tête des cuisses de Grímr où il avait fini par s'installer durant son sommeil. « Harry, non ! »
Le mâle fut aussitôt à ses côté, à genoux devant lui.
« Non, Draco, bien sûr que non. Je ne vais pas te renier. Je suis désolé, je n'étais pas là et j'en suis désolé. Mais les fêtes sont finies et je te promets, les prochains mois nous ne serons que nous deux, juste nous deux, » bredouilla Harry, confus et blessé par ce qu'il avait vu et par les propos des deux autres dominants.
Le jeune Oméga se jeta dans ses bras, tremblant.
« Draco ? Draco, bébé, que se passe-t-il ? » dit Harry en le prenant contre lui.
« Tu me manques, Harry, » bredouilla Draco en se câlinant le plus près possible.
Il se mit à gémir, à geindre, tout en donnant des petits coups de langue dans le cou et sur le visage du dominant.
Harry ne dit rien, perplexe. Lui aussi se mit à lécher et embrasser le soumis, sentant le lien entre eux comme vibrer. Néanmoins, il était persuadé qu'il ne s'agissait pas que d'une question de lien, autre chose avait fait peur ou avait perturbé Draco. Le fait qu'il ne veuille pas le lui dire l'interrogeait. Était-ce à cause de la présence des autres mâles ? Ou parce que Draco ne lui faisait plus assez confiance ?
Laissant cette question de côté pour le moment, il s'attacha à rassurer le garçon, lui offrant caresses et baisers ainsi que paroles tendres.
« Je ne vais pas te laisser, tu le sais. Jamais. On va partir, dès demain. Tu es fatigué et moi aussi, alors on va dormir et demain, à l'aube, nous partirons. Et alors tu ne seras qu'à moi, comme je ne serai qu'à toi. Jusqu'à ce qu'on retourne chez nous, c'est juste toi et moi*, Draco. »
Draco acquiesça en silence, il tendit ses bras, les enroula autour du cou de Harry, puis se hissa à moitié sur lui, les jambes autour de sa taille.
« Ça, ça veut dire que tu veux aller au lit ? » murmura Harry avec tendresse.
« Oui, » répondit Draco sur le même ton.
Le dominant se redressa comme il put, aidé par Grímr qui lui évita de chuter, Draco accroché à lui. Harry passa ses bras sous les fesses du garçon, puis marcha avec sa charge jusqu'à sa tente. Ce ne fut que là que Draco consentit à descendre de son perchoir. Les deux hommes se glissèrent sous leur couverture et s'endormirent l'un contre l'autre, Harry ne cessant d'embrasser et caresser son compagnon.
Ils partirent le lendemain matin, dans le froid et la pluie mêlée de neige molle. Harry dut une fois encore faire le tour des chefs de meutes, laissant un Draco de plus en plus énervé avec Vargr et Grímr. Enfin, après un dernier adieu à cette meute et à Ginny, ils s'en furent sous leur forme lupine, Harry portant sur son dos le maximum de charge possible.
Ils coururent longtemps vers le nord et l'est afin de s'approcher des limites d'Espérance pour atteindre celles de Serdaigle. Ils ne s'arrêtèrent que pour grignoter en silence. Harry voulut savoir pourquoi Draco était dans un tel état la veille mais le jeune blond se contenta de hausser les épaules et de grommeler en réponse. Malgré l'insistance de Harry, Draco ne dit rien, se renfrognant de plus en plus.
De fait, alors que le soleil se couchait, les deux mâles n'avaient guère échangé de paroles. Ils s'arrêtèrent sur une petite colline, au pied d'un grand rocher qui les protégerait efficacement du vent de plus en plus glacial.
Le dominant pris rapidement la décision de monter un abri de branches, coincées grâce à un tapis de sapins qui poussaient vers la roche. Il fabriqua un toit sommaire tandis que Draco, malgré les protestations de Harry, s'affaira à construire les deux parois manquantes. Une fois que Harry eut fini sa tâche, il planta la tente sous l'abri - leur offrant ainsi une double protection - puis voulut aider le plus jeune dans la sienne.
« Draco, laisse-moi finir. »
« C'est bon. »
« Laisse-moi finir, bon sang ! »
« Putain, mais tu vas me lâcher, oui ? Je te dis c'est bon, il me reste trois branches à mettre, je gère ! Si tu t'ennuies, au lieu de tourner dans mes pattes, va donc chercher du bois à peu près sec pour le feu ! » aboya Draco, plus qu'énervé.
Harry resta debout, les bras ballants, abasourdi par la virulence de son compagnon. Il fronça les sourcils, sentant son propre agacement monter.
« C'est bon, c'est bon, débrouille-toi ! Mais tu pourrais me parler sur un autre ton ! »
« Et toi, tu pourrais me foutre la paix quand je te le demande ! Arrête de me traiter comme un enfant, ça me soûle. Je suis largement capable de faire un mur de branches pour la nuit. »
« On risque de passer plus d'une nuit ici si la tempête nous surprend, alors y'a intérêt à ce qu'il soit solide, pas qu'il s'effondre au premier coup de vent ! » rétorqua le dominant en colère.
« Merde ! Voilà ! Tu crois quoi ? Que je t'ai attendu avant de savoir monter un mur ? J'en ai fait d'autres avant toi ! J'ai vécu dans une meute nomade, je te rappelle ! Et personne n'était là pour me tenir la main et m'aider ! » cria l'Oméga.
Harry le regarda étrangement, la colère faisant pendant à l'inquiétude.
« J'y vais, » abdiqua-t-il, histoire de se calmer et de réfléchir loin de son compagnon.
Le dominant retourna dans le sous-bois, ramassa des branchages secs, d'autres moins, mais suffisamment pour tenir quelques temps si le temps se gâtait trop. Il pourrait les glisser sous leur abri, entre la tente et le rocher.
Il retourna à leur campement bien plus tard, alors que la nuit s'installait. Il accéléra le pas, sentant que Draco n'était pas bien et s'en voulant de son absence prolongée. Il posa le bois et s'engouffra dans la tente, où pleurait l'autre garçon.
« Draco ! Mais qu'est-ce qu'il y a, bon sang ! » fit-il en le prenant contre lui.
« J'ai cru que tu étais vraiment parti, je ne te sentais plus. Je ne te ressentais plus. Je t'ai appelé mais tu n'étais pas là, » sanglota le soumis.
Harry soupira, tout en caressant la tête blonde.
« Bon, je crois que l'on fait n'importe quoi en ce moment. Écoute, calme-toi, je te l'ai dit : je ne te laisserai pas. Je vais faire le feu sinon on va avoir froid. Reste sous la tente, repose-toi, je prépare aussi le repas et je t'appelle pour manger, okay ? »
Draco renifla et hocha la tête. Pourtant, dès que Harry sortit de la tente, l'Oméga se sentit plus seul qu'il n'aurait dû. C'était ridicule, Harry était juste là, à côté, mais il avait le sentiment d'être seul, sans compagnon. Il avait besoin de lui, si besoin de lui. Il en voulut aussi au dominant qui préférait s'occuper de son estomac plutôt que de lui.
Au final, il enfila une cape et sortit rejoindre son compagnon. Il s'assit à côté de Harry, en silence, et prit le morceau de poisson séché qu'il lui tendait ainsi que le bol de bouillon. Ils mangèrent, sans échanger plus de trois mots.
« Draco... qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Harry alors qu'ils se couchaient sous leur tente, dans un nid de couvertures et de peaux de bête.
« Rien... » murmura le garçon.
Un grondement sourd lui répondit, puis Harry se tint en face de lui, les yeux sévères.
« Bon, maintenant c'est moi qui dit que ça suffit, tu entends ? Il y a quelque chose ! Je sais que je n'étais pas très présent pour toi pendant les fêtes et je m'en excuse, je sais aussi que revoir ton père, ta mère, a été éprouvant, mais il faut aussi que tu fasses des efforts ! »
« Des efforts ? » explosa l'adolescent. « Pour faire des efforts, il faudrait déjà que tu sois là ! »
« J'ai dit que je m'excusais, okay ? Et là, je suis là. On est tous les deux, comme promis, rien que tous nous deux pendant deux mois ! Tu veux que je fasse quoi de plus ? »
Draco repoussa Harry, le faisant tomber sur les fesses.
« JE VEUX QUE TU REFORMES LE LIEN ! » hurla-t-il. « J'EN PEUX PLUS D'ÊTRE LOIN DE TOI ! JE SAIS PAS SI TU ME VEUX, SI TU ES LÀ POUR MOI ! TU ES MON COMPAGNON, OUI OU NON ?! »
« MAIS OUI, BORDEL ! » cria à son tour Harry, furieux et vexé.
Il se redressa en position accroupie, face à Draco.
« ALORS PROUVE-LE MOI ! PRENDS-MOI ! BAISE-MOI ! TU ES UN DOMINANT OU UN LÂCHE ?! » continua de hurler Draco, essoufflé.
L'atmosphère sous la tente se surchargea en phéromones. Un grognement retentit dans la poitrine des deux Lycanthropes, face à face. Leurs yeux se mêlèrent d'ambre alors qu'ils se fixaient. Compagnon-Loup était là, tapi dans l'ombre. Il voulait son dominant, il voulait que, comme durant la nuit de leur union, comme durant toute la compétition, Harry se batte pour lui ! Qu'il le prenne, qu'il le mérite, qu'il lui prouve qu'il valait mieux que Daniel, Epsilon et tous les autres ! Qu'il lui démontre sa force, sa puissance... son amour.
Dans un grondement sourd, les deux Loups-garous se jetèrent l'un sur l'autre dans le petit espace de la tente.
… … …
à suivre
… … …
* Toi et moi : comme la fiction du même nom de mon amie Merylsnake !
