Jeux forcés

Auteur : Angelscythe

Genre : Noir, violence, drame, shonen-ai quand même

Couple : RiffelXCain et RiffXCain !

Disclaimers : Tous les personnages appartiennent à Kaori Yuki, je ne devrais pas avoir le droit d'y toucher…


Chapitre 14

Des cris résonnèrent, tirant Cain de sa leçon de piano avec Maryweather. Il tendit l'oreille. Venait-on de dire « Monsieur Raffit » ?

Il s'excusa auprès de sa sœur, se leva et quitta la pièce. Hâtant le pas, il regagna le hall pour voir un spectacle des plus surprenant. Son majordome se tenait l'épaule d'où un liquide s'échappait. Derrière lui, une trainée carmine précédé de trace de pas de la même couleur.

Cain se serait jeté sur lui, faisant tous les efforts pour dissimuler sa réelle inquiète, s'il n'y avait pas eu ce regard posé sur lui. Le regard de Riffel.

Un frisson d'horreur le parcourut et il fit un pas en arrière. Mais l'argent vint vers lui.

- On va appeler le médecin !

- Non ! Cria le valet. Éloigne-toi, péronnelle ! Toi ! Viens !

Et dans ces cris, il attrapa son maître par le bras et le tira dans une salle attenante qu'il claque derrière lui avec fracas. Il prit une lourde commande qu'il mit devant les battants comme si elle eut été en sucre. Néanmoins, son visage se contracta.

Le Comte, récupérant le plein usage de son corps, se recula vivement et se frotta l'épaule endolorie, calmant sa peur. Il chercha une issue plausible. Hormis via ces fenêtres qui s'ouvraient très difficilement…

Il ne pouvait définitivement rien faire contre sa force…

- Sois ravi !

Cain sursauta de peur.

- Qu'il y a-t-il ?

- Alexis n'est plus !

- C'est bien. C'était ta mission. Railla l'héritier Hargreaves.

- Crois-tu vraiment que je comptais m'aplatir ? S'esclaffa l'autre. Bien sûr que non !

Il envoya voler un vase emplit de fleur qui se fracassa sur le sol.

- On ne va pas tarder à ouvrir. Tu ne peux rien me faire…

- Un peu plus de conviction maintenant ? Se moqua Riffel.

Cain se recula jusqu'à la fenêtre. S'il arrivait à l'ouvrir, s'il était assez rapide, il pouvait s'enfuir ! Il eut une pensée compatissante pour son Riff qui devait souffrir le martyr.

Il la chassa rapidement, se redressa tout en se tournant. Il tira sur les vitres qui ne lui résistèrent même pas trente secondes. Mais c'était énorme ! Riffel devant déjà être sur lui, il se hissa sur l'appui sans regarder derrière lui.

- Je suis une Poupée Mortelle ! Comme Michaëlla ! Comme ta fiancée !

Le jeune Comte se figea. Il se tourna vers lui, le regard écarquillé. D'autant plus qu'il remarqua qu'il était resté non-loin de la porte.

- Je suis mort depuis longtemps. On m'a ramené à la vie pour réduire la tienne à néant.

Cain se laissa tomber à genoux et le dévisagea.

Non seulement l'homme n'avait pas cherché à le rejoindre mais il le fixait aussi sans ciller, les doigts pressés sur sa blessure. Le sang ne tarissait pas. Pas même un peu.

Cette force surhumaine…

- Tu es…

- Peu étonnant que j'étais obsédé par toi, n'est-ce pas ? Et si je t'entraînais dans ma tombe ?

- Hm… Répondit son maître.

- Nous irons en Enfer ensemble… Chuchota Riff, la voix chargée de douleur.

Cain descendit de son abri, si l'on pouvait l'appeler de la sorte, et s'avança.

- Rends-le moi.

- Quoi ?

- Qui. Rectifia l'héritier, posément.

- Ah… Riff. Pourquoi ?

- Tu parles de tombe. Tu n'en as plus pour longtemps. Pas vrai ?

- Beau visage, talent incontesté pour l'art du sexe et intelligent. Nargua le valet. Si seulement tu avais meilleur caractère !

- Laisse-le passer vos derniers moments avec moi… Riffel.

- Cain ! Cain !

La voix de Neil !

Au vu des bruits qui provenaient de l'extérieur, il essayait d'ouvrir la porte. Riffel regarda par-dessus son épaule meurtrie puis s'approcha de l'adolescent.

- Pourquoi ?

- Parce que tu ne veux pas le voir heureux ?

- Pour un autre !

Riffel vit les lèvres de Cain bouger mais il n'entendait pas un traitre mot, la voix de Riff et les cris de Neil la surplombant.

- Grâce à toi… Imagine que tes dernières images soient celles de son sourire.

- Je refuse que tu le rendes heureux ! Qu'il…

- … ne voie que moi. Compléta Riff.

- Tu n'es qu'inventé !

- Comme toi…

- Rend-le moi, Riffel !

Les mots de Cain explosèrent malgré le tumulte ambiant.

- Votre vie s'achète par ta faute ! Ma douleur sera sans pareille ! Ne peux-tu pas t'en contenter ?

- Ne me suivrais-tu pas en Enfer ? Questionna le majordome.

- Pas toi !

- CAIN ! Hurla une voix étouffée.

- Mon oncle…

- Et si j'utilisais mes dernières forces pour tuer tout le monde en te laissant seul ? Menaça Riffel.

Il lâcha sa plaie pour attraper Cain par la gorge.

- Je veux voir ta douleur !

- Menteur… Murmura une voix dans son crâne.

- Je n'ai plus de temps. J'aurais tout raté jusqu'au bout ! Tu as gagné ! …. Vous avez gagné !

Les mâchoires serrées d'impuissance, il se pencha vers lui.

- Prononce mon nom, embrasse-moi comme si j'étais lui et je disparaitrais.

Cain se rapprocha d'un pas.

Le tintamarre contre la porte lui faisait affreusement mal à la tête et un étau se resserrait autour de son cœur. Faisait-il ce qu'il devait ? Est-ce qu'il ne mentirait pas ?

Mais c'était son dernier espoir…

- Tout va bien mon oncle ! Riff a besoin de soins. Faites préparer une salle de bain au plus vite ! Que Griselda s'en charge !

- Cain…

- Je vous en prie, mon oncle. Et nous passerons plus de temps ensemble à l'avenir ! Promit-il.

Ça provoqua du remous et, peut-être, ce son étrange était un soupir ?

Le majordome haussa un sourcil.

Cain passa un bras autour du cou de son employé et le poussa à se pencher vers lui. Il joignit leurs lèvres avec une tendresse infinie. Il jouait le tout pour le tout. Et si ça devait être son dernier baiser, il voulait croire qu'il l'échangeait vraiment avec l'homme qui faisait battre son cœur.

Celui de Riffel tambourinait à toute vitesse dans sa poitrine. Il sentit le sang sortir plus puissament par sa plaie mais il était trop préoccupé à serrer le frêle corps contre le sien, quitte à le barbouiller de rouge.

- Riffel… Souffla le Comte contre ses lèvres, presque tendre.

L'homme se baffa mentalement face à son impuissance. Il voulait l'utiliser, avoir ce qu'il désirait et être vainqueur mais son cœur cédait. Jamais il n'aurait pu lui obtenir des aveux, jamais il n'aurait pu briser plus sa volonté et, comme il allait bientôt mourir, il lui offrait les siens…

- Voici ma part du marché.

Les yeux glacés semblèrent d'un seul coup plus doux. La main gauche lui effleura la joue et l'héritier ne put que sourire.

- Quel merveilleux sourire. Souffla une voix encore acide, comme venue de nulle part tant elle s'amenuisait.

- Qu… Se figea Cain.

- My Lord… Lui répondit tendrement un ton doux.

- Riff !

Cain se pencha vers lui. Le majordome s'attendit à un doux baiser d'au revoir mais il sentit une violente gifle lui couper la joue.

- Idiot ! Tu essaies encore de te défiler !

Il désigna la commode qui obstruait l'entrée.

- Déplace ça ! Ordonna-t-il.

Désemparé, le valet puisa dans ses dernières forces, jugula sa douleur et s'exécuta. Il n'avait toutefois plus autant de force dans l'épaule car elle le faisait souffrir le martyr et il la déplaça juste assez pour ouvrir une porte. Mais ce fut bien assez suffisant pour que Cain sorte et ne l'entraîne à sa suite vers la salle de bain la plus proche où un bruit d'om s'élevait.

- Cain ! S'écria Neil.

Il tendit la main pour attraper le bras de son neveu. Celui-ci se tourna vers lui avec un frison et força un sourire radieux.

- Laissez-moi faire, mon oncle, tout va bien.

L'homme se figea en voyant les larmes sur les joues pâles. Cain ne pleurait que lorsqu'il était seul avec Riff. Était-ce lui ou il avait atteint le point de non-retour ?

Dès que son oncle le relâcha, le Comte s'engouffra dans la salle d'eau et se tourna vers Griselda qui terminait de remplir la baignoire avec une eau ben chaude.

- My Lord ?

Les effluves parfumées montaient à la tête de Riff qui tomba à genoux. Sa peau était plus pâle que jamais.

- My Lord. Je ne peux plus…

- Silence ! Je te l'interdis ! Somma-t-il.

- My Lord…

Cain sortit une fiole de sa poche et ferma les portes à clé. Il se tourna vers la domestique tremblante et la lui tendit.

- Prends. Ce sera plus facile pour toi.

- Vous allez me…

- Prends-le, c'est un ordre de ton maître. Ou je te l'administre de force. Menaça-t-il.

Elle fondit en pleurs et secoua la tête. Voyant Cain faire un pas vers elle, elle tendit la main. Une mort pour une mort, non ?

Elle finit par secouer la tête. Elle ne pouvait pas… Mais elle avait si peur. Et si ça prenait du temps si son maître s'en chargeait. On le connaissait pour ses vices. Finalement, après un dernier « bois » trop agressif, elle prit le flacon pour en boire le contenu.

- My Lord… Souffla Riff qui suivait toute cette scène, les yeux écarquillés.

Mais il n'avait la force de rien faire.

Néanmoins, il s'inquiétait… Le regard de Cain était vide tandis qu'il regardait Griselda défaillir et s'effondrer. Elle se fracassa, la tête se cognant violemment sur le sol.

Le Comte ferma les yeux. Un accident… Ça ressemblait parfaitement à un accident, non ? Elle avait trébuché, elle avait eu un malaise, qu'importe. De toute façon, son personnel le croirait par peur de finir six pieds sous terre….

Même avec sa réputation, il était une telle aide pour Scotland Yard qu'ils se rangeraient probablement de son côté. Et si ça ne devait pas arriver, il avait la vergogne de savoir qu'on le protégeait en haut-lieu.

Il s'approcha du corps, la tourna et la rapprocha de Riff. Ensuite, il retira sa veste et retroussa ses manches pour effacer des preuves.

- My Lord ! Que se passe-t-il ? Je vous en prie ! Dites-moi !

- Michaëlla nous l'a dit… Souffla lentement Cain. Une Poupée Mortelle survit grâce au sang. C'est sans doute pour ça qu'il était obsédé par le mien…

Il observa le liquide qui s'écoulait du crâne de Griselda, attrapa une éponge et l'y trempa. Enfin, il vint auprès de Riff. Il lui retira hâtivement sa veste et sa chemise avant de le « laver », imbibant ses doigts du liquide carmin à chaque pression.

- Je retirerai la balle quand tu iras mieux. … Non, je demanderais au médecin de le faire. Ce sera mieux. … Je vais faire un garrot en attendant…

Il cessa de fritter l'épaule maintenant rouge de sangs mêlés et utilisa sa veste telle qu'elle pour minimiser l'hémorragie.

- Tu m'as dupé Comte des poisons !

- Vous…

- Je t'avais dit que je te libérerais… Souffla Cain.

Il leva son visage ruisselant de larmes vers lui.

- Tu vas devoir vivre cette vie. Souffla le Compte en passant l'éponge sur son torse musclé.

À mesure que son corps s'abreuvait de sang, il récupérait des couleurs.

- Tout ce que vous souhaitez puisque je vous aime, My Lord.

Il le prit dans ses bras. Mécaniquement, l'héritier Hargreaves continuait de le laver.

- Tout ira bien à présent. Je vous protégerais encore. À nouveau. Jusqu'à ce que vous ne vouliez plus de moi.

- Je t'aime, idiot. Embrasse-moi… Riff.

Le majordome se pencha vers lui et l'embrassa doucement, ignorant l'hurlement de son autre lui.