II
WILLIAM
William Austin prenait son rôle de préfet en chef à cœur. En ce jour de rentrée des classes, il était en charge des premières années. Il désirait plus que tout qu'ils vivent le même émerveillement qui avait été sien en son temps et il se figurait qu'y contribuer pour sa dernière année serait comme un remercîment pour l'immense bonheur que lui avait apporté le château.
"Loyal et juste tu es, à pouffsoufle tu iras mon ptit!" Lui avait affirmé le vieux choixpeau. Il se revoyait, s'élançant vers la table de sa nouvelle maison sous les applaudissements tonitruants, heureux et remué par une joie inédite et grisante jusqu'au tréfonds même de son cœur d'enfant.
C'était durant les instants les plus durs de sa prime jeunesse, que William su qu'il y avait là un autre monde qui lui ouvrait grand ses bras, un monde enchanteur. Rien ne le prédestinait à en faire partie, car il était issus d'une longue lignée de Moldus et aussi loin qu'il avait cherché, personne dans son arbre généalogique ne le reliait de près ou de loin au monde de la sorcellerie. Et, à contrario de ses camarades de classe, sa magie s'était déclarée extrêmement tardivement ; mais le destin avait mis son grain de sel.
Ce fut dans un taudis des quartiers mal famés de Londre que William s'apprêtait à souffler sa onzième bougie. Il affrontait alors l'existence au côte d'une mère courage que la vie s'acharnait à piétiner. Son père avait démissionné de ses responsabilités paternelles des années plutôt. William parvenait difficilement à se rappeler de lui, tout ce qui demeurait d'Emile était son implacable absence et sa lâcheté sans bornes. Ce dont William se souvenait bien par contre c'était les heures supplémentaires que sa mère avait dû faire des années durant pour épancher les dettes qu'il leur avait laissées.
William était au bord de la rupture à l'époque. L'appel de la délinquance, de l'argent facilement gagné se faisait très fort ; et même s'il était viscéralement à l'opposé de ces scélérats qui voulaient l'enrôler dans leur rang, il ne se sentait pas le courage de lutter encore longtemps. La misère se faisait sentir cruellement, le manque de perspectives était désespérant. Il voulait autre chose pour sa mère. Il voulait lui offrir ce que la vie lui jalousait obstinément : le bonheur. C'était paradoxal, car il savait très bien que la fin ne justifiait pas le moyen et qu'il anéantirait sa mère en choisissant cette voix.
À l'apogée de sa détresse, la lettre signé des sceaux de Poudlard arriva. Elle le sauva.
Il était un sorcier.
Étrangement, les choses s'étaient mises à s'arranger sitôt l'incroyable nouvelle de sa nature révélée et la situation indigente que William avait connue toute sa vie et qu'il avait jugée inextirpable jusque là se fixa comme par enchantement. Le lendemain de l'annonce, l'hôpital appela sa mère pour prévenir qu'un poste à mi-temps avait été libéré par une infirmière partie en retraite prématurée et à peine Mme Austin avait débuté son activité que l'université de Médecine la contacta à son tour afin de lui suggérer une bourse d'étude nouvellement établie au profit des anciens inscrits qui avaient dû abandonner leur cursus pour des raisons économiques. Et puis il y'eut Hugh.
Hugh faisait partie des "améliorations" soudaines de la vie de Mme Austin. Étudiant en médecine, attentionné, généreux, séduisant, jeune et surtout présent, responsable. Il avait éblouit la mère de William et avait ravivé en elle la flamme de la passion. Entre les main habiles de cet homme tombé du ciel, Liz Austin revivait de nouveau. Hélas, les murs trop fins lui en donnaient répétitivement la confirmation.
Malgré la concrétisation de cette renaissance que William appelait de ses vœux les plus ardents, il n'était pas tout à fait rassuré. Il restait sur ses gardes et il avait ses raisons ; ce n'était pas la première fois que sa mère manquait de discernement à propos d'un spécimen de la gente masculine. Il est vrai qu'il vivait le tourment secret de n'être plus le seul homme dans la vie de sa mère, mais au fond de lui une alarme s'était déclenchée ; quelque chose clochait, tout ça était trop beau pour qu'il puisse y croire. Il ne pouvait laisser sa mère avec cet étranger enjôleur et partir vivre sa vie en pensionnat. Il devait d'abord s'assurer des intentions de cet intrus.
Il se souvient de ce jour où il avait confronté Hugh en fils protecteur ; il s'en souviendra toujours. Hugh avec générosité et tact, ne s'était moqué ni de l'initiative de William, ni de son ton maladroitement menaçant. Il avait fait quelque chose qui toucha profondément le petit garçon qu'il était alors.
Il l'avait pris au sérieux.
"Je ne vais rien te promettre William, lui avait-il dit solennel, car que valent les promesses d'un étranger? pas grand-chose, n'est-ce pas?... Je vais juste te dire que j'aime ta mère. Elle est la meilleure personne que j'ai rencontré à ce jour, la meilleure et de loin. Ne le lui répète surtout pas, mais je suis en vénération devant elle, elle peut faire de moi absolument ce qu'elle veut. (Il eut un sourire coupable) Cela paraitra exagéré, bateau, pour toute autre personne qui ne connait pas Liz. Mais toi tu comprends, William. Je ne peux faire autrement que de l'aimer. Je te supplie de m'accorder la chance de te prouver ma bonne foi."
L'alarme s'était tue. Les années étaient passées sans que le couple en pâtisse. Rien n'entamait le bonheur fusionnel de Liz et de Hugh. Ils s'étaient mariés l'été des quatorze ans de William. Petit à petit Hugh était même devenu à ses yeux le père qu'il n'avait jamais eu.
Et puis, il y a quelques jours de cela, William avait vu quelque chose qu'il n'aurait pas dû voir.
Hugh était agenouillé devant l'âtre de la cheminée échangeant avec une tête enflammée une conversation qui l'était tout autant. Lui, un moldu!
L'alarme aiguisée de William se remit alors à sonner, plus fort que jamais.
