Voila la suite ^^
III
HANNAH
C'était Halloween à Poudlard.
A l'écart des festivités comme à son habitude, Hannah considérait les différents groupes d'amis qui s'étaient rejoints pour la soirée, avec un demi-sourire inconscient. Elle vivait leur joie par procuration. Certains s'étaient déguisés pour l'occasion, d'autres s'étaient contentés d'un habit de soirée. Les plus jeunes arboraient un air apeuré mais résolu face aux farces qu'ils savaient potentielles, les plus grands avaient des préoccupations plus romantiques et tout était prétexte aux écarts d'habitude prohibés ; ainsi les baisers et les caresses s'échangeaient dans les coulisses avec véhémence et les boissons fortes passaient de main en main dans des bouteilles banalisées.
"Hey, Bekley!
Hannah se redressa sèchement, comme sous le coup d'une décharge électrique et le sourire quitta ses lèvres à une vitesse stupéfiante. Le ton mauvais de cet appel fit se serrer son cœur. Elle s'en châtia intérieurement sans sursis, ce comportement peureux était si éloigné de la personne qu'elle cherchait désespérément à être ou du moins à paraitre ; pouvait-elle être plus pathétique?
-Cooper...
Elle se reprit et jeta un regard froid sur Simon Cooper, un grand gaillard de Pouffsoufle ; élève qui était à peu près aussi doué qu'elle avec une baguette, mais qui l'oubliait souvent pour se joindre au camp de ceux qui peuvent se moquer.
-En quoi t'es déguisée, hein, Berkley? Il fit mine de détailler sa tenue, mais son regard était distrait, fuyant, il semblait chercher autour de lui des oreilles pour partager et apprécier les quolibets qui ne sauraient tardés. Au fond, il ne s'amusait pas à la railler pour elle, mais pour les autres, pour participer au leadership des plus forts sur les autres. T'es en sorcière, cracmole? rit-il, désespéré que personne ne soit là pour saluer son exploit.
Ça ne doit pas te toucher, se répéta-elle comme à chaque bassesse qu'on lui jetait au visage, t'es bien au-dessus de ça Hannah! Mais la vieille rengaine s'épuisait en vain, comme toujours. Aussi basse que l'attaque fut ça la touchait, la ravageait avec une force égale aux plus féroces des stigmates physiques. Elle se releva sans se rendre compte, un violent tournis s'empara d'elle. Cela suffit! se dit-elle, la mascarade a assez durée. Cet idiot a raison, je me déguise en ce que je ne suis pas, depuis trop longtemps. Le brouhaha autour d'elle devint rapidement insoutenable, son souffle se fit heurté, malaisé. Elle succombait à une crise d'angoisse aussi soudaine que brutale. Tout se mélangeait dans son esprit et ses angoisses de toujours refaisaient surface ; qu'allait-elle devenir une fois sa scolarité finie? Qu'allait-elle faire de sa vie si elle ne maîtrisait de la sorcellerie que la théorie?
Se frayant un chemin à travers la foule à force de bousculades, elle s'efforça de rejoindre la sortie. Tout ce qu'elle avait trouvé attrayant en début de soirée lui faisait un effet des plus répulsif à présent, tout! Depuis les déguisements de mauvais goûts jusqu'aux couples d'un soir à l'effervescence immodérée. Elle voulait fuir tout ça, aussi loin que possible. Parmi les regards qui la lorgnaient désormais avec avidité, elle ne put s'empêcher de rencontrer le sien. Il avait toujours été trop bleu, trop perçant et surtout toujours trop compatissant pour qu'elle ne le remarque pas ; même dans un moment de trouble pareil. Le si populaire William Austin la gratifiait de sa pitié!
Dans la salle de classe vide et sombre qu'elle rejoignit, son émoi se tassa peu à peu, mais une colère sans pareil grondait toujours en elle, ardente. À tâtons, elle s'empara de sa baguette qu'elle considéra avec dégout. Elle la pointa devant elle et tenta désespérée de convertir cette énergie haineuse qui l'habitait en magie, aussi minime fut elle. Elle se rappela les paroles de sa mère : " Ta magie s'était déclaré si tôt! Personne ne doutait alors que tu deviennes une grande sorcière." Une hardiesse inédite s'empara d'elle ; elle voulut y croire encore. S'il n'y avait pas un fond de vérité à ces mots pourquoi sa mère se serait-elle amusée à la torturer avec?
Le cri d'échec qu'elle poussa la plia en deux. À terre, vidée, elle se recroquevilla sur elle-même et pleura tout son soul. Des idées d'une noirceur insoluble lui vinrent en tête.
Lorsque William la trouva enfin et lorsque le faisceau de lumière que projetait sa baguette tomba sur elle, il découvrit dans ses yeux résolues, noirs et froids comme la mort, un désespoir abyssal qui le fit frémir.
Elle tentait de briser sa baguette en deux.
Il s'élança vers elle avec la ferme intention de l'en empêcher. Et ce fut dans ce dessein que leurs mains se frôlèrent pour la première fois.
Ce ne fut pas exactement comme un électrochoc, c'était plutôt comme encaisser un seau de glace contre sa poitrine nue, encore et encore et que chaque atome de son corps reçoive la morsure glacée et soudaine d'une bourrasque arctique; la sensation la pétrifia et ce fut frémissante de stupeur qu'Hannah vécu le flash qui l'envahit.
Elle était étendue sur le dos, sur quelque chose de dur. Ses mains et ses pieds étaient attachés. Une nausée terrible nouait ses entrailles et la fièvre serpentait dans son corps. Ce corps était celui d'un d'enfant et il était mutilé, saigné à blanc. Chacune de ses extrémités, paume de main et voute de pied avait reçu la taillade d'un couteau. Elle entrevoyait par ses paupières à demi closes des silhouettes encapuchonnées de noir, vacillantes comme la flamme d'une bougie. Et partout autour d'elle il y avait cette terrible litanie, ces sons effroyables et indistincts ; des sifflements comparables à ceux d'une centaine de serpents véhéments.
Ce fut l'affaire de quelques atroces secondes avant qu'Hannah n'émerge de ce cauchemar. Hoquetant et cherchant son air, elle arracha sa main de celle de William et piétinant le sol comme une bête traquée s'éloigna de lui autant que faire ce peut.
Obnubilée par son propre effarement, elle ne vit pas alors, celui de William, similaire au sien à tout point de vue.
